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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Propagande soviétique
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1942-05, Collections de BAnQ.

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XXIX, n° 9 Québec, mai 1942 LE CANADA FRANÇAIS Publication de l’Université Laval PROPAGANDE SOVIÉTIQUE Dans l’étude qui suit, le lecteur s’étonnera peut-être de ne pas voir la présente guerre former une partie du tableau.Elle n’y serait, en effet, qu’un hors-d’œuvre.Les Soviets eux-mêmes n’en tirent point argument en faveur de leur système, parce qu’on ne peut encore en déduire aucun.Ce serait comme si, par exemple, les révolutionnaires français, en 1794, avaient prétendu que, déchirés de féroces et sanglantes luttes intestines, toute l’Europe liguée contre eux, mais leurs armées se montrant invincibles et remportant partout la victoire, on en devait donc conclure qu’un gouvernement révolutionnaire, terroriste, était le meilleur au monde.En réalité, ce qui fit alors l’étonnante vigueur des Français ce fut d’abord leur colère furieuse en voyant des étrangers envahir leur patrie.Il s’y ajoutait la crainte de retomber sous les dures tyrannies du régime précédent; et ils préféraient, pour le moment, leurs nouveaux seigneurs républicains, même antireligieux.Les Russes ne font, un siècle et demi plus tard, que passer par le même chemin.Tout en souhaitant pour eux, et pour nous, la victoire, nous devons laisser de côté succès et revers pour étudier sous les gestes éphémères la réelle actualité, la permanente substance: leurs idées.* * * Plusieurs de mes amis m’ont fait tenir, assez fréquemment, des livres, des revues, et des journaux soviétiques. 702 LE CANADA FRANÇAIS Et, tout de suite, je vais expliquer pourquoi, malgré mou effort à les étudier sans parti pris, ils éveillaient en moi la méfiance.Tous ces écrits, à peu près sans exception, ont même goût.Ils rappellent trop la senteur de cet ancien genre de brochures dont le gouvernement du Canada, au début de ce siècle, inondait le monde.D’après ces plaquettes, profusément illustrées, publiées en toutes langues, le vingtième siècle devait être pour le Canada, et notamment pour l’Ouest canadien, ce que le dix-neuvieme avait été pour les États-Unis: un progrès sans pareil, une marche triomphale vers de nouvelles et merveilleuses richesses.On y voyait de surprenantes géorgiques: des processions, sur un seul champ, de huit à dix semoirs mécaniques, dernier cri, ensemençant une immense étendue de blé; puis des escadres de lieuses engerbant les superbes récoltés, enfin « les élévateurs alignés à toutes les gares témoignant des grandes richesses du Canada central ».On y montrait telle et telle ferme modèle surgie du sol vierge et, en quelques années, rapportant des milliers et des milliers de dollars.On y lisait les prophéties de hauts personnages: « Il y a assez de terre au Canada, si elle est parfaitement mise en culture, pour nourrir toute la population de l’Europe ».Et cela, si tristement ironique aujourd’hui, est signé de James-J.Hill, le grand magnat, en ces années-là, des chemins de fer du nord des États-Unis.Enfin, a en croire ces brochures, l’heure allait bientôt sonner ou le Canada serait, entre toutes les nations, le seul et véritable pays de Cocagne.1 On se gardait bien de montrer l’envers de la médaille et l’on aurait alors estimé insigne maladresse de présenter comme je l’ai fait dans La Forêt un tableau de colonisation sans inventions romanesques, n’y laissant d autre ornement que la simplicité du réel, et sa vérité.U faut admettre cependant qu’au prix de quantités d’infortunes individuelles le Canada, durant une trentaine d’années, particulièrement 1.Une grande partie des immigrants de ces temps-là passèrent aux États-Unis, mais je connais quantité d’entre eux, devenus bons Canadiens, qui s’amusent au souvenir des 25,000 piastres qu’en 5 à 10 ans de labeur un terrain neuf leur devait apporter.La Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PROPAGANDE SOVIETIQUE 703 sur ses terres vierges, réussit une bonne part de son programme.Mais, au total, et l’on s’en aperçoit de plus en plus depuis dix ans, pour n’avoir considéré la réalité que dans ses plus brillants reflets, on n’avait suscité qu’un mirage.Or, jusqu’à présent, à peu près tous les livres, revues, ou journaux « communistes )) que l’on m’a fait tenir sont conçus dans ce même esprit: ne présenter de la réalité que les beaux reflets.La méthode, en général, est excellente pour exciter l’enthousiasme.A mon avis pourtant, les communistes, s’ils veulent nous convertir à leurs idées, font ici fausse route.Évidemment, qu’il s’agisse de nouvelles mines d’or, de médicaments nouveaux, d’une expérience politique inédite, le bon peuple étant toujours et partout sujet à des espoirs et à des crédulités sans bornes, les habiles, par de beaux discours gonflés d’opulentes promesses, pourront sans cesse leurrer les foules, conduire à leur gré les troupeaux bêlants, et les tondre.Mais chez nous, Canadiens, à qui l’on à déjà servi un fameux poisson d’avril qui nous reste encore sur l’estomac, lorsqu’on nous vient de nouveau présenter, entouré de la même garniture et apparemment dans le même plat, un autre poisson qui ressemble si fort au premier.non, vraiment, avant d’y planter la fourchette, qu’on nous permette une certaine hésitation; qu’on nous pardonne un minutieux examen.Pour certains, tout communiste ne peut être qu’un fou ou un fourbe.Ce n’est pas mon opinion.Plusieurs de mes amis se disent communistes, et il y a parmi eux de fort braves gens.Et il se trouve aussi que, humainement, nombre d’autres ne les valent pas qui se disent chrétiens.A choisir entre un mauvais chrétien et un brave homme qui de bonne foi se croit communiste, j’estime le premier bien plus coupable que le second.Il serait bon, avant de mépriser les autres, d’élever notre conduite au moins au niveau de la leur.Le Canada Fbançais, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 704 LE CANADA FRANÇAIS Cela devait être dit afin qu’il soit bien entendu que mon argumentation vise moins ceux qui nous proposent une nourriture nouvelle que cette nourriture elle-même, et la manière dont elle nous est présentée.D’abord, pour éviter cette riposte: des communistes ne sont pas le communisme.Car c’est précisément là que commence ma querelle.Quel est aujourd’hui le véritable porte-parole du communisme ?A peu près tous les écrits que j’ai lus se targuent des résultats obtenus en Russie.C’est un constant panégyrique des Soviets.Or, en tout cela je ne vois guère qu’une expérience sociale semblable à celles où se poussent presque tous les pays du monde, plus étendue, plus complète que nulle part ailleurs, mais enfin ce n’est pas du tout un système communiste.U.R.S.S.signifie, nous dit-on, union des républiques soviétiques socialistes.A quoi certains répondent: le présent état des choses n’est que la traversée, le vaisseau qui conduit vers les terres nouvelles.—Soit, mais alors, c’est se proclamer américain avant d’avoir découvert l’Amérique.On me dit: Nous sommes communistes de cœur, sinon de fait.—Très bien, et je vous réponds: si je me prétends chrétien de cœur, et si vous me voyez agir sans observer ma religion, et si je m’en excuse en assurant que je le ferai plus tard, n’aurez-vous pas raison de conclure que je ne suis pas vraiment chrétien ?Tout en l’employant, par manière d’accord avec ceux qui s’en parent, sachons donc que le mot « communisme » ne représente qu’une théorie, une doctrine qu’on voudrait pratiquer, qu’on a même au temps de Lénine essayé de réaliser, mais qui, de nos jours, me paraît offrir beaucoup trop d’analogie avec la fameuse et permanente enseigne: « Ici, on dînera gratis, demain.Dans cet incessant panégyrique des Soviets, que nous sert-on d’alléchant ?L« Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PROPAGANDE SOVIÉTIQUE 705 Principalement des usines, des machines, et encore des usines et des machines.Ce doit être sans doute merveilleux pour les pauvres Russes qui n’en avaient jamais tant vu, mais il n’y a plus guère aujourd’hui que la Russie pour songer à émerveiller le monde avec des machines.Les Étatsuniens ont eu cette tournure d’esprit il y a quelque cinquante ans.Ils ont, depuis, su comprendre que ce n’est pas avec cela qu’une nation parvient à se placer à bien haut rang dans l’estime des autres, et pas même dans celle des petits Japonais.D’ailleurs on commence à percevoir, et là surtout où elle a été plus poussée, que cette industrialisation à outrance n’est point une pure bénédiction.Elle dévore avec une effrayante rapidité les richesses naturelles de la Terre, massacre chaque jour des milliers d’hommes, et il ne m’étonnerait pas le moins du monde qu’un jour nos descendants en viennent à nous considérer comme la génération la plus stupidement, la plus brutalement et sauvagement avide de plaisirs que la terre ait jamais portée.A quoi le fervent communiste me répondra: « Non.Vous ne comprenez pas.Les Soviets sauront modérer à temps le rythme stakanoviste et devenir prudemment économes de leurs naturelles richesses.Mais, d’abord, il fallait bien prouver leur efficacité en améliorant le sort des masses.Là, nous l’emportons sur toutes les autres contrées.Alors que, dans votre pays, ce sont les capitalistes qui sont les maîtres, en Russie ce sont les travailleurs, les prolétaires eux-mêmes.Les usines soviétiques ne fonctionnent pas pour le bénéfice des riches, mais pour celui de tout le monde.» Sur ce dernier point, la rapacité de certains capitalistes ne m’inspirant aucune tendresse, je donnerais, en un sens, raison au « communiste ».Qu’un homme pourvu d’argent construise une fabrique, achète des matières premières, emploie des ouvriers, vende des marchandises, et en retire un profit équitable; ce genre de capitaliste peut être abhorré des communistes.Pour moi, il me fait l’effet d’un homme ordinaire.Mais si, pour un injuste profit, il abuse du labeur des autres, il me Le Canada Fbançais, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 706 LE CANADA FRANÇAIS paraît alors ne valoir guère mieux qu’une talle de chiendent au milieu de mon jardin.Et cependant, il faut bien admettre que l’usine capitaliste marche aussi pour le bénéfice de tout le monde.Car, au fond, d’où sortent les capitalistes ?N’est-ce pas, en général, de la faveur des masses ?Wrigley serait-il jamais devenu archimillionnaire si la foule n’avait pas cru devoir se donner l’air distingué de bovins qui ruminent, et avait refusé sa gomme à chiquer ?Et si les fumeurs s’étaient, comme leurs pères, contentés d’honnête tabac naturel.Ainsi de suite.—Mais lorsqu’un fervent communiste m’assure qu’au pays des Soviets c’est le peuple qui est le maître ?—Nanti d’un cheval doué d’assez nombreux défauts, on m’en propose un autre dont on me vante les hautes qualités.Qu’on m’excuse de ne le point accepter sur parole, surtout si l’éloge me paraît outrepasser la limite du vraisemblable.Quand par « peuple )) on entend, comme on nous le dit, les masses, les prolétaires; quand on essaye de me faire croire qu’il est un pays où les hommes hors du commun sont aux ordres des moins instruits et des moins intelligents, ceci me semble aussi parfaitement impossible qu’il serait parfaitement absurde.A lire les publications officielles imprimées à Moscou il est très facile de voir que ce sont les élus des Soviets qui dirigent les idées et les actions des masses.Le peuple russe a, comme tant d’autres, des parlements.La conclusion est facile à tirer.Dans tout parlement ce n’est pas le meilleur, le plus vertueux, c’est le plus habile qui l’emporte.En dépit de tous ces mots nouveaux mis à la mode, en dépit de toutes les belles phrases dont on maquille les réalités, le fond, là-bas comme ailleurs, demeure le même: une féodalité, des seigneurs suivis de leurs vassaux.—Oui, concédera peut-être alors le communiste.Mais ces seigneurs ne s’enrichissent pas comme vos avides capitalistes.A mon tour, je n’hésite pas à concéder que le système russe peut avoir des avantages.Mais c’est précisément parce qu’il n’est pas communiste.L’expérience l’a forcé de reconstituer une aristocratie, de reconnaître que les hom- Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PROPAGANDE SOVIÉTIQUE 707 mes n’ont pas des valeurs égales, qu’il y a des inférieurs et des supérieurs; que la masse ne peut pas jouir des mêmes bénéfices que les élites; qu’un stakanoviste, qui abat l’ouvrage deux fois plus vite et mieux qu’un travailleur ordinaire, mérite un salaire plus élevé; que l’existence de ceux qui ont soin du bétail dans un sovkose ne peut avoir les agréments goûtés par ceux qu’on place dans les ambassades, surtout à New-York, Londres, Rome ou Paris; que ces braves ouvriers photographiés dans l’usine de Magnitogorsk ne sauraient jouir autant qu’un maréchal des armées du plaisir de voyager à travers d’immenses territoires en chemin de fer, en automobile ou en aéroplane, etc.Toutefois, il faut bien convenir qu’on ne tolère point là-bas les gros accapareurs.A imiter, sous ce rapport—sauf dans ses inhumaines tueries—le système de Russie, nous n’aurions probablement pas grand’chose à perdre et peut-être beaucoup à gagner, si l’on doit estimer beaucoup un gain qui, divisé entre tous, ne consisterait pour chacun qu’à dépenser quelques piastres de plus.Encore suis-je loin d’en être certain.Jusqu’ici, d’après ces publications communistes, il ne paraît pas que les travailleurs des républiques soviétiques soient plus à l’aise que le travailleur américain, et nombre d’ouvriers américains, anglais, français, après visites en Russie, nous ont dit leurs désillusions.Et il nous faut bien étudier le pour et le contre.Dans ces écrits aussi on déclare que les méthodes socialistes soviétiques rendent les hommes plus heureux.Pour certains côtés je serais tenté de l’admettre.Le tout dépend de quel fil on tisse le bonheur.Tel individu trouve que le meilleur moment de sa journée arrive quand il met la main sur sa bouteille de whisky et quand il commence à se sentir la cervelle échauffée par les sarabandes de l’ivresse.Il serait moins heureux en Russie.On s’y efforce de supprimer totalement ce genre de félicité.En quoi je ne puis que louer la sévère discipline des Soviets.D’autres, et fort nombreux de nos jours, diront que leur quotidienne joie est dans les palpitantes émotions jaillies La Canada Fbançaib, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 708 LE CANADA FRANÇAIS de belles pièces déroulées sur l’écran.On fait ainsi beaucoup d’heureux, du moins dans les grandes villes, comme chez nous d’ailleurs, en présentant des films, souvent beaux, où se déploient toutes les excellences soviétiques, réelles ou imaginaires.C’est ainsi que l’image, l’imagination, le rêve, jouent un rôle éminent dans le bonheur humain.Ils voilent d’un agréable rideau l’authentique actualité, d’ordinaire bien moins agréable.J’ai pu lire un ouvrage écrit par un observateur qui, durant plus d’un an visita diverses parties de la Russie et séjourna huit mois en Sibérie.Il était enthousiasmé des progrès obtenus, surtout dans ce dernier pays.D’après lui, tout le monde, même dans les bagnes, est à peu près satisfait.Ce serait à croire que ceux qu’on fusillait l’étaient aussi, mais il n’en parle pas.Les gens, dans ce livre, apparaissent pleins de gaieté, d’ardeur au travail, de confiance en l’avenir.C’est parfait.Je veux dire: c’est parfait pour eux.Ils ont le rêve.Ils ont la foi.Ils ont la croyance que leur dur labeur sera bientôt récompensé par la floraison d’une ère de richesse et de bien-être.Ils passaient par l’exubérante période où naguère passèrent les États-Unis et, plus récemment, l’Ouest canadien.Il est fort évident que l’auteur du livre ne s’en doute pas.Toutes ces merveilles accomplies en Sibérie semblent bien pauvres auprès de ce qui s’était fait durant un même laps de temps sur les terres vierges de l’Amérique.Mais nous, moins facilement satisfaits, nous demeurons déçus.Notons cependant que malgré nos désillusions peu de nos gens vendent leurs biens pour s’en aller en Sibérie.Les Soviets ont sur nous cet avantage: qu’on peut encore exalter leur foi.La mesure de leur bonheur est à la mesure de leurs espoirs.—Les vôtres aussi auraient duré, me répond le communiste, si les capitalistes ne les avaient pas tués.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PROPAGANDE SOVIÉTIQUE 709 —Peut-être, en effet, ne nous serions-nous pas embourbés si vite.Il n’est guère douteux que nous devons en bonne partie à la cupidité capitaliste, et la surproduction des denrées, et l’engorgement des marchés.Il a fallu la guerre, temporaire accident, pour y apporter un palliatif.Le mal, sitôt la paix revenue, repartira de plus belle; du moins, je le crains.Je confesserai toutefois que la condamnation d’un bouc émissaire, le rejet de la faute sur certains lorsqu’elle vient de tous, me semble geste un peu trop désinvolte.Car c’est bel et bien sur notre personnelle et grasse avidité que germent et croissent les capitalistes.En outre, à ne prendre que des produits alimentaires, est-ce la faute des Rothschild ou des Morgan si tous les cultivateurs d’Europe et d’Amérique se sont mis à semer tellement de blé que les gouvernements ne savaient plus que faire pour arrêter ce fléau ?Eh oui, je les entends encore ces admonestations clamées aux quatre coins du globe: « Augmentez donc votre consommation de pain! Mangez donc davantage de viande! Achetez donc davantage de poisson! On ne consomme pas assez d’oranges! Buvez donc davantage de lait!.Et, venant de France: Buvez davantage de nos vins!.Et, du Brésil: Buvez donc davantage de café!.Et, de Chine: Mangez donc davantage de riz! Buvez donc davantage de thé! ))— Mais, que diantre, je n’ai qu’un seul estomac!—Certes, il y a dans les grandes villes des pauvres qui souffrent de la faim et c’est un triste et dur problème à résoudre.Et pourtant, même si l’on parvient à les rassasier tous, ce ne sera jamais qu’un mince ruisseau détourné d’un immense fleuve qui déborde.Voilà certainement par quoi triomphent les Soviets.Alors que les nations plus avancées étaient emplies déjà d’innombrables denrées; alors qu’un producteur, pour conquérir un marché, devait en expulser les concurrents, la Russie, avec une énorme population, se trouvait, et se Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 710 LE CANADA FRANÇAIS trouve encore, en grande partie, dénuée de ces biens dont nous ne savions plus que faire.Et c’est, joint à des habitudes de renoncement passif, ce dénuement qui a permis d’enrégimenter les masses, de soulever leurs espoirs et leur enthousiasme, de leur faire accepter, comme chez les fascistes, une rude discipline et de les lancer pour de longues années à la conquête de cette abondance, commune ailleurs, et qu’ils ne possèdent point.Il suffit, pour l’ascendance de ces doctrines chez un peuple, que préside chez lui l’indigence.Mais cette servitude volontaire, pour des satisfactions matérielles, il n’était guère possible de l’obtenir que là, ou peut-être dans une autre contrée: la Chine.En Chine aussi vivent d’innombrables multitudes déshéritées, ignorantes des inventions modernes.Les Soviets comptaient bien y étendre leur champ d experiences.Mais, là, comme en Espagne où la tentative communiste a dû reculer, en Chine les Japonais ont pris le pas sur leurs adversaires soviétiques.Riche, lui aussi, d une foule d’industries neuves contre quoi sont obligees de se protéger l’Europe et l’Amérique, le Japon apporte à ces multitudes déshéritées des plaisirs inconnus, et à meilleur marché, tout en se posant comme un puissant « libérateur ».L’avenir sans doute pourra brouiller les cartes, mais astheure la partie semble bien perdue pour la Russie.Elle devra donc ne s’appliquer qu’au bonheur des siens propres.Et ceci nous ramène au pré que nous étions en train de faucher.Entre autres sortes de bonheur il y a celui d’être mieux vêtu.Il est goûté surtout des femmes.Apparemment, d’après les photographies venues de Moscou, l’art du vêtement ne paraît pas pouvoir rivaliser avec celui que l’on cultive à Paris, Londres ou New-York.Est-ce dédain du raffinement des sociétés bourgeoises ?Est-ce inaptitude ?Est-ce manque des matières premières ?On ne le dit pas, du moins dans ce que j’ai pu lire.Toujours est-il que ce très humain, très féminin plaisir, paraît être beaucoup plus rare là-bas qu’ici.Staline lui-même, probablement Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n°9, mai 1942. PROPAGANDE SOVIETIQUE 711 afin de mieux représenter l’idéal du travailleur soviétique, semble toujours habillé du même costume.J en loue la sobriété.J’en déplore l’inélégance.Quant à la joie d’être mieux logé, on fait là-bas d’énergiques efforts pour doter les masses d’un bien-être qu’elles ne connaissaient pas.On construit des édifices modernes à l’usage du prolétariat et il en est de vraiment magnifiques, assez semblables aux vastes hôtels des grandes villes d’Europe ou d’Amérique.Il y a là, pour la Russie, un très grand progrès.Un ouvrier de race française ou anglo-saxonne me dira peut-être qu’il préfère un logis indépendant plutôt qu’une chambre d’hôtel; et, surtout s’il s’agit d’agriculteurs, je crains qu’il soit difficile de leur faire accepter ce genre d’existence tassée à la manière d’une ruche d’abeilles.Il a pourtant ses avantages.Un combinat, un sovkose, devraient, en théorie du moins, être plus économiques et par suite plus profitables.Mais il faut évidemment y abdiquer une partie de sa liberté pour se soumettre à la discipline commune.De sorte que des hommes épris de personnelle indépendance, ou tout au moins de la croyance qu’elle est chose désirable, ces hommes demeureront hostiles au véritable esprit communiste.Et il me semble bien que même en Russie l’esprit collectiviste n’est encore qu’à l’état d’embryon puisqu’on y admet la pleine possession de la propriété privée, et notamment celle du salaire.Si bien qu’au total, et tout comme partout ailleurs, on est plus ou moins confortablement logé selon qu’on gagne plus, ou moins.Et, enfin, il en va de même pour le plaisir de la nourriture.Il n’est pas besoin d’une réflexion très profonde pour déduire qu’un stakanoviste qui touche deux ou trois fois plus d’argent qu’un simple ouvrier peut s’offrir de meilleurs repas.J’ai lu que certains stakanovistes gagnent jusqu’à dix fois plus que d’autres travailleurs.Malgré cela, il me semble raisonnable de penser que l’avantage, pour la variété des aliments, reste aux nations qui ont le plus large commerce extérieur.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 712 LE CANADA FRANÇAIS Avec tout ce qui précède nous n’avons examiné que l’écaille du poisson, ou, si l’on préfère plus commune métaphore, la peau du fruit, que nous propose la propagande communiste.Dans un autre article nous tâcherons d’en goûter la chair.(à suivre) I Georges Bugnet Parenthp.se.-Plusieurs sans doute estimeront, quant à la forme de cette étude, qu’elle est trop cousue de pronoms relatifs ou conjonctifs.Mais tous ceux qui, au lieu de faire des phrases, manient des idées, savent très bien qu’on ne peut éviter, pour un clair et solide raisonnement, l’usage des qui et que.Les disciples de Voltaire, dont le but n’est pas de pousser notre âme aux pensers graves, mais bien de la distraire en d’agréables plaisirs, en sensorielles frivolités, préfèrent, au pas viril, assuré, d’un écrivain qui marche droit et ferme, la danse, les sautillements ou soubresauts d’un style moins sérieux, peu sévère, d’une plus attrayante légèreté—puérils amuse-meuts.Et, d’ordinaire, si l’on me dit que l’emploi de relatifs alourdit la phrase, je me contente de répondre par ces magnifiques vers d’un homme qui s’y connaissait en plastique littéraire, Victor Hugo: Je viens à vous, Seigneur! confessant que vous êtes Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant! Je conviens que vous seul savez ce que vous faites, Et que l’homme n’est rien qu’un jonc qui tremble au vent.Ljd Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942.
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