Le Canada-français /, 1 novembre 1941, On parle de la France
ON PARLE DE LA FRANCE La situation douloureuse de la France permet aux Canadiens français d’exercer à son égard celle des miséricordes qui puisse nous attirer la meilleure reconnaissance de ce grand pays: nous devenons éditeurs d’ouvrages français.New-York a aussi son centre d’éditions françaises, très productif.Montréal a le sien, et Bernard Valiquette sera bientôt un Bernard Grasset transplanté des rives de la Seine à celle du Saint-Laurent.Voici un gros livre sur Péguy, Soldat de la Liberté *, par Roger Secrétain.L’auteur y évoque des souvenirs de famille, ou même personnels, qui plairont beaucoup aux dévots de Péguy, et ces dévôts-là sont nombreux au Canada français.« Poète, chrétien, prosateur inspiré, moraliste pamphlétaire, doctrinaire social, chroniqueur exaltant, métaphysicien de l’histoire », tel est le Péguy qui nous est interprété dans les pages chaudes et vibrantes de M.Secrétain.La jeunesse dévorera ce livre.Paul de Sainte-Colombe a écrit La vie ardente d'André Maginot2.La « ligne Maginot », voilà une expression que la guerre actuelle a rendue tragiquement célèbre.Mais qui était Maginot ?Seuls quelques initiés le savent.Avec le livre de Sainte-Colombe, tous pourront le connaître; ses trente-quatre « images » sont justement ce qu’il fallait pour que même le lecteur moyen et l’homme du peuple apprennent à connaître le grand militaire français que fut André Maginot.Bourré d’anecdotes, animé de dialogues pleins de vie, l’ouvrage se lit comme un charme.Le lecteur fermera le livre, avec un regain d’estime et d’affection pour un pays qui peut produire de tels hommes.1.Un vol.broché, 364 pages; Édit.B.Valiquette, Montréal, 1941.2.Paul de Sainte-Colombe.La vie ardente d’André Maginot (17 février 1877—7 janvier 1932), présentée en 34 images vivantes sous la forme d’un film sans écran.Un vol., 157 pages, Édit.B.Valiquette, Montréal, 1941.I.e Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 3, novembre 1941 218 LE CANADA FRANÇAIS Henry Torres, venu récemment au Canada, écrit un livre qui nous rendra la France plus sympathique, et qui n’ajoutera rien à la gloire de Pierre Laval l.Quatorze chapitres, bien fournis, retracent la carrière d’un homme dont on attendait beaucoup, et autre chose que ce qu’il a donné en ces derniers temps.Mettons que beaucoup de Français se soient « tannés » du régime parlementaire, de la troisième république—rarement belle —et des vilains côtés de la Démocratie.Mais, fallait-il, pour cela, se jeter dans les bras de l’Allemagne ?Hitler devenu le « soldat de Dieu », cela ressemble beaucoup à un blasphème; que nos cousins d’outre-Atlantique voient dans le führer un fléau non sans utilité, passe, mais qu’ils s’enchaînent à son char provisoirement victorieux, voilà qui jette de l’eau froide sur nos sentiments, ou sur notre sentimentalité.Quelles que soient, par ailleurs, les opinions de M.Torrès, on ne peut nier que son livre ait l’avantage de nous éclairer sur certains aspects de la politique française.$ * * On s’instruira bien, aussi, en lisant l’ouvrage de Gérard de Catalogne, Notre Révolution2.L’étude sur Charles Maurras et la Troisième République, l’article sur Grandeur et misère du capitalisme, les pages sur Hitler et sa croisade païenne, sur l’Italie fasciste, sur les Soviets, sur 1 Lspagne, sur Roosevelt, sur Cuba, sur Haïti, tout cela nous plonge en pleine actualité.En guise de conclusion l’auteur écrit une « esquisse d’une politique humaine », qu’on lira avec plaisir et qu’on discutera avec profit.La défaite de la France reste encore un mystère par bien des côtés.Et les hypothèses vont leur train.Pierre Pas- 1.Henry Torrès.La France trahie.Pierre Laval.Un vol., 309 pages, chez Valiquette (Montréal) et chez Brentano (New-York), 1941.2.Gérard de Catalogne.Notre Révolution.Volume I, Tragédie dans le Monde, 213 pages; volume II, Hommes et Doctrines du Vingtième siècle, 177 pages; Éditeur B.Valiquette, 1941.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 3, novembre 1941 ON PARLE DE LA FRANCE 219 quier y va de la sienne quand il répond à la question Pourquoi la France a été vaincue ?1 On aura vite envie de croire M.Pasquier, vu qu’il a été mêlé personnellement, à titre de journaliste et de reporter, aux événements qu’il raconte.Ce volume a un sous-titre.Le Traité de Versailles.Un autre suivra, L'Entre-deux-guerres, qui continuera l’analyse du même problème.André Chéradame a écrit de nombreux ouvrages qui éclairent les dessous de la politique internationale.On trouve ses vues bien condensées dans Défense de T Amérique 2, ouvrage accompagné de douze cartes, de trois fac-similés de documents, de tableaux.C’est réellement le livre à lire.L’imprévoyance et l’aveuglement d’une certaine classe de politiciens y est étalée de façon à provoquer le dégoût, l’indignation, la colère.Que l’usage—mal entendu—de la démocratie livre les peuples aux machinations de faiseurs et nous entraîne fatalement aux horreurs de la guerre, voilà bien le grand crime de la démocratie.Il nous faut vraiment trop de leçons sanglantes pour nous dessiller les yeux.Tout homme qui lira Défense de VAmérique pourra apprendre à faire de son bulletin de vote un usage bien différent de ce qu’impose une sotte coutume ou une indifférence coupable.La vraie F rance \ combien il est devenu difficile de connaître le vrai visage de la France ! Divers régimes politiques l’ont tellement maquillée qu’on la reconnaît avec peine.Gilmard essaie de débarbouiller le vrai visage de la France; il a Jeanne d’Arc dans la pensée, mais il présente des figures comme celles de Psichari, Péguy, Bloy, Claudel, Mauriac, Maritain, Pétain, Copeau, Ghéon, Dom Bellot.1.Un volume, 223 pages, aux Éditions du Zodiaque, Montréal, 1941.2.Un volume, 358 pages, chez Beauchemin, Montréal, 1941.3.Un volume, 206 pages, Éditions Fides, Montréal, 1941.Ue Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 3, novembre 1941 220 LE CANADA FRANÇAIS On voit tout de suite la possibilité d’une foule de discussions sur ces personnages; mais, précisément, il faut discuter, pourvu qu’on veuille se renseigner et ne pas s’obstiner dans le parti pris.* * * La France est encore le thème qui inspire Adieu, Paris, de Simone Routier b J’ai vécu à Paris les jours sombres d’août-septembre 1914, avant et pendant la bataille de la Marne.Quelle pesanteur sur les esprits ! Surtout lorsque Galliéni, nommé gouverneur de Paris, fit annoncer dans les journaux la vérité, c’est-à-dire la présence des Allemands à quelques kilomètres au nord de Paris.Mais 1940 l’emporte en tristesse.Mademoiselle Routier trouve pour peindre le sombre tableau des teintes et des accents qui vont jusqu’au cœur.Ceux qui ont vécu a Paris, en France, peuvent suivre l’auteur aisément.Les autres, tous ceux qui aiment la France, pourront-ils réprimer un sanglot ?* * * Joseph Léolit nous donne un livre sur La Croix païenne 2.Il a vécu en Allemagne, il connaît bien ce pays et les catholiques de ce pays.Il raconte les événements qui se sont passés sous le signe de la croix gammée; il dresse la silhouette d’Hitler; il fait l’historique du mouvement naziste, de sa lutte contre le christianisme.Des citations bien choisies jettent une lumière crue sur les horreurs de la persécution des catholiques par les nazistes, persécution qui a atteint tous les rangs des catholiques allemands, le clergé, séculier et régulier, les frères et les religieuses, les laïcs: pères et mères de famille, jeunes gens, enfants; les intellectuels.Il n’est pas inutile de connaître les persécutions de Néron ou de Trajan, mais il importe infiniment plus, actuellement, de connaître la persécution naziste.Cette connaissance, le livre de Léolit vous la donnera.1 Simone Routier.Adieu, Paris, journal d'une évacuée canadienne, 10 mai-17 juin 1940.Un vol.160 pages.Beauchemin, Montréal, 1941.2.Un volume, 190 pages, chez Beauchemin, Montréal, 1940.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 3, novembre 1941 ON PARLE DE LA FRANCE 221 Nous terminerons par un mot sur les vers de Léïla Dam-pierre, Espaces '.Ce sont, comme le dit le sous-titre, des poèmes du Canada.L’auteur est la Comtesse de Dampierre; elle vécut au Canada, à Ottawa, où son mari fut représentant de la France.Elle a aimé notre pays; elle a voulu le chanter dans ses vers.Les titres même des poèmes sont révélateurs; ils sonnent directement la note canadienne, dans toute la première partie; la deuxième, poèmes divers, est d’ordre plus général.Il y a là des pièces qui, par leur couleur et leur facture, passeront dans une anthologie canadienne.1.Un vol., 112 pages, Éditions Bernard Valiquette, Montréal.Arthur Maheux.Une bibliothèque bien garnie orne le foyer, stimule les jeunes.Achetez des livres.Donnez des livres en étrennes.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 3, novembre 1941
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