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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Côté, sculpteur
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1942-10, Collections de BAnQ.

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Coté, sculpteur Le Côté dont je parle n’est pas celui qu’on croit: artiste, bohème, peintre et sculpteur bien connu de Montréal.Il était un simple sculpteur sur bois, pauvre et obscur, dans un petit atelier de faubourg, à Québec.Nommé Jean-Baptiste Côté, il naquit en 1834 et mourut en 1907, âgé de 73 ans.La carrière de Jean-Baptiste Côté coincide avec celle de Louis Jobin, son contemporain.Comme Jobin, Côté fit d’abord de la besogne où l’art se mêlait au métier.Il sculpta des effigies pour la proue des navires et il fournit des sauvages de tabagie.De lui et de Jobin on conserve, au Musée de Québec, deux de ces indigènes factices que recherchent aujourd’hui les antiquaires et les collectionneurs.Pris de dégoût, un jour, Jobin dit adieu aux sauvages et aux nègres du commerce et, fermant les portes de son atelier, à Montréal, il retourna à Québec pour sculpter des statues religieuses.Côté, lui, passa la première partie de sa vie à ébaucher et à ciseler des figures de proue pour la construction maritime.Mais, se trouvant sans emploi lorsque cette industrie toucha à son terme, après 1880, il s’écria: «Je suis un homme fini ! » Alors, lui aussi s’adonna à l’art religieux pour les églises.Là s’achève la ressemblance entre Côté et Jobin.Le contraste entre ces deux artisans du même métier et du même rang, tient de leur naissance, de leur formation et de leur attitude envers leur clientèle et leurs concitoyens.Toute sa vie, Jobin, qui était né à la campagne, demeura homme simple, satisfait et industrieux; il alla à la ville pour y faire son apprentissage et pour s’y établir.Côté, natif des chantiers de la rivière Saint-Charles, avait débuté, après ses études au Séminaire de Québec, chez le maître Berlinguet.Plus instruit que Jobin, il était tour à tour rêveur, enthousiaste et gouailleur.Tandis que l’honnête Jobin ne manquait pas d’éloquence persuasive avec ses acheteurs, Côté était pris au dépourvu lorsqu’il s’agissait Le Canada Français, Québec, COTÉ, SCULPTEUR 95 de propagande.D’après sa fille Laure, « il était misérable, parce qu’il ne cherchait pas à travailler pour de 1 argent, mais seulement pour se satisfaire».Devenu architecte en société avec Berlinguet, il lâcha tout, et répéta souvent dans la suite qu’il était humilié de s’être mis dans 1 architecture.Peu difficile, il disait: «Quand même je mange mon pain à peine graissé, ça me fait peu de différence.» Aussi mourut-il pauvre, oublié.Ce Québécois avait de l’orgueil, qui découlait de son intégrité, de son esprit de justesse, de son talent et de son idéal.Il discernait la mesquinerie et les bassesses de ses compatriotes, et il ridiculisait avec un malin plaisir les faiblesses des politiciens de son temps.Son génie d’artiste est facilement reconnaissable, même à défaut de renseignements très étendus sur son œuvre.Plus que toutes autres, les sculptures sur bois de Côté ont souffert les ravages du temps, de l’incendie et de l’indifférence.Mais ce qui reste de lui le met au premier rang parmi les artistes de notre pays.Il surpassa même Jobin dans quelques-unes de ses pièces, de vrais chefs-d’œuvre, comme La Nativité, au Musée de Québec, et les trois Dernière Scène, dont la composition diffère dans deux cas: la première, conservée à la Galerie nationale du Canada; la deuxième, construite sur le même plan mais différente dans les détails, au Royal Ontario Museum de Toronto; et la troisième, composée différemment, dans la collection de Vincent Massey, à Londres.Les statues de la façade de l’église de Sainte-Famille, à l’île d’Orléans, attribuées d’abord à un sculpteur plus ancien, aujourd’hui conservées au Musée de Québec, sortirent bel et bien de son atelier, comme l’attestent son fils Claude et sa fille Laure; cette dernière elle-même en envoya le compte au curé Gagnon.On ne connaît plus les caricatures gravées sur bois, originales et amusantes, dont il enjolivait ses satires mordantes dans La Scie, un petit journal publié au faubourg Saint-Roch; cette feuille éphémère réunie en une seule liasse couvrant trois années (1863-1865), ne se retrouve plus qu’à la Bibliothèque du Parlement, à Ottawa.La Scie dut probablement son existence à Côté, dont la bouillante inspi- vol.XXX, n° 2, octobre 1942. 96 LE CANADA FRANÇAIS ration n’avait pas encore appris à se contenir ni à respecter la médiocrité en haut lieu; surtout dans la politique.La devise de La Scie était « Castigat ridendo mores; » celle de La Lime, qui lui succéda un moment, en 1868, était « Sciera bien qui sciera le dernier.» Comme la clientèle de La Scie était en partie de langue anglaise, cette publication de quartier parut d abord dans les deux langues.En tête de The Saw, Vol.I, No 1, on lit: « Quebec, Tursday, 29th Oct., 1863.Editor in chief .?Proprietor: C.C.Boar » — Boar veut dire Verrat (une exclamation populaire).Au No 2 de La Scie, ce renseignement est remplacé par: «Éditeur-propriétaire: C.C.Lescieur », que veut dire le Scieur.Parmi les caricatures gravées sur bois dont l’originalité est flagrante et 1 humour tordant, se trouve la fantastique Bete-a-Sept-Tetes de la Confederation.Rappelons-nous que la confédération des provinces canadiennes était alors une question brûlante.Cette soi-disante Bête, que P’tit-Jean Côté, armé d’un sabre ébréché de bois, cherchait à décapiter, était dite l’œuvre de Cauchon et de Langevin, que le caricaturiste asperge de ridicule.Le Scieur lui-même est quelque part représenté, un pied sur la bûche de son chevalet, maniant le « sciotte », comme un simple journalier d arrière-cour.Côté mit sa propre caricature dans la livraison du 23 février 1865; c’est là que se retrouve la seule représentation jusqu’ici découverte de ses traits.Son penchant à la critique, bien français et québécois, le caractérise autant qu’il révèle une personnalité de faubourg ouvrier.On ne peut ici s’y arrêter qu’un moment.Citons un exemple de la plume même de Côté: « M.Berlinguet, notre habile sculpteur (ancien maître du caricaturiste), est occupé en ce moment à exécuter la statue d’un Apollon, qui sera un véritable chef-d’œuvre, si on en juge par le modèle que cet artiste a sous les yeux.Ce modèle est M.T.-P.Pétard, qui a gracieusement consenti à poser pour ce travail.» On ne pouvait manquer de recortïiaître l’allusion à cet Apollon de la rue Saint-Jean, qui ne ressemblait en rien à celui du Belvédère.Plus loin, on voit M.Puff, ébéniste, tirant le diable par la queue; ce Puff, confrère de l’humoriste, était ‘Pof’ Roy, « meublier » Le Canada Français, Québec, COTÉ, SCULPTEUR 97 du voisinage, dont la réputation d’habile artisan nous est parvenue; son excellence n'allégeait pas sa pauvreté.La Scie, avec son persiflage, n’aboutit d’ailleurs à rien, encore moins à la popularité.Bien que ses boutades rabelaisiennes aient provoqué le rire, elles suscitaient des ennemis, qui causèrent des ennuis à leur auteur, le soi-disant Boar (Verrat), alias Le Scieur, ou véritablement Jean-Baptiste Côté.À ce sujet sa propre fille, Mlle Laure nous confie: « Mon père était bel homme, original.Il avait des manières distinguées, et un bon cercle d’amis.Ses reparties étaient fines et mordantes.Mais il s’aventura de publier, pendant à peu près quinze mois, le petit journal La Scie, qui blessait bien du monde, dont il se moquait.Sortant de la Basilique avec les messieurs, mon père s’arrêtait sur le perron, pour observer les autres.Un bon jour, la police l’arrêta parce qu’il s’était aventuré trop loin avec sa plume.» En 1865, La Scie cessa de paraître, après avoir changé de format et de propriétaire.Elle ne réussit pas tout à fait à renaître, malgré deux tentatives qui échouèrent: La Scie illustrée, en 1865, et, en 1868, La Lime, qui professait de bien scier pour scier, la dernière.D’un atelier voisin du sien sortit, vers 1870, Henri Julien, jeune artisan, qui dut s’amuser des bois gravés dans La Scie, et, plus tard, s’en inspirer dans ses propres caricatures.Julien et son père pratiquaient leur métier d’imprimeur chez Desbarats, tandis que La Scie s’imprimait, d’abord chez Normand & Barbeau, ensuite chez L.-P.Normand, et plus tard, chez A.Guérard et Cie.Avec Côté et Julien la caricature, au pays, atteignit un haut degré d’excellence; pendant plusieurs années, elle alla de pair avec celle de New-York et de Londres.La plus grande partie de la vie de Côté, jusque vers 1880, s’écoula dans la besogne assez ingrate de son métier.Il avait tôt renoncé à un rêve de jeunesse d’aller, en Europe, «se perfectionner », comme d’autres l’avaient déjà fait.Ayant pris un emploi chez Berlinguet, où s’étant associé à lui comme architecte, il avait aidé à la préparation des plans pour une église de Beauport, depuis incendiée.« Un constructeur de navires », raconte sa fille Laure, « lui demanda vol.XXX, n° 2, octobre 1942. 98 LE CANADA FRANÇAIS de venir travailler pour lui; il était l’homme dont on avait besoin ».Ce constructeur était sans doute Narcisse Rosa, son oncle, frère de sa mère.Comme son père était charpentier de navire et contremaître au chantier de Rosa, le jeune Côté avait de la prédisposition pour cet emploi; il se trouva donc sans plus tarder pourvu d’un gagne-pain.« C’était rien que ça la construction des navires ! Tout le monde y travaillait ».De bonne heure, Côté épousa une demoiselle Auger, dont un frère, Elzéar Auger, était constructeur de navires, et un autre, charpentier.Le travail qui, pendant ce temps et longtemps après, occupa Côté, n’était que de la besogne.Dans la boutique, au rez-de-chaussée, de sa maison, à 125 rue de la Couronne (les numéros ont été changés, depuis), il fabriquait des ornements pour la proue des navires et du « bétail » de commande: effigies, enseignes, sauvages de tabagie, petits nègres cocasses qui égayaient les bourgeois, animaux pour les crèches de Noël et meubles de toutes sortes.Après avoir tenté de sortir, par l’éducation, de son milieu artisan et ouvrier, Côté avait dû y retomber avec un peu de mauvaise humeur.De son Séminaire et de l’atelier d’architecture, il ne put s’empêcher de garder une empreinte indélibile.Il serait impossible d’expliquer autrement ses connaissances en art, la sûreté de sa touche, sa confiance en lui-même en face des professionnels, son esprit critique envers la « haute gomme », et son amertume à l’endroit des grands faiseurs de la politique, au temps agité de la Confédération.Il partageait sans doute les griefs des ouvriers de son quartier, qui se mettaient en grève contre les industriels et les richards de la Haute-Ville.Après le grand feu des faubourgs Saint-Roch et Saint-Jean, en 1880, Côté se bâtit une maison à deux étages, où l’atelier était sur la rue Richardson près la rue de la Couronne, en bas, et le logement en haut.Il y demeura avec sa famille aussi longtemps qu’il put travailler.Au-dessus de sa porte, il posa une grande enseigne sculptée et peinte par lui-même, intitulée « Le Progrès », que conserve maintenant le Musée de Québec.Cette sculpture en bas-relief représente la déesse Cérès renversant sa corne d’abondance, un médaillon contenant un navire à voiles voguant sur la Le Canada Français, Québec, COTÉ, SCULPTEUR 99 mer, un laboureur à sa charrue tirée par une paire de chevaux, et un train portant les initiales CPR, faisant de la vitesse.Son frère Claude, aussi sculpteur et son compagnon de travail, l’avait quitté après l’incendie de sa première boutique, pour émigrer à Chicago.Celui-ci s’en allait chercher ailleurs « Le Progrès ».Plus de trente ans après sa mort, voici ce que rapportent au sujet de Côté ceux qui l’ont connu : son fils Claude, sa fille Laure (tous deux assez âgés, vers 1930, et depuis, probablement disparus), Mgr Adjutor Faucher, de l’Hô-pital-Général à Québec, le sculpteur Gauvin, Félix Goulet, de Saint-Pierre à l’île d’Orléans, sa petite-fille Yvonne Parent, et quelques autres (je suivrai de près leurs dires).« Avant sa mort », raconte Claude, « mon père fut quatre ans malade — pas capable de grouiller.A part ça, il eut toujours le nez sur son ouvrage; aussitôt ses repas finis, il retournait à sa boutique, où je l’ai toujours vu, vers la fin, un bon vieux, ne sortant jamais.Mais il prit le temps de se marier deux fois; la deuxième fois, il était déjà assez âgé.Notre malheur arriva lorsque Montréal prit le dessus sur Québec, et qu’on cessa de bâtir des navires en bois.» « Lorsque j’étais petit garçon », dit Mgr Faucher, « j’arrêtais quelquefois le voir travailler, à son atelier au coin de la rue de la Reine et de la Couronne — l’entrée était à l’ouest, sur la rue Richardson.Cette maison existe encore.Il y sculptait des statues et des nymphes de navire; on se trouvait près des chantiers.Avec l’âge, il était devenu frêle.De taille moyenne, il avait déjà l'apparence d’un vieillard.Le pauvre homme n’a jamais fait fortune ».Comprenant mieux ses aspirations d’artiste, qui devaient être puissantes, sa fille Laure nous rappelle qu’il avait sculpté beaucoup d’effigies de navires.« C’était surtout ça qu’il faisait pour Narcisse Rosa, Ross, Pierre Valin .et il se crut perdu, le jour cju’il n’en fallait plus.Après ça, il s’est livré aux ouvrages d’église, aux beaux-arts.A Saint-Patrice, église des Irlandais à Québec, il y a de lui une Sainte Famille, qui lui valut une médaille.Il rapportait toutes les médailles, mais peu d’argent! Quand il sculptait La Fuite en Egypte, un bas relief, La Désolation, une femme pleurant, le groupe de Notre-Dame de Pitié.La Résurrection, vol.XXX, 11° 2, octobre 1942. 100 LE CANADA FRANÇAIS Les Rois Mages, au Musée de Québec, le Christ en croix, la Tête du Christ dans un médaillon (24" x 18" x 6"), tête penchée, couronne d’épines, peinte en blanc: très belle, la Dernière Scène, il trouvait la tâche difficile.« Comment pourrai-je jamais représenter tant de sainteté ! » s’écriait-il.Il travaillait à la vapeur.C’était magnifique ! Mais ça ne marchait pas toujours comme il le voulait.Son enthousiasme s’évaporait; il n’achevait pas tout ce qu’il avait commencé avec tant de feu.Quand il sculpta la Sainte Famille, il en pleurait; le Christ le faisait souffrir.« C’était peindre la douleur ».Ses amis les Goulet (Félix), de Saint-Pierre, île d’Orléans, parlant de lui en termes élogieux et naïfs: « Sa profession était de sculpter, et il travaillait donc bien ! Partout il cherchait des images pour se renseigner.Il sculptait d’après elles, comme par exemple, sa Notre-Dame de Pitié.Son fils Claude aussi était sculpteur ».Aux Goulet il donna, en reconnaissance de leur hospitalité, un porte-papier sur lequel il avait découpé et peint, en bas-relief, une vache et son veau dans un paysage champêtre.Ici et là, on retrouve de lui des petits animaux sculptés qui lui valurent le nom d’animalier, bien qu’il n’y ait pas attaché d’importance: grand orignal, vaches broutant ou ruminant, chiens sur la piste au gibier, lions et griffons, chevaux ou têtes de chevaux aux longues oreilles, grues, pintades et perdrix, pics-bois au bord du nid, moutons à la crèche.Parmi les autres sculptures de Côté, observées et photographiées, ou mentionnées parmi les siens, on compte les suivantes: La Vierge des Congréganistes, très grande statue longtemps à l’église de Saint-Roch de Québec, maintenant au parc des enfants à la Rivière-Jaune (Charlesbourg) ; Notre-Dame de Pitié, grande statue au jardin du presbytère, à Charlesbourg ; _ j *4 %¦' ¦ ' t§Êï rNotre-Dame de Lourdes, 18 ou 22 pieds de hauteur, et quelques autres de même dimension, sur le clocher, à Percé (Gaspé) : W* tjgj* G Une autre Notre-Dame de Lourdes, paraît-il, à la chapelle de ce nom, rue Hermine, Saint-Sauveur de Québec; cinq grandes statues sculptées vers 1890 pour le portique de Le Canada Français, Québec, COTÉ, SCULPTEUR 101 l’église de Sainte-Famille, île d’Orléans, aujourd’hui conservées, dépouillées de peinture, au Musée de Québec, représentant saint Joseph, la Sainte Vierge, saint Joachim portant un nid de colombe en offrande au temple, sainte Anne, et l’Enfant Jésus adolescent; Le Baptême de Notre-Seigneur (3' x 2'), haut-relief conservé au Musée de Québec; Jésus, Marie et Joseph, un groupe, naguère en la possession d’un médecin, à Sainte-Anne de Beaupré; et un tout petit groupe de la Sainte-Famille, conservé par des amis du sculpteur, à Sainte-Pétronille, île d’Orléans; LTn Ange Gardien, naguère la propriété de l’Hon.Pierre-Vincent Valin, Château-Richer; Un Ange jouant de la flûte, un Orignal, un Chien, et un Petit Pêcheur, un Petit Chasseur, vus au Château-Richer; Saint Pierre et saint Paul, cédés au Sœurs de la Charité, à^l’Hôpital Saint-Antoine, Québec; Une Madone (4' ou 5'), à Saint-Sauveur de Québec; Saint Jean-Baptiste, sculpté sur bois, en 1880, pour un chariot de procession à Saint-Roch, dont on a, depuis, perdu la trace; Sainte Êmilie, pour l’église de Sainte-Emilie de Lotbi-nière, dont le sculpteur Gauvin disait: (( C’est la plus belle que j’aie vu de lui »; Un Reliquaire à la Basilique de Québec qui a dû être incendié; son Riel, le rebelle du Nord-Ouest, retrouvé à Montréal, maintenant au Musée du Fort Chambly; on parle aussi de sa Fuite en Egypte, qu’on ne peut retracer.Parmi les sujets classiques ou historiques, où le sujet, interprété par d’autres, ne se prêtait pas à un traitement original, on remarque; Deux statues de Gutenberg, inventeur de l’imprimerie, l’une petite, et l’autre de 6', 2" (toutes deux au Musée de Québec); L’Hiver et l'Été (au même Musée); L’Automne, et une Nymphe portant des raisins, que sa fille Laure appelait « son chef-d’œuvre » — c’est-à-dire, sa pièce d’apprentissage; On connaît de lui, aussi, quelques meubles de luxe, ornés de sculptures conventionnelles, tel un grand miroir sur pied, doré, avec des arabesques classiques enchâssant des oiseaux.vol.XXX, n° 2, octobre 1942. 102 LE CANADA FHANÇAIS La présomption courante que pauvreté veut dire médiocrité, et le manque de confiance en soi-même, ont de tout temps relégué dans l’ombre, chez nous, des œuvres d’art dignes de respect et des artisans dont le nom mérite la commémoration.Parmi ces personnages et leurs œuvres couvrant près de trois siècles d’architecture, de sculpture, de broderie, de peinture, de tissage et d’autres arts et métiers, se trouvent Jean-Baptiste Côté et Louis Jobin, les derniers venus mais pas les moindres.On peut avouer sans présomption que ces artistes, avec le temps, prendront rang parmi les élus que la mémoire conserve pour la postérité.L’étude de leur répertoire et l’analyse de leurs statues, de leurs reliefs et de leurs meubles sculptés, ne peuvent se faire ici.Mais, sans plus tarder, rapportons quelques-unes des impressions que leur ont values, à l’exposition rétrospective d’art canadien à la Tate Gallery de Londres, dans l’automne de 1938, le choix d’une simple demi douzaine de leurs pièces (Les extraits suivants, parmi beaucoup d’autres, sont traduits de l’anglais).T.W.Earp, dans The Daily Telegraph de Londres (15 oct.1938) écrivit: « On ne constate pas, ici, de manque de souffle ou d’idéal, ni de faiblesses de métier.Depuis le début, l’art canadien a suivi la même évolution que celui de l’Europe, tout en s’accommodant à un milieu différent .» Le Times de Londres (15 oct.1938) disait en commentaires: «Il y a là des sculptures sur bois canadiennes-françaises extrêmement intéressantes, en particulier la Madone et l’Enfant en style baroque de la fin du dix-huitième siècle (découverte à Beauport, maintenant à la Galerie des Arts de Toronto), attribuée à Leblond de Latour (directeur, vers 1700, de l’École des Arts et Métiers, au Cap-Tourmente), une Dernière Cène par Jean-Baptiste Côté, dont le point de départ est la peinture de Léonard; mais celle-ci laisse entrevoir par ses fenêtres ouvertes un paysage québécois; et quelques statues de saints par Louis Jobin qui, bien qu’il soit de notre temps, s’inspire véritablement de la tradition française au dix-septième siècle .» Le Times, reparlant ailleurs de cette exposition, consacra le tiers d’un article en vedette aux sculptures sur bois du Le Canada Français, Québec, COTÉ, SCULPTEUR 103 Canada français, et prit la peine de nommer Jobin — seul nom d’artiste cité dans cet article.Plusieurs autres journaux anglais s’arrêtent à la Dernière Cène de Côté pour en dire du bien, parmi eux: The Scotsman d’Edinbourg, The Observer de Londres, et le Guardian, qui la décrit ainsi: « un exemple très fouillé en sculpture et en coloris de l’école canadienne-française de sculpture sur bois », etc.Ian Gordon, rapportant ses impressions au journal de Boston, le Christian-Science Monitor (Nov.1938), écrivit: « Portant le nom de Cent ans d’art canadien, cette exposition, inaugurée par le Duc de Kent à la Tate Gallery, comprend encore un peu plus qu’elle ne professe.Non seulement elle contient une sculpture exquise de la Renaissance française remontant à l’école du Cap-Tourmente la Madone et l’Enfant coloriée de la fin du dix-septième siècle, mais encore un modèle original de la Dernière Çène d’après Léonard, avec une vue de Québec au loin; et encore, une peinture aussi âgée qu’estimable (quite a respectable piece) de F.Malépart de Beaucourt, (( L’Esclave nègre », remontant au dix-huitième siècle — Beaucourt était de Montréal.Ces pièces anciennes confèrent à l’exposition une période préparatoire dont l'élan (a jump-off run) ajoute fort à la valeur de l’ensemble ».Les journaux canadiens, emboîtant le pas, répétèrent à l’envie les éloges des journaux anglais, même ne manquèrent pas de renchérir sur eux.Aussi: The Montreal Gazette (5 nov.1938) publia qu’il « se trouvait à l’exposition de Londres « des sculptures sur bois extrêmement intéressantes du Canada français, en particulier la Dernière Cène de Jean-Baptiste Côté .» L’Ottawa Journal (7 nov.1938) relevait un article de l’Observer de Londres dans lequel il est question de « la beauté exquise » de quelques sculptures sur bois».Northrop Frye, dans le Canadian Forum (jan.1939) remarquait: « Sûrement que Jobin, un des plus grands artistes que le Canada ait jamais produit, aurait dû y avoir une place prépondérante » (seulement trois morceaux de lui étaient en exposition, dont un petit).Et le Saturday Night (Toronto, nov.19, 1938) « trouve fort amusant que les critiques de Londres aient si vite remarqué que le paysage aperçu par les fenêtres du Cénacle, dans la Dernière Cène de Côté, n’est pas Italien mais bien honnêtement de notre Côte Nord ».Marius Barbeau.
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