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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La grande source de nos anglicismes, I
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1941-12, Collections de BAnQ.

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LA GRANDE SOURCE DE NOS ANGLICISMES « Voilà bien pourquoi encore, aimant notre langue française, nous devons la cultiver avec soin, en extirper tout ce qui pourrait la charger ou la ternir, les anglicismes de mots et plus encore de syntaxe, les tours qui lui sont étrangers et troublent sa limpidité.Que là-dessus je vous recommande d’attention, Messieurs les journalistes ! » Cardinal Villeneuve (Can.franç., 23, 700, 1936) Introduction Cet article a pour but d attirer l’attention sur les ravages qu’exerce l’anglicisme dans nos quotidiens français.II est temps qu’on s’en émeuve, une fois pour toutes.Si l’on n’y prend garde, notre langue, qui, du fait de son développement « insulaire », tend déjà naturellement à s’éloigner du français d’Europe, finira par ne plus avoir avec ce dernier qu’une bien vague ressemblance.Nos journaux déforment le français au point de le rendre presque méconnaissable.Certaines de leurs phrases, bourrées d’anglicismes tant de syntaxe que de vocabulaire, émaillées d’expressions idiomatiques anglaises traduites littéralement et même construites à la façon de phrases anglaises, s’avèrent difficilement intelligibles pour tout Français quelque peu ignorant de l’anglais.La langue dans laquelle sont journellement couchées les dépêches de source anglaise, quand bien même la majorité des vocables employés figureraient au dictionnaire Larousse, n’est déjà plus du français.C’est de l’anglais, écrit avec des mots français ou francisés.On frémit à l’idée que nos journaux, rédigés en ce néo-volapück, sont jetés en pâture à des centaines de milliers de familles dans la campagne canadienne.On est atterré en songeant que cette littérature est, dans bien des cas, la seule à pénétrer jusqu’au « rang ».Car ainsi, le poison Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 LA GRAN DE SOURCE DE NOS ANGLICISMES 287 s’infiltre ; et la défrancisation du parler paysan suit celle du langage citadin.Notre langue est tuée par ceux-là mêmes qui devraient s’en faire les défenseurs.Dans les pages qui vont suivre, on trouvera une sérié d’anglicismes relevés, au cours de quelques mois, dans des journaux de Québec.Pour ne faire de peine à personne, aucune source ne sera donnée plus explicitement.La liste de ces anglicismes doit être considérée comme exemplative, et non limitative.La pêche a été si fructueuse quelle ne peut être livrée en entier ! Après avoir exposé le mal, j’en indiquerai brièvement les causes et je m’efforcerai de trouver quelques moyens pratiques d’y remédier.Voici les conventions typographiques adoptées: les mots incriminés et, en général, les citations en langue étrangère, sont en italiques; les expression anglaises sont en petites capitales; les termes irançais corrects sur lesquels on désire attirer l’attention sont en caractères gras.I.—Anglicismes de vocabulaire A.—Substantifs Quelques graphies francisées de mots anglais témoignent d’un effort touchant pour éviter l’anglicisme.Telles sont: toste1 pour toast, vagon 2 pour wagon, interviou pour interview, yanki pour yankee, coquetel pour cocktail.Cette belle ardeur puriste, hélas, ne peut faire oublier les innombrables barbarismes dont voici des exemples.Certains mots anglais, employés tels quels, n’existent pas en français.Exemples: poil pour bureau de vote, status pour statut, taxation pour taxe ou impôt, items 3 pour postes ou articles (Le comptable d une mine, dressant son bilan, considère non pas plusieurs items, mais plusieurs postes: poste extraction, poste abatage, poste boisage, etc.) D’autres mots anglais existent en français, mais avec un sens tout différent.Il ne faut pas dire « Les Allemands 1.Admis par le Larousse, qui donne cependant la préférence à toast.2.Admis par le Larousse, qui donne cependant la préférence à wagon.3.item existe en français comme nom invariable.Le Larousse donne: Il y a dans ce compte trop d’item.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 288 LE CANADA FRANÇAIS ont occupé Narvik, mais les Norvégiens sont maîtres dans la balance du nord » ; il s’agit ici du reste du Nord.Dans une autre acception, un cheval qui tombe ne perd pas sa balance, il perd l’équilibre.« Par le médium de la poste » signifie « par l’intermédiaire, ou l’entremise, de la poste ».On ne peut pas parler de la location d’une usine quand il s’agit de son emplacement (la location est affaire de loyer et de locataire).De même, une collection n’est pas une collecte: faire la collection se dit faire la quête: un homme de collection est un encaisseur.Application ne peut se substituer à demande, candidature.Faire application ou faire son application (to make one’s application) se traduit par faire sa demande, poser sa candidature.Trafic 1.—On peut parler du trafic des stupéfiants, mais il faut dire « la circulation est intense à Québec » et non « le trafic (traffic) est intense ».Décade.—Notre mot décade veut dire dix jours.L’anglais decade signifie dix ans et n’a pas d’équivalent français.Blanchard propose de le traduire par « décennie ».Je préfère dire deux lustres, ce qui est philologiquement inattaquable, autant que rigoureux arithmétiquement.Il arrive que le mot employé en français soit plus anglais que le mot anglais lui-même: « A l’exposition, les visiteurs circuleront devant Y exhibit de Québec ».En français — cruelle ironie !—on parlerait du stand de Québec.D’innombrables mots anglais, ressemblant à des mots français, sont habillés à la française et employés dans le sens anglais.Les exemples sont légion: la rivière Tamise (the river Thames).—On dit la Tamise; ce n’est d’ailleurs pas une rivière, mais un fleuve.Parmi les cours d’eau, on distingue, en ordre d’importance décroissante: le fleuve 2, la rivière, le ruisseau (en anglais, respectivement: RIVER, STREAM, BROOK).salaire.—En français, ce mot s’applique aux ouvriers seulement et correspond à l’anglais wages.Un professeur 1.S’emploie, comme terme technique, en exploitation des chemins de fer.L’anglicisme (sens de circulation) sévit d’ailleurs en France ! 2.Nombre de géographes définissent un fleuve comme suit: cours d’eau se jetant dans la mer.Cette restriction n’existe pas, en anglais, pour RIVER.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 LA GRANDE SOURCE DE NOS ANGLICISMES 289 ne reçoit donc pas un salaire de tant par an, mais un traitement (en anglais, salary).ronde.« Les pièces d’artillerie tirent quelques rondes.» Il faut dire (( quelques coups » ou « quelques salves ».L anglais rounds (of ammunition) a évidemment donné naissance aux rondes en question.bouilloire de cuivre d’une capacité de 16,000 gallons.— L anglais boiler ne se traduit pas par bouilloire, mais par chaudière.(Rappelons que l’anglais bucket n’est pas une chaudière, mais un seau).La bouilloire est un ustensile de ménage servant à faire bouillir l’eau destinée au café ou au thé : vous voyez d’ici une bouilloire de 16,000 gallons ! L anglais furnace ne se traduit pas par fournaise, (À Waterloo, la garde impériale entra dans la fournaise .), mais par poêle, foyer, calorifère.boîte aux témoins 1 (witness box).—En France, on cite les témoins à la barre; on peut d’ailleurs les « mettre en boîte », mais c’est là tout autre chose ! le taux d’échange (exchange rate).—Le cours du change.le futur du Canada 2 (the future of Canada).— L’avenir du Canada.(Une fiancée peut, familièrement, parler de son futur quand il s’agit de son futur époux.) opportunité 3 (opportunity).—A remplacer par occasion dans toutes les expressions telles que: donner à quelqu'un Vopportunité de faire quelque chose.cédule (schedule) = programme, emploi du temps, horaire; céduler = mettre au programme.bicycle (bicycle) = bicyclette.Une roue de plus d’ailleurs, et l’on dira tricycle ! Quant au bicycle (le vrai, à roue avant géante et roue arrière minuscule), il y a belle lurette qu’il a disparu de la circulation.vélocité (velocity).— On parle de la vitesse du vent, même en langage technique.La vélocité du vent ?Nenni! 1.Peut se justifier par la forme de la tribune destinée aux témoins dans nos tribunaux.Le Glossaire du Parler français traduit par « tribune des témoins ».2.Larousse le donne pour «avenir, temps futur» opposé au «temps passe ».L avenir du Canada implique plus que le temps futur.d.Opportunité veut dire « occasion favorable » (Larousse).Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 290 LE CANADA FRANÇAIS marbres (marbles) = billes.L’anglais marble se traduit, en effet, par marbre (le marbre de Carrare, par exemple).Néanmoins, les enfants qui font rouler sur le sol de petites sphères d’agate jouent aux billes et non aux marbres.Blanchard signale marbles (et non marbres) ; je n’ai pas eu l’occasion de relever cette forme.Rappelons encore que les mots alley et boley ne sont pas français.parcage 1 (parking).—Terme d’automobiliste.« Le parcage n'est pas permis » se traduit par stationnement interdit.On ne stationne pas une auto; c’est l’auto qui stationne; on la laisse stationner ! Les endroits réservés à cet usage s’appellent d’ailleurs des parcs de stationnement.On ne parle pas d’une auto stationnée, mais d’une auto au stationnement; on dit aussi, cependant, une auto parquée.la malle2 (mail) =le courrier.Boîte de malle (mail box) = boîte aux lettres.Signalons, à ce sujet, que, si nous devons dire courrier au lieu de malle, nous devrions, par contre, dire malle au lieu de valise et valise au lieu de suitcase ou satchel.(Pour que nul n’en ignore, spécifions qu’on traduit mail par courrier, trunk par malle et suit-case par valise.) officiers (sens militaire).—« L’armée norvégienne comprend 2,000 officiers professionnels commissionnés et non-commis-sionnés.» Il s’agit vraisemblablement de 2,000 officiers et sous-officiers de carrière.Avis aux traducteurs: COMMISSIONED OFFICER = officier ; NON-COMMISSIONED OFFICER = sous-officier ; (( non-com.#=# sous-off.» , regular army officers = officiers de carrière, ou de l’active (par opposition aux officiers de réserve).Officiers (sens non militaire): officier-rapporteur (returning officer) = directeur du scrutin, d’après Blanchard.officiers du scrutin = assesseurs ?(Blanchard relève clercs de poil qu’il traduit par assesseurs.) 1.Harrap l’accepte cependant., .2 Certains vieux mots français, tombés en desuetude dans la langue moderne, subsistent ici, en partie à cause de leur ressemblance avec les mots anglais équivalents.Ils constituent une curieuse espece d anglicismes.Le mot malle (pour mail) en est peut-être un exemple, du moins quand on le rencontre dans les journaux.Le Canada Fhançais, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 LA GRANDE SOURCE DE NOS ANGLICISMES 291 officiers du Trésor fédéral =hauts fonctionnaires.officiers de la circulation = agents de police, agents à poste fixe, peut-être agents de la circulation.officier autorisé de Ventreprise = officiel, dirigeant, directeur.officiers d’une société = membres du comité, commissaires.ingénieur (d’une locomotive) (engineer) = mécanicien, machiniste.(L’ingénieur français est porteur d’un diplôme universitaire).pouvoir (power).(1) « La police aura le pouvoir de perquisitionner dans les maisons.)) Il faut dire qu’elle en aura le droit.(2) « La ville demande au gouvernement le pouvoir d’imposer une taxe.» Elle demande plutôt l’autorisation.Signalons toutefois l’expression française demander pleins pouvoirs.(3) « Le pouvoir de St-Ferréol peut développer 10,000 chevaux-vapeur.» Il s’agit de la centrale qui, en l’occurrence, est une centrale hydro-électrique.(4) pouvoir = force motrice.On dira: le courant électrique utilisé pour la force motrice coûte moins cher que celui qui sert à l’éclairage.(5) pouvoir = puissance.On dira: la puissance de ce moteur est de 50 chevaux, et non: le pouvoir de ce moteur est de 50 forces.entraînement (training).Nos journaux abusent du mot entrainement dans leur vocabulaire militaire.Entraînement militaire (military training) est à remplacer, dans l’immense majorité des cas, par instruction militaire ou, simplement, instruction.On dira, en parlant des recrues: la période d’instruction est de six mois.On parlera de centres d’instruction des officiers de réserve.On dira, de jeunes soldats apprenant le métier des armes, qu’ils sont a 1 instruction ou en période d’instruction, qu’ils achèvent leur instruction militaire.La cédule d’entraînement est, évidemment, le programme d’instruction.Il ne faut pas dire qu’en temps normal Y entraînement militaire n existe pas au Canada, mais bien qu’il n’y a pas de service militaire obligatoire.Enfin, un navire d’entrainement Le Canada Français, Quebec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 292 LE CANADA FRANÇAIS est un navire-école.Quant à « l'école d’entraînement de la gendarmerie canadienne », on se demande ce que cela peut bien signifier ! Dans une École de Chimie, on enseigne la chimie; dans une École des Mines, on enseigne l’art des mines; mais dans une école d'entraînement ?Il s’agit, purement et simplement, d’une école.Signalons maintenant, plus particulièrement, le danger de la traduction littérale de certaines expressions.mouche-dragon (dragon-fly) = libellule, demoiselle.Voici l’exemple relevé: « un nouveau modèle d’avion de chasse copié sur la mouche-dragon ».Cette perle rappelle l’histoire de l’Anglais qui, dictionnaire en mains, traduisait « le sac de Dinant » par « the bag of Dinant ».Traduttore, traditore.convoi de fret, train de fret (freight train) = train de marchandises.fréteur (freighter) = cargo, navire-marchand.traverse de chemin de fer (railroad crossing), traverse à niveau (level crossing) = passage à niveau.cour martiale (court martial) = conseil de guerre; loi martiale (martial LAw)=état de siège.magasins à rayon, magasins à rayons (department stores) = grands magasins.magasins-chaîne (chain-stores) = magasins à succursales.ingénieur-consultant (consulting engineer) = ingénieur-conseil.(De même, avocat-conseil).maître de postes (postmaster) = percepteur ou receveur des postes.professionnel (professional).—Il semble qu’on n’éprouve guère, en français, le besoin de parler d’un professionnel, au sens canadien du mot.S’il fallait à tout prix traduire, on pourrait dire (avec Blanchard) homme de profession libérale.On parle couramment, par contre, des carrières libérales, des professions libérales.En français, professionnel est opposé à amateur, qu’il s’agisse d’un menuisier ou d’un joueur de tennis.déficience (deficiency).—Le mot anglais est d’un usage plus courant que le mot français, lequel a vraiment l’allure d’un mot savant.On parlera, par exemple, de déficiences Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 LA GRANDE SOURCE DE NOS ANGLICISMES 293 mentales.S’il s’agit de fabrication de munitions, il vaut mieux dire, simplement, combler les lacunes que combler les déficiences.(Cas encore plus typique, celui du mot efficience.Lorsqu’il sert à traduire efficiency, ce mot est plus que savant, il est prétentieux ! L’équivalent est rendement, ou parfois efficacité.) lance-caporal (lance-corporal).— Ce mot, rappelant lance-flamme, fait penser à quelque engin 1 monstrueux qui servirait à projeter des caporaux.Il n’en est rien.Le dictionnaire Harrap m’apprend qu’il s’agit d’un soldat de première classe.B.—Adjectifs Dans cette deuxième liste, je note les anglicismes relevés parmi les adjectifs (et quelques participes).J’omets ceux que Blanchard signale dans son manuel, sauf lorsqu’ils donnent lieu à quelque remarque nouvelle.«.deux jeunes gens, supposés être membres de l’ordre .» (supposed to be).—On peut traduire par: « deux jeunes gens, que l’on croit être, que l’on dit, qui se disent .».On peut, évidemment, dire censés être, mais il y a là une nuance qui n’échappera à personne.plaisant (pleasant) = agréable.Je relève ce titre d’entrefilet: « Un gain plaisant.» Il s’agit d’un joueur qui, aux courses, a misé sur le bon cheval.Son gain (eu admettant que ce soit là un gain) est un gain agréable.De même, dans a pleasant personality, c’est par agréable qu’il faut traduire.(Comparer: une histoire plaisante, un mauvais plaisant, une plaisanterie.) excitant (exciting).Peut-on dire d’une scène d’un film cinématographique qu’elle soit excitante ?Je ne le crois pas.Une telle scène sera, suivant les cas, dramatique, très amusante, émouvante, passionnante, sensationnelle, angoissante, palpitante.original (original) = initial, premier, primitif, originel.« Les Allemands ont abandonné leur demande originale qui .etc.» Il s’agit de leur première demande, de leur demande initiale, primitive.(De même, on parle du 1.Ne pas confondre engin avec moteur, ni avec locomotive (engine).Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 294 LE CANADA FRANÇAIS péché originel et non du péché original).Une demande originale serait une demande ayant un caractère d’originalité, caractère très personnel ou fantaisiste.régulier (regular) = ordinaire, normal.—«La flotte va commencer les exercices réguliers du printemps.)> Il faut dire exercices ordinaires ou exercices normaux ( De même, on n’achète pas de la gazoline régulière, mais de l’essence ordinaire).intéressé (interested).Le sens diffère beaucoup de l’anglais au français.En anglais, on dit d’une personne qu’elle est interested in something lorsqu’elle témoigne de l’intérêt à la chose en question, lorsqu’elle s’y intéresse.En français, une personne intéressée est celle qui recherche son propre intérêt, son bénéfice (sens souvent péjoratif).Voici une petite annonce, «Personne intéressée payera comptant bon vieux violon français », dont le rédacteur ne se présente pas sous un très beau jour ! concerné (concerned).« Les peuples concernés.» Il s’agit ici des peuples que la chose concerne; on pourra très bien, dans ce cas, parler des intéressés.Signalons que Monsieur Paul Morin, dans une de ses excellentes causeries radiophoniques (19 octobre 1941), a traduit to whom it may concern, très élégamment, par à qui de droit, aux intéressés.mineur (minor).« Des désordres mineurs se sont produits à Amsterdam.» Lire : « Des troubles sans gravité.» potentiel (potential).« Fournir aux entreprises anglaises des renseignements sur des débouchés potentiels.» Disons donc « des débouchés possibles » (De même the potentialities = les possibilités).clérical (clerical).—Ce mot existait en vieux français Blanchard relève l’universelle erreur cléricale qu’il traduit par erreur d’écriture.On pourrait dire aussi faute de copiste.Voici maintenant « le personnel clérical de la Sûreté provinciale » ; il s’agit des employés, des commis, du personnel de bureau.payant (paying).Aux nombreux équivalents français, recommandés par Blanchard, je voudrais ajouter le terme technique rentable.This is not a paying proposition Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 LA GRANDE SOURCE DE NOS ANGLICISMES 295 se traduit par: cette affaire n’est pas rentable, n’est pas rémunératrice.reconditionnê (reconditioned) = réparé, remis en état remis en ordre de marche, révisé ou révisé, remis à neuf, remis à l’état de neuf.Au lieu de faire la réclame des balances reconditionnëes, on ferait mieux de parler de balances remises à neuf.Notons cependant que le Larousse admet reconditionné.cinéma continu (continuous).— Permanent est le terme exclusivement employé: spectacle permanent, cinéma permanent.additionnel (additional).Mot très courant en anglais, savant et rare en français.En matière fiscale, on parle des centimes additionnels imposés par les municipalités.En règle générale, l’équivalent français de additional est supplémentaire.On dira, par exemple : « Le gouver- nement a demandé des crédits supplémentaires.)) Un marchand ne conseillera pas à ses commis-voyageurs de ;prendre une ligne additionnelle, mais bien de se trouver une spécialité, un article, une série d’articles supplémentaires.C.—Verbes Pour mémoire, je signale d’abord les anglicismes suivants, déjà relevés par Blanchard (il est des morts qu’il faut tuer!): 'partir (pour ouvrir) un commerce; retracer (pour déceler, trouver) des erreurs; endosser (pour appuyer) une requête; taxer (pour mettre à contribution ou surcharger) les services maritimes; donner (pour faire 1 un cours, une conférence, un sermon); l’incendie a originé (au lieu de s’est déclaré, a pris naissance) ; charger (pour porter au compte, débiter, porter sur la note).Voici maintenant le reste de ma cueillette.collectionner (to collect).« On collectionne aussi des articles utilisés par la Croix-Rouge, tels que tubes de pâte dentifrice, et autres semblables.» Si c’était vrai, voilà qui ferait une collection bien originale ! Qu’on se détrompe.Il ne s’agit nullement ici de collectionneurs maniaques, 1.Cette même faute est fréquente en Belgique, où elle ne peut guère être imputée au voisinage de l’anglais.Le Canada Fbançais, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 296 LE CANADA FRANÇAIS mais bien de dames dévouées qui recueillent des dons pour la Croix-Rouge.Signalons encore qu’à l’église on fait une collecte (et non une collection) et qu’on vient parfois collecter à domicile pour, disons, le Denier de St-Pierre.diviser avec (to share with).—« La compagnie divise les profits avec les employés.» Lire : « La société partage .etc.» anticiper (to anticipate).« Les résultats que Von anticipe.» Lire: qu’on attend, qu’on prévoit, auxquels on s'attend.(Un conférencier qui se rend compte d’avoir mis la charrue avant les bœufs, se reprend d’habitude en disant: « Mais, n’anticipons pas ! »).contribuer (to contribute).« Le lait évaporé contribue 70 pour cent de la production totale.» Erreur ! Le verbe contribuer n’est pas transitif.On dira, correctement: entrer pour 70 pour cent dans la production totale, intervenir pour 70 pour cent du total, constituer ou former 70 pour cent de la production totale.accommoder (to accommodate).« Les moyens dont on dispose sont trop encombrés pour accommoder les nombreux attachés militaires.» On accommode certains mets à la sauce blanche.Quant aux attachés militaires, le contexte fait supposer qu’il était impossible de leur trouver un logement, de les héberger, de les loger.rapporter (to report).D’un article de statistiques: « Les minéraux non métalliques rapportent un progrès de plus de cinq millions.» On dira qu’ils accusent un progrès, ou qu’ils sont en progrès, de cinq millions; ou encore que la production a augmenté de cinq millions.—« Aviateur rapporté disparu.» On dira: porté disparu.sauver (to save).« Nous lui avons donné 112,000 par année pour sauver à la province .etc.» Le sens de conserver, sauvegarder est à ajouter aux nombreuses acceptions fautive de sauver.Pour traduire to save time, je crois que gagner du temps rend le sens anglais plus fidèlement qu’ « épargner » ou « économiser » du temps.aviser (to advise) = conseiller.L’expression aviser et conseiller n’est rien moins qu’une redondance (En français Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 LA GRANDE SOURCE DE NOS ANGLICISMES 297 aviser quelqu’un signifie « porter à sa connaissance, l’informer »).opérer (to operate).«X .opérait depuis quatre mois un poste secret de radio à ondes courtes.» On pourrait substituer à opérer l’une des expressions se servir de, employer, utiliser, faire fonctionner.appliquer les freins ( to put the brakes on ).Cette expression est bien française, mais on en abuse.Le terme usuel est freiner.redonner (to give back).Les sens que donne Larousse sont: (1) donner de nouveau, (2) rendre à celui qui avait déjà eu.Le verbe rendre est beaucoup plus usuel.Voici la phrase incriminée: « La tendance des nationalistes de Syrie de considérer la chute de la France comme Y opportunité (occasion) de redonner (rendre) l’indépendance à leur pays.» considérer (to consider).—« Cet argument ne peut être considéré.» Il faut dire, par exemple: est inadmissible ou ne peut être envisagé.exploser (to explode).On dit, en français, beaucoup plus couramment: faire explosion ou sauter.Le titre d’un article « Un dépôt de munitions explose » deviendrait probablement, dans un journal français « Explosion d’un dépôt de munitions »; mais c’est déjà là affaire de construction .n’anticipons pas ! discontinuer (to discontinue).Ce verbe est certes français, mais il n’a pas cours en Europe avec le sens qu’on lui donne ici.« Un service de trains discontinué » se dit simplement train supprimé, service suspendu, ou service interrompu.On dit, correctement : Il pleut sans discontinuer.exhiber (to exhibit) = exposer.Le verbe français exhiber a un sens bien spécial, souvent péjoratif.On parlera, par exemple, des « femmes sans pudeur qui exhibent leur anatomie », et il s’agira bien alors d’une exhibition.Ordinairement, il faut dire exposer.Ainsi, « dix marques d’automobiles sont exposées au salon de l’auto, » et ledit salon est une exposition.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 4, décembre 1941 29S LE CANADA FRANÇAIS D.—Adverbes Quelques adverbes et locutions adverbiales méritent une mention spéciale.techniquement (technically).« Le Danemark pourrait bien devenir techniquement partie de l’empire allemand.)> Théoriquement est l’équivalent français tout trouvé: théoriquement oui, mais en fait non.On pourrait aussi traduire par implicitement ou même par pratiquement.Comparer technicality (technicality) = formalité, artifice, subtilité, parfois vétille.pour un temps (for a time) = temporairement.A ajouter aux nombreuses acceptions mauvaises de temps (voir Blanchard).« Trebisch Lincoln rentre en Europe, abandonnant pour un temps le monastère bouddhique où .etc.)) à date (to date) et jusqu’à date (up to date).—Sens à ajouter à ceux relevés par Blanchard.
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