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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Joseph-Octave Plessis (suite)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Références

Le Canada-français /, 1940-10, Collections de BAnQ.

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JOSEPH-OCTAVE PLESSIS (Suite) LA RECONNAISSANCE CIVILE DE L’ÉVÊQUE Les choses en étaient là lorsque, au mois de mars 1805, le lieutenant-gouverneur, en annonçant à Mgr Plessis son prochain départ, lui fit savoir « que souffrant de voir l’Église catholique de cette province dans un état précaire, sans existence légale pour son évêque, sans appointemens, sans prérogatives déterminées, exposée à des contestations sur tous les points, en proie aux criailleries des avocats et enfin dans une espèce de cahot où tout était obscur, il désirait obtenir des ministres de Sa Majesté une commission pour l’évêque catholique, qui serait ensuite expédiée ici par le gouverneur au nom du roi, laquelle, laissant de côté tout ce qui concerne le spirituel auquel il conçoit qu’il n’appartient à personne de toucher, donnerait à l’évêque un état convenable à sa dignité, semblable à celui dont jouit l’évêque anglican, et sans qu’il y eût rien de commun entre l’un et l’autre, déterminerait les temporalités de l’évêque, fixerait ses prétentions sur le palais épiscopal, sur les fabriques, sur les curés, sur l’érection de nouvelles paroisses, etc., etc.» Mgr Plessis disait à Mgr Denaut que le lieutenant-gouverneur lui avait laissé entendre qu’il était sûr d’obtenir ce qu’il demanderait, mais que pour plus de sûreté « il fallait combiner les choses de manière à ne heurter ni les prérogatives du gouvernement ni les principes de la religion catholique, que tous les articles qui devaient trouver place dans cette commission avaient besoin avant toute chose d’être examinés et discutés ici à l’amiable, afin que les parties intéressées n’eussent ni à se plaindre ni à se tenir en défiance désormais, les unes contre les autres comme il semblait que l’on avait fait jusqu’à présent ; qu’il n’était pas homme de loi, mais qu’il avait donné pleine liberté à l’avocat général de raisonner avec moi sur tous les points qui pouvaient être mis en question, afin de prendre sur le tout des conclusions Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 181 convenables ; que se considérant ici comme le père commun des protestants et des catholiques, il se croirait heureux d’avoir pu procurer au clergé romain une existence certaine et indépendante au lieu de la situation précaire où il le voyait avec peine49.)) M*r Plessis écrivait à Mgr Denaut ce que nous venons de lire en date du 22 avril.La veille, il avait eu un long entretien avec le procureur général60.Il s’aperçut aussitôt qu’il serait difficile d’en venir à une entente.M.Sewell voulait avant tout la fixation des cures.« J’ai allégué contre cela, disait Mgr Plessis, 1 ° une possession centenaire en faveur de l’évêque fondée apparemment sur l’impossibilité de mettre à exécution l’édit de 1679 ; possession reconnue par les intendants comme on peut le voir dans les archives de la province ; 2° la presque impossibilité de faire administrer les missions distantes, si chaque curé s’en tenait à son titre et refusait d’étendre ses soins au-delà ; 3° l’avantage même qui résulterait au gouvernement de n’avoir affaire qu’à l’évêque, au lieu qu’il aurait affaire avec tous les individus s’ils n’étaient pas tous à la disposition de celui-ci ; 4° la facilité qu’avait le gouvernement d’attribuer aux prêtres révocables ad nutum les prérogatives de curés, autant de temps que l’évêque de concert avec le gouverneur trouverait bon de les laisser en place ; 5° l’indépendance effective où se trouveraient des curés titrés au préjudice d’un évêque auquel le gouvernement ne voudrait probablement pas accorder une officialité .Cette première conférence a duré une heure et demie.L’avocat général a montré une bonne volonté qui ne paraît le céder en rien à celle du lieutenant-gouverneur, et s’est offert de converser avec moi sur le tout autant de fois que je le désirerais, soit chez lui, soit chez moi, à tels jours et à telles heures que je voudrais lui fixer61.» Mgr Denaut était venu à Québec dans le courant de février et avait rencontré sir Robert Shore Milnes.Il écrivait à 49.Archevêché de Québec, Cartable : Évêques de Québec, v.3, p.125 (Lettre du 22 avril 1805).50.L’honorable Sewell 6t un rapport de cet entretien au lieutenant-gouverneur.Voir : Rapport sur les Archives du Canada par Douglas Brymner, 1892.Note C.p.23.M.Robert Christie l’a aussi inséré dans son History of Lower Canada, v.6.p.74, avec des remarques de la main de M.Ryland.Nous le mettons à l’appendice A.de cet ouvrage.51.Mgr Plessis à Mgr Denaut (Lettre du 22 avril 1805).Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 182 LE CANADA FRANÇAIS Mgr Plessis.« Si son Excellence a été satisfaite de ma conversation avec elle, je n’ai pas de raison de m’en plaindre.Je lui sais bon gré de la bonne volonté et de la franchise avec laquelle il semble procéder ; mais je crains l’évêque qui souffle et l’avocat général qui en est l’écho.Je n’aimerais pas la fixation des cures, encore moins la présentation des sujets aux cures par le gouverneur ; on voit aisément les inconvénients qui en résulteraient.Vos réponses à ce monsieur sont les miennes, sont péremptoires, et ce serait obstination de ne pas les apercevoir, de ne pas les goûter.Votre Grandeur voudra continuer à m’informer de la suite 62.» Mgr Plessis, en diplomate avisé, invitait les personnages officiels à partager sa table.Il écrivait à Mgr Denaut : « Le lieutenant-gouverneur m’a fait l’honneur de dîner chez moi la semaine dernière avec Messrs Dunn, Ryland, Baby, Sewell, Lymburner, etc., je le crois sincère dans les dispositions qu’il manifeste envers nous.Mr Grant que j’ai encore vu ce matin en est si persuadé, que je n’ai osé lui faire connaître que Votre Grandeur formât le moindre doute à cet égard 63.» Vers le milieu de mai, sir Robert fit avertir le coadjuteur par M.William Grant que son voyage en Angleterre était décidé et qu’il partirait bientôt.Il le priait, lui et Mgr Denaut, de profiter des offres qu’il leur faisait « pour fixer dans le pays l’état de l’évêque catholique, qu’un autre n’aurait peut-être pas les mêmes vues ou la même faveur en cas d’application sur ce sujet64.» Projet de lettres patentes Mgr Plessis prépara à la hâte un projet de commission ou de lettres patentes qu’il transmis à Mgr Denaut en le priant « d’ajouter, retrancher, tailler, rogner » comme il lui plairait65.52.Archevêché de Québec ; Registre des lettres, v.4, p.195 (Lettre du 25 avril 1805).53.Archevêché de Québec, Cartable : Evêques de Québec, v.3, p.129 (Mgr Plessis â Mgr Denaut, Québec, 2 mai 1805).54.Archevêché de Québec.Cartable : Evêques de Québec, v.3, p.131133 (Lettre du 16 mai 1805).55.Nous n’avons pu retrouver la copie du projet de commission préparé par Mgr Plessis, mais nous pouvons juger suffisamment de son contenu Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 183 Le 20 mai Mgr Plessis écrivait à Mgr Denaut : « En achevant de lire le projet de lettres patentes que j’ai eu l’honneur de lui transmettre, Votre Grandeur aura fait cette réflexion : Voilà un gaillard qui ne s’oublie pas.Je vous prie d’être assuré, Monseigneur, que je n’ai nulle inquiétude pour moi, ni nul désir d’être salarié par le gouvernement, et que le coadjuteur trouvera toujours moyen de se tirer d’affaires, pourvu que l’évêque diocésain soit à l’aise pour le spirituel et pour le temporel.Mais dans un projet de cette nature, confié à Votre Grandeur seule avec prière de le tailler et réformer sur toute face, il fallait tout mettre ce qui pouvait entrer dans les vues du gouverneur.Or, il entre, dans ses vues que l’état du coadjuteur soit assuré dans son genre comme celui de l’évêque, et ce n’est peut-être pas ce qu’il a de mieux.Je m’en suis expliqué avec son Excellence.Il me paraîtrait essentiel à la discipline de cette Église, et plus propre à maintenir l’harmonie, que l’un fût entièrement dépendant de l’autre, même pour ses appointements.On ne saurait prendre trop de précautions pour mettre vos successeurs à l’abri des déboires que M.de Capse (Mgr Bailly de Messein) a donnés à votre prédécesseur.Au surplus, ces vastes projets pourraient s’en aller en fumée.Le gouverneur est de bonne foi, mais il ne faut pas un grand vent pour le faire virer.S’il faut que Mylord Jacob (le lord évêque) soit consulté (ce qui pourrait très bien arriver, soit ici, soit en Angleterre) on peut compter que son contrôle ne nous sera pas favorable.M.Lymburner, qui est sincèrement de nos amis, prétend que c’est là le plus grand obstacle que nous rencontrerons et dit qu’il vaudrait mieux avoir les objections du lord bishop, ici, où l’on peut lui répondre, qu’en Angleterre, où il parlerait seul.Il croit, comme vous, l’avocat gen.fort lié avec sa seigneurie (le lord évêque) ; du reste, par la copie du rapport de la seconde entrevue de Mgr Plessis avec le procureur général, rapport présenté par l’honorable Jonathan Sewell au lieutenant-gouverneur, et publié dans le Rapport des Archives Publiques du Canada par Douglas Brymner, 1892, note C, p.27.— Du reste, M*r Plessis, dans sa lettre du 20 mai dit à M*' Denaut, qu'il « va proposer par parties, au procureur général, les différents articles qui doivent ou peuvent faire la matière de la commission ».Il demandait, entre autres choses que le traitement de l’évêque en titre fût de 1500 louis et celui du coadjuteur, de 750 louis.Nous mettons le rapport du procureur général à l’appendice B.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 184 LE CANADA FRANÇAIS il estime qu’il procède sincèrement dans l’affaire en question 66.» Le lendemain, 21 mai, Mgr Plessis avait une nouvelle entrevue avec M.Sewell.La discussion s’acheminait vers le moment critique.Le lieutenant-gouverneur avait fait miroiter aux yeux de Mgr Plessis tous les avantages que retirerait l’évêque de sa reconnaissance officielle.Le procureur général, son porte-parole, était l’homme de loi qui considérait tout au point de vue de la suprématie royale.Il déclara franchement à Mgr Plessis que l’existence de l'évêque catholique et de son coadjuteur dans le pays n’avait rien de légal, et qu’on pouvait mettre à néant toutes leurs opérations qui n’étaient pas purement spirituelles ; qu’on ne pouvait les reconnaître sans un acte du parlement impérial.« L’évêque, ainsi reconnu et autorisé par lettres patentes, disait Mgr Plessis, aura de plein droit l’inspection sur les comptes de fabrique et sur le temporel des communautés, pourra visiter les paroisses et autres églises, gouverner ses séminaires, régler les honoraires des fabriques et ceux des ecclésiastiques et nommer des grands vicaires et des officiaux.» Le procureur général lui concédait tous ses pouvoirs mais à condition d’être « reconnu et autorisé », c’est-à-dire sous la dépendance du roi et de son représentant au pays, le gouverneur.« Il y a deux articles, ajoutait Mgr Plessis, sur lesquels nous n’avons pu nous accorder, savoir : l’amovibilité des cures et l’érection des paroisses.Sur le premier, il persiste dans l’idée que les cures doivent être érigées en titre et conférées par l’évêque sur la présentation du gouverneur, et prétend que c’est un point majeur sur lequel on ne relâchera point.Je lui ai fait une foule d’objections qui ne m’étaient pas encore venues à la tête.Mais après avoir épuisé tout ce que pouvait fournir là-dessus et ma politique et ma jurisprudence, qui toutes deux, ne sont pas fort étendues, je l’ai trouvé immobile dans son opinion.Par rapport à l’érection des paroisses, il la fait consister dans des lettres patentes du roi, regarde toutes les opérations de l’évêque ou de ses officiers comme de simples préliminaires, veut que les mêmes territoires servent pour les paroisses catholiques et pour les anglicans, et ne reconnaît 56.Archevêché de Québec, Cartable : Évêques de Québec, v.3, p.133.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 185 pour érections faites ci-devant que le règlement de 1721, confirmé par les lettres patentes de 1722, quoique je lui aie démontré que ce règlement ne faisait que déterminer l’étendue territoriale, et qu’avant et après ce règlement, il a été érigé des paroisses par les évêques de Québec.» Mgr Plessis avait rendu compte de sa conversation avec le procureur général à M.William Grant.« Ce dernier tient, disait-il à Mgr Denaut, pour l’amovibilité des cures, dit que politiquement, on doit tenir sur ce pied non seulement les cures catholiques mais aussi les protestantes, et que cela doit mieux entrer dans l’esprit d’un gouvernement dont toutes les places civiles et militaires sont révocables ad nutum.Il est également persuadé que la nomination aux cures amovibles faite par l’évêque, du consentement du gouverneur, doit remplir les vues du gouvernement tout aussi bien que la présentation faite par celui-ci de sujets qu’il n’a jamais vus, dont il ignore le mérite et même le nom, etc., etc., pour des places dont il est impossible qu’il connaisse les besoins.J’ajoute que si l’on voyait du même coup l’évêque salarié et les cures présentées par le gouverneur, on dirait dans le clergé et dans le peuple que l’évêque a vendu ses cures pour de l’argent.M.Grant est encore d’accord avec nous sur l’érection des cures et sur l’impropriété de vouloir identifier le territoire des paroisses catholiques et protestantes, attendu qu’il est très probable qu’en certains endroits, il n’y aura jamais de cures catholiques et jamais de protestantes en certains autres ».Projet de deux requêtes M.Grant devait revoir le gouverneur et le procureur général.Tous trois étaient d’avis qu’il fallait présenter deux requêtes : « L’une au gouverneur, renfermant quelque détail, et l’autre au roi qui ne serait que le résumé de la première ».« Le but de cette double requête, disait Mgr Plessis, serait d’obtenir de S.M.une commission pour l’évêque et une pour le coadjuteur, ajoutent ces messieurs.Pour moi, je n’en sais que dire.Il me semblerait itrès essentiel que le coadjuteur fut aussi dépendant de l’évêque que le prince de Galles l’est du roi, et qu’une commission Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 186 LE CANADA FRANÇAIS et un salaire donnés au coadjuteur par une autre voie que par celle de l’évêque pourrait amener des inconvéniens, si, par la suite, il se trouvait quelque coadjuteur qui fût dans des principes moins canoniques que vous et moi sur l’article de la subordination.» Comme le gouverneur désirait avoir les requêtes le plus tôt possible, Mgr Plessis se proposait de les faire dresser aussitôt soit par M.Sewell, soit par M.Grant, « et les minutes, disait-il, en seront envoyées à Votre Grandeur qui pourra, si elle les agrée, les faire copier et les signer.J’ai dit et répète, ajoutait-il, à l’avocat général (M.Sewell) qu’il fallait exclure de la commission ou des commissions, qui seront données au nom du roi, toute idée de suprématie spirituelle, sans quoi nous n’en voudrions pas, et il a fort bien compris 67.» M.Sewell comprenait, mais était bien décidé de ne céder en rien.M.Grant avait essayé de lui faire entendre qu’on devait laisser les cures à la disposition de l’évêque, mais en vain.« Ce n’est plus, écrivait Mgr Plessis, une simple présentation dont on prétend investir le gouverneur, mais une vraie nomination, une commission qui mettra un curé en possession du temporel de sa cure, en même temps que l’évêque le mettra par sa commission ecclésiastique en possession du spirituel.Les principes catholiques s’accommodent-ils de cet ordre de choses ?Un curé commissionné par le gouverneur se mettra-t-il toujours en peine de la commission de l’évêque ?Si celui-ci l’en juge indigne, le gouverneur se désistera-t-il de la promotion par lui faite ?L’émission d’un grand nombre de commissions civiles telle qu’elle aurait lieu tout-à-coup pour tous les curés, déjà en place, ne ferait-elle pas une sensation fâcheuse et dans le peuple et dans le clergé ?Un prêtre adulateur, qui saura s’insinuer auprès du gouverneur, soit par lui-même ou par ses amis, ne pourra-t-il pas obtenir une cure pour l’administration de laquelle il n’aura aucune des qualités ecclésiastiques que l’évêque a coutume de réquérir?Et, réciproquement, n’est-il pas possible qu’un excellent prêtre n’ait pas un extérieur qui soit propre à lui mériter l’attention du gou- 57.Archevêché de Québec, Cartable : Évêques de Québec, v.3, p.135.Mgr Plessis à Mgr Denaut (Québec, 23 mai 1805).Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 187 verneur, quoiqu’il soit très propre à gouverner une paroisse importante ?Est-il à supposer que le gouverneur prenne autant de soin pour le choix d’un curé que pour celui d’un coadjuteur?Cependant, n’est-il pas déjà arrivé que le gouverneur a fait un mauvais choix dans feu Mr B-y (Bailly de Messein) ?Combien s’en est-il fallu que le curé de Beauport ne fût nommé à cette place en 97 (1797) ?Si les démarches, que l’on engage l’évêque à faire auprès du gouvernement, pour se procurer un établissement civil, doivent rendre sa condition pire qu’elle n’est en rendant ses curés indépendans de lui, ne vaut-il pas mieux qu’il reste tranquille et qu’il courre la chance de rester comme il est ?» C’est ce qu’il venait de faire observer au lieutenant-gouverneur dans un entretien privé.Il lui avait dit : « Si vous faites tant que de faire autoriser la religion catholique, il faut qu’elle soit autorisée dans ses principes.Si vous la tirez de là, vous en faites un monstre.Or, suivant nos principes, l’évêque est de droit commun le collateur de tous les bénéfices de son diocèse.» A cela, Sir Robert Shore Milnes avait répondu : « Ne craignez pas qu’un gouverneur soit ambitieux de faire lui-même le choix des curés et le discernement des sujets.Il s’en rapportera toujours plutôt à l’évêque qu’à lui-même .Pour ma part, je trouve que le gouverneur a déjà trop de places à donner, et que pour un sujet qu’il accommode par sa nomination, il y en a toujours dix, qu’il mécontente.Mais c’est un principe si bien établi en Angleterre que la nomination à toutes les places est une prérogative royale, que je prévois qu’on ne voudra pas s’en départir.Or, je ne voudrais demander là que des choses qu’il fût possible d’obtenir ; je vois ce qui convient en politique, mais l’avocat-général voit ce qui convient en loi.Il sait jusqu’à quel point le roi peut céder de son autorité, et voilà pourquoi je vous ai adressé à lui.Au surplus, les commissions qui seraient données à vos curés n’auraient pour objet que les temporalités de leurs cures et seraient révocables ad nutum.Donnez avec la même restriction vos commissions ecclésiastiques .Il n’a pas été question aujourd'hui de l’érection des paroisses.Mais j’ai eu l'honneur de vous dire quel est là-dessus leur principe, et je prévois qu’ils n’en démordront pas.Votre Grandeur verra sur le Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 188 LE CANADA FRANÇAIS tout s’il faut aller eu avant.Je m’arrête là en attendant vos ordres et vos instructions ; mais au milieu de toutes les prétentions que le gouvr et Mr Sewell affichent de la part du gouvernement, je crois qu’ils veulent sincèrement l’établissement solide de l’évêque catholique en ce pays 68.» Craintes de Mgr Denaut M*r Denaut n’était pas pressé d’aller en avant.Il avait voulu consulter ; il le disait à son coadjuteur en lui annonçant qu’il lui enverrait par le prochain courrier ses observations sur le projet de la commission ou des lettres patentes.« Vous verrez que je diffère beaucoup de l’avocat général.Envoyez-moi, toujours, ajoutait-il, les deux requêtes toutes dressées.J’ai de la confiance en M.Wm.Grant .je désirerais qu’il pût dresser lui-même les requêtes 58.» Nous ne savons au juste ce que contenaient les observations de Mgr Denaut (elles ne sont pas aux archives de l’archevêché) ; M*r Plessis crut qu’elles lui avaient été suggérées par M, Roux.Il envoya à ce dernier « quelques réflexions en réplique )) comme il dit, et où l’on sent la mauvaise humeur.Après avoir traité d’une manière générale la position d’un évêque catholique au Canada, il dit un mot, en passant de la procédure suivie pour la nomination de son coadjuteur : « Que l’évêque y consente ou non, le choix de son successeur sera toujours l’affaire du roi et de son représentant.Bientôt, nous verrons les évêques catholiques d’Irlande sur le même pied.L’archevêque de Dublin s’y attend et me l’écrivait l’année dernière.Il ne faut pas en être étonné.Les souverains ont toujours été jaloux d’avoir la principale part dans cette nomination ; et vous savez, comme moi, que Léon X a mieux aimé accorder ce droit à François 1er, que de courir les risques des élections canoniques telles qu’ordonnées par la Pragmatique ou par le concile de Bâle, et que Pie VII, plutôt que de tout perdre, a laissé cette prérogative à Napoléon qui n’est guère mieux calculé qu’un prince hérétique pour choisir de bons évêques.58.Archevêché de Québec, Cartable : Évêques de Québec, v.3, p.139 (Lettre du 27 mai 1805).59.Archevêché de Québec, Registre des lettres, v.4, p.196 (Lettre du 27 mai 1805).Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 189 Mais enfin, le pape, ayant là comme ici, et ici comme là, la confirmation et l’institution canonique de ces places, ses bulles rectifient tout ce qui a précédé.» Puis, il en venait à la question capitale celle de la nomination des curés.« Heureux l’évêque de Québec disait-il s’il peut se maintenir dans la possession de disposer des cures de son diocèse, moyennant le consentement du Gouverneur tant pour la nomination que pour la destitution.Il ne seroit pas plus à plaindre que les nouveaux évêques de France avec le contrôle des Préfets de Départemens, desquels il y a beaucoup moins de ménagemens à attendre que n’en auroient pour nous les gouverneurs Anglois.Je ne prétends pas, cependant, que la chose fût sans inconvéniens.Mais il y en auroit bien plus de l’évêque, ne consentant pas à ce mode, ou si le gouvernement refusant de l’adopter, la collation de toutes les cures se trouvoit dévolue au Roi, et qu’il ne restât à l’évêque, pour éviter le conflict, que le misérable parti de donner des provisions canoniques à tous ceux qu’il plairoit au Gouverneur de nommer aux cures sans le consulter.Or, voilà le mal qui nous menace.Le Gouverneur proteste qu’il ne veut pas toucher au spirituel, mais seulement donner l’investiture du temporel.Mais si d’un côté, il y a lieu de croire qu’un grand nombre de prêtres refuse-roient cette commission et s’en tiendroient à l’institution canonique de leur évêque, n’est-il pas de l’autre, fort à craindre que de mauvais sujets ne se prévalussent de l’autorisation et de la commission du Gouvernement pour mépriser les ordres et les censures de l’Ordinaire ?Cette perspective, je l’avoue, me fait frémir.Voilà cependant où tendent les vues du Gouverneur et de l’Avocat-Général, non qu’ils cherchent à nous dresser des embûches, mais parce que dans leurs idées Anglicanes rien n’est plus naturel que cette marche.D’abord ils ne parloient que de présenter aux cures, mais les voilà rendus à une vraie nomination qui marchera la première et à la suite de laquelle l’évêque donnera, s’il le veut, l’institution, le pourvu étant, au reste, assuré des fruits du bénéfice, indépendamment de ce que fera l’évêque.Or, le personnage de celui-ci sera encore beaucoup plus triste, s’il n’est pas lui-même autorisé et commissionné.Il se trouvera dans le même cas que Monseig' défunt par rapport Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 190 LE CANADA FRANÇAIS à Mr Duval auquel le Général Prescott fit expédier une commission d’aumônier où il n’étoit fait aucune mention de l’évêque.Il est vrai que l’évêque avoit été consulté et que Mr Duval étoit de son choix.Mais il ne faudroit pas compter toujours sur de semblables égards.« De tout ceci je conclus, qu'en soumettant ses nominations de curés à l’approbation du Gouverneur, l’Evêque préviendroit un grand mal et conserveroit en même temps son autorité sur eux et la bienveillance et protection du Gouvernement, effets bien préférables, sans doute, à la nomination que le Roi pourroit s’attribuer et exercer inconsulto episcopo.« Il ne faut point parler ici aux officiers du Gouvernement des droits de l’Evêque, des prétentions et de l’autorité de l’Evêque.C’est un langage qu’ils n’entendent pas.Ils ne reconnoissent de Diocèse en Canada que celui que Sa Majesté a établi par ses lettres patentes du mois de juillet 1793, dans lesquelles il dit formellement que n’y ayant point d’évêché dans ces deux provinces et le nombre de fidèles y croissant, il érige Québec en évêché sous la métropole de Cantorbery, en sorte néanmoins que les appels interjettés des jugemens qui y seront rendus par l’Evêque, ne seront pas portés devant ledit Métropolitain mais au Conseil du Roi, etc.« Dans cet état de choses, n’est-il pas important de profiter de la bonne volonté d’un Gouverneur qui sent le besoin qu’a l’évêque catholique d’une existence légale et qui s’efforce de la lui procurer ?On dira, sans doute, si cette existence légale doit entraîner après soi un ordre de choses qui donne un air d’Anglicanisme à une portion de l’Eglise catholique, et semble la soumettre à la suprématie du Roi de la Grande Bretagne, n’est-ce pas la payer trop cher ?Ne vaut-il pas mieux rester comme nous sommes ?Oui.Mais comment sommes-nous ?Sans état fixe, sans autorisation, soumis aux dispositions des instructions du Roi qui donnent tout uniment au Gouverneur la provision (collation) de toutes les cures, en l’autorisant à ne déplacer les curés que quand ils seront convaincus de félonie.C’est en même temps un effet visible de la protection divine et une preuve frappante de la modération Britannique, si ces instructions n’ont pas été exercées jusqu’à présent à la rigueur.Elles ont même été tenues assez secrètes jusqu’à une certaine époque.Mais depuis quelques années, elles commencent à être connues et déjà ont donné lieu à beaucoup de raisonnemens.Avouons que l’état de l’Évêque, tel que suggéré dans mon plan de lettres patentes, quoique dépendant et gêné, seroit bien préférable à celui d’à présent et qu’il vaudroit mieux céder quelque chose que de tout risquer.Après Dieu la religion catholique dans ce pays n’offre de protection à ses ministres que dans le Gouvernement.Les fidèles les plus zélés sont dans les classes basses du Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 191 peuple.La haute classe des catholiques, conseillers, juges, avocats, marchands de quelque crédit, n’est point en général amie du clergé.Dieu ne seroit donc point offensé si, mettant avant toutes choses notre confiance en lui, nous avions ensuite recours, pour nous donner quelque importance devant les hommes auxquels il en faut imposer, aux moyens humains qui sont à notre portée et que nous tirassions le meilleur parti possible des circonstances où sa Providence nous a mis.Le Gouverneur et l’Avocat Général savent très bien que nous avons en horreur l’Anglicanisme et principalement la suprématie du Roi qui en fait partie.Je le leur ai déclaré à pleine bouche et plusieurs fois, en ajoutant même que l’Évêque ne pourroit en conscience accepter une commission qui en impli-queroit la plus petite ombre.Ils ne voient donc dans nos places ecclésiastiques que le temporel, et c’est vraiment le seul objet qui les occupe.Le spirituel est à nous, et s’ils y interfèrent, ce sera sans malice et par accident et par concomitance avec .le temporel.Si les fidèles prennent le change, il sera aisé de les détromper en peu de temps.Voilà sur le tout ma manière de penser, qui, au reste, n’est pas dégagée de toute appréhension.» 60.» Mgr Denaut avait réfléchi longuement sur tout ce que lui avait écrit Mgr Plessis ; il avait fait ses objections.Le 4 juin il lui laissait voir le fond de sa pensée : « Je suis sensible, lui disait-il, comme je dois, à l’offre généreuse de Son Excellence, de vouloir bien se charger de présenter à Sa Majesté ou à ses ministres, l’exposé de l’état actuel de la Religion Romaine en ce Pays.Je crois, comme vous, que Mr le chevalier Milnes désire sincèrement l’établissement solide de l’évêque de Québec, et ce désir, que je crois bien sincère, mérite ma reconnaissance.Mais, à votre avis, d’après nos principes, les moyens d’y parvenir peuvent-ils être adoptés ?Peut-être ne contestera-t-on plus à l’Évêque de Québec son titre, son état sera assuré ; mais si le projet a lieu, il ne sera pas moins dépouillé ; il n’aura plus de pouvoir, il n’aura plus d’autorité.Otez, en effet à cet Évêque la nomination aux cures et fixez les curés : que lui reste-t-il à faire ?Quel bien pourra-t-il procurer dans son Diocèse ?Quel mal pourra-t-il arrêter ?Les inconvénients qui résulteront nécessairement de ce nouvel ordre de choses, les conséquences qui s’aperçoivent, quoique dans le lointain, doivent effrayer.Son Excellence ne nous gouvernera pas toujours ; son successeur n’aura peut-être pas la même bonté, les mêmes égards ; voilà ma crainte ; elle est fondée.J’aimerais donc mieux mon état précaire, tel qu’il est, que cet établissement solide, tel qu’il m’est offert.Son Excellence, 60.Archevêché de Québec.Cartable : Évêques de Québec, v.3, p.139141 (Lettre du 3 juin 1805).Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 192 LE CANADA FRANÇAIS qui se connaît en politique, doit voir l’impression qu’un tel changement dans le Gouvernement ecclésiastique de ce Pays fera indubitablement sur le Clergé et sur le Peuple, et quelle sensation dans tous les esprits et dans tous les cœurs.Il ne faut pas le cacher ! les uns et les autres croiront apercevoir la ruine prochaine de leur Religion, à laquelle ils sont fortement attachés ; en la voyant saper par ses fondements, on doit aisément en prévoir la chute totale.Mais, Mr Sewell, qui se connaît en loi, croit-il vraiment que le Roi d’Angleterre voudroit donner un établissement solide à la Religion Romaine, et en conséquence nommer à des cures catholiques des Prêtres catholiques ?Le serment qu’il prête en montant sur le Trône lui permet-il de faire l’un et l’autre ?Je ne suis homme de loi ; je ne déciderai pas la question.Toutes ces objections, tous ces doutes, tous ces aperçus, présentent un vaste champ aux plus sérieuses réflexions.Ne soyez donc point étonné de ma lenteur à répondre ; dans des affaires de cette importance, on doit prendre tout le temps au plus mûr examen ; la précipitation, dans les moindres choses, ne valut jamais rien .Je n’attends de la bonté de notre gracieux Souverain qu’une continuation de tolérance, de soutien, de protection, pour l’exercice de la religion Romaine, telle que nous l’avons éprouvée pendant quarante-cinq ans, depuis la Conquête.Le peuple canadien, le Clergé surtout, a taché de s’en rendre digne par son attachement à la constitution, et la conduite de ce dernier, dans toutes les circonstances, et particulièrement en 75 et 76, si elle ne mérite pas des éloges, a prouvé du moins qu'il aime à s’acquitter d’un devoir que lui impose la Religion qu’il professe.Votre Grandeur me demande-t-elle ce que je ferai, si l’on me signifiait l’ordre de me conformer à une décision que nous craignons.Je n’ai point encore pris de parti ; dans l’événement, je prendrai celui qui me paraîtra le plus prudent et que ma conscience et mon devoir me dicteront.Alors, j’irai au pied du Trône accompagné de mon Clergé et de mon peuple, lui témoigner notre dévouement, réclamer sa bonté et si cette démarche était sans effet, je donnerai ma démission et vivrai tranquille et en repos.®1.» La confiance de Mgr Plessis M*r Plessis ne se laissa pas déconcerter par cette communication intime où Mgr Denaut laissait voir si clairement les inquiétudes qui l’assiégeaient.Il lui répondit : « Aujourd’hui j’ai reçu l’honneur de votre dernière.Je partage vos frayeurs, mais non sans toute leur étendue, parce que je suis 61.Archevêché de Québec.Registre des lettres, v.4, p.197 (Lettre du 4 juin 1805).Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESS8 193 persuadé que si l’on laisse l’initiative à l’Évêque dans la nomination aux cures ou si le Roi se borne à une simple présentation, vos droits seront suffisamment maintenus, quoiqu’il soit vrai de dire qu’une présentation générale à toutes les cures par la même personne, surtout par le Roi et encore plus par un Roi de religion différente, ait des inconvénients qu’on ne rencontreroit pas de la part des patrons particuliers dans les lieux où ils existent.J admets encore que l’inamovibilité des curés est gênante pour un évêque qui aime mieux conduire paternellement son clergé qu avec la verge de fer.Mais si au défaut de l’amovibilité, qu’il ne faut pas encore désespérer d’obtenir, on vous accorde une Officialité, votre condition n’est pas pire que celle des évêques des autres diocèses catholiques où généralement les curés sont fixés, et cela conformément aux canons.Au reste, le Gouvernement seroit plus traitable sur ce dernier article que sur la nomination aux cures dont il est extrêmement jaloux.J’apprends par Mr Lymburner que Mylord Bishop ayant nommé de lui-même quelques ministres pour le Haut-Canada, le Génl Hunter s’en est offensé et a voulu nommer lui-même, en disant que c’étoit là son droit, sauf à l’évêque d’instituer s’il le vouloit.Ce langage se rapporte assez à ce que j’ai aperçu dans le Gouvernement d’ici.« Il faut avouer, Monseigneur, que nous sommes dans un moment de crise pour la religion.Votre Grandeur préféreroit, dit-elle, l’état précaire où elle se trouve, à l’établissement tel qu’il lui est offert.Oui, si cet état précaire pouvoit se soutenir.Mais il est évident que tous les jours l’Église du pays perd de cette autorité extérieure dont elle a besoin pour soutenir le spirituel et pour faire l’œuvre de Dieu.Les droits qu’exerce ici Votre Grandeur sont contestés non seulement par les avocats protestans mais par les catholiques qui commencent à s’en expliquer tout haut dans les cours de justice.On met en question la validité de l’institution des curés faite sans la participation du Gouvernement.Bientôt ils ne seront plus reçus à poursuivre le payment de leurs dixmes.C’est dans ce point de vue que Mr Grant aperçoit les choses, et c’est ce qui le rend si chaud sur la demande d’une commission du Roi, qui mette l’Évêque à l’abri des attaques qui vont fondre sur lui et sur son clergé.Il reconnoit cependant avec nous qu’il faut bien peser les choses, aller doucement et avec mesure, ne point trop s’avancer, dire avec franchise au Gouverneur le bien et le mal qui peut résulter de ses excellentes intentions, ménager cependant vos demandes de manière à ne point heurter de front les idées du Gouvernement & rejetter, comme il est vrai, sur l’esprit et la constitution de l’Église catholique, les points touchant lesquels nous différons avec lui.Il n’a pas voulu dresser lui-même les requêtes et m’a laissé cette besogne qui m’a assez embarrassé.Seulement, il les a revues et corrigées avec moi hier au soir avec beaucoup de soin.Les deux projets que je joins à la présente, sont le résultat de sa correction et de notre révision commune.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 194 LE CANADA FRANÇAIS Son idée est que la requête au Gouverneur doit être une espèce de mémoire explicatif de la requête au Roi, et c’est ainsi que nous 1 avons construite.Si la poste eut été moins proche de son départ, j aurois aussi fait voir ces projets de requêtes à Mr Lymburner qui est vraiment de nos amis, qui a des lumières et qui connoit le cabinet Britannique ou il a eu longtemps à démêler et pourroit meme nous y servir par ses amis.Mais j’en ai des copies qu’il verra ces jours-ci.Les corrections de Votre Grandeur et les siennes donneront lieu à une nouvelle édition qu’il faudra soumettre au contrôle de l’Avocat-Général et du Gouverneur, Mr Grant étant d avis que ce préalable est nécessaire pour le succès de la chose.Que si enfin leurs idées se trouvent tellement éloignées des nôtres qu il n y ait pas moyen de se rapprocher, Votre Grandeur décidera quel est le meilleur parti à prendre.On a du temps pour tout cela, parce qu’il n’est pas vraisemblable que le Gouverneur embarque avant le commencement de juillet.Il n’entre aucunement dans 1 idee du Gouvernement de remplir nos places ecclesiastiques par des ministres protestants, comme Votre Grandeur semble l’appréhender 62.» Mgr Denaut avait quitté Longueuil le 6 juin, pour la visite pastorale qu’il devait faire sur la rive sud du fleuve, de Sorel à Saint-Thomas.Le 17 juin, Mgr Plessis lui envoyait deux lettres, lune à la Baie-du-Pebvre, l’autre à Gentilly.Dans la premiere était incluse une copie des deux requêtes avec les corrections faites par M.Lymburner.Il lui disait que le lieutenant-gouverneur avait décidé de retarder son départ jusqu’au commencement d’août 63.Dans la seconde, il s’excusait auprès de Mgr Denaut de l’avoir peut-être offensé en écrivant trop sévèrement à M.Roux.Celui-ci lui avait répondu qu’il n’avait pu présenter à Mgr Denaut la lettre qu’il avait reçue (celle du 6 juin) pour l’évêque de Québec, celui-ci étant parti pour la visite pastorale.« J’aurais pris, lui disait-il, la liberté de proposer quelques réflexions sur celle que vous avés eu la bonté de m’envoyer, mais j’ai été sûrement informé que Mgr avait envoyé sa dernière réponse.Ainsi toute discussion étant inutile, je m’abstiendrai de vous faire part de mes idées qui, vraiment, sont peu intéressantes 64.» 62.Archevêché de Québec.Cartable : Évêques de Québec, v.3, p.141, Mgr Plessis à Met Denaut (Québec, 6 juin 1805).63.Archevêché de Québec.Cartable : Évêques de Québec, v.3, pp.143145.64.Archevêché de Québec.Cartable : Vicaires généraux, v.7, p.45, Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. JOSEPH-OCTAVE PLESSIS 195 Mgr Denaut assura son coadjuteur que M.Roux n était nullement intervenu dans l’affaire : « Il ne m en a rien dit, ni rien écrit.Son secret est à lui : je ne lui arracherai pas, : et je vous avoue, Mer, que je ne suis pas fâche de sa discretion.Je croix même qu’il a dû être très étonné de recevoir de Votre Grandeur des observations à mes observations ; assurément, il ne s’y attendait pas ; moi, encore moins.» Il avait reçu à Sorel le projet des requêtes « qui, disait-il, m’a plù plus que le premier, que je ne regarde que comme ébauché, imparfait, que comme des idées jettées par ci, par là, pour parvenir à un autre plus complet.J en ai profité, et je vous emporterai, ou envoyerai, si vous voulez, un troisième.Vous l’examinerez et observerez à votre tour.A peu de choses près, les deux Requêtes au Gouverneur et au Roi se ressembleront.Cette dernière surtout n’aura pas quatre ou cinq ratures, et, sur les lieux, nous aviserons à terminer pour le mieux, car il faut finir enfin.Je suis charmé que Son Excellence ait retardé son départ au mois d’août, j’aurai l’honneur de lui renouveller mes assurances de respect ; de lui présenter mes hommages ; de lui faire mes remerciements, pour ses bontés à mon égard et de lui parler encore sur l’objet qu’il paraît prendre tant à cœur, avec la franchise qu’il aime et que je ne lui épargne pas.J’ai toujours cru que nous anticipions le temps de nos demandes.J’aurais désiré attendre quel serait le succès de la Pétition des Irlandais, succès dont je ne suis pas flatté non plus que celui de la nôtre.Les affaires du moment occupent trop sérieusement le Gouvernement pour espérer qu’il s’amuse à des bagatelles.C’est ainsi qu’il regardera notre démarche; et, si ce n’eût été que pour répondre à la bienveillance de Son Excellence, j’aurais tout à fait abandonné ce plan.Je profite, dans mon projet, de toutes les notes de Mr Lymburner.Je les trouve très justes.Il mérite nos remerciements, et je ne manquerai pas de les lui faire à mon séjour à Québec 65.» (à suivre) Abbé Ivanhoë Caron.65.Archevêché de Québec.Registre des lettres, v.4, p.198.M** De- naut à Mgr Plessis (Nicolet, 22 juin 1805).Le Canada Fbançais, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940.
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