Le Canada-français /, 1 décembre 1945, Chronique de l'Université
Chronique de TUniversité Visite française L’éminent créateur de Salavin, M.Georges Duhamel, de l’Académie française, est venu le 6 novembre, rencontrer les professeurs de l’Université.C’est le vice-recteur, M.l’abbé Maurice Laliberté, doyen de la Faculté des Lettres, qui a reçu M.Duhamel et lui a souhaité la bienvenue.Le doyen était entouré de la plupart des doyens des Facultés, d’un bon nombre de professeurs et des étudiants à la Faculté des Lettres.Le distingué visiteur remercia l’Université de son accueil.Il signa le livre d’or, et parcourut ensuite les coins et les recoins de la bibliothèque générale.L’ami des livres s’intéressa beaucoup aux collections anciennes de la bibliothèque, aux précieuses éditions françaises que l’Université accumule depuis sa fondation.Il retrouva avec un plaisir singulier l’atmosphère des Universités de France.Une nouvelle publication Les Facultés de Théologie et de Philosophie viennent de lancer le Laval théologique et philosophique, une revue à caractère nettement spécialisé.Cette revue paraîtra deux fois par année.Elle comprendra 200 pages de texte, en français et en anglais.Le premier numéro nous est arrivé.Il se présente sans introduction.Personne n’explique dans une préface la fin de la publication, ses desseins, sa raison d’être.C’est la teneur de la brochure qui explique tout.Cette première livraison comprend un article de M.l’abbé Lionel Andet: Notre participation au sacerdoce du Christ.Cette étude sur le caractère sacramentel a déjà paru dans le Canada français.M.l’abbé Alphonse-Marie Parent écrit sur la connaissance du bien et du mal, article d’une intense actualité, eu égard aux polémiques aiguës qui ont éclaté sur le sujet dans certains milieux et certaine presse.M.Henri Pichette offre des considérations sur quelques principes fondamentaux de la doctrine du spéculatif et du pratique; M.Stanislas Cantin Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE L’UNI VERSITÉ 289 sur Henri Bergson et le problème de la liberté; M.Normand Marcotte: the Knowability of Matter t secundum se )); M.M.-O.Chenu: Ratio superior et inferior; M.Auguste Viatte: la philosophie du nazisme; M.Juvenal Lalor: Notes on the limit of a variable; M.Henri Legault: la critique marxiste de la religion; M.Eugène Babin: Vobjet de Vintuition sensible selon Kant et l’objet de la Physique mathématique; JM.Charles de Koninck: la dialectique des limites comme critique critique de la raison.Le Canada français souhaite la bienvenue à la revue sœur et une existence aussi longue que celle des patriarches bibliques.Une nouvelle Faculté JLe 14 novembre, le Conseil universitaire a élevé au rang de Faculté l’École d’Arpentage et de génie forestier rattachée jusqu’aujourd’hui à la faculté des Sciences.M.Avila Bé-dard, ingénieur forestier, sous-ministre des Terres et Forêts, docteur en science forestières a été choisi comme premier doyen de la onzième Faculté de l’Université Laval.Professeurs de retour MM.les docteurs, P.-E.Gagnon, directeur du département de Chimie et Roger Potvin, professeur au département des mines et de métallurgie sont revenus d’un voyage de plusieurs mois en Europe où ils ont fait pour le compte du Conseil National des recherches, une inspection des principaux laboratoires de chimie et de métallurgie encore en opération.On attendait d’une semaine à l’autre le retour de M.Auguste Viatte, professeur à la Faculté des Lettres.M.Viatte est revenu dans la dernière semaine de novembre.Aménagements et nominations à la Faculté de Médecine A la Faculté de Médecine, la question des salles de cours et de laboratoires est devenue un problème aigu.160 étudiants de première année sont venus se joindre aux 320 qui s’y trouvaient déjà.La construction immédiate d’une nou- vol.XXXIII, n° 4.décembre 1945. 29‘J LK CANADA FRANÇAIS velle école s’impose, puisque dans deux ans, lorsque le cours de 5 années, interrompu depuis la guerre, sera rétabli, l’École comptera vraisemblablement 650 étudiants.En attendant, on s’est vu acculé à la transformation et à l’aménagement complet du sous-sol pour y installer les laboratoires d’hygiène et de physiologie du travail, de l’acclimation et de la nutrition.Le sous-sol comprend donc le nouvel Institut d’Hygiène et de Biologie humaine.Ces trois laboratoires où les travaux de recherche sont déjà commencés, sont sous la direction conjointe de M.le docteur Lucien Brouha, ancien professeur à l’Université de Liège et directeur du Service des recherches médicales à l’Aluminium Company of Canada Ltd., et de M.le docteur Louis-Paul Dugal, gradué de Laval et de l’Université de Pensylvannie, membre directeur du Conseil National des recherches et jusqu’à ces derniers temps professeur titulaire de Physiologie générale à la Faculté des sciences de l’Université de Montréal.Le directeur du laboratoire d’Hygiène et de Physiologie de la nutrition est M.André Gasnier, ancien assistant au Collège de France, sous la direction du professeur André Mayer qui fut chef de la délégation française à la conférence mondiale des vivres à Québec.Deux jeunes médecins de Québec, gradués de Laval viennent d’être admis dans le Collège Royal des Chirurgiens du Canada.Ce sont les MM.docteurs Edmond Pouliot et M.le docteur Wilfrid Caron, chargé de cours à la Faculté de Médecine.On juge l’arbre à ses fruits Trois professeurs de la Faculté des Lettres ont obtenu à la fin d’octobre, des prix au Concours littéraires de la Province.M.Marius Barbeau a vu couronner son ouvrage Saintes Artisanes (nous ne l’avons pas reçu); M.Marcel Trudel a gagné le second prix pour son ouvrage sur l'Ii.fluence de Voltaire au Canada et M.Maurice LeBel a obtenue un prix pour son livre sur Y Enseignement et l’étude du grec.L’Influence de Voltaire au Canada a été édité chez Fides, 25 est, rue St-Jacques à Montréal.Deux beaux volumes de 250 pages, soit en tout 536 pages, avec en frontispice la tête de Voltaire se détachant sur fond orange.Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 291 Voltaire, on le sait, a exercé une influence internationale.Rares sont les pays qui ont réussi à se soustraire totalement à son action souvent malfaisante.Les idées du patriarche se sont glissées un peu partout entraînant avec elles la haine de l’Église et le mépris des principes chrétiens.Notre Canada a-t-il évité l’influence du « philosphe » ?Notre littérature, en particulier, a-t-elle échappé à son action dissolvante ?_ On pourrait le croire, après l’afErmation catégorique d’Adolphe Routbier: Notre littérature « est profondément religieuse et sa voix n’insulte pas Dieu, dî la religion.Je puis affirmer la chose sans restriction; car les insulteurs de la religion, dans notre pays, sont rares, et comme la plupart ne savent pas la grammaire, il ne peut être question d eux quand je parle de littérature )> {Les guepes candiennes.Portraits et Pastels littéraires).M.Marcel Trudel montre que Voltaire a eu chez-nous une influence littéraire extraordinaire: les historiens, les romanciers, les orateurs politiques, les journalistes, les chroniqueurs, les conteurs, les poètes, tous ou à peu près se sont inspirés de l’idéologie voltairienne.Quoi qu’en pense certain plumitif l’ouvrage de M.Trudel est d’une valeur exceptionnelle.Il révèle un formidable travail de recherches, un magnifique esprit de synthèse, avec le don de faire saillir les citations, les faire valoir avec leur pittoresque et parfois leurs intentions maléfiques.Un spécialiste pourrait seul donner un compte rendu exact d’un travail aussi important qui a obtenu à son auteur un doctorat en lettres.Sœur Joseph-Arthur, s.s.c., docteur en philosophie, a gagné elle aussi son doctorat en lettres avec une thèse sur l’art dans saint Augustin.Deux volumes de 550 pages.Fides est l’éditeur.Il a présenté le travail de Sœur Joseph-Arthur de façon irréprochable.La fine tête d’Augustin adolescent se détache sur fond vert dans la blancheur du frontispice: le tout justifie le titre de la collection que les deux thèses viennent d’ouvrir: la collection « l’Hermine ».Toi.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 292 LE CANADA FHANÇAI8 On possédait déjà plusieurs études sur saint Augustin.Récemment encore la littérature s’enrichissait de deux nouvelles biographies dues à la plume de Louis Bertrand et de Giovanni Papini.A un écrivain de chez nous, la révérende Sœur Joseph-Arthur, s.g.c., était réservé l’honneur de faire connaître l’Évêque d’Hippone sous un jour nouveau, de le presenter à la classe intellectuelle comme un écrivain d’une valeur incontestable.L’auteur a lu en entier les écrits de saint Augustin, ce qui n’est pas peu dire.Bien plus, il a analysé les conceptions littéraires du polémiste, de l’exégète, de l’apologiste, de l’historien, de l’orateur, pour mettre en lumière le tempérament essentiellement artistique de l’écrivain.Son travail est un ouvrage au-dessus de tout éloge.Il en impose, il en a imposé aux membres du jury, paraît-il, — par la richesse de la documentation, l’ordonnance de l’ensemble.Ceux qui pourraient refuser encore à saint Augustin le titre d’écrivain classique, et qui soutiendraient que l’Évêque d’Hippone « compose mal » ou « ne compose pas ses œuvres », verront se dissiper leurs préjugés.Les partisans de la nécessité des Belles-Lettres dans la formation de la jeunesse étudiante trouveront dans ces pages une preuve de plus à l’appui de leur thèse, car l’auteur a admirablement fait ressortir l’apport des classiques dans la formation de la pensée et du style de ce génie.Les mystiques, les littérateurs et les artistes goûteront ces pages dictées par le cœur et le talent d’une âme qui s’est mise à l’école de saint Augustin, qui l’a étudié et qui a compris « le fils de tant de larmes ».Les prêtres, les étudiants et les intellectuels se doivent de parcourir cet ouvrage de critique: il leur découvrira l’homme de lettres que fut saint Augustin.Les étudiants toucheront du doigt les moyens qu’d faut prendre pour
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