Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Remarques sur l'enseignement secondaire III
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (19)

Références

Le Canada-français /, 1940-05, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
REMARQUES SUR LE COURS SECONDAIRE {suite et fin) L un des reproches que 1 on fait aux études classiques, c est d anemier 1 enfant (( sous un déluge d’abstractions )>.Cette figure hardie n’est pas de mon invention.Elle est de Paul Morand, qui exhale sa plainte dans le Figaro (mars 1935).L’enseignement de la musique serait un excellent moyen d atténuer les effets du deluge.Mais ce n’est pas la musique que M.Morand propose comme remède, c’est « le retour aux travaux manuels », dans lesquels M.Morand voit des « régulateurs de l’âme ».« Éblouis, dit-il, par nos conquêtes mécaniques et leur corollaire, hypertrophie du muscle et de la mémoire, nous n’avons pas encore (en France) esquissé cette réaction dont les penseurs d’après 1848, les Ruskin et les Tolstoi .nous avaient donné l’exemple.Ils prêchaient le retour aux travaux manuels comme régulateurs de l’âme.Quel peuple y est plus propre que les Français ?On a dit à satiété qu’il était le premier artisan du monde ; c’est l’adresse de ses mains amoureuses du détail jointe à l’aptitude de son cerveau pour les idées générales qui, jusqu’ici, le sauvèrent des stériles spéculations de l’esprit et du mécanique travail à la chaîne.L’alliance du cerveau et de la main, c’était tout l’équilibre français.Aujourd’hui, nous sommes malhabiles de nos dix doigts, et il est temps de dire avec Voltaire : Instruisons nos mains.» Morand, dira-t-on, pensait aux élèves des écoles primaires, et à ceux des écoles d’Arts et de métier.Pensait-il à ceux des collèges et des lycées ?Ce n’est pas certain.Il était réservé à un rédacteur du Canada, de Montréal, de s’aviser que le collégien, tout comme l’élève de l’école primaire, doit être entraîné au travail manuel (no du 28 mars 1935).« Pourquoi, écrit-il, n’y aurait-il pas aussi des ateliers de travaux manuels dans les écoles secondaires ?Ce serait REMARQUES SUR LE COURS SECONDAIRE 843 une excellente façon de tenir le petit « Monsieur » en contact avec la réalité et, en même temps, ce serait un heureux dérivatif au bourrage de crâne.Nous ne pouvons concevoir meilleure discipline pour un intellectuel que l’habitude de manier habilement, patiemment, un outil.C’est déjà savoir d’expérience qu’on ne contrôle la réalité qu’à force de persérance ou de volonté ».Et il conclut : « Instruisons nos mains, les mains de nos enfants, les mains de nos rhétoriciens.Elles deviennent gourdes et malhabiles, et l’esprit se ressent de leur faiblesse presque paralytique.» Voilà, dans le programme du baccalauréat, un chapitre assez inattendu ! Cela sent le paradoxe.A première lecture on en rit, puis, réflexion faite, on se demande si ce n’est pas une vérité, et une grande vérité, plutôt qu’un paradoxe.On peut souhaiter, et très sincèrement, que tout collège classique possède son atelier de travaux manuels.Manier le rabot, la scie, l’équerre, le marteau, cela vaut bien le billard, le tennis, le hockey.Le Séminaire de Joliette possède un bon atelier, dirigé par un artiste habile, le Père Corbeil, clerc de St-Viateur.A une condition toutefois : c’est que l’enseignement du dessin soit bien organisé dans le collège classique.Le dessin, écrit Edouard Pannetier dans la Revue universitaire de mai 1933, est capable de contribuer, au même titre que les autres matières, à la formation de l’esprit, ce qui a déjà été maintes fois démontré, et il peut encore, par ses moyens d’expression et l’attrait qu’il exerce sur les élèves, être un auxiliaire précieux pour les autres disciplines.Aussi les professeurs de dessin déplorent-ils d’être souvent tenus à l’écart par certains collègues, qui considèrent le dessin tout au plus comme un art d’agrément et ne se doutent pas de l’aide que le dessin pourrait apporter à leur propre enseignement.» Il a raison.Le dessin est la grammaire des beaux-arts et, de plus, il est un instrument des plus précieux dans l’acquisition de la culture scientifique en particulier.Le dessin, comme les mathématiques, doit être enseigné et utilisé pendant toute la durée du cours secondaire.Son utilité dans l’étude de la physique est trop manifeste pour qu’on y insiste. 844 LE CANADA FRANÇAIS L’enseignement des sciences naturelles, surtout de la botanique et de la zoologie, ne saurait se passer du dessin, d’abord parce que le croquis complète heureusement la leçon théorique.Mais il y a autre chose : de ces croquis on peut tirer des motifs pour le dessin décoratif.Au Collège de Montréal on a fondu, de la façon la plus heureuse croyons-nous, la leçon de dessin et la leçon de sciences naturelles dans les classes de 6e, de 5e, de 4e et de 3e.Le même professeur est chargé de la leçon de sciences et de dessin.L histoire ne se peut bien enseigner sans recourir au dessin.L élève, sous la direction du maître, s’appliquera à reproduire les œuvres d’art, les procédés de travail des différents peuples.Selon Pannetier, que j’ai cité, on fera faire en 6e : des chapiteaux égyptiens, des fleurs de lotus, des bas-reliefs et des ornements assyriens, En 5e : des décorations de vases grecs, des colonnes doriques et ioniques, des voûtes mycéniennes et étrusques, en 4e : des chapiteaux, des bas-reliefs des bordures bysantins et romans, en 3e : des éléments gothiques et Renaissance, une voûte gothique.Grâce à ce procédé l’enseignement de l’histoire deviendra une résurrection du passé et l’élève ne sera pas réduit à une mémorisation, qui est indispensable sans doute, mais qui est forcément insuffisante.Le professeur de langues vivantes lui aussi saura utiliser le dessin ; il fera dessiner par exemple, une scène vécue, laquelle deviendra le sujet d’une description ou d’une narration.L’enseignement du français, du latin, du grec, si l’on choisit bien ses textes, bénéficiera des avantages du dessin.Avec un tel entraînement le collégien s’assimilera bien mieux les notions si nombreuses et si variées qu’on offre à sa jeune intelligence et, ce qui n’est pas à dédaigner, il sera préparé à mieux étudier la médecine, la Chimie, le Génie forestier, le Génie civil ou toute autre science.Si l’on se décidait, un jour, à instaurer les travaux manuels dans le cours, le dessin permettrait au jeune homme de REMARQUES SUR LE COURS SECONDAIRE 845 donner à ses travaux un tour artistique qui les élèverait à ses propres yeux.1 En résumé, si l’on se place au carrefour des opinions, les moyens de formation du jeune homme, dans un collège, sont aussi variés qu’abondants.Nous n’avons pas épuisé la liste.Il reste, en effet, ce qu’on pouvait appeler l’autodidaxie.Il y a à peine trois ans paraissait en France un livre intitulé La culture intellectuelle par soi-même.L’auteur, Alferov, s’est proposé de fournir à l’esprit une méthode lui permettant de se donner à lui-même, par ses propres moyens, une culture systématique.Il analyse les caractères de la connaissance, expose une classification justifiée des sciences humaines, définissant tour à tour les grandes catégories du savoir humain.Il donne ensuite une bibliographie raisonnée et méthodique des ouvrages les plus remarquables dans toutes les branches du savoir humain.Ce serait la justification d’un curieux mot de Liebig, un chimiste.Il causait un jour avec J.-B.Dumas, un illustre chimiste.Dumas lui demandait pourquoi il semblait avoir renoncé à la chimie théorique pour se consacrer aux applications.Liebig répondit : Après vos découvertes il n’est plus besoin de maîtres, des ouvriers suffisent.Liebig exagérait.Les maîtres ne seront jamais inutiles, mais il convient d’interpréter leur rôle à la lumière de l’histoire.Sait-on, par exemple, qu’au XVIIe siècle les savants furent rarement des spécialistes ?Ce furent presque toujours de simples amateurs, qui, par curiosité intellectuelle, consacrèrent à la recherche désintéressée une partie de leur temps et parfois de leur fortune.Descartes est d’abord un militaire ; Etienne Pascal est président à la Cour des Aides de Clermont ; Fermât est conseiller au Parlement de Toulouse, et on en trouverait d’autres.1.Sur l’importance de l’enseignement du dessin à l’école et au collège, que l’on veuille bien lire ce qu’en écrit Guy Boulizon, dans la Revue Dominicaine, de mars 1940.Le dessin à l’école a pour but « de contribuer au développement de l’intelligence et de la personnalité par l’éducation de la vue et du goût esthétique » (p.116).(( En dehors de son intérêt tech- nique, le dessin présente, avant tout, un caractère éducatif : il contribue à la formation de l’oeil et de la main ; il développe la mémoire des formes, l’esprit d’observation, l’imagination, l’amour de la nature, le sentiment esthétique » (p.119). 846 LE CANADA FRANÇAIS Il ne faudrait pas, non plus, exagérer la nécessité des Collèges et des Universités.Il faut bien le reconnaître, les Universités ne sont pas responsables de tout le progrès scientifique.La première ne date que de l’an 1200 et la science connut des progrès avant cette date.Les Académies de Sciences, en dehors des universités, ont beaucoup fait, pour le progrès des sciences, surtout au 16e siècle, et cela sans recevoir aucun appui officiel.Le collégien ne doit pas tout attendre de l’institution où il étudie, des maîtres qu’il fréquente.Il ne doit pas oublier, et, s’il l’oublie, c’est au maître de le lui rappeler, que par ses propres moyens il peut acquérir une foule de connaissances précieuses et cela en dehors des programmes officiels.Ce long exposé laisse assez voir ce que l’on peut attendre des maîtres.Il nous restera donc peu à dire sur la formation des professeurs.Que faut-il penser des professeurs spécialisés ?En France on commence à reconnaître les inconvénients de la spécialisation.M.Perret, dans la Revue universitaire de janvier 1934, s’exprime comme suit : « La formation des maîtres de toute discipline est trop rigoureusement spécialisée ; parce qu’elle ne repose pas toujours sur une culture générale suffisante, l’enseignement est parfois plus étriqué qu’il ne convient.Les licenciés ès-lettres ne savent pas assez d’histoire ; les licenciés en histoire ne connaissent pas assez l’antiquité.Les licenciés en sciences ignorent trop les lettres ; les littéraires font trop bon marché des sciences.Les uns et les autres ignorent le dessin.On avait cru, en France, que la spécialisation serait le moyen tout indiqué pour assurer un recrutement suffisant des professeurs.On pense maintenant avoir fait fausse route.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.