Le Canada-français /, 1 décembre 1942, Chronique de l'Université
Chronique de l'Université Les longues soirées de l’automne et de l’hiver procurent plus de loisirs.Aussi ramènent-elles à l’Université les amants de l’étude, du savoir et de la culture.C’est un truisme de rappeler que le rôle des universités est d’ouvrir les sources du savoir, de répandre plus de réelle culture humaine, et ainsi d’exercer une influence plus profonde sur la vie d’une nation.Aussi, à côté des cours réguliers des facultés, s’imposent les auditions libres aux leçons des maîtres, les conférences des spécialistes sur tel point déterminé de la littérature, du droit, de la médecine, de la science.Ainsi, aux « mardis universitaires », M.Auguste Viatte, professeur de littérature française à la Faculté des Lettres, a donné une série de conférences sur « L’Amérique dans la littérature française ».La première étude portait sur « L’Amérique de Chateaubriand ».Le conférencier note que l’Amérique, avant le dix-neuvième siècle, n’a guère été étudiée pour elle-même.Il indique bien les conceptions qui ont eu cours à son sujet, de Montaigne à l’abbé Ravnal; l’enthousiasme suscité par l’insurrection américaine, où l’Amérique apparut comme « le séjour de la tolérance et de la liberté ».Puis, c’est le rappel des étapes du voyage de Chateaubriand avec les mises au point qui s’imposent.On voit à quelles sources s’est abreuvé l’exotisme indien de Chateaubriand; et le voyageur ajoutent des considérations politiques, littéraires et sociales sur la jeune Amérique.Somme toute, observations judicieuses mais peu sympathiques; c’est l’aristocrate qui dédaigne l’idéale médiocrité des Américains.La seconde leçon parle de la « Démocratie américaine » d’Alexis de Tocqueville.C’est bien la première étude sérieuse publiée en France sur les Américains.Tocqueville est avant tout un historien qui se penche sur une nation et Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 297 cherche à élucider les données d’un problème général: les effets d’une démocratie dans un pays où elle s’est établie sans révolution.L’enquête menée par l’historien est des plus objectives; il comprend bien la leçon des faits et sait en tirer des appréciations générales.« Les milliardaires transatlantiques et les puritains d’outremer » tel est le sujet de la troisième causerie de M.Auguste Viatte.C’est vers 1860 que se crée une sorte de légende américaine.Alors apparaît, dans la société européenne, l’Américain.Alexandre Dumas nous trace le portrait de Mrs Clarkson, dans son Étrangère; l’Échange de Paul Claudel fait voir l’homme pour qui « l’or est tout », et Abel Hermant aboutit à la caricature dans les « Transatlantiques ».Les Français passent en Amérique, ils prennent un contact plus étroit avec les habitants des États-Unis; c’est Paul Bourget, Paul Adam, René Bazin.Les uns se prennent d’enthousiasme pour ce qu’ils croient un pays de jouvence; d’autres plus sérieux et plus profonds étudient un problème où trois forces, Démocratie, Science et Race, enfantent un nouvel univers.L’étude sur place donne une impression de réussite.A L’Association des Étudiants en Droit de l’Université Laval, M.le juge P.-B.Migneault, autrefois de la Cour Suprême, a parlé de « La frustration des contrats ».Le contact de ce juriste éminent n’aura pas été sans apporter un très grand et réel profit aux étudiants.M.J.-Robert Talbot, directeur de l’École de Musique de l’Université, a donné une causerie sur le sens de la musique.Pour mieux goûter la musique, il n’est pas nécessaire de la juger, ceci est du ressort des techniciens.Que l’on éveille, dans l’imagination, le sens de la musique par des expériences variées; que l’on établisse des points de contact entre les réactions physiques et le rythme; que l’on s’applique à former l’oreille, à éveiller la sensibilité, autant de moyens de former vol.XXX, n° 4, décembre 1942. 298 LE CANADA FRANÇAIS le jugement sur la musique.La conférence était donnée sous les auspices du Comité d’audition de disques de l’Association des étudiants de l’École Supérieure de Commerce.La Société médicale des Hôpitaux universitaires s’est réunie, à l’Hôpital Laval, le 20 novembre.On y a donné lecture de travaux suivants: Le cardio-spasme par les docteurs L.Rousseau, F.Trempe et J.-M.Lemieux; Bronchoscopie et syndrome d’atelectasie d’origine néoplasique par le docteur G.-L.Côté; Amiantose pulmonaire par le docteur L.Rousseau; Amiantose et tuberculose pulmonaire par les docteurs R.Desmeules et M.Giroux; Amiantose expérimentale par le docteur M.Giroux; Amiantose incipiente chez les tuberculeux pulmonaires par les docteurs R.Desmeules, L.Rousseau, M.Giroux et P.Richard.Où l’on voit que praticiens et professeurs de la Faculté de Médecine ne perdent pas leur temps, ni leurs loisirs.La Société astronomique de Québec a invité M.l’abbé Rosaire Benoît, doyen de la Faculté des Arts de l’Université, à donner une causerie sur la spectroscopie en rapport avec l’astronomie.Le conférencier a su illustrer ses démonstrations avec des appareils spéciaux.Il a montré les effets d’un rayon de lumière suivant l’application des principes de la spectroscopie.L’Association des anciens élèves gradués de la Faculté des Sciences a tenu sa réunion annuelle.A cette occasion, l’Association s’est donné un nouveau bureau de direction pour l’année à venir.M.l’abbé J.-Willie Laverdière, directeur de l’École de géologie et de minéralogie de la Faculté des Sciences, a été élu président; les deux vice-présidents conjoints sont M.Orner Lussier, avocat et ingénieur forestier, et M.Georges Côté, surintendant des arpentages au ministère Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 299 des Terres et Forêts.Les conseillers élus sont M.le docteur Elphège Bois, professeur de bactériologie et de biochimie, M.le docteur Arthur Labrie, sous-ministre des Pêcheries, M.le docteur L.-Zéphyrin Rousseau, arpenteur et ingénieur forestier, assistant-secrétaire de la Faculté des Sciences, M.l’abbé J.-Adrien Gagné, professeur de Chimie à la Faculté des Sciences, M.J.-Ulysse Demers, pharmacien, M.Fernand Boutin, arpenteur et ingénieur forestier.Le président sortant, M.le docteur P.-E.Gagnon a souhaité la bienvenue aux membres de l’Association et a fait une revue des événements de l’année.Le nouveau président, M.l’abbé Laverdière a remercié ses collègues de la marque de confiance qu’ils ont bien voulu lui donner.La réunion s’est terminée par un buffet servi dans la salle de récréation des étudiants.* * * C’est avec un grand plaisir que l’Université a appris que M.Lionel Roy, chargé du Cours de Droit international à la Faculté de Droit, a été nommé conseiller juridique au bureau du procureur en chef de la Commission des prix et du commerce.M.Roy devient ainsi l’assistant de M.F.-A.McGregor, à Ottawa.Les études spéciales de Me Lionel Roy l’avaient bien préparé à cette importante fonction.L’Université se réjouit en même temps qu’elle se trouve honorée du choix d’un de ses professeurs, elle offre ses meilleurs vœux de succès au nouveau titulaire.L’Université, lors d’une séance du conseil universitaire, a nommé professeurs agrégés à la Faculté des Sciences M.l’abbé Alexandre Larue, MM.Fernand Boutin, Harold Feeney, Basile White, Alphonse Matte et Lucien Massé.Nous prions les nouveaux professeurs d’agréer nos sincères félicitations.A la même réunion du conseil universitaire, il a été question de la constitution d’un bureau de direction de l’Institut Laval d’orientation professionnelle.Les membres de ce bureau sont Monseigneur Camille Roy, recteur de l’Université, président; M.l’abbé Alphonse-Marie Parent, secrétaire; les conseillers sont M.l’abbé Wilfrid Ethier, p.s.s., directeur de l’Institut, MM.les docteurs Jean-Charles Miller et Roméo Blanchet, de la Faculté de Médecine.vol.XXX, n° 4, décembre 1942. 300 LE CANADA FRANÇAIS Les révérendes Sœurs de Saint-François d’Assise, qui dirigent l’Institut Notre-Dame de Roc-Amadour, à Québec, ont demandé et obtenu leur affiliation à l’Université Laval pour l’enseignement classique du premier degré.Nous avons appris avec regret que le collège classique d’Edmonton, Alberta, dirigé par les Révérends Pères Jésuites ferme ses portes.Cette institution d’enseignement secondaire était agrégée à l’Université Laval depuis le 13 juin 1917.L’élément français des provinces de l’Ouest fortement éprouvé par la crise économique qui a précédé la guerre actuelle perd ainsi un poste avancé et c’est la conséquence des dures années que nous traversons.Le collège a vu ses élèves diminuer d’année en année, et depuis cinq ou six ans, l’échéance fatale apparaissait de plus en plus imminente.Malgré la formation de comités destinés à opérer un sauvetage, la situation devint telle que les autorités de la Compagnie de Jésus déclarèrent qu’il leur était impossible de poursuivre leur mission.C’est avec regret que les Pères Jésuites abandonnent un champ d’apostolat qu’ils ont cultivé depuis près de trente ans.L’Université Laval ressent profondément l’épreuve qui frappe la population canadienne-française de l’Alberta.Mardi, le 1er décembre, les étudiants en langue espagnole de l’Université Laval ont assisté à un dîner, à l’hôtel Clarendon.Le président du banquet était M.Lucien-V.Fontaine, étudiant et membre du comité des relations cidturelles hispano-américaines.Étaient présents: Monseigneur Camille Roy, recteur de l’Université, les consuls de l’Argentine, de Costa-Rica et du Mexique, le président régional de la Fédération canadienne des universitaires catholiques (F.C.U.C.), M.le docteur Pierre Jobin, Madame (Dr) Jean La-certe, et MM.les sous-ministres Avila Bédard et Jean Bruchési.Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 301 M.Lucien-V.Fontaine a parlé au nom de 125 étudiants en langue espagnole et du Comité des relations culturelles hispano-américaines.Il a montré que le comité des relations hispano-américaines formé par la F.C.U.C.a pour but d’unir davantage tous ceux qui s’intéressent à la culture latine et assurer une plus grande coopération entre les différents groupes qui vivent sur un même plan de culture intellectuelle et spirituelle, le plan universitaire catholique.Monseigneur le Recteur a voulu féliciter les étudiants et exprimer, au nom de l’Université Laval, ses vœux de bonheur et de brillante prospérité aux pays représentés par les consuls.MM.Rollino, Guzman et Turcot respectivement consuls de l’Argentine, de Costa-Rica et du Mexique, ont adressé la parole en espagnol.Ils se sont dit heureux d’assister à cette réunion et de présenter, au nom des pays qu’ils représentent, les sentiments les plus sincères d’attachements et d’amitié.M.le docteur Pierre Jobin, président du Comité régional de la Fédération canadienne des universitaires catholiques, exprima le souhait que les universitaires de Québec aillent bientôt tendre la main aux autres universitaires américains du nord et du sud, et qu’ainsi tous apprennent à se connaître et à s’entr’aider.L’Université Laval aura son Corps universitaire d’entraînement aérien (C.U.E.A.).Les lieutenants de sections Moseley de Montréal et Charles Fournier, du Bureau de recrutement de Québec, ont donné une conférence aux étudiants des différentes facultés de l’Université.Voici en quoi ce Corps universitaire d’entraînement aérien consisterait et à quelles études ses membres seraient astreints.Il sera distinct du C.O.T.C.et exigera de ses membres 125 heures d’études par année.On y étudiera les mathématiques, l’hygiène, l’entraînement militaire, l’identification des divers types d’avions, la navigation et la théorie du vol.Les membres du C.U.E.A.porteront l’uniforme des aviateurs.Le képi sera aux couleurs de l’Université Laval.Les membres de ce corps devront faire 14 jours de camp, chaque année, dans un aérodrome, afin de se familiariser, non seule- vol.XXX, n° 4, décembre 1942. 302 LE CANADA FRANÇAIS ment avec la théorie, mais aussi avec la pratique des avions.Les membres du C.O.T.C.Laval pourront être admis au C.U.E.C.après un examen médical.Tous les membres du corps universitaire d’entraînement aérien pourront entrer volontairement dans l’aviation, à la fin de leurs études universitaires, ou se diriger vers un autre corps de l’armée ou de la marine selon leurs aptitudes.* * * M.Auton C.Pegis, D.Pli.de l’Institut Pontifical Médiéval de Toronto, professeur d’histoire de la philosophie grecque à l’Université Fordham, New-York, a fait à la Faculté de Philosophie deux conférences.Le sujet en était: la doctrine thomiste des deux puissances intellectuelles en regard de la philosophie platonicienne.A la suite de ces causeries, M.Auton C.Pegis a présidé deux discussions auxquelles ont pris part les professeurs et des étudiants de la faculté.Laval.Le Canada Français, Québec,
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.