Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les Baillairgé
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (13)

Références

Le Canada-français /, 1945-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Les Bdillairgé École de Québec en sculpture et en architecture Quelques lettres d’affaires, datant de 1816 il y a plus de 125 ans — de la main de deux sculpteurs-architectes, du curé de la Baie-Saint-Paul et de l’évêque de Québec, nous placent au cœur du sujet: Les Baillairgé.Ces maîtres architectes et sculpteurs de Québec, pendant plusieurs générations, constituèrent une des familles d’artisans le plus remarquables, au pays.En 1815, Mgr J.-O.Plessis, évêque de Québec, écrivait à Messire Lelièvre, curé de la Baie-Saint-Paul: « Pour vous dire ce que j’en pense, Mr Dufresné n est point l’homme qu’il vous faut pour l’ouvrage en question.Une chaire en simple menuiserie ne vous suffirait pas.Vous voudrez de la sculpture et vous aurez raison.Or Mr D.n’est point sculpteur, mais menuisier.Il vaudra donc mieux convenir avec l’un des deux David, en obtenant, si vous le pouvez, un marché moins coûteux que celui que vous pré/sente Fleury (David); car £97 est un prix exhorbitant._ Ne pourriez-vous pas essayer de Mtr Baillairgé ?Demandez-lui une chaire semblable à celle de S1 Ambroise.Il n en a jamais fait de plus belle, et vous sauriez quel prix il demande.Il est meilleur ouvrier que les David et demanderait peut-etre moins .Le curé Lelièvre se rendit aussitôt a un conseil qui, de la part de son supérieur ecclésiastique, était impérieux.Après quelques échanges de renseignements, François Baillairgé ante (c’est ainsi que signait le chef des B., à cette période) écrivit la lettre suivante: « J’aurais dû répondre plus tôt à votre lettre ., mais j étais bien occupé à mettre en train l’ouvrage de S* Joachim qui n’est pas ordinaire et auquel il nous fallait, a moi et a mon fils (Thomas), apporter tous nos soins.Les proportions et le module sont d’un genre tout nouveau, surtout dans la partie auprès de l’autel.Nous sommes d’autant plus attachés à cette entreprise que nous voulons mériter la confiance que les principaux membres du clergé d’ici, ainsi que le curé de la dite paroisse, veulent bien avoir en nous.vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 244 LJE CANADA FRANÇAIS Votre ouvrage, étant venu en ce temps de crise, n’a pu d’abord attirer sur lui toute l’attention qu’il mérite, mais depuis quelque temps nous nous en occupons, et il ira de pair avec l’autre.Mais je vous demande de l’indulgence, quant au temps.Il nous sera impossible, vu la perfection que nous prétendons y mettre, de vous le livrer avant l’ouverture de la navigation de l’année prochaine .Ce qui nous empêche d’aller plus vite dans nos ouvrages c’est que nous faisons autant que possible notre sculpture riche, savante et naturelle, et qu’il faut absolument que nous la finissions nous-même.J’ai le fils de mon frère (Flavien) qui nous aide et qui a très bonne main pour cela: mais il aime peu cet ouvrage, et nous ne l’avons pas toujours.Si les autres entrepreneurs d’ornement d’église vont plus vite que nous, c’est qu'ils font tout si simple et si plat qu’ils y peuvent employer plus de mains.J’aurai besoin d’un tiers du prix convenu le plus tôt que vous pourrez me le faire parvenir.Si vous le voulez bien, cela nous mettra en bon train.Je suis monsieur, avec reconnaissance, Votre très humble et très obéissant serviteur, F.Baillairgé ante » Cette dernière lettre, déjà ancienne, nous met sur la piste de ce que nous cherchons aujourd’hui, à savoir: qui était ce Baillairgé et les autres artisans du même nom, quel était le caractère de leur œuvre, et quelles circonstances avaient donné naissance à cette correspondance.D’abord, qui était ce Baillairgé ante, dont le nom de baptême fut François ?Il était le chef d’une famille d’artisans dont l’atelier était situé à Québec; ensuite, architecte et artiste fort doué, dont les retables de chœur, les autels, les statues et les sculptures en partie seulement parvenues à notre connaissance, sont dignes d’admiration.Son talent professionnel s’appuyait sur la tradition et sur l'école.Sur la tradition: son père Jean, de qui il hérita sa profession, était architecte.Il était venu tout adolescent de Tours, sur la Loire, à Québec, en 1741 ¦—avant la Conquête.Le père de Jean (ou Jean “I”, comme les généalogues le désignent) était lui-même architecte en France.L’architecture dans sa famille était héréditaire.Elle l’est resté depuis, des deux côtés de l’Atlantique.Sur l’école: François naquit à Québec en 1759 — l’anoée de la Conquête; il alla aux écoles élémentaires, et à quatorze ans il devint apprenti-menuisier et sculpteur.Il étudia Le Canada Français, Québec, LE6 BAILLAIRGÉ 345 l’architecture plus particulièrement le style de la Renaissance, sous la direction de son père Jean et la sculpture, avec Antoine Jacson, le « compagnon » de son père.Il apprenait le dessin de maître Nicol, ingénieur suisse, alors le compagnon de son père.Plus tard, il étudia aussi les mathématiques.Son père devait êlre satisfait de lui puisqu’il l’envoya, à l’âge de vingt ans, compléter en France ses études.François étudia trois ans à Paris, de 1778 à 1781: la sculpta re et la peinture à l’Académie royale; la peinture historique et l’anatomie, avec les meilleurs chefs d’école.Son séjour terminé, en 1781, il se rendit à Londres, où il demeure un mois et où il s’embarqua pour Québec.Il fut un des premiers jeunes artistes du Canada à traverser les mers afin de compléter son éducation.Cela lui donna des avantages et augmenta ses connaissances et son ingénuité.Sa connaissance de l’art contemporain en France lui fournit des éléments nouveaux et l’aida à rajeunir la tradition lau-rentienne, déjà vieillie d un siecle et qui trahissait certaine fatigue.Sa première entreprise après son retour fut la décoration de l’église de Saint-Joachim, sur la côte de Beaupré.Il y consacra ses premières années.Ainsi, il compléta en 1/83, le tabernacle de cette église.A partir de cette date, les contrats pour les fabriques de diverses parties du pays, ne cessèrent de lui écheoir, les uns plus importants que les autres.Pendant les trente années qui suivirent, il construisit, en collaboration de son père Jean, qui mourut en 1805, de ses frères Florent et Flavien, et, plus tard, de son fils Thomas, des églises et des édifices publics.II décora nombre de sanctuaires et de chapelles — en particulier la basilique de Québec, incendiée en 1922.¦ Il avait raison de déclarer dans sa lettre que sa sculpture était riche, savante et naturelle.C’est pourquoi lui et son fils Thomas devaient eux-mêmes manier le ciseau et y mettre les dernières touches.Leur travail était naturel; autrement dit, il ne se conformait pas au style semi-conventionnel des maîtres antérieurs de l’école Canadienne — les Le Vasseur et les La Brosse; mais il était orné de hauts et de bas reliefs sculptés d’après nature ou enrichis d’observations sur le vif.Leurs statues et leurs médaillons avaient du souffle et de vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 246 LE CANADA FRANÇAIS la vigueur, et leurs ornements floraux en relief étaient vibrants et admirables.La flore canadienne leur fournit de jolis thèmes décoratifs pour les autels et les sanctuaires.La tradition que François Baillairgé rajeunissait ainsi entra dans un rerouveau qui se propagea bientôt parmi de nombreux artisans et qui se transmit à des sculpteurs et à des ouvriers remarquables: à son fils Thomas, le meilleur architecte et sculpteur de son milieu; à F.-X.Trudel, à Jean-Pascal Létourneau, à André Paquet, à Charles Fournier, à Louis-Thomas Berlinguet, et indirectement, à Léandre Parent, à F.-X.Berlinguet (fils de L.-T.), à Jean-Baptiste Côté, et à Louis Jobin et à d’autres encore qui, pendant les trois générations suivantes, continuèrent la tradition des Baillairgé, sur les rives du Saint-Laurent.Ces maîtres formèrent à leur tour de nombreux apprentis suivant la coutume des anciennes maîtrises, qui ne s’est pas encore complètement éteinte parmi nous.François Baillairgé, ses fils et ses compagnons avaient besoin avant tout de l’appui et l’encouragement d’une grande clientèle.Heureusement pour eux, on ne considérait pas leur art comme un luxe inutile, mais comme une utilité publique.Les églises pour devenir dignes du culte devaient être richement ornées.Le clergé comme les paroissiens sur ce point étaient d’accord, à la Baie-Saint-Paul comme ailleurs.La lettre de Mgr Plessis en fait foi.Cet évêque, de même que ses prédécesseurs et ses successeurs, tenait à l’embellissement de leurs temples, de la main des artisans recommandés.Les fabriques se piquaient aussi de ne pas se laisser surpasser en libéralité par leurs voisins; elles ne manquaient pas non plus de savoir et de goût.Baillairgé le reconnaissait quand il écrivait : « Nous sommes d’autant plus attachés à cette œuvre que nous voulons mériter la confiance que les principaux membres du clergé d’ici, ainsi que le curé de la dite paroisse, veulent bien avoir en nous.» Ces Baillairgé et leurs compagnons n’étaient pas de simples ouvriers, mais des artistes de carrière, scrupuleux de leur œuvre, qu’ils s’efforçaient de rendre toujours plus personnelle et plus originale.Ils suivaient librement leur fantaisie et, ce faisant, ils découvraient des sujets inédits et des formes nouvelles.La plupart d’entre eux servaient le'urs clients Le Canada Français, Québec, LES BaILLAIKGÉ 247 avec zèle, et leur popularité leur procurait de nouveaux contrats.De tous les artisans ils étaient les plus recherchés et les plus occupés.Et on dépensait plus d argent pour léurs travaux que pour tout autre entreprise.> Les paroissiens reconnaissaient la qualité des œuvres d un sculpteur; Baillairgé le savait fort bien.Ceux de la Baie-Saint-Peul n’étaient pas en retard sur les autres; il est lacde de s’en rendre compte.Deux de leurs curés avant les Baillairgé étaient eux-mêmes des artisans remarquables et ils avaient exercé une certaine influence sur leur district, qui formait partie de la seigneurie du Séminaire de Québec.Et naguère le Séminaire avait maintenu l’école des arts et métiers la plus ancienne et la meilleure, au pays.Le premier de ces curés artisans était Leblond de Latour, et le second, Antoine Créquy.Latour avait été maître sculpteur, et Créquy, peintre.Mgr de Laval, jadis, avait lui-même mis Leblond en tête de son École des Arts et Métiers, au Cap-Tourmente.Après la Conquête, le curé Créquy de la Baie-Saint-Paul avait pratiqué, au milieu d’eux, 1 art de la peinture religieuse pour les besoins ciu culte.Plusieurs de ses grands tables ux sont conservés dans les églises du Bt s-Sa int-Lau rent, et nous lisons à son sujet, dans les archives de sa paroisse, qu’il « n’éta^t pas robuste et que sa grande assiduité à la peinture avait ruiné sa santé.» La population et les biens du Canada français ne commencèrent pas sitôt à grandir, après la Conquête, qu’on voulut avoir de nouvelles églises plus grandes et plus belles qu’au-paravant.Les artisans devinrent plus nombreux et leur talent s’améliora à la besogne, qui se multiplia de tous côtés; les églises avaient é*é brûlées ou ravagées pendant le Siège; il fallait les remplacer ou les restaurer.Un nouveau style en architecture naquit de ce qui fut d’abord pure nécessité.La basilique de Québec, reconstruite par les Baillairgé, père et fils, devint le modèle que tous voulurent imiter.Il y avait, toutefois, d’autres architectes et sculpteurs, à Québec même, qui continuèrent indépendemment leur carrière — en particulier, Pierre Émond, a qui 1 on doit 1 admirable autel et le rétable de la chapelle Briand, la chapelle du Séminaire vol.XXXIII, n" 4, décembre 1945. 248 LE CANADA FBANÇAIS au Petit-Cap et certains autels dans un beau style à la fois corinthien et naturiste.Les vieilles paroisses de Québec se prirent d’émulation dans la reconstruction de leurs églises.Tout comme autrefois les villes de France rivalisaienl entre elles dans l’érection de magnifiques temples gothiques, ainsi les paroissiens de Québec cherchaient plus modestement à se surpasser les uns les autres.C’était à qui aurait la plus beau sanctuaire ou le plus bel autel ou les meilleures reliques.Architectes et artisans, bien qu’ils fussent devenus nombreux, ne suffirent plus à la tâche.Baillairgé y fait allusion quand il parle de ce « temps de crise.» Pour lui la crise voulait dire que la demande dépassait la main-d’œuvre.11 se voyait forcé de demander sursis, mais il n’insistait pas moins qu’il prétendait y mettre toute la perfection que cette œuvre méritait.La Baie-Saint-Paul comme les autres paroisses avait ses ambitions.Sa seconde église avait été érigée en 1753.Elle vit le feu pendant l’invasion britannique, en 1759.Cinquante ans plus tard, ses paroissiens n’en étaient plus satisfaits; ils la trouvaient trop petite.Us firent donc reconstruire le chœur et deux chapelles en forme de transept.On eut recours, en 1811, aux Baillairgé, à François, père, et à Thomas, son fila.Leurs nombreuses entreprises ne les empêchèrent pas de produire un fort beau plan pour la décoration du sanctuaire; on le conserve encore dans les archives paroissiales — cette pièce est unique.Quelques années plus tard, vers 1816, on mit le plan à exécution.Ijes paroissiens et les artisans jusque là avaient collaboré au succès d’une entreprise longue et coûteuse.Leur support mutuel était indispensable.Les uns ne pouvaient agir sans les autres.Mais quand l’édifice fut parachevé, en 1827, les autorités diocésaines consacrèrent publiquement l’œuvre commune.L’évêque de Québec délégua un subalterne qui visita l’église et, satisfait, il écrivit au curé: t M.Demers a examiné l’ouvrage et il est revenu satisfait.» Comme preuve il fit don de vingt-cinq livres à l’église renouvelée et il en reçut mille remerciements.Od ne peut d’un seul trait étudier tous les Baillairgé — architectes, sculpteurs, statuaires, peintres: ingénieurs, maîtres en éducation, personnalités — dont les œuvres ou la Le Canada Fbançais, Québec. LÊS BaILLAIKGÉ 249 réputation nous sont parvenus.A titre d’échantillons, arrêtons-nous ici seulement aux plus anciens, à Jean, de la première génération, au Canada, et à François.De Florent et de Flavien, il ne peut guère être question.Thomas, le deuxième en importance, est remis à plus tard.Et Charles, le dernier des maîtres, un savant, sort plutôt des cadres de l’artisanat.Jean Baillaikgé (Jean “II”, 1726-1805) arriva à Québec, en 1741, en même temps que Mgr de Pontbriand, évêque de Québec.Fils de Jean “I”, architecte à Tours (France), il n’avait alors que 15 ans.Après avoir complété son éducation à Québec ou, paraît-il, au Cap-Tourmente, avec les maîtres de cette période, il s’orienta vers une carrière fructueuse.Il atteignit le sommet de sa profession, grâce plus encore à l’assistance de ses fils et de ses compagnons, qu’à son propre talent, qui était sûr sans être brillant.Qui s’intéresse à ce sujet doit consulter la biographie de Jean Baillairgé et des autres membres de cette famille, par G.-F.Baillairgé (Notes Biographiques).Ces notes proviennent pour la plupart des excellents mémoires manuscrits de Jean-Joseph Girouard, de 1805 à 1853.Jean avait l’architecture dans le sang.Son père, à Tours, était architecte, et depuis son temps jusqu’à nos jours en France, les Baillairgé se sont toujours distingués en architecture et en génie civil.« Bon chien chasse de race.ï Cela est vrai des Baillairgé du Canada.Cet artisan de naissance française mais de carrière canadienne jouissait d’ailleurs d’une excellente formation.Pour s’en rendre compte, il suffit d’examiner son écriture et ses manuscrits, en particulier les reçus de 1773 et de 1777, conservés par la Fabrique de N.-D.de Québec.Ils sont d’une écriture raffinée — la calligraphie y révèle de l’art et une fine culture, à l’état d’habitude.En 1746, il devint architecte, occupant un atelier au Sault-au-Matelct, Québec.Ses compagnons furent, du moins pendant quelque temps avant 1790, le sculpteur et statuaire Antoine Jacson, maître Nicol, etc.vol.XXXIII, n8 4, décembre 1945. 250 LE CANADA FRANÇAIS Parmi ses entreprises on remarque celles des églises de Sainte-Anne de la Pocatière (1752), de Lislet (1782 — encore en bonne partie conservée, peut-être la seule), de Saint-Charles de Bellechasse, (1772-74), de Berthier-en-Bas (1777), de Saint-Pierre, île d’Orléans (1781), de Sainte-Anne de la Pérade (1774-81), de Montmagny (1778), etc., et surtout, de la basilique de Québec.En 1768, Jean Baillairgé dressa, signa et présenta le plan du rétablissement (sur les mêmes murs) de l’église de Notre-Dame de Québec, incendiée pendant le Siège.Il signa ce plan: « J.Baillairgé, M‘ Menuisier ».En 1771, il exécuta le plan du clocher (à droite) de la même église — clocher dont la forme gracieuse a été, depuis, conservée.Il dessina même la forme du coq de ce clocher, que l’artisan anglais Daly exécuta.Même après l’entrée en scène de son fils François, plus habile sculpteur que lui, il continua pendant quelque temps à diriger la boutique et à signer les plans conjointement avec lui.Dans les longs et excellents Devis des Ornements de Notre-Dame, datés de 1787, on constate une belle tenue et une fine terminologie du métier.Le maître conclut ainsi: « Enfin toute l’architecture sera du meilleur goût de corinthien, selon les règles de Vignole » (Vignole fut probablement introduit, au Canada, par son fils François).Jean Baillairgé était une personnalité, un brin original dans ses goûts.« Il chantait plaisemment, » rapporte son parent biographe, « des chansons et des cantiques dans le patois de son pays ».Quelques-unes de ces chansons, simplement indiquées, critiquaient l’évêque de son pays au sujet de son attitude à l’égard des Anglais, conquérants du Canada.Pourtant, fort loyal, et soumis au pouvoir, il était opposé aux révolutions américaines et françaises.Il se revêtait, les jours de fête, d’un costume de gala, ancien style, avec dentelle et brillants ornements.A sa mort une communauté religieuse reçut en don ce costume, pour en transformer le riche tissu en ornement d’église.On dit que son architecture était « un peu lourde ».Pourtant ce qui en reste démontre un goût sobre et élégant, qui tient de la période splendide de Louis XIV.Le Canada Français, Québec, LES BAILLAIRGÉ 251 François Baillairgé, fils de Jean (1759-1832) fut le plus savant et le mieux doué de tous nos sculpteurs-architectes.Peintre émérite en plus, il composa de grands tableaux religieux et, à l’occasion, brossa des portraits fidèles de ses contemporains.Pour la période de 1781 a 1795 ou 1800 même après — il paraît avoir été le seul bon portraitiste à Québec.Sa formation professionnelle fut très soignée.A Québec, dans sa jeunesse, il apprit bien l’anglais.Il étudia, sous la direction de son père et avec l’aide d’Antoine Jacson, le sculpture, la statuaire, l'architecture Son biograpl e nous fournit encore plus de renseignements sur ses études En 1778, à l’âge de 19 ans, il se rendit à Paris compléter son entraînement.Il en revint efi 1781, après trois ans.L’influence des maîtres français en peinture, en statuaire, en architecture, devait être profonde et durable, non seulement sur ses goûts, son style et son avenir personnel, mais aussi, par son intermédiaire, sur toute l’école de QuéLec, depuis lors jusqu’à nos jours.Autrement dit, l’École de Québec, dont le chef fut vraiment François Baillairgé, est issue du mariage de l’ancienne tradition de Québec avec l’École de Paris d’avant la Révolution.Ces origines semi canadiennes et françaises expliquent ce que François B.écrivait lui-même au curé de la Baie-Saint-Paul, son client, en 1816: « Notre sculpture est riche, savante et naturelle ».Sa première entreprise importante, après son retour, fut la décoration du sanctuaire de l’église de Saint-Joachim, près le Cap-Tourmente où Mgr de Laval, avait, un siècle auparavant, fondé et maintenu son École des Arts et Métiers.La décoration, entreprise conjointement avec son père, de la Basilique de Québec, fut une tâche supérieure et de longue baleine.Comme son ensemble demeura mtact jusqu’à l’incendie de 1922, c’est par cela surtout qu’en connaît l’œuvre corjoirte des Bail'airgé-Jean, François, Florent, Flavier, et Thomas.Les travaux les mieux réussis de François furent ceux — chaire, banc-d’œuvre, etc.— de Saint-Ambroise de Lorette.Il en reste encore, dans le hangar de l’église, deux grandes vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 152 LB CANADA FRANÇAIS images en relief et dorées, en médaillon; les grands meubles d’église qui les contenaient ont été détruits.Très souvent les contrats subséquents des autres fabriques font allusion aux travaux de Lorette, les réclamant comme modèles.Ainsi, voici ce que Baillairgé en dit lui-même dans une lettre de 1816 au curé Lelièvre, de la Baie-Saint-Paul: Monsieur, J’ai bien de la reconnaissance des bons avis de Monseigneur, ainsi que de ceux de M.Demers en ma faveur et je suis de plus très sensible à la bonté que vous avez de me continuer votre confiance.Sitôt la vôtre reçue je m’empresse d’y répondre en vous assurant que je suis prêt à vous faire une chaire de prédicateur complète, conforme et en tout semblable à celle que j’ai faite pour la paroisse de St-Ambroise et où l’escalier est droit comme il le sera à la vôtre pour le prix et somme de quatre-vingt dix livres de cours actuel de cette province: c’est le prix que m’a payé la dite fabrique en trois fois et à ma demande argent comptant.Témoin messire Desjardins qui en a conclu le marché et en a fait les payements.Cette chaire valait à mon estimation cent livres du cours sus dit.Mais lui et moi avons tappé à cent cinquante livres même cours pour les deux, la chaire et le banc d’œuvre ainsi la chaire £ 90 ) 150-0-0 le banc d’œuvre £ 60) Le tout pris à mon atellier, fait en bon bois et sans peinture ni dorure.Au même prix vous serez bien servi .» Les travaux de la Basilique, au cours des années, embrassèrent plus que la seule décoration du temple.Une entrée aux livres de comptes, pour l’année 1807, nous l’indique: La fabrique doit à F.B.« pour plan général et détaillé de l’église paroissiale N.D.de Q., de son presbytère, et de leurs dépendances, fait par ordre de Mr Corbin, marguillier en charge .» Les travaux d’architecture proprement dite de François furent nombreux, en particulier: la vieille prison de Québec (maintenant lé Morrin College) (1899-10), la “Maison [soi-disant] des Américains » à la rivière Saint-Charles, dont les murs calcinés mais imposants furent récemment rasés; Le Palais de Justice de Québec (détruit en 1878) ; et le premier Palais Législatif construit dans le jardin de l’Évêché, dont on a conservé quelques photographies.Le Canada Français, Québec, LES BaILLAIRGÉ 253 Nulle part n’est-on plus frappé de la belle culture de François Baillairgé que dans ses lettres, dont plusieurs nous sont parvenues.Hors l’é/êque de Québec, il n existait guère, au pays, d’homme plus hautement cultivé que lui.Le contrat pour les « ouvrages du chœur de l’Église paroissiale de St Joachim, côte de Beaupré » à lui seul suffit à le démontrer.La belle terminologie, que le notaire emprunta de lui, dépasse de beaucoup les connaissances et le verbe de nos architectes d’aujourd’hui.Elle est une révélation inattendue.Et ce contrat n’est pas le seul exemple.Par exemple un compte pour l’autel et les retables du chœur de l’église de la Baie-Saint-Paul, en date du 21 novembre 1818, est un document raffiné.François Baillairgé ne possédait pas seulement son art, mais il jouissait aussi de l’intelligence de cet art en tant qu’elle peut s’exprimer en un langage parfait.Les tableaux et leS portraits exécutés par François Bail-lairgé sont trop nombreux pour être mentionnés ici.Exemples:—le grand tableau de saint François de Sales, dans l’église de Saint-François, Ile d’Orléans — les deux grands tableaux des Anges adorateurs (signés) et de la Présentation de Marie au temple, à l’église de Saint-Iloch des Aulnaies, etc.Les portraits de François Ranvoyzé et de sa femme, et plusieurs autres, récemment retracés, méritent qu’on s’y arrête.Il fut le meilleur portraitiste, au pays, de sa génération, en exceptant François-Malépart de Beaucour, qui mourut en 1794.Ce grand artisan, bien supérieur à beaucoup d’autres personnalités que les historiens de notre politique coloniale nous ont fait connaître, mérite toute une monographie et des albums à lui seul.Sa mémoire vivra! Bon nombre de ses œuvres subsistent encore, éparses, en fragments; elles suffisent à donner une bonne idée de son art vigoureux, parfois exquis, souvent inspiré.La culture française dans les arts au Canada atteignit avec lui un sommet rerement surpassé chez nous dans aucun art.Ses médaillons se comparent fièrement aux plus beaux médaillons du même style dans la grande chapelle du Palais de Versailles.J’ai pris le soin, en 1931, de les comparer.vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 254 LE CANADA FRANÇAIS De François Baillairgé le biographe rapporte « qu’il excella surtout dans l’ornementation intérieure des églises », dans l’exécution des tabernacles, des baldaquins, des bancs-d’œu-vre, des chaires.Ses statues et ses bustes, surtout ses grands médaillons, dn particulier le tas d’autel à la romaine de Sainte-Anne de Beaupré (église votive), illustrant le Souper d’Emmaüs, paraissent être ses meilleures pièces.Ami du Duc de Kent (Prince Édouard ?) qui favorisait et qui fréquentait son atelier, il sculpta, un bon jour, sa statue.Reconnu dans sa propre cité, au milieu d’artistes et d’artisans aussi distingués que lui—Ranvoyzé, Amiot, orfèvres hors pairs; Pierre Émond, sculpteur; sœur Sainte-Hélène, brodeuse et sculpteur de l’Hôtel-Dieu —, il formait partie d’un petit groupe de Canadiens dont la mérite n’a pas été surpassé depuis.N’était-ce pas étonnant que la fine fleur de la culture française en Amérique se soit épanouie après la rupture des liens politiques avec la mère-patrie et la conquête du pays par l’Angleterre! François B.se mit, après 1812, à cumuler des fonctions.Succédant à son frère Florent, comme lui architecte-sculpteur, il devint trésorier de la Cité de Québec, Fidèle administrateur, il le demeura jusqu’à sa mort, en 1832.Ses devoirs municipaux ne l’empêchèrent pas, cependant, de vaquer à ses entreprises d’atelier, qu’il avait cédées, nominalement du moins, à son fils Thomas.Non moins qu’auparavant il continua à s’intéresser aux affaires de son art, voyant à la correspondance, signant F.Baillairgé ante, et exécutant les plans et les dessins.Dans une étroite collaboration il resta lié à son fils Thomas, dans toute leur œuvre en commun, qui se continua pendant des années.Il est même difficile de constater l’apport de l’un ou de l’autre, père et fils, dans la décoration de l’église de la Baie Saint-Paul, en 1816-18, ou dans la reprise de l’embellissement de l’église de Saint-Joachim.Cette dernière entreprise, datant de 1816 à 1823, subsiste encore au complet.Les grands médaillons de scènes de l’Évangile ou de la Bible y constituent un apport exceptionnel à l’art de cette époque, au Canada.'Cette décoration considérable, coûteuse, avait pris naissance une fois de plus dans une collaboration étroite d’un Le Canada Français, Québec, LES BAILLAIRGÉ 255 donateur, l’abbé Corbin, d’un curé artiste — l’abbé Ranvoy-zé, d’un représentant de l’autorité ecclésiastique — 1 abbe Robert; et des ouvriers hors pairs, les deux Baillairgé.François ante, dès 1816, écrivait à ce sujet à l’abbé Robert: (Puis-ie) vous remercier de la bonne volonté que vous avez eue à notre égard pour les Ouvrages de St Joachim, et qui a ete cause que le tout est accepté et le Devis signé.Mon fils surtout est émerveillé, et n’attendant pas une réussite si prompte il se jouint à moi et promet se vouer à l’exécution exacte et complete pour la perfection des dits ouvrages.Combien des choses encore j’aimerais vous dire de ces Baillairgé, père, trois fils, un ou deux petits-fils, et enfin Charles Baillairgé de la 4e génération! Mais le temps s est consumé trop vite.Attendons une autre fois.Souhaitons-la prochaine! Marius Barbeau, professeur à l’Université Laval * * * Les livres John B vrtlet Bbebner.North Atlantic triangle Un fort volume relie carton avec pochette.Prix $5.50 The Ryerson Press Toronto, Canada.This book is not primarily a history of diplomacy or of what are usually called international relations, but rather of the forces underlying them.The author has sought out the ways in which North American men and women occupied a continent and reared a civilisation, sometimes regardless of divided sovereignty, sometimes competitively, and sometimes in complementary fashion.Sailors, furtraders, woodsmen, farmers, merchants, railways-builders, miners and manufacturers loom larger in this history than statesmen and politicians.Out of the countless activities of the past, the author has selected what seemed most relevant to an understanding of a unique phenomenon of today.No two nations have shared in a gigantic human adventure more fully than the United States and Canada, and yet it cannot be intelligible without constant reference to the bonds of traditions and to the attraction and repulsion between them and Great Britain.During the past fifty years this North Atlantic Triangle has become unique in magnitude as well as in character.Presentation of so complex a relationship has involved novel problems in historical writing.N.D.E.vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.