Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Pégase à la page
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (14)

Références

Le Canada-français /, 1941-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
PÉGASE A LA PAGE Mon jeune maître dit souvent que ces années-ci il faut avoir de la psychologie, du flair, de l’analyse, si on veut se faire un bonheur ou une belle carrière.Je suis fier d’en avoir eu pour deux, au bon moment.Vous aller voir.Et vous allez trouver que je mérite un doctorat en psychologie, moi aussi.Je vais d’abord vous dire qu’il y a quelque chose entre mon jeune maître et moi (une affection psychique, une affinité psychologique, à votre choix) depuis la minute de notre première rencontre : j’avais peut-être deux semaines et il arrivait en vacances de sa première année de médecine.Je me rappelle que c’était un superbe après-midi du mois de juin.L’air était tonique, le soleil juste assez chaud, une petite brise jouait près de nous dans les branches, et je cabriolais de pure joie de vivre.Ma mère me regardait, de son air pensif et patient.Tout à coup, elle s’ébroua : « Attention, voici quelqu’un ! Pour 1 instant, elle fit seulement avec gentillesse : « Bonjour, monsieur le docteur.Si vous voulez mettre votre coursier à l’abri du vent.» De mon appentis je ne voyais pas les invités mais j’entendais rire et chanter, j’avais l’impression que c’était une belle fête.Mon jeune maître partit le dernier, après m’avoir vu déguster une croquette de sucre de la main de mademoiselle Claire.— Puisque tu aimes le sucre, Pégase, me dit-elle, eh bien, je t’en donnerai chaque fois que tu viendras me voir.Au retour, mon jeune maître me parut extraordinairement léger.Il interrompit une fois son sifflotement de « Vive la Canadienne ! » pour me donner sur la croupe une tape affecteuse et sonore, et pour exulter : « C’est une jeune fille aimable, instruite, jolie ; ce qui ne gâte rien, c’est qu’elle te trouve de son goût.Tu lui plais, Pégase, mon ami ; tu lui plais ! » Je le savais.Mademoiselle Claire tint parole.Chaque fois que mon jeune maître me dirigeait chez elle, elle me donnait ou me faisait porter par son petit frère Roger la succulente croquette promise.L’agréable jeune fille ! Un jour, elle me dit à l’oreille : « Tu es presque aussi beau que ton maître.» Matière de goût ; moi, je me trouve plus beau.Comprenez-moi, ce n’est pas qu’il est mal partagé, non : il est très bien de sa personne, lui aussi.Mais c’est un bipède, et il me semble que tout bipède manque de la solidité, de l’équilibre qui fait la symétrie et la vraie beauté.Je serais curieux de savoir combien de milles je les ai promenés, cet été-là, dans Saint-Ferdinand et les environs.Ils auraient été bien incapables de me le dire.Il m’est arrivé de m’essouffier vingt, vingt-cinq minutes, sur le haut d’une côte à pic, et ils ne s’en apercevaient seulement pas.Je repartais de moi-même.Voyez-vous, ils s’aimaient, Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 6, février 1941 PÉGASE A LA PAGE 603 ces jeunes gens là, ça tremblait dans leurs voix qu’ils s’aimaient.Et puis crac ! ils se brouillèrent pour moins qu’une paille.Plus de promenades, plus de croquettes de sucre, surtout, plus de joie dans 1 atmosphère.Mon maître devint sombre.Il devint taciturne et agite.A tout moment il me conduisait au bureau de poste et il sortait toujours en marmottant : « Bredouille.Encore bredouille, » même quand il avait des lettres dans les mains et qu’il les regardait.Notre vie était triste.Elle s’anima un peu à la fin de septembre, quand mon maître reçut un message urgent de se rendre chez monsieur Pierre Lavoie, quelqu’un y étant gravement malade.Rapidement, il lança sur moi une selle.Sa voix était frissonnante et coupée : — Si c’est elle qui meurt, Pégase, jamais je n’en reviendrai.Jamais ! Va, Pégase, courons ! Le vent nous emportait sur les grignons rudes et durs.Chez Lavoie, cependant, tout semblait normal.Le petit Roger jouait avec son chien devant la véranda.Mon maître s’élança à terre et lui demanda d une voix oppressée .— Qui est malade, Roger ?— Personne, docteur, J’ai ete malade, moi, mais maintenant je suis très bien.Il ajouta avec fatuité : « J’avais mangé des pommes vertes.)) Un drôle de mioche.Il n’y avait toujours personne aux alentours, alors je hennis et Claire sortit, mais dolente, hésitante, tremblante.Les yeux sur son petit frère qui commençait à tresser ma queue, elle murmura : « Il nous a fait une peur ! » Il tomba un silence trouble, étrange.J ai assez de flair pour savoir qu’ils étaient tendus l’un vers 1 autre, avides d’entendre une parole tendre, mais craintifs et incertains.Je regardais mon jeune maître avec confiance.Il pouvait voir comme moi, sur le doux visage pâle, un tourment au moins égal au sien.Eh bien, vous le croirez si vous voulez, au lieu de faire de la psychologie appliquée et diagnostiquer une détresse intime, il dit poliment, si froidement que je vis Claire en frissonner : « Adieu, mademoiselle.» En revenant petit train, mon jeune maître était pesant et, il ne cessait de gémir lourdement, malgré toutes ses Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 6, févreir 1941 604 LE CANADA FRANÇAIS études, malgré l’évidence : « Elle ne m’aime pas.Elle ne m’a jamais aimé ».Vous parlez d’un psychologue : Je ne pouvais en croire mes oreilles.C’était sans doute ce qu il appelait sa « fierté d’homme » qui lui mettait des œillères.Après cela il se mit à visiter une demoiselle Florida Casse-mottes, la fille d un
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.