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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'abbé Hospice-Antelme Verreau: II
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1943-06, Collections de BAnQ.

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L’abbé Hospice-Antelme Verreau II.—Les RÉALISATIONS A la Société historique de Montréal.—Le travail aux Archives.— Les publications On aurait tort de limiter l’œuvre accomplie par Verreau dans le domaine de l’Iiistoire aux seules publications — volumes ou articles — portant sa signature.Que de travaux, par exemple, parus sous d’autres noms d’auteurs et dont il était l’inspirateur plus ou moins déguisé ! Dans sa monographie sur Les Ramezay et leur château, M.Victor Morin citait du professeur Aubin un article sur les origines écossaises de cette famille, « probablement inspiré par l’abbé Verreau.» 2 En 1887, l’abbé — plus tard Mgr — Laflamme, présentant à la Société Royale un essai sur le Dr Sarrazin, reconnaissait loyalement, à l’aide d’une note, qu’une grande partie de sa documentation lui avait été fournie par le savant Principal.En cherchant bien, on trouverait sans doute maints autres cas similaires.L’abbé, d’ailleurs, se voyait à tout moment prié par des travailleurs de leur fournir tel ou tel éclaircissement, telle ou telle référence.« On me demandait, avoue-t-il, une date, un renseignement, une étude sur un fait particulier, comme la chose la plus facile du monde.» Et ees quémandeurs portaient souvent des noms illustres ! Avant de mentionner ses ouvrages, je veux rappeler la part prise par l’abbé Verreau aux travaux de la Société historique de Montréal et à la formation de nos archives canadiennes.Dès son élection, Verreau devint l’âme de la Société.Ce n’était certes pas un président passif ! Il savait intervenir à propos pour demander des précisions ou en fournir, prenait part aux discussions, et, en cas de doute, on recourait invariablement à son arbitrage.1.Voir Le Canada Français, mai 1943.2.Cahiers des Dix, n° 3, p.18.Le Canada Français, Québec, l’abbé verreau 751 C’est à son initiative qn’on doit la formation d’une bibliothèque, les relations avec diverses autres sociétés, comme celle des Antiquaires de Normandie, les échanges de périodiques, qui font affluer au secrétariat des publications de tous genres et de tous pays.Dans l’attribution des travaux, le Président s’arroge souvent la part du lion.Dès le 20 décembre 1860, c’est un essai sur le Dr Sarrazin qu’il annonce: nous avons vu que l’abbé Lafiamme s’en était ensuite chargé.Mais Verreau lit le 27 février 1861 une étude critique sur (( L’Établissement de la foi, du Père Leclercq; » le 26 juillet 1865, une « Histoire des petites écoles de Montréal )>; le 29 novembre 1871, « Le Saguenay en 1851 » — ce dernier texte demeuré introuvable.Sous sa présidence, la Société publie plusieurs œuvres de valeur, telles que l'Histoire du Montréal, de Dollier de Casson, le Voyage de Galinée, une traduction du Voyage de Kalm au Canada.Et lui-même fait paraître son Invasion dans cette série.Parfois, c’est le Président qui, en l’absence du Secrétaire, rédige le procès-verbal.On reconnaît la griffe du maître, non seulement à cette écriture régulière et serrée, mais encore à l’allure d’une synthèse claire et ramassée, qui nous restitue jusqu’au « climat » de la séance.Au temps de l’abbé Verreau, on semblait moins prodigue qu’aujourd’hui de plaques commémoratives, « ces croix d’honneur des maisons », comme G.Lenotre les appelle.Cependant, guidée par son président, la Société se préoccupe de la conservation des reliques de notre passé.En février 1861, avant qu’on démolisse l’ancien Hôtel-Dieu de la rue Saint-Paul, Verreau obtient de l’évêque de Montréal et de la supérieure des Hospitalières les autorisations nécessaires pour faire « prendre les plans de ces vieilles bâtisses.» Enfin, c’est à lui que revient, en partie du moins, le mérite d’avoir fait ériger sur la Place Royale, en 1894, le monolithe qui rappelle le débarquement de Maisonneuve et de ses compagnons.Il donna la commande des plaques de bronze qui en ornent les quatre faces, et choisit les deux textes du P.Vimont et de M.Olier.vol.XXX, n° 10, juin 1943. 752 LE CANADA FRANÇAIS Ces états de services, qui n’ont pas la prétention d’être complets, montrent suffisamment que l’abbé Verreau sut bien employer ses heures pendant les quarante-deux ans de sa présidence ! C’est en 1874 que Verreau entreprit la traversée de l’Atlantique pour le compte des Archives fédérales h II s’ouvrait du projet à ses collègues, dans la séance du 28 mai, dont le procès-verbal est de sa main.Arrivant d’Ottawa, il explique « le but de la mission que le Gouvernement canadien lui a confiée: c’est d’aller en Europe étudier les manuscrits qui se rapportent à notre histoire, et d’indiquer ceux qui méritent d’être copiés.Il se rendra à Londres, à Paris et à Rome.Il s’embarquait — à Montréal ou à Québec — le 15 août.Son Journal, déjà cité, nous renseigne sur ses sentiments personnels.Il y aurait à relever, dans ces pages, plus d’une considération curieuse sur le peuple anglais, sur les Canadiens qu’il rencontre en Angleterre: ainsi, dit-il, ils parlent beaucoup d’« Henri V » et cherchent à voir l’impératrice Eugénie ! En novembre, une visite à l’ancienne capitale de la Normandie nous vaut ce souvenir: « Quand maman me chantait A Rouen 1 à Rouen 1 j’étais bien loin de penser y venir un jour ! » Un peu plus tard, c’est Paris ! Son émotion augmente à mesure qu’il approche, nous confie-t-il ! et, en descendant à la gare Saint-Lazare, il éprouve simplement la sensation du « déjà vu )) ! Cependant, comme on étudie ici l’historien, c’est le volumineux Rapport adressé par Verreau au ministère de l’Agriculture qu’il faut consulter, pour apprécier son travail d’archiviste.Nul n'était mieux qualifié que lui pour aller interroger les parchemins de l’ancien monde sur les origines de notre pa,\s.Nanti des plus hautes recommandations officielles, il visite à Londres les collections du British Museum, de l’État, du Colonial Office, de la Société Royale, où il feuillette les 56 tontes des Dorchester Papers.L’accueil bienveillant des conservateurs du British Museum lui a été particulièrement sensible.Là comme ailleurs, 1.Et non des Archives « de Québec », comme l'affirme VEncyclopaedia of Canada, art.Verreau.Le Canada Français, Québec, l’abbé verreau 753 il a examiné les manuscrits relatifs au Canada, notant soigneusement ceux qui lui semblent dignes d’être copiés.Après un séjour de plus de deux mois en Angleterre, il franchit la Manche: à Bruxelles, rien à glaner; à Lille, il admire « seize grandes salles, mais.c’est tout.)) Et parmi les nombreuses villes qu’il visitera, mentionnons une fois pour toutes: Rouen, Bordeaux, Marseille, Toulouse (où on lui montre une Vie du Père Jogues), Annecy, Chambéry, Grenoble.Il pensait recueillir à ce dernier endroit quelques renseignements sur les officiers et soldats du régiment de Carignan.Il est déçu, de même qu’à Bourg-du-Péage, chez le marquis de Pizançon, de la famille de Mgr de Saint-Vallier: les papiers de l’ancien évêque do Québec sont perdus, paraît-il.C’est naturellement Paris qui retient surtout notre chercheur.Il se sent « littéralement noyé » à la Bibliothèque Nationale.Il est vrai qu’à son avis on n’y travaille pas dans des conditions aussi favorables qu’au British Museum.Léon Gautier, conservateur, l’accueille aux Archives, mais Verreau est « loin d’obtenir tout ce qui est mentionné au catalogue » ! Quoique les employés soient en vacances, on lui facilite les recherches aux affaires étrangère*; mais c’est au ministère de la Marine qu’il se plaira le plus, ayant tout loisir de causer avec l’érudit Pierre Margry.Son rapport, clair et circonstancié, se termine par quelques indications sur les documents intéressant notre histoire, et que le hasard des révolutions a fait émigrer à Saint-Pétersbourg.En manière de conclusion, il recommande d’envoyer en Europe, dans l’intérêt de notre pays, de nombreux livres canadiens: ainsi, l’ouvrage de Tanguay, qu’on lui a souvent demandé.Puis il s’excuse de n’avoir donné qu’un point de départ ».Il est vraiment trop modeste.Pour cette importante mission, sérieusement remplie, il mérite d’être regardé, au même titre que Brymner, comme le créateur de nos archives fédérales, si justement admirées de nos jours.Mais il est temps de passer aux écrits de l’abbé Vereau.Us sont loin d’être tous connus.Que d’articles littéraires ou critiques, signés discrètement H.-A.V.et parfois point vol.XXX, n° 10, juin 1943. 754 LE CANADA FRANÇAIS signés du tout, doivent dormir dans les pages de nos revues et de nos journaux d’autrefois ! Il arrive qu’on en trouve en cherchant autre chose.Mon intention n’est pas de passer ici en revue toute l’œuvre historique de l’abbé Verreau.Je me contenterai de mentionner les travaux de quelque envergure b Verreau, comme je l’ai dit, avait débuté avec sa monographie du château de Ramezay.L’année suivante (1858), dans le même Journal de l'Instruction publique, il faisait paraître, avec une brève introduction et un commentaire historique, la mémoire du père Lafitau sur le Gin-sèng.Ses notes sont, suivant l’usage, très intéressantes, et mus montrent à la fois la vogue primitive de cette fameuse plante et le discrédit qu’elle connut ensuite: à preuve le dicton que notre érudit a entendu dans les campagnes: « Ça tombera comme le gin-sèng ! » L’année 1864 est marquée par la publication daus le même périodique de l’étude intitulée: Les deux Abbés de Fénelon, dont j’aurai à reparler en étudiant les procédés de Verreau.En 1868, la Minerve tire à part le Discours aux jeunes Zouaves.Enfin, le livre sur Y Invasion du Canada par les troupes américaines, en 1775, sort des presses de Sénécal au cours de l’année 1873.Promis depuis 1862, cet ouvrage est impatiemment attendu des érudits.Il est d’un joli format inoctavo, bien présenté, et les coquilles y semblent plus rares que dans les autres mémoires de la même collection.Dans une introduction critique, l’abbé Verreau indique ce que sera l’ouvrage une fois complet, car il devait se composer de quatre volumes, dont le dernier eût renfermé les pièces justificatives.En réalité, l’œuvre se borna à trois parties réunies en deux volumes.Tous les manuscrits, sauf un de l’honorable juge Baby, proviennent du fonds Viger.Là se trouvent groupés divers mémoires: celui de San-guinet, dit « le Témoin oculaire »; de Badeaux (des Trois-Rivières); un extrait de celui de Berthelot, puis Mes Services, par de Lorimier, dont l’orthographe était si sommaire.1.Un essai de bibliographie avait paru dans le Bulletin des recherches historiques de fév.1925: mais la bibliographie la plus complète de Verreau est celle (ms.) de Mlle G.Guérin, Ecole des Bibliothécaires de l’Université de Montréal, 1941.Le Canada Français, Québec, l’abbé verreau 755 Vient ensuite une collection de Lettres dites « non officielles )), et enfin la Narration authentique de l’échange des 'prisonniers faits aux Cèdres, dont la traduction a été confiée par Verreau à Marcel Etliier, son élève, promis à un sort tragique.Cet ensemble, on le voit, constituait une magnifique documentation sur la « guerre des Bostonnais », comme disait le populaire, et donnait un échantillon de ce que Verreau eût pu faire pour tous les manuscrits de Viger, s’il en avait eu le loisir.A partir de janvier 1875, paraissent dans la Revue canadienne les Lettres de Mère Marie-André Regnard Duplessis de Sainte-Hélène, dont Verreau a découvert « par hasard » le manuscrit aux Archives nationales de Paris.Écrites de Québec, la première en 1716, la dernière en 1758, ces lettres, à en croire notre érudit, peuvent jusqu’à un certain point être comparées à celles de Marie de l’Incarnation: « celle-ci est plus au courant des événements, il est vrai, en parle plus volontiers et sait mieux les prévoir: c’est une femme — j’allais dire un homme — supérieure.Marie Duplessis écrit moins.D’ailleurs, on lui demande moins de détails, car la curiosité française commence à être satisfaite et se porte sur des sujets plus nouveaux.» ' Verreau eût bien voulu nous donner une biographie complète de cette religieuse; faute de temps, il laisse ce soin à quelque main habile « qui saura compléter les notes qu’il fournit et tirer de cette vie féconde de nouveaux joyaux pour orner le fronton de la vénérable Église de Québec, mère de toutes les Églises canadiennes ».Pendant la durée éphémère de la Revue de Montréal (mars 1877—juillet 1880), Verreau collabora à cette publication.Entre autres articles il y fit paraître une étude sur ja Suppression des Relations de la Nouvelle-France.Peu après son entrée à la Société Royale (1882), il donne une edition, avec notes explicatives, excellentes pour l’époque, des Véritables motifs, « l’une des plus belles pages de« Gesta Dei per Francos ».D’année en année, il fournira ainsi des notices, de bref mémoires à la docte compagnie.Ces travaux portent sur les 1.Revue canadienne, année 1875, passim.vol.XXX, n° 10, juin 1943. 756 LE CANADA FRANÇAIS sujets les plus divers: voyages de Jacques Cartier, commencements de Montréal, de l’Église du Canada, etc.Vers 1890, la production littéraire de l’abbé Verreau diminue manifestement: il a soixante-deux ans, et se voit accaparé de plus en plus par son oeuvre pédagogique.Cette année-là il doit s’excuser auprès de M.Leblond de Brumath: il n’a pas eu le temps de lire le manuscrit de l'Histoire populaire de Montréal, mais ne doute pas que, « vu les succès passés de l’auteur »,.etc., etc.Naturellement, celui-ci donne une allure de préface à cette lettre et la publie comme telle.Cette nomenclature, forcément incomplète, donne une idée de l'activité de l’abbé Verreau dans le champ de l’histoire.N’est-il pas admirable qu’il ait pu écrire tant et si bien, investi qu’il était d’une charge suffisant déjà à remplir une vie d’homme ?Mais, parmi les ouvrages de l’abbé Verreau, il en est un qui mérite que nous nous y arrêtions particulièrement, pour essayer d’y découvrir les secrets de sa méthode: c’est son étude sur Les deux Abbés de Fénelon.Ce travail avait d’abord paru en articles dans le Journal de VInstruction publique, de février à novembre 1864.Trente-quatre ans plus tard, en 1898, invité par M.Pierre-Georges Roy à lui donner quelque chose pour sa collection dite Bibliothèque canadienne.Verreau laissa prendre ses Fênelons, après y avoir fait quelques légères retouches.Sous prétexte de tirer au clair un simple point d’histoire, le voilà entraîné beaucoup plus loin, amené à nous tracer une grande fresque de l’époque la plus brillante de l’ancien régime.Grâce à lui, nous jugeons les positions respetives des « puissances », du clergé, des sauvages, vers 1670.Pour ce faire, il s’appuie surtout sur des originaux — ce qui n’est pas d’un mince mérite, en 1864, alors que uos archives n’ont pas même subi un commencement d’organisation.Il faut voir d’abord à quelle occasion ces pages furent publiées, car Verreau n’écrit pas pour écrire: il a besoin d’être inspiré par la découverte d’un nouveau filon, comme au temps où Viger lui lègue ses trésors, ou bien par l’apparition de quelque grossière erreur historique, et tel est le cas aujourd’hui.Le Canada Français, Québec, l’abbé verreau 757 En 1863, la Correspondance littéraire de Paris reproduit la lettre d’un lecteur émettant l’opinion que le futur archevêque de Cambrai serait venu au Canada en ses jeunes années Un second lecteur rechérit et affirme avoir découvert aux archives de la Marine une preuve écrite de cette odyssée.Verreau a vite rétabli les faits: il s’agit, non du grand Fénelon, mais de son demi-frère, plus vieux que lui de dix ans, au surplus sulpicien et passé en Canada comme missionnaire.La confusion n’est pas nouvelle, explique notre érudit.Il cite les assertions fantaisistes du P.Hennepin, d’un membre de la Société historique de New-York, de Brasseur de Bourbourg, si énergiquement réfuté naguère par son ami Ferland.Cela dit, Verreau ne voit pas pourquoi il se garderait de raconter l’histoire singulière de ce missionnaire, qui se découvre subitement une vocation d’évangéliste en lisant les Relations des Jésuites, exerce son zèle à Kenté et à Gentilly, avant de se brouiller à mort avec son ex-ami Frontenac, qui le réexpédie en France.A diverses reprises éclatent dans ces pages les vastes connaissances de Verreau en histoire générale.Elles dépassent de beaucoup le cadre du sujet, par exemple quand, s’inspirant de Bausset, il nous entretient des alliances et relations des Fénelon: « Le comte de Frontenac et le marquis de Fénelon (oncle du sulpicien) étaient frères d’armes, écrit-il.Tous deux arrivaient de Candie où il s’étaient rendus, le premier désigné par Turenne comme le plus digne de commander l’armée vénitienne, le second, comme volontaire à la tête de quatre cents gentilshommes.» L’existence parmi les sauvages, la sensation créée dans la chapelle de l’Hôtel-Dieu par le trop fameux sermon, les scènes du procès: tout cela est vraiment bien rendu.Et quelles délicates considérations sur la fin obscure de ce pauvre abbé: « Il mourut en France, en 1679, dans toute la vigueur de l’âge — il n’avait que trente-huit ans—usé sans doute par ses travaux de missionnaire et par une énergie désormais condamnée à l’inaction.Il disparaissait de la scène du monde précisément au moment où son jeune frère commençait à y briller, lui laissant un héritage que celui-ci vol.XXX, n° 10, juin 1943. 758 LE CANADA FRANÇAIS avait songé un instant à recueillir.» Suit un joli parallèle entre les caractères des deux frères.Qu’à côté de ces beautés réelles il se soit glissé dans l’œuvre quelques erreurs de détail, elles sont bien plus imputables aux lacunes de la science historique de l’époque qu’à la négligence de l’auteur.Certaines de ses hypothèses ne se sont pas trouvées vraies, mais il ne les avait point avancées comme étant des certitudes.Les citations abondent sous sa plume, mais elles étaient neuves, alors, et il donne d’ailleurs toutes références à l’appui.Et ce n’est pas tout.Hanté par cette énigmatique figure — d’autres devaient l’être après lui — Verreau cherche à réunir sur le personnage le plus de documents possible.En France, dix ans plus tard, il fera le voyage de Lille pour aller examiner le fonds provenant de Cambrai, dans l’espoir d’y découvrir quelque indice nouveau.Toujours obsédé par le même sujet, il compulse à Paris de nombreux dossiers relatifs à cette grande famille: j’y ai relevé les traces de son passage.Malheureusement, les susdits dossiers ne se rapportaient qu’aux Fénelon du XVIIIe siècle ! A ces indices, on reconnaît bien le véritable érudit, jamais pleinement satisfait de son œuvre, toujours soucieux de la perfectionner, de la tenir à jour.Nous savons déjà qu’il n’était pas de ces prétendus historiens qui font des livres en s’aidant surtout de bons ciseaux et d’un pot de colle.Le plus souvent, il travailla sur des documents de première main, voire sur des originaux manuscrits, et sa critique s’exerce en profondeur autant qu’en étendue.Quant à son style, il était sans artifice, différent en cela de l’écriture emphatique, grandiloquente de la plupart de ses contemporains.Pas de dissertations morales dans ses ouvrages: il se contente d’écrire tout bonnement l’histoire, laissant le soin de gloser aux politiciens et aux prédicants.Et cette belle simplicité a empêché sa prose de vieillir.Quand l’abbé Verreau mourut, en 1901, âgé de 73 ans, on put affirmer sans mentir qu’« il n’avait jamais courtisé la renommée.)) vol.XXX, n° 10, juin 1943. l’abbé verreau 759 Mais ses talents n’avaient pu demeurer ignorés de ses contemporains.Parmi les travailleurs qui le consultaient volontiers, et qui allaient même passer des journées entières à l’École normale pour s’entretenir avec lui, on cite Kingsford et Parkman, à qui il rendit sa visite.L’abbé A.Gosselin logea pendant quatre ou cinq semaines à la même enseigne, alors qu’il préparait son Mgr de Laval.Des honneurs nombreux lui furent décernés.Il faisait partie de diverses sociétés savantes canadiennes et étrangères, fut créé officier d’Académie par Jules Ferry, ce qui lui attira des critiques dans certains milieux.En novembre 1879, l’université Laval lui conféra le grade de docteur ès lettres,— d’abord, expliqua M.Cherrier, doyen de la faculté de Droit — « pour reconnaître les mérites de l’historien, et puis en souvenir du zèle déployé par lui dans la fondation d’une succursale montréalaise ».Mais, pour ne pas effaroucher sa modestie, il fallut recourir à une ruse habile: sous prétexte de lui faire voir (( un document intéressant », le recteur, M.Hamel, l’attira au Cabinet de lecture paroissial, où siégeait alors le Droit.Là, on lui remit le document en question — son diplôme de docteur honoris causa ! La mission en Europe que lui avait confiée le Gouvernement était une première distinction officielle; l’invitation du marquis de Lome à faire partie, en 1882, de la nouvelle Société Royale, en était une autre.Il fut ainsi l’un des membres fondateurs de notre Académie canadienne, quoiqu’il ne figurât pas sur la toute première liste préparée par Faucher de Saint-Maurice et retrouvée par M.Victor Morin.En 1887, Verreau devint titulaire de la chaire d’histoire à l’université Laval de Montréal.Après sa mort, ce fut, dans le monde savant, un concert unanime de regrets et de louanges.Mgr Laflamme célébra « son goût exquis, son instruction profonde [qui] faisaient de lui le critique le plus sagace et le plus sûr.» L’abbé Casgrain, après force compliments, croyait pouvoir ajouter la réserve suivante: « Si l’abbé Verreau avait un défaut.c’était de trop approfondir les sujets qu’il traitait.Il poussait l’érudition jusqu’à la minutie, et passait parfois un temps précieux à scruter des questions d’une importance vol.XXX, n° 10, juin 1943. 760 LE CANADA FRANÇAIS trop secondaire.Voilà pourquoi il n’a publié qu’un petit nombre d’écrits.» 2 Un tel jugement, n’est-il pas vrai ?peut se retourner, tout comme une maxime de La Rochefoucauld.A l’abbé Cas-grain, on rétorquera: « Votre erreur à vous fut précisément de ne pas assez approfondir.Et voilà pourquoi vous avez pu publier un si grand nombre d’écrits ! » Qu’on imagine par exemple, les papiers du chevalier de Lévis tombant plutôt entre les mains de Verreau: il ne les eût peut-être pas tous publiés — mais les éditions n’auraient pas exigé plus tard la révision intégrale entreprise par le regretté Ægidius Fauteux et interrompue depuis sa mort.M.Léon Gérin, à la Société Royale, parla des œuvres du distingué disparu, déplorant cependant que « les exigences de la vie pratique ne lui eussent pas permis de produire davantage.)) Mais l’éloge le plus éloquent, le plus compréhensif, parce qu’il s’adresse à l’homme et au prêtre autant qu’à l’érudit, fut prononcé en anglais par sir John Bourinot, secrétaire honoraire de la Société Royale, lors de cette session de 1901 à laquelle l’abbé Verreau eût assisté, si la mort ne l’avait frappé dix jours auparavant.Sir John disait: The abbé Verreau so eminent for this services to education and his knowledge of early French Canadian history, will be always regretted by those who enjoyed the high privilege of his friendship and had abundant opportunities of appreciating his graces of demeanour and his unvarying amiability.He represented a class of men who have done great honour to French Canada,-— men who are both scholars and gentlemen.His literary work was not large, but, such as it was, it showed him to be always a most conscientious and accurate scholar , and it is not too much to say that he has not left behind him anyone more deeply versed in the picturesque story of this country.But above all such accomplishment must we place the fact that he ever wore the white flower of a blameless life.Après de telles paroles, il semble qu’il n’y ait plus rien à dire.Cependant, il est permis, en 1943, de se demander si la postérité a su reconnaître tous les mérites d’un Verreau érudit et historien.On me répondra que Montréal possède Le Canada Français, Québec, l’abbé verreau 761 un buste en bronze qui rappelle ses traits: c’est un témoignage des normaliens qui se souviennent de l’éducateur et du principal.Pourquoi n’aurions-nous pas, quelque jour, à Montréal, une rue, une avenue Verreau, aux environs de ce parc Lafontaine où le savant abbé vécut les années les plus fructueuses de sa carrière?et pourquoi la ville de Québec, qu’il aimait tant, ne prendrait-elle pas une mesure semblable ?Cependant, le plus bel hommage, le plus pertinent, que l’on pût rendre à notre historien, consisterait à répérer et grouper, en vue d’une édition collective, ses divers articles, essais et opuscules dispersés en plusieurs journaux et revues devenus rares.On ferait ainsi œuvre doublement utile, puisque ce serait honorer la mémoire d’un grand Canadien, tout en rendant accessible à tous une érudition solide, intéressante et toujours actuelle.Abbé Armand Yon, D.Ph., L.es L.Les livres Ernest Psichari.Le Voyage du Centurion.Un vol.in-12 de 248 pages Réédité par Granger Frères, 54 ouest, rue Notre-Dame.Montréal.Le Voyage du Centurion, paru en 1915 après la mort de son auteur à Charleroi, vient d’être réédité par la Maison Granger Frères.Il est bien inutile d’analyser ici cet ouvrage, qui en est à sa 110e édition.On l’a lu et relu.La critique a célébré à l’envi la grandeur d’âme de Psichari, sa passion de la vérité, son amour de la solitude, qui lui ont fait retrouver Dieu au cours d’une campagne militaire qu’il dirigeait dans les sable de feu du Sahara.Le Voyage du Centurion, de Psichari, s’apparente aux Confssions, de saint Augustin.Les deux livres montrent la même ascension de deux âmes vers Dieu; la même passion du surnaturel en anime toutes les pages.D’où leur constante actualité.A.L.vol.XXX, n° 10, juin 1943.
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