Le jeune scientifique, 1 janvier 1968, Janvier
VOLUME 6 NUMÉRO 4 JANVIER 1968 * m je* -® *¦ «IfcAS .T**»-#'.ejeune scientifique LAC FAS | le jeune scientifique PUBLICATION DEIL'ACFAS Le Jeune Scientifique, revue de vulgarisation scientifique, est publié par l'Association canadienne-française pour l'Avancement des Sciences (ACFAS) et est subventionné par le ministère de l'Education de la province de Québec.RÉDACTION Léo Brassard directeur Roger H.Martel secrétaire de rédaction Volume VI, no 4 janvier 1968 SOMMAIRE CONSEIL D'ADMINISTRATION Léo Brassard Pierre Couillard Denis Jacob Roger H.Martel Roland Prévost Marcel Sicotte Jacques Vanier COLLABORATEURS Jean-A.Baudot Alain Bonnier Michel Ferland Roger Fischler J.-André Fortin Jean-Guy Fréchette Raymond-M.Gagnon Guy Gavrel Miroslav M.Grandtner Edouard Kurstak Gaston Moisan Paul-H.Nadeau Raymond Perrier Bernard J.R.Philogène Roland Prévost Jean-René Roy Jacques St-Pierre Madan Lal Sharma Raymond Van Coillie Jacques Vanier G.-Oscar Villeneuve 73 Les cellules de levure, leur croissance 76 Vie et utilisation des Coccinelles 79 Dix ans d'astronautique en Russie, 2e article 83 L'Annuaire Graphique 1968 (astronomie) 87 Darwin et la théorie de l'évolution 93 Energie atomique et agriculture En couverture : montage photographique où l’on voit, en haut, une maquette à l’échelle du satellite américain Lunar Orbiter I placé à environ 1 000 milles de la surface lunaire dans une position pour y prendre des photographies.En bas, sous la maquette, l’une des photos authentiques de la « face cachée » de la Lune réalisée par ce même satellite le 24 août 1966 (Gracieuseté de la Boeing Company, Seattle, Washington).Abonnements Le volume annuel commence en octobre et se termine en mai, soit 8 numéros.Abonnement individuel: Canada, $3.00; étranger, $3.50.Abonnement annuel de groupe-étudiants, soit 15 abonnements ou plus à une même adresse: $2.00 chacun.Vente au numéro, 50 cents.Adresse Rédaction et abonnements: case postale 391, Joliette, (Québec), Canada.Tél.: (514) 753-7466.Notes Tout écrit publié dans la revue n’engage que la responsabilité du signataire.Tous droits de reproduction et de traduction réservés par l’éditeur © ACFAS, 1968.Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication.Port payé à Joliette.Tous les articles sont classifiés dans l’Index analytique, Presses de l’Université Laval, Québec. ¦mis Les cellules de levure, leur croissance La Saccharomyces cerevisiae est une levure bourgeonnante, un organisme cellulaire vivant dont la culture a largement influencé notre mode de vie.Différentes variétés de cette levure ont été, en effet, de temps immémoriaux, employées à faire lever le pain ou fermenter les jus de fruits et de légumes.Les hommes n’ont peut-être jamais dépendu de l’addition du levain aux pâtes de grains de céréales moulues, mais il est probable que la survie de notre civilisation soit redevable au fait que nous ayions pu conserver des jus potables grâce à la fermentation alcoolique.Dans les régions chaudes et sèches où naquirent les premières sociétés humaines, comment ne pas croire que cette solution au problème de la soif n’ait été vitale?Ce qui est sûr, de toute façon, c’est l’importance de la contribution du vin, de la bière et du pain levé au confort et aux plaisirs qui caractérisent notre époque.Les premières études de la levure On ignorait tout de la nature du levain et de la fermentation au 19e siècle, lorsque les producteurs de vin français se mirent à déplorer les pertes énormes qu’ils subissaient à cause des vins mal « tournés ».On pria alors un éminent savant français de l’époque, Louis Pasteur, de bien vouloir tenter quelque chose pour les aider., ce qu’il fit de magistrale façon.Au cours de ses recherches, il démontra que les jus sucrés étaient alcoolisés par les petites cellules de levure bourgeonnantes qu’invaria-blement il trouvait dans les vins.La nature fermentescible de ces levures avait été décrite par Gagniard de Latour qui avait constaté « que la levure était un amas de globules susceptibles de se reproduire par bourgeonnement, et non une matière simplement organique ou chimique, L’auteur, Byron F.Johnson, Ph.D., est attaché à la Division des sciences biologiques du Conseil national de recherches, Ottawa.La traduction française de cet article est de Alain Bonnier, Montréal.par Byron F.JOHNSON comme on le supposait ».* Ce processus de bourgeonnement consiste dans la reproduction, par une cellule adulte, d’une cellule miniature — le « bourgeon » — qui reste accolée à la cellule-mère et y croît jusqu’à ce qu’elle ait elle-même atteint la taille suffisante pour se reproduire à son tour.Notons que ces premières descriptions de l’activité des levures n’étaient que qualitatives.La croissance des levures Près d’un siècle s’écoula avant que ne soit entreprise l’étude quantitative de la croissance des levures.Bayne-Jones et Adolph montrèrent * Pasteur, Annales de chimie et de physique, (3), 58: 323, 1860.Fig.1.(a) Le changement de volume d’un bourgeon mesuré à l’aide d’un film ciné-photomicrographique.A noter que la courbe est sigmoïdale.(b) Visualisation de la croissance d’un autre bourgeon.(D’après une illustration de Bayne-Jones et Adolph, avec l’autorisation du Wister Institute of Anatomy and Biology).TIME,MINUTES LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 73 que le volume du bourgeon augmentait d’une manière sigmoïdale (voir fig.1).Ces observations furent reprises par Lindegren et Haddad puis par Mitchison qui, en plus de confirmer cette croissance sigmoïdale du volume du bourgeon, montrèrent également que la croissance de la matière sèche, elle, était non pas sigmoïdale mais linéaire.La signification de cette différence reste à expliquer.Pendant ce temps, Mortimer et Johnston, entre autres, remarquèrent que le volume de la cellule adulte même augmentait légèrement d’un cycle de bourgeonnement à l’autre.700 UJ ! 600 0 ^ 500 _i UJ 400 1 500 UJ < 200 J L 2 3 4 5 6 7 8 9 10 BUD LENGTH STAGES,/i II 12 1 13 14 Ces simples découvertes sur le mode de croissance de la levure soulevèrent des questions plus précises.Quand, durant le cycle de bourgeonnement, le volume de la cellule adulte augmente-t-il?Est-ce que l’expansion est locale ou générale?L’expansion se fait-elle par étirement de la matière composante ou par l’insertion de nouvelles matières?On ne doute plus maintenant que la croissance du bourgeon implique la synthèse ou l’insertion de nouvelles matières.Mais la question est de savoir par où se fait cette insertion.Par la base, le centre, le sommet ou toute la surface?Quand croît la levure ?C’est la détermination du moment précis, au cours du cycle de bourgeonnement, où avait lieu la croissance de la cellule adulte qu’on a pu établir en premier lieu.Les longueurs et largeurs de plus de 500 cellules de levure et leurs bourgeons furent mesurées.En supposant que la forme des cellules adultes soit approchée par une ellipsoïde de révolution, on calcula leur volume à l’aide de l’équation : V = (tt/6) Lw2 (où L est la longueur et w la largeur) puis on porta en graphique ce volume en fonction de la longueur du bourgeon (voir fig.2).Pour simplifier les résultats, une moyenne statistique fut utilisée (fig.3).On aperçut ainsi un curieux phénomène : la cellule adulte se rétrécit au début de son cycle de bourgeonnement, perdant jusqu’au tiers de son volume initial, pour le reprendre ensuite dans la dernière partie du cycle.L’expansion réelle à laquelle nous nous attendons, n’a lieu qu’à la toute fin du cycle, soit après la restauration du volume perdu.Où croît le bourgeon ?Pour déterminer dans quelle partie du bourgeon se produit la croissance, on dut recourir à une technique moderne : Vautoradiographie.Par cette technique, on permet à la levure d’« étiqueter » les parties croissantes par l’in- Fig.2.Les volumes de 507 cellules de levure adultes en fonction de la longueur de leurs bourgeons.Une relation assez complexe.600 500 « 400 - S 300 -"4 3 *—$ O 200 - 100 -0 - I I I I 1 I I I I I I 1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 II 12 BUD LENGTH STAGES, fL Fig.3.Simplification des données de la fig.2.Les signes + avec des rectangles ouverts surimprimés = le volume moyen de chacun des 10 groupes de 50 cellules et la longueur médiane du bourgeon associé; le + avec des rectangles fermés surimprimés = la longueur moyenne et le volume d’une classe facilement identifiable de cellules non-adultes.(D’après une illustration de Johnson avec l’autorisation de Academie Press, Inc.).troduction, à ces endroits, d’une substance radioactive.On obtient ensuite, à partir de ces cellules étiquetées, une composante cellulaire pure, le « glucan », qui fige la forme et les proportions relatives des bourgeons et des cellules adultes.Ce glucan dont la partie venant tout juste de croître est maintenant radioactive, est déposé sur une plaque de microscope puis recouvert par une mince couche d’émulsion photographique.Les régions radioactives du glucan de la paroi cellulaire sont détectées par la présence d’argent dans l’émulsion photographique qui les couvre.Lorsqu’on examine ces autoradiographies au microscope, on s’aperçoit que la plupart des particules d’argent se situent au-dessus de l’extrémité des bourgeons (fig.4).On en conclut donc que le bourgeon croît aux extrémités.74 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 4JKJjti ! wl ’ SIS?BS 1 l3HBi Fig.4.Photo de l’autoradiographie d’un bourgeon isolé « étiqueté » montrant que les particules d’argent n’apparaissent qu’à ses extrémités seulement.(D’après Johnson et Gibson avec l’autorisation de Academie Press Inc.).Reste maintenant à savoir si l’augmentation du volume de la cellule adulte s’effectue par étirement ou insertion de manières nouvelle- ment synthétisées.Comme dans l’expérience précédente le nombre de cellules « étiquetées » était relativement minime, on présume que l’expansion se fait par étirement.On considère présentement ces réponses comme étant satisfaisantes.Plus tard, peut-être, grâce à des techniques plus avancées, aurons-nous le loisir de poser des questions encore plus raffinées et espérer leur apporter des réponses qui soient raisonnables.Bibliographie BAYNE-JONES, S.and E.F.ADOLPH.Journal of Cellular and Comparative Physiology 1 : 387, 1932.LINDEGREN, C.C.and S.A.HADDAD.Genetica 27 : 45, 1954.JOHNSON, B.F.Experimental Cell Research 39 : 577, 1965.JOHNSON, B.F.and E.Jean GIBSON.Experimental Cell Research 41 : 580, 1966.MITCHISON, J.M.Experimental Cell Research 15 : 214, 1958.MORTIMER, R.K.and J.R.JOHNSTON.Nature 183 : 1751, 1959.PASTEUR, Louis.Annales de Chimie et de Physique, 3e série, 58 ; 323, 1860.Un volume attendu des naturalistes Les naturalistes intéressés à l’étude des oiseaux sont maintenant bien servis avec la récente parution du volume Les Oiseaux du Canada par W.Earl Godfrey, conservateur des oiseaux au Musée National du Canada, Ottawa.Un volume de 506 pages et 69 planches en couleurs, bulletin no 203 du Musée National du Canada, Ottawa, 1967; relié, grand format (9 X lV/4 pouces), en vente à $12.50 l’exemplaire chez l’Imprimeur de la Reine ou dans les librairies du gouvernement canadien.Deux éditions sont disponibles, en anglais et en français.La documentation en langue française sur les oiseaux canadiens était plutôt réduite, si l’on excepte un ou deux ouvrages de vulgarisation pour les jeunes.Une étude sérieuse avait été.publiée dans le passé, « Les Oiseaux de l’Est du Canada», par P.A.Taverner (Comm.géol.du C., mémoire 104, Ottawa 1922, 311 p.), mais elle était épuisée depuis plusieurs années et elle n’était plus à point par suite des changements dans la systématique et des nombreux travaux scientifiques parus depuis cette date.Le volume de W.E.Godfrey se présente à la fois sous la forme d’un magnifique album et d’un ouvrage scientifique.Chacune des 519 espèces d’oiseaux du Canada est décrite ||§:g|p 1- ' ! 'iMMÈÊÊÊ ).¦ » f' avec précision et les 69 planches en couleurs, oeuvre de l’artiste-natura-liste John Crosby, illustrent quelque 420 espèces.Chaque espèce est désignée par son nom français reconnu, son nom anglais et son nom scientifique latin.Une description permet ensuite de connaître les traits distinctifs : teintes du plumage, forme du corps, attitudes, etc.D’autres paragraphes précisent les mensurations, les détails permettant l’identification sur le terrain, la distribution géographique et finalement une brève description des sous-espèces.Une carte montre l’aire de dispersion à travers le pays.Pour plusieurs espèces, des dessins en noir et blanc illustrent certains détails pouvant faciliter l’identification.C’est un ouvrage de qualité qui fait honneur à l’édition canadienne et à ses auteurs, en plus de présenter un bel exemple de vulgarisation scientifique.Nous lui souhaitons une grande diffusion auprès des jeunes et des adultes qui désirent mieux connaître nos oiseaux.Nous espérons que des travaux semblables seront bientôt publiés ou entrepris dans le but de faciliter la connaissance des autres représentants de la faune canadienne, comme nos mammifères, nos poissons, etc.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 75 Fig.1.Adulte coccinelle.Vie et utilisation des Coccinelles Connaissons-nous les Coccinelles ?Qui d’entre nous ne connaît les Coccinelles, ces petits insectes de couleur brillante dont la paroi externe rigide est formée des ailes antérieures en forme de gaine sous laquelle sont pliées des ailes membraneuses pour le vol.De coloration variée, les Coccinelles peuvent posséder plusieurs taches ou dessins sur leur corps (Fig.1).Ces taches donnent non seulement les jolies couleurs, mais sont également utiles dans la détermination du nom d’une coccinelle.par AA.L.SHAR.AAA On rencontre les Coccinelles un peu partout, sur les plantes de culture, sur les plantes basses dans les vallées; mais la plupart sont associées à d’autres petits insectes notamment aux pucerons et aux Cochenilles dont elles se nourrissent.Certaines Coccinelles mangent les feuillles des plantes, devenant ainsi nuisibles aux récoltes.Tel est le cas de Epilachna qui mange les feuilles de pomme de terre et peut causer des dommages considérables Par contre, la plupart des Coccinelles sont utiles car elles nettoient les feuilles de pucerons et de Cochenilles présents.L’auteur du texte et des illustrations, M.Lal Sharma, D.Sc, est professeur au Département de Biologie, Université de Sherbrooke.Pigigf ! Jl >¦ il ° Fig.2.(En haut).Larve de coccinelle.Fig.3.(En bas).Nymphe de coccinelle.mm us « :-W 76 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 ,V 0 t mri ” .v jt * 4 % • >»«4‘ 4* •'» V» Cycle biologique de la Coccinelle Leur saison active s’étend du printemps à l’automne.Vers la fin de l’automne les Coccinelles migrent au sommet des montagnes à la recherche de fissures et de trous pour hiverner (Fig.5).Trouvant un bon emplacement elles hivernent par groupe de milliers.A l’approche du printemps cet état de sommeil cesse et l’activité reprend.Alors les Coccinelles redescendent dans la vallée, et commencent à pulluler en grand nombre sur les plantes de culture maraîchère et autres.Dans la saison active, les oeufs sont pondus sur le feuillage.Les oeufs, souvent jaunâtres et cylindriques, sont déposés par masse.Les jeunes larves se nourrissent de colonies de pucerons existant sur les feuilles voisines.Ces larves sont de forme allongée (Fig.2).Après quelques mues où les larves rejettent leur ancienne peau, elles se transforment en nymphes (pupes) immobiles.(Fig.3) d’où émergeront les adultes quelque temps après (Fig.1).Les adultes, tout comme les larves se nourrissent de pucerons, ou de Cochenilles.Station alpine de refuge pour les Cochenilles Dans certains laboratoires, elles sont même élevées selon des diètes synthétiques afin de déterminer une possibilité de multiplication des Coccinelles sous des conditions artificielles.Dans les conditions de laboratoire une Coccinelle peut détruire de 450 à 550 pucerons durant sa vie larvaire et adulte.Ce mode de nutrition fut utilisé pour contrôler les insectes noeifs.Des chercheurs (Iperti 1966) ont pensé qu’il serait intéressant d’exploiter ce phénomène de la cache hivernale.Us ont tout d’abord fourni des refuges artificiels aux Coccinelles, en déposant au sommet des montagnes, des pièges spécialement construits qu’ils laissèrent là pour l’hiver (Fig.6).Puis, le printemps venu, ils ramassent les pièges pleins et vont déposer ces Coccinelles dans des champs à culture d’importance économique afin d’y combattre les insectes nocifs (les pucerons et les cochenilles) .Apparamment cette méthode s’est avérée efficace dans la lutte contre les pucerons et, Fig.4.(En haut).Des coccinelles hibernant dans des racines de labiées.Fig.5.(A droite).Des coccinelles hibernant dans les pierres.par suite, dans la réduction de leur attaque sur les plantes d’importance économique.Essais en laboratoire L’élevage au laboratoire des Coccinelles se pratique dans plusieurs pays (en France, aux Etats-Unis, dans certains pays d’Orient) pour en faire une dispersion de masse contre les insectes nuisibles.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 77 Malgré leur couleur et leur motif frappant, les Coccinelles ne mordent pas et sont inoffensives pour nous.Les tuer nuirait à la réduction des insectes nuisibles.Pensons alors à sauvegarder nos bienfaiteurs.Bibliographie BALACHOWSKY, A.S., 1951.La lutte contre les insectes, Payot, Paris, 380 p.CARNES.E.K., 1912.Collecting ladybirds by the ton, Calif.Sta.Comm.Hort Monthly, Bull.1 : 71-81.DOBZHANSKY, T„ 1922.Massing and migration of ladybirds, Rept.Bur.Appl.Entom.Agric.Comm., 2: 103-124.IMMS, A.D., I960.A general textbook of Entomology, Methuen & Co.Ltd, London, 886 p.IPERTI, G., 1961.Les Coccinelles, leur utilisation en agriculture, Rev.Zool.Agric.et appl., 60 : 14-30, 60-71.IPERTI, G., 1966.Perspective d’utilisation rationnelle des Coccinelles aphidiphages dans la protection des cultures, 90e Congrès des Sociétés savantes, Nice, Tome II : 547-553.Fig.6.Piège artificiel pour capturer les coccinelles.La cage est fabriquée de panneaux de fibre de ciment assemblés à l’aide de joints à vis.Montage a) Couper 8 plaques carrées de 5 pouces.b) Couper 7 plaques carrées de % de pouce.c) Fixer les 7 plaques de B au centre de 7 plaques de A.d) Faire un trou dans le centre de seulement 5 plaques assemblées de C et d’une plaque restant de A de façon à permettre le passage de la tige filée à chaque bout.e) Prendre une tige filée et enfiler les 5 plaques assemblées de C.f ) Placer maintenant une plaque de A (avec un trou) à l’extérieur.g) Visser la tige de chaque côté.h) Mettre 2 plaques assemblées (sans trou) sur le dessus et le fond de la cage.Façon de couvrir les deux autres côtés ouverts.i ) Couper deux autres plaques comme en A, mais légèrement plus grandes (environ Vi”).j ) Trouer chacune un peu à côté du centre.k) Maintenant passer une autre tige à travers une plaque de 1 et couvrir un des côtés ouverts.l) De la même façon insérer l’autre plaque de 1 et visser de chaque côté.La cage est maintenant terminée.78 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 Dix années d'astronautique en Russie 2e partie: Feu sur les planètes par Jean-René ROY La bête noire des Soviétiques Si au tableau des satellites d’investigation scientifique étudiés dans un article précédent, et au chapitre des premiers vols humains, les Soviétiques ont fait preuve entre 1957 et 1967, d’une maîtrise et de performances souvent sensationnelles, il est loin d’en être ainsi pour l’exploration du système solaire, véritable cauchemar des savants soviétiques.En effet, on estime à 18 le nombre de lancements tentés en direction de Vénus (11) et de Mars (7) depuis 1961.Un seul succès, Vénus 4, premier vaisseau à atterrir sur une planète du système solaire; toutefois Vénus 2 et 3 pourraient être considérés comme demi-réussites.Lorsqu’on compare les performances de la NASA (3 Mariners brillamment réussis sur cinq: 60%) aux succès de l’URSS (à peine 10%), on comprend qu’après s’être arrachés les cheveux si longtemps, les Russes aient crié leur victoire avec Vénus 4, le 19 octobre dernier.Vénus : premier tir et premier exploit Le premier tir interplanétaire eut lieu vers Vénus, le 12 février 1961, mais malheureusement, dès le 27 du même mois, les communications avec la station cosmique flanchèrent.Sur les onze essais vers Vénus, bien des échecs sont dus au fait que plusieurs stations refusaient de décoller de l’orbite terrestre de stationnement, technique utilisée par les Soviétiques dans les tirs lunaires et planétaires.Ces mêmes difficultés L’auteur du texte et des photographies, Jean-René Roy, B.Péd., est étudiant en physique spécialisée à la Faculté des sciences, Université de Montréal.mécaniques affligèrent les tentatives vers Mars.En 1965, on lançait le tandem Vénus 2 (12 novembre) et Venus 3 (16 novembre) qui allaient constituer le premier demi-succès soviétique.Vénus 2 constitua un exploit pour la précision du lancement, car il frôla la planète à moins de 15 000 milles de la surface de celle-ci sans qu’aucune manoeuvre de correction n’eut été nécessaire au cours de la croisière de 200 millions de milles.On ignore si le satellite de 2 100 livres a pu transmettre des informations et ce qu’elles ont été.Vénus 3 avait pour mission ambitieuse de déposer une capsule en douceur sur son objectif.Mais les communications se brouillèrent lors de la manoeuvre d’approche et le satellite porteur s’écrasa avec sa capsule sur Vénus le 1er mars 1966, frustrant l’URSS d’un exploit attendu depuis longtemps.Vénus 3, selon l’agence Tass, avait fourni durant les 3% mois de son vol, plusieurs informations sur les « propriétés de l’espace, les particules cosmiques, l’intensité du champ magnétique interplanétaire, la densité des météorites et autres phénomènes ».A en juger par le poids des Vénus dépassant toujours les 2 000 livres, l’importance de l’instrumentation scientifique devait être considérable; les Mariners américains pesaient 540 livres et emportaient une bonne dizaine d’appareils scientifiques.Une maquette du Vénus 3, l’engin spatial qui s’est écrasé sur Vénus le 1er mars 1966.Une capsule devait être larguée du véhicule porteur de plus de 2 100 livres, et atterrir en douceur sur Vénus.L’exploit allait cependant réussir avec Vénus 4, le 17 octobre 1967.I ¦ , LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 79 Comme on peut le noter dès maintenant, les communications semblent constituer pour les Soviétiques une pierre d’achoppement très grave; c’est à des défaillances électroniques qu’il faut attribuer les échecs de Vénus 1, Zond 1, Vénus 3, Mars 1 et Zond 2.Peut-être cette faiblesse peut-elle être associée au retard avec lequel les Russes ont adopté à fond la cybernétique?Il n’est qu’à rappeler que sous Staline, la cybernétique était officiellement proscrite par le régime simplement à cause de son évocation occidentale et capitaliste! Heureusement, cet esprit a changé pour un pragmatisme plus ouvert; mais les télécommunications demeurent le tendon d’Achille de l’astronautique soviétique.Les stations de télémétrie en URSS seraient des stations de radar allemandes datant du dernier conflit mondial perfectionnées et améliorées.La prouesse de Vénus 4 A la suite de l’échec de Vénus 3, il fallait s’attendre à un autre essai vers Vénus lors de la conjonction de 1967.Le 12 juin dernier, l’URSS lançait Vénus 4 d’un poids de 2 438 livres de sa base de Tyouratam.Le 17 octobre dernier, tandis que le satellite porteur larguait sa précieuse capsule et allait s’écraser sur Vénus, l’Union soviétique accomplissait l’un des exploits les plus sensationnels de l’histoire: après un freinage atmosphérique, la capsule de Vénus 4 déploya son parachute à 15V2 milles d’altitude et entreprenait sa longue descente dans l’atmosphère surchauffée de Vénus, mesurant les températures, les pressions, la composition et retransmettait à la Terre ses informations tant attendues.Pour plus de sûreté, les Soviétiques demandèrent la coopération du puissant radiotélescope de 250 pieds de diamètre de l’Observatoire de Jodrell Bank en Angleterre pour capter les émissions de la station soviétique distante d’environ 49 000 000 de milles.La capsule transmit des informations durant environ 96 minutes.L’intense chaleur de plus de 500° F semble avoir mis l'appareil hors d’usage soit en endommageant son parachute et provoquant sa chute ou en grillant tout simplement l’équipement électronique.Remarquons que Vénus 4 a touché la partie nocturne de Vénus.Perspectives Après l’éclatante réussite de Vénus 4, il faut s’attendre lors de la prochaine fenêtre d’avril 1969 à l’envoi d’une autre capsule plus perfectionnée capable de sonder le sol vénu-sien et probablement à la mise en orbite autour de Vénus du vaisseau porteur qui relaiera à la Terre les informations émises par la capsule.Jusqu’ici, les sept essais vers Mars se sont soldés par des échecs complets, Mars 1 et Zond 2 ayant réussi à échapper à la Terre, sont devenus silencieux après quelques mois d’aventure interplanétaire.Il est probable que les Soviétiques tenteront de répéter sur Mars les prouesses de Vénus 4 en y ajoutant une mission photographique pour un Véhicule orbital; une capsule avec mission d’atterrir sur Mars emporterait possiblement l’équipement permettant de détecter les formes de vie élémentaire qu’on s’attend à trouver sur la planète rouge.Un atterrissage en douceur demeure cependant plus difficile à effectuer sur Mars, car à l’opposé de Vénus on ne pourra y utiliser le freinage aérodynamique ni le parachute; un système de rétrofusées s’avère nécessaire, procédé qui demeure toujours plus complexe et plus risqué à manoeuvrer.On connaît les déboires des Soviétiques avec leur série Luna qui n’a pas débuté avec autant de brio que la génération Surveyor des Américains.Lancements planétaires soviétiques Vers VENUS lancement remarques Vénus 1 12 février 1961 perdu contact le 27 février 1967 Zond 1 2 avril 1964 perdu contact Vénus 2 12 novembre 1965 frôla Vénus le 27 février 1966 Vénus 3 16 novembre 1965 impact sur Vénus le 1er mars 1966 Vénus 4 Vers MARS 12 juin 1967 atterrissage en douceur sur Vénus le 19 octobre 1967 Mars 1 1er novembre 1962 perdu contact Zond 2 30 novembre 1964 perdu contact le 5 mai 1965 Au premier plan un satellite météorologique de la série Cosmos.A l’arrière on aperçoit le satellite Vostok et le dernier étage de la fusée porteuse.Cet ensemble mis en orbite pesait 6V2 tonnes et mesurait 25 pieds de longueur." • 80 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 3e partie: L'homme dans Débuts vigoureux et prestigieux Le premier vol humain préparé par le lancement de cinq Spoutniks comme nous l’avons vu dans notre premier article, eut lieu le 12 avril et fut effectué par Youri Gagarine.Sous une fanfare de publicité, le vaisseau Vostok 1 lancé du cosmodrome de Baikonour effectua une seule orbite de 108 minutes dont l’apogée atteignit un peu plus de 200 milles.Ce premier vol fournit énormément d’informations sur le comportement de l’homme lors du décollage, du vol dans l’apesanteur et de la rentrée dans l’atmosphère; de plus il rassura les hommes de science pour les missions futures.Couplé au dernier étage de la fusée porteuse, le Vostok constituait un vaisseau de 6V2 tonnes et de près de 25 pieds de longueur.Pour fin de comparaison, rappelons que la cabine Mercury utilisée par les Etats-Unis dans ses premiers vols mesurait 10 pieds de hauteur et pesait IV2 tonne; le biplace Gemini pesait 3% tonnes.Le cosmonaute russe prenait place dans un habitacle détachable ayant la forme d’une sphère de plus de 7V2 pieds de diamètre et d’un poids de 2.6 tonnes; c’est dans cette capsule sphérique qu’il opérait sa rentrée dans l’atmosphère.Freinant grâce à la résistance de l’air, un système de parachute permettait au pilote d’atterrir soit dans la capsule ou d’opérer son éjection à 13 000 pieds d’altitude.Equipé de près d’une tonne d’appareils, Vostok était à même de pouvoir orbiter 10 jours sans avoir à renouveler ses provisions de vivres, d’eau et d’oxygène ainsi que ses autres réserves.Le 6 août 1961, alors que nul Américain n’avait encore orbité la Terre, Guerman Titov a bord de Vostok 2 demeurait 24 heures en orbite.Pour la première fois, un homme menait dans l’espace un programme d’investigation scientifique en astronomie, en géophysique, en météorologie, en médecine et en biologie.Août 62 : Nikolaiev et Popovitch à bord des Vostoks 3 et 4, réalisent le premier l'espace rapprochement en orbite présageant les futurs rendez-vous qui viendront cependant très tard chez les Soviétiques.A chaque vol, les hommes de science bourraient le vaisseau d’expériences de tout ordre surtout d’aspect biologique, afin d’étudier les effets des radiations sur les organismes dans l’apesanteur et de les examiner lorsque ramenés au sol.En juin 1963, second vol jumelé et première femme dans l’espace; Valentina Téréchkova qui allait marier plus tard A.Nikilaiev pilote de Vostok 3 et mettre au monde le premier bébé de l’espace.Bykovski prouvait lors de son périple circumterrestre d’une durée de cinq jours, que quatre jours environ suffisaient à l’organisme pour s’adapter entièrement aux conditions du vol orbital.Une deuxième génération de vaisseaux Le 12 octobre 1964 Voshkod 1, avec trois hommes à bord, boucle 16 orbites et atterrit à 350 milles au nord de Baikonour.L’équipage est des plus diversifiés et démontre combien les Soviétiques envisagent avec largeur de vue les vols cosmiques humains: V.Komarov, qui allait périr le 24 avril 1967 dans l’écrasement de Soyouz 1, pilote le vaisseau; pour compléter, B.Yégorov, médecin de bord, et F.Féoktisov dessinateur de vaisseaux spatiaux.D’un poids de 6V2 tonnes, Voshkod utilise un moteur ionique pour l’orientation du satellite en plus des fusées à gaz sous pression ordinaires.Le comportement du bouclier thermique de protection fut surveillé par télévision durant toute la rentrée dans l’atmosphère et les Soviétiques démontrèrent la possibilité de navigation par les étoiles dans l’espace.Yégorov mena une foule d’observations médicales sur l’activité musculaire, le sens d’équilibre, le système nerveux et la circulation sanguine.Les cosmonautes étaient sans scaphandre.Avec Voshkod, les Soviétiques semblent avoir utilisé une atmosphère intérieure d’oxygène et d’azote semblable à celle que nous respirons tandis que les Américains utilisent depuis toujours l’oxygène pur.Malgré ses risques, l’oxygène pur pose beaucoup moins de problèmes, l’azote étant inutile et présentant des dangers aux hautes pressions; les sorties extra-véhiculaires sont d’ailleurs facilitées avec une micro-atmosphère d’oxygène pur dans le vaisseau.Le 18 mars 1965, quittant Voshkod 2, Alexei Léonov devenait le premier homme à se lancer dans le vide de l’espace rattaché par un simple cordon au vaisseau piloté par Pavel Be-liaiev.Cet exploit allait ouvrir des horizons nouveaux dans le travail de l’homme pour l’assemblage de diverses pièces sur orbite.Mais comme les nombreuses expériences américaines allaient le prouver, ces activités extra-véhiculaires sont loin d’être aussi simples et amusantes qu’on le croirait au premier abord.L’exploit de Léonov aura néanmoins contribué à donner plus d’audace aux Américains qui effectueront la sortie dans l’espace beaucoup plus tôt que prévu dans le programme Gemini.Selon l’importante revue des questions spatiales Aviation Week and Space Technology, lors du vol Voshkod 2, L’habitacle Vostok vu de plus près.C’est dans cette sphère de 7% pieds de diamètre et d’un poids de 2.6 tonnes que prenaient place les astronautes soviétiques.Seule la capsule sphérique rentrait dans l’atmosphère.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 81 les Soviétiques avaient mené le décomptage pour le lancement d’un second véhicule mais ce vol fut annulé en raison des difficultés rencontrées par le Voshkod durant sa 12e et 13e orbite.Le vaisseau dut atterrir le lendemain et manqua par surcroît son objectif de plus de 500 milles ! Cette rentrée opérée manuellement fut la première à se terminer dans la neige dans les régions boisées des Monts Ourals au nord de Perm.Sans doute, ces difficultés pourraient être à l’origine de la longue période de plus de 2 ans sans vols humains.Pas tragiques vers une plate-forme orbitale Le 14 novembre 1963 et le 12 avril 1964, l’URSS mettait sur orbite deux vaisseaux nouveaux, Poliot 1 et 2, destinés à diverses manoeuvres et au perfectionnement des manoeuvres devant conduire au rendez-vous orbital.Après cette longue période d’attente, tous prévoyaient quelque chose de peu ordinaire comme en ont l’habitude les Soviétiques.Enfin, le 23 avril 1967, Soyouz 1 est satellisé; on ne possède sur le nouvel arrivant aucun détail sinon qu’il pèse 14 000 livres; son pilote est un vétéran de Voshkod 1, Vladimir Komarov.Certaines rumeurs prédisaient même que Soyouz 1 allait être rejoint par un autre vaisseau avec ou sans cosmonaute et que le vaisseau Soyouz serait propulsé à plus de 50 000 milles de la Terre.N’oublions pas que Soyouz signifie « union ».Mais rien de tout cela; à la 15e orbite, une fusée de correction d’altitude se met accidentellement en marche; le vaisseau commence à culbuter dangereusement comme la chose s’était produite avec Gemini 8.Reprenant difficilement contrôle, Komarov tente une rentrée d’urgence à la 16e et 17e orbite, mais n’y réussit pas.Il peut enfin accomplir son freinage au 18e passage, mais il semble que le basculage reprend à nouveau ce qui va être fatal.Lors de l’éjection du parachute à une altitude de 4.3 milles, celui-ci s’emmêle et ne peut se déployer.La cabine s’écrase au sol entraînant la mort de son pilote, premier cosmonaute soviétique à périr lors d’une expérience spatiale.Après les difficultés de Voshkod 2 et une inactivité apparente de 25 mois, la tragédie de Soyouz venait comme un coup de massue pour les promoteurs du programme spatial soviétique.Il est sûr que Soyouz 1 était à l’origine d’un programme de rendez-vous orbital ambitieux comme l’ont montré les expériences récentes.A la veille d'un vol circumlunaire La récente activité de fin d’octobre 1967 a été le banc d’essai des expériences visant à repenser le programme projeté avec Soyouz 1 et à corriger les mécanismes défectueux qui ont été la cause de maints problèmes lors des deux derniers vols humains.Cosmos 186 fut mis sur une orbite similaire à celle de Soyouz 1 et à celle utilisée par les Russes pour les tirs en direction de la Lune.Trois jours plus tard, soit le 30 octobre, Cosmos 188 était lancé à 14.9 milles de Cosmos 186, un tir d’une remarquable précision.Comme on connaît la faiblesse des techniques soviétiques dans les transmissions et les télécommunications à longue distance, l’opération automatique de rendez-vous allait dépendre de l’équipement de radar à bord des deux Cosmos.Les deux engins réussirent le rendez-vous et leur jonction automatique puis demeurèrent reliés électriquement durant 3Mi heures; les deux vaisseaux furent ramenés séparément à terre.Les savants soviétiques ont révélé que Cosmos 186 était suffisamment grand pour accommoder 5 cosmonautes ! Il semble d’après bien des experts que ce vol, répétition non habitée de ce qui devait être l’expérience de Soyouz 1, soit à l’origine de la constitution d’une plate-forme orbitale à partir de laquelle, on tenterait un vol circumlunaire dès 1968.Le rendez-vous s’avère de toute importance car il ne semble pas que l’Union soviétique possède de véhicule aussi puissant que la fusée Saturne 5 capable d’expédier dans le voisinage lunaire une unité d’exploration complète.D’ailleurs, au dernier Salon international de l’Aéronautique tenu à Paris, les Soviétiques ont surpris bien des gens en révélant la fusée porteuse utilisée pour la mise en orbite des Vostoks.Le véhicule porteur n’était qu’une fusée de deux étages, flanquée d’un bloc de 4 fusées chacune dotées de quatre « boosters ».Ainsi au lieu de la grande technique qu’on prêtait aux fusées russes, on n’avait affaire qu’à une sorte de bricolage : amoncellement de plusieurs petites fusées capables de fournir la poussée nécessaire à arracher les Vostoks de la gravitation terrestre.Les Soviétiques ont toujours l’habitude de nous surprendre, mais de deux façons.Un blason doré Le programme spatial de l’URSS est très ambitieux; si tous les vaisseaux lancés avaient réussi au même rythme que ceux des Américains dans les derniers cinq ans, l’Union soviétique aurait joui d’une avance foudroyante et accumulé une myriade de données scientifiques et techniques.A une apparente infaillibilité des débuts, alors que les Américains réussissaient à peine à faire décoller leurs fusées de leurs plateformes de lancement sans qu’elles explosent, nous avons appris à déchiffrer et interpréter le peu d’information livré par les Russes.Pour eux aussi, la conquête de l’espace est pénible, difficile et coûteuse; mais d’après leurs récents efforts, elle en vaudrait la peine.Le tableau des Soviétiques malgré plusieurs échecs parle de lui-même et le blason URSS est encore bien doré : Spoutnik 1, premier satellite artificiel; Vostok 1 et Gagarine premier homme dans l’espace; Léonov, premier cosmonaute à « nager » dans l’espace; Luna 9, première capsule à atterrir sur la Lune en douceur; Vénus 4, premier satellite à se déposer sur Vénus.Prochaine étape ; premier homme sur la Lune ?Bibliographie NOVOSTI (agence russe).Le célèbre Vostok, Moscou, 32 p.Hommes dans l’espace (novembre 1967) Pays vols orbites cosmonautes heures-hommes U.R.S.S.9 310 12 532.5 U.S.A.14 677 24 1992.9 82 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 ANNUAIRE GRAPHIQUE 1968 préparé par l'Observatoire Astronomique de Québec Description Le tableau comprend trente-sept décades, soit 366 jours en 1968 (année bissextile) plus 4 jours en 1969, et couvre toutes les heures du jour, de 8 h du matin à 8 h du matin, le lendemain.Il débute par le jour julien 2 439 856, qui est celui du 31 décembre 1967 au 1er janvier 1968 et qui commence à midi Temps Universel, soit à 7 h du matin, Heure Normale de l’Est.L’heure d’un événement, telle qu’indiquée par le graphique, est donnée en temps civil local.C’est la même pour toute la Terre, puisque cette heure est déterminée par le passage du soleil moyen (fictif) au méridien du lieu.Sauf lorsqu’il s’agit d’objets qui se déplacent rapidement par rapport au Soleil.Dans ce cas, la position de l’objet est prise à un instant donné, celui de son passage au méridien de l’Observatoire de Québec.C’est le cas de la Lune, en particulier, qui rejoint le Soleil après 29,5 jours (en moyenne) et se lève, en Europe, une dizaine de minutes plus tôt que l’heure indiquée par le graphique.Il y a aussi la ligne médiane de l’Echo I, qui rejoint le Soleil au bout de 76 jours; ici encore, il faudrait tenir compte d’un certain décalage des lignes correspondantes.Le Soleil vrai est tantôt en avance, tantôt en retard sur le soleil moyen et fictif qui sert à déterminer l’heure civile.La ligne de l’Équation du Temps, de part et d’autre de la ligne de 12 heures, indique cette différence, à chaque jour de l’année.Pour passer de l’heure locale du graphique, à l’heure normale de nos montres, il faut appliquer une correction qui dépend de la longitude du lieu.Cette correction est indiquée en minutes dans le tableau suivant, pour certaines ville du Canada : Le graphique est dominé par les courbes du coucher et du lever du Soleil, à partir de 16 h, jusqu’à 8 h.Ces données sont calculées pour la latitude de l’Observatoire de Québec, 46,8° N, mais elles varient peu, d’une latitude à l’autre, sauf à l’époque des solstices, alors que la différence peut aller jusqu’à une vingtaine de minutes pour 5°.Ajoutés aux lignes du Soleil, au milieu de la décade, des traits indiquent la fin et le commencement du crépuscule civil, renseignement utile aux automobilistes qui sont tenus par les règlements à allumer leurs phares, à ce moment.Le crépuscule civil, comme le crépuscule astronomique, passent par deux valeurs minimales, en mars et en octobre, et par deux valeurs maximales, en décembre et surtout en juin.En général, les lignes continues se rapportent aux passages au méridien et les lignes entrecoupées d’un trait, aux levers et aux couchers.Mercure, Vénus et les satellites artificiels ont des lignes propres.Chaque ligne est identifiée par une lettre et le signe de l’astre en question, comme le décrit la légende en bordure du tableau.Pour ce qui est de la Lune, le graphique indique le jour des quatre principales phases, en même temps que l’heure du coucher et du lever, ce jour-là.Les jours intermédiaires, on peut trouver l’heure du lever ou du coucher avec une bonne approximation, en interpolant.Par exemple, entre le coucher de la Nouvelle Lune du mercredi 28 février et le coucher du Premier Quartier du jeudi 7 mars, on compte 8 heures de différence, approximativement, ce qui fait un décalage d’une heure par jour, en moyenne.De même, entre la Nouvelle Lune du jeudi 25 juillet et le Premier Quartier du jeudi 1er août, le coucher de la Lune retarde de 23 minutes par jour en moyenne.Alma —13 Amos +12 Calgary +36 Charlottetown +12 Chicoutimi —15 Drummondville —10 Edmundston +33 Gaspé +18 Halifax +14 Joliette - 6 Louiseville - 8 La Malbaie -18 La Tuque - 9 Matane —29 Moncton + 19 Montebello ± 0 Mont-Joli -27 Montmagny -18 Montréal — 6 Nicolet — 9 Ottawa-Hull + 3 Parent — 2 Québec —15 Régina — 2 Rimouski —26 Rivière-du-Loup —22 Roberval —10 St-Boniface +29 St-Hyacinthe — 8 St-Jean (T.-N.) + 1 St-Jean (N.-B.) +24 St-Jean (P.Q.) — 7 Saskatoon + 7 Senneterre + 9 Schefferville +27 Sept-Iles +25 Shawinigan — 9 Sherbrooke —12 Sorel — 7 Sudbury +24 Toronto +18 Trois-Rivières —10 Valleyfield — 3 Victoriaville —12 Windsor, Ont.+32 Cette correction-longitude se calcule de la façon suivante.Connaissant la longitude du lieu, on fait la différence avec les longitudes 52,5° (pour Terre-Neuve), 60°, 75°, 90°, 105°, 120°, etc., suivant la zone horaire de l’endroit.La correction est de 4 minutes par degré, en plus si l’endroit est à l’Ouest du méridien central de la zone, et en moins s’il est à l’Est.Pour Sept-Iles, par exemple, de longitude 66,3°, on trouve que la correction est de +25 minutes, à une minute près.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 83 OBSERVATOIRE DE QUEBEC — 1968 ANNUAIRE GRAPHIQUE 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 0 I 2 HEURE LOCALE 0 9 10 II HEURE LOCALE 6 7 8 Z Z JANVIER JANVIER yz /- FEVRIER FÉVRIER N £ MARS MARS LEGENDE 50LEIL PLEINE LUNE NOUVELLE LUNE PREMIER QUARTIER DERNIER QUARTIER MERCURE VÉNUS TERRE MARS JUPITER SATURNE URANUS NEPTUNE PLUTON LEVER PASSAGE AU MERIDIEN COUCHER ÉLONGATION - EST ÉLONGATION-OUEST JOUR DE LA PÉRIODE JULIENNE CONJONCTION AVEC O OPPOSITION AVEC © QUADRATURE AVEC © DES PLANÈTES SUPERIEURES AVRIL AL! "DE AVRIL MARS d -LE VERSEAU,LES POISSONS, LE BÉLIER, LE TAUREAU LES GÉMEAUX, LE CANCER LE LION, LA VIERGE JUPITER 4:LE LION ET LA VIERGE SATURNE h :LES POISSONS URANUS JjC.LA VIERGE NEPTUNE ^LA BALANCE PLUTON â : LA VIERGE ©S_S£J.I TES ARTIFICI INCLINAISON i DE L'ORBITE SUR L'EQUATEUR DE LA ÉCHO I : 47,26 ÉCHO II : 81,50* PAGÉOS = 85,20* [ N0V.I967) LE PLU SOLSTICE W LE PLUS LO il -.i i LES PLUS BRILLANTES ETOILES DE L'HÉMISPHÈRE NORD WAGNITUOE JUILLET JUILLET ETOILES FILANTES SIRIUS VÉGA CAPELLA ARCTURUS RIGEL PROCYON ALTAÏR BÉTELGEUSE ALDÉBARAN POLLUX l'épi ANTARES FOMALHAUT DENE B RÉGULUS (d'apres J.DELHAYE) QUADRANTIDES 2-3 janvier LYRIDES 20-22 avril TaQUARIDES I -13 moi S AQUARIDES 25-30 juillet PERSÉIDES 30juillet-l7août GlACOBINIDES 9 octobre ORION IDES 16-22 octobre LÉONIDES 15-20 novembre ANDROMÉDIDES 17-23 novembre GÉMINIDES 9-13 décembre (d'après l'annuaire C.FLAMMARION) « AOUT AOUT SEPTEMBRE K LES SAISONS PRINTEMPS 20 mors 8h.22m.H.N.E 2 I juin 3h.13m.«133 LE DE TOTA EQUATION lca?4>- -i AUTOMNE 2 2 sept.I8h.26m DU TEMPS HIVER 4h.00m ECLIPSE TOJALE DE.LL OCTOBRE OCTOBRE 16 NOVEMBRE NOVEMBRE \ Æ z DÉCEMBRE DÉCEMBRE JOUR PLUS W 19 20 21 HEURE LOCALE Comment lire le graphique La lecture du tableau se fait en projetant à la marge du haut ou du bas le point de rencontre de la date avec la ligne de l’astre en question.Par exemple, le lundi 15 janvier 1968, Jour Julien 2 439 871, Neptune passe au méridien à 8 h 02 (la plupart des phénomènes cités jusqu’à 16 h sont invisibles par les moyens ordinaires); La Pleine Lune se couche à 8 h 12; Mercure se lève à 8 h 35; Mars se lève à 9 h 33; Jupiter se couche à 9 h 34; Saturne se lève à 10 h 52; le Soleil vrai passe au méridien à midi 10; Vénus se couche à 13 h 50; Mars passe au méridien à 14 h 54; la Pleine Lune se lève à 16 h 17; les lignes médianes des orbites de l’Echo II et de Pagéos passent au méridien en même temps que le Soleil se couche; soit 16 h 35; Saturne passe au méridien à 16 h 56; le crépuscule civil se termine à 17 h 07; Mercure se couche à 17 h 18; le crépuscule astronomique se termine à 18 h 26, en même temps que la Polaire passe au méridien supérieur; Mars se couche à 20 h 03; Jupiter se lève à 20 h 13; Saturne se couche à 22 h 57; Jupiter passe au méridien (le matin du 16 janvier) à 2 h 55; Uranus passe au méridien à 4 h 25; Vénus se lève à 5 h 05; l’aube pointe à 5 h 55; le jour julien 2 439 872 commence à 7 h 00; le crépuscule civil commence à 7 h 06; le Soleil se lève à 7 h 42; la ligne médiane de l’orbite de l’Echo I passe au méridien à 7 h 55; et finalement, Neptune passe au méridien, à 7 h 58, pour la seconde fois en moins de 24 heures.Les planètes La planète Mercure est difficile à observer, parce qu’elle est toujours proche du Soleil.Elle sera tout de même dans la meilleure position possible, sous nos latitudes, à l’époque de sa plus grande élongation du matin, le 31 octobre.Les plus grandes élongations du soir, le 29 janvier et le 23 mai, seront moins intéressantes.L’année 1968 ne sera pas favorable à Vénus.La brillante planète ne sera en évidence que le matin, au début de l’année, et le soir, en novembre et décembre.Elle n’aura pas de plus grande élongation, ni de plus grand éclat, au cours de l’année.Cela tient au fait que sa conjonction supérieure avec le Soleil (passage vis-à-vis de l’astre du jour, mais du côté opposé à la Terre) se produit en plein milieu de l’année, soit le 20 juin.L’année 1968, ne sera guère plus favorable à Mars.Un coup d’oeil sur le graphique permet de constater qu’il passe au méridien dans le jour, presque toute l’année.Il est tout de même un astre approchant la première magnitude, dans les constellations du Verseau et des Poissons, au début de l’année, et dans le Lion et la Vierge, à la fin.Jupiter, situé dans le Lion, puis dans la Vierge, est visible le soir jusqu’en juillet.Après sa conjonction du 8 septembre, il passe dans le ciel du matin pour le reste de l’année.La planète Saturne met 29 années à faire le tour de l’écliptique, de sorte qu’elle se trouve encore dans la constellation des Poissons, comme l’an dernier.Elle commence à être visible le soir en juillet.A la fin de l’année, la planète n’est pas encore couchée à minuit.Ses anneaux sont deux fois plus ouverts que l’an dernier et on les voit maintenant sous un angle de 13,5°.Uranus est en opposition, le 17 mars, dans la constellation de la Vierge, Neptune, le 16 mai, dans la constellation de la Balance; et Pluton, le 11 mars, dans la constellation de la Vierge.Il y aura quatre éclipses au cours de l’année, deux de Soleil et deux de Lune.L’éclipse partielle du Soleil du 28-29 mars, sera observable dans l’Antarctique et l’Amérique du Sud.L’éclipse totale de Lune du 12-13 avril se produit pour nous au milieu de la nuit : elle sera donc visible simultanément de l’Europe au Pacifique.L’éclipse totale de Soleil du 22 septembre intéressera surtout l’URSS, l’Europe et l’Afrique du Nord la verront comme partielle et au Labrador, cette phase se terminera au lever du Soleil.L’éclipse totale de Lune du 6 est visible dans les Amériques, dans le Pacifique et en Asie.Une des caractéristiques de cet annuaire graphique, est la prévision des périodes de visibilité des satellites artificiels visibles à l’oeil nu, l’Eého I, l’Echo II et Pagéos.Le graphique donne l’heure locale du passage au méridien du plan perpendiculaire aux noeuds des orbites, ou de la ligne médiane des orbites.Ces passages ne sont pas prévisibles exactement, en raison des multiples perturbations que subissent les satellites, mais on peut en donner une approximation raisonnable, par extrapolation, à la suite d’une analyse du comportement antérieur des satellites.Ainsi, il est probable que la période soleil-ombre de l’Echo I variera de 76 à 74 jours au cours de l’année 1968.Dans le cas de l’Echo II, cette période devrait être de 194 jours au début de l’année et de 192,5 à la fin.Celle de Pagéos devrait passer de 316 à 304 jours.Les Communiqués de l’Observatoire de Québec publieront régulièrement, au cours de l’année, les corrections à faire au graphique, d’après les éléments corrigés fournis par le Smithsonian Observatory deux fois le mois.Le passage de la ligne médiane de l’orbite ne donne que peu de renseignements sur la période de visibilité d’un satellite.Il faut déterminer l’heure du passage des branches ascendantes et descendantes des orbites, à l’aide de la formule : cos x = tg 6 cot i où i est l’inclinaison de l’orbite sur l’équateur terrestre, 0 la latitude du lieu d’observation.La valeur x cherchée est le temps qui s’écoule entre le passage de la ligne médiane et celui de la branche de l’orbite, par suite de la rotation de la Terre.Lorsque x est trouvé, on peut tracer sur le graphique des lignes parallèles aux lignes médianes, en adoptant des couleurs différentes pour chaque satellite.Le graphique, en plus de la légende explicative des signes employés, donne le tableau des principaux essaims des étoiles filantes observables chaque année, les constellations dans lesquelles évolueront les planètes au cours de l’année 1968, la date et l’heure du commencement des saisons, quelques renseignements sur les satellites artificiels, de même que la liste des quinze plus brillantes étoiles de l’hémisphère-nord.On sait que dorénavant pour être admis membre de la Société d’As-tronomie de Québec, l’aspirant devra apprendre cette liste par coeur et être capable d’en nommer dix sur quinze.N.141267 P.H.N.On peut obtenir des tirés à part de cet Annuaire Graphique en s’adressant à La Société d’Astronomie de Québec, 229 ouest, boulevard Saint-Cyrille, Québec 6.Prix : 10 cents l’unité; reproduction de dessin 48” x 30”, $1.00 l’unité.86 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 DARWIN et la théorie de l'évolution 1er article La théorie de l’évolution est l’une des plus importantes des théories biologiques.C’est une théorie qui a révolutionné la biologie et fortement influencé la philosophie, la théologie et la sociologie.Son influence a même débordé les limites de ces disciplines pourtant très vastes et s’est étendu à tout le domaine de la pensée.C’est en effet cette théorie qui a fait renaître l’idée que tout change continuellement, idée qui s’est graduellement implantée dans ce qui fait l’objet des préoccupations de l’homme et qui a déterminé la revision et la restructuration de nos systèmes et même de nos institutions.Le concept fondamental de la théorie est vieux: on le connaissait chez les Grecs et il n’est pas impossible que ceux-ci l’aient reçu, au moins en germe, de civilisations encore plus anciennes.Mais la théorie moderne de l’évolution biologique est presque toujours attribuée à Charles Darwin, un biologiste anglais du siècle dernier.Darwin grandit dans un milieu favorisé C’est en effet en 1809 que naquit Charles Darwin, à Shrewsbury, une petite ville de l’ouest de l’Angleterre et située près de la frontière du Pays de Galles.Il était le cinquième de six enfants.Son père était un médecin respecté et à l’aise.Le jeune Darwin grandit dans un milieu de choix.Son père, un colosse de six pieds et deux pouces et de près de 350 livres, adorait ses enfants, tout en les élevant dans l’ordre et la ponctualité.Charles avait pour son père, en plus d’un vif amour filial, une très grande admiration: ce que son père disait était pour lui la vérité, le droit et la sagesse.Sa mère était aussi d’excellente famille puisqu’elle était une Wedgwood, cette famille de céramistes qui a donné à l’Angleterre ses meilleures poteries et faïences.Son influence sur Charles fut cependant beaucoup moins grande que celle de son époux, puisqu’elle mourut alors que Charles n’avait encore que huit ans.par Jean R.BEAUDRY Charles entra à l’école primaire de Shrewsbury à l’âge de neuf ans.Durant sept ans, il n’étudia rien d’autre que du grec et du latin, avec un peu d’histoire et de géographie.Il garda un souvenir très amer de ces années parce que tout devait être étudié par coeur.Heureusement, il étudia la géométrie en cours privés, et la chimie avec son frère aîné, à la maison, malgré l’opposition du directeur de son école.Tous ses professeurs le considéraient comme un étudiant peu doué, d’une intelligence un peu au-dessous de la moyenne.Son goût, ou plutôt sa passion, pour les sciences naturelles, se manifesta alors qu’il n’avait qu’environ dix ans.Il s’intéressait déjà aux noms des plantes et collectionnait des minéraux, des coquillages, des oeufs d’oiseaux et toutes sortes d’objets.Durant les premières années de son stage à l’école primaire, il lut un livre intitulé « Wonders of the World » et il mentionne dans son autobiographie que dans ses discussions avec ses confrères, il lui arrivait de mettre en doute la véracité de certaines affirmations de l’auteur.A l’âge de seize ans, son père l’envoya à l’université d’Edinbourgh pour étudier la médecine.Il y resta deux ans, sans s’intéresser aux cours qu’il jugeait assommants.Durant la deuxième année de son stage, il s’associa à plusieurs jeunes hommes qui étudiaient les sciences naturelles et, négligeant presque entièrement la médecine, s’orienta lui-même vers ces sciences.Il devint membre d’une société biologique et fit bientôt une communication sur une petite découverte originale.Son père ayant réalisé, au cours de ces deux années, que Charles n’avait pas la moindre intention de devenir médecin, décida d’en faire un ministre du culte, et à cette fin, l’envoya à Cambridge où il fit un séjour de trois ans.Là, il étu- L’auteur, Jean R.Beaudry, Ph.D., généticien, est professeur titulaire au Département des Sciences biologiques, Université de Montréal.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 87 ' *&*****&, -rrrntr iSSSRwfc.¦AW’ *'«(#/.^qéSe^i :.y Le H, ».S, Beetle, petit voilier de 100 pieds sur lequel Darwin vécut durant cinq ans et fit le tour du monde.Ce dessin nous montre le Beagle dans le détroit de Magellan.üi Figure 1 Figure 2 Le capitaine Fitz-Roy, commandant du Beagle qui très aimablement partagea sa cabine avec Darwin au cours de leur voyage historique.dia les mathématiques qu’il détestait, les classiques qu’il n’aimait pas plus, et naturellement la théologie et la philosophie qui l’intéressèrent beaucoup plus et qu’il dit avoir étudié sérieusement.Il aimait toujours les sciences naturelles cependant, puisque durant ce stage à Cambridge, il assista, à titre d’auditeur libre, aux cours de botanique du professeur Henslow, et devint un ardent collectionneur d’insectes.Il devint un ami très intime du professeur Henslow, chez qui il rencontra plusieurs hommes éminents.Durant sa dernière année à Cambridge, il lut deux livres qui l’influencèrent énormément: les récits de voyages du grand naturaliste Humboldt et « Introduction to the Study of Natural Philosophy » de Herschel.Ces livres le déterminèrent à voyager et à devenir un scientifique.Durant les vacances qui suivirent la dernière partie de son séjour à Cambridge, il eut l’avantage d’assister un géologue réputé, le professeur Sedgwick, dans ses travaux sur le terrain au Pays de Galles.C’est en rentrant de cette excursion qu’il reçut de son ami Henslow, une lettre qui l’informait de la possibilité de faire un long voyage sur un bateau nommé « Beagle », à titre de naturaliste non rémunéré.Son père, après s’être fortement objecté à ce voyage, finit par accepter.Après quatre mois de préparatifs, le Beagle ( Figure 1 ) quitta la rade de Plymouth le 27 décembre 1831.Darwin n’avait alors que vingt-deux ans, mais il avait déjà la préparation nécessaire pour entreprendre un tel voyage, et il aimait passionnément la science.Le voyage du "Beagle" Nous connaissons bien ce voyage, grâce aux récits détaillés qu’ont publié Darwin lui-même et le commandant du Beagle, le capitaine Fitz-Roy ( Figure 2 ).Les buts principaux du voyage étaient de compléter les cartes de la Patagonie et de la Terre de Feu, de faire celles des rives du Chili, du Pérou et de quelques îles du Pacifique, et de faire des déterminations chronométriques autour du monde, déterminations requises pour calculer les longitudes.L’étude des sciences naturelles était un but tout à fait secondaire.Le périple du Beagle conduit d’abord les voyageurs aux îles du Cap Vert, aux Rochers Saint-Paul et à l’île Fernando Noronha.La côte du continent sud-américain fut touchée pour la première fois, à Bahia, au Brésil.Le Beagle descendit ensuite vers le sud, en longeant la côte, par petites étapes, et Darwin en profita pour visiter cette côte, et parfois l’intérieur dans certaines régions du Brésil et de l’Argentine.Darwin s’intéressa à tout: aux plantes, aux invertébrés, aux vertébrés, aux formations géologiques, aux hommes, mais ce sont les insectes et les observations géologiques qui retinrent le meilleur de son temps.Du sud de l’Argentine, il passa aux îles Falkland, et ensuite à la Terre de Feu, où le capitaine Fitz-Roy devait reconduire deux indigènes qui avaient été amenés en Angleterre au cours d’un voyage précédent.Après bien des aventures, qui faillirent souvent tourner au tra- 88 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 gique, le Beagle doubla la pointe sud du continent et commença son exploration de la côte ouest.Là, Darwin eut l’occasion de visiter plusieurs régions du Chili, l’archipel des Chonos, et la grande île de Chiloë, fit la traversée des Andes aller-retour de Valparaiso, Chili, à Mendoza, Argentine, visita ensuite le nord du Chili, et le Pérou, et de là passa à l’archipel des îles Galapagos.Sa visite historique des îles Galapagos terminée, le Beagle traversa le Pacifique en s’arrêtant à Tahiti, en Nouvelle-Zélande et en Australie.Entrant ensuite dans l’océan Indien, le Beagle se dirigea vers l’archipel des îles Cocos, où Darwin fit les observations qui devaient servir de base à sa théorie sur les formations coralliennes.Après un arrêt à l’île Maurice, le Beagle doubla le Cap de Bonne Espérance, et après de brefs arrêts à l’île Sainte-Hélène et à l’île de l’Ascension, retourna pour quelques jours seulement au Brésil.La dernière étape du voyage le fit passer de nouveau par les îles du Cap Vert et finalement par les Açores, avant de rentrer en Angleterre.Ce voyage autour du monde avait duré cinq ans ( Figure 3 ).L’excellent récit de voyage que Darwin a publié peu de temps après son retour nous permet de connaître l’homme et le savant.Si Darwin est presque continuellement malade lorsqu’il est en mer, sur terre il est d’une activité débordante.Il fait des excursions de plusieurs jours ou semaines, le long des côtes et souvent à l’intérieur des régions visitées, prend des notes sur tout ce qu’il voit, collectionne des plantes et des animaux de toutes sortes, des fossiles et des échantillons minéralogiques.Il étiquette tous ses spécimens avec grand soin et ne prête pas moins d’attention à leur conservation.Il rédige très régulièrement son journal et écrit régulièrement à ses parents et amis.Ses excursions terrestres fourmillent d’aventures, dont plusieurs auraient pu lui coûter la vie.Mais il s’adapte à tout.Il vit avec les gauchos des pampas de l’Argentine.Comme ce pays est alors en pleine révolution, Darwin est, malgré lui, associé à certaines péripéties de ces événements.A la Terre de Feu, des indigènes des plus primitifs menacent l’expédition, et la nuit on doit placer des sentinelles armées autour du camp.Sur le Beagle, Darwin doit partager la toute petite cabine du capitaine et prendre ses repas avec ce dernier.Il faillit se brouiller avec FitzRoy, un homme aussi bouillant qu’énergique.Mais heureusement, ils finirent par s’entendre si bien qu’ils devinrent d’excellents amis.Si dans tous les pays qu’il visite, Darwin juge les hommes et les institutions avec magnanimité, il n’en reste pas moins que toutes ses comparaisons portent l’empreinte de sa personnalité et de son ascendance: il est Anglais jusque dans les fibres les plus intimes de son être et il est fier de l’être; il est un produit de cette bourgeoisie qui a tant contribué à faire de l’Angleterre, le grand pays qu’elle est.Il ne tolère pas la malhonnêteté et s’emporte devant l’injuste et l’inhumain.Il est toujours prêt à aider ceux qui l’entourent et il jouit de l’estime de tous.Si les intérêts de Darwin sont universels en autant que les sciences de la nature sont concer- NORTH AMERICA ASIA ATLANTIC OCEAN '^SanJuHth IUu PACIFIC OCEAN AFRICA INDIAN OCEAN HOLLAND r3>rin£paTTracks ofXMS.'Bmgk 1831-36 Figure 3 Le périple du Beagle.Dans le rectangle, le début et la fin du trajet, qu’il faut abouter aux deux lignes qui traversent la partie est de l’océan Atlantique pour connaître le parcours suivi par le Beagle, de l’Angleterre vers l’Atlantique sud (au départ) et de l’Atlantique sud vers l’Angleterre (au retour).LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 89 nées, la lecture de son récit de voyage convainc vite qu’il avait une affection particulière pour l’entomologie et la géologie.Darwin avait appris à aimer la géologie avec Sedgwick, et juste avant son départ d’Angleterre, le grand géologue Lyell, avait publié un traité de géologie, dans lequel il plaçait la géologie dans une perspective moderne.Ce livre devint le livre de chevet de Darwin.C’est ainsi que Darwin savait que la terre était très vieille, vieille de plusieurs millions d’années, ainsi qu’on venait de s’en convaincre.Il savait aussi que d’immenses régions du globe terrestre avaient subi des glaciations, c’est-à-dire qu’elles avaient été couvertes par d’épaisses couches de glace qui avaient labouré et transformé les terrains durant de longues périodes et sans doute contribué à modifier profondément la composition des populations de nombreuses espèces d’êtres vivants.Ces connaissances, absolument nécessaires à la formulation d’une théorie réaliste de révolution, Darwin les possédait donc.Principales observations et découvertes du naturaliste Darwin En Argentine, au cours d’une excursion qui le conduisit de Buenos Aires à Santa Fé, alors qu’il traversait d’immenses plaines, il chercha des fossiles.Ses efforts et son intuition furent récompensés: il découvrit deux immenses squelettes de Mastodon et une dent parfaite de Toxodon.La même excursion lui permit de découvrir des dents de requin et des coquilles de mollusques marins disparus.Dans la pampa, il découvrit aussi une dent d’une espèce fossile de cheval; sachant que le cheval n’existait pas en Amérique au moment de son introduction par les Espagnols, il lui fut aussi possible d’établir qu’une espèce de cheval avait déjà existé en Amérique et qu’elle en était disparue.Ces découvertes, et celles de ses contemporains ou prédécesseurs concernant d’autres espèces disparues et ayant existé non seulement en Amérique mais aussi en Asie et en Europe, l’incitèrent à proposer que le détroit de Behring, autrefois exondé, avait été une voie de migration de ces animaux d’Asie en Amérique et à spéculer sur les causes de leur disparition.Continuant sa route vers le sud de l’Argentine, il découvrit des fossiles si variés et si nombreux qu’il devint convaincu que le continent américain fourmillait autrefois de monstres énormes et que le sol des pampas argentines était un vaste sépulcre rempli des squelettes de ces animaux.Et déjà, certains des éléments principaux de sa théorie d’évolution commencèrent à germer dans son esprit.Au Chili et au Pérou, il eut l’occasion d’étudier les effets fantastiques des tremblements de terre qui modifient fréquemment la côte ouest de l’Amérique du Sud.Il spécula sur les causes des tremblements de terre et acquit la JAMES JERVIS DUNCAN ALBEMARLE - mi «g y* îMÊm Figure 4 L’itinéraire du Beagle dans l’archipel des îles Galapagos.Tel qu’indiqué, Darwin ne descendit que sur 4 des nombreuses îles qui constituent cet archipel et dont seules les principales sont représentées dans ce dessin.Figure 5 Les îles Galapagos sont d’origine volcanique et parsemées de milliers de cratères de volcans éteints.CHATHAM , \ ABINGDON BINDLOE 90 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, JANVIER 1968 ISIP' :f"US ^ ^ , |£W^ „ ‘ » ~\’-.* *•¦¦;-Æ.Ï!'' r • : ¦&ffî‘4t*?£LÎ& 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