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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Précieux témoignage d'un anglais
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1942-05, Collections de BAnQ.

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PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE D’UN ANGLAIS En 1932, un éditeur de langue anglaise1 lançait sur le marché littéraire: « CANADIEN—A Study of the French Canadians » by Wilfrid Bovey 2 On a remarqué que le titre principal est écrit en français.C’est là une attention délicate de la part de l’auteur qui, dès le début de son œuvre, veut faire comprendre qu’au Canada il y a des Canadiens d’expression française et des Canadiens d’expression anglaise.J’ignore quelle fut l’impression créée chez les anglophones du pays et d’ailleurs, par la lecture de ce volume, mais je sais qu’il nous est des plus sympathiques.3 Il couvre un terrain considérable, relativement à ce que nous fûmes, ce que nous sommes et, dans bien des cas, ce que l’avenir nous réserve en fonction des jalons que nous avons plantés et des luttes que nos pères ont livrées.En 1935, une traduction française de Canadien était entreprise par le R.P.Guillaume Lavallée, o.f.m., qui déclarait dans son « Avertissement au Lecteur »: qu’« Aucun Canadien français n’a le droit d’ignorer cet ouvrage qui vaut tous les efforts qu’il a coûtés.)) Bien que le travail, composé de dix-huit chapitres, soit assez considérable, l’auteur ne prétend pas avoir épuisé la matière et il signale lui-même quelques sujets qui auraient pu en faire partie, mais qu’il a cru devoir passer sous silence.De plus, « En second lieu, je ne me suis pas efforcé de faire de la critique », avoue bien franchement M.Wilfrid Bovey.Enfin, l’auteur sollicite l’indulgence du peuple dont il a tenté de décrire la mentalité.Le traducteur de ce volume déclarait encore ce qui suit: « On serait presque tenté de 1.J.M.Dent & Sons Ltd., London-Toronto-Vancouver.2.In-8; pp.325.3.J’ajoute toutefois une chose: c’est que la vente de l’édition anglaise de Canadien et de The French-Canadians To-Day n’a pas été aussi abondante que désirée.L'auteur en a abandonné la royauté entière au fonds destiné à l’achat d’avions de chasse (Spitfire), à Londres, Ang.Le Canada Fbançais, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 754 LE CANADA FRANÇAIS dire que M.Bovey décrit ce qui devrait exister et non ce qui existe en réalité, tant sa sollicitude est sincère et prévoyante.» C’est sans doute cette observation, suivie de plusieurs autres du genre de la part de ses compatriotes, qui a amené M.Wilfrid Bovey à reprendre son travail à pied d’œuvre, quelques années plus tard, afin de développer certains points, de donner des preuves de ses avancés dans plusieurs cas, comme aussi d’ajouter certains tableaux qui ne faisaient pas partie de Canadien.Au dernier, il a donné le titre de The French Canadians To-Dayb D’un format plus grand que le premier, celui-ci contient une centaine de pages de plus.La traduction en a été faite par M.Jean-Jacques Lefebvre, secrétaire de la Société Historique de Montréal, qui s’est acquitté de sa tâche avec une science fort remarquable.En effet, on ne dirait pas, en lisant ce volume, qu’il a été tout d’abord conçu en langue anglaise.Ce qui fait mentir, une fois de plus, cette boutade bien connue de lord Chesterfield: « Everything suffers from translation.except a Bishop.» Je le répète, Les Canadiens-Français d’Aujourd’hui2—ou Le Sort d'un Peuple—ne constitue qu’une amplification qui méritait d’être entreprise et dont l’esprit ne s’éloigne pas du premier jet.Le travail de M.Wilfrid Bovey a-t-il eu, chez nous, la répercussion qu’il était en droit d’avoir, vu qu’il est le résultat de plusieurs années d’études, de recherches, d’observations et de contacts avec nos compatriotes de toutes les classes, du paysan au lettré, afin de les bien comprendre et de les analyser judicieusement ?Le lt.-col.Bovey a non seulement parcouru des centaines de volumes sur notre histoire, au Canada et aux États-Unis, mais il s’est tenu au courant de tous les mouvements modernes et de toutes les idées qui ont fait le sujet de discussions soit à la tribune, dans les revues, ou dans les journaux.Rien de ce qui nous touche de près, soit dans l’histoire du passe ou dans celle qui s’écrit tous les jours, ne lui a échappé.1.Éditeur: J.M.Dent & Sons (Canada) Ltd.,— Toronto, 1938.En vente dans les librairies bien pourvues.L’édition anglaise reliée et illustrée: $1.50; l’édition française, brochée et non illustrée: $2.00.2.Éditeur: A.C.F., Montréal, 1940.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE d’üN ANGLAIS 755 La fresque qu’il a peinte pour montrer dans quelles circonstances nous avons triomphé des difficultés qui, en quelque sorte, s’opposaient à notre essor, est l’une des plus belles, dans son ensemble, que nous puissions voir.Il n’est pas le seul, je le sais, depuis quelque vingt-cinq ans qui se soit efforcé de nous rendre justice, mais ses fonctions officielles lui ont permis, plus que bien d’autres, de venir en contact avec les divers groupes de notre population et de voir, du haut en bas de l’échelle, quel esprit règne chez nos compatriotes et par quelles fibres ils sont attachés, plus que tout autre peuple, au sol canadien et à tout ce qui en constitue les richesses naturelles.Bien que dans plusieurs journaux et revues, le dernier ouvrage de M.Bovey ait fait l’objet de certaines appréciations, nous n’en connaissons aucune qui lui rende pleinement justice, si ce n’est celle du Canada Français du mois de décembre 1933 et encore cette étude ne faisait que signaler, à bien dire, son premier travail Canadien1.L’Enseignement Secondaire au Canada d’avril 1941 signale Les Canadiens français d'Aujourd’hui, traduction de l’anglais par J.-J.Lefebvre, mais c’est une étude peu élaborée, couvrant à peine une page de la revue.L’auteur de cette critique admet que l’ouvrage de M.Bovey peut être lu par le Canadien français, qui y apprendra beaucoup de choses, trop vite oubliées ou qui n’ont jamais été connues.Et il ajoute: « Il apprendra surtout à ne pas sentir dans le voisin l’ennemi qu’il faut toujours détester par tradition et par patriotisme mal entendu.)) C’est déjà beaucoup et je connais plus d’un Manuel d’Histoire du Canada qui y gagnerait à être écrit dans le même esprit.Cette critique, je le répète, ne rend pas justice au travail de M.Bovey, parce qu’elle ne fait, à bien dire, que le signaler comme un bouquin bien ordinaire.Culture, revue trimestrielle, éditée par les RR.P.P Franciscains de Québec, contient aussi, dans son numéro du mois de mars (1941), quelques notes d’appréciation sur le travail de M.Bovey.Citons le dernier paragraphe: « Bien qu’ayant pour but de nous faire connaître 1.Maurice Hébert.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, u° 9, mai 1942. 756 LE CANADA FRANÇAIS aux Anglo-Canadiens, l’ouvrage de M.Bovey nous apprend à nous-mêmes de quelles richesses est notre héritage.Remercions M.Lefebvre, le délicat secrétaire de la Société Historique de Montréal, de nous avoir donné accès à ces pages fortifiantes.Il l’a fait dans une traduction qui, tout en respectant le mouvement de la phrase anglaise, se lit avec agrément, ce qui est un mérite plutôt rare.» 1 La Revue Dominicaine consacre un article des plus justes et très sympathique, tout en faisant certaines réserves, au livre de Bovey, dans son numéro de novembre 1940.Ce n’est pas que cette étude soit bien élaborée, mais on sent que celui qui l’a écrite s’est bien pénétré de son sujet et ne l’a pas traitée à vue de nez, comme plusieurs autres.Voici,entre autres,ce qu’elle contient: «Ce livre est peut-être ce qu’il y a de plus complet et de plus au point en fait de travaux parus jusqu’ici sur les Canadiens français contemporains.Cet ouvrage suppose un grand travail d’observation et de réflexion, non moins qu’une grande érudition.Tous les chapitres de ce livre sont palpitants d’intérêt et constituent une mine de renseignements des plus utiles pour quiconque n’est pas au courant des sujets qui y sont traités.Ce livre devra désormais être lu par quiconque voudra connaître à fond la vie, la mentalité et les institutions canadiennes-françaises.Ajoutons que ce serait une heureuse idée à réaliser, en même temps qu’une juste appréciation du travail de l’auteur et du traducteur, que de contribuer à la diffusion de ce livre en le donnant comme prix de concours et comme récompense aux élèves méritants de nos collèges, de nos pensionnats et de nos écoles.2 » L’Action Nationale y allait aussi, dans son numéro de septembre 1940, d’une toute petite page sur Les Canadiens-Français d’Aujourd’hui.Voici comment elle présente l’auteur: « M.Wilfrid Bovey occupe, dans notre monde intellectuel, une situation particulière à l’Université anglo-canadienne.Il tente de se rapprocher des Canadiens français.Il essaie de nous comprendre et de nous faire connaître à ses compatriotes.Effort louable dont nous 1.Le R.P.A.Godbout.2.A.-M.Richer, o.p.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE d’üN ANGLAIS 757 devons le féliciter, avant même de nous enquérir s’il a réussi à atteindre le but poursuivi.» Suivent quelques paragraphes où l’auteur de cette critique fait un reproche à M.Bovey d’avoir trop embrassé et mal étreint.Il va jusqu’à dire qu’« il y a, dans ce bouquin, un parti pris de flatterie qui donne à la longue sur les nerfs.» 1 Voilà ce que l’on gagne parfois à être trop poli! Il y en a pourtant assez d’autres qui ne perdent pas une occasion de nous lancer l’injure et de nous humilier à tout propos! Aussi, il faut voir avec quelle promptitude, quelle énergie et quelle abondance nous protestons, quand un journal ou une revue du pays ou des États-Unis nous attaque et veut nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas.Pourquoi cet empressement à relever les attaques, d’une part, et ce manque de gratitude lorsque quelqu’un travaille pour nous et dit du bien de nous, d’autre part ?En général, il faut dire que nous sommes plutôt amorphes et que les travaux intellectuels n’ont pas pour habitude de secouer notre torpeur.Si l’on dit du bien de nous, tant mieux! Si l’on en dit du mal, nous faisons la moue8.Ne sommes-nous pas un peu et même beaucoup coupables de la même indifférence envers les deux volumes de M.Bovey ?Je serais curieux de savoir combien de lettres de félicitations et de remerciements il a reçues de nos compatriotes; combien de sociétés patriotiques, ou de comités ou d’associations, que l’on désigne le plus souvent par quelques lettres de l’alphabet, A.B.C.ou X.Y.Z., ont passé une résolution pour lui exprimer leur satisfaction et lui offrir des congratulations.Les quelques maigres appréciations des journaux et des revues de langue française ne nous paraissent pas assez abondantes ni assez élaborées, en face de la tâche méritoire accomplie par M.Bovey.Ce n’est pas que j’aie l’intention de réparer le mal ou plutôt de combler cette lacune, mais je veux au moins signaler à l’attention des lecteurs du Canada Français la personnalité de M.Wilfrid Bovey et puis faire un rappro- 1.M.Roger Duhamel.2.Louis Francœur écrivait naguère: « Notre « élite » ne lit pas, elle ne cause pas, elle ne se renseigne pas, elle ne juge pas, elle traîne la vieille hargne du vaincu qui en veut à tout le monde et qui se croit lui-même sublime.# (La Patrie du 29 juin 1941, page 64).Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942 758 LE CANADA FRANÇAIS chement entre ce que nous étions en 1841 et ce que nous sommes aujourd’hui, un siècle après, car, comme on le sait, l’Acte d’Union des deux Canadas, pour former la Province du Canada, était destiné, d’après le rapport de lord Durham, à nous faire disparaître à jamais comme entité distincte dans l’Amérique du Nord: Errare humanum est.Nous laissons à d’autres le soin de reprendre le travail de M.Bovey, chapitre par chapitre, afin de lui rendre justice et de lui offrir l’hommage qui lui est dû, car nous le considérons comme l’un de nos bienfaiteurs, un de ceux qui ont le plus travaillé, en ces dernières années, à la pacification et à la bonne entente entre les deux groupes principaux de la mosaïque canadienne.Ce n’est pas avec des casseurs de vitres, des rêveurs nébuleux et encore moins avec des boutefeux empanachés, que nous atteindrons à l’union dans la diversité et à la bonne entente, mais par des rapports plus fréquents et plus cordiaux entre francophones et anglophones.Et la connaissance de la langue anglaise nous est nécessaire pour accomplir ce dessein.Mais passons! * * * M.Wilfrid Bovey est un Canadien pur sang; il est né à deux pas de l’Université McGill, à Montréal.A l’heure actuelle, il occupe trois postes de la plus haute importance: directeur des Relations Extérieures de l’Université McGill, président de la Canadian Association for Adult Education et président de la Commission d’Éducation de la Légion Canadienne, pour les membres de l’Armée Canadienne.Devenu membre du Conseil Législatif, il y fera excellente figure.Son père fut comme lui professeur à l’Université McGill et doyen de la Faculté des Sciences.Par sa mère, il appartient à l’une des plus vieilles familles de Montréal, et des plus estimées: la famille écossaise Redpath.C’est son grand-père maternel qui entreprit et mena à bonne fin la reconstruction du canal Lachine, le plus ancien sur le St-Laurent, et qui érigea les deux tours de l’église de Lh Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE D’UN ANGLAIS 759 Notre-Dame de Montréal, il y a déjà plus d’un siècle de cela (1824).M.Bovey a étudié tour à tour à Montréal et à Cambridge, en Angleterre.C’est dans ce dernier pays qu’il fut admis au Barreau et où il exerça sa profession pendant quelques années avant de revenir au Canada.M.Bovey a été le récipiendaire d’un grand nombre de décorations dont il serait peut-être trop long de faire l’énumération complète.Mentionnons-en quelques-unes: officier de la Légion d’Honneur, membre de l’Ordre de l’Empire Britannique, décoré de la Médaille de la Reconnaissance Française, membre de la Société Royale du Canada, décoré de la Médaille Lome Pierce, la plus haute distinction littéraire que décerne la Société Royale du Canada; docteur honoraire ès-lettres de l’Université Laval, de même que de l’Université de Montréal.Il fut tour à tour ou tout à la fois président de la Canada Handicrafts Guild et président de la Montreal Council of the Canadian Legion.Outre Canadien et The French Canadians To-Day, il a encore écrit: Life Insurance Laws, de même qu’un grand nombre d’articles dans diverses revues.En 1930-31, il donnait devant les membres des Clubs Canadiens, de Halifax à Vancouver, une série de conférences sur Les Canadiens-Français et la Province de Québec.Plusieurs journaux du pays et de l’Angleterre, de France, de l’Afrique-Sud, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, etc., etc., ont donné des résumés substantiels de ses écrits.Au cours de la Grande-Guerre No 1, il faisait partie de l’état-major des forces canadiennes en Europe.Pendant ce service, il s’est distingué en maintes occasions et son nom a été mentionné à plusieurs reprises dans les dépêches du Grand Quartier général français, qui lui a accordé, comme je l’ai dit il y a un instant, la Médaille de la Reconnaissance Française en 1918.Ajoutons avec M.Armand Viau, auteur de la préface de la version française de cet ouvrage, que « canadien de langue anglaise, M.Bovey s’est attaché à cette grande œuvre (la réhabilitation des Canadiens français dans l’esprit des Canadiens anglais) et pour ce, il a cru d’abord nécessaire d’apprendre la langue française.Cette langue, il la sait.Plus que cela, il la Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. 760 LE CANADA FRANÇAIS parle élégamment et il donne en français des causeries et des conférences fort goûtées.» Nous nous faisons un plaisir de rappeler que nous avons nous-mêmes entendu M.Bovey donner une causerie fort littéraire et dans un excellent français, à FUniversité Laval, il y a quelques années.A part un léger accent anglais, ce qui est bien naturel, M.Bovey parle la langue française avec facilité et correction.A part le contact qu’il a, à tous les jours, avec la population de langue française de Montréal, M.Bovey, depuis un grand nombre d’années, passe ses vacances dans une campagne canadienne-française, où il n’a pas manqué d’établir de fréquents contacts avec les habitants du Bas du fleuve, à Petit Métis, que les Anglais ont nommé Metis Beach.M.Bovey est non seulement un optimiste, doublé d’un diplomate, mais de plus son esprit le porte vers les hauteurs, laissant à d’autres le soin de décrire les ornières et les aspérités de la route.Je pourrais comparer sa façon de jeter un regard sur le Canada français, au paysage que l’on découvre lorsque, quittant la terre, on s’élève en avion à quelques mille pieds dans les airs.Le paysage que l’on voit au-dessous de soi y gagne en beauté, car rien de ce qui auparavant pouvait choquer l’œil n’est visible de là-haut.M.Bovey a jeté un coup d’œil d’ensemble sur notre passé et notre présent, sans s’arrêter plus qu’il ne faut aux misères incidentes qui sont le lot de tous les peuples, comme de tous les individus.C’est un homme doué d’une âme généreuse, sympathique, indulgente et dont l’esprit d’observation et le sens psychologique lui ont permis de ne choisir que les plus belles fleurs sur la route qu’il a poursuivie à travers les campagnes et les villages canadiens-français.En lisant son livre, je me suis rappelé ce remerciement spirituel de la marquise de Sévigné, dans un billet adressé à l’une de ses amies qui lui avait fait cadeau d’un panier de cerises: « En ne voulant cueillir que les meilleures pour les manger, disait-elle, je me suis rendue au fond du panier.)> Je ne veux pas dire que tout est excellent dans le livre de M.Bovey, car il y a bien certains chapitres qui feraient mieux de ne pas y apparaître, tandis que d’autres auraient pu être fouillés davantage.Pour être bref, je n’en signals Canada Fbançais, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE d’üN ANGLAIS 761 lerai que deux ou trois: « L’Heure de la Lutte », où il fait le récit des dernières batailles politiques provinciales; « Les Premiers Fruits de la Bataille », où il est encore question des escarmouches entre le parti Libéral et 1 Union Nationale; puis « Les Lettres au Canada Français », chapitre qui contient sans doute une foule d’aperçus assez justes sur quelques-uns de nos écrivains, pendant que d’autres qui méritaient davantage sont laissés dans l’ombre, comme le dit assez justement l’un de ses critiques: « Dans ses regards sur nos lettres, il s’arrête à des codifications trop élémentaires et il laisse de côté des écrivains du plus grand mérite.» 1 Ce ne sont là, toutefois, que de légères taches dans le soleil, si l’on peut dire, de ses ouvrages.J’aurais aimé, cependant, à voir, à la place des trois chapitres que je viens de signaler, M.Bovey étudier, avec son esprit perspicace, quelle a été, par exemple, chez nous, l’influence du clergé dans notre enseignement populaire, dans nos institutions d’assistance et dans notre vie sociale.Il lui eut été sans doute facile de trouver sur ces sujets, comme sur bien d’autres, des renseignements abondants, propres à faire connaître à ses compatriotes jusqu’à quel point notre esprit a été façonné par le clergé, et de se rendre compte aussi de la somme de reconnaissance que nous lui devons, malgré que parfois on lui reproche d’avoir été un peu trop conservateur et attaché aux idées du passé, dans l’enseignement, en particulier.Il aurait sans doute pu dissiper ce préjugé, répandu dans certaines provinces, que nous sommes a priest ridden population, au sens péjoratif de l’expression anglaise.On se rappelle quelle a été, aux États-Unis, l’influence d’un seul livre, dont la diffusion a contribué plus que toute autre propagande à amener l’abolition de l’esclavage des nègres dans le Sud.C’est le roman à thèse de Mme Beecher Stowe, intitulé: “ Uncle Tom’s Cabin ”.Pendant longtemps, nous avons été considérés comme les Noirs du Canada.Un écrivain américain (E.-U.) a même prétendu que nous étions les Chinois de l’Est, en parlant de nos compatriotes de la Nouvelle-Angleterre.1.M.l’abbé E.Bégin, dans U Enseignement Secondaire d’avril 1041.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1042. 762 LE CANADA FRANÇAIS Il y a un peu de vrai dans ces accusations, car au lendemain de la cession nous avons dû souffrir toutes les injustices qu un vainqueur arrogant et riche se plaisait à infliger à une phalange laissée ici non seulement sans abri *, sans argent, mais sans chefs, après le départ des troupes françaises et l’exode des familles nobles.Pour nos ancêtres, la lutte a été rude, mais, grâce au clergé et à la paroisse où il a exercé son influence, ils ont réussi, en peu d’années, à obtenir la reconnaissance de certains droits que l’Acte d’Union nous refusait.Si nous n’avons pas encore atteint la grande fortune, nous avons tout lieu d’espérer qu’à chances égales, nous pourrons bientôt lutter avec avantage contre ceux qui avaient pris les devants sur nous.Voilà quelques idées qui nous sont venues à l’esprit en lisant le livre de M.Bovey.Il nous force, en quelque sorte, à réfléchir et du coup nous rend plus fiers de nous-mêmes et plus confiants dans nos forces.Pour le mieux comprendre, il serait peut-être bon de reprendre le récit, en peu de mots, de notre situation en 1841 — il y a donc un siècle — et de faire le tableau, aussitôt après, des conditions dans lesquelles nous vivons à l’heure actuelle, en établissant les gains que nous avons faits au cours de ce siècle.C’est ce que nous allons nous efforcer d’exposer dans le prochain paragraphe.Je lisais récemment dans le “ Geographical Magazine ” de Londres, Ang., publié sous la direction de la “ Royal Geographical Society ”, une étude fort intéressante intitulée: “The British Commonwealth — Europe Overseas”: « Le Canadien-Français, bien qu’en minorité est, en vérité, « essentiellement canadien, dit le magazine 2.(( Il descend « du peuple qui, le premier, explora, colonisa et gouverna « le Canada; le premier qui remonta le cours des rivières, « traversa les Grands Lacs jusqu’à la vallée du Mississipi 1.Voir YHistoire du Canada de Garneau, tome II, pages 232 et 233 5e édition, par son petit-fils Hector Garneau.2.N’est-ce pas ce que déclarait naguère l’honorable M.Adélard Godbout, premier ministre de la province de Québec, dans un article adressé au New York Times dominical du 18 du mois de mai dernier, page 37, en disant: « Les Canadiens français sont les plus canadiens de tous les Canadiens > ?Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 9, mai 1942. PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE ü’UN ANGLAIS 763 « et pénétra dans les prairies de l’Ouest; le premier qui dé-« couvrit les Montagnes Rocheuses.Quand plus tard « (en 1759), par la victoire du général Wolfe, grâce à la # supériorité des forces navales britanniques, la colonie
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