Le Canada-français /, 1 juin 1942, Supplément: Le bulletin des sociétés de géographie de Québec et de Montréal. Chronique géographie
ASPECTS DU TERRITOIRE DE SAINT-PIERRE ET MIQUELON 69 fois et le rendement de la pêche a été très mauvais ces dernières années, bien que l’on note cependant depuis peu une légère amélioration.Pour peu que celle-ci se maintienne, on peut espérer que les conditions anciennes, en relation avec des variations périodiques des courants marins, prévaudront à nouveau.Une bonne pêche n’est cependant pas tout, encore faut-il pouvoir écouler le poisson préparé.En temps normal, Saint-Pierre et Miquelon vendent leurs morues aux Antilles et en Grèce, mais dans les circonstances actuelles ces marchés et tous les autres leur sont à peu près complètement, interdits.La situation est donc très critique et l’on conçoit que la population de ces petites îles envisage l’avenir immédiat avec une sérieuse appréhension.Ardemment attachés à la France, avec laquelle ils n’ont pour ainsi dire plus de communications en ce moment, les habitants de Saint-Pierre et Miquelon seraient à peu près livrés à leur propres ressources, bien minimes, on l’a vu, si le Canada n’avait consentit à maintenir ses relations avec eux et à continuer de les approvisonner.CHRONIQUE GÉOGRAPHIQUE DÉTERMINISME ET POSSIBILISME Chacun sait que l’école française de géographie, dont le grand initiateur fut Vidal de la Blache mort en 1918, s’opposait à l’école allemande, celle des disciples de Ratzel, par ses idées philosophiques sur le « possibilisme » en opposition au déterminisme.La contreverse a fait couler de l’encre autrefois.Personne n'en parlait plus, du moins dans la génération nouvelle.Tout le monde admet maintenant les actions réciproques de la nature sur l’homme et de l’homme sur la nature.Les premières sont plus fortes dans les zones équatoriale et polaires, les secondes tendent à prédominer dans les zones tempérées, où l’homme a créé un genre de civilisation qui le rend de plus en plus puissant en face des éléments naturels.Le Bulletin des Soc.de Géogr., Québec, Montréal.Vol.I, 6, juin 1942 70 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE M ais voici que la querelle menace de renaître sous la plume du professeur Griffith Taylor, chef du département de Géographie de l’Université de Toronto depuis 1935.M.Taylor était en 1941 président de l'Association des Géographes américains, qui a tenu sa réunion annuelle en décembre dernier à New-York.Il a, à cette occasion, prononcé un excellent discours présidentiel ayant pour titre: « Environment village and city », mais pour sous-titre: « A genetic approach to urban Geography; with some reference to Possibilism », On en trouve le texte intégral dans la livraison de mars 1942 des Annals of the Association of American Geographers, p.1-67, (Lancaster, Penn.) L’auteur n’est pas le premier venu.Il a derrière lui une longue carrière bien remplie et s’est acquis à juste titre une grande réputation internationale.Après ses études dans les universités anglaises, il a accompagné des explorateurs sur le continent antarctique, organisé l’enseignement de la géographie en Australie, où il a travaillé longtemps; il est venu ensuite à l’Université de Chicago et enfin à celle de Toronto.Ses oeuvres sont nombreuses et importantes.Signalons les volumes les mieux connus: « Environment and Nation » (Chicago, 1936); « Environment, Pace and Migration » (Toronto, 1937); « Australia », (New-York, 1940).Il écrivit de nombreux articles, résultats de recherches personnelles faites sur le sol de quatre continents.M.Griffith Taylor jouit donc d’une grande autorité, basée sur sa longue expérience.Exposons d’abord son point de vue; « Le possibilité, dit-il, est un géographe à courte-vue (p.3), tandis que le déterministe (l’auteur emploie le mot « environmentalist ») embrasse un champ plus vaste.La nature requiert des siècles pour permettre à son influence de s’exercer convenablement.Pour résoudre la plupart des problèmes géographiques importants, il y a toujours la meilleure manière de faire les choses, et naturellement une demi-douzaine de manières moins satisfaisantes, parmi lesquelles l’homme peut « choisir ».D’ordinaire l’homme essaie (le possibilité l'incite dans ce sens, en quelque sorte) de procéder selon la vieille méthode de l’expérience (trial arid error).Il choisit d’abord un moyen, puis un autre jusqu’à ce que Le Bulletin des Soc.de Géogr., Québec, Montréal.Vol.I, 6, juin 1942. déterminisme et possibilisme 71 finalement il adopte le mieux adapté au milieu physique.Il est vrai qu’à certains moments il est difficile de dire quel est le « meilleur moyen », mais le déterministe remet sans cesse l’affaire en discussion.» M.Taylor passe ensuite à son exposé principal qui traite d’une façon très intéressante de sept emplacements de villes ou de villages.Il le fait à sa manière habituelle avec plusieurs cartes et illustrations parlantes.Il n’est plus guère question de déterminisme dans ces pages, sauf une concession du début qui se lit ainsi.« En outre il sera intéressant d’essayer de connaître l’importance relative du milieu physique et des facteurs humains dans les exemples que nous avons choisis.Il n’est guère possible d’en faire une évaluation exacte; mais l’auteur (qui est en quelque sorte un déterministe en ce qui regarde les champs plus vastes de la répartition des races et des nations) est prêt à admettre que le facteur humain prend une importance grandissante à mesure que nous considérons des agglomérations de plus en plus petites dans nos recherches.» Il revient en conclusion sur ses principes philosophiques pour les exposer d’une façon assez étrange et même hors de propos.« Ratzel fut le grand protagoniste allemand du déterminisme; et je me suis souvent demandé si l’expansion du possibilisme en France n’était pas en quelque sorte due à une antipathie nationale contre tout ce qui était allemand.» Nous prions nos lecteurs de relire les œuvres de Jean Brunhes, Lucien Febvre et Paul Vidal de la Blache pour mesurer combien une semblable hypothèse est peu fondée! Mais poursuivons.« En effet, j’ai vu une déclaration à l’effet que les théories modernes de géopolitique de Haus-hofer 1 (idées impérialistes poussées à l’extrême) seraient l’aboutissement logique du déterminisme de Ratzel.» Voir pour approfondir cette idée les deux livres de Jacques Ancel: «Géographie des frontières», 1938 et «Géopolitique » 1935.« Ne pourrait-on pas tout aussi bien faire dériver les schismes dangereux des idées françaises en politique de l’individualisme issu du possibilisme français! » 1.Jacques Ancel qualifie Haushofer de “général-géographe”.Le Bulletin des Soc.de Géogr., Québec, Montréal, Vol.I, 6, juin 1942. 72 BULLETIN DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE Ce dernier raisonnement dépasse les bornes de notre entendement.Nous n’osons plus suivre un maître en géographie si loin hors de son domaine propre.Nous demandons l'aide de ceux d’entre nos lecteurs qui sont versés en philosophie et en science politique pour apprécier à leur juste valeur des idées qui.à nous, paraissent étranges.Une chose nous semble certaine.Que les géographes français de l’heure présente soient partisans du possibilisme ou du déterminisme, peu nous chaut! Ce que nous pouvons affirmer c’est qu’ils savent utiliser les facteurs physiques aussi bien que les facteurs humains dans l’explication d’une région naturelle et de sa misç en valeur par l’homme.Nous n’oserions pas affirmer qu’ils sont des géographes à courte vue.Témoin, le monumental travail de Roger Dion sur le Val de Loire (1933) et celui de René Lespf s sur Alger (1930), que nous analyserons plus tard.Benoît Brouillette Le Bulletin des Sociétés de Géographie est l’organe conjoint des Sociétés de Géographie de Montréal fondée en 1939 de Québec fondée en 1877 Bureau de 1942: M.Paul Joncas, président; M.F.-X Fafard, Georges Côté, Arthur Maheux, vice-présidents; M.L.-Z.Rousseau, secrétaire; M.Jules Turcot, sous-secrétaire; MM.Eugène Dussault, Jules Castonguay, André Patry, bibliothécaires; R.P.Bergeron, s.j., MM.C.F.Delage, A.Bédard, L.-J.-A.Amyot, T.Deslauriers, H.Bélanger, L.Castonguay.Siège social: Université Laval, Québec.Les membres qui versent Bureau de 1942: M.François Vézina, président; R.P.Léo Morin, vice-président; M.Benoît Brouillette, secrétaire-trésorier; conseillers: M.Pierre Dagenais, Mlle Mercédès Grégoire, M.Gérard Aumont, sulpicien, M.l'abbé H.A.Forget.Siège social: 535, avenue Viger, Montréal.la cotisation annuelle de $2.00 reçoivent le Bulletin.Les collaborateurs gardent la responsabilité personnelle de leurs écrits.
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