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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La Canoterie
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1941-06, Collections de BAnQ.

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LA CANOTERIE Essai de petite histoire Quand on arrive par le train à la petite gare de Ste-Anne ou même à la gare du Palais, si l’on est un peu familier avec les dédales du vieux Québec, on peut gagner à pieds le quartier latin, à la haute-ville, et sûrement un peu plus vite, en gravissant l’ancienne et prosaïque Côte de la Canoterie.C’est une expérience qui pourrait être déjà plus que séculaire, si l’existence des chars remontait tant soit peu dans l’histoire.Mais, depuis qu’ils existent, les écoliers de la côte de Beaupré, en gens pratiques, savent bien, eux du moins, trouver le chemin le plus court pour monter au Séminaire, quelque peu avant huit heures du matin, heure avancée; et la pente qu’ils escaladent si fréquemment n’a pas été sans raison surnommée la Côte des Chiens.Mais ceci ne s’adresse qu’à un petit cercle d’initiés .Au reste, qui ne connaît la Canoterie, chemin montant, derrière les édifices de la rue St-Paul, depuis le carré Parent jusqu’au pied de la rue Ste-Famille ?Elle n’a rien, certes, de bien artistique, cette rue ou plutôt cette côte : des entrepôts, de la vieille ferraille.Le grand trafic n’y fraye guère et le chauffeur en mal d’éprouver ses pistons peut s’y lancer à son aise.Les touristes, en la parcourant, peuvent bien lever le nez devant sa tenue négligée; personne n’y verra un crime.Mais, à défaut d’art et de poésie, elle offre peut-être une valeur historique.Hubert Larue s’est attardé vingt ans en un « voyage sentimental sur la rue St-Jean »; nous pouvons bien faire une course de vingt minutes à la Canoterie.Le plus que nous risquons sera d’en revenir peut-être bien essoufflés.La côte de la Canoterie est certainement un des chemins les plus anciens du vieux Québec, aussi ancien du moins que la rue St-Jean.On a sans doute raison de prétendre, avec l’appui d’une solide tradition, que les Pères Récollets et Jésuites, au temps lointain de leur résidence à Notre- Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 1060 LE CANADA FRANÇAIS Dame-des-Anges, sur la rivière St-Charles, utilisaient fréquemment cette voie pour accéder au petit hameau de la haute-ville.Ils y abordaient avec leurs canots, dans une anse fort propice, où la haute marée venait mouiller le pied du cap.Sur les plus anciennes cartes de Québec, on voit un petit ruisseau, naissant quelque part près de l’Hôpital militaire récemment incendié, dérouler ses méandres en direction de l’est, traverser le terrain des Ursulines, des Jésuites (aujourd’hui l’Hôtel de Ville), couper une tranche dans le jardin clos de l’Hôtel-Dieu, pour dégringoler la falaise tout auprès.Son cours, qui à certains moments pouvant être respectable (il alimenta même un moulin), avait sans doute contribué à ménager un chenal favorable dans l’anse de la Canoterie.Un jour, sur la fin du régime français, l’ingénieur Franquet parlera d’y faire un hâvre pour le Roi.Voit-on bien, aujourd’hui, quelque gros steamer amarré tout à son aise sur .le carré Parent ?Quoi qu’il en soit, pour revenir à notre chemin, il en est question déjà, tout probablement, dans un partage entre les héritiers de Louis Hébert, du 15 sept.1634, où il est question d’un « petit sentier ou chemin qui va à la descente trois pieds de large pour aller à la Pointe aux Lièvres .» Le même chemin reparaît, et cette fois de façon sûre et certaine, dans un acte de concession par Guillaume Couil-lard à Jean Guyon, son gendre, par devant Audouart, notaire, le 23 août 1659: « Le diet cedant a ceddé, transporté et baillé audit preneur une place seize au bas de la montez qui faict chemin de sa maison sur (i.e.jusqu’à) la rivière, laquelle place sestend depuis le chemin qui en descend en bas jusques a la borne des Relligieuses Hospitalières.» L’année suivante, Jean Guyon passe à son frère Claude une partie de son emplacement, pour y construire une maison, « iceluy emplacement estant situé au bas du chemin de la montée qui va de la maison du dit Sieur Couillart sur le fleuve Sainct Laurens1».Claude Guyon, rendant foy et hommage le 19 juillet 1668, déclare tenir encore son emplacement, près des Religieuses Hospitalières, « au bas du chemin de la montée à aller du fleuve St Laurent à la dite maison cy- 1.Audouart, notaire, 1 août 1660.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 LA CANOTERIE 1061 devant appartenante au dit feu Sieur Guillaume Couillard (décédé en 16C3), et de présent à messire François de Laval.»2 En voilà assez pour laisser entendre que la côte de la Cano-terie ne date pas tout-à-fait d’aujourd’hui.Mgr de Laval, en 1666, avait, comme l’on sait, acheté de la veuve de Guillaume Couillard toute la superficie du terrain dénommé plus tard le fief du Sault-au-Matelot.Pour rendre à ce fief son intégrité, il racheta de Claude et Jean Guyon, en 1671 et 1675, leur part respective dans l’emplacement de la Canoterie.Finalement, il se dessaisit lui-même de tous ses biens par donation à cause de mort envers le Séminaire, au printemps de 1680.Il faut aller plusieurs années plus tard, après 1700, quand le Séminaire fit les premières concessions à la Canoterie, pour trouver de nouveau dans les documents une mention explicite du chemin descendant à la grève.Une concession à Pierre Augrand le fait entrer en possession d’un terrain consistant « en cinquante pieds de front sur la ligne ou rue qui s’établit le long et au pied de la côte qui borde l’entrée de la petite rivière et de profondeur depuis la dite ligne jusqu’au chemin qui descend dans la dite côte de l’enclos du dit Séminaire à la grève .3» Quelques contrats au cours des années suivantes parlent à peu près dans les mêmes termes.Il est à remarquer que, si nous avons adopté jusqu’à présent le nom de Canoterie, ce nom ne se trouve encore encore dans aucun des documents rapportés.La suite va nous faire voir quelle en est la véritable origine, et que les canots des Révérends Pères y sont probablement pour rien, contrairement à l’opinion couramment répandue de nos jours.En 1726, voici enfin la canoterie qui fait son apparition, modestement, avec un c minuscule.Description d’un terrain concédé par le Séminaire à Joseph Gaignon, le 15 avril 1726, devant Dubreuil, notaire: « Un emplacement situé contre la canoterie du dit Séminaire, borné par sa profondeur au chemin qui descend à la ditte canoterie .» Il y a 2.Papier terrier de la Compagnie des Indes Occidentales, p.256.3.Genaple, notaire, 9 déc.1702.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 1062 LE CANADA FRANÇAIS encore du mystère: la canoterie ne désigne pas la rue; c’est autre chose que la rue.Mais le mystère va s’éclaircir.Au cours de l’été de 1737, M.Elzéar Vallier, supérieur du Séminaire, rédige un volumineux document.C’est l’aveu et dénombrement qui doit accompagner l’acte de foy et hommage rendu au Roi cette année-là, en raison des fiefs et seigneuries détenus par le Séminaire en Nouvelle-France, sans excepter le fief du Sault-au-Matelot.Le dossier est prêt et présenté au conseiller du Roi, le 20 du mois d'août.Les terrains, les édifices y sont décrits tour à tour avec des particularités minutieuses (En passant, disons que cet aveu et dénombrement vaudrait d’être publié sans retard, pour l’histoire du vieux Québec).Le rédacteur, au cours de son relevé, suit le bas de la falaise du Sault-au-Matelot, partant du sud, côté de la basse-ville, en direction du nord.Arrivé presque à l’extrémité du fief du Séminaire, il décrit la propriété de François de Lamorille, 58 pieds de front, sur la profondeur qu’il peut y avoir depuis le bord du chemin de la grève jusqu’à celui venant du haut du cap.Puis il écrit ce qui suit, mot pour mot: « Un terrain contenant quatre- vingt-dix pieds de front traversant au sud-ouest le bout du dit chemin régnant dans le cap, lequel chemin aboutit en cet endroit à celui de la grève, et sur lequel est un vieux hangar en pierre appelé la canoterie, contenant quarante pieds sur vingt de large appartenant au Séminaire.» La voilà bien, notre canoterie ! Une remise pour les canots du Séminaire, ou un atelier pour fabrication de canots, ou peut-être les deux à la fois.Ailleurs, on avait des briquetteries, des potasseries, des goudronneries, etc.; au Séminaire, on avait une canoterie.En 1732, on parle toujours de « la côté qui descend du Séminaire à la grève » 4 Mais le dénouement s’en vient, par petites étapes.Le mot canoterie prend de l’extension.Voilà qu’il désigne maintenant un quartier, une place.Le 29 juillet 1779, le Séminaire vend à Joseph Robitaille « deux emplacements scitués au lieu dit la Canoterie de cette ville .»6 On peut lire également une requête de Joseph Drouin, charpentier, pour l’alignement d’une maison 4.Echange entre Boucault et Prat, Hiché, notaire, 18 oct.1732.5.Berthelot d’Artigny, notaire.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 LA CANOTERIE 1063 qu’il veut construire au lieu appelé la Canoterie6».Et déjà quelques-uns transportent le nom à la côte elle-même :« .borné .d’autre bout au sud le chemin de descente dite de la Canoterie»7; «.un emplacement sis en cette ditte ville, rue de la Canoterie»8.On conçoit pourtant que l’usage nouveau n’ait pu s’établir en un jour, et que, en d’aucuns cas, on ait persisté longtemps avec une ancienne formule.Mais, l’appellation n’ayant rien que de très raisonnable et de très authentiquement canadien, il fallait qu’elle vînt à s’imposer.Disons qu’au moins vers la fin du 18ème siècle, la rue ou la côte de la Canoterie était dans le vocabulaire courant, avec cette différence, qu’on savait encore, dans ce temps, quelle étymologie lui attribuer.Proche parente de la Canoterie, vient une ancienne rue nommée St-Charles, sur laquelle les données historiques sont passablement enchevêtrées.M.Pierre-Georges Roy, dans « Les Rues de Québec », p.169, la mentionne, sur la foi d’un procès-verbal par Florent de la Cetière, arpenteur, en date du 10 juillet 1717, comme une rue « qui doit régner depuis celle du Sault-au-Matelot, le long du côteau du Séminaire, qui sera désormais réglée sous le nom de rue St-Charles.» Et M.Roy ajoute que cette rue doit probablement son nom à M.Charles Glandelet, prêtre du Séminaire dans ce temps.Cependant, La Cetière lui-même, en 1727, donne une autre explication: «.laquelle rue se nomme la rue St-Charles parce qu’elle commence à l’entrée de la petite rivière du mesme nom ou ce finit la rue ditte du Sault-au-Matelot.»9 L’important est de bien localiser la rue portant le nom de St-Charles.Plusieurs documents la mentionnent; les plus anciens sont les alignements donnés par La Cetière, arpenteur, dont les deux ci-devant cités.Pour lui, la rue a une grande étendue.Elle court à la fois vis-à-vis l’Hôtel-Dieu 10 et « sous le côteau » ou « le long du côteau du Séminaire », c’est-à-dire au lieu de la rue St-Paul actuelle, laquelle pour lors, vers 1727, commençait à peine à s’ouvrir n.6.Procès-verbaux des Grands-Voyers, au 20 octobre 1789.7.Vente à Joseph Cadet, 19 juin 1752, devant Saillant, notaire.8.Vente à Louis Choret, 16 avril 1748, Barolet, notaire.9.Procès-verbaux des Gr.Voyers, cahier A, pièce 151.10.Ibidem.Procès verbaux des Gr.Voyers, cahier A, pièces 123 et 157.11.Ibidem, pièces 151, 154, 155.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 1064 LE CANADA FRANÇAIS Contrairement à ces données, d’autres documents, en plus grand nombre et plus variés, limitent la rue St-Charles à sa partie ouest, sur le fief de la Miséricorde ou les terres de l’Hôtel-Dieu, quartier du Palais, à prendre du carré Parent jusqu’aux environs de la rue Lacroix ou St-Nicolas.Ce serait donc le commencement de la rue St-Vallier actuelle, puisqu’il n’y avait alors qu’une rue, au pied du coteau.Ainsi est-il expliqué sur un plan des terres de l’Hôtel-Dieu par Noël Levasseur, du 28 mars 1746 12.Les alignements donnés par De Lino, arpenteur, autour de 1750, parlent de la même façon 13.Quand on voulait alors désigner la rue St-Paul, avant qu’elle eût son nom, (i.e.avant le régime anglais, du moins avant 1750) on disait: le chemin de la grève, ou bien: la continuation de la rue Sault-au-Matelot.14 Ainsi, dans l’intéressant document publié tout récemment au Rapport des Archives de la Province, 1939-1940, le recensement de la Paroisse de Québec, par l’abbé Jacrau, en 1744, on lit (page 57) : « Rue St-Charles, depuis la rue descen- dant au quai (probablement la rue Lacroix) jusqu’à la canoterie.» Et plus loin (p.89) : « Rue du Sault-au-Matelot, depuis la canoterie jusqu’à la rue de la Montagne.» Il est bon de noter que la rue St-Charles, telle que comprise du moins par La Cetière, ne pouvait faire autrement que constituer deux tronçons distincts, séparés par un obstacle naturel, l’anse de la Canoterie.En 1728, l’abbé Tremblay, procureur du Séminaire à Paris, propose de faire tout un aménagement sur les grèves du Sault-au-Matelot, pour les mettre à sec et y vendre des emplacements, et il ajoute que, par ce moyen, « on pourrait aller par là (en direction nord-ouest) jusqu’au palais de l’intendance sans monter ny descendre » 15.Cela laisse bien entendre qu’on n’avait pas encore raccordé les rues ou chemins du quartier du Palais à ceux du quartier du Sault-au-Matelot; du reste, il y avait alors de ce côté si peu d’habitations.Jusqu’à la fin du régime français, on entretiendra même le projet d’établir un hâvre pour le Roi dans l’anse de la Canoterie 12.Archives de l’Hôtel-Dieu, plan n° 92.13.Procès-verbaux des Gr.Voyers, cahier A, pieces 222, 223, 235ft, etc.14.Cf.Archives du Séminaire, contrats de concessions à divers censitaires.15.Archives du Séminaire, Lettres M, n° 59.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 LA CANOTERIE 1065 (cf.plan du fief du Sault-au-Matelot par Lamorille, 1758, aux Archives du Séminaire).Le raccordement ne devait pourtant pas tarder, du moins pour la rue primitive bordant le pied du cap.Nous n’avons pu découvrir à quelle date au juste on effectua l’empierrement ou le terrassement requis pour mettre le passage au-dessus de la marée.Vers 1740, la communication semble être établie.Mais le résultat fut celui-ci: contrairement aux données antérieures de l’arpenteur La Cetière, la rue St-Charles, partie ouest, ne fut pas soudée directement à la rue St-Paul ou au chemin de la grève, mais à la côte de la Canoterie, laquelle commençait à s’appeler de ce nom, tel que nous l’avons dit plus haut.Les deux rues réunies n’en formèrent plus qu’une seule sans discontinuité.Mais, à chose unique devait logiquement correspondre une appellation commune.C’est alors que dans le langage courant, sur certains plans et dans les contrats, on se mit à dire: « la rue St-Charles ou de la Canoterie », ou une formule équivalente16.Les grands plans officiels conservèrent cependant la distinction, avec cette variante, que la partie basse de la Canoterie actuelle, correspondant à ce qui était autrefois au niveau de la marée, est attribuée tantôt à l’une, tantôt à l’autre rue.17 Il en fut ainsi jusqu’au jour relativement récent, où la rue St-Charles s’envola ad patres, sous une estocade de sa rivale, la rue St-Vallier.On retrouve une rue St-Charles aujourd’hui dans le quartier St-Sauveur.Faudrait-il terminer le présent écrit sans dire un mot de la canoterie, cet édifice, ce hangar passé désormais à l’histoire ?Malheureusement, à peu près tout ce qu’on peut offrir de sûr à son sujet, en parodiant l’histoire de tant d’illustres inconnus, c’est qu’il est né, qu’il a vécu et qu’il est mort.Nous avons déjà dit à quel usage la canoterie était affectée; point n’est besoin d’y revenir.A quel endroit précis se trouvait-elle ?C’est avec une grande satisfaction que nous avons pu, après bien des recherches, mettre la main sur un plan des plus au point pour notre affaire.Ce plan est de 16.Cf.vente par le Séminaire à Jos.Robitaille, 29 juillet 1779, devant Berthelot d’Artigny.17.Comparer la carte de Hawkins, 1845, le cadastre seigneurial du fief Sault-au-Matelot, par P.-L.Morin, en 1852, aux Archives du Séminaire, et le cadastre officiel de la cité de Québec, en 1870).Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 1066 LE CANADA FRANÇAIS François de Lamorille, arpenteur, et sert d’annexe à la minute du notaire Barolet, dans le contrat de vente d’un emplacement par Lamorille lui-même à Jean-Baptiste et François-Xavier De l’Isle, en date du 3 mars 1751.Il nous est ainsi permis, par rapprochement avec les données d’autres contrats, de situer avec certitude le hangar de la cano-terie à l’encoignure de la rue St-Thomas et de la Canoterie, au côté sud-est; et la bâtisse, placée en diagonale, devait empiéter un peu sur les deux rues, prises à leur dimension actuelle.Le graphique que nous donnons ci-contre reproduit substantiellement le plan fait par Lamorille en 1751.Nous y avons ajouté tant bien que mal d’autres données anciennes et des points de comparaison avec la condition des lieux à l’heure actuelle, afin de faire mieux voir quelle en était la géographie entre 1740 et 1750.Et maintenant, l’origine de la canoterie ?L’aveu et dénombrement de l’abbé Vallier, en 1737, la décrit en ces termes: « un vieux hangar en pierre .contenant 40 pieds sur 20 de large, appartenant au Séminaire.» Cette description nous permet de concevoir une hypothèse et de la contrôler avec la règle et le compas.D’abord, était-il besoin d’un édifice en pierre pour remiser des canots ?Et puis, en 1737, cet édifice est déjà vieux.Est-ce exagéré de lui attribuer pour cela 60 à 75 ans d’existance P Et nous voilà remontés à la période de Jean Guyon et de son frère, Claude, alors que ces derniers, comme nous l’avons vu, ont eu un établissement à la Canoterie.Sur l’emplacement concédé par Guillaume Couillard, lequel avait quatre perches de largeur (env.72 pieds), ils ont construit ensemble une maison.Claude Guyon, le premier, cède sa part à Mgr de Laval, « un emplacement de terre contenant vingt pieds de long (nous dirons mieux: 20 pieds de front) et jusqu’au bout et sur le haut de la coste, ensemble la maison qui est seize et scituée dessus.,18)) Jean Guyon, à son tour, passe un acte de vente avec Mgr de Laval, cédant à ce dernier « la moitié par indivis d’une maison seize sur le bord de la grève .l’autre moitié apartenant aud.Seigneur Evesque .avec un emplacement de terre dépendant d’ycelle contenant 18.Rageot, notaire, 5 oct.1671.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 LA CANOTERIE 1067 environ trois quarts d’arpent.:9)> La partie de maison venant de Claude Guyon est bâtie sur un emplacement de 20 pieds de front, et ce n’est que la moitié; il est logique de conclure que la maison entière a 40 pieds de longueur, juste la mesure donnée plus haut pour le hangar de la canoterie.Au reste, la canoterie est, à peu de chose près, sur la limite de séparation entre le fief du Séminaire et celui de l’Hôtel-Dieu, et son orientation s’accorde bien avec cette ligne, ce qui ajoute encore à la vraisemblance.La conclusion, notre conclusion, c’est que la canoterie s’identifie avec la maison des frères Guyon et qu’elle remonte à 1660 ou peu après cette date.Mgr de Laval, puis le Séminaire de Québec, n’ayant pas revendu cette propriété, et ne l’ayant pas habitée, tout probablement, on la mit en usage comme une décharge, une remise, où les canots du Séminaire trouvèrent opportunément un abri contre les intempéries ouïes maraudeurs.Mais quand la canoterie atteignit-elle le terme de son existence?En 1751, elle y était encore: c’est à cette date que Lamorille en a tracé le plan.En 1754, elle y était de même: le 25 avril, on paye vingt sols aux « deux hommes qui ont monté le canot de la canoterie au Séminaire »20.Mais, ô triste sort ! Huit jours après, le 2 mai 1754, l’emplacement où se trouve la canoterie est vendu, et l’on ne daigne même pas faire mention de cette dernière dans le contrat.Il fallait que cette vieille relique fût bien délabrée, bien décrépite, pour qu’on ne lui rendit pas plus d’honneur.Mais les frères De l’Isle, acquéreurs (ils étaient alors au moins quatre ensemble en cet endroit), purent sans doute tirer profit d’une chose qui ne pouvait être complètement inutile.Repassons, certains jours, en ces parages, et, tels les chercheurs modernes avec leur pendule, en faisant bien attention, nous sentirons peut-être vibrer le fil de notre souvenir, nous indiquant la présence ici et là de quelques vieilles pierres de la canoterie perdues dans les constructions d’aujourd’hui.Honorius Provost, ptre.19.Becquet, notaire, 16 sept.1675.20.Journal de la dépense du Séminaire.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 10, juin 1941 ’¦ £ de 7?1 i' PLAN DE LA CANOTERIE ET DES ENVIRONS, 1740-1750 LÉGENDE : A-B : ligne de séparation entre le fief du Séminaire et celui de l’Hôtel-Dieu.C : le vieux hangar de la canoterie (40 pieds sur 20).D-E : ligne hérissée indiquant approximativement la limite des hautes marées; (il se peut que cette ligne vint encore plus près de la falaise).Les lignes pointillées marquent l’emplacement des rues actuelles.1068 LE CANADA FRANÇAIS
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