Le Canada-français /, 1 avril 1941, L'oeuvre admirable du curé Brousseau
L’ŒUVRE Æ DU CURÉ BROUSSEAU On aime à montrer ce qui, malgré les infirmités humaines, peut expliquer chez un homme ses bases d’élévation et les sources de sa pensée créatrice.La Vie admirable du Chanoine Joseph-Onêsime Brousseau, publiée en 1929 par les religieuses de Notre-Dame du Perpétuel-Secours, n’a pas eu d’autre visée.J’avais lu cette monographie avant même de connaître sur place l’œuvre du Curé Fondateur ; je viens de la relire et de la mieux comprendre, après dix ans de contact avec la communauté des Sœurs de Saint-Damien.L’une de mes grandes joies serait de publier moi-même les mérites que ses Filles spirituelles ont acquis, depuis 1892, c’est-à-dire depuis l’établissement de leur Congrégation.J’intitulerais mon ouvrage Un Curé et ses 'pauvres, et, si je rencontrais Vautel, je parie qu’il regretterait de n’avoir point connu cet autre type.Voici donc, en quelques mots, l’histoire d’un homme simple, né de parents modestes, élevé et grandi dans un milieu paisible, entraîné au travail dès sa jeunesse, fidèle à tous les devoirs de son âge, docile envers ses parents et ses éducateurs, réfléchi, prévoyant, courageux et de jugement sain.L’influence affective d’une sainte mère, l’exemple d’un père au grand cœur et les enseignements d’une institutrice modèle ont éclairé les voies de son avenir.Il a la vocation sacerdotale et se prépare au service de Dieu et du prochain avec une ardeur constante mais silencieuse.Le bruit ne fait pas de bien.Au moral comme au physique, l’étudiant n’offre rien de brillant ni de très remarquable.Sa santé corporelle, même, semblerait trahir chez lui l’ordinaire exubérance de la jeunesse.Mais il va son chemin.Ses études terminées il est fait prêtre.Vicaire et ensuite pasteur il observe, Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 8, avril 1941 57 798 LE CANADA FRANÇAIS médite et consulte.Il travaille, et toujours dans le silence ; le bien ne fait pas de bruit.Dans le milieu confié à son zèle apostolique il a découvert l’occasion défaire fructifier toutes ses aptitudes à l’éducation et à l’instruction des petits, à la protection des orphelins, des malades, des vieillards et de tous les nécessiteux.Porté par sa naissance et par ses goûts vers la vie simple, laborieuse et nourricière des champs, il voudrait que tout son entourage s’intéresse à la terre.Il ramènera les esprits et les cœurs vers l’agriculture.Il prêchera la colonisation raisonnée en vue d’une existence rurale facilitée, étendue et perpétuée par des héritages de biens conquis dans le travail et la persévérance.Pour mieux enraciner les hommes au sol natal il suscitera des apôtres, des agronomes en robe, liés à leur mission éducatrice par la pratique de l’exemple et par des vœux d’obédience régulière.Ce seront les Frères agriculteurs de Notre-Dame-des-Champs.Mais, pour que l’homme des champs se plaise à sa tâche aussi lourde qu’impérative, il lui préparera une compagne avertie, suffisamment instruite, une gardienne bonheur du domestique et une collaboratrice à ses travaux, assidue à partager ses peines, ses joies et ses espoirs.Pour instruire de ses devoirs la jeunesse féminine rurale, il fondera la communauté des Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel-Secours, qui se dévoueront aussi au soin des pauvres et des malades.La naissance des grandes œuvres humanitaires qui ont duré ne s’est jamais vue exempte d’épreuves et de revers.Les entreprises spirituelles et matérielles du Curé Brousseau ont reçu abondamment la consécration de la souffrance : elles ont été trempées par la douleur.Ils ont souffert, peiné, lutté, lui et les siens, sans se désister un seul jour de leur confiance en Dieu.Deus providebit ! Tel fut en tout et toujours, pour le Père Fondateur et pour ses disciples, le mot d’ordre qui réconforte, le secret magique de tous les triomphes aux heures de lutte et d’ébranlement passager.Aussi bien voyons-nous fleurir avec confiance et s’épanouir avec largesse la moisson germée du cœur et de l’intelligence d’un prêtre, dont la vie fut toute consacrée au bien-être Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 8, avril 1941 l’œuvre admirable du curé brousseau 799 spirituel et matériel des autres.Son œuvre grandira car le Ciel y pourvoit.« Deus providebit ! » — Ce cri des heures sombres Est devenu le chant joyeux des jours sereins ; Des héroïsmes purs ont dissipé les ombres, Et les alléluias, résonné dans l’airain.1 C’est en 1853, dans la paroisse encore modeste de Sainte-Hénédine de Dorchester, que naquît Joseph-Onésime Brous-seau, de parents cultivateurs.Il eut deux frères, l’un agriculteur, l’autre sculpteur sur bois.Son père, M.Joseph Brousseau, et sa mère, Dame Flavie Gagnon, aimaient leurs enfants, leur terre, leur paroisse et leur pays.Ils ne savaient guère d’autres chemins que ceux des champs et de l’église.Dès son enfance Joseph-Onésime manifestait des signes de vocation sacerdotale, d’apostolat religieux et laïc, et ce désir constant de bâtir et d’organiser.Vers l’âge de dix ans,
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