Le Canada-français /, 1 mars 1945, Le caractère sacramentel et le sacerdoce du Christ: IV
Le caractère sacramentel et le sacerdoce du Christ (suite) Que le caractère soit une participation au sacerdoce du Christ, c’est là une vérité admise sans aucune difficulté par l’ensemble des théologiens M C’est bien ce que semble avoir prouvé, sans le vouloir, le R.P.Léonard Puech, o.f.m., dans ses articles sur le caractère 2.Cet auteur, on le sait déjà, condamne sans distinction ceux qui prétendent que l’enseignement thomiste sur le caractère, participation au sacerdoce du Christ, est universellement accepté par les théologiens, ou que cet enseignement a rallié les suffrages de presque tous les théologiens postérieurs à saint Thomas, ou que cet enseignement est unanime chez les théologiens *.Ce sont là, d’après lui, des expressions exagérées.Il n’est peut-être pas inutile de préciser ici le sens des expressions: consentement unanime, doctrine commune en théologie.Le consentement des théologiens est unanime simpliciter, i.e., absolument, rigoureusement, quand tous, sans exception, soutiennent d’une manière explicite tel point doctrinal.Il est unanime aequivalenter, i.e.moralement, quand tous sont censés consentir: pour cela il n’est pas nécessaire d’avoir le témoignage formel de chacun d’eux en particulier.Il peut arriver, en effet, que certains ne se soient pas prononcés sur la question: s’ils avaient eu cependant une opinion contraire, ils l’auraient sûrement manifestée.Ils n’en parlent pas, c’est donc qu’ils admettent ce que les autres auteurs enseignent d’un commun accord.Est-il besoin d’ajouter que l’opposition de quelques « loquentes in theo-logia » ne nuit en rien à cette unanimité morale ?.« Non est curandum si unus aut alter obscurioris nominis (vel notae singularitatis) auctor absque efficacibus rationibus 1.Cf.Le caractère sacramentel et le sacerdoce du Christ, dans le Canada français, Québec, XXXII, nov.1944, p.181.2.Culture, juin 1940, p.180-206.3.Culture, juin 1940, p.206.Le Canada Français, Québec, LE CARACTÈRE SACRAMENTEL ET LE SACERDOCE 485 et responsis, contra torrentem nitatur et extra communem chorum saltet » h Lorsque nous parlons de consentement unanime des théologiens, il est évident qu’il s’agit de consentement moralement unanime.Il importe de distinguer aussi, croyons-nous, entre une doctrine commune et la doctrine commune des théologiens.Une doctrine est dite commune quand elle est enseignée par beaucoup d’auteurs, même si plusieurs la contredisent.La doctrine commune, c’est celle qui est enseignée par la généralité des théologiens de renom dans les différentes Écoles.On peut, à la rigueur, s’écarter d’une doctrine commune; il serait dangereux de rejeter la doctrine commune des théologiens 2; il serait téméraire d’aller contre le consentement unanime des théologiens 3.Si le Père Léonard trouve exagéré que l’on parle de consentement moralement unanime à propos du caractère, participation au sacerdoce du Christ, il doit au moins reconnaître que c’est la doctrine commune des théologiens depuis le Moyen âge 4.En effet, la plupart des maîtres en 1.Wirceburgenses, 1, n.237; cité par C.Pesch, S.J., Institution es Propaedeuticae ad sacram Theologiam, ed.3a, T.1, Friburgi Brise., 1903, n.600, p.374.F.Dies amp, Theologiae dogmaticae Manuale, T.1, Paris, Desclée, 1933, p.59, 63.2.R.-M.Schultes, O.P., De Ecclesia catholica Praeiectiones apologeticae, Paris, Lethielleux, 1931, p.674: « Semper periculosum est reeedere a sententia plus minusve communi theologorum ».A propos de sentence commune, Pesch dit ceci: « Notandum est modum loquendi, qui non rare occurrit apud posteriores theologos scholas-ticos, sc.doctrinam aliquam esse communem, nihil aliud significare nisi doctrinam esse a multis bonis doctoribus receptam; ergo opposita potest simul esse communis, immo magis communis » (op.cit., n.599).Chan.C.Labrecque, Doctrine commune, opinion commune, dans la Semaine Religieuse de Québec, XXIII, 7 février 1935, p.361.3.M.Cano, De Loc.theol., lib.12, c.10 (Patavii, 1727.) Joan, a S.Thoma, Cirs.theol., T.VIII, disp.11, a.2, n.12, p.314 (Vivès).^ Joan, a S.Thoma, Cuts, theol., T.I, disp.2, a.12, n.9, p.407: « Sextus locus est auctoritas sanctorum Patrum Ecclesiae — Septimus est auctoritas theologorum scholasticorum — Ista duo loca de se faciunt auctoritatem ita magnam, quod oppositum est temerarium.» 4.Le Père Léonard s’élève surtout contre le R.P.Durst, O.S.B., qui écrit dans Xenia thomistica, T.II, Romae, 1925, p.541: « Sanctus Thomas naturam characteris sacramentalis determinans docet, eum esse quamdam participationem sacerdotii Christi et deputationem ad cultum Dei secundum ritum religionis christianae.Haec definitio, quam Doctor angelicus primus omnium proposuit, a theologis posterioribus unanimi fere consensu recepta est, ita quidem ut jam ad doctrinam traditionalem scholarum theolo-gicarum pertineat ».vol.XXXII, n° 7, mars 1945. 486 LE CANADA FRANÇAIS théologie affirment catégoriquement que le caractère est une participation au sacerdoce de Jésus-Christ: saint Thomas, Cajetan, Billuart, Tolet, Grégoire de Valence, Bellar-min, Suarez, Vasquez, Jean-de-Saint-Thomas, les Carmes de Salamanque, etc .Bien plus, aucun théologien de bonne marque ne met en doute l’enseignement de l’Ange de l’École, de l’aveu implicite du Père Puech qui ne mentionne pas une seule voix nettement discordante.Le Père Léonard est peut-être le premier théologien depuis le XlIIe siècle à trouver que « la théorie thomiste », comme il l’appelle, n’est pas satisfaisante et qu’elle ne s’impose pas aux esprits sérieux.Elle s’est imposée pourtant durant sept siècles et aux plus grands esprits.Quand nous lisons dans Culture ces lignes audacieuses: « Cette théorie renferme des lacunes et des obscurités qui nous autorisent à chercher autre chose », nous pensons tout naturellement aux paroles de Gonet: Hic auctor aurum et margaritas abjicit ut vitrum et festucas colligat b Nous serait-il permis de faire au Père Léonard une autre remarque ?Ses écrits laissent entendre que l’autorité de saint Thomas est, après tout, celle de n’importe quel autre chef d’école.Le Docteur Angélique s’est peut-être trompé un peu moins souvent que les autres, mais enfin rien de plus répugnant que l'aveugle et suffisante crédulité dont il est l’objet de la part de certains esprits 2.Si ses « théories » ne nous vont pas, libre à nous de les mettre de côté et de chercher ailleurs: « personne alors n’aura le droit de crier à la témérité ou de soupçonner notre orthodoxie ».1.Gonet, Clypeus theol.T.III,p.2, disa.1, p.16 (Vivès).2.Cf.Culture, juin 1941, p.166.Le P.Puech cite ici les paroles du Père G.-M.Lussier, O.P., Avec saint Thomas, dans la Revue Dominicaine, 1941, XLVII, p.132-133.Jean de Saint-Thomas rapporte un texte de Durand que le E.P.Lussier et le R.P.Puech signeraient sans doute volontiers: « Plures sunt, dit Jean de Saint-Thomas, qui communiorem Thomis-tarurn consensum in sequendo ad unguem Magistri sui sensu et doctrina, aut pertinacem mentem censent, aut ut simplicem irrident.Non nova neque recens est censura ista.Brevi post sancti Doctoris mortem, Durants (in praefatione ad primum librum Sententiarum) in hoc violentiam ingeniis inferri vociferatus est: Compellere, inquit, seu inducere aliquem ne doceat vel scribat dissona ab iis quae determinatus doctor scripsit, est talem doctorem praeferre sacris doctoribus, praecludere viam inquisi-tioni veritatis, et praestare impedimentum sciendi, et lumen rationis non solum occultare sub modio, sed comprimere violenter ».Cf.Jean, a S.Thoma, Curs, theol., T.1, Tr.de approbatione et auctoritate doctrinae angelicae divi Thomae, disp.1, a.1, p.223, (Solesm.) Le Canada Français, Québec, LE CARACTÈRE SACRAMENTEL ET LE SACERDOCE 487 Nous devons sans doute avoir un grand respect de la vérité révélée par le Christ et enseignée par l’Église, mais « en même temps une grande et sainte liberté de l’esprit, quand il s’agit de la tâche, toujours nouvelle et jamais achevée de comprendre à notre tour cette vérité et de la formuler pour notre temps » h Du respect pour les dogmes, cela s’impose; à l’égard de saint Thomas, une certaine indépendance d’esprit, car autrement, « on court le risque de cesser de penser pour tomber dans un verbalisme et un formalisme creux, sans rapport avec la réalité, sans intérêt par conséquent pour personne » 2.D’ailleurs « seul l’homme de pensée est un éveilleur d’intelligences.Comment le serait-on avec la conviction que les grands scolastiques (et il est surtout ici question de saint Thomas) ont soulevé tous les problèmes et trouvé toutes les réponses » 3 ?C’est pourtant Sa Sainteté le Pape Pie XI qui, le 12 décembre 1924, disait aux étudiants du Collège Angélique de Rome: « Votre expérience personnelle vous a appris que c’est la caractéristique des saints Évangiles de renfermer pour toutes les occasions, toutes les circonstances, toutes les difficultés, tous les problèmes, une parole adaptée, une suggestion utile.Et cela parce que l’Évangile est la parole de Dieu.Une autre œuvre qui porte cette caractéristique divine, c’est l’œuvre de Thomas d’Aquin.Lisez-le, con-sultez-le bien et vous trouverez une solution pour toutes les questions, tous les problèmes.Qu’il soit donc votre lumière )) ! * C’est le Pape qui parle.Et que de Souverains Pontifes ont tenu pareil langage depuis le Moyen âge.On se souvient du témoignage particulièrement laudatif de Clément VIII: « Hic siquidem honor virtutibus ejus cum admirabili doctrina conjunctis, optimo jure debetur: et doctrinæ quidem testis est ingens librorum n umerus, quos ille brevissimo tempore in omni fere disciplinarum genere, singulari ordine ac mira perspicuitate, sine ullo prorsus errore conscripsit; in quibus conscribendis interdum sanctos Apostolos Petrum et Paulum colloquentes, locosque illi quosdam Dei jussu enarrantes habuit: et quos deinde cons- 1.Culture, juin 1941, p.167.2.Loc.cit.3.Loc.cit.4.Ce texte est rapporté dans la Semaine Religieuse de Québec, 16 oet.1930.vol.XXXII, n° 7, mars 1945. 488 LE CANADA FRANÇAIS criptos expressâ Christi Domini voce comprobatos audivit * l.Saint Thomas n’est donc pas un docteur comme les autres, c’est le Docteur commun, c’est le Docteur universel, c’est le Théologien par excellence, comme on dit d’Aristote qu’il est le Philosophe.Nous lui devons par conséquent plus de respect et de soumission qu’à n’importe quel autre, parce que l’Église elle-même agit de la sorte et nous commande de l’imiter 2.Benoît XV ne pensait pas du tout comme Durand; il a cru bon en effet de féliciter l’Ordre de saint Dominique «non pas tant d’avoir nourri le Docteur Angélique que de ne s’être jamais, dans la suite, éloigné de son enseignement, ?ioii pas même l’épaisseur d’un ongle » 3.Qui oserait maintenant parler « d’aveugle et suffisante crédulité », puisque suivre pas à pas l’Ange de l’École mérite les éloges de la plus haute autorité de la terre ?Les Papes seraient-ils crédules ?L’Église aurait-elle agi d’une manière inconsidérée en louant universellement et sans aucune exception l’enseignement du Docteur commun ?Aucun catholique ne voudrait le prétendre.Nous devons donc conclure des recommandations si formelles, des approbations réitérées et absolues de l’Église que la doctrine de saint Thomas ne contient rien d’erroné ni d’insoutenable; bien plus, nous pouvons affirmer qu’elle possède toutes les conditions requises pour être préférées à n’importe quelle autre, parce qu’elle est plus véridique, plus conforme à la vérité: « Non solum approbatio ista doctrinæ D.Thomæ negative acci- 1.Acta SS.Martii 1, 743; cité par Jean de Saint-Thomas, op.cit., disp.1, a.2, p.235, (Solesm.) 2.Cf.Joan, a S.Thoma, op.cit., disp.1, a.3, p.245, (Solesm.); « Reliqua vero testimonia Pontificum etiam praelationem et excellentiam hujus doctrinae prae reliquis, praesertim prae his quae illi sunt contrariae, satis manifeste probant; nam Pius V dicit «esse certissimam regulam christianae doctrinae », ergo inter Christianas est excellentior; ly enim « certissima » etly « régula » non potest nisi de suprema et excellentiori verificari.Similiter cum Joannes XXII dicat (( non sine divina infusione esse perfectam », manifeste illam elevat super cmnes alias doctrinas simili infusione caelesti non suffultas: ergo prae illis necessario debet esse convenientior et excellentior, aut hoc testimonium non subsistit.Quod si des mihi aliam doctri-nam infusione caelesti perfectam, de ilia non loquor; sed tabs non erit contraria Divo Thomae.Non potest autem esse excellentior et convenientior doctrina, nisi in suo gradu sit certior pro veritatibus certis, et probabilior pro probabilibus, et pro omnibus convenientior et veritati inhaerentior ».3.Cf.Semaine Religieuse de Québec, 31 mars 1942.Le Canada Français, Québec, LE CARACTERE SACRAMENTEL ET LE SACERDOCE 489 pienda est, scilicet quod nihil in ea sit indefensabile vel erroneum: sed etiam positive, quod habeat condiciones et requisita ut omni alii præferatur in certitudine vel proba-bilitate, in methodo et ordine, in convenientiori modo ex-plicandi difEcultates, et aptiori ad defendendum res fidei; et sic omnibus pensatis, est magis veridica et sincerior, et conformior veritati i).1 Certains théologiens devraient méditer davantage cette grave réflexion de Jean XXII, lors de la canonisation de saint Thomas, en 1323: «Saint Thomas a donné plus de lumière à l’Église que tous les autres docteurs; dans ses livres un homme apprend plus en un an que pendant toute une vie dans l’enseignement des autres » 2 Et Pie X a confirmé ce jugement: « L’expérience des siècles fait connaître, et il apparaît de plus en plus, combien est vraie l’affirmation de notre prédécesseur Jean XXII » 3.Nous terminions notre précédent article en disant un mot des théologiens modernes.On nous permettra d’y revenir aujourd’hui.Selon le Père Léonard, la plupart admettent que le caractère est une participation au sacerdoce du Christ, mais cette participation reste accessoire; elle apparaît depuis quelques années et chez quelques auteurs seulement comme l’idée vraiment centrale de la doctrine du caractère.Nous l’avons prouvé déjà, cette notion de participation domine le long Commentaire de Jean de Saint-Thumas.C’est cette pensée maîtresse qu’on retrouve dans les ouvrages de plusieurs modernes qui se sont donné la peine de développer un peu la question du caractère.Et ce qui est intéressant à noter, c’est la tendance des auteurs du vingtième siècle à utiliser davantage cette interprétation du caractère afin de jeter plus de lumière sur la théologie de l’Action catholique 4.1.Joan, a S.Thoma, op.cit., disp.1, a.3, p.244, (Solesm.) 2.Bollandist., Mart.I.682 — cité par C.Pesch, op.cit., n.601.3.On pourra consulter, à propos des recommandations pontificales, Son Éminence le Cardinal J.-M.-R.Villeneuve, Quelques pierres de doctrine, Montréal, Beauchemin, 1938, p.113-142.4.Nous mettons délibérément de côté les manuels qui presque tous reproduisent en quelques pages l’enseignement de saint Thomas sur le caractère.vol.XXXII, n° 7, mars 1945. 490 LE CANADA FRANÇAIS Le renouveau thomiste de la fin du XIXe siècle a ramené l’attention des théologiens sur la féconde doctrine sacra-mentaire de l’Ange de l’École.Plusieurs docteurs allemands ont écrit sur le caractère, en particulier Scheeben, Oswald et Brommer.Ce dernier a publié une enquête sur l’enseignement du caractère depuis les premiers scolastiques jusqu’à saint Thomas; c’est l’évolution de la doctrine générale du caractère qu’il entend surtout considérer depuis Pierre Lombard jusqu’à l’Aquinate b Dans le dernier chapitre consacré à saint Thomas, Brommer fait bien ressortir l’importance dans la Somme de l’idée du caractère, considéré comme caractère du Christ et participation à son divin sacerdoce.Le Père Léonard écrit en 1941 : « Dès le début de la Somme, saint Thomas pose en principe: Les sacrements de la loi nouvelle ont une double fin: remédier au péché et perfectionner l’âme en ce qui regarde le culte divin propre à la religion chrétienne.Toutes les différences entre saint Thomas et ses 'prédécesseurs proviennent de cette idée centrale » 2.Et ici le Père renvoie à Brommer pour bien montrer qu’il approuve ses affirmations en ce domaine.Or cet auteur dit justement que la relation du caractère au culte — par conséquent au sacerdoce du Christ dont le caractère est une participation — est l'idée centrale dans la Somme, sur laquelle repose tout l’enseignement thomiste 3.Comment concilier tout cela avec l’affirmation du Révérend Père, un an auparavant, à savoir que la (( théorie telle qu’elle se présente chez quelques auteurs avec la participation au sacerdoce du Christ comme le centre de toute la doctrine du caractère, c’est du nouveau et du tout récent en théologie » 4 ?Le Père Léonard mentionne les livres de Scheeben et il fait bien, car ce docteur a écrit des pages lumineuses sur le sujet qui nous intéresse.Il établit des rapprochements très heureux entre la consécration de l’union hypostatique chez le Christ et la consécration du caractère chez les prêtres 1.Die Lehre vom sakramentalen Character in der Scholastik bis Thomas von Aquirn inklusive, Paderborn, 1908.2.Culture, juin 1941, p.169-170.3.Op.cit., p.155.« 1st in der Sumna die Beziehung des Charakters zum Kult die Zentralidee.» 4.Culture, juin 1940, p.206.Le Canada Français, Québec, LE CARACTÈRE SACRAMENTEL ET LE SACERDOCE 491 et les fidèles.Pour Scheeben, comme pour l’Ange de l'École dont il reprend les pensées si profondes, l’idée de participation n’est pas du tout accessoire: c’est l’aspect principal de toute la doctrine du caractère.Chacun des caractères, répète-t-il, nous ordonne, nous habilite à l’activité cultuelle et sacerdotale du Christ; chacun nous consacre et nous députe à une participation active au divin sacerdoce de Jésus-Christ h En 1925, paraissait à Rome la « Xenia thomistica » 2.A la fin du second volume une remarquable étude sur le caractère sacramentel est signée par un Père bénédictin, le R.P.Bernard Durst, dont nous avons déjà parlé.Ce théologien a mis en un relief saisissant la connexion très intime qui existe entre le culte et le sacerdoce de Notre-Seigneur d’une part et le caractère sacramentel d’autre part.Le point de vue de la participation est ici fortement mis en lumière.Le caractère est essentiellement une puissance qui nous fait participer au sacerdoce de Jésus-Christ.Le Père Puech connaît sûrement cette dissertation, puisqu’il la critique.Nous nous étonnons alors de lire dans Culture: « On regrettera qu’aucun disciple de saint Thomas, du moins à notre connaissance, n’ait senti le besoin de prouver que les sacrements députent au culte et que tous les auteurs se soient contentés de poser cette affirmation comme un axiome » b II est pourtant reconnu que, parmi les modernes, le P.Durst est un de ceux qui ont le mieux démontré cette affirmation de saint Thomas: les sacrements députent au culte.Le Père Puech aurait-il encore une fois parcouru ces pages trop rapidement P Dans le Mystère du Christ du Rév.Père Héris, o.p., la participation au sacerdoce de Notre-Seigneur apparaît clairement comme le cœur de toute la doctrine du caractère.Le mystère du Christ, c’est le mystère de son divin sacerdoce.Le Père Héris n’a pas du tout l’intention d’innover.Il suit pas à pas la Somme théologique et les grands commentateurs.Au terme de son étude sur le caractère, il écrit: « Telle est la doctrine exposée par Jean de Saint-Tho- 1.M.-J.Scheeben, Die Mysterien des Christentums Freiburg i Br., Paderborn, 1931, p.554.2.Xenia thomistica, 2 vol.Romae, In Pont.Coll.Angelico 1925; De characteribus sacramentalibus, T.II, p.562-581.3.Culture, juin 1941, p.170.vol.XXXII, n°7, mars 1945. 492 LE CANADA FRANÇAIS mas », surtout a propos du caractère de la Confirmation h Le Père Léonard trouve que l’insistance sur le double sacerdoce conféré par le caractère, c’est quelque chose de tout à fait neuf en théologie et il rattache ce courant d’idées surtout aux écrits du Père Héris.Rien de surprenant que le Père Léonard découvre des nouveautés dans le Mystère du Christ, puisqu’il semble bien avéré qu’il n’a pas étudié suffisamment Jean de Saint-Thomas 2.En 1928 et 1929, la Revue thomiste publiait une série d’articles sur le caractère sacramental; ils étaient dus à la plume du R.P.B.D’Argenlieu, o.p.3.Comme hauteur prend soin de le faire remarquer lui-même, ces articles sont un large emprunt fait à l’ouvrage de Brommer dont nous avons parlé plus haut 4.Mais le Père d’Argenlieu a le rare mérite de souligner l’importance de la définition du caractère, puissance cultuelle nous faisant participer au sacerdoce du Christ.Au terme de ces travaux, le Père d’Argenlieu écrivait: « Il y a, en effet, dans cette vue comme une invitation très réelle pour nous à commencer nos études théologiques sur le caractère par une mise au point aussi précise 1.Ch.V.Héris, Le Mystère du Christ, Éditions de la Revue des jeunes, Paris, Desclée, 1927, p.279.2.Voici ce que dit le Révérend Père, â propos des Carmes de Salamanque: « Ces théologiens mentionnent la participation au sacerdoce du Christ, mais toujours à l’arrière-plan » (Cf.Culture, juin 1940, p.198).Donc cette participation est pour eux secondaire.Voici un texte formel qui démontre la fausseté d’une pareille affirmation:
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