Le Canada-français /, 1 février 1942, Ensemble pour notre langue française
ENSEMBLE, POUR NOTRE LANGUE FRANÇAISE Nous sortirons maintenant du district de Québec, où nous sommes resté dans les causeries précédentes avec l’exposé des riches travaux de la Société du Parler français.Il est bon de voir ce qui se fait ailleurs.Québec n’est pas et ne doit pas être une réserve entourée d’une haute muraille qui empêche de constater le bien qui se fait ailleurs.Québec n’est pas et ne doit pas être une chapelle fermée où les fidèles se jetteraient mutuellement au nez un encens capiteux.Voyons donc ailleurs.Voici d’abord sur notre chemin vers l’Ouest, Trois-Rivières, ville ardente où brûle toujours le Flambeau.Trois-Rivières a le culte de la langue française, et encore plus, si j’ose dire, le culte de l’esprit français.Ce culte y a toujours brillé, mais son éclat est plus vif et plus rayonnant depuis qu’un merveilleux animateur y lançait, voilà déjà un quart de siècle, son mouvement régionaliste.Cet animateur, c’est M.l’abbé Tessier, comme vous le savez tous très bien.Il s’est appliqué, avec une habileté qui n’a d’égale que sa constance, à enflammer le peuple trifluvien, la gent Mauricienne, d’un grand amour pour le passé et pour le présent de leur région.La photographie, le film coloré, les brochures, les livres, la radio, les conférences, tous ces moyens ont été mis à contribution par M.Tessier et par ses collaborateurs pour inspirer au peuple la religion raisonnée du patrimoine local.L’œuvre de ce groupe est déjà très belle, très féconde en résultats, très prometteuse d’un meilleur avenir.Saluons avec admiration l’équipe canadienne-française des Trois-Rivières.Arrivons à Montréal.Le travail qui se fait en cette ville pour la langue française est à la fois constant et de très bonne qualité.P Parmi les bons ouvriers mentionnons d’abord M.l’abbé Étienne Blanchard.Personne ne sera jaloux de le voir Le Canada Fbançais, Québec, Vol.XXIX, No 6, février 1942. ENSEMBLE, POUR NOTRE LANGUE FRANÇAISE 503 passer au premier rang, car M.Blanchard fait, parmi les autres, figure de vétéran, bien qu’il soit encore sur la brèche.Partout on connaît et on utilise les brochures et les livres où il défend et illustre si bien la langue française; pour mieux atteindre son but il s’est installé dans une tribune qui lui permet d’influencer un grand public, le journal La Presse, où, chaque semaine, il publie des études de détail, pour redresser les vices de prononciation, pour corriger le vocabulaire fautif, pour régulariser la syntaxe détraquée.A côté de lui, M.Paul Morin tient tribune au poste radiophonique.Avec bonhomie, avec patience, avec finesse il répond à de multiples questions, il explique nombre de difficultés, il enseigne la rectitude du langage.La radiophonie de Montréal a aussi à son crédit des dialogues qui portent spécialement sur la diction, et qui font pénétrer, avec une grâce charmante, les corrections qui s’imposent dans nos façons de parler.Mentionnons encore le travail accompli, à Montréal, par la Société du Bon Parler français.Enfin, ayons une louange à l’adresse de la Société des Écrivains canadiens, dont le siège social est à Montréal.Cette société a organisé un service de traduction qui fait bonne besogne.Son travail a porté sur le bois, sur le pétrole, sur l’acoustique, sur le ski.Le vocabulaire du bois a paru en une forte brochure bien présentée.Les deux autres ont paru dans la revue Technique et seront mis en brochure au cours de l’année présente.Le vocabulaire du ski a été reproduit sur une simple feuille, qui a été distribuée dans les maisons d’enseignement, les hôtelleries, aux revues, aux journaux quotidiens et hebdomadaires.Il serait injuste de ne pas mentionner les maisons de commerce et d’industrie qui ont publié quantité de vocabulaires bilingues, lesquels ont influencé la publicité, voire la correspondance des maisons anglaises, sans parler du langage du grand public.Poussons plus loin à l’Ouest.Sur notre route nous rencontrons Ottawa, la capitale fédérale, où la lutte pour le français doit se faire plus intense.Ici, le mérite du travail revient aux traducteurs officiels, groupés en Société, l’AssoLe Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 6, février 1942. 504 LE CANADA FRANÇAIS dation Technologique du Canada.Chacun d’eux se perfectionne individuellement dans telle branche du vocabulaire bilingue; les résultats de leurs recherches individuelles et en collaboration se traduisent dans des bulletins et dans les publications officielles de l’État fédéral, pour passer, de là, dans le langage courant, pour autant que le public veuille se donner la peine d’y puiser.Une initiative très intéressante à signaler, c’est celle de l’Université d’Ottawa, qui, la première de toutes les Universités canadiennes, a inauguré une chaire de traduction.M.Pierre Daviault en est le titulaire.Membre et secrétaire de la section française de la Société Royale du Canada, M.Daviault est l’auteur d’ouvrages remarquables sur la traduction de l’anglais au français.Les cours qu’il donne à l’Université d’Ottawa complètent heureusement les livres de l’auteur et forment des disciples qui, une fois entrés au service de l’État ou des compagnies, accéléreront le travail de rectification de la langue française au Canada.Les récents événements de la guerre, la collaboration que l’État obtient du groupe canadien-français ont amené la création d’un bureau spécial, chargé de traduire en français les nombreux manuels qui servent à l’instruction de l’armée canadienne.Jusqu’ici ces manuels étaient publiés dans la seule langue anglaise.Le nouvel Office militaire de traduction est dirigé par le Colonel Chaballe; M.Pierre Daviault en fait partie; l’Office fait appel à des spécialistes de toutes les parties du pays.Il y a là une preuve très forte des grands progrès réalisés dans le domaine du bilinguisme officiel au Canada.Dans l’Ouest Canadien ce sont surtout les écoles et les journaux de langue française qui mènent le bon combat en faveur de notre parler ancestral.Dans ces régions vastes, et éloignées du principal groupe français, la correction du langage n’est pas la plus importante préoccupation de nos compatriotes; ce qu’ils veulent c’est que le français s’enseigne plus et mieux à l’école, c’est que le français prenne, dans les émissions radiophoniques, la place à laquelle il a droit; c’est que l’usage de la langue française soit respecté dans les Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 6, février 1942. ENSEMBLE, POUR NOTRE LANGUE FRANÇAISE 505 familles.Il y a là, pour nos gens, une tâche excessivement ardue; notre devoir, à nous du Québec, est de leur aider de toutes nos forces.Les associations nationales de l’Ouest, celles du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta demandent chaque année aux citoyens du Québec de leur envoyer des contributions en argent et des livres, afin que ces Associations puissent offrir chaque année des prix aux enfants qui étudient le français.Les collèges canadiens-français de l’Ouest, Gravelbourg et Edmonton surtout, ont grand besoin de notre appui moral et financier pour continuer leur œuvre française dans les grandes plaines de l’Ouest.Si vraiment nous aimons la langue française, si réellement elle est pour nous un précieux héritage, nous n’hésiterons pas à donner largement à nos compatriotes de l’Ouest, pour qu’ils consolident leurs positions et pour qu’ils réalisent les progrès rêvés.Il en est de même aux États-Unis.Là aussi, toute une presse, un grand ensemble de Sociétés nationales soutiennent une lutte gigantesque, et cela dans des conditions extrêmement difficiles, pour la sauvegarde de la langue française.Outre ces efforts, signalons ceux du poste radiophonique de Lewiston, dans le Maine, qui maintient à grands frais des séries d’émissions en français.Et pour couronner cet édifice mentionnons le Comité Permanent de la Survivance française.Bien que jeune ce Comité a déjà accompli un très fructueux travail dans tous les domaines, et particulièrement dans celui de la langue française.Ses efforts sont directs, lorsque, par exemple, il fait donner des cours de français aux instituteurs de l’Ile du Prince-Edouard; ou bien ils sont indirects, comme lorsqu’il soutient les courageux combats de nos compatriotes sur toute la surface de l’Amérique du Nord.Puissant organisme, le Comité Permanent étend partout sa vigilance et son aide.Son travail est de longue portée; il s’accomplit avec tact et discrétion; il réalise les hautes ambitions conçues jadis par l’assemblée générale des Sociétés St-Jean-Baptiste, puis de façon plus précise par le Premier Congrès de la Langue française.Nous avons là un véri- Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 6, février 1942. 506 LE CANADA FRANÇAIS table Parlement canadien-français, où tous les groupes épars de nos nationaux peuvent présenter et discuter leurs problèmes.L’exposé que nous avons fait dans les dix causeries du samedi soir avait pour but de stimuler le zèle de tous les Canadiens français et d’exciter, aussi, la bienveillance d’une bonne partie — la meilleure — du groupe anglo-canadien.Les lettres que nous avons reçues nous assurent que notre but n’est pas manqué.Si les circonstances le permettent, nous reprendrons l’année prochaine ces leçons.Pour les mettre au point, pour leur assurer le maximum d’efficacité, nous avons besoin des conseils du public.C’est pourquoi nous invitons tous ceux qui nous ont écouté et qui ont gardé jusqu’à présent le silence, nous les invitons à nous écrire, à nous faire leurs remarques, à nous dire ce qu’ils croient utile de traiter dans les causeries de l’année prochaine.Il n’est pas inutile de dire, ici, que la collaboration du public est absolument nécessaire à ceux qui parlent par les postes radiophoniques.L’orateur qui voit ses auditeurs saisit aussitôt leurs réactions.Mais l’orateur radiophonique a l’impression de parler dans le vide.Il faut donc que les auditeurs prennent le soin d’écrire leurs impressions, pour renseigner le conférencier.Jusqu’ici les lettres reçues et les conversations n’ont comporté que des éloges, et nous en sommes très reconnaissants; ce qui nous manque ce sont les critiques.Nous les sollicitons avec les plus respectueuses instances.On voudra bien me les adresser directement à moi-même, au Séminaire de Québec.Arthur Maheux.Le Canada Français, Québec, Vol.XXIX, No 6, février 1942.
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