Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La femme dans les lettres françaises
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (15)

Références

Le Canada-français /, 1942-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LA FEMME DANS LES LETTRES FRANÇAISES I.—Avant le XVIIIe siècle.Depuis qu’il y a des femmes et qu’elles parlent, il y a gros à parier qu’elles ont bientôt cédé à la tentation de conserver sous une forme durable le fruit de leur inspiration, pour 1 édification de la postérité.Il est cependant facile de s’apercevoir que la femme tient une place très effacée dans les littératures européennes.Le fait n’a rien d’étonnant: l’existence sociale de la femme est une conquête moderne; avant notre époque, elle vivait à peu près exclusivement dans l’ombre de son compagnon.Il y a néanmoins à cette règle une exception et il est naturel que ce soit en France qu’elle se soit produite.Pendant que les Germains se perdaient dans les légendes nordiques du Walhalla, que Pétrarque et Boccace, après Dante, fondaient brillamment la littérature italienne et que Chaucer et Spenser établissaient définitivement le langage anglais, la France assistait à l’épanouissement d’œuvres de chevalerie, où troubadours et trouvères exprimaient en une langue souvent maladroite les sentiments de vénération que suscitait chez eux l’apparition de leur noble dame.On a beaucoup ridiculisé cette littérature de châteaux, qui pécha par exagération et succomba souvent à la mièvrerie et à un raffinement artificiel.La préciosité de la forme et la complication recherchée des situations masquaient à l’occasion une grande sécheresse de cœur; on pouvait craindre qu’il ne s’agît fréquemment que d’un simple jeu d’esprit ou, ce qui est encore plus lamentable, d’un vain divertissement de société.Malgré ces insuffisances, le tour d’esprit chevaleresque qui s’empara des lettres françaises dans le bas moyen âge et qui se perpétua jusqu’à l’aube de la Renaissance, témoignait d’une réhabilitation tardive de la femme dans sa dignité et son empire.Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. LA FEMME DANS LES LETTRES FRANÇAISES 539 Outre de faire de la femme l’un de ses premiers sujets d’inspiration, la littérature française accueillit ses œuvres et lui accorda toujours une place d’honneur qu elle ne cessa d’occuper.Cette tradition remonte très haut, jusqu’à Héloïse la Parisienne, la nièce du chanoine Fulbert, qui mourut abbesse du Paraclet après avoir marqué le Xlle siècle de son amour pour Abélard; ses lettres brûlantes de passion demeurent un glorieux monument qui célébré 1 a fidélité des amants séparés.Environ la même époque, celle qui fut connue sous le nom de Marie de France exploita la légende arthurienne issue des Chevaliers de la Table Ronde en de courtes compositions en vers, appelées lais.Ces brefs poèmes traitent de quelques-uns des épisodes les mieux connus de ce passé imaginaire.Les sentiments qu’elle exprime ont de la spontanéité et de la fraîcheur, elle ne cherche pas, comme trop de ses contemporains épris de dissertations doctrinaires, à illustrer une théorie courtoise par des exemples savamment arrangés.Malgré un maniérisme qui est le fait de son temps, Marie de France écrit avec tendresse et mélancolie ses petits récits romanesques mêles d’amour et de féerie.Christine de Pisan fut la première femme de lettres française.Née en 1363, elle était fille du Vénitien Thomas Pisani, astrologue et conseiller du roi Charles V.Elle reçut à la cour une excellente instruction qui devait la préparer à l’exercice de sa profession.Demeurée veuve à 25 ans avec trois enfants, ses moyens de subsistance étaient limités.Aussi songea-t-elle à vivre de sa plume, ce qui est toujours le signe d’une grande audace.Elle écrivit des pièces de circonstance, des traités de vulgarisation, des poèmes aristocratiques et surtout des ballades d’amour, qui se vendaient mieux ! Son talent facile et élégant, sans beaucoup de profondeur, s’accommodait d’un sens commercial très vif; des éditions de luxe de ses œuvres l’aidaient à boucler le budget familial.Christine de Pisan écrivit aussi ses mémoires sous le titre de Mutation de Fortune et se livra à une polémique contre Jean de Meung, l’auteur du Roman de la Rose, à qui elle reprochait de ne pas avoir respecté l’honneur des femmes.Elle composa également un ouvrage de souvenirs et d’obser- Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. 540 LE CANADA FRANÇAIS vations, Le Livre des Faits et Bonnes mœurs du roi Charles V.Cette Italienne devenue Française se livra à un labeur acharné et varié qui en fait l’ancêtre des femmes de lettres.François 1er eut une sœur qui fut célèbre parmi les humanistes et les lettrés de son temps.Marguerite d’Angoulême, qui devint successivement duchesse d’Alençon et reine de Navarre, connaissait plusieurs langues.Esprit ferme et habile dans la chose publique, elle aimait s’entourer d’écrivains parmi lesquels on reconnaît Brantôme, dont les Vies des Dames illustres sont d’une monotone obscénité, et Clément Marot, poète en butte toute sa vie aux accusations d’hérésie.La bonne reine Margot sustente de ses deniers les premiers traducteurs de la Bible et écrit elle-même une version française des psaumes, mais elle se sent plus à l’aise dans de petits poèmes légers et libertins, dans le goût de l’époque.Dans son Heptaméron, imité de Boccace, elle imagine qu’au cours d’un voyage, des seigneurs et des dames, pour se distraire, se racontent des histoires dont la plupart sont fort libres.Il y a aussi des écoles provinciales qui, éloignées de la capitale, s’intéressent néanmoins aux belles-lettres.Ainsi le groupe de Lyon, illustré par Maurice Scève, trop oublié, hélas ! nous présente aussi des femmes comme Jeanne Gaillarde et Louise Labé, cette dernière mieux connue sous le nom de la belle Cordière.Il faudra attendre très longtemps pour entendre de sa accents aussi authentiques; Pernette de Guillet et Louise Labé demeurent des sommets peu accessibles.Elles « ont donné à notre littérature quelques-unes des œuvres qui méritent de nous rester le plus chères, œuvres voluptueuses et pures, porteuses d’une charge presque terrible de tendresse et de connaissance.» Comme Thierry Maulnier a eu raison d’écrire que « les paroles de Pernette et de Louise sont irremplaçables, elles n’ont plus été prononcées après elles, fût-ce par les plus violentes et les plus tendres des filles de Racine.» Retenons ici que ce sont des bouches féminines qui lancèrent ces cris déchirants dont nous éprouvons encore la chaleur humaine après trois siècles et davantage.Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n" 7, mars 1942. LA FEMME DANS LES LETTRES FRANÇAISES 541 Le début du XVIIe siècle est marqué par une révolution dont les conséquences seront immenses.La littérature n’est plus l’apanage exclusif de quelques lettrés, elle pénètre dans le monde en passant par les salons.Il était dès lors naturel de penser que les femmes y joueraient un rôle plus important; sans écrire, le plus souvent, elles exerçaient une influence profonde et décisive sur les beaux esprits du temps.C’est ainsi que de 1610 à 1660, toute la société aristocratique se réunissait chez la marquise de Rambouillet, chez Mlle de Scudéry et chez Madame du Sablé.La marquise de Rambouillet, née Catherine de Vivonne, habitait un luxueux hôtel particulier, rue Saint-Thomas-du-Louvre.Elle l’avait fait construire selon ses goûts, qui étaient à la fois intellectuels et mondains; elle désirait recevoir chez elle les écrivains en renom et passer des heures et des heures à discuter de leurs œuvres, à ergoter sur un mot ou sur une virgule.Dans la Chambre bleue, où reçoit l’incomparable Arthénice, étendue sur son lit, comme deux et trois siècles plus tard, Jeanne de Récamier et Anna de Noailles, le français s’épure, se polit, s’affine et devient le langage de la précision et de l’élégance.Dans la ruelle où seuls sont admis les intimes se retrouvent Voiture, illustre par son esprit et ses duels, Godeau qui, après avoir aimé la fille de l’hôtesse, Julie d’Angennes, renoncera au monde et deviendra évêque de Grasse, Corneille qui y lit un soir son Polyeucte avec peu de succès, Valentin Conrart, fondateur de l’Académie française, toujours prêt, exemple peu fréquent chez les gens de lettres, à contribuer à la gloire naissante d’un ami.Condé et La Rochefoucauld apparaissent parfois à l’hôtel de Rambouillet, et aussi ce patient soupirant que fut le duc de Montausier, agréé par Julie d’Angennes après quatorze années d’une cour assidue.On a beaucoup moqué le raffinement excessif et la préciosité du langage et des manières que mit en vogue le salon le plus célèbre de l’époque.Il y eut certes de l’exagération, qui excita la verve de Molière.Reconnaissons toutefois que grâce à ces académies officieuses, le goût des lettres s’empara d’une élite et forma un milieu favorable à l’éclosion de grandes œuvres.Le règne des salons fut l’échec de la Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. 542 LE CANADA FRANÇAIS grossièreté et remplaça les mœurs militaires en honneur durant les années du Béarnais.La période de la Fronde fit oublier cet attrait naissant pour les belles-lettres.De grandes dames désertèrent la quiétude de leurs salons pour se jeter dans la mêlée.Ce fut peut-être la première intervention féministe dans la politique française.De cette époque troublée, des femmes ont voulu fixer le souvenir, mais elles n’ont guère su s’égaler au cardinal de Retz et à La Rochefoucauld.La Grande Mademoiselle, dont le tempérament n’était pas fait de mesure et d’impartialité, se voit elle-même le personnage central et l’influence déterminante de la Fronde, ce qui est le fait d’une imagination dévergondée.En revanche, Madame de Motteville, qui est une amie intime d’Anne d’Autriche, a raconté, dans une langue d’une simplicité voulue, les luttes et les embarras de la reine.La paix revenue, les jours d’autrefois, eux, ne reviendront plus.La marquise de Rambouillet est veuve et ne tient plus salon.C’est Mlle de Scudéry qui la remplace et réunit chez elle les lettrés.Fille aimable, laide et point sotte.Nous lui devons la Carte du Tendre, géographie amoureuse d’une psychologie compliquée et artificielle.Dans son salon se livrent des combats épiques et nullement sanglants, avec des madrigaux et des billets doux.Madeleine de Scudéry se mêle aussi d’écrire des romans-fleuves qui roulent des eaux lourdes d’ennui.Ce sont d’interminables romans a clés qui ont titre U Illustre Bassa, Artamène ou le Grand Cyrus et Clêlie.Les contemporains recherchent dans ces personnages imaginaires leurs amis et leurs connaissances, ils font assaut d’imagination pour découvrir qui se dissimulent sous ces figures empruntées à l’histoire.Si personne ne lit plus les ouvrages romanesques de Mlle de Scudéry, qui oserait juger indifférent le roman de Madame de La Fayette, La princesse de Clèves ?Dans la littérature française, c’est sans contredit « le premier roman humain, le premier roman où l’auteur a exprimé plus de choses qu’il ne croyait dire, parce qu’au lieu de s’en tenir a une pure fiction, au lieu de peindre des sentiments imaginés, des incidents surprenants, il nous fait une confidence sur la vie, sur sa vie» (Jacques Chardonne).Le Canada fbançais, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. LA FEMME DANS LES LETTRES FRANÇAISES 543 Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, née à Paris en 1634, reçut une solide instruction sous la direction de Ménage, qui demeura son ami et son admirateur bourru.Elle épousa le comte de La Fayette qui passa la plus grande partie de sa vie dans ses terres, en province, abandonnant sa femme à une vie mondaine et intellectuelle.Amie de la princesse Henriette d’Angleterre dont elle racontera la vie et la mort tragique, elle fréquentait parfois à la Cour, on la voyait à 1 hôtel de Rambouillet, elle recevait dans son salon Madame de Sévigne, La Rochefoucauld, à qui la liait une amitié difficile à définir, Condé, La Fontaine.Après avoir écrit quelques nouvelles qui n’ont pas gagné la faveur de la postérité, Madame de La Fayette entreprit un petit roman qui émeut toujours et qui possède des qualités de finesse et de psychologie très juste.Madame de Clèves aime Monsieur de Nemours qui le lui rend bien.Cet amour la trouble, elle se croit coupable.Elle avoue à son mari le sentiment qu elle éprouvé pour M.de Nemours à qui elle n’a au reste jamais fait d aveux.M.de Clèves, qui adore sa femme et croit découvrir la preuve de son infidélité, meurt de chagrin.Ce serait le temps alors d’épouser M.de Nemours, mais elle s’y refuse et s’éloigne du monde.Pourquoi ?C’est qu’elle a connu par son mari ce qu’était vraiment un grand amour et elle redoute que celui de M.de Nemours ne soit pas de même essence.Dans une longue conversation qui est un chef-d œuvre de délicatesse, elle lui explique qu’elle ne pourra jamais etre a lui.« Je sais, lui dit-elle, que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont telles, que le public n aurait peut-être pas sujet de vous blâmer, ni moi non plus, quand nous nous engagerions ensemble pour jamais; mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements eternels ?dois-je espérer un miracle en ma faveur, et puis-je me mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma félicité ?M.de Clèves était peut-etre 1 unique homme du monde capable de conserver de 1 amour dans le mariage.Ma destinée n’a pas voulu que j’aie pu profiter de ce bonheur; peut-être aussi que sa passion n aurait subsiste que parce qu’il en aurait point trouvé en moi; mais je n’aurais pas le même moyen de conserver la vôtre; je crois même que les obstacles ont fait Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. 544 LE CANADA FRANÇAIS votre constance; vous en avez assez trouvé pour vous animer à vaincre; et mes actions involontaires, ou les choses que le hasard vous a apprises, vous ont donné assez d espérance pour ne pas vous rebuter.» Jamais amant aura-t-il entendu confession plus troublante, ou le scrupule le dispute à un amour qui consent pour la première fois à s’avouer.On pourrait croire à de la ruse, et elle serait singulièrement efficace, mais Mme de Clèves est au-dessus de ces industries, son abandon du monde répond de sa sincérité.C’est donc à une femme que nous devons le premier roman psychologique français et un petit ouvrage qui ne vieillira jamais.Marie de Rabutin-Chantal naquit à Paris le 5 février 1626.Bientôt orpheline, elle fut élevée par les Coulanges, sa famille maternelle, notamment par son oncle et tuteur, l’abbé de Livry, dont la mansuétude lui valut le surnom de Bien Bon.Très jeune, elle reçut une solide instruction; Chapelain lui enseigna l’espagnol, l’italien et le latin, ce qui lui permit de connaître le français.A dix-huit ans, elle épouse un cousin du cardinal de Retz, le marquis de Sévigné, qui lui apporte peu d’amour, mais la laisse veuve à 25 ans avec deux enfants et le domaine des Rochers.Les prétendants ne manquent pas: « un prince du sang, Conti; un victorieux, Turenne; un surintendant des finances, Fouquet; le marquis de Tonquedec et le comte de Lude » (Gaston Boissier).La marquise de Sévigné préfère se consacrer à l’éducation de son fils et de sa fille qu’elle idolâtre et reprendre ses chères études, sous la direction de Menage.Elle demeure intimement mêlée à la vie de la cour et des salons.Pendant une vingtaine d’années, elle habite l’hôtel Carnavalet au Marais, qu’elle délaisse souvent pour Livry ou ses terres de Bretagne.C’est le mariage de sa fille Françoise-Marguerite au comte de Grignan, nommé lieutenant-général de Provence, qui détermine sa vocation d’épistolière.Sans cet éloignement et l’affection très vive qu’elle porta toujours à sa fille, nous n’aurions pas connu la plus brillante correspondante qui fut jamais.Nous avons d’elle environ 1,500 lettres, quelques-unes adressées à son fils Charles, à son cousin Bussy, à son oncle Coulanges, à Pomponne, la plupart à la comtesse de Grignan.Elle s’inquiète de tout, elle veut tout Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. LA FEMME DANS LES LETTRES FRANÇAISES 545 savoir de ce qui préoccupe la destinataire chérie; elle lui raconte tout ce qui se passe à Paris, les petites intrigues, les grandes émotions, les déplacements du roi, la mort de Lou-vois et celle de Turenne qui l’a aimée, les prédications de Bourdaloire dont elle raffole, les livres et les pièces à la mode.Ces lettres nous font revivre toute une époque, c’est la gazette de ce temps.Elle fait preuve de perspicacité et de finesse, sans la cruauté et le dépit d’un Saint-Simon.Par elle, nous apprenons à connaître des personnages que nous avons toujours vu figés dans des poses hiératiques; elle nous les fait voir par l’intérieur, avec leurs passions, leurs petitesses et leurs secrètes ambitions.Elle glisse habilement des conseils et des maximes de vie très justes, sans s’appesantir sur les tristesses de l’existence.Elle laisse courir sa plume la bride sur le cou, nous confie-t-elle, et nous ne la croyons qu’à demi.Elle est au contraire très précise et s’emploie toujours à charmer.« Je doute qu’une âme si heureusement équilibrée ait jamais été brûlée par quelque passion, hormis celle d’écrire.On ne trouve dans aucune de ses lettres, paraît-il, le nom de sa mère.» Guy de Pourtalès lui en fait grief; oublie-t-il qu’elle a perdu sa mère à 6 ans et qu’elle n’a jamais connu son père ?Toute son affection, elle l’a reportée sur sa fille, très belle, « la plus jolie fille de France », nous apprend son cousin Bussy Rabutin, mais d’un caractère indolent et romanesque et qui répond assez froidement aux tendresses débordantes de sa mère, qui lui écrit un jour: « Ma fille, j’ai mal à votre poitrine.» Néanmoins, Joseph de Maistre disait: « Si j’avais à choisir entre la mère et la fille, j’épouserais la fille, puis je partirais pour recevoir les lettres de la mère.» Toutes ne sont pas sûrement de la même veine et il y a danger qu’une trop égale perfection d’expression ne vienne à nous lasser.Il faut en lire quelques-unes à la fois, comme celles d’une amie que nous n’avons pas vue depuis longtemps et qui nous apporte l’air d’un pays très lointain et toujours aimé.« Cette précieuse de l’hôtel de Rambouillet fut incapable d’un péché grave et moins encore d’une faute de goût au cours de cette conversation interminable que fut son existence.Elle a contribué pour une bonne part à faire de la conversation écrite ou Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942. 546 LE CANADA FRANÇAIS parlée un sport où la France n’a jamais eu de rivale » (Guy de Pourtalès).Un mot, au passage, d’une autre épistolière moins célèbre, mais dont les Lettres et Souvenirs sur VÉducation ne sont pas dépourvues d’un attrait historique.Veuve, elle aussi, à vingt-cinq ans, Mme de Maintenon devait exercer une influence profonde et salutaire sur Louis XIV, qui l’épousa secrètement.Un jour qu’elle se plaignait à son frère d’Aubigné, celui-ci lui répondit aussitôt: « Est-ce que par hasard, vous auriez voulu épouser Dieu le Père ?» Nous lui devons d’avoir persuadé Racine d’écrire Esther et Athalie pour les demoiselles de Saint-Cyr.Ce couvent fut son œuvre préférée; dans ses lettres, elle y revient toujours, prodigue de conseils qui révèlent la droiture de son âme et la pureté de ses intentions.Mais elle ne possède pas cette fantaisie d’imagination et cette sensibilité qui conservent à la correspondance un parfum d’éternité.Dans la querelle des Anciens et des Modernes, qui opposa les fanatiques admirateurs de l’antiquité et les mondains épris des chefs-d’œuvre contemporains, il convenait que ce fût une femme qui mît le feu aux poudres.Quelle femme, cette pédante Mme Dacier, qui ose traduire Y Iliade et l'Odyssée dans une langue ampoulée et artificielle et qui trahit Homère qu’elle veut défendre ! Irritée contre le poète Houdard de la Motte, cette pimbêche écrira un pamphlet sur les causes de la corruption du goût qui est un acte d’accusation contre elle-même.Pour une fois, une femme a desservi le bon goût français; sans doute l’exception qui confirme la règle.Roger Duhamel.(à suivre) Le Canada français, Québec, vol.XXIX, n° 7, mars 1942.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.