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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Un grand éducateur: Monsieur l'abbé Georges Savard
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1946-06, Collections de BAnQ.

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XXXIII, n° 10 Québec, juin 1946 LE CANADA FRANÇAIS Publication de l'Université Laval Un grand éducateur M.l’abbé Georges Savard Le Séminaire de Québec est en deuil pour la troisième fois dans le court espace de sept mois.Au moment où prêtres et élèves espéraient jouir d’un peu de répit, la mort frappait avec la rapidité de l’éclair.Le 17 mai au soir, monsieur l’abbé Georges Savard présidait une séance d’examens à la Faculté des Sciences sociales.Le lendemain matin, on le trouvait privé de vie dans sa chambre.La maladie qui le minait lui avait fait, au cours de la nuit, la visite fatale qu’il appréhendait plus spécialement depuis trois ans et à laquelle il s’était préparé par une vie de prière et de travail.Monsieur l’abbé Savard fut uniquement mais totalement un prêtre éducateur.Prêtre d’abord et par dessus tout, pour qui le professorat n’était qu’une modalité de l’apostolat sacerdotal.La dignité et la fécondité de sa carrière tiennent dans cette formule qu’il fit sienne dès son ordination, en mars 1912, et à laquelle il fut d’une exemplaire fidélité.Il était né à Québec, le 11 janvier 1887.Il passa toute sa vie, sauf de brefs séjours de vacances au Petit Cap, dans cette ville à laquelle il était profondément attaché.Il y comptait un grand nombre de parents et d’amis.Il en connaissait les endroits historiques, plus particulièrement ces rues pavées de souvenirs de la Basse-Ville où s’était écoulée son enfance.Ses collègues de la Société d’Histoire Régionale de Québec, dont il était le vice-président, se rappellent avec quel plaisir il causait du passé de sa bonne ville de Québec.Il aimait pèleriner à son église paroissiale de Notre-Dame des Victoires, comme à la discrète chapelle de Notre-Dame du Sacré-Cœur, rue Sainte-Ursule.vol.XXXIII, n° 10, juin 1946. 694 LE CANADA FRANÇAIS Il fut professeur d’anglais avant et après son ordination sacerdotale.En 1915, ses supérieurs lui confiaient une chaire d’Histoire Universelle.Il devait l’occuper pendant près de trente ans, d’abord à la Faculté des Arts, à partir de 1939 aux Facultés de Théologie et de Sciences Sociales.C’est par l’Histoire qu’il passera à l’Histoire, à l’exemple de son illustre prédécesseur, Monseigneur Paré.Les circonstances l’avaient poussé vers cet enseignement.Comme beaucoup d’autres, il y entra sans grande préparation.Plus heureux que d’autres, il s’y sentit à l’aise dès les débuts.Grâce à des aptitudes naturelles et à un labeur acharné, il put acquérir, en quelques années, la formation que dispensent normalement les grandes universités européennes ou américaines.Il excellait à reconstituer, sous l’enchevêtrement des noms et des dates, la trame de l’Histoire.Il unissait à un heureux degré l’esprit d’analyse et celui de synthèse.Il avait le don de ressusciter une époque à coups de détails.Mais il allait plus loin que ces savantes reconstitutions historiques.Dans les dernières années surtout, il s’appliquait à tirer des faits observés et disséqués ce qu’il appelait la philosophie et même la théologie de l’Histoire, à dégager de la masse des événements les modalites de l’agir humain et divin, à en tirer des leçons pour cette sagesse humaine toujours si courte par quelque endroit.Ses exposés, toujours profonds, ne manquaient ni de vie, ni de couleur, ni même de piquant.Le professeur pratiquait volontiers un certain humour à froid auquel son auditoire novice se laissait d’abord prendre.Mais les élèves se rendaient bien vite compte que l’apparente impassibilité du professeur devant les cocasseries de certaines situations ou de certains personnages ne visaient qu’à accentuer le contraste entre ce qui doit être et ce qui est.Alors ils s’abandonnaient en toute sécurité à une douce hilarité sous l’œil malicieux du maître.Monsieur l’abbé Savard avait le culte de l’Histoire.Il en connaissait, pour l’avoir éprouvée, la valeur formatrice et pratique.C’est ce qui donnait à son enseignement tant de chaleur et de dignité.Il admettait volontiers qu’on badinât sur ce grave sujet de l’Histoire, mais il ne faisait pas bon Le Canada Français, Québec, MONSIEUR SAVARD, UN GRAND ÉDUCATEUR 695 dépasser les limites du badinage et contester 1 importance de cette matière dans l’ensemble des disciplines classiques et universitaires.Parce qu’il avait le culte de l’Histoire, celui plus général du travail bien fait, il était, en « composition », d’une exigence que certains élèves trouvaient outrancière.Tel étudiant qui s’était vanté d’avoir vingt sur vingt avait parfois la mortification de figurer au milieu de la pancarte avec un pauvre douze.S’avisait-il, pour son plus grand bien d’ailleurs, d’en exprimer son étonnement au professeur ?Celui ci avait vite fait, pièce en main, de lui démontrer que l’Histoire ne s’écrit pas à coups de généralités, que la probité scientifique ne tolère pas des décalages illimités dans les dates, des métamorphoses inspirées d’Ovide dans la présentation des personnages, des confusions regrettables sur le théâtre, les causes ou les conséquences des événements.L’enseignement ne fut cependant pas la seule contribution de monsieur l’abbé Savard à l’œuvre universitaire.Directeur du Séminaire depuis 1940, doyen de la Faculté des Arts de l’université Laval en 1943, il s’intéressa de près au rouage compliqué de ces deux institutions.Il apportait au conseil de la Maison son sens de la tradition, son respect des petits comme des grands, ce souci de l’œuvre bien faite, de l’administration conduite selon les règles du bon sens qui le caractérisait.Chef de Faculté, il prêchait d’exemple par le soin quasi scrupuleux avec lequel il s’acquittait de ses fonctions.Il faut l’avoir vu présider le conseil de la Faculté pour le savoir.Il accueillait ses subordonnés avec une dignité, une politesse et une affabilité presque surannées en notre siècle de vitesse et d’autocratie désinvolte.Il sollicitait longuement leur avis, enrichissait cet avis de l’apport de sa sagesse et de son expérience, avant de soumettre la question au vote de la Faculté.Le vote pris, il s’astreignait à de longues et parfois périlleuses navigations à travers les corridors et les conseils de la Maison afin que tout fût fait selon les règles.Il n’était pas homme à régler les problèmes au bout des corridors.Le rayonnement de l’œuvre universitaire lui tenait à cœur.Il aimait en causer dans l’intimité accueillante de sa vol.XXXIII, n° 10, juin 1946. 696 LE CANADA FRANÇAIS chambre de travail, esquisser des plans d’avenir pour sa Faculté.Il s’était vivement intéressé à l’œuvre des cours d’été.Sa maîtrise de la langue anglaise, ses matières aristocratiques lui avaient valu de précieuses amitiés parmi les étudiants venus d’outre quarante-cinquième.Il cultivait des amitiés avec une charité toute sacerdotale et il en donnait tout le profit aux cours d’été.On pourrait évoquer d’autres images de lui: celle du prêtre ami des pauvres, bienfaiteur discret des étudiants, du patriote animateur caché de cercles fort agissants, du sociologue, de l’économe du Petit Cap, pour terminer sur un instantané moins glacé.En toutes ces images, monsieur l’abbé Savard nous apparaîtrait comme un homme de devoir et de vertu, sous des dehors de grand seigneur, avec un fond secret de timidité et de mélancolie, vertiges de la catastrophe qui lui ravit ses parents bien-aimés à l’aurore de son sacerdoce.Sous des apparences aristocratiques cependant, il était demeuré « peuple » dans le meilleur sens du mot.L’Histoire et la Vie lui avaient inculqué le respect, mieux, l’amour des petits, des humbles, des besogneux.Il s’inquiétait souvent des répercussions que pourraient avoir dans le menu peuple les attitudes de tel personnage en vue.Les grands drames de 89 en France et de 1917 en Russie le hantaient.Il craignait de voir se creuser dans notre pays un fossé entre les classes dites dirigeantes et les masses.Aussi allait-il volontiers vers le peuple, par sympathie naturelle et par vertu, mais avec une bonté et une dignité qui lui ont fait accomplir un bien immense.Il est parti paisiblement, sans bruit, sans déranger, comme il avait vécu, un samedi du mois de mai, à l’exemple d’un de ses pénitents et amis, l’abbé Alphonse Pelletier, dont le trépas prématuré l’avait profondément peiné.Avec seize de ses confrères disparus depuis 1932, plus d’un par année, il repose dans les caveaux de la Chapelle universitaire.Par delà le tombeau et avec eux, il continue de prêcher la fidélité au devoir, le respect de la tradition, l’amour de la mesure et de l’équilibre dans l’appréciation du passé comme dans l’élaboration de l’avenir.Ce sont là leçons de haute sagesse que les générations présentes auraient tort de négliger.Québec, 26 mai 1946.Paul-E.Gosselin, ptre.Le Canada Français, Québec,
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