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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Henri d'Arles: II
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1943-02, Collections de BAnQ.

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Henri cPÀrles (suite) IV Le critique C est principalement dans Essai et Conférences, Lacordaire, Eaux fortes et Tailles douces, Estampes, Miscellannêes et Intailles qu Henri d Arles s’est révélé un critique littéraire d une grande érudition.Il y étudie les écrivains canadiens: Louis Frechette, Edmond de Nevers, Octave Crémazie, Pamphile Lemay, Laure Conan, Mgr Olivier Maurault, Pauline Frechette, Harry Bernard, Ferdinand Gagnon, Blanche Lamontagne-Beauregard, l’abbé Arthur Laçasse, Ulric Gingras, Mgr Paul-Eugène Roy, Robert Choquette, Rosaire Dion, Alice Lemieux.Chez les Français, sa préférence va à Lacordaire, Lamennais, Sully Prud homme, Verlaine, Rostand, Jammes, Samain, Angel-lier, Moréas, Mistral, Louis Veuillot, Alfred de Musset, le duc de Saint-Simon, Chateaubriand, Paul Claudel, etc.Dans la littérature anglaise, il semble s’être limité au Cardinal Newman et à Robert Frost.Je classe parmi les meilleures pages de Henri d’Arles celles qu’il consacre à Edmond de Nevers.Il y a là de l’inédit, de l’émotion, une admiration qui n’a rien de factice.Dans toute l’œuvre de Henri d’Arles, cette étude sur Edmond de Nevers tranche sur le reste.Edmond de Nevers s’est signalé par deux ouvrages principaux: l’Avenir du peuple canadien-français (1896) et l’Ame américaine, sujet d’une savante critique de Ferdinand Bru-netière, dans « La Revue des Deux-Mondes ».Toute la conclusion de l’Ame américaine peut se concrétiser dans cette prédiction de son auteur: « Un jour viendra où la frontière qui sépare le Canada des États-Unis aura disparu, où l’Amérique du Nord ne formera plus Le Canada Fbançais, Québec, HENRI D’ARLES 425 qu’une seule et vaste république, et nous avons l’ambition de constituer dans l’État un foyer de civilisation française qui fournira son apport au progrès intellectuel, à la moralité et à la variété de l’Union ».Qu’Henri d’Arles ait partagé ce rêve, on peut le supposer, puisqu’il classe de Nevers parmi les « intuitifs », les «voyants», les « penseurs », qu’il voit en lui un ethnologue, qui « découvre des lois éternelles, étudie le jeu d’influences spirituelles, opérant à l’insu des masses; qui .prédit le terme final auquel une évolution, à peine sensible à un œil ordinaire, doit aboutir, .devance les temps, .saisit le germe d’événements futurs, .annonce ce qui aura lieu, bref, un prophète.Essais et Conférences se termine par une étude sur Cré-mazie, sa correspondance, son journal, ses poésies.Henri d’Arles semble attacher plus d’importance à la correspondance de Crémazie qu’à son œuvre poétique ou à son journal.Ce dernier est surtout fécond en souvenirs du siège de Paris, en portraits de Gambetta, Trochu, Thiers, Jules Favre, Blanqui, l’empereur Napoléon III, l’impératrice Eugénie, etc .De Gambetta, Crémazie disait: « Un avocat du Midi qui vendrait son père pour faire une belle phrase.» Les poèmes de Crémazie, Henri d’Arles les classe en poèmes mondiaux, poèmes inspirés par la France et ceux inspirés par le Canada.Il trouve les premiers plutôt ternes.Ses lettres sont plus « attachantes ».On y trouve un Crémazie au naturel, qui se confie aux siens en toute sincérité et l’on s’émeut sur le sort du poète exilé qui, tisonnant solitaire son foyer, fait l’aveu que son feu est le seul ami qu’il possède sur la terre étrangère.Un mot de l’étude d’Henri d’Arles sur Newman.Cette étude avait été donnée devant le Salon français de Boston, et le sujet en est traité objectivement, à cause des confessions variées de ses auditeurs.Henri d’Arles note d’abord que, le 6 octobre 1845, Renan sort du catholicisme.Trois jours après, Newman y entre.Né anglican, Newman croyait que son'église était catholique et apostolique.« C’est là un phénomène extraordinaire et peut-être unique dans l’histoire, dit Henri d’Arles, que cet homme ait pu passer du plus vol.XXX, n° 6, février 1943. 426 LE CANADA FRANÇAIS pur anglicanisme au catholicisme intégral sans avoir à désavouer, dans leur ensemble, les écrits qu’il avait conçus alors qu’il semblait si éloigné de nos formes de vie et de pensée ».Il ne faudrait pas croire, cependant, que Newman ait trouvé la foi dans un éclair, comme Paul sur le chemin de Damas.Non, il y arrive graduellement, après bien des doutes, des hésitations, des tiraillements.Au cours d’un voyage en Méditerranée, Newman prend contact avec les peuples latins.Il passe le vendredi de la Semaine sainte à Rome.Il déteste le catholicisme romain, mais il aime le catholicisme tout court.Il tombe malade en Sicile et, pendant trois semaines, oscille entre la mort et la vie.Mais il s’écrie: « I shall not die for I have not sinned against light ».Newman veut vivre, mais ce que fut sa vie ensuite, Henri d’Arles ne le dit pas.Il nous laisse en plan, au moment où nous sommes les plus curieux de posséder un jugement sur l’œuvre de Newman converti.La même impression d’inachevé, de quelque chose à venir encore, on la retrouve dans les études sur les poètes français: Sully Prud’homme, poète de pensée et d’analyse; Verlaine, poète à effets; Rostand, lyrique; Jammes, étrange et déconcertant; Samain, musicien; Angellier, poète des âges disparus; Moréas, poète de la nuit, etc .Dans les pages consacrées à Mistral, Henri d’Arles élabore un peu plus longuement.Pour Henri d’Arles, Lacordaire est « le type de l’orateur ».Devant l’admiration qu’il professe à son endroit, l’on se demande parfois si Henri d’Arles ne serait pas entré dans l’ordre de saint Dominique, afin de se rapprocher d’un modèle qu’il enviait et chérissait.Mais, à l’encontre de Lacordaire, qui a porté la soutane noire avant de revêtir la robe blanche dominicaine, Henri d’Arles a d’abord porté la robe pour endosser la soutane ensuite.Le talent de Lacordaire est fait d’improvisation, mais d’une improvisation que l’étude et la méditation ont préalablement préparée et mûrie.Henri d’Arles rappelle à ce sujet que Lacordaire n’a fait qu’un discours académique en sa vie.C’était à l’occasion de sa réception sous la Coupole, et ce discours, « il l’a presque manqué ».Le Canada Français, Québec, HENRI D’ARLES 427 Henri d’Arles signale deux particularités de Lacordaire: son extrême propreté et le soin qu’il apportait à sa correspondance.Ses lettres ne comportent jamais une seule rature.De la propreté, il disait qu’elle était une demi-vertu.Quiconque a connu Henri d’Arles se rappelle jusqu’à quel point il se rapproche de Lacordaire dans ces deux détails.y L’artiste Le premier ouvrage de Henri d’Arles est intitulé Propos d’Art.Tout au long de son œuvre, on trouve également des propos sur l’art, en général, mais c’est surtout la peinture, la sculpture, la gravure et même l’ébénisterie qui l’attirent.Rarement, il nous parle de la musique.Dans Laudes il se révèle toutefois un musicien du verbe.Au sujet de Propos d'Art, il convient de rappeler que du 4 au 15 mai 1903, Henri d’Arles a vécu dans la compagnie d’un artiste, le peintre Charles Huot, de Québec.Ces journées passées à l’atelier en longues conversations sur l’art, ou en randonnées à travers les campagnes, en quête de sites pittoresques, il les raconte dans un ouvrage qu’il intitule Propos d'Art.En réalité, c’est son premier ouvrage, et il nous en prévient par une note qui apparaît sur la page-titre du manuscrit.Ce premier ouvrage, c’est tout Henri d’Arles, avec ses rêves, ses aspirations, ses élans, ses théories sur l’art et la beauté.Il part pour ce voyage comme un écolier part en vacances, après avoir forgé d’avance dans son imagination toutes les émotions qu’il anticipe et qu’il compte bien éprouver.Mais il avoue son manque de connaissance en esthétique et il reproche aux maîtres de l’enseignement dans nos collèges de ne pas faire assez grande la part de la religion de la Beauté dans la préparation aux carrières libérales.A peine si l’on touche en passant à l’éloquence et à la poésie.Quant au rôle social de l’art, son action moralisatrice, ils sont passés sous silence dans notre éducation.Il aurait voulu que l’on vol.XXX, n° 6, février 1943. 428 LE CANADA FRANÇAIS introduise, au moins dans le cadre des études classiques, ce chapitre tiré de VEsquisse d’une Philosophie, par Lamennais, où il est question de l’art et de la beauté.Il confesse donc une lacune dans son instruction première, et il en ressent comme un vide dans l’âme.Mais sa visite à l’atelier du peintre lui découvre un monde nouveau et lui apporte ce qu’il qualifie « l’ivresse d’une révélation divine ».Il en est tout transporté, exalté, ravi, au septième ciel.Et à peine a-t-il mis le pied dans l’atelier qu’il s’élance dans une charge à fond de train contre la civilisation américaine et la conception qu’elle se fait de la beauté.On dirait que c’est un peu une hantise chez lui de trouver laid tout ce qui se fait aux États-Unis en matière d’architecture, peinture, musique, littérature, etc .Qu’il n’entre pas un peu de préjugé dans tout cela, il est bien difficile de ne pas l’admettre.Henri d’Arles juge la civilisation américaine à travers des lunettes européennes.Sans doute, tout ce qui est grand, gros et haut n’est pas toujours beau, mais il s’en dégage parfois une impression de force et de puissance qui tient de la majesté et, comme elle, en impose.Henri d’Arles, à Québec, est donc bien résolu d’avance à admirer à satiété.La vieille cité de Champlain, il l’appelle « la ville du rêve » et lui trouve une « allure médiévale ».En France, il n’y a pas deux villes qui se ressemblent, et c’est ce qui charme le voyageur parcourant ce pays.En Amérique, l’uniformité a détruit le pittoresque.Seule Québec tranche sur l’ensemble par sa situation topographique, le cadre des montagnes qui bornent l’horizon, le fleuve qui coule à ses pieds, ses abruptes falaises, le caractère accidenté de ses rues et de ses habitations.Tout un chapitre des Propos d’Art est donc consacré à Québec, et ce n’est pas sans raison, car Québec est incontestablement, en soi, comme un objet d’art.Et, pourtant, l’on y entretient de l’apathie pour la Beauté.Henri d’Arles en fait un gros reproche aux gouvernements et aux riches.Il montre combien le talent est ignoré, mais il conseille aux artistes de travailler quand même et de produire, car rien de tel que défaire un chef-d’œuvre; cela finit toujours par se savoir.Dans l’atelier du peintre, il pénètre comme en un endroit sacré, un sanctuaire.Il assiste à l’éclosion d’une œuvre Le Canada Français, Québec, HENRI D’ARLES 429 et à son évolution par une série de dessins qui la conduisent jusqu’au coup de pinceau final.Il se rend compte qu’outre son métier, l’artiste doit avoir des notions d’archéologie, de littérature, de théologie, de physique, de sciences naturelles.Sur la question du nu dans l’art, Henri d’Arles trouve que l’on nous inculque à ce sujet de fausses notions.Ce qu’il faut condamner, ce n’est pas le nu, mais le déshabillé, et il déplore les tendances sensuelles de l’art moderne, comparées à l’art antique.Le meilleur chapitre des Propos d’Art est celui où l’auteur traite des tableaux mystiques.Il passe en revue l’œuvre des primitifs, celle de la Renaissance, et il admire l’esprit de foi qui a inspiré de tels chefs-d’œuvre.Pour avoir traduit avec le pinceau les grandes vérités de l’Évangile, il faut qu’ils aient d’abord longuement médité sur la vie de Jésus.Et l’on trouve ici l’aveu exprimé pour la première fois par Henri d’Arles qu’il rêve, lui aussi, d’une Vie de Jésus.Ce rêve, il cherche à le réaliser aux derniers jours de sa vie.C’est sous le ciel d’Italie, au centre de la catholicité, qu’il entend y travailler.Mais la mort devait en décider autrement.« Moi aussi, écrit-il dans Propos d'Art, je rêve de traiter ce sujet du Christ et de parler, non pas seulement de la passion de Jésus, mais de sa vie entière.Je voudrais surtout m’appliquer à scruter, à sonder l’âme complexe et séduisante du Maître, à pénétrer dans le mystère de ses pensées, à voir ce qu'il était comme Homme, à étudier en lui le développement de la connaissance.N’y aurait-il pas olace pour une Vie de Jésus plus psychologique ?.Les derniers chapitres de Propos d'Art sont spécialement consacrés à l’œuvre du peintre dont il est, pour quelques jours, l’hôte.Les mœurs, le vêtement, l’habitation du paysan canadien font l’objet de ses commentaires.Il condamne les modes modernes contraires à l’esthétique et il trouve que les anciennes maisons de style normand, avec leur longs toits penchés, faisaient un plus joli effet dans le paysage que les frêles boîtes carrées qui les ont remplacées.Il avoue son incompréhension des tableaux où vol.XXX, n° 6, février 1943. 430 LE CANADA FRANÇAIS la peinture semble avoir été apposée couches sur couches au moyen d’un couteau à mastic.Pour ce qui est des tableaux de Charles Huot, il admire en particulier Le Sanctus qui n est pas loin d’être un chef-d’œuvre, Labours d’automne et En rentrant à Vécole.Des Propos sur l’Art, on en retrouve aussi dans Art et nature, Miscellannées ;l Arts et artiste, Art exotique, Intailles ;*.Son ouvrage intitulé Abaresques est entièrement consacré à la sculpture sur bois.L’art d’Henri d’Arles est non seulement dans son style, sa manière de penser, ses poèmes liturgiques, mais il est aussi dans sa calligraphie, la façon d’éditer ses œuvres et jusque dans la reliure de ses manuscrits.C’est ainsi que le cahier de Estampes est couché sur vélin, format in quarto, relié en plein cuir anglais, l’intérieur en soie moirée avec motifs byzantins sertis en or.C’est une véritable délectation que de tenir dans ses mains ce chef-d’œuvre de la reliure.Je rappelerai encore que Laudes a été édité par souscriptions, à raison de $20.00 l’exemplaire.Voici en quels termes l’ouvrage a été annoncé aux souscripteurs.«Laudes est une merveille d’art typographique.Imprimé sur grand vélin, crème, de Rives, à la cuve, format 27, 94, par 20, 32, centimètres, en caractère Plato de Benedictis, de Bologne, fondus spécialement, l’ouvrage présente un aspect sobre et distingué.La première lettre de chaque poème est formée par une onciale, qui se dessine en marge du texte.Les trois premières lignes sont en capitales.La couverture, rempliée, est en vélin des manufactures impériales du Japon.Au centre du verso, une onciale rouge-éteint est sertie dans un anneau sombre.Cette édition constitue un chef-d’œuvre.Rien de plus élégant à la fois et de plus discret.Le maître-imprimeur, Marvin et fils, a apporté à son exécution sa longue expérience du métier, son goût très sûr, et tout ce que la conscience professionnelle, servie par une étude intelligente des modèles, peut inspirer ».Adolphe Robert.(à suivre) 1.P.34; 2.Pp.110-115.Le Canada Françaib, Québec,
de

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