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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique de l'Université. Séance académique: allocutions du recteur, du doyen de la Faculté des sciences, des récipiendaires du doctorat ad honorem Son Excellence Mgr A. Vachon, l'honorable Robert Laurier, Monsieur James Y. Murdoch, M. Hector Authier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1941-05, Collections de BAnQ.

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952 LE CANADA FRANÇAIS Le Recteur termine le dîner Nous ne pouvons prolonger davantage la joie de fraterniser autour de ces tables.Une autre réunion nous réclame, pour une séance académique à 9 heures.Notre soif d’éloquence pourra continuer de s’y satisfaire.Je prie Son Éminence de rendre grâces à Dieu: et pour les excellentes paroles que nous venons d’entendre, et pour le pain matériel qu’ensemble nous avons partagé.SÉANCE ACADÉMIQUE à la Salle des Promotions Le Recteur Nous continuons ce soir, sous la forme d’une séance académique, les cérémonies d’inauguration de l’École des Mines.Je veux d’abord remercier d’un seul mot cet auditoire qui nous fait l’honneur de s’associer à notre joie et qui nous apporte le témoignage précieux de sa sympathie.J’ai déjà dit ailleurs la bienvenue respectueuse et cordiale que nous adressons à tous.Cette journée de l’inauguration de notre École des Mines marque une étape heureuse dans l’histoire de l’Université Laval.C’est comme une consécration solennelle de l’immense effort qu’a accompli l’Université pour développer l’enseignement scientifique, et pour ouvrir aux jeunes étudiants de langue française de cette Province des carrières nouvelles, à la fois pratiques et hautement honorables.Je n’ai pas à retracer ici l’histoire de ces entreprises, ni à les définir.Une chose vaut peut-être la peine d’être rapidement soulignée: c’est la patience tenace, longuement éprouvée, jamais abattue, des ambitions de l’Université Laval.Mon vénérable collègue, et ancien Recteur, Monseigneur François Pelletier, me rappelait il y a quelques jours, avec Le Canada Français, Québec, Vol.XXIV, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 953 une émotion joyeuse, les périodes successives de vingt années chacune qui furent les préparations prochaines de l’événement d’aujourd’hui.1901, me rappelait-il, 1921 et 1941 sont trois dates qu’il ne faudra pas oublier.1901: la date de nos rêves magnifiques et juvéniles.Mgr Pelletier a-t-il jamais cessé d’être jeune ?En 1901, nous étions tous les deux à Paris, étudiants à l’Institut Catholique et en Sorbonne.Vous souvient-il—ainsi parlait, il y a quelques jours Mgr Pelletier—que souvent le soir, sous le préau ou dans les allées du jardin des Carmes, nous devisions, nous rêvions.comme à vingt ans.Nous étions jeunes; nous rêvions donc de réformes, et de réformes de l’enseignement ! Après avoir assez loué le passé, pour mettre bien à l’aise nos consciences, nous nous prenions à regretter que nous n’eussions pas encore à Québec l’enseignement supérieur des lettres et des sciences, et que la pauvreté économique de Laval eût entraîné si fatalement sa pauvreté intellectuelle.Et nous rêvions de dotations, de richesses inconnues, et de créations supérieures ! Nous rêvions de lettres classiques hautement enseignées, de sciences profondément extraites de coûteux laboratoires.Et nos rêves auréolaient d’une gloire athénienne notre acropole de Québec ! Quelques mois après, nous quittions Paris.Rêveurs et rêves débarquaient à Québec.Nous continuions de concevoir de hardis et beaux projets.1902: le cinquantenaire de Laval ! Cent mille dollars souscrits et offerts à l'Alma Mater.Que fera-t-on de cette fortune incroyable ?Les uns veulent bâtir en pierre; d’autres, les rêveurs, veulent bâtir en hommes.Une chaire d’enseignement supérieur, plutôt qu’une restauration matérielle ! Et ce fut à Laval, la chaire de littérature française qui fut créée, et qui attira aux premiers cours de M.Louis Allard, dans cette salle des Promotions, une foule envahissante, débordante, tous les humanistes impatients qui de Saint-Sauveur à la Haute-Ville, attendaient depuis cinquante ans, l’enseignement supérieur des lettres.Mais une chaire, pas plus qu’une hirondelle, ne fait à l’Université le printemps.Ni les lettres ni les sciences ne fleurissaient assez au jardin académique.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 954 LE CANADA FRANÇAIS Et il fallut attendre une révolution complète, vingt ans, avant que les rêves de 1901 se muassent en suffisantes réalités.Voici 1920: ce fut l’année des souscriptions du peuple et du gouvernement en faveur des universités.Deux millions à Québec ! Trois à Montréal ! Québec, qui ne sait pas largement dépenser, capitalisa ses millions, et avec les intérêts minutieusement comptés, fonda une École Normale Supérieure, avec section de lettres et de sciences, et l’École Supérieure de Chimie.En 1921 : ouverture de ces deux Écoles.L’École de Chimie s’établit dans un Pavillon où vint la rejoindre une École d’Arpentage et de Génie forestier, qui depuis dix ans, cherchait sans fortune suffisante, où loger son riche dévouement.Le Pavillon des Sciences devint bientôt, grâce à d’exceptionnels ouvriers, un centre remarquable d’enseignement et de recherches.Monseigneur Vachon y groupa une élite de professeurs.L’École de Chimie devint sous sa direction une École de maîtres.Elle se fit connaître et au Canada et à l’étranger par ses travaux et ses découvertes.Et après vingt ans—les vingt années traditionnelles de nos gestations universitaires—cette École, devenue elle-même, avec l’École d’Arpentage et de Génie forestier, la Faculté des Sciences de Laval, vit s’ajouter à ses enseignements celui des Mines, de la Géologie et de la Métallurgie.Objet d’un choix extrêmement heureux du gouvernement de l’honorable Maurice Duplessis, l’Université Laval a construit avec l’aide du gouvernement de la province de Québec, le bâtiment splendide que nous inaugurons aujourd'hui.1941, après 1921 et 1901, compléta la trinité mathématique, vraiment trop lente, qui a semblé conditionner nos supérieurs progrès.Monseigneur Pelletier trouve aujourd’hui sa joie dans ces chiffres que nul pourtant n’avait fixés d’avance, mais qui contenaient tout ensemble ses rêves, ses initiatives et ses admirables dévouements.Car il faut bien que je le dise maintenant.Si en 1921, l’Université Laval fonda en même temps l’École Supérieure de Chimie et l’École Normale Supérieure, c’est que Monseigneur Pelletier était alors le recteur de l’Université et qu’il employa à ces fondations Le Canada Fbançais, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 955 jumelles toute l’énergie qui ne manque jamais à ses désirs.Messieurs, je m’arrête ici.J’ai voulu jeter avec vous un coup d’oeil rapide sur un passé qui s’estompe déjà.L’occasion était opportune de dire comment aujourd’hui est sorti d’hier.Ce que veut être aujourd’hui, ce qu’aujourd’hui prépare pour demain, Monsieur le Doyen de la Faculté des Sciences pourra vous le dire avec toute la précision qu’il sait mettre dans ses démonstrations.Je lui laisse ce soin de vous entretenir d’une Faculté qui bénéficie depuis longtemps de son zèle toujours mobile, de son activité incessante, de son dévouement inépuisable.Par son travail à l’intérieur, par ses relations à l’extérieur avec les professeurs des universités ou avec les représentants des industries, en particulier avec ceux de l’industrie minière, il apporte à l’Université Laval le plus utile concours.Mais, avant de lui laisser la parole, je tiens, pour finir, à vous annoncer que, pour assurer un meilleur rendement à la fois théorique et pratique de l’Ecole des Mines, nous avons cru devoir former un Conseil d’aviseurs techniques, composé d’hommes qui sont des experts dans l’exploitation de l’industrie minière.Trois de ces experts ont bien voulu jusqu’ici accepter de faire partie de ce Conseil: M.James Murdoch, président de la Noranda; M.J.McCrea, gérant de la Sigma Mines, et M.A.-O.Dufresne, chef du service des Mines de la province de Québec, et professeur à la Faculté des Sciences.Ce Conseil d’aviseurs techniques pourra nous rendre de précieux services et je remercie MM.Murdoch, McCrea et Dufresne de nous apporter ainsi une si pratique collaboration.Je prie maintenant M.le Doyen Adrien Pouliot de vous parler de la Faculté des Sciences.* * * Allocution de M.Adrien Pouliot doyen de la Faculté des Sciences En vue de compléter les renseignements que vous avez pu obtenir cet après-midi au cours de votre visite de l’École des Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 956 LE CANADA FRANÇAIS Mines, il nous a semblé bon d’exposer en quelques mots 1 historique de la fondation de cette École aussi bien que son organisation interne actuelle et ses projets d’avenir.Pour bien comprendre l’importance de l’évolution scientifique à l’Université Laval il faut se reporter à l’âge de fer, c’est-à-dire, dans notre cas, à vingt ans en arrière, alors que tout l’enseignement universitaire des sciences était limité à l’École d’Arpentage et de Génie forestier, beaucoup moins avancée qu’aujourd’hui, et à un embryon d’École de Chimie.Quel chemin parcouru durant ces vingt dernières années ! Quel progrès merveilleux et constant, à partir des débuts de l’École Forestière, puis de l’École de Chimie, jusqu’à l’inauguration de l’École des Mines ! Si ce prodigieux avancement a été rendu possible chez nous, c’est sans doute que la Providence s’en est mêlée plus ou moins directement, mais son agent le plus efficace a sûrement été notre doyen d’hier, aujourd’hui archevêque d’Ottawa, Son Excellence Monseigneur Vachon.Susceptible à la fois de comprendre, de voir et d’entreprendre, Monseigneur Vachon s’est personnifié avec la Faculté des Sciences de Québec au cours des quinze dernières années, et, lorsque dans ce qui va suivre, j’userai de formules plus ou moins impersonnelles pour parler de la Faculté, il faudra constamment, à travers les termes employés, discerner le nom de notre premier et si sympathique doyen.La première préoccupation de l’École de Chimie a été de constituer un corps professoral de premier ordre dans toutes les disciplines scientifiques.C’est ainsi qu’on est allé en Suisse, en France, en Belgique en Italie, aux États-Unis et dans les provinces anglaises du Canada afin de faire appel à des professeurs qui fussent en même temps des maîtres.Le résultat d’une telle politique c’est que la plupart des professeurs de notre Faculté possèdent aujourd’hui des doctorats ou des licences ès sciences.Dans de telles conditions comment l’enseignement qu’ils distribuent pourrait-il manquer d’être éminemment fécond, étant donné que chacun d’entre eux fait de l’enseignement même sa propre Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 957 carrière.Sans doute fallait-il, pour faire appel à autant de professeurs de carrière, des ressources financières considérables.Ce sera pour toujours à l’honneur du Séminaire de Québec et de son Procureur, Monsieur l’abbé Oscar Bergeron, de s’être ralliés sans hésiter au point de vue des autorités de la Faculté des Sciences et d’avoir compris qu’il ne fallait reculer devant aucun sacrifice pour assurer la qualité d’un enseignement scientifique vraiment supérieur.Une autre préoccupation vraiment caractéristique de la ligne de direction suivie par cette Faculté, fut le souci de développer la recherche de la façon la plus intense possible.On commença d’abord par diriger quelques-uns de nos diplômés vers l’étranger pour leur faire entreprendre des travaux de recherche dans les laboratoires les plus réputés et sous la direction des plus hautes autorités scientifiques.Un bon nombre de ces jeunes gens revinrent chez nous comme professeurs et entreprirent d’organiser ici même des centres de recherche, assez timidement d’abord, puis avec plus d’audace.Des succès de plus en plus marqués couronnèrent leurs premiers efforts, jusqu’à ce que le Conseil National de Recherches se mît à s’intéresser aux travaux scientifiques qui se faisaient à l’Université Laval.On accorda des bourses de recherches de plus en plus nombreuses, et les résultats se sont avérés à tel point satisfaisants qu’il y a trois ans on entreprit de créer une École des Gradués, École spécialement orientée vers la recherche scientifique.Cette organisation remporta tellement de succès que, moins d’un an après sa fondation, nous y recevions des diplômés de toutes les Facultés, à tel point qu’elle déborda les cadres de la Faculté des Sciences pour devenir l’École Supérieure des Gradués de l’Université Laval.C’est seulement le 6 décembre 1937, c’est-à-dire, il y a moins de quatre ans, que fut créée la Faculté des Sciences, mais, comme le disait deux jours plus tard le Recteur magnifique, Monseigneur Camille Roy, au déjeuner traditionnel de l’immaculée Conception, ce n’était là qu’une pure modification nominale, car l’École de Chimie s’était développée au point de devenir, par elle-même, une véritable Faculté des Sciences, et l’École forestière, tout en gardant son identité, n’en évoluait pas moins dans le même sens.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 958 LE CANADA FRANÇAIS Quelques mois plus tard, pour rendre hommage à l’oeuvre accomplie par l’Université Laval, le gouvernement Duplessis lui accordait une généreuse subvention, en vue de fonder une École de Génie minier, de Métallurgie et de Géologie.11 me plaît de témoigner ici de l’intérêt que Monsieur Duplessis n’a cessé de porter à la cause universitaire, tout comme de l’appui que lui a alors apporté l’Opposition du temps.On a pu d’ailleurs s’en rendre compte par les vibrants discours du premier ministre, Monsieur Godbout, cet après-midi, aussi bien que par ceux de M.Maurice Duplessis et de Monsieur Onésime Gagnon, si les gouvernements changent parfois chez nous, il est une chose qui subsiste quand même, c’est la compréhension, par nos hommes politiques de toute allégeance, de l’importance capitale que comporte le problème du développement universitaire.L’organisation de la nouvelle École nous apparut dès le début comme une entreprise immense: l’abbé Laverdière s’y entendait bien en Géologie, mais aucun d’entre nous n’avait la moindre expérience en génie minier ni en métallurgie.C’est à ce moment que l’Université établit un Comité d’organisation, composé de Monseigneur Vachon, du docteur Paul Gagnon, de l’abbé Laverdière et de moi-même.La première fonction, extrêmement agréable d’ailleurs, de ce comité consista à voyager (je crois que c’est Monseigneur Vachon qui nous fit cette suggestion), afin d’avoir une idée de ce qui se faisait du point de vue géologie, génie minier et métallurgie dans les autres milieux universitaires.L’Université Queen’s, aussi bien que l’Université de Toronto, nous réservèrent le meilleur accueil et se mirent à notre entière disposition.Quand à l’Université McGill qui, plus rapprochée de nous, se prêtait à des contacts plus fréquents, elle nous apporta une collaboration tellement précieuse que c’est un devoir de la nouvelle École des Mines d’apporter ce soir à sa soeur plus ancienne l’hommage de sa reconnaissance la plus vive.Je tiens tout spécialement à mentionner les noms des professeurs Bell, O.Brown et MacEwan qui ont fort étroitement collaboré avec nos Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 959 architectes et nos ingénieurs pour esquisser d’abord puis calculer ensuite le projet qui est devenu l’Ecole que nous avons inaugurée aujourd’hui.Le Comité s’est ensuite appliqué à faire appel à des professeurs de carrière spécialistes, en vue d’organiser dès le début sur une base solide l’enseignement des diverses branches du génie minier.C’est ainsi que Monsieur Franco Rasetti nous arriva de Rome, Monsieur Donnay de Johns Hopkins (Baltimore), Monsieur Letendre d’Ottawa, Monsieur Waddington de Vancouver, Monsieur Schwartz de Minneapolis, Monsieur Putman de Gand, Belgique, et Monsieur Poncelet de Noranda.Le Ministère des Mines nous a de son côté apporté un soutien extrêmement fécond grâce à la clairvoyance des ministres, Messieurs Onésime Gagnon et Edgar Rochette.Il me plaît de rappeler ici que le développement de notre École importa presque autant à Monsieur Gagnon (ce qui n’est pas peu dire!) que le progrès de son propre ministère.Quand à Monsieur Rochette, il n’a pas tardé à suivre l’exemple de son prédécesseur et notre Faculté tient à les remercier tous deux ce soir de l’intérêt et de la bienveillance qu’ils n’ont cessé et qu’ils ne cessent encore de témoigner à ses humbles travaux.L’un des plus grands services qu’a sans contredit rendus le Ministère des Mines à notre Faculté, a été de lui permettre de bénéficier de la vaste expérience de Monsieur A.-O.Dufresne, notre grand aviseur de toujours, de même que des connaissances de Messieurs Maurice Archambault, Eugène Laroehelle et I.W.Jones.Nous avons rencontré une collaboration analogue de la part du ministère de la Voirie, qui nous a prêté Monsieur Berchmans Garneau, et de l’École Technique, qui nous a permis d’utiliser les services de Messieurs J.-R.-A.Désy et Marie-Louis Carrier.Ce n’est nullement mon intention de mentionner ici tous les professeurs que nous avons attachés à la Faculté des Sciences: la liste en serait trop longue car il y a aujourd’hui soixante-un professeurs à cette Faculté dont 25 sont des professeurs de carrière, qui se tiennent tous—et nous consi- Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 960 LE CANADA FRANÇAIS dérons que ceci est essentiel !—à la disposition de nos étudiants de huit heures du matin à 5 ou 6 heures du soir.J’ai tenu simplement à signaler comment, grâce à la collaboration des autres universités et à celle du gouvernement de la Province, il nous a été rendu possible, malgré notre manque d’expérience, de grouper, pour faire fonctionner la nouvelle École des Mines, un personnel enseignant de premier ordre.?* * Comme notre Faculté comprenait, outre l’École d’Arpentage et de Génie forestier, la nouvelle École des Mines, l’École de Chimie, l’Institut de Biologie et l’École Normale Supérieure, section des sciences, le problème s’est immédiatement posé de trouver une formule qui nous permettrait d’éviter les dédoublements de cours.Nous avons à cet effet adopté le système usité dans les universités canadiennes anglaises et créé six sections ou départements, chacun de ces départements ayant son directeur et son organisation propres.Les six départements furent les suivants: Physique, Chimie, Biologie, Mines et Métallurgie, Mathématiques, Géologie, auxquels on adjoignit par la suite un septième département de Mathématiques appliquées.Un étudiant en génie minier par exemple ira étudier la chimie au département de Chimie, la Physique au département de Physique, etc.Une telle initiative a eu comme principal effet de partager les responsabilités des diverses disciplines scientifiques entre certains de nos éminents professeurs.Revêtus de plus de prestige et d’autorité, ces derniers se sont appliqués à rivaliser de zèle entre eux pour agrandir leur champ d’action d’une façon à la fois homogène et personnelle, ce qui constitue en science la condition nécessaire de la fécondité.Cette organisation interne une fois réalisée, le problème de l’aménagement matériel se simplifiait: vous avez pu voir cet après-midi comment nous l’avons résolu.Mais ce que vous ignorez peut-être—et ce qu’il me plaît de signaler une fois encore !—c’est qu’une telle solution n’a pu être obtenue que grâce au dévouement de tous nos professeurs, anciens Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 961 et nouveaux, de même qu’à l’appui de nos amis de McGill et à la collaboration de plusieurs personnalités du monde minier.Sans doute, pour satisfaire à toutes les exigences que requiert une solide formation d’ingénieur minier, nous a-t-il fallu dépasser quelque peu, lors de nos dernières réalisations, les sommes prévues dans nos conceptions initiales.Mais le gouvernement d’alors, intelligemment secondé par l’opposition, nous avait dit: «Prenez toujours ce que nous vous donnons ! Ce qui compte d’abord, c’est d’organiser un enseignement qui fasse honneur à la Province.Plus tard, si vous avez besoin d’un peu plus, vous reviendrez !» Les secrets de la Procure m’échappent mais nous avons donné à la Province tellement plus que ce qu’elle nous demandait qu’il n’y aurait rien d’étonnant ni d’illogique à ce que nous revenions devant le gouvernement aujourd’hui, qui, sur ce point, j’en suis sûr, ne verrait en face de lui aucune opposition.Si la culture des professeurs et la qualité du matériel constituent deux éléments essentiels des progrès d’une université, il en est pourtant un troisième dont il faut tenir compte et que l’on néglige malheureusement trop souvent, c’est la valeur des élèves eux-mêmes.Et, lorsqu’on veut analyser cette valeur, nous voilà immédiatement en face d’un double problème, car le succès d’un élève, surtout dans une discipline scientifique, dépend à la fois de la préparation qu’il a reçue et des dispositions qu’il possède.Or, ces deux facteurs de réussite, essentiellements différents, sont confondus pourtant par le plus grand nombre.Quel est le Canadien français qui.appelé à voyager, en dehors de notre province, surtout il y a une dizaine d’années, n’a pas entendu maintes fois la réflexion suivante: «Vos compatriotes ont beaucoup de talent pour la littérature et pour les arts ! Comment se fait-il qu’ils soient si peu doués pour les sciences ?» Et pourtant, si l’on avait mieux connu nos jeunes gens, on se serait aperçu que ce qui leur manquait, ce n’était pas Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 962 LE CANADA FRANÇAIS des dispositions naturelles de l’esprit mais bien une préparation convenable pour les carrières scientifiques.Ce manque de préparation était d’autant plus grave que tout l’édifice économique d’une nation repose aujourd’hui sur une charpente scientifique.Il me plaît de reconnaître ici que, depuis dix ans, les élèves nous arrivent mieux préparés, surtout en mathématiques et en chimie.Nous exigeons pourtant encore davantage.Ce n’est pas, comme l’insinuent quelques-uns de nos amis de l’enseignement secondaire, qu’à mesure que ce dernier élève le niveau de ses études, nous, de notre côté, nous élevions celui de nos exigences.Ce que nous voulons est beaucoup plus simple ! C’est que notre première année de la Faculté des Sciences à l’Université Laval soit équivalente à l’année correspondante dans n’importe quelle université du pays.Nous devons être une Faculté forte ou ne pas être du tout ! Voilà pourquoi nous avons cru indispensable d’établir, à la base même de notre cours, une première année de ce genre.Il est vrai que, dans l’état actuel des choses, un bon nombre de bacheliers ne peuvent y avoir accès directement et doivent, au préalable, faire une année d’études pré-scientifiques, mais cette situation n’est que temporaire et le cours normal des choses reprendre tôt ou tard avec une élévation appropriée du niveau du baccalauréat.Si la préparation constitue une condition nécessaire de succès dans les carrières scientifiques, cette condition n’est pourtant pas suffisante: il faut aussi faire entrer en ligne de compte les dispositions naturelles de l’élève lui-même.Nous avons décidé de pratiquer, à cette fin, une élimination systématique dès la pré-scientifique ou la première année, élimination qui a eu un triple effet: le premier a été de diriger le plus tôt possible vers d’autres voies, avant qu’ils ne deviennent des désabusés ou des ratés, les sujets qui n’avaient pas les aptitudes nécessaires pour faire des sciences; le second a consisté, par suite du relèvement du niveau intellectuel des années d’études, à relever le niveau de l’enseignement Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 963 lui-même; la troisième conséquence a été, enfin, non seulement de former de meilleurs gradués, mais de n’en pas former trop, ce qui est aussi un avantage appréciable.On dit que les vieilles professions sont encombrées, ce qui est plus ou moins juste: elles ne sont sûrement pas encombrées d’hommes transcendants mais peut-être de trop de médiocres qui font tort à l’ensemble.N’est-il pas sage, au début de nouvelles professions, d’éviter un tel échec et de mettre pour ainsi dire sur le marché que des produits de premier ordre dont ou pourra disposer ?Une chose est certaine, c’est que le groupe de nos seize finissants de cette année, qui constitue la première promotion de l’École des Mines, devrait dans l’ensemble faire honneur à l’institution qui les a formés, tout autant que nos chimistes ont contribué plus que n’importe qui à faire connaître notre École de Chimie d’abord, puis apprécier ensuite notre Faculté des Sciences.Je m’en voudrais fort, mesdames et messieurs, si ce long exposé du développement de notre Faculté des Sciences vous était apparu comme l’expression d’une béate satisfaction ou d’une naïve vantardise.Nul, soyez-en sûr, ne se rend compte mieux que nous, les progrès qu’il nous reste à faire et les lacunes qu’il nous faut combler.Nous avons voulu tout simplement/afre le point, ne serait-ce que pour provoquer des critiques constructives, car de telles critiques, si elles sont sincères, constituent sûrement une des formes les plus fécondes de la collaboration.Or, c’est par la collaboration qu’il nous a été possible d’arriver au stage où nous nous trouvons aujourd’hui; c’est par elle également que notre enseignement sera susceptible d’évoluer au jour le jour, en s’adaptant sans cesse, d’une façon réaliste et pratique, aux exigences du présent et aux nécessités, toujours variables, de la vie elle-même.Cette collaboration, nous l’envisageons d’une façon universitaire, c’est-à-dire en somme que nous l’attendons de tous.Collaboration de l’enseignement secondaire d’abord qui, étant la clef de voûte de l’édifice universitaire, nous permettra de mesurer nos succès de demain au rythme de ses progrès d’aujourd’hui.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 9, mai 1941 964 LE CANADA FRANÇAIS Collaboration du gouvernement de la province, appuyé par l’opposition parlementaire, qui, grâce aux subsides indispensables octroyés pour la création des carrières de l’avenir, se trouvera ainsi à contribuer indirectement à la conquête de cet avenir lui-même.Collaboration de la part des autres universités avec lesquelles nous pourrons je l’espère, pratiquer des échanges de plus en plus nombreux d’étudiants et de professeurs.Collaboration de la part de nos étudiants eux-mêmes qui doivent considérer leurs professeurs comme de véritables guides et des amis sincères.Collaboration de la part de nos anciens élèves qui, mieux que personne peut-être, peuvent nous signaler mainte lacune de notre organisation dont ils ont pu souffrir et que nous nous empresserons de combler.Collaboration enfin dans notre cas, et ce sera mon dernier mot, de la part des gérants de mine et des ministères des mines de Québec et d’Ontario.Qu’on le sache bien ! Nous avons pour ambition de former non pas des diplômés quelconques, mais bien précisément des ingénieurs miniers dont les mines ont besoin.C’est aux hommes de la pratique, aux présidents de compagnies minières, aux gérants de mines qu’il appartient de nous dire ce qu’ils attendent de nous et de nous exposer ce qu’ils feraient en somme s’ils étaient chargés à notre place dans l’Université même de préparer leurs propres ingénieurs.De ces avis, de ces conseils, non seulement nous tiendrons le plus grand compte, mais j’espère bien que notre École des Mines est assez jeune pour que, libérée de tout formalisme et indépendante de toute tradition, elle puisse organiser son enseignement théorique en fonction directe des besoins de la pratique ! A cette fin, de concert avec les autorités de l’Université Laval, la Faculté des Sciences a décidé de créer un comité d’aviseurs techniques de son École des Mines, comité avec lequel elle se tiendra périodiquement en contact, de façon à ce que son enseignement, au lieu de se figer dans des formules académiques, évolue de façon continue avec les progrès quotidiens et les développements constants de l’industrie minière dans notre province.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 965 * * * M.James Murdoch, qui va recevoir tout à l’heure un doctorat d’honneur, avait déjà, dès l’an dernier, accepté de faire partie de ce comité.A l’invitation de Monseigneur le Recteur, deux autres membres ont bien voulu aujourd’hui accepter de se joindre à monsieur Murdoch pour coopérer avec nous à la formation des ingénieurs miniers diplômés de l’Université Laval.Le premier d’entre eux est l’un des gérants de mine les plus brillants et les plus sympathiques de la région du Nord de Québec, c’est M.James McCrea, gérant de la mine Sigma, qui, depuis la fondation de notre École, n’a cessé non seulement d’employer nos étudiants, mais surtout de les aider, de les diriger et de les conseiller.Le second est l’un de nos compatriotes les plus en évidence dans le monde minier tant par sa compétence que par son dynamisme naturel, puisqu’il s’agit d’un de nos collègues comme professeur qui est en même temps en charge du Service des Mines de la Province, je veux parler de notre brillant et sympathique ami, M.A.-O.Dufresne.Au nom de la Faculté des Sciences, et je pourrais ajouter au nom de toute l’Université, je remercie cordialement MM.Dufresne et McCrea de s’associer à M.Murdoch pour nous apporter l’appui si précieux de leur longue et brillante expérience.Grâce à ce nouvel organisme, joint à tout cet ensemble de collaborations dont je viens de parler, et qui, je l’espère, s’accroîtra de votre appui moral à tous, mesdames et messieurs, j’ose espérer que la divine Providence nous accordera les lumières nécessaires pour que nous puissions établir dès son début l’École des Mines de l’Université Laval comme l’une des institutions les plus solides et les plus fécondes de la province de Québec et du Canada tout entier.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 9, mai 1941 966 LE CANADA FRANÇAIS COLLATION DE DIPLÔMES D’HONNEUR C’est maintenant l’heure de la gratitude.L’Université Laval offre ce soir à quelques-uns de ses grands amis, qui se sont intéressés à l’École des Mines, soit à son organisation et à son enseignement, soit à ses élèves, des diplômes d’honneur qu’ils ont bien voulu accepter.Déjà l’Université compte parmi ses docteurs honoris causa ceux-là même qui ont été les initiateurs de l’École, et qui l’ont confié à l’Université Laval: l’honorable Maurice Duplessis, alors premier ministre de la Province, et l’honorable Onésime Gagnon, ministre des Mines dans le gouvernement Duplessis.Ils ont bien voulu en une autre circonstance recevoir notre diplôme et inscrire leurs noms au livre d’or de l’Université Laval.Je leur renouvelle ce soir l’expression de notre reconnaissance.Cinq autres amis de Laval veulent bien ce soir recevoir le diplôme et les insignes du doctorat.Son Excellence Mgr Alexandre Vachon Son Excellence Mgr Alexandre Vachon, archevêque d’Ottawa, a fourni une longue carrière universitaire avant d’avoir été appelé à gravir les sommets de la hiérarchie.Professeur de Chimie, directeur de l’École de Chimie, premier doyen de la Faculté des Sciences, recteur magnifique de l’Université Laval, il s’était tellement identifié avec notre maison, il y accomplissait avec tapt de sagesse ses tâches académiques, qu’il nous avait paru que l’Esprit Saint l’avait définitivement promis à l’oeuvre de l’Université.Et nous comptions sur ce don du Saint-Esprit.Mais la sagesse scientifique de Monseigneur Vachon s’accompagnait de tant d’autres; le prêtre en lui dominait si hautement le savant; l’éducateur et l’apôtre avaient si surnaturellement inspiré le professeur, qu’un jour le Saint-Esprit lui-même, qui pourtant agit toujours sans repentance, l’élut pour les fonctions plus hautes et sublimes de l’épiscopat.Le 11 décembre 1939, Sa Sainteté Pie XII nommait Monseigneur Vachon archevêque coadjuteur d’Ottawa.Sacré le 2 février 1940, par son vénéré prédécesseur, Son Excellence Mgr Vachon devenait, le 22 mai 1940, par le Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE i/UNIVERSITÉ 967 décès de Son Excellence Mgr Forbes, le sixième évêque et le cinquième archevêque d’Ottawa.Certes, nous nous sommes réjouis, avec tous les amis et tous les admirateurs de Monseigneur Vachon, de cette promotion unanimement applaudie.Et nous savons avec quelle autorité, avec quelle douce et conquérante charité, Son Excellence Monseigneur l’Archevêque d’Ottawa, exerce ses fonctions épiscopales, veille et garde à Dieu le troupeau qui lui est désormais confié.Mais ce soir, ici à l’Université Laval, nous nous plaisons à rappeler toute la part prépondérante qu’a prise Monseigneur Vachon dans l’organisation et la direction de l’enseignement supérieur des sciences à Québec, comment, par ses soins, et avec le concours d’une équipe supérieure de maîtres qu’il sut grouper autour de lui, l’École de Chimie de Québec devint bien vite l’un des centres d’études et de recherches les plus réputés en Canada, comment aussi sous sa direction nos Écoles de Sciences se sont élevées au rang de Faculté.Et nous nous souvenons particulièrement du zèle avec lequel il travailla lui-même à l’établissement de cette École des Mines que nous inaugurons officiellement aujourd’hui.Il vit dans cette École comme l’aboutissement heureux de vingt années d’un labeur scientifique inégalé dans les institutions françaises du Canada.D’ailleurs le rayonnement de sa personne, ses qualités sociales autant que ses mérites scientifiques, avaient fait de Monseigneur Vachon, un messager très persuasif, en Canada et à l’étranger, de la valeur toujours grandissante de notre Université.Et nous savons avec quelle fidélité Son Excellence reste attaché à la maison et à la cause qu’il a si longtemps et si noblement servies.C’est pour toutes ces raisons, et tant d’autres que je ne puis énumérer, que le Conseil de l’Université Laval, à l’occasion de l’inauguration de l’École des Mines, a été heureux d’offrir à Son Excellence Monseigneur Alexandre Vachon, le diplôme de docteur ès sciences, honoris causa.Je le prie de vouloir bien maintenant recevoir ce diplôme des mains de Son Éminence le Cardinal Chancelier, de revêtir les insignes du doctorat, et de s’inscrire au livre d’or de l’Université Laval.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 968 LE CANADA FRANÇAIS Réponses de S.Exe.Mgr Alexandre Vachon Trente-cinq ans se sont écoulés depuis que, jeune bachelier, je recevais tout ému des mains du bon et très illustre recteur d’alors, Monseigneur Olivier-Elzéar Mathieu, le premier parchemin que m’accordait l’Université Laval.Apres quatre années passées à la Faculté de Théologie, cette chère Alma Mater, comptant sans doute sur la Divine Providence, qui se sert parfois des instruments les plus faibles, des hommes les moins doués pour accomplir Son oeuvre, m’invitait à entrer plus intimement à son service, et au lendemain de mon ordination, au moment où je partais pour faire à l’étranger des études spéciales scientifiques, me faisait l’honneur de me nommer professeur agrégé.Depuis ce jour jusqu’au 10 janvier de l’an dernier j’ai été mêlé étroitement à toutes ses activités.J’y ai donné le moins imparfaitement possible l’enseignement que les jeunes gens étaient en droit d’attendre de moi.J y ai connu, à tous les degrés scolaires, des générations de jeunes gens et d’adolescents, auxquels j’ai cherché à communiquer avec la formation intellectuelle, l’éducation morale et religieuse.Pour ces jeunes d’autrefois, dont quelques-uns sont aujourd’hui des hommes d’âge mûr, des évêques éminents, des juges éclairés, des prêtres, des missionnaires, des hommes de loi, médecins, forestiers, ingénieurs, chimistes, pharmaciens, dont plusieurs sont pères de famille, j’ai gardé une affection que les années semblent avoir ravivée: aussi quand je les rencontre un peu partout dans le pays et en dehors du Canada j’ai l’impression de revoir des enfants.Durant six lustres, j’ai joui de la compagnie de confrères dans le sacerdoce dont les uns sont tombés à la tâche, dont d’autres sont rendus au soir de leur vie et répandent encore dans le crépuscule comme dans le midi de leur existence, la lumière qui nous a guidés autrefois, l’exemple de zèle et d’esprit de sacrifice qui nous a toujours édifiés et nous édifie encore.J’ai eu comme collaborateurs quotidiens des professeurs laïques qui m’ont témoigné un dévouement et un désir de coopération qui m’a toujours vivement touché.Un grand nombre de ceux-la aussi sont disparus mais j ai la Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 969 ferme conviction qu’ils goûtent aujourd’hui la récompense promise aux bons serviteurs.Pendant les quelque trente années que j’ai passées à Laval dans l’enseignement ou l’administration, j’ai goûté des joies ineffables; mon coeur s’est comme soudé à cette oeuvre, telles ces branches qu’on greffe à des arbres puissants et dont elles absorbent avec la sève les propriétés et la vie.J’ai vu avec reconnaissance grandir et s’épanouir sous l’égide de la patronne de Laval, la Vierge Immaculée, l’oeuvre des Casault, des Taschereau, des Hamel, des Méthot, des Pâquet, des Laflamme, des Mathieu, des Gosselin, des Pelletier, des Gariépy, des Fillion et des Roy, pour ne nommer que ses principaux Recteurs.J’ai vu ses anciennes facultés prendre chaque année une envergure plus grande; j’en ai vu de nouvelles sortir de son sein et je rêvais pour cette douce Alma Mater, une expansion plus grande encore.Il y a dix-sept mois, le Divin Maître, par la voix de Son Vicaire vénéré et de Son si digne Représentant au Canada, que j’ai le grand bonheur de saluer ici ce soir, m’appelait à jouer dans un autre champ une autre mission.Je remettais à mon successeur à Laval le manteau qu’il avait laissé reposer sur mes épaules pendant quelques mois— j’oserais dire juste le temps nécessaire pour lui permettre de faire un court voyage de propagande intellectuelle et de repos.Le Saint-Père a sans doute cru que j’avais peine à porter ce manteau trop grand pour moi.En même temps je transmettais à un ancien élève devenu professeur et éducateur de renommée internationale la toge de doyen de la Faculté que lui-même illustrait déjà par ses oeuvres, toge qui s’est élargie avec les aspirations universitaires de celui qui est maintenant investi du décanat.L’Université Laval en me décernant en ce moment-là le titre de professeur émérite, voulait me témoigner délicatement son attachement et me rappeler que bien que je devinsse par la nomination dont le Saint-Siège m’avait honoré Chancelier d’une autre université catholique, que j’aime déjà comme celle-ci, je continuais à rester incorporé à l’Institution dont mon âme fera toujours partie.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 970 LE CANADA FRANÇAIS Et elle ne s’est pas contenté de cette marque particulière de tendre bienveillance.Elle veut aujourd’hui me joindre à son oeuvre par un lien nouveau, un lien doré; elle me confère une dignité qui me confond; elle me présente de nouveau un diplôme qui me place au rang de ses éminents docteurs, espérant dans sa tendresse maternelle me faire acquérir par une sorte d’endosmose spirituelle la connaissance des sciences que je ne possède pas réellement; ou bien elle fait comme font les bonnes mères qui voient toujours dans leurs enfants des qualités qu’elles sont seules à découvrir.Conscient de cette délicatesse qu’inspire son affection, c’est avec une émotion qui ressemble à celle qui me faisait tressaillir en 1906 que je reçois en ce moment ce nouveau parchemin de Laval.Je désire lui exprimer ma vive reconnaissance pour cette faveur nouvelle.Ma gratitude va tout naturellement à ceux qui la représentent ici, à Son Éminentissime Chancelier, le Cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, lequel a toujours saisi toutes les occasions pour me gâter paternellement.Cette gratitude je veux l’exprimer à son Recteur, magnifique de nom et de fait, Monseigneur Camille Roy: en constatant avec quelle générosité il m’accorde un grade ce soir, à la suite des multiples amabilités dont il m’a comblé dans le passé, on peut se demander s’il ne m’a pas aidé un peu de sa condescendante charité quand j’ai passé autrefois mes examens pour le baccalauréat.Quant à Monsieur Pouliot, cette nouvelle manifestation de sa bienveillance ne m’étonne pas.Celui qui s’est donné inlassablement à mon service pendant que nous travaillions ensemble à l’École de Chimie et à la Faculté des Sciences, ne peut résister au désir de me donner encore quelque chose aujourd’hui.Dans la personne de ce doyen j’englobe tous les professeurs de la Faculté des Sciences et tous les membres des Conseils du Séminaire et de l’Université qui ont secondé si généreusement le Chancelier, le Recteur et le Doyen dans mon élection au doctorat.Nous avons assisté aujourd’hui à l’inauguration d’une grande et superbe École, destinée à former dans les sphères élevées du génie minier des jeunes gens qui, demain, pourront Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 971 développer avantageusement nos incommensurables ressources métallifères.Nous avons raison de nous réjouir de cette initiative si opportune de notre Université catholique.Les Écoles de l’Église, reconnaissant pour premier Celui qui s’est dit la Voie, la Vérité et la Vie, se sont toujours tracé un programme sublime d’où rien de ce qui touche à la science ne doit être exclu.Elles veulent embrasser le créé et l’incréé, le monde et les mystères, la vie présente et la vie future; elles veulent avoir une réponse à tout.Comme le disait le regretté Monseigneur Paul Bruchési, dans le discours qu’il prononçait lors des fêtes du cinquantenaire de cette université: «Ce qu’il n’est pas inutile de remarquer, c’est que l’Université Laval qui ramenait sous un sceptre unique l’ensemble des sciences, voulait aussi du même coup discipliner toutes les forces vives de la nation.C’est l’idéal que doit se proposer une université catholique et c’est l’oeuvre qu’elle doit poursuivre.Il faut que par elle l’ordre descende des sommets jusqu’aux couches les plus profondes du peuple, qu’il s’établisse dans l’intelligence par la soumission raisonnée à l’autorité divine, qu’il affermisse les consciences par le respect des lois divines et qu’il protège l’autorité sociale contre les entreprises de la haine et de l’anarchie.» Cette tâche l’Université Laval l’a poursuivie depuis sa fondation.Elle a voulu bâtir solidement.A mesure que ses ressources le lui ont permis elle a étendu son enseignement.Aujourd’hui elle est heureuse d’avoir pu édifier dans le domaine de la science pure et de la science appliquée un enseignement inspiré des méthodes les plus modernes dans un immeuble que tous les hommes de science même de l’étranger admirent et louent au superlatif.En même temps l’Université Laval veut former des hommes qui seront des compétences scientifiques et techniques.Elle continuera à voir grandir dans son sein une génération d’hommes «qui, dans la vie publique, fidèles aux principes dont ils ont été nourris, seront des citoyens de caractère, exemplaires par leur conduite religieuse, défenseurs de la vérité et apôtres du bien».Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 972 LE CANADA FRANÇAIS Oui, voilà les fils sur lesquels compte notre Alma Mater et sur lesquels nous comptons et notre espérance ne sera pas déçue ! Ce sont de ces hommes dont parlait le regretté Pape Pie XI, quand, en compagnie des chimistes qui s’étaient réunis à Rome au mois de mai 1938 pour un Congrès international, nous nous sommes rendus à Castel-Gondolfo pour recevoir la bénédiction du Chef vénéré de l’Eglise dont l’amour pour la science et la protection éclairée qu’il y accordait étaient connue de tous.L’homme de sciences est celui qui doit se rapprocher le plus de Dieu, qui doit monter jusqu’aux secrets intimes du Créateur; il doit être humble devant le Tout-Puissant, malgré les connaissances qu'il a acquises: il doit descendre des sommets jusqu’aux couches profondes du peuple.«Jamais, dit le regretté Pontife, jamais autant qu’aujourd’hui le champ de l’inconnu ne s’est montré aussi vaste, aussi grandiose et cela parce que jamais la science n’avait encore atteint des horizons aussi immenses, aussi élevés et du haut desquels on aperçoit d’insondables abîmes d’inconnu».Le Saint-Père rappela qu’à l’époque où il poursuivait encore ses études, il avait commencé à se mettre en contact avec les grandes altitudes de la montagne; c’était là, dit-il, qu’il avait senti se développer en lui un vif intérêt pour la chimie cosmique.Il se souvenait des heures qu’il avait pu passer en parcourant les rochers qui couronnent la forte et fière beauté des Alpes, ces roches, qui, semble-t-il, conservent quelque chose de cette mobilité onduleuse qu’elles ont dû avoir à leur origine.Il lui était arrivé maintes fois de voir briller dans des replis des rochers comme du cristal de roche à l’éclat diamantin, qui le ramenait à un monde disparu depuis tant de siècles et qui s’était développé au milieu de tant de phénomènes.Le Saint-Père ajouta que ces souvenirs très lointains lui étaient restés chers, alors qu’il était devenu si âgé et qu’il a dû renoncer depuis longtemps à l’alpinisme.L’Auguste Pontife termina en souhaitant que les recherches scientifiques, dans une mesure toujours plus large, plus profonde, plus lumineuse et plus merveilleuse contribuent à révéler cette Puissance et cette Intelligence qui continue à Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, Xo 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 973 donner la vie, le mouvement et l’être à tout ce qui, dans ce monde, vit, se meut et existe.Car on peut appliquer à la vérité en général ces paroles que le Divin Maître dit de la Vérité par excellence, celle qui vient directement de Dieu et qui y conduit, paroles qui semblent d’une si grande actualité en ces heures tragiques: Veritas liberabit nos, paroles magnifiques qui peuvent être la consolation de toute intelligence consacrant son énergie à l’étude de la vérité.Chers professeurs et étudiants, c’est la vérité qui nous rendra véritablement libres, en nous apportant cette liberté qui est digne de l’intelligence humaine.Vous vous réjouissez avec nous, de voir surgir dans cette Université catholique qui nous est si chère une École qui sera tout à son honneur et à votre avantage.Et vous n’oubliez pas que la formation religieuse ne nuit aucunement à l’enseignement scientifique.Car, comme l’a affirmé si éloquemment notre Éminentissime Chancelier, dans le magistral discours qu’il a prononcé il y a deux semaines à Toronto: «Nous prétendons, nous, que nous devons surtout enseigner toute la vérité, c’est-à-dire la vérité révélée à l’homme par Dieu, et l’enseigner non comme une théorie abstraite, mais comme un guide pratique et normal d’action, comme loi, loi suprême qui doit régir la conduite de l'individu, de la société et de la nation.Il s’ensuit donc logiquement que l’enseignement supérieur est précisément le domaine de l’instruction religieuse à fond et de la pratique constante de la foi.» Et je résumerai tout ce que je viens de dire sur l’oeuvre de l’Université Laval par cette citation tirée du récent et lumineux livre de Mgr Camille Roy: Pour former des hom- mes nouveaux.Par ses enseignements et par ses maîtres, elle vous aidera, chers étudiants, à devenir des apôtres dont notre société canadienne elle-même a besoin.Elle est une maison d’études supérieures, mais si elle doit avec vous et dans ses laboratoires faire oeuvre de science, elle doit aussi avec vous et dans ses chaires magistrales faire oeuvre d’apostolat chrétien.L’Université Catholique, pour répondre à sa définition aussi bien qu’aux exigences de la crise actuelle, doit être à la fois maîtresse de sciences profanes et de vérités divines.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 974 LE CANADA FRANÇAIS Le Recteur présente l’honorable Edgar Rochette L'honorable Edgar Rochette est ministre des mines dans le gouvernement de la province de Québec.A ce titre, l’honorable Ministre s’intéresse de façon toute particulière à l’École que nous inaugurons aujourd’hui.Il en proposerait la fondation, si elle n’existait pas.Mis en contact, par ses fonctions, avec l’industrie minière de la province de Québec, il voit et il admire les développements rapides, si fructueux, de l’exploitation des richesses merveilleuses de notre sous-sol québécois.Pour cette industrie, qui devient l’une des principales ressources de l’économique de Québec, il faut des techniciens, il faut des ingénieurs qui en puissent diriger les opérations; et il fallait donc ouvrir cette carrière importante à nos jeunes étudiants canadiens-français de la Province.A côté de l’École des Mines de McGill, qui, à Montréal, forme depuis longtemps et avec grand succès des ingénieurs qui sont surtout de langue anglaise, il était opportun qu’il y eût l’École des Mines de Québec.L’honorable Edgar Rochette la reçut comme une part précieuse de son administration.Il fut préparé à ses fonctions publiques par de longues et excellentes études: à Chicoutimi d’abord, où il fit ses classiques, et à Québec où il fit son droit.Bachelier ès arts, cum laude, en 1911, et licencié en droit summa cum laude en 1914; titulaire de la bourse Rhodes en 1914, il s’en alla parfaire à Oxford, pendant trois ans, des études de droit, puis il se rendit en France, où à la Faculté de droit de Grenoble, il fit des études d’économie politique et de législation financière.De retour à Québec en 1917, il s’y mit à la pratique du droit.Élu député de Charlevoix-Saguenay, en 1927, il voulut consacrer aux affaires publiques une activité que le Palais ne pouvait toute contenir.En 1935, monsieur Rochette devenait ministre du Travail, de la Chasse et des Pêcheries dans le gouvernement Taschereau.Dans le gouvernement Godbout, l’honorable ministre est actuellement titulaire du Travail, des Mines et des Pêcheries.De ces trois départements, celui du Travail est socialement le plus important, celui des Mines est sans doute, économiquement, le plus considérable.L’honorable ministre le sait bien, et c’est pourquoi, depuis Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’uNIEVRSITÉ 975 son avènement à ce ministère, il n’a cessé de donner et à l’industrie minière et à notre École des Mines la plus constante et la plus vive attention.C’est pour une carrière si activement remplie, et pour les relations si sympathiques du ministre avec notre Ecole des Mines et avec l’Université Laval, que l’Université est heureuse de lui offrir ce soir le diplôme de docteur en droit honoris causa.Je le prie de vouloir bien recevoir ce diplôme des mains de Son Éminence le Cardinal Chancelier, de revêtir les insignes du doctorat, et d’inscrire son nom au livre d’Or de l’Université Laval.Réponse de l’honorable Edgar Rochette Ce n’est pas sans une profonde émotion que je me retrouve aujourd’hui dans cette demeure où j’ai fait mon apprentissage de la vie, où j’ai noué les plus durables amitiés.Je remercie Monseigneur le Recteur de l’honneur qu’il me confère en me nommant Docteur en droit.Et, en cet instant, je n’oublie pas que l’Université Laval fut le premier centre de culture supérieure chez nous, et que son rôle plus que nulle part ailleurs est essentiel.N’est-ce pas à l’Université, en effet, que le jeune homme, après s’être imprégné l’intelligence de la pensée des anciens et des modernes, donne un sens à sa formation et se forge une personnalité qui orientera toute sa vie.Mais le progrès et les événements vont souvent plus vite que les institutions qui, malgré tout, doivent demeurer vivantes afin de pouvoir mieux s’adapter aux conditions nouvelles.Ainsi, jusqu’au début de ce siècle, notre système d’enseignement secondaire et universitaire, tel que nous l’avions reçu des anciens maîtres de France, pouvait suffire à presque tous les besoins essentiels de notre peuple.La grande industrie venait à peine de naître chez nous.Notre population agricole était beaucoup plus nombreuse que la population urbaine.Chez la plupart des ruraux, on s’adonnait à l’industrie domestique.Dans nos villages et nos petites villes, on pratiquait encore avec profit les métiers de l’arti- Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 976 LE CANADA FRANÇAIS sanat.Un certain nombre de fabriques éparpillées dans toutes nos régions représentaient notre vie industrielle.Notre organisation économique et sociale avait une base, un fonctionnement, une figure d’ancien régime.De la sorte les carrières dites libérales, telles que le droit, la médecine, le notariat, étaient à peu près suffisantes.On ne parlait que très vaguement d’économique ou de sociologie.Quant aux carrières scientifiques, elles restaient trop souvent à l’état d’abstraction.Certains citoyens, plus prévoyants, avaient bien averti nos compatriotes du danger qu’il y avait à ne développer que les seules professions libérales, mais ces paroles demeurèrent des prophéties qu’on n’écoutait pas.Du début du vingtième siècle jusqu’à nos jours, l’état matériel et économique du monde entier s’est amélioré de façon extraordinaire.C’était le commencement de l’ère de la machine, de la production en série et de la standardisation.Des villes immenses, centres industriels, commencèrent à surgir.Les populations s’y entassèrent; si bien que l’élément rural et agricole devint rapidement la minorité dans le pays.Un tel changement marquait pour notre peuple une transformation profonde, une sorte de révolution économique, car jusque là on n’avait cessé de dire, avec raison, que notre peuple était essentiellement agricole.Nous dûmes donc rapidement nous tourner vers les carrières industrielles, commerciales et financières, sans l’aide desquelles il nous devenait désormais impossible de soutenir la concurrence de nos voisins.Sur ce terrain nous étions moins préparés à la lutte que nos rivaux américains ou britanniques.Us avaient beaucoup plus que nous participé à ces développements nouveaux: ils en étaient les créateurs.La lutte pour reprendre le temps perdu fut rude mais les réalisations nombreuses.C’est ainsi que nous avons aujourd’hui une École des Hautes Études Commerciales, une École de Génie forestier, une École Polytechnique et plusieurs Écoles Techniques dans tous les centres importants de notre Province.C’est ce même esprit qui présida à la fondation récente de l’École des Mines, sous l’égide de l’Université Laval.Il y a un quart de siècle, l’industrie minière était à peine Lb Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 977 connue dans la province de Québec.C’était pourtant avec nos forêts et nos chutes d’eau l’une de nos ressources naturelles les plus importantes.Notre industrie minière, à peu près inexistante il y a vingt-cinq ans, représente aujourd’hui un capital engagé d’environ 200 millions.Sa production annuelle atteint environ 80 millions soit 40 pour cent de la mise de fonds.En 1938, les salaires et gages qui s’y payaient s’élevaient à 20 millions, répartis entre 20 mille travailleurs; aujourd’hui, ces chiffres ont été dépassés.Si notre développement minier continue à cette allure, la production, dans vingt ans, sera probablement de 200 millions par annee.Il nous reste à découvrir, prospecter, posséder et exploiter tous les sous-sols non explorés de la Gaspésie, du nord de l’Abitibi, du centre laurentien dans la région Senneterre-Mont-Laurier, du vaste Chibougamou, du nord du Saguenay.Tous ces territoires sont prodigieusement minéralisés et il appartient à notre initiative de faire en sorte que des noms bien français figurent en tête de la liste des grands industriels miniers du monde.Nous suivrons ainsi la ligne de conduite que nous ont tracée les pionniers de ce pays.Même au cours du régime français, nos prospecteurs cherchaient, d’un océan à l’autre, les richesses du sous-sol.Les circonstances leur étaient défavorables; les moyens matériels leur manquaient.Mais parmi ces courageux chercheurs, on a tout de même retenu les noms des Péré, des Lesueur, des Denys de la Ronde, des Pierre Boucher et des Jean-Baptiste Lemay.On s’est intéressé aux métaux du Canada dès les premiers temps de la colonie.Des missionnaires, des envoyés spéciaux du Roi et de l’Intendant, des coureurs de bois et de grands aventuriers ont souvent découvert des traces de minerais qui leur indiquaient la présence de trésors cachés.Si les résultats obtenus furent alors décevants, il ne faut en blâmer personne : songeons plutôt à l’insuffisance des voies de communication, à l’absence de l’outillage industriel, à l’imperfection des connaissances géologiques de l’époque, au mutisme et à la défiance des indigènes et surtout au manque absolu de tout centre scientifique.Car si nos ancêtres avaient eu à leur disposition les moyens multiples Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 978 LE CANADA FRANÇAIS qui s offrent à nous aujourd’hui, ils n’auraient pas tardé à tourner du côté de nos ressources minières leur activité dévorante.Ils n étaient pas seulement des aventuriers et des rêveurs, mais surtout des travailleurs, des découvreurs, des fondateurs.C est pour donner à la patrie naissante une solide structure économique qu’ils ont parcouru tout ce continent, développé le commerce le plus lucratif du temps, jeté les bases, en somme, de la puissance nord-américaine et fondé à cent endroits divers dans tout 1 est du Canada et au coeur même des États-Unis des avant-postes de la civilisation blanche.Ce serait donc manquer à la tradition que de ne pas suivre leur voie.L’École des Mines contribuera puissamment à nous remettre sur le chemin abandonné par plusieurs des nôtres.Nous reprendrons le fil interrompu des conquêtes anciennes.Pour ma part, l’École des Mines est déjà l’objet de ma sollicitude.Aussitôt que les finances de la Province le permettront, je recommanderai la création de bourses d’études et de voyages pour le perfectionnement du personnel enseignant; je multiplierai les bourses de fréquentation accordées aux élèves pauvres, mais doués d’un talent particulier.Si j’ai facilement obtenu l’octroi annuel de 100 mille dollars, c’est que le Premier Ministre et tous mes collègues fondent de grands espoirs sur cette institution et en attendent des résultats.Bien que votre École soit maintenant construite et organisée, il est certain que d’autres problèmes se présenteront au fur et à mesure de son développement.Croyez bien que vous serez toujours les bienvenus lorsque vous aurez des représentations à me faire ou des demandes à exprimer.Vous pourrez toujours compter sur la plus bienveillante sympathie du Ministre des Mines.Nous vivons à une époque de transition au cours de laquelle toutes les valeurs anciennes seront revisées et où l’on fera la place de plus en plus large à la formation individuelle et aux compétences.Les grandes fortunes tendent à disparaître et les héritages deviennent de plus en plus aléatoires.La guerre actuelle n’est pas simplement un conflit d’ordre national: elle est surtout une révolution mon- Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 979 diale.Les méthodes de vie d’hier ne seront pas celles de demain.Partout se font des transformations économiques et sociales qui forceront la génération présente à ne compter que sur son travail et sur ses capacités personnelles.C est pourquoi nous faisons une tentative d’adaptation.Nous multiplions partout les écoles de spécialisation afin que les enfants du Québec soient aptes plus tard a faire face aux exigences nouvelles.Heureux les pays qui, en cette ère de révolution, possèdent assez de ressources naturelles pour garder et même enrichir leur patrimoine de culture et de liberté nouvelle.Quelle que soit la forme sociale de demain, quelle que soit la valeur de la monnaie, quel que soit le mode d organisation industrielle, il est des choses qui restent et qui ne perdent rien de leur valeur intrinsèque: on aura toujours besoin de bois, de papier, de force motrice, de cuivre, de fer, de zinc, de nickel, d’or et d’argent; on aura toujours besoin de manger, de se vêtir, de se loger.Mais on ne saurait procurer ces éléments à la vie de chacun sans qu’il y ait parmi nous des techniciens, des constructeurs, des réalisateurs, des créateurs.Aucun peuple ne saurait vivre d’abstractions: c’est une absurdité que de le croire.Nous sommes dans un monde de réalités tangibles et c’est avec ces réalités qu’il faut compter aujourd’hui.Honorable Robert Laurier L’honorable Robert Laurier est ministre des mines dans le gouvernement d’Ontario.C’est à ce titre qu’il a commencé tout de suite à s’intéresser de façon toute particulière à l’industrie des Mines, de l’Ontario d’abord et aussi de la province de Québec.Ces deux provinces rivalisent d’une louable émulation dans l’exploitation des richesses de leur Nord, du sous-sol qui y est si abondant en métaux de toute sorte, et principalement en or.L’honorable Robert Laurier hérita de son prédécesseur au ministère des Mines, à Toronto, l’honorable Paul Leduc, d’une sympathie prompte et généreuse pour l’École des Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 980 LE CANADA FRANÇAIS Mines de l’Université Laval.Il s’emploie, comme l’avait fait Monsieur Leduc, à procurer à quelques-uns de nos etudiants le bienfait de travailler pendant les vacances dans les mines d’Ontario, et d’élargir ainsi dans des exploitations d’une autre nature leurs études et leur expérience.De cette bienveillance nous lui sommes reconnaissants.L’honorable Robert Laurier est québécois par ses origines familiales, puisqu’il est né à Arthabaska, une gracieuse petite ville où le nom de Laurier est devenu tout à la fois historique et légendaire.L’histoire en fut si belle que la réalité ne la put contenir.Elle s’épanouit en de gracieuses légendes qui s’ajoutent à la vie.C’est à Arthabaska d’abord, puis au Collège Loyola, à Montréal, puis à l’Université McGill, que Monsieur Robert Laurier fit ses études de lettres et de sciences.Attiré par un destin qui le voulait sans doute consacrer ses belles énergies au service de la province d’Ontario, il s’en alla faire ses études de droit à Osgoode Hall, Toronto, de 1915 à 1918.Avocat, puis occupé dans le haut fonctionnarisme, Monsieur Laurier acquit une expérience des affaires et de l’administration qui le désignait à l’attention des chefs.Et quand il fallut chercher un successeur à l’honorable Paul Leduc, pour représenter les Canadiens français de l’Ontario dans le cabinet Hepburn, et aussi pour y apporter une autorité diligente et précieuse, ce fut Monsieur Robert Laurier qui fut l’élu.Le vote populaire ratifia ce choix.Assermenté comme ministre des Mines le 7 octobre 1940, l’honorable Robert Laurier était élu député d’Ottawa à la Législature de Toronto, le 27 novembre suivant.On se rappelle avec quelle sympathie cette rapide ascension du ministre fut applaudie.Ce soir, l’Université Laval veut ajouter à l’unanime respect qui entoure Monsieur Laurier, le témoignage de sa gratitude.C’est pourquoi, elle lui confère le diplôme de docteur en droit, honoris causa.Je le prie de vouloir bien recevoir ce diplôme des mains de Son Éminence le Cardinal Chancelier, de revêtir les insignes du doctorat, et de s’inscrire au livre d’or de l’Université Laval.Le Canada Français, Québec, Vo).XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 981 Réponse de M.Robert Laurier Je conserverai longtemps un souvenir des plus précieux et toujours vivace de cette mémorable journée.L’inauguration de l’École des Mines répond enfin à un besoin qui s’était fait sentir depuis de nombreuses années.La progressive industrie minière de la province de Québec pourra maintenant puiser plus largement au.sein même de la population canadienne - française pour compléter ses cadres techniques; bref, le Canadien d’expression française sera pourvu des moyens essentiels à l’obtention des postes techniques qu’il n’était pas en mesure de remplir avant la création de la nouvelle école des mines.L’Université Laval a aussi voulu commémorer cette occasion en honorant des personnalités qui n’étaient pas étrangères à cette vaste industrie du sous-sol canadien.Elle ne s’est pas bornée aux limites de la province de Québec mais elle a voulu pousser sa délicatesse jusqu’à la capitale Ontarienne alors qu’elle vient gracieusement de conférer des degrés honorifiques à deux de ses citoyens, M.Murdoch, que tous vous connaissez, et à votre humble serviteur.Sachez bien que je suis très sensible à cet honneur qui ne manquera pas de rejaillir sur un des plus sympathiques et des plus sincères amis du Canada français, mon chef, Monsieur Hepburn.Je vous ai transportés, inconsciemment, au centre même de la capitale anglaise du Canada.Permettez-moi, pour quelques instants de vous dire des choses que vous aimeriez sans doute savoir.L’Anglo-canadien n’est pas votre ennemi.Il commence à peine à vous connaître et à vous comprendre.L’évolution de la pensée strictement canadienne semble avoir atteint un point critique.Chez nous, Canadiens français, nous nous rendons maintenant compte d’une chose, c’est que nous avons plus d’amis à l’étranger, et je parle du Canada, qu’il y a vingt ans.Qu’il me suffise de vous rappeler trois faits récents.Monsieur Godbout, votre premier ministre, est venu à Toronto il y a déjà quelques mois et la réception qu’on lui fit, à la suite de sa profession de foi si franchement canadienne, si éloquemment démocratique, devrait à tout jamais déraciner des esprits chauvinistes, la conviction que Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 982 LE CANADA FRANÇAIS hors du Québec le Canadien français ne compte pas d’âmes soeurs.Quelques jours plus tard, à Québec même, je crois, le colonel Foster de Toronto est venu vous parler avec une grande franchise.Je puis vous assurer que ses paroles reflètent l’opinion d’une vaste majorité anglophobe de l’Ontario.Enfin, il y a une quinzaine de jours, Son Éminence le Cardinal Villeneuve, au cours d’un magistral discours qu’il prononçait à Toronto devant un auditoire composé des membres réunis des clubs Canadian et Empire, interpréta sa conception de notre grande nation au point de vue du Canadien d’expression française.Vous avez, j’en suis certain, lu les compte rendus de ce discours et vous avez compris pourquoi notre grand Cardinal fut ovationné.Notre cher Canada, jeune en années mais assagi par les nombreuses responsabilités que son importante position dans le monde lui ont imposées, est enfin arrivé à l’aube d’un grand coup de l’avant qu’avait déjà prévu un illustre Canadien.Certes nous devrons subir des chocs affreux, avant de pouvoir enfin jouir de la merveilleuse destinée que Dieu nous a réservée.Et seules l’union, l’entente et la bonne intelligence entre les multiples unités confédératives l’assureront.Monsieur James Y.Murdoch Monsieur James Murdock n’est pas ministre.Il mériterait de l’être, et en attendant que la politique le sollicite, il se donne presque tout entier au développement industriel de son pays.Il voit dans l’industrie des Mines des ressources inépuisables pour la prospérité du pays; et il s’applique à promouvoir, dans ce domaine, les intérêts de la province de Québec.Premier président de la mine Noranda du Nord de cette Province, il fut élu à ce poste qu’il a toujours gardé, le 18 décembre 1922.Il a vu avec une grande satisfaction s’établir à Québec l’École des Mines, et il n’a cessé depuis sa création de lui donner des marques généreuses de son attention.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 983 Monsieur Murdoch est avocat en même temps qu’il est propriétaire de mines.Il est membre de l’importante société légale Holder, Murdoch, Walton, Finlay and Robinson de Toronto.Son expérience des affaires lui a valu d’être recherché pour la direction de nombreuses et importantes maisons industrielles et bancaires.Mais l’avocat, l’industriel, le directeur de mines, de banques et de compagnies ne s’enferme pas dans ses intérêts personnels, ni dans les intérêts des firmes qu’il dirige.Il se préoccupe des intérêts publics et d’oeuvres sociales.A l’heure tragique que nous vivons, monsieur Murdoch s’occupe particulièrement et très généreusement des oeuvres de guerre.Il est le président de la Canadian War Services Fund, président aussi du bureau exécutif du Comité des services de guerre de la Young Men Christian Association, président de la Wartime Mining Association, et directeur de la Allied War Supplies Corporation.C’est sans doute le Président de la Noranda qui s’associe avec tant de sympathie à l’oeuvre d’enseignement de l’École des Mines.La Noranda seule emploie environ 2,000 ouvriers, et ses compagnies subsidiaires la Waite Amulet Mines, Limited, à Noranda, et la Canadian Copper Refiners, Limited, qui opère à Montréal, requièrent aussi pour leurs travaux et leurs développements de nombreux ouvriers, des techniciens, des chefs et des ingénieurs de haute valeur.Monsieur Murdoch ne peut être indifférent à la formation des ingénieurs et des chefs.Nous lui sommes reconnaissants d’encourager les études de nos élèves de l’École des Mines, et de montrer ainsi à l’Université Laval une pratique sympathie.L’Université Laval veut lui témoigner sa gratitude.Elle lui offre ce soir le diplôme de docteur en droit, honoris causa.Je le prie de recevoir maintenant ce diplôme des mains de Son Éminence le Cardinal Chancelier, de revêtir les insignes du doctorat et de s’inscrire au livre d’or de l’Université Laval.* * * Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 984 LE CANADA FRANÇAIS Allocution de M.James Y.Murdoch Your Eminence, Your Excellencies, Monseigneur, Mesdames and Messieurs, It is indeed a great Honour to receive this Degree from Laval, the great French Canadian University, the oldest University in Canada, named after a great man and through the years living up to the highest traditions of a great seat of learning and fulfilling the duty of a University to fit those who attend, for their duty to develop their country and be a good example to their fellow citizens.Great Builders of Canada have graduated from its Halls.Their legion is too numerous to mention.Great men have taught here and guided the destinies of many Graduates.Monseigneur Camille Roy, Rector of Laval, is known as one of the outstanding university administrators and Learned Teachers; and Monseigneur Vachon, Archibishop of Ottawa and formerly head of your Science Department, is known as one of the outstanding chemists of this continent.The building of the new School of Mines opened today is a forward constructive step and one which will have far-reaching and an important effect in the development of this Province and Country.The possibilities of mineral expansion in this Province are almost unlimited.Just consider the vast expanse of country not yet explored and the field for work and accomplishment by Graduates of Laval.I understand that this year Laval graduates its first class of Engineers.To them I say: «Go forth young man, the opportunity lies at your feet, your Destiny is in your own hands.Industry and integrity should be your Motto.» A great expansion of Canada industrially and otherwise lies before us.After this terrible war is ended, Industrialists, Financiers and lovers of Freedom and Democracy will flock to our shores.This is our Destiny.Let us prepare for this Day and be ready and fitted for the opportunities thus opened up to us.The Universities of Canada have a great responsibility, nay a great trust, to prepare our young men for this future task.And to my mind, Laval in establishing this fine School of Mines has shown that its Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 985 leaders recognize not only its responsibility but the possibilities for the young men of the Province of Quebec.Universities train young men in the formative stage of their lives, hence the responsibility of a University and its Heads and the resultant effect, good or bad, on the future development of the Life of a Country, particularly a comparatively young country like Canada.I have pictured to you what I think are the possibilities, and if these are recognized, the future of Canada.But this cannot come about unless there is, apart altogether from educational preparedness, a Unity of Thought and of Action.Our forebears were French and English, Scotch and Irish, we later invited peoples of many other tongues to make their Homes with us.We must assimilate and make good Canadians of all.Only in Unity of Thought, Ideals and Purpose can we succeed.Be we French Canadian or English, we are Canadians.In unity is strength, divided we fall.If you had heard the many favorable remarks I heard after Cardinal Villeneuve’s address in Toronto a few days ago, you would, I am certain, have been just as pleased and proud as I was.A great Canadian, a far-seeing man had spoken and his listeners understood.And here I might say that judging from personal remarks to me and letters and telegrams received from my English speaking friends they were just as proud as I am at the fact of being so signally honored by a great Quebec University.Again I say to the Rector and Council of Laval, Thank You.I shall always try to live up to and thus honor this award and the good feeling of fellow-Canadianship which prompted it.Your task, my task is to do our best to weld Canadians into one understanding Unity.For Canada, Peace and Prosperity always.Honorable Hector Authier L’honorable Hector Authier est maintenant député de Chapleau, à la Chambre des Communes.Il a porté sur le plan fédéral une longue expérience parlementaire acquise à Québec sur le plan provincial.Et il y a peu d’hommes Le Canada Français, Québec, Ycl.XXVI, Xo 9, mai 1941 9S6 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ dans cette Province de Québec, et en Canada, qui ait été autant que lui mêlé à l’activité minière de ce pays.Et par surcroit, ou par voie de conséquence, Monsieur Authier devait s’intéresser vivement à une École des Mines qui fournirait aux jeunes Canadiens français l’avantage de se former dans la science du génie minier, et de servir eux aussi dans l’organisation de l’un de nos principaux domaines économiques.Monsieur Authier est né à l’Ange-Gardien, comté de Rou-ville.C’est au Séminaire de Saint-Hyacinthe qu’il fit ses études classiques, terminées en 1901.Le baccalauréat lui a ouvert les voies les plus larges et les plus disparates: et d’abord celle du droit, où il fut reçu en 1906.Concurremment avec le droit, ce fut le journalisme qui attira tout à la fois sa curiosité d’esprit et son désir d’être utile.Tour à tour correspondant du Canada, de L'Action Catholique, de La Presse, le jeune avocat a pris dans ce travail une expérience très variée, fort diverse de trois conceptions plutôt dissemblables du journalisme canadien.Le député de Chapleau y songe sans doute quelquefois quand, occupé de la chose publique à son siège de la Chambre des Communes, il se souvient de ses collaborations d’antan.Mais c’est l’industrie minière qui devait un jour absorber la meilleure part de son esprit.Pendant douze ans, de 1912 à 1922, Monsieur Authier fut agent des Terres de la Couronne et des Mines pour le district de l’Abitibi.Dans ce district, le fonctionnaire trouva de l’or et son avenir.C’est à partir de 1922 que la vie de M.Hector Authier s’identifie en quelque sorte avec le double développement de la colonisation et de l’industrie minière de cette Province.Il est président de la Mine Read-Authier; il est aussi directeur de nombreuses exploitations, où les signes de l’alphabet grec classique s’accordent avec ceux de la fortune.C’est ainsi que Monsieur Authier est directeur de la Sigma Mines, et de la Nu-Sigma Mines.Étranger à la prospérité de ces compagnies, je me demande s’il ne vaut pas aussi bien être directeur de la Lamaque Gold Mines, de la Canadian Malartic Gold Mines, de la Eastern Malartic Gold Mines, de la Beaufor Gold Mines.Il y a sûrement de l’or dans ces Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITE 987 mines.Mais monsieur Authier accorde à toutes les conseils de la plus précieuse expérience.Monsieur Authier fut le premier maire d’Amos, de 1914 à 1918.Premier député de l’Abitibi à la Législature de Québec en 1923, il fut successivement réélu en 1927, 1931 et 1935, et appelé à devenir ministre de la Colonisation dans le gouvernement Taschereau.Aujourd’hui il siège à Ottawa.Et d’Ottawa comme de Québec, il suit avec attention le développement de l’industrie minière.Il a applaudi à l’établissement de l’École des Mines de l’Université Laval.Il accueille avec la plus généreuse sympathie professeurs et étudiants.Et il souhaite que de cette École sortent les ingénieurs les mieux qualifiés.Ce soir l’Université Laval veut témoigner de la haute appréciation qu’elle fait de l’oeuvre de l’honorable Hector Authier.Elle lui offre le diplôme de docteur en droit, honoris causa.Je le prie de recevoir maintenant ce diplôme des mains de Son Éminence le Cardinal Chancelier, de revêtir les insignes du doctorat, et de s’inscrire au livre d’or de l’Université Laval.* * * Réponse de M.Hector Authier Je suis naturellement très heureux de recevoir, en si honorable compagnie, une haute distinction de la plus vieille université française du Canada.J’en remercie profondément Monseigneur le Recteur et son conseil.S’ils m’avaient consulté, je leur aurais indiqué d’autres gens de mines de chez nous qui mériteraient sans doute plus que moi l’honneur dont je suis l’objet: des hommes comme mon concitoyen James P.Norrie, qui annoncera bientôt, nous l’espérons, la venue au monde de sa septième Malartic; comme mon ex-concitoyen Pierre Beauchemin, directeur-gérant de la Sullivan, qui a remporté des succès remarquables au prix d’une ténacité et d’efforts prodigieux; comme mon associé Louis Brochu, dont la compétence en son domaine n’est surpassée par nulle autre; comme mon ami Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 988 LE CANADA FRANÇAIS J.C.McCrea, dont la gestion de la mine Sigma fait l’admiration des experts.Dans l’École des Mines elle-même, j’aurais pu signaler le très grand mérite d’hommes comme le directeur du Bureau des Mines de la province, M.Dufresne, et—the last but not the least—le sous-ministre Louis-Arthur Richard.Mais le Conseil de l’Université a voulu honorer avant ceux-là, en ma personne, un ouvrier de la première heure au pays de l’Abitibi lointain et si longtemps méconnu.Vous savez, Mgr le Recteur, avec quel sentiment j’ai accepté cet honneur! (Au cours de ma modeste carrière, j’ai reçu tantôt des opprobres et tantôt des honneurs immérités, et j’en suis venu à accepter les deux d’une âme égale, afin qu’il y ait compensation et que la justice immanente finisse par trouver son compte).Pionnier, je l’ai été, puisqu’il y aura 30 ans cette année que sir Lomer Gouin et ses collègues des Terres, de la Colonisation et des Mines, MM.Allard et Devlin, s’entendaient pour me nommer agent des Terres et des Mines en Abitibi.Quelques mois après ma nomination, exactement en mai 1912, j’allais planter ma tente sur les bords de l’Harricana.Quand j’y ouvris mon bureau, sous la tente, mon premier acte officiel fut de vendre un certificat de mineur à un cousin que je n’avais jamais vu auparavant, Hertel Authier, qui, l’automne précédent, en compagnie de James O’Sullivan, avait fait la première découverte d’or visible dans le haut de l’Harricana, sur le terrain de la mine Sullivan actuelle.Les prospecteurs avaient donc précédé l’agent des mines au pays minier.Il est juste que j’évoque ici le souvenir de quelques-uns d’entre eux: James O’Sullivan, Hertel Authier, Maurice Bénard, Lapalme, Beattie, Boissonnault, les pionniers de 1910-1911, qui furent suivis de près par Edm.Horne, découvreur de la Noranda, Stanley Siscoe, de la Siscoe, Edmond Carrière, de la Greene-Stabell, Bob Clarke, co-découvreur de cette propriété qui devint la mine Lamaque après avoir été la Clarke-Read et la Read-Authier; Augustin Dumont, qui découvrit la O’Brien.La guerre de 1914-1919 ralentit énormément toutes les activités minières, qui ne reprirent qu’après 1921.Jusqu’à cette date j’avais été fonctionnaire et forcément étranger à maintes entreprises.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITE 989 Ce n’est qu’après ma démission, en 1922, que je devins dans une certaine mesure un homme de mines, m’efforçant d’avoir aussi bonne mine que possible, pour justifier un mot d’Edmond Chassé.C’était l’époque où Noranda, la Noranda du Dr Murdoch, révélait sa richesse, où Popham et Rainville organisaient l’Amulet, et Alderson et Mackay, l’Aldermac; où l’Albana était découverte par Lefebvre, Beaupré et Thibault; Malar-tic, par Sladen, Carroll et Kennedy; l’époque où Siscoe, Sullivan, Malartic, O’Biren-Cadillac, Waite-Montgomery, Read-Authier, Perron, allaient être explorées sérieusement.Les prospecteurs multiplièrent les recherches sur des milliers de daims.Qu’on me permette de citer encore quelques noms de ceux qui furent parmi les plus méritants, sinon toujours les plus heureux: Lee Coffin, Alex.Perron, Jim Thompson, McWatters, Georges Bussières, les Tremblay, Dorval, Heber Bambrick, Jolin et les Français Bruet et Geoffroy.Leurs travaux furent soutenus et dans quelques cas conduits à bonne fin par des financiers comme les Timmins, les Rainville, les Paradis, les Nesbitt-Thompson, par des compagnies puissantes comme Hollinger, Consol.Mining and Smelting Corporation, Teck-Hughes, Dome, Ventures, Anglo-Huronian, Mining Corporation, McIntyre et d’autres encore.Cette union des efforts de nos chercheurs intelligents et de nos financiers puissants a créé les mines du N.-O.québécois qui produisent cette année 50 millions, dont le Canada a grand besoin pour poursuivre la guerre aux côtés de ses alliés.Au moment où l’Université Laval m’accorde un grand honneur à titre de pionnier de cette industrie, il convenait, n’est-ce pas, que j’évoque les noms et les travaux de ces autres pionniers, dont plusieurs furent mes associés, qui ont bien mérité de Québec et du Canada.La fondation d’une école des mines par l’Université Laval aidera aux fils de notre province à continuer à faire leur part dans la mise en valeur des richesses de notre sous-sol.Je m’unis donc à tous ceux qui, ce soir, ont rendu hommage et actions de grâces au Gouvernement, et à l’université qui nous ont donné ce nouvel instrument de progrès dans le domaine des mines.Il sera très utile, car il y a encore de grandes mines à découvrir et à développer au pays de Québec.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 990 LE CANADA FRANÇAIS Le Recteur clôt la séance Ainsi se termine par les allocutions les plus délicates la journée de l’inauguration de l’École des Mines de l’Université Laval.Nous garderons précieusement, Excellence et honorables Messieurs, le souvenir des paroles si réconfortantes et si gracieuses que vous avez prononcées.Ainsi se termine aussi cette journée du 30 avril, qui est consacrée chaque année, dans notre Séminaire de Québec, à la mémoire de Monseigneur de Laval, l’illustre premier évêque de Québec et fondateur du Séminaire.Le 30 avril est la date anniversaire de naissance du Vénérable François de Montmorency-Laval.L’Université se fait gloire de porter son nom; elle est issue de l’oeuvre du Séminaire, qui a voulu y attacher le nom de son propre fondateur.Du haut du ciel, Moriseigneur de Laval bénit ce soir l’épanouissement heureux de son Séminaire et de l’Université.Avec nous, il remercie Dieu de cette journée magnifique qui restera comme une date précieuse de l’histoire de l’Université Laval.Au Cercle A l’issue de la séance académique il y eut réception au Cercle universitaire par les soins de l’Association des Anciens élèves de la Faculté des Sciences, et les conversations se prolongèrent tard dans la nuit.Ce furent donc de fort belles fêtes.L’École des Mines est bien lancée dans la vie.Le pays compte sur celle; elle ne trompera pas ces espoirs.L’Université Laval et le bon vieux Séminaire de Québec, appuyés par la générosité du gouvernement provincial, verront à ce que les bénédictions appelées du Ciel sur la nouvelle entreprise ne tombent pas dans un sol ingrat.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 991 Doctorat en Sciences M.Louis-Philippe Charette, en sciences physiques, après soutenance d’une thèse intitulée Contribution à l'étude d’isomères cistrans, le 21 avril.M.William O.Chubb, en sciences physiques, après soutenance d’une thèse sur les Amylases de la sève du bouleau.M.Louis-Charles Dugal, en sciences physiques, après soutenance d’une thèse sur les Produits de l’Erable.Conférences Le révérend Père Thomas Delos, dominicain, à la Société des Études juridiques, le 8 avril, sur la notion juridique de la guerre en droit moderne.M.l’abbé W.Laverdière, à la Société Linnéenne, le 16 avril, sur quelques aspects géologiques.M.Adrien Pouliot, devant le groupe «Visites interprovinciales», à Toronto, le 15 avril, sur l’union entre les cultures anglaise et française au Canada.Affiliation L’Institut Maria, tenu par les Soeurs du Bon Pasteur, à Québec, a été affilié à la Faculté des Arts, par une décision du Conseil de l’Université, le 18 avril.Cet Institut donnera l’enseignement du degré High School et préparera ses élèves au certificat d’immatriculation.Le Canada Fbançais, Québec, Vol.XXVI, No 9, mai 1941
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