Le Canada-français /, 1 novembre 1945, Huitième édition (Garneau)
Huitième édition (Gameau) L’Histoire du Canada de François-Xavier Gameau, malgré ses infortunes diverses, ses heures de gloire et les ronces de la critique, était à sa manière le témoignage de la culture d’un homme et d’une époque.Le discours préliminaire sentait son dix-huitième siècle à pleines pages; et le long des livres qui se partageaient la structure du vaste monument, on pouvait trouver des échos de Raynal, de Voltaire, de Michelet, de Lamennais, certain ton de déclamation comminatoire et fleurie propre à la fin de l’âge classique, et par endroits, de beaux tableaux romantiques chargés de couleur et de mélancolie.Partout le souffle d’un patriotisme intense mais sûrement maître de ses moyens.Ce François-Xavier Garneau pouvait montrer quelque candeur, laisser voir des faiblesses dans l’ordonnance de son ouvrage: à cause de ces faiblesses elles-mêmes, l’auteur nous était profondément sympathique.On sait qu’il avait essayé de se corriger, avec plus ou moins d’humeur, s’il faut en croire les bavards de son temps.Sa dernière édition passait pour inoffensive.On y retrouvait sans doute certains décalques trop visibles de ses maîtres, un esprit enoore un peu préjugé contre les pouvoirs ecclésiastiques et la primauté du spirituel.Mais de doctes Zoïles nous avaient prévenus, en souhaitant même avec une insigne maladresse le redressement interpolé du texte de Garneau : comme si la mort ne fixait pas définitivement la pensée et le témoignage d’un historien.A ce compte, pourquoi ne pas reprendre le texte de Flavius Joseph, les fresques de Bossuet, l’œuvre de Montesquieu, de Voltaire, de Michelet et des historiens de tout poil ?N’a-t-on pas parlé déjà de corriger Ferland, de lui donner une couleur moins cendreuse, d’adapter Michel Bibaud aux exigences les plus poussées de la science historique ?Garneau réparait donc et remanié.C’est du Garneau sans en être tout à fait; et quand on voudra lire l’authentique on devra retourner aux vieilles éditions tant décriées.Ce- vol.XXXIII, u° 3, novembre 1945. 166 LE CANADA FRANÇAIS pendant, pour entrer dans l’esprit du centenaire et faire, maigre tout, honneur à notre historien national, nous allons feuilleter les cinq tomes que nous avons sous la main, parus depuis un an aux Edition de l'Arbre, à Montréal.Le tome 1er nous offre une nouvelle introduction qui remplace avantageusement la préface de Gabriel Hanotaux de l’Edition Félix Alcari, et corrige l’ancienne introduction de M.Hector Garneau.Le discours préléminaire est escamoté: une lettre de l’auteur à Lord Elgin le supplante.C’est déjà beaucoup de l’ancien Garneau qui disparaît.Ce premier tome comprend deux livres avec chacun trois chapitres.Si vous avez des loisirs, lisez le texte récent en regard du texte d’autrefois.Vous remarquerez ici et là quelques changements, des corrections, des atténuations, des additions intéressantes allongées humblement entre crochets.La découverte de l’Amérique, la découverte du Canada et l’abandon temporaire du Canada font le seuil de la carrière immense.Nous avons là des récits bien conduits de luttes épiques, de voyages tâtonnants, de pirateries fraîches et joyeuses, capables de fournir substance à des romans innombrables.Les ennemis du temps ne sont pas des Anglais mais des Espagnols.S’ouvre ensuite l’histoire — déjà sombre — de l’Acadie, et, de nouveau l’histoire du Canada proprement dit.Le tome se ferme sur la description générale du Canada et une étude fouillée des nations indigènes.Dans le chapitre intitulé Acadie on a enlevé nombre de paragraphes où il était assez lestement question du catholicisme, du protestantisme, des Jésuites, .de « la dévotion sublime mais outrée du XVIIè siècle »l, des intentions de Madame de Guercheville.Dans la description générale du Canada, on remarquera des tableaux qui faisaient les délices de feu Henri d’Arles, sur les aurores boréales, par exemple.* On arrache au chapitre intitulé la Nouvelle-France jusqu’à la paix de Saint-Germain-en-Laye, les passages qui blâmaient Richelieu de ses grandes fautes; d’autres passages (1) Cinquième édition.Félix Alcan, tome I.p.60.(2) Huitième édition.L'Arbre, tome I.p.233.Le Canada Fbançaib, Québec, HUITIEME ÉDITION 167 relatifs à l’illustre Cardinal sont corrigés, en particulier à la page 219.Les erreurs du ministres deviennent « une sorte d’intuition géniale », des regards d’aigles dans les perspectives mystérieuses de l’avenir.Le premier volume se ferme donc avec une étude sur les nations indigènes.Cette étude vaut la peine qu’on la lise encore aujourd’hui.Vous y trouverez des menus tableaux d’une intense poésie, des pages parfaites que n’aurait pas reniées Chateaubriand.L’appareil scientifique du bas des pages a été délibérément omis.On l’a remplacé par une bibliographie importante qui suit chacun des chapitres.C’est là un des avantages de l’édition nouvelle.Il s’ajoute au premier qui est celui de présenter un texte sortable, plus accessible, en bouquins dont le format ne décourage plus personne.Le tome I se continue dans le deuxième volume qui comprend les livres III et IV : soit quatre chapitres pour le livre III et un seul pour le quatrième livre.Les premiers chapitres comportent des changements plus nombreux et plus sérieux.Quand il s’agit de la fondation de Montréal sourtout, c’est M.Hector Garneau qui prend la plume.Il ne manque pas d’adopter le ton de Georges Goyau et de tous ceux qui ont refait à leur manière l’origine de Ville-Marie: ton admiratif et peut-être un peu bénisseur.Marie de l’Incarnation, on s’en souvient, n’avait pas la part heureuse dans les premières éditions.Sa dévotion était du délire, sa mystique une pieuse chimère, nourriture peu solide des intelligences tendres et romanesques.* Ici l’héroïque femme reçoit justice.Les pieuses chimères deviennent les plus purs élans d’enthousiasme.* Les querelles religieuses sont beaucoup moins corrosives.Le texte se melliflue, se corrige, en particulier quand il s’agit de l’autorité et des droits des pouvoirs religieux et civils.Des paragraphes sautent, d’autres changent de place.L’arrivée de Mgr de Laval n’est pas relatée de la même façon.Autant Garneau (3) Édition F.Alcan, tome I.p.236.(4) Édition de l’Arbre, vol.II p.21.vol.XXXIII, n" 3, novembre 1945. 168 LE CANADA FRANÇAIS l’ancien paraissait préjugé, autant M.Hoctor Garneau semble bienveillant.Et pour en finir avec cette question, les pages 222 et 223 de l’édition Alcan (tome I) sont très sensiblement remaniées.Cependant la petite phrase que MM.les abbés Napoléon Morisset et Georges Robitaille auraient voulu voir s’effacer se retrouve à la page 171 du volume II.« Il s’était persuadé qu’il ne pouvait errer dans ses jugements s’il agissait pour le bien de l’Église.» Pourquoi cette tavelure dans le portrait de notre premier évêque, surtout lorsqu’on se préocupe un peu partout, dans ce deuxième volume, d’améliorer ( ?) taut de points ?Pour une fois on aura respecté le vieux mauvais Garneau et c’est do-mage.A propos de l’influence du secret sacramentel sur la conduite des ecclésiastiques à l’égard du justiciable, M.Hector Garoeau efface un passage assez scabreux.Le texte nouveau ne garde pas non plus les jugements défavorables de Garneau sur notre instruction populaire.5 6 Le livre IV dans Garneau l’ancien, se coiffait au chapitre 1er du titre claironnant Luttes de l'État et de l’Église.M.Hector Garneau abandonne ce titre aux allures belliqueuses pour la leçon plus modeste de Mézy à Frontenac.Il continue a mitiger l’acidité des versions anciennes sur l’âpreté du caractère de l’évêque et des Jésuites.Il apporte aussi des pages inédites sur le peuplement du Canada aux temps de Talon.Talon est d’ailleurs le figure dominante de cette période tourmentée d’adaptation.Les deux historiens gardent ici un texte identique, tout à la louange de l’intendant parfait.Ils brossent des portraits bien vivants des gouverneur, du gouverneur Frontenac, en particulier, que l’on voit déjà tout prêt à figurer dans les Médailles anciennes de M.Paul GouiD.On aime aussi à relire les épisodes héroï-comiques des chicanes entre FroDtenac, l’abbé de Fénelon et le gouverneur de Montréal.Le volume III est composé de deux livres, le quatrième et le cinquième: le quatrième avait été commencé dans le volu- (5) Édition F.Alcan, tome I p.233.Le Canada Français, Québec. HUITIEME ÉDITION 169 me II.A peu près la même architecture: deux chapitres pour le livre IV et trois pour le livre V.Gameau relate dans les premières pages de ce volume la découverte du Mississipi et les explorations du Cavelier de LaSalle.Deux grandes âmes que celles de Jolliet et de LaSalle.L’historien les a ressuscitées avec tout son art qui est merveilleux de simplicité, de rapidité et de couleur.M.Hector Garneau intervient discrètement ici et là.Il efface des grandes fresques les ombres trop portées, en l’espèce, des propos non contrôlés sur les Jésuites et sur les Croisés.Louis Jolliet a tenu l’alEche à Québec, vers la fin de septembre.On a discuté sur le lieu de sa naissance.Garneau et son continuateur, sans autrement s’émouvoir, écrivent: « né à Québec, vers le 21 septembre 1645, Louis Jolliet .»• Qui va résoudre le problème ?M.Hector Garneau coupe encore maints passages dans le chapitre intitulé le massacre de Lachine.Tout ce qui a trait aux Huguenots, aux « malheureux protestants », aux dragonnades de Louis XIV, passe par une catharsis implacable.Puis il laisse l’historien raconter la guerre iro-quoise avec ses antiques férocités qui étonnaient notre enfance.Les Iroquois n’avaient pas de camp de concentration, ni de fours crématoires, ni de salle de vivisection, ni d’avion, ni de bombes incendiaires, ni de lance-flamme.Un bon poteau, une terrible torture d’une nuit ou de quelques jours.L’humeur des hommes envers leurs frères n’a pas beaucoup changé, tandis que les moyens de souffrance collective ou particulière connaissent des raffinements singuliers après des années et des années de civilisation.Le massacre de Lachine marque surtout la faiblesse et l’inintelligence du gouverneur de la Barre.Le chapitre premier du Livre V donne « une description rapide des colonies anglaises, .une esquisse de leur origine, de leurs progrès, de leurs institutions, de leur puissance »T.Garneau offre dans ce chapitre l’exemple d’une impartialité qu’on ne peut prendre en défaut, d’une sérénité qui fait honneur à son métier d’historien.Pas de dénonciation enflammées, de menaces prophétiques à bon compte.Tout (6} Édition F.Alcan, tome I, p.295; Éditions de l’Arbre, vol III p.33.(7) Édition F.Alcan, tome I, p.245; Éditions de l’Arbre, vol III p.127.vol.XXXIII, n° 3, novembre 1945. 170 LE CANADA FBANÇAI8 au plus remarque-t-on le style des historiens romantiques où M.Hector Garneau risque sans trop de dommages, quelques échanges de mots.Et c’est à la fin de ce chapitre qu ’on rencontre le parallèle fameux entre le colon anglais et le colon français, avec le couplet ému où Garneau éprouve une sorte de joie majestueuse à chanter son pays et ses compatriotes, les Canadiens.Je cite: .«les Canadiens, peuple delaboureurs.dechasseursetde soldats; les Canadiens, qui eussent triomphé à la fin, quoique plus pauvres, s’ils avaient été seulement la moitié aussi nombreux que leurs adversaires! Leur vie à la fois insouciante et agitée, soumise et indépendante, avait une teinte plus chevaleresque, plus poétique que la vie calculatrice de ces derniers (les Anglais) »8 Le vieil écrivain serait fier de voir que rien n’a beaucoup changé chez le grand peuple poétique et chevaleresque.Il ignorerait l’idéologie tortueuse d’hypothétiques Laurenties accrochées dans les nuages.Le chapitre II raconte les combats qui ont précédé le siège de Québec et préparé la grande attaque.Garneau ne le cède à personne ici pour peindre des tableaux vigoureux, colorés, de ces batailles d’épopée que tour à tour ont célébrées la poésie, la sculpture et les romans; pour nous conter les escarmouches fantastiques dont nous sentions la grandeur sur le bancs de l’école et quand nous descendions en pèlerinage à l’église Notre-Dame-des-Victoires.Le chapitre III redit les exploits d’Iberville à la baie d’Hudson, sous le « ciel bas et sombre sur une mer qu’éclaire rarement le soleil, des flots lourds, dans le silence interrompu par les seuls gémissements de la tempête »8 II se ferme avec un jugement d’ensemble sur Frontenac.A la fin de ce livre, le vieux Garneau avait montré un peu les cornes.Il avait vu un parti clérical dans l’Évêque et les Jésuites; il préférait la politique de Frontenac à ce qu’il appelait un gouvernement théocratique: il n’était pas loin de se gaudir du sort de l’État jésuite au Paraguay.19 Le petit-fils passe sur ces misères un pinceau miséricordieux.(8) Êditi-on de l’Arbre vol III, p 170.(9) Édition de l’Arbre, vol.Ill, p.207.(10) .Édition F.Alcan^ tome I, pp.422-423.Le Canada Français, Québeo, HUITIEME ÉDITION 171 Par ailleurs il enrichit (entre crochets) tout le chapitre, de précision, d’additions séduisantes où notre goût du passé trouve généralement son compte.Le volume IV des éditions de l’Arbre ne varie pas sa composition.Pourquoi changer d’ailleurs une structure qui s’avère solide en même temps que lumineuse, aérée ?Nous avons donc les livres VI, VII, et le commencement du livre VIII.trois chapitres dans l’un, deux dans l’autre.Le livre VI fait revivre l’époque de l’établissement loui-sianais, les arrangements du traité d’Utrecht et les étapes de la colonisation au Cap-Breton.La description de la Louisiane révèle que Garneau savait voir.Rien en lui échappe du climat, des rivières limpides infestées de caïmans, de l’herbe odorante des prairies, refuge dangereux des serpents à sonnettes, des bocages aux palmiers élégants sous lesquels se glissent les farouches bêtes de proie.Dans ce décor de cinéma tragique se déroule le drame où Cavelier de LaSalle est assassiné par un des hommes de sa troupe.D’Iberville meurt lui aussi, mais usé de fatigues et de gloire.Autour du traité d’Utrecht, se tissent les événements les plus variés: la perte de Terre-Neuve et de l’Acadie, le désastre anglais de Walker à Pile aux Oeufs.Garneau passe avec aisance de la politique du Canada à la politique européenne, de Québec la petite capitale cancanière et tintinnabulante à Versailles où s’éteint un grand roi qu’il peint avec une sévérité sagace et une majestueuse mélancolie.Les deux Garneau se suivent pas à pas dans le dédale de ces catastrophes: 1 un ne modifie à peu près en rien les jugements de l’autre.La conspiration des Natchez, le système de Law et la découverte des Montagnes Rocheuses font la substance du livre VII.La conspiration des Natchez fournit à Garneau l’occasion d’une vive peinture des carnages de l’époque.Entre temps, l’historien aborde une page de l’histoire de l'Église canadienne.Récit pittoresque que le petit-fils n’a pas édulcoré.Tout au plus a-t-il enlevé une phrase et quelques paragraphes vol.XXXIII, n° 3, novembre 1945. 172 LB CANADA FRANÇAIS fleurant le gallicanisme: il s’agit de la mort de Mgr de St-Va-lier et des difficultés qui suivirent.Un peu plus loin il escamote un passage ayant trait au Cardinal Fleury et au» bravades du parlement français contre la Cour romaine.11 D’ailleurs un sérieux tremblement de terre apaise momentanément tous les querelles.Garneau l’ancien fait ensuite le récit des découvertes de La Vérendrye, le Canadien hardi qui se rend jusqu’aux Rocheuses, à travers des péripéties de splendeur et d’épouvantes.Le livre VIII nous met au fait du commerce en Nouvelle-France.Il s’ouvre sur un couplet mélancolique à la mémoire des peuplades indigènes disparues: « Au contact de la civi- lisation, elles tombent plus rapidement que les bois mystérieux qui leur servaient de retraite, et bientôt, selon les paroles poétiques de Lamennais, elles auront disparu sans laisser plus de trace que les brises qui passent sur les savanes.» Un autre passago, du petit-fils celui-là, moralise assez singulièrement.On s’étonne de le rencontrer avec sa grisaille: « Le désir d’adoucir la vie matérielle domine les âmes.La lutte se transporte dans la carrière où le prix convoité, l’ambition suprême est le bonheur de posséder les moyens de vivre en même temps que les objets de luxe.Quelle sera la durée de cet état d’esprit qui mène peut-être trop vite à la sensualité » P12 Puis les deux auteurs, l’ancêtre et le contemporain, nous décrivent les diverses formes de commerce: les pêcheries, la traite des pelleteries, la construction des navires, l’agriculture, le système monétaire.Vaste chapitre qui fera les délices des économistes: « Tout le monde commerçait, quelques religieux et les militaires comme les autres citoyens.Le Séminaire de St-Sulpice eut un navire sur mer ».u Que les temps sont changés! Le volume V prend le récit à la chute de Louisbourg et le conduit à la première bataille des plaines d’Abraham.(11) Édition F.Alcan, tome II p.44 et 48.(12) Édition de l’Arbre, vol.IV, p.240.(13) Édition F.Alcan, tome II, p.90; Édition de l’Arbre, vol IV, p.282.Lu Canada Français, Québec, HUITIEME ÉDITION 173 Ce récit remplit deux chapitres du livre VIII, trois du livre IX et un du livre X.Les deux textes coïncident assez souvent.Le chapitre sur la commission des frontières est tout de même assez remanié.M.Hector Garneau explique rapidement la question des « quelques arpents de neige vers le Canada », mince détail qu’on aurait pu laisser à Candide14 Un peu partout des précisions de dates et de fait.Les deux Garneau parlent, à cent ans d’intervalle, de la discipline militaire fort relâchée, des nombreuses désertions (p.70).Ils racontent sobrement la mort de Jumonville au sujet de laquelle VI.l’abbé Robitaille a monté un beau procès scolaire.Au livre IX, dans le début du chapitre 1er, M.Hector Garneau enlève quelques lignes sur les coups que se donnent en France, les Jansénistes, les Molinistes et les Encyclopédistes.Il enchérit à propos du portrait de Mme de Pompadour.Puis tout le long de ce chapitre consacré aux premières batailles de la guerre de sept ans, il suit la leçon ancienne, avec tout juste des précisions de détail.Nous revoyons le drame du Grand dérangement.Garneau le raconte comme Ferland le fera plus tard, avec une extreme objecti\ ite, avec le pathétique frisonDant de cette simplicité elle-même.Il sait aussi faire revivre la gloire de la Monongahéla; noter avec discrétion et délicatesse les différends qui surgissent entre les officiers venus de la métropole, le gouverneur et les soldats canadiens.Au chapitre II, nous trouvons une rédaction négligée qui nous surprend.Prenez la page 149 (vol V), et vous lirez entre crochets la remarque suivante: « L’auteur reproche ici à Montcalm .» etc.et plus loin: (( L’historien, croyons-nous, faute d’une information plus complète .» Quel est cet auteur, cet historien ?Nous croyions que M.Hector Garneau s était charge lui-meme de revoir entièrement l’ouvrage de François-Xavier Garneau.Qui est intervenu dans cette page avec cette maladresse?Est-ce le même qui enlève à Vau dreu il pour donner aMontcalm ?qui enlève à Louis XV « tout sens national ?» Le récit de la bataille de Carillon enflammait notre fierté; autrefois, quand le professeur expliquait au tableau noir la stratégie de Montcalm.Ce récit chez Garneau est (14) Édition de l’Arbre, vol V, p.51.vol.XXXIII, n° 3, novembre 1945. 174 LE CANADA FRANÇAIS admirablement conduit.Aussi se garde-t-on de la corriger.On cede cependant a la tentation de malmener Vaudreuil.Et la gloire de Carillon est bien gâtée par les bavardages acrimonieux qui attribuent aux Canadiens à la bataille une conduite fort médiocre; 16 et à Vaudreuil le grave défaut originel d’être Canadien.18 Le chapitre 1er du livre X termine ce cinquième volume.Le desastre final est retarde par la victoire de Mnntmorency.Mais une certaine indiscipline, quelque chose qui ressemble à une trahison, livre aux Anglais le passage de l’Anse au foulon.Montcalm risque sa dernière bataille: elle est son tombeau.On parcourt ce chapitre, malgré l’issue bien connue qui finit à Québec le régime français, avec des frisson d’espérance et de désespoir.Garneau comme ses maîtres, les historiens romantiques, donne aux combats une vie singulière, une fièvre à laquelle on se laisse prendre.Et le petit-fils a le bon goût de ne rien changer ici aux pages mémorables.* * * .Nous dirons plus tard un mot des volumes VI, VII et VIII que les éditions de l’Arbre ont bien voulu nous faire tenir.On a compris sans doute notre dessein : faire lire le vieil historien, le faire aimer.Les dessertation savantes sur les conditions actuelles de l’histoire, sur les exigences du genre ne sont pas notre fait.Bertrand Lombard.(15) Ibidem, p.233.(16) Édition de l’Arbre, vol.V, p.234.Lb Canada Français, Québec,
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