Le Canada-français /, 1 octobre 1940, IIIe session du comité permanent de la survivance française
IIIe SESSION DU « COMITÉ PERMANENT DE LA SURVIVANCE FRANÇAISE EN AMÉRIQUE » Ce 28 septembre 1940, c’est le grand salon de l’Université Laval qui cette fois accueille les membres du Comité Permanent de la Survivance Française en Amérique.Les autres fois le petit salon pouvait les contenir tous.L’ardent soleil d’un resplendissant jour d’automne inonde la pièce et auréole tous les recteurs dont les portraits s’alignent sur les murs blancs.Longue table qui se transformera tantôt en un quadrilatère plus convenable aux délibérations de ces importantes assises.Tant de fauteuil ! Y aura-t-il autant de membres présents ?Aurons-nous pour la première fois une session plénière ?Presque, en effet, seuls manqueront les délégués de la Louisiane : c’est si loin ! de l’ouest des États-Unis : nous déplorerons l’absence de Mgr Primeau ; du Manitoba : nous aurons dans un instant le télégramme de M.le juge Lacerte que des devoirs impérieux retiennent à St-Boniface.Les représentants de la Nouvelle-Angleterre, de l’Ouest Canadien, de l’Ontario, des provinces maritimes arriveront, ponctuels, et nous aurons le plaisir de saluer trois figures nouvelles : les docteurs Cypihot et Leclerc, M.l’abbé Baudoux.Déjà les liens familiaux unissent les membres du Comité.Les deux réunions de 1938 et 1939 après la communio n au même banquet du congrès mémorable de 1937 ont scellé ces liens auxquels s’ajoutent ceux d’une sympathie cordiale sinon ceux d’une vive amitié.Malgré les tristesses et les angoisses de l’heure, c’est une joie de se revoir.Quels problèmes, encore cette année, étudierons-nous qui laissent à l’âme une impression d’amertume, aux lèvres un goût de cendre?N’est-elle pas toujours d’une tristesse accablante, en un pays par nous ouvert à la civilisation, la constatation qu’il nous faut être sur la brèche à chaque instant, sans trêve, sans repos, comme le soldat dans la tranchée, afin de conserver ou de récupérer ces droits qui nous furent une fois concédés et qu’on s’efforce de nous nier un peu plus chaque jour.Et pourtant, s’ils savaient, nos Frères Séparés, s’ils voulaient se laisser convaincre, par la logique de notre attachement à la terre canadienne, par l’éloquence d’une culture française enrichie de plusieurs qualités de la culture anglaise, par la nécessité d’une unité canadienne solidement assise, qu’il leur est et sera toujours impossible d’éteindre le flambeau français sur ce continent nord-américain, quelque faible et vacillant qu’il leur paraisse ! Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 2, octobre 1940. 236 LE CANADA FRANÇAIS Qu’est-ce donc qui les empêche, ces fils de la vaillante Angleterre, d’imiter le large et magnanime geste de leur mère-patrie offrant à la trance, quelques heures avant sa capitulation, une union personnelle, salvatrice de l’Europe et de l’Amérique ?Ne veulent-ils pas, eux, sauver le Canada ?N entendent-ils pas les voix magnanimes de nos Souverains et de leurs représentants autorisés qui ne tarissent pas d’éloges à propos de l’âme, de la culture, de la langue et de l’héroïsme français et qui n’hésitent pas à nous indiquer notre devoir à nous, d’en être et d’en rester les champions en Amérique ! Préfèrent-ils malgré tout un Canada faible et désuni à un Canada grand et prospère, harmonieusement fondé sur la culture des deux plus grandes nations de l’Europe moderne?Tout ce qui est divisé contre lui-même périra, ne le savent-ils pas ?Les Anglais de ce pays se sentent-ils en quelque façon diminués dans leur propre estime parce que, à côté de la leur, il existe une culture française qui veut s’épanouir et qui s’épanouira, même contre leur gré ?S’il ne se peut que l’union imposée par le sort des armes entre français et anglais du Canada ne devienne un mariage d’amour, ne doivent-ils pas faire en sorte qu’il en soit au moins un de raison ?Ils y gagneront ; le pays y gagnera.Pourquoi ne le savent-ils pas tous ?Le Comité Permanent de la Survivance Française n’aurait plus alors qu’à se transformer en un comité permanent de l’avancement du Canada vers ses hautes destinées.Voilà quelques réflexions qui papillonèrent autour de mon esprit au cours de ces délibérations, si émouvantes parfois, du samedi, du dimanche et du lundi, 28, 29 et 30 septembre dernier.Quand on s’arrête à réfléchir que, toutes affaires cessantes chaque année depuis trois ans, les membres de ce Comité Permanent s’acheminent de Calgary, Edmonton, Winnipeg, Chicago, Ottawa, Halifax, Charlottetown, Moncton, Edmundston, Montréal, Trois-Rivières, pour participer à ces sessions dont l’objet est la survivance de l’esprit français en Amérique, que chaque année l’organisme créé par le congrès de 1937 s’améliore, assouplit ses rouages, perfectionne ses moyens d’action, prend un contact plus intime avec le peuple dont il est l’organe ; quand on suit les séances du bureau des administrateurs qui se tiennent régulièrement une fois chaque mois, celles des comités régionaux ; quand on y voit la somme de travail abattu, les résultats de l’influence grandissante de tout cet organisme et les volontés s’affermissant en une ténacité plus têtue ; on ne peut faire autrement que de garder la ferme conviction que le Canada s’effondrera avant que le français y soit étouffé.Prêts à lutter contre tous les nazismes, tous les fascismes et tous les bolchévismes afin que cela ne soit pas, nous continuerons la lutte contre tous les « anglicisismes » par tous les moyens, pacifiques ou non, si l’on nous y force, ce qu’à Dieu ne plaise ! Antonio Langlais 'professeur à l’Université Laval,
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