Le Canada-français /, 1 décembre 1945, Chronique de l'Université
Chronique de TUniversité Visite française L’éminent créateur de Salavin, M.Georges Duhamel, de l’Académie française, est venu le 6 novembre, rencontrer les professeurs de l’Université.C’est le vice-recteur, M.l’abbé Maurice Laliberté, doyen de la Faculté des Lettres, qui a reçu M.Duhamel et lui a souhaité la bienvenue.Le doyen était entouré de la plupart des doyens des Facultés, d’un bon nombre de professeurs et des étudiants à la Faculté des Lettres.Le distingué visiteur remercia l’Université de son accueil.Il signa le livre d’or, et parcourut ensuite les coins et les recoins de la bibliothèque générale.L’ami des livres s’intéressa beaucoup aux collections anciennes de la bibliothèque, aux précieuses éditions françaises que l’Université accumule depuis sa fondation.Il retrouva avec un plaisir singulier l’atmosphère des Universités de France.Une nouvelle publication Les Facultés de Théologie et de Philosophie viennent de lancer le Laval théologique et philosophique, une revue à caractère nettement spécialisé.Cette revue paraîtra deux fois par année.Elle comprendra 200 pages de texte, en français et en anglais.Le premier numéro nous est arrivé.Il se présente sans introduction.Personne n’explique dans une préface la fin de la publication, ses desseins, sa raison d’être.C’est la teneur de la brochure qui explique tout.Cette première livraison comprend un article de M.l’abbé Lionel Andet: Notre participation au sacerdoce du Christ.Cette étude sur le caractère sacramentel a déjà paru dans le Canada français.M.l’abbé Alphonse-Marie Parent écrit sur la connaissance du bien et du mal, article d’une intense actualité, eu égard aux polémiques aiguës qui ont éclaté sur le sujet dans certains milieux et certaine presse.M.Henri Pichette offre des considérations sur quelques principes fondamentaux de la doctrine du spéculatif et du pratique; M.Stanislas Cantin Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE L’UNI VERSITÉ 289 sur Henri Bergson et le problème de la liberté; M.Normand Marcotte: the Knowability of Matter t secundum se )); M.M.-O.Chenu: Ratio superior et inferior; M.Auguste Viatte: la philosophie du nazisme; M.Juvenal Lalor: Notes on the limit of a variable; M.Henri Legault: la critique marxiste de la religion; M.Eugène Babin: Vobjet de Vintuition sensible selon Kant et l’objet de la Physique mathématique; JM.Charles de Koninck: la dialectique des limites comme critique critique de la raison.Le Canada français souhaite la bienvenue à la revue sœur et une existence aussi longue que celle des patriarches bibliques.Une nouvelle Faculté JLe 14 novembre, le Conseil universitaire a élevé au rang de Faculté l’École d’Arpentage et de génie forestier rattachée jusqu’aujourd’hui à la faculté des Sciences.M.Avila Bé-dard, ingénieur forestier, sous-ministre des Terres et Forêts, docteur en science forestières a été choisi comme premier doyen de la onzième Faculté de l’Université Laval.Professeurs de retour MM.les docteurs, P.-E.Gagnon, directeur du département de Chimie et Roger Potvin, professeur au département des mines et de métallurgie sont revenus d’un voyage de plusieurs mois en Europe où ils ont fait pour le compte du Conseil National des recherches, une inspection des principaux laboratoires de chimie et de métallurgie encore en opération.On attendait d’une semaine à l’autre le retour de M.Auguste Viatte, professeur à la Faculté des Lettres.M.Viatte est revenu dans la dernière semaine de novembre.Aménagements et nominations à la Faculté de Médecine A la Faculté de Médecine, la question des salles de cours et de laboratoires est devenue un problème aigu.160 étudiants de première année sont venus se joindre aux 320 qui s’y trouvaient déjà.La construction immédiate d’une nou- vol.XXXIII, n° 4.décembre 1945. 29‘J LK CANADA FRANÇAIS velle école s’impose, puisque dans deux ans, lorsque le cours de 5 années, interrompu depuis la guerre, sera rétabli, l’École comptera vraisemblablement 650 étudiants.En attendant, on s’est vu acculé à la transformation et à l’aménagement complet du sous-sol pour y installer les laboratoires d’hygiène et de physiologie du travail, de l’acclimation et de la nutrition.Le sous-sol comprend donc le nouvel Institut d’Hygiène et de Biologie humaine.Ces trois laboratoires où les travaux de recherche sont déjà commencés, sont sous la direction conjointe de M.le docteur Lucien Brouha, ancien professeur à l’Université de Liège et directeur du Service des recherches médicales à l’Aluminium Company of Canada Ltd., et de M.le docteur Louis-Paul Dugal, gradué de Laval et de l’Université de Pensylvannie, membre directeur du Conseil National des recherches et jusqu’à ces derniers temps professeur titulaire de Physiologie générale à la Faculté des sciences de l’Université de Montréal.Le directeur du laboratoire d’Hygiène et de Physiologie de la nutrition est M.André Gasnier, ancien assistant au Collège de France, sous la direction du professeur André Mayer qui fut chef de la délégation française à la conférence mondiale des vivres à Québec.Deux jeunes médecins de Québec, gradués de Laval viennent d’être admis dans le Collège Royal des Chirurgiens du Canada.Ce sont les MM.docteurs Edmond Pouliot et M.le docteur Wilfrid Caron, chargé de cours à la Faculté de Médecine.On juge l’arbre à ses fruits Trois professeurs de la Faculté des Lettres ont obtenu à la fin d’octobre, des prix au Concours littéraires de la Province.M.Marius Barbeau a vu couronner son ouvrage Saintes Artisanes (nous ne l’avons pas reçu); M.Marcel Trudel a gagné le second prix pour son ouvrage sur l'Ii.fluence de Voltaire au Canada et M.Maurice LeBel a obtenue un prix pour son livre sur Y Enseignement et l’étude du grec.L’Influence de Voltaire au Canada a été édité chez Fides, 25 est, rue St-Jacques à Montréal.Deux beaux volumes de 250 pages, soit en tout 536 pages, avec en frontispice la tête de Voltaire se détachant sur fond orange.Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ 291 Voltaire, on le sait, a exercé une influence internationale.Rares sont les pays qui ont réussi à se soustraire totalement à son action souvent malfaisante.Les idées du patriarche se sont glissées un peu partout entraînant avec elles la haine de l’Église et le mépris des principes chrétiens.Notre Canada a-t-il évité l’influence du « philosphe » ?Notre littérature, en particulier, a-t-elle échappé à son action dissolvante ?_ On pourrait le croire, après l’afErmation catégorique d’Adolphe Routbier: Notre littérature « est profondément religieuse et sa voix n’insulte pas Dieu, dî la religion.Je puis affirmer la chose sans restriction; car les insulteurs de la religion, dans notre pays, sont rares, et comme la plupart ne savent pas la grammaire, il ne peut être question d eux quand je parle de littérature )> {Les guepes candiennes.Portraits et Pastels littéraires).M.Marcel Trudel montre que Voltaire a eu chez-nous une influence littéraire extraordinaire: les historiens, les romanciers, les orateurs politiques, les journalistes, les chroniqueurs, les conteurs, les poètes, tous ou à peu près se sont inspirés de l’idéologie voltairienne.Quoi qu’en pense certain plumitif l’ouvrage de M.Trudel est d’une valeur exceptionnelle.Il révèle un formidable travail de recherches, un magnifique esprit de synthèse, avec le don de faire saillir les citations, les faire valoir avec leur pittoresque et parfois leurs intentions maléfiques.Un spécialiste pourrait seul donner un compte rendu exact d’un travail aussi important qui a obtenu à son auteur un doctorat en lettres.Sœur Joseph-Arthur, s.s.c., docteur en philosophie, a gagné elle aussi son doctorat en lettres avec une thèse sur l’art dans saint Augustin.Deux volumes de 550 pages.Fides est l’éditeur.Il a présenté le travail de Sœur Joseph-Arthur de façon irréprochable.La fine tête d’Augustin adolescent se détache sur fond vert dans la blancheur du frontispice: le tout justifie le titre de la collection que les deux thèses viennent d’ouvrir: la collection « l’Hermine ».Toi.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 292 LE CANADA FHANÇAI8 On possédait déjà plusieurs études sur saint Augustin.Récemment encore la littérature s’enrichissait de deux nouvelles biographies dues à la plume de Louis Bertrand et de Giovanni Papini.A un écrivain de chez nous, la révérende Sœur Joseph-Arthur, s.g.c., était réservé l’honneur de faire connaître l’Évêque d’Hippone sous un jour nouveau, de le presenter à la classe intellectuelle comme un écrivain d’une valeur incontestable.L’auteur a lu en entier les écrits de saint Augustin, ce qui n’est pas peu dire.Bien plus, il a analysé les conceptions littéraires du polémiste, de l’exégète, de l’apologiste, de l’historien, de l’orateur, pour mettre en lumière le tempérament essentiellement artistique de l’écrivain.Son travail est un ouvrage au-dessus de tout éloge.Il en impose, il en a imposé aux membres du jury, paraît-il, — par la richesse de la documentation, l’ordonnance de l’ensemble.Ceux qui pourraient refuser encore à saint Augustin le titre d’écrivain classique, et qui soutiendraient que l’Évêque d’Hippone « compose mal » ou « ne compose pas ses œuvres », verront se dissiper leurs préjugés.Les partisans de la nécessité des Belles-Lettres dans la formation de la jeunesse étudiante trouveront dans ces pages une preuve de plus à l’appui de leur thèse, car l’auteur a admirablement fait ressortir l’apport des classiques dans la formation de la pensée et du style de ce génie.Les mystiques, les littérateurs et les artistes goûteront ces pages dictées par le cœur et le talent d’une âme qui s’est mise à l’école de saint Augustin, qui l’a étudié et qui a compris « le fils de tant de larmes ».Les prêtres, les étudiants et les intellectuels se doivent de parcourir cet ouvrage de critique: il leur découvrira l’homme de lettres que fut saint Augustin.Les étudiants toucheront du doigt les moyens qu’d faut prendre pour <( étudier » véritablement, assimiler un maître, pour présenter un ouvrage de portée universelle et qui fera beaucoup pour la gloire de nos lettres canadiennes.* * * Lu Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE l’UMVERSITÉ 293 Un jeune, M.John-A.Guishard a conquis son doctorat d’Université (Ph.D.), avec une thèse éditée elle aussi chez Fides: Le Conte fantastique au XIXe siècle.Comme on le découvrira tout de suite, il s agit moins ici d’un livre de contes que d’un chapitre sur l’histoire de la littérature.L’auteur, a voulu remonter à l’origine des contes qui ont charmé notre enfance; il a cherché à en connaître les auteurs et leur source d’inspiration.Après un rapide coup d’œil sur le conte fantastique depuis le monde préhistorique jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, M.Guischard nous invite à un tour d’Europe et d’Amérique afin de nous présenter les principaux conteurs d’Allemagne, des États-Unis, de France, d’Angleterre et de Russie.Le lecteur fera ainsi connaissance avec: J.-P.Richter, Hoffman, Keller, Baumbach, Irving, Allan Poe, O’Brien, H.James, Marion Crawford, Balzac, Théophile Gauthier, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Anatole France, Guy de Maupassant, Sir Walter Scott, Oliphant, Conan Doyle, Kipling, etc.L’auteur donne, en quelques phrases, les particularités qui caractérisent chacun des conteurs, résume chacun de leurs contes et nous révèle la source de leur inspiration.Le conte fantastique au XIXe siècle, a tout le charme d’un roman sans en connaître les imperfections.Ceux qui aiment les contes, y trouveront de quoi les charmer; ceux qu’intéresse la littérature y verront également leurs désirs satisfaits.A tous, ce livre réserve des heures de lecture à la fois sérieuse et intéressante.A l’invitation de l’auteur, que tous « s’embarquent pour une croisière vers les rives nuageuses du rêve et de la fantaisie ».On pourra retrouver dans les livraisons du Canada français de l’an dernier, une note des plus justes sur le bel ouvrage de M.Lebel.Nominations et visites interuniversitaires La faculté de Droit a été grandement honorée par la nomination récente à la Cour du Banc du Roi de l’un de ses vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 294 LE CANADA FRANÇAIS plus éminents professeurs, AI.le juge Arthur Gagné, M.Gagné voudra bien accepter nos hommages et nos félicitâtions.AI.1 abbé Arthur Maheux a fait récemment une tournée de conférences à Toronto.Il a représenté l’Université aux cérémonies de l’installation du nouveau président de l’Université de Toronto, le Dr Sidney Earle Smith.AI.le docteur Charles Vézina, doyen de la Faculté de Aledecine, a représenté l’Université à l’inauguration de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa.Il a prononcé une allocution.AI.Adrien Pouliot, doyen de la Faculté des Sciences, est allé présenter les meilleurs souhaits de l’Université Laval aux noces d’argent de la Faculté des Sciences de l’Université de Alontréal.L Université de Québec a délégué AI.le docteur J.-G.Cormier, de Sydney, N.-E.aux cérémonies de l’installation du président Alexandre Kerr de l’Université Dalhousie à Halifax.Réception à la Société Royale du Canada Dimanche soir, le 18 novembre, la Société Royale du Canada (section française) s’est réunie à la Salle des Promotions de l’Université pour la réception solennelle de deux nouveaux membres: AI.1 abbé Félix-Antoine Savard, professeur à la Faculté des Lettres et AI.Charles de Koninck, doyen de la Faculté de Philosophie.AI.Séraphin Alarion, président de la Section française a prononcé 1 allocution d’ouverture, avec infiniment de tact et d a-propos.Les récipiendaires et leurs parrains ont prononcé eux aussi des allocutions où la hauteur de la pensée et la justesse de l’expression n’offraient aucune fissure.C est Son Éminence le Cardinal Villeneuve qui a présenté AI.de Koninck et AI.Jean-AIarie Gauvreau, secrétaire de la section française qui a été le parrain de l’auteur de Mcnaud.Le président de Pax Roniana à PUniversité Le 22 novembre, le président de Pax Romana, M.Joachim Ruiz-Gimenez, a rencontré les universitaires québécois Le Canada Fbançais, Québec, CHRONIQUE DE ^UNIVERSITÉ 295 au salon de l’Université.S.Exc.Mgr Georges-Léon Pelletier, auxiliaire de Québec et aumônier national de la Fédération canadienne des universitaires catholiques, assistait à la réception.Le R.Père José Manuel Aguilar, directeur spirituel de la cité universitaire de Madrid, accompagnait le président de Pax Romana de même que madame Ruiz Gimenez.Me Lucien Lortie, président de la Fédération canadienne des universitaires catholiques, a d’abord présenté à l’assemblée le président de Pax Romana.Ensuite M.Ruiz Gimenez a pris la parole.Il a rappelé l’objectif fixé à Pax Romana par le Saint-Père au début de la guerre./ “Maintenir des liaisons entre les_ fédérations européennes et américaines et organiser des secours pour les etudiants victimes de la guerre », telle est l’œuvre à laquelle s’emploie Pax Romana, en conformité avec les désirs de Sa Sainteté le Pape.U faut reconstruire la vie universitaire en Europe.Il s’agit d’aider les universités détruites par la guerre.Il faut également aider les étudiants qui, pour des raisons politiques, ne peuvent entrer dans leur pays, à trouver des places dans d’autres universités.La Belgique a accepté d accueillir 2,000 étudiants.L’Espagne et le Portugal ont pris le même engagement.Le Révérend Père Aquilar, dans une brève allocution a esquissé les grandes lignes du futur congrès mondial de Pax Romana.Ce congrès sera peut-être tenu au Canada en 1947.Le R.Père Aguilar a révélé que l’Exécutif de Pax Romana avait effet les yeux sur le Canada pour les assises de 1947.Le congrès de 1946 sera tenu à Madrid et Salamanque en avril prochain.Le R.Père Aguilar a affirme que l’ambiance catholique au Canada a fortement impressionné les universitaires espagnols.S.Exc.Mgr Pelletier a terminé l’entretien.Il a dit, pour finir, que la visite du président de Pax Romana honore la Fédération canadienne des universitaires catholiques.Mgr l’Auxiliaire a assuré que les universitaires canadiens acceptent l’invitation au congrès de Madrid et qu’ils seront aussi heu- vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945. 396 LE CANADA FRANÇAIS reux d’accueillir les universitaires au congrès de 1947.Le distingué prélat a affirmé de nouveau que les secours à la vie universitaire de l’Europe sont nécessaires à l’Europe elle-même « pour lui donner lumière et confiance ».Le même soir, à la Salle des Promotions M.l’abbé Robert Llewellyn, aumônier des étudiants de l’Université de Montréal, a prononcé une conférence sur la cullure française, à l’occasion de la souscription qui vient de s’ouvrir en faveur des étudiants français victimes de la guerre.L’Université Laval et le Mexique Les fêtes récentes de Notre-Dame-de-la-Guadalupe ont réuni toute l’Amérique aux pieds de la Vierge.Elles ont montré la foi mexicaine, mais aussi et tout particulièrement combien sont intimes les liens qui unissent le Québec au Mexique.Depuis longtemps, les étudiants mexicains fréquentent nos pensionnats, nos collèges, nos universités.L’éducation qui se donne chez nous inspire confiance aux familles du Mexique.Une jeune fille de là-bas qui avait étudié au Collège de Jésus-Marie, à Sillery resta au pays, épousa un Canadien, M.André Turcot, qui depuis plusieurs années, remplit les fonctions de Consul mexicain à Québec.Elle enseigna l’espagnol en y mettant tant d’ardeur que ses élèves s’enthousiasmèrent; il se fonda à Québec, grâce à la direction éclairée de Madame Jean Lacerte, un Cercle Cervantès qui s’accrut assez sérieusement pour venir se loger à Laval.Le couronnement de ces études d’espagnol ne pouvait être, évidemment, qu’un voyage au Mexique.Dès 1942, des professeurs de la Faculté de philosophie furent invités à aller donner une série de cours au Centre Catholique Universitaire de Mexico, alors en voie de formation.Ils purent faire ce voyage au printemps de 1943 au moment où le Centre venait d’être incorporé à l’Université Nationale de Mexico, grâce à une bienveillante intervention du Recteur de l’Université, M.le Dr Brito Foucher.Le Dr Brito Foucher reçut les professeurs à l’Université et leur confia son vif désir de nouer des rapports avec Laval dans un but de coopération intellectuelle.Quelques mois après, en Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE l’UNIVERSITÉ 297 janvier 1944, le premier groupe d’étudiants de Laval, dirigé par le président du Cercle Cervantès, M.Robert Raine, se rendit à Mexico et fut reçu avec un enthousiasme indescriptible.L’été suivant, incapables de résister à un élan parti de Québec, les Montréalais s’en allèrent à leur tour, plus nombreux cette fois, en joyeuse ambassade de rapprochement universitaire.Dans l’intervalle, un brillant historien américain, deux fois professeur aux Cours d’été de Laval, le Dr Richard Pattee, qui est tellement pan-américain qu’on l’accueille comme un compatriote dans toutes les Republiques latino-américaines, était allé lui aussi donner des cours au Centre Universitaire Catholique.Il parla au Dr Brito Foucher du doyen de la Faculté de philosophie à Laval, M.Charles De Koninck qui fut invité à son tour, cette fois par 1 Université Nationale elle-même.M.De Koninck eut tant de succès que ses ouvrages furent traduits en espagnol par le Dr Gabriel Plancarte, directeur de la revue Abside.Durant son séjour à Mexico, M.De Koninck rencontra l’ambassadeur soviétique, M.Constantin-Oumansky avec qui il eut une éblouissante discussion sur l’application de la dialect que marxiste aux mathématiques supérieures; controverse dont le premier numéro de Laval théologique et philosophique nous donne la primeur.M.Brito Foucher en personne rendit à Laval la visite de M.De Koninck.Il vint en octobre 1944.Laval lui conféra un doctorat d’honneur.Il fit une conférence à l’Amphithéâtre de Médecine sous les auspices de VAcfas, et fut traité avec tant de sympathie qu’à son retour à Mexico il répéta à qui voulait l’entendre qu’il n’avait jamais été reçu comme à Québec.L’évêque de Tulancingo, Mgr Miguel de Miranda vint deux fois à Laval, en 1944 et 1945 pour y placer des étudiants.Canadiens et Mexicains échangèrent des cours à maintes reprises: car les étudiants mexicains venaient aussi nombreux au Canada que les nôtres à Mexico.L’amitié intellectuelle des deux pays est devenue très chaleureuse: aussi, cette année, la province de Québec voyait nombre de parents mexicains qui cherchaient à placer leurs enfants dans nos institutions.Nous ne pûmes, hélas, donner satisfaction à tout le monde./ vol.XXXIII, n” 4, déeembe, 1945. 298 LE CANADA FRANÇAIS Ilien d étonnant, dans ces circonstances, à ce que le Mexique ait pensé à nous, lors des fêtes de Notre-Dame-de-la-Guadeloupe.Rome aussi s’était aperçue de l’amitié qui existait entre nos deux pays.Sa Sainteté le Pape Pie XII demanda à Son Éminence le Cardinal Villeneuve d’aller au Mexique comme son Légtt a latere.Il fallait que le dernier messager, envoyé par S.E.Mgr Luis Maria Martinez, archevêque de Mexico, au Cardinal Villeneuve pour conclure les derniers arrangements, fût un universitaire.M.Antonio Santacruz, professeur de chimie à l’Université Nationale de Mexico et à l’Institut d’Agriculture, vint donc à Québec à la fin du mois de septembre.Dans la suite du Cardinal Légat, l’Université Laval, eut l’honneur de voir son recteur magnifique le très regretté Mgr Cyrille Gagnon.Dès qu’elle eut traversé le Rio Grande, la légation pontificale et canadienne auprès de Notre-Dame-de-la-Guadaloupe put se rendre compte combien le Canada était aimé à Mexico.N’est-ce pas parce que les rapports entre les deux pays avaient été noués dans le désintéressement complet de la coopération intellectuelle ?Ainsi, lorsque les Amériques se rencontrèrent, sur la colline sacrée de Tepeyac, dans la manifestation la plus radieuse de fraternité catholique qu’on puisse imaginer, c'est un fils de la Province de Québec, Son Éminence le Cardinal Villeneuve, chancelier de Laval, qui fut, après Notre-Dame, le lien spirituel de notre continent.L’œuvre de longues années avait porté ses fruits.En étant ce qu’elle doit être, un foyer désintéressé de rayonnement intellectuel, l’Université Laval a fait sa part dans le rapprochement des nations.On peut même ajouter que la visite de M.De Koninck à M.Constantin Oumansky nous ouvre peut-être d’autres horizons.Pourquoi cette première conversation sur le calcul infinitésimal ne serait-elle pas l’hirondelle qui annonce le printemps—le printemps où des nations se rencontreront dans le soleil du rayonnement intellectuel de la Vérité cherchée toujours et toujours trouvée quand la bonne volonté s’en mêle! Corrections Quelques erreurs se sont glissées dans l’article de M.Maurice LeBel, sur les vingt-cinq ans de l’École normale supé- Le Canada Français, Québec, CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ 299 rieure {Le Canada français de novembre 1945).Nos lecteurs voudront bien lire à la page 179: M.le Chanoine Adrien Garnier lui succéda et resta au pays de 1931 à 1934 (et non de 1911 à 1934); à la page 180: M.Raymond Laurent fut professeur de littérature latine de 1930 à 1932 (et non 1942).M.Jean Lechevalier lui succéda alors et occupe encore aujourd’hui la chaire de littérature latine.M.1 abbé Félix Charbonnier fit le grec, de 1930 à 1934 (et non 1944); et M.Jean-Marc Dufresne, de 1934 à 1937 (et non de 1937 à 1937).Montmorency.Les livres Jules Renard.Poil de Carotte, avec 50 dessins de Vallontter.Chez Flammarion, réédité aux Éditions Variétés, 1410, rue Stanley, Montréal.Poil-de-Carotte est à sa manière un petit chef-d’œuvre, qu’on relit après l’avoir lu dix fois: car tout homme qui se respecte doit connaître l’histoire pathétique et comique de ce pauvre Poil-de-Carotte maintenant devenu légendaire.L’un des plus grands écrivains de son temps, Jules Renard, consacra sa réputation avec l’histoire de cet enfant roux et laid que sa mère maltraitait.Personne ne semble aimer ce garçon gauche et malpropre dont les bêtises se multiplient.Imbécile! dira-t-on.Mais non, Poil-de-Carotte a l’expérience de la partialité familiale.Et Poil-de-Carotte a bon cœur et ne manque pas d’humour.Tous ceux qui, au cinéma, ont fait connaissance avec Poil-de-Carotte aimeront ce livre frais, où l’imprévu foisonne avec le pittoresque.Voici un livre pour tous, un livre qui est maintenant un classique.J.E.B.Jules Verne.20,000 lieues sous les mers.En 2 volumes de 250 pages-illustrations et couvertures en couleurs.Hachette.Réédité chez Granger Frères, ltée, 54 ouest, rue Notre-Dame, Montréal.Qui ne connaît l’odyssée du capitaine Némo et de ses compagnons! Le voyage du Nautilus est justement populaire.Il l’était du moins autrefois.Il devrait l’être encore aujourd’hui, surtout après la guerre sousmarine.Ici se mêlent les aventures, le romanesque, avec les observations scientifiques.Le tout dans une langue qui se laisse lire volontiers et qui repose des acrobaties du style pseudo-moderne.Némo vol.XXXIII, n° 4, décembre 1945.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.