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Titre :
Le jeune scientifique
Revue d'information scientifique rigoureuse destinée à la jeunesse étudiante afin de stimuler son intérêt pour les avancées et les carrières scientifiques [...]

Né de la reprise par l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) en 1962 du Jeune Naturaliste, revue pédagogique publiée depuis 1950 par les Clercs de Saint-Viateur et le Séminaire de Joliette, Le Jeune Scientifique devient une revue d'information scientifique tout en conservant son principal animateur viatorien, Léo Brassard, qui en sera le directeur jusqu'en 1969.

La revue paraît durant la Révolution tranquille, époque qui a vu le monde réaliser d'immenses progrès scientifiques, comme la conquête spatiale, la production énergétique et les grandes avancées médicales. Le Québec vise alors à participer davantage aux mouvements scientifiques internationaux pour assurer son développement socio-économique, comme en font foi, par exemple, les grands projets hydroélectriques et le train d'atterrissage du module lunaire Apollo 11.

Alors que la jeunesse québécoise entre en nombre record à l'école secondaire, sa préparation à un monde du travail qui évolue rapidement et où se multiplient les occasions d'emploi devient cruciale. La revue cherche à répondre à cet impératif en présentant les développements et les applications de la science pour orienter la jeunesse vers les carrières scientifiques.

Les sciences naturelles, dont la biologie, la botanique et la zoologie, qui étaient traitées dans Jeune Naturaliste, côtoient maintenant l'actualité scientifique, la physique, l'astronomie, le nucléaire, la chimie, les mathématiques, les ressources énergétiques, l'écologie, etc.

Pour démontrer la rigueur de ces disciplines et les avenues qu'elles offrent, plusieurs scientifiques, intellectuels et professeurs réputés sont invités à collaborer à la revue : parmi eux, Hubert Reeves et Jean-René Roy, astrophysiciens, Maurice L'Abbé, mathématicien, Roland Prévost, journaliste, Serge Lapointe, professeur de physique, et Richard Cayouette, agronome.

Tiré à environ 5 000 exemplaires, Le Jeune Scientifique est publié en phase avec le calendrier scolaire. Le design sobre et clinique de sa page couverture souligne d'ailleurs sa vocation pédagogique.

En 1969, la revue est reprise par la jeune Université du Québec et sera dirigée par Jocelyne Dugas, auparavant directrice de la revue Techniques, pour devenir la revue d'information scientifique à succès Québec Science.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1989, vol. 9, p. 252-255.

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec science : cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec ; Montréal, Éditions Multimondes ; Québec Science, 2012, p.1-44.


Éditeur :
  • Joliette, Qué., Canada :l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS),1962-1969
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune naturaliste
  • Successeur :
  • Québec science
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Références

Le jeune scientifique, 1968-11, Collections de BAnQ.

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T - 69 .: - .jëg'uÿÿ SSH® ":1 5*4>lV 1 : : 'i' ’ P'/àMtt * -• “-i :i'vV:V^ rtjw* "» i , r’ • .Slf||g v\-v «k " if ' .*:¦ I?*'' '•:>.v - -Xif-i.,,.:;- '/ ^^'v *V:‘r VOLUME 7 NUMÉRO 2 NOVEMBRE 1968 I» B —.x « .;‘.ÙI&M r^-isSi Le pharaon Chéphren (vers 2600 avant J.-C.).Statue de diorite de ce 4e pharaon de la IVe dynastie qui, selon les chroniques, aurait été aussi tyrannique que Chéops.Le Sphinx, qui dresse sa masse énorme à côté de celle de la deuxième pyramide, a été sculpté à son image.Pharaons.et rayons cosmiques Il y a longtemps .très longtemps — en cosmologie, on n’en est pas à un million d’années près —, une étoile a explosé.Il en explose ainsi, chaque jour, à notre insu; j’allais écrire : trop loin, trop silencieusement, heureusement assez loin pour que le cataclysme ne soit qu’une occasion offerte aux astronomes de découvrir une supernova, une étoile souvent modeste, qui se pare soudain de l’éclat des reines du firmament avant de se résoudre en un nuage gazeux.Pour silencieux qu’il soit, pour confiné dans un tout petit coin du cosmos, le dernier acte de la vie de l’étoile est un phénomène apocalyptique.Une grande partie de l’immense flux d’énergie que l’étoile aurait pu rayonner jour après jour pendant des milliards d’années, se trouve soudain libérée, et dans toutes les directions de l’espace fusent rayons et particules.Si la masse unitaire de ces dernières est pratiquement nulle, leur énergie cinétique défie même l’imagination, comme on en peut juger en suivant la plus petite d’entre elles (le proton), lorsqu’au terme d’une randonnée fantastique à travers l’es-nace, elle prend la Terre pour cible.Heureusement pour nous, il y a l’atmosphère.Le proton heurte donc le noyau d’un atome d’azote ou d’oxygène, qui est disloqué.Ses protons et ses neutrons sont projetés vers le bas, ainsi qu’une gerbe de pions (mésons tt) , particules où se retrouve, divisée, l’énergie cinétique du proton cosmique.Bien que partagée, cette énergie demeure considérable : suivons l’un de ces redoutables par Th.de Galiana projectiles.Au bout d’un cent-millionième de seconde (c’est-à-dire, après avoir parcouru quelques centaines de mètres), il se désintègre et devient un muon (méson /x), dont la vie moyenne est suffisante pour qu’il puisse atteindre le sol.Il le peut d’autant mieux qu’il a la propriété de ne pas interagir avec la matière; ce qui —ajouté à son énorme énergie cinétique — lui permet, une fois arrivé au sol, de traverser une épaisseur de plomb pouvant atteindre un mètre.Plus prosaïquement, un muon peut traverser verticalement l’Empire State Building de New York, tout ce qui se trouve dans sa trajectoire; plafonds, machines de bureau, dactylos ou présidents du conseil d’administration, planchers, voi- L’auteur, Thomas de Galiana, ingénieur industriel, est Secrétaire général de Rédaction (Sciences) à la Librairie Larousse, Paris, et membre du bureau de direction de l’Association des Ecrivains scientifiques de France.— Origine des illustrations: p.42, photo M.Andrian-Samivel; p.44, photo Hunting Aerosurveys.42 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 tures et chaudières de chauffage central.et s’enfoncer encore de quelques centaines de mètres dans le sol.Les soucis de Chéphren Il y a 4 000 ans (les muons qui nous atteignent aujourd’hui sillonnaient peut-être déjà l’espace interstellaire), le pharaon d’Egypte avait de graves soucis.Les tombeaux de ses prédécesseurs avaient été profanés.A quoi bon dépenser tant d’énergie pour dresser son monument funéraire, une imposante pyramide et tant d’efforts d’imagination (réseaux complexes de galeries pour tromper les profanateurs) si, en fin de compte, la chambre funéraire devait être découverte et pillée?Considérons le réseau interne de la pyramide de Chéops (voir fig.) : il ne comporte pas moins de trois chambres.Certains archéologues pensent que Chéops avait commencé par prévoir une petite pyramide, d’où disent-ils, la chambre inférieure inachevée), puis un monument plus grand (ce qui expliquerait l’abandon de la première chambre et la construction d’une deuxième à une hauteur plus élevée), pour faire bâtir, en fin de compte, la plus imposante des pyramides d’Egypte, avec une troisième chambre, définitive cette fois, située à un niveau supérieur à celui de la deuxième.Pour d’autres archéologues, le réseau de la pyramide de Chéops aurait été conçu d’emblée, dans l’intention de tromper les recherches des futurs pilleurs, la découverte de la première et — éventuellement— de la deuxième chambre, vides, étant de nature à leur faire croire que d’autres pilleurs avaient déjà fait le travail.Une ruse de cette nature serait bien dans la manière de pharaons excédés par le fait que le pillage des tombeaux pût avoir lieu peu de temps après les obsèques des personnages qui y sont ensevelis.Un fait témoigne d’ailleurs des recherches faites en vue de rendre inviolable la chambre mortuaire de Chéops : lors de la construction de la grande galerie ascendante (v.dessin, no 4), d’énormes blocs de pierre y furent renfermés, déposés à même le sol, retenus par un ancrage provisoire.Plus tard, une fois que la momie de Chéops avec tous les trésors qui l’accompagnaient eut gagné sa place, des ouvriers lâchèrent les liens qui retenaient ces pierres, et celles-ci, glissant sur le plan incliné, allèrent obstruer l’entrée de la galerie ascendante (3).Les ouvriers évacuèrent alors la grande galerie par un boyau (7) qui aboutissait à la galerie ascendante (1), par où ils sortirent de la pyramide, bouchant chaque fois avec des dalles l’entrée des passages qui se trouvaient le long de leur retraite.Réseau interne de la pyramide de Chéops.La galerie 3 était obstruée à sa base par de gros blocs.Aussi, les premiers profanateurs, en descendant par la galerie 1, aboutissaient à la fausse chambre mortuaire 2.Par la suite, ils parvinrent à atteindre l’autre fausse chambre 8.En fait, une fois que le tombeau et les trésors du pharaon eurent pris place dans la vraie chambre mortuaire 5, à laquelle on accédait par la galerie montante 3, des ouvriers laissèrent glisser sur le sol incliné des blocs de pierre entreposés dans la grande galerie 4 lors de la construction de la pyramide.Après avoir obturé ainsi l’entrée de la galerie 3, les ouvriers descendirent par le boyau 7 et sortirent de la pyramide par la galerie 1, scellant toutes les entrées à leur passage.Les boyaux 6 servaient à l’aération.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 43 , /' fi; Bs'SY*' Les pyramides de Guizèh : au fond, celle de Chéops; au premier plan, celle de Mykérinos; au milieu, celle de Chéphren.Mais tant de précautions n’ont pas empêché la tombe du pharaon d’être découverte, et la chambre mortuaire d’être vidée de tout son contenu.Et nous comprenons pourquoi, de son vivant, Chéphren dut accorder une grande importance aux problèmes posés par la sauvegarde de son futur tombeau.Quel fut le fruit de ses méditations?Les archéologues —ces pilleurs de tombeaux modernes—, bien qu’unanimement frustrés (ils n’ont pas réussi jusqu’à présent à trouver la moindre trace de chambre funéraire dans la pyramide de Chéphren), sont profondément divisés.Pour les uns, il est inutile de chercher plus longtemps : Chéphren, après avoir constaté que le plus grand luxe de précautions n’avait pas empêché la violation de la pyramide de Chéops aurait décidé de faire placer sa momie dans une salle somme toute assez accessible et qui, lorsqu’elle fut découverte en 1818, ne contenait absolument rien.Les autres archéologues se demandent pourquoi, avec un pareil état d’esprit, Chéphren aurait fait construire une pyramide aussi imposante qu’inutile : pour eux, il est hors de doute que le pharaon a multiplié les précautions de ses ancêtres, et qu’il dort toujours —momifié— au sein de la pyramide, dans une chambre funéraire dont l’emplacement a échappé jusqu’ici à la sagacité de générations et générations de pilleurs, conquérants et archéologues.Une modeste salle souterraine, quelques couloirs sans issue, voilà tout ce qui a été découvert dans la pyramide de Chéphren et qui n’est pas sans rappeler les galeries et chambres inférieures de la pyramide de Chéops, qui ne contenaient rien, et pour cause! Les muons archéologues Dépouillée de son bagage mathématique et de ses abstractions, la physique moderne est le plus passionnant des rares domaines qui offrent encore à l’homme de notre siècle l’occasion d’assouvir l’instinct ancestral qui le pousse à l’aventure.Nous en voulons pour preuve l’idée apparemment saugrenue qu’eut en 1966 le célèbre atomiste américain Luis Alvarez, lors d’un voyage en Egypte : radiographier la pyramide de Chéphren, afin de localiser la chambre funéraire du pharaon, si chambre il y a.Mais pour traverser une telle épaisseur de pierre, il faudrait des rayons considérablement plus pénétrants que ceux que l’homme peut faire jaillir de ses tubes radiologiques.Qu’à cela ne tienne, répond le physicien, servons-nous des rayons .cosmiques! Voilà pourquoi et comment, depuis quelques mois, des équipes d’archéologues « new-look », qui ont troqué la pioche pour la chambre à étincelles, et le carnet de notes pour l’ordinateur électronique, s’affairent autour de la pyramide.La chambre à étincelles consiste en une grille d’électrodes parallèles, placées dans une enceinte qui contient du néon.Chaque barreau de la grille se trouve à un certain potentiel électrique par rapport au barreau suivant, tant et si bien que —à la faveur d’un événement rendant le néon conducteur—, une étincelle peut jaillir entre les deux électrodes.C’est bien ce qui arrive lorsqu’un muon traverse la chambre : il ionise l’hélium et une succession d’étincelles jalonne sa trajectoire.Non seulement la chambre à étincelles détecte le passage d’un muon, mais surtout elle révèle la direction de son mouvement.Plaçons maintenant des chambres à étincelles dans la salle souterraine de la pyramide.Au bout de quelque temps, on aura enregistré le passage de millions de muons.Si la masse de la pyrami- 44 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 de est homogène, le flux sera régulier, la proportion des muons arrêtés par le calcaire étant sensiblement la même partout, pour une même épaisseur de pierre.Mais s’il existe une cavité (une chambre mortuaire par exemple), le flux des muons qui atteindront les chambres à étincelles sera accru.En effet, ayant perdu moins d’énergie en traversant un volume d’air qu’un volume équivalent de calcaire les muons moins éner- Le milieu nordique canadien reconstitué en laboratoire L’Université de l’Alberta vient d’obtenir du Conseil national de recherches du Canada une subvention de $400 000 destinée à la construction d’une installation pouvant reconstituer les conditions physiques des régions nordiques canadiennes, en vue d’étudier le comportement des plantes et des animaux indigènes.Ce centre de recherche, le premier du genre au Canada, consistera en une vaste serre permettant de contrôler la température, l’humidité et la lumière pour des périodes prolongées.Ce sera là l’une des nombreuses installations prévues pour le département de Botanique de cette université.Les autres constructions comprendront des serres chaudes ordinaires, des salles pour la gétiques, qui auraient été arrêtés par la pierre, atteignent le détecteur.Le professeur Alvarez pense parvenir bientôt aux premières conclusions, au terme du dépouillement auquel procède activement un ordinateur électronique spécialement installé à l’Université cairote d’Ein Shams, qui partage la responsabilité de cette campagne de recherches avec l’équipe culture indigène ainsi que des laboratoires pour l’étude de la germination des semences et la reproduction des plantes.Le laboratoire contrôlé de milieu indigène, d’une superficie de 1 384 pieds carrés, représente le plus vaste des différents bâtiments envisagés et consiste effectivement en une immense serre où sera reconstituée l’ambiance des régions septentrionales, y compris celle de l’Arctique.Le laboratoire et certaines des salles destinées à la culture indigène serviront à des études écologiques et physiologiques à long terme sur l’Arctique, ainsi qu’à l’étude des plantes boréales, alpines, et aussi à des expériences sur la physiologie des animaux de ces milieux.Il n’y a que très peu d’universités ou de laboratoires de recherche, au Canada comme aux Etats-Unis, qui sont américaine de l’Université de Berkeley (Californie).Quel qu’en soit le résultat, cette expérience fera date dans les annales de l’archéologie.Percer le plus grand secret d’un pharaon ayant vécu il y a 40 siècles, et le faire grâce aux retombées d’explosions stellaires qui eurent lieu dans les profondeurs de l’Univers Dieu sait quand, où et comment : voilà qui en dit long sur la hardiesse des aventuriers de l’ère nucléaire.dotés de ce genre d’installation; et dans le reste du monde l’Université de Copenhague, au Danemark, est l’une des rares institutions bénéficiant d’un laboratoire quelque peu comparable au projet de l’Université de l’Alberta.Les scientifiques pourront ainsi étudier les taux de croissance et de productivité des populations, les tolérances ainsi que la survivance et l’adaptation des organismes, l’interaction dans les collectivités, y compris des aspects tels que la concurrence, la com-mensalité, la prédation, etc., avec les meilleures chances d’obtenir des données exactes sur des sujets déterminés.Les résultats de tels travaux de recherche devraient marquer des progrès dans la connaissance des régions arctique, boréale et alpine du Canada.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 45 Pélican brun, photo L.-P.Coiteux.Leica avec viso-flex et téléobjectif 250 mm, vitesse 1/250, ouverture f.16.Initiation à la photographie d'histoire naturelle 1 - Choix d'un appareil et des accessoires par Louis-P.Coiteux Introduction Il y a déjà longtemps, les mots biologie et microscopie étaient associés à une même réalité.On n’a qu’à examiner les gravures anciennes pour voir les célèbres biologistes immortalisés près de leur éternel microscope.De nos jours, il existe un instrument qui, sans être exclusif au biologiste (étudiant, professeur ou chercheur), n’en est pas moins indispensable : il s’agit de l’appareil de photographie ou de cinématographie.Nous n’avons pas l’intention de démontrer ici le rôle important que joue la photographie dans le domaine de l’enseignement et de la recherche scientifique.Comment serait-il possible de révéler à un auditoire les phénomènes les plus secrets de la nature, les évé- L’auteur, Louis-Philippe Coiteux, Lie.Ens.Sec.(Biologie), est responsable de la section Photo-Cinéma du Centre audio-yisuel de l’Université de Montréal et chargé de cours au Département des Sciences Pédagogiques de la même université.Les photographies qui ne sont pas identifiées autrement sont de Jean Garneau du Centre audio-visuel de l’Université de Montréal.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 nements les plus inédits, si la photographie ou la cinématographie n’existaient pas?Dans l’enseignement, l’utilisation première de la photographie réside dans sa valeur comme aide visuelle.Dans la recherche, elle est un moyen d’enregistrer fidèlement et rapidement des observations ou des résultats.En somme, la photographie n’est pas un simple instrument de reproduction, mais c’est un instrument de recherche, un moyen efficace d’éducation.Une bonne photographie apporte un document pour présenter et expliquer le monde extérieur.Esquissons rapidement les domaines offerts au photographe scientifique.Pour le biologiste ou le naturaliste, le monde végétal avec ses merveilles attirera sûrement son attention.Mais quoi qu’on puisse penser, la photographie des plantes en noir et blanc est l’un des domaines les plus difficiles à maîtriser pour un photographe de nature.Le monde animal présente lui aussi de nombreux attraits.Animaux de toutes tailles, vivant dans des habitats différents, seront pour le photographe débutant une source de multiples problèmes.Il y a également toute la gamme des techniques ou moyens pratiques pour réussir une photographie en laboratoire, dans un aquarium, un terrarium, sous la loupe ou le microscope, etc.Nous nous proposons de traiter de ces divers aspects de la photographie de la nature dans cette série d’articles, en invitant nos plus jeunes lecteurs à suivre graduellement les étapes de cette initiation, et peut-être même à s’engager personnellement en photographie.En concentrant surtout notre attention sur les applications de la photographie dans les sciences biologiques, nous n’excluons pas ses applications dans les sciences physiques.La plupart des conseils ou des moyens exposés ici s’appliqueront pour des études orientées vers des sujets de physique ou de chimie.Mentionnons aussi qu’il s’agira surtout de photographie, sachant bien que les mêmes principes et les mêmes conseils peuvent et doi- vent s’appliquer au domaine de la cinématographie.Nous espérons que cette chronique saura intéresser tous nos lecteurs et nous restons attentif à toutes leurs questions ou suggestions.Choix d'un appareil La photographie d’histoire naturelle exige des instruments particuliers.Le naturaliste ou le biologiste ne pourra utiliser le même appareil que le portraitiste ou le journaliste, s’il désire obtenir des résultats satisfaisants.La famille des appareils photographiques est grande et présente des modèles de tous genres.La première question à régler est celle du format.Trois catégories de format peuvent convenir pour la photographie de la nature: le format 24 x 36 mm ou 135; le format carré 6x6 cm (ou 2!4 x 2(4 pouces) ; et le format 9x12 cm (ou 4x5 pouces).Voici un résumé des avantages et des inconvénients des uns et des autres.Les appareils 24 x 36 mm ou 135, de type « reflex » mono-objectif Gracieuseté de Anglophoto Ltd.Nikon i — ' ^ Avantages : — Visée directe : on voit dans le viseur la photo telle qu’elle apparaîtra sur le négatif; — élimine tous les défauts de parallaxe; — possibilités : lentilles interchangeables; un photomètre lisant à travers la lentile (très utile lorsqu’on ajoute des filtres, des bonnettes, des bagues-allonge, des bancs à soufflet) ; motorisation pour l’avancement du film; — gamme variée de films à prix modiques; — appareils peu volumineux et assez légers.Inconvénients : — Format réduit du négatif : 24 x 36 mm; — agrandissement quasi nécessaire de toutes les épreuves.Les appareils mono-objectif « reflex » format 6 x 6 cm (ou 214 x 21/4 pouces) Avantages : — Mêmes caractéristiques que le format précédent, en ce qui concerne la mise au point et les accessoires; — format de négatif plus grand permettant une plus grande précision dans la reproduction des détails; — magasins interchangeables.Inconvénients : — Très coûteux; — variété de films plus restreinte; — appareils très lourds.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 47 Les appareils grands formats type « presse » ou « studio » Avantages : — Très grands négatifs permettant des retouches et des agrandissements précis; — films en rouleaux ou en plaques.Inconvénients : — Maniement complexe et lent; — équipement très volumineux; — films et plaques plus coûteux; — ne peut se motoriser.A la suite de cette brève analyse notre choix se portera sur le modèle qui semble le plus souple.Nous choisirons un appareil reflex mono-objectif de format 24 x 36 mm ou 135.Il faut que l’instrument offre la possibilité des lentilles interchangeables et qu’il possède aussi un photomètre incorporé au système de visée.(Si cette dernière solution est trop onéreuse pour le débutant, nous donnons dans la liste des accessoires un petit appareil qui pourra compenser).Une grande variété de modèles se trouvent sur le marché et les prix s’échelonnent entre $80.- $90.pour un EXA, jusqu’à $900.pour un CONTA-REX Electronique de Zeiss.Parmi les marques les plus connues, mentionnons NIKON, ASAHI-PENTAX, MINOLTA, TOPCON, YASCHICA, etc.La qualité des appareils et la précision des lentilles varient selon les prix.Les accessoires L’appareil choisi, il faut le compléter par quelques accessoires indispensables.Il n’est pas nécessaire d’acheter tous ces articles dès le début; il sera toujours possible d’améliorer son équipement à mesure que l’on prendra de l’expérience.Il est cependant nécessaire de s’assurer que les accessoires prévus pourront s’adapter à son appareil.Lentille à double tirage Ce genre de lentille est l’un des articles que nous jugeons le plus important pour la photographie scientifique.En achetant l’instrument, on peut le choisir à la place de la lentille normale vendue Gracieuseté de Anglophoto Ltd.avec l’appareil.Cette lentille permet de photographier depuis l’infini jusqu’à un rapport de 1 : 2,9 et même 1:1, tout en conservant les avantages de la présélection automatique.Plusieurs fabricants l’offrent parmi leur série de lentilles.Mentionnons : KILFIT (Ma-cro-kilar), NIKON (Micro-nik-kor), MINOLTA (Macro-rokkor), ALPA (Macro-switar), etc.Banc à soufflet Le banc à soufflet appelé aussi « dispositif à soufflet », est un accessoire indispensable pour la photographie rapprochée, surtout si l’on ne possède pas de lentille à double tirage.Le banc à soufflet est utilisé avec deux types de lentilles.A) Avec la lentille normale de 50 ou 55 mm vendue avec l’appareil.L’objet à photographier doit nécessairement être placé à environ deux pouces en avant de Gracieuseté de Anglophoto Ltd.la lentille.On obtient un très fort grossissement, de 3 à 12 fois, selon l’étirement du banc à soufflet.Il est également possible de monter les téléobjectifs et de photographier de petits objets tout en étant éloigné de 12 à 15 pouces.B) Le deuxième type de lentille se nomme lentille à monture courte (Short mount) que nous décrivons au paragraphe suivant.Lentille à monture courte Cette lentille appelée « Short Mount » en anglais, est dépourvue de vis pour la mise au point.Montée sur un banc à soufflet, elle permet de faire une mise au point depuis l’infini jusqu’à une distance d’environ 8 pouces.Nous la recommandons particulièrement pour la photographie des plantes et des insectes.Bagues-a'longe C’est une série de bagues qui se placent entre l’appareil et la lentille (soit normale, soit à monture 48 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 • «» courte).Ces accessoires sont moins coûteux que le banc à soufflet, mais ils exigent une attention plus grande tout en jouant le même rôle que le banc à soufflet.Bonnettes (ou lentilles modificatrices) Les bonnettes peuvent être soit des ménisques convergents, soit des lentilles biconvexes.Le premier type est préférable.En les ajoutant à l’avant d’une lentille normale ou d’un téléobjectif, on obtient des grossissements de l’objet à photographier tout en ayant la possibilité de s’en approcher.On trouve couramment des bonnettes convergentes de 1, 2, 3 et même 5 dioptries.Il est également possible de placer deux bonnettes sur la même lentille; le grossissement est plus fort, mais la qualité de l’image est inférieure à celle obtenue avec des bagues-allonge ou un banc à soufflet.L'adapteur de microscope (ou tube à microscope) C’est un accessoire fabriqué en deux versions.La première, illustrée ici, est composée d’une bague-allonge et de deux bagues de raccordement: l’une à l’appareil et l’autre au microscope ou à la loupe binoculaire.On n’emploie pas de lentille avec ce montage; c’est l’oculaire du microscope ou de la loupe qui la remplace.Q, \ .Ma ' L’autre version, plus précise mais dix fois plus chère, consiste en un tube contenant des lentilles, un diaphragme et même un déclencheur.Le résultat en est évidemment meilleur.Téléobjectif Les téléobjectifs sont des objectifs à longue focale.En réduisant l’angle de prise de vues, elles permettent le rapprochement des objets sur la pellicule.Le marché en Gracieuseté de Anglophoto Ltd.offre de diverses qualités, suivant les prix, mais le photographe amateur d’oiseaux devrait accorder une priorité à cet accessoire et s’en procurer un de bonne qualité.Celui qui l’utilise occasionnellement pourrait choisir une lentille moins lumineuse et de ce fait moins coûteuse.Moteur Un accessoire de luxe pour la plupart des amateurs, mais indispensable à celui qui veut réussir un genre particulier de photographies.Le déclencheur de l’appareil et l’avancement du film se font alors au moyen d’un petit moteur.Ce dernier est commandé par fil électrique ou par ondes radio.Un exemple d’utilisation: une série de 2 ou 3 photographies d’un oiseau donnant la becquée à ses petits, alors que le photographe demeure caché, à une certaine distance.Plusieurs fabricants motorisent leurs appareils: NIKON, TOPCON, LEICA, ALPA, etc.Photomètre KOPIL Celui qui ne possède pas un appareil avec photomètre incorporé au viseur, peut choisir ce type de photomètre qui lit la lumière ré- fléchie à travers le banc à soufflet, les bagues-allonge ou les téléobjectifs.Cet appareil exige une LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 49 manipulation plus longue, mais donne de bons résultats et il évite des calculs compliqués de correction d’exposition.Il est disponible chez les bons revendeurs ou encore chez SPIRATONE, 135-06 Northern Blvd, Flushing, N.Y.11354, U.S.A., au prix d’environ $25.Conclusion Ii ne faudrait pas croire que cette liste est complète; nombre de petits accessoires, tels que trépied, filtres, etc., peuvent s’ajouter suivant les objectifs et les exigences de son travail, suivant ses disponibilités, etc.Dans les prochains articles nous mentionnerons encore quelques accessoires complémentaires.Pour réaliser les premières images, le photographe débutant pourra limiter son équipement à ces quelques instruments: un appareil photographique, un photomètre et un trépied.Selon ses in- tentions ou sa spécialité, l’apprenti photographe complète ensuite sa collection d’appareils, mais graduellement, par étapes, suivant le rythme de son entraînement.Dans un prochain article nous présenterons « la photographie des plantes » ou quelques conseils pour réussir des photos du monde végétal.m M _ .Projet de réinstallation du Caribou dans le parc des Laurentides Le parc des Laurentides fut créé en 1897 dans le but de protéger les hardes de caribous (Rangi-fer tarandus) qui y vivaient.Vers 1900, on estimait à 10 000 têtes le cheptel de caribous du parc des Laurentides (Thomas Fortin, dans Potvin, 1945).La plupart de ces caribous étaient concentrés dans une partie du bassin hydrographique de la rivière Malbaie connue sous le nom de « Grands Jardins ».Malgré l’établissement du territoire en «parc national», la chasse au caribou y demeura permise jusqu’en 1928.Elle était toutefois réservée à une vingtaine de chasseurs appartenant à une caste d’honorables personnes.Le plus grand nombre de prises inscrites au registre du Château Beaumont (camp de chasse érigé en 1907 au sein des Grands Jardins) , s’élève à 41 caribous; c’était à l’automne 1907.Par la suite, les récoltes déclinèrent progressivement jusqu’en 1914, alors que le dernier caribou légalement abattu fut enregistré.Le rapide déclin dans les récoltes de caribous semble traduire fidèlement le déclin du cheptel lui-même.A toutes fins pratiques on peut considérer le caribou comme étant absent du parc à partir des années 1930-1935.L’absence quasi totale d’informations précises sur ce troupeau porte au domaine de la spéculation toute recherche des causes de sa disparition.Il est probablement à propos de mentionner que des disparitions similaires se produisirent à la même époque en Ontario et dans les Maritimes, c’est-à-dire dans tout l’est du Canada (Anderson, 1938).par Pierre DesMeules Principales hypothèses Pour expliquer cette disparition, plusieurs hypothèses plus ou moins invraisemblables ont été avancées de toutes parts, comme celle d’une « malédiction » jetée par un vicaire de Saint-Urbain sur les caribous parce que les paroissiens chassaient ce gibier pendant la grand-messe du dimanche .Voici les principales tentatives d’explication de cette disparition des caribous dans le parc des Laurentides: 1) chasse abusive; 2) extermination par les loups; 3) destruction de l’habitat par les exploitations forestières et les incendies forestiers; 4) série d’hi- L’auteur, Pierre DesMeules, Ing.forestier, M.Sc., était alors biologiste au Service de la Faune, ministère du Tourisme, Chasse et Pêche, Québec.Article paru dans le Bulletin de ce même ministère, août-septembre 1967, vol.2, no 3, et reproduit avec ia bienveillante autorisation de l’éditeur qui nous a également fourni les originaux des illustrations.Les photographies sont de l’Office du Film du Québec.50 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 î^ r- % «->- '"v ».V » Mm Troupeau de caribous en liberté dans une région située au nord de Sept-Iles dans la province de Québec.Certains de ces cervidés seront capturés pour être ensuite! transportés dans un enclos situé près du lac Jacques-Cartier, dans le parc des Laurentides.vers particulièrement rudes où la croûte aurait empêché les caribous d’atteindre les lichens, leur nourriture; enfin, 5) l’épidémie.Chasse abusive Si le nombre de 10 000 têtes qui fut avancé par Thomas Fortin* comme estimation de la population totale du caribou habitant les Jardins est exact et que cette population était normalement constituée, on peut en déduire que le troupeau devait s’accroître de 1200 à 1500 têtes par année.De 1200 à 1500 caribous pouvaient donc être prélevés chaque année sans pour autant diminuer le cheptel de 10 000 têtes.La chasse légale, nous l’avons vu plus haut, n’a jamais dépassé 41 têtes.A l’époque, seuls les gens de Saint-Urbain avaient un accès facile au parc et il est improbable que, d’autre part, le braconnage ait pu être important, vu la surveillance exercée par Thomas Fortin et ses hommes.De plus, T.Fortin étant lui-même résident de Saint-Urbain, et connaissant * Premier surintendant du parc des Laurentides.la facilité avec laquelle circulent les nouvelles de ce genre dans les petites colonies, il est logique de prétendre que tout braconnage de la part des gens de Saint-Urbain aurait vite été connu de Fortin.L’hypothèse d’une surexploitation par les humains est donc des plus improbables.Extermination par les loups S’il y eut surexploitation du cheptel il nous faudrait alors l’attribuer aux loups.Or, d’après ce que nous savons des habitudes alimentaires du loup (Burkholder, 1959; Meek, 1966), il aurait fallu de 250 à 300 loups pour causer pareil rapide déclin chez le caribou des « Grands Jardins ».Ceci représenterait une densité de loup 50 fois supérieure à la densité maximale, soit 1 loup par 10 milles carrés (Pimlott, communication personnelle).Destruction de l'habitat Au moment de la disparition des caribous, les exploitations forestières n’avaient pas encore eu lieu dans ce secteur.Quant aux incendies forestiers, l’étude que nous avons menée dans les Grands Jardins révèle qu’ils ont détruit à peine une centaine d’acres de forêt entre 1900 et 1930.Cette quatrième hypothèse peut donc, elle aussi, être facilement rejetée.Epidémie Une tentative d’introduction du Wapiti (Cervus canadensis) fut faite dans le parc vers 1909 (Pot-vin, 1945).Connaissant la faculté qu’ont ces animaux de véhiculer nombre de maladies, il est tentant d’invoquer l’hypothèse d’une épidémie.Toutefois, une épidémie décimant le cheptel n’aurait pas été sans laisser de traces.Des carcasses auraient en grand nombre jonché le parterre des Grands Jardins et ceci n’aurait pas manqué de se faire remarquer.Or, personne ne se souvient d’avoir vu un nombre anormal de carcasses ou même en avoir entendu parler.Série d'hivers rudes Il est également vrai qu’une neige croûtée peut empêcher les caribous d’atteindre les lichens sous-jacents, mais en pareille circonstance les caribous se fient aux lichens arborescents pour LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 51 leur nourriture.Or, les lichens arborescents sont maintenant d’une extrême abondance dans le parc.Si ces lichens faisaient alors défaut, c’est qu’il y en eut surutilisation, d’où surpopulation de caribous à un moment ou l’autre.Surpopulation, émigration Dix mille caribous dans un secteur aussi restreint, voilà bien un nombre qui invite à parler de surpopulation.Si cette estimation est exacte, ou même voisine de la vérité, j’ose affirmer que les Jardins ont supporté, vers 1900, dix fois plus de caribous qu’ils n’en étaient capables de le faire, de façon soutenue.Voilà, à mon humble avis, et pour autant que nous sachions, l’explication du phénomène: les caribous des Grands Jardins, limités à un territoire des plus restreints, ont tôt fait, faute d’être contenus par la chasse, de surpasser la capacité de stipport du milieu.Une disparition rapide des lichens, nourriture de base du caribou, s’en est suivie, entraînant leur émigration progressive.Etude de l'habitat, étape préliminaire à l'introduction Avant de ramener le caribou dans les Grands Jardins, il était impérieux de déterminer si, oui ou non, le secteur était en mesure d’en supporter à nouveau et, dans l’affirmative, combien?Au cours du printemps et de l’été 1965 nous avons amorcé un projet en ce sens.A l’aide de photos aériennes du territoire, le secteur offrant un habitat potentiel a d’abord été circonscrit.Un examen minutieux a ensuite été effectué sur le terrain.Des places d’échantillons ont été distribuées à travers l’habitat potentiel et la quantité de lichens terrestres présents y a été déterminée.Les résultats de cette étude ont révélé que les Grands Jardins supporteraient environ 50 millions de livres de lichens, s’accroissant au taux de 1 500 000 livres par an.Les lichens arborescents, probablement tout aussi abondants, ne sont pas considérés dans ces valeurs, puisqu’ils constituent une réserve pour les hivers aux conditions de neige adverses, et que par conséquent ils ne peuvent s’ajouter aux premiers.Nos conclusions indiquent que les Grands Jardins pourraient supporter de façon soutenue de 500 à 1 000 caribous.Capture et transport des caribous Devant des conclusions aussi invitantes, l’idée de réinstaller le caribou dans les Grands Jardins fut vite approuvée par le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche.Un premier projet de capture fut organisé en mars 1966.La méthode de capture avait été mise au point au cours du printemps de 1965 alors qu’une femelle et un veau avaient été transportés au Zoo de Québec (DesMeules).Elle consiste à: 1.Localiser un troupeau mixte de caribous, de 30 à 100 têtes, sur un grand lac, là où des sentiers bien battus relient le lac à la forêt environnante.2.Installer des filets en travers de ces sentiers.(Filets de pêche, en nylon, à mailles de 3 ou 4 pouces; 300 ou 400 pieds de filets de 10 à 20 pieds de haut sont utilisés).3.A l’aide de deux avions, rabattre les caribous pour les lancer dans les filets où plusieurs s’emmailleront.4.Libérer les caribous des filets, pour ensuite les diriger dans un enclos érigé sur place, jusqu’à ce qu’un avion puisse venir les chercher pour les transporter à l’endroit voulu.Avant de transporter les caribous par avion, on doit d’abord les droguer pour ensuite les ligoter dans des « camisoles de force » spécialement préparées.Il faut environ 10 à 15 minutes pour préparer un caribou au transport.Deux expéditions Au cours de mars 1966, 13 caribous capturés au lac Raimbault (60° 20’ - 53° 10’) ont été transportés au lac Turgeon au sein des Grands Jardins, soit une distance de 400 milles.Dix-huit caribous avaient été capturés au cours de ce projet Chez les 13 caribous transportés, les sexes se répartis-saient comme suit : 3 mâles et 10 femelles, dont un jeune de 1 an.Ces caribous ont été logés, dès leur arrivée, dans un enclos construit à leur intention sur les rives du lac Turgeon.A la suite de com- Les caribous cernés par des avions se dirigent vers les filets qui ont été installés en travers des sentiers.Plusieurs bêtes seront ainsi capturées.52 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 , _ ;?fffi- En haut : un caribou captif et solidement attaché au moyen d'une « camisole de force ».plications dues à la manipulation et au transport, il y eut quelques pertes.Le bilan du premier groupe de caribous transportés au parc des Laurentides s’établit donc présentement comme suit : 7 femelles adultes, 1 mâle adulte, 3 jeunes d’un an dont 2 mâles et 1 femelle.Au cours de mars 1967, une seconde expédition fut organisée au nord de Sept-Iles, cette fois aux lacs Pierre, Dolbel et Go (65° 10’ -51° 30’).Trente-cinq caribous ont été alors transportés au parc des Laurentides: 5 mâles adultes et 30 femelles, dont 28 adultes et 2 jeunes d’un an.En tout, 39 caribous ont été capturés au cours de cette phase du programme.De ce nombre, 9 femelles ont succombé à la suite du stress inhérent à la capture et transport.Restent donc présentement dans l’enclos du lac Jacques-Cartier, 21 femelles dont 20 femelles adultes et 5 mâles adultes.Le parc des Laurentides héberge donc présentement (été 1967) : 27 femelles adultes, 2 femelles d’un an, 6 mâles adultes et 2 mâles d’un an, soit 37 caribous.Accroissement du stock Le tableau ci-joint donne une idée de l’accroissement théorique du stock actuel.Ce tableau est basé sur un âge reproducteur de 18 TABLEAU.Accroissement théorique du stock de caribous présente- ment hébergés dans les enclos du parc des Laurentides.Avril Novembre matures immatures veaux Année mâles femelles mâles femelles mâles femelles cheptel 1966 1 6 0 1 2 1 11 1967 6 27 2 2 13 14 64 1968 8 29 13 14 15 14 93 1969 21 43 15 14 21 22 136 1970 36 57 21 22 29 28 193 1971 57 79 29 28 39 40 282 1972 86 107 39 40 54 53 379 1973 125 147 54 53 73 74 526 1974 179 200 73 74 100 100 726 1975 252 274 100 100 137 137 1 000 1976 352 374 137 137 187 187 1 374 1977 489 511 187 187 256 255 1885 mois, un taux de reproduction de 100%, un succès de reproduction de 100% et une mortalité nulle dans le cheptel.Il est évident qu’une telle situation ne peut être totalement espérée.Nous sommes d’ailleurs en droit d’attendre un déroulement très voisin de la théorie, puisque les animaux sont placés dans des conditions idéales, nourris plus adéquatement qu’en nature (un supplément de moulée spéciale leur est donné chaque jour) et en mesure de recevoir les traitements que requiert leur état, advenant certaines maladies ou accidents.Il ne nous paraît donc pas utopique de prétendre que d’ici 1975 ou 1976, nous ayons at- En haut : drogué et ligoté, ce caribou sera bientôt déposé à bord d’un avion.teint le niveau optimal de population recherché, soit 750 têtes.Remise en liberté Une question qui vient souvent à l’esprit des personnes intéressées par ce projet de restauration du caribou a trait à la possibilité d’émigration des animaux après leur libération.Cette question est fort à propos.Il est presque certain que des animaux habitués à vivre dans un domaine quelcon- LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 53 .miu.Éfc ¦ ^ :•* .••'•• !* -fhtÙ-J'- V- W tessH?»»- ‘ 5r*VS*?«-ï i ¦Vi^ *§P , a- ¦' 'Sjjl P«s^k| - .:.vUh tësig &3ï:' ÏU^ que et à des déplacements assez considérables à l’intérieur de celui-ci, se voient perdus lorsque libérés dans un nouvel habitat et cherchent, par la suite, à regagner leur domaine vital initial.L’expérience semble d’ailleurs confirmer cette hypothèse.On a perdu, semble-t-il, toute trace de caribous relâchés dans le Maine, au mont Katahdin, il y a quelques années (Dunn, 1965).Certains individus auraient été aperçus au Nouveau-Brunswick, entre autres endroits.Afin de minimiser cette possibilité d’émigration, nous entendons ne libérer que les jeunes nés en captivité dans le parc des Lauren-tides même.Ces animaux, d’une part, n’ont pas connu l’expérience des migrations et, d’autre part, sont déjà imprégnés par les Grands Jardins où ils sont nés et ont été nourris par les lichens de cet endroit.Les biologistes de la province de Terre-Neuve (Frank Manuel, comm.pers.) ont pu réussir leurs introductions de caribous en terre ferme en procédant de cette façon.Il est probable que la première libération se fasse dès que de 30 à 50 caribous d’âge reproducteur, soit 18 mois et plus, nés en captivité, seront disponibles.Ceci porterait cette première libération à l’automne de 1968 ou 1969.Par la suite, chaque année, les caribous de 18 mois seraient libérés.Programme de recherche Pendant toute la durée de la captivité de ces caribous, nous entendons profiter de la présence de ces animaux pour en tirer le maximum d’information possible.C’est ainsi qu’au cours de Photographies ci-contre, de haut en bas : un avion transporte les caribous à partir de la surface glacée d’un lac nordique jusqu’à leur nouvel enclos du lac Jacques-Cartier, dans le parc des Lau-rentides.54 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 l’été 1966, nous avons mené un programme de recherche sur les habitudes alimentaires de notre caribou.Des données, jamais recueillies auparavant, ont été obtenues sur l’appétence du caribou envers diverses espèces de lichens terrestres et arboricoles.Nous avons également pu déterminer la quantité de lichens ingérés quotidiennement.D’autres projets seront amorcés, tant pour consolider les données déjà recueillies que pour en obtenir d’autre nature : comportement, croissance, reproduction, etc.De même, une fois libérés, les caribous se prêteront à merveille à toutes sortes d’études intéressantes qui nous permettront d’acquérir, dans des conditions quasi idéales, une meilleure connaissance de cette espèce fascinante.Le projet de réinstallation du caribou dans le parc des Lauren-tides est un programme d’envergure et à voir toute l’ardeur des responsables, il semble voué au succès.Références ANDERSON, R.M., 1938.The Present Status and Distribution of the Big-game Mammals of Canada.Transaction, Third North American, Wildlife Conference, American Wildlife Institute, Washington, pp.390-406.BURKHOLDER, B.L., 1959.Movement and Behavior of a Wolf Pack in Alaska.Journal of Wildlife Management, XXIII, 1 (1959), 1-11.DesMEULES.P., 1965.Opération caribou, 1965.Les Carnets de Zoologie, XXV, 2 (1965), 20-23.DUNN, F.D., 1965.Réintroduction of Woodland Caribou to Mt.Katahdin, Maine.Northeast Fish and Wildlife Conference, Harrisburg, Pennsylvania, January 17-20, 1965.MECK, D., 1966.The Wolves of lie Royale.United States Dept of the Interior.POTVIN, D., 1945.Thomas, le dernier de nos coureurs de bois.Le Parc des Laurentides.Ed.Garneau, Québec, 273 pages.Expéditions de biologistes québécois au pays des caribous Au cours d’une expédition de quatre semaines en mars 1968 dans une région située à 125 milles au nord de Sept-Iles, les biologistes du Service de la Faune du Québec ont procédé au « marquage » de 102 caribous, dont 61 provenaient du troupeau du lac Pierre, évalué à 5 000 têtes, et 41 du troupeau du lac Matsal, évalué à 3 000 têtes.Il s’agissait d’accrocher au cou de l’animal un collier de herculite de six pouces de largeur, orné de motifs différents de couleurs vives et repérables à vol d’oiseau.Une deuxième expédition, de courte durée cette fois, a eu lieu en juin durant la période de vêlage.Elle a permis de repérer sans trop de difficulté des caribous marqués qui ont pu être identifiés et de situer ainsi le territoire de vêlage (ou de « mise bas ») des deux troupeaux.Ces derniers s’étaient déplacés de 200 milles vers le nord.Durant l’hiver, les territoires de ces deux troupeaux sont adjacents et ils sont encore, durant la période de vê- lage, voisins l’un de l’autre; toutefois, la superficie occupée durant le vêlage est approximativement 50 fois plus grande que durant l’hiver.L’équipe de la faune a estimé de plus que le vêlage était probablement aussi avancé que celui du troupeau du parc des Laurentides.Une troisième expédition, qui s’est terminée à la mi-août 1968, a permis de vérifier que les deux troupeaux se trouvaient toujours dans la même région et, bien qu’ils aient abandonné les tourbières, ils n’étaient pas sur les sommets, comme beaucoup de gens auraient pu le croire, mais plutôt en forêt.Devant la popularité grandissante de la chasse au caribou dans le Québec, le Service de la Faune croit qu’il est indispensable d’entreprendre dès maintenant un travail de recherche orienté vers un aménagement rationnel du cheptel, le marquage des 102 caribous ne constituant qu’un premier pas.Bientôt, on affectera du personnel supplémentaire à l’aménagement de ce gros gibier et, à mesure que son importance économique s’accroîtra, le Service de la Faune pourra suggérer une réglementation plus flexible et mieux adaptée à la conservation de cette espèce de cervidé.LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 55 Marche apparente de Jupiter en 1969 La planète Jupiter met environ douze années (11,9) à accomplir sa révolution autour du Soleil.C’est dire que dans sa marche apparente elle fait chaque année une des douze constellations zodiacales.En 1969, sa trajectoire se place en entier dans la constellation de la Vierge.La figure indique la position de la planète parmi les étoiles, le premier de chaque mois.A partir de février, de notre point de vue terrestre, elle effectue un mouvement rétrograde qui dure jusqu’à la fin de mai.Puis elle reprend sa marche régulière.La constellation de la Vierge est celle qu’occupe à son tour le Soleil au mois d’octobre.Précisément le 9, à 17 heures, la planète et le Soleil s’y trouveront ensemble, tout près de l’étoile Thêta.Cette rencontre s’appelle la conjonction.Pendant toute une période, avant et après cet événement, la planète est invisible, puisqu’elle passe dans le jour, en même temps que le Soleil.Le 21 mars, la situation est toute différente : Jupiter est au milieu de sa boucle du mouvement rétrograde, tandis que le Soleil est au point vernal.Il y a 12 heures de distance entre les deux; Jupiter est en opposition.La planète se lève pendant que le Soleil se couche; elle passe au méridien à minuit et se couche pendant que le Soleil se lève.Elle est visible toute la nuit et d’autre part sa distance de la Terre est minimale à cette époque.Au début de l’année, Jupiter se lève un peu avant minuit, et de plus en plus tôt par la suite.En mars, il est au méridien à minuit.Alors commence, avec l’arrivée des beaux jours, la meilleure période pour l’observer au télescope.L’an- par Paul-H.N adeau née 1969 sera marquée du signe de Jupiter.Cette période favorable durera jusqu’à la mi-juillet, puis la planète se couchera de plus en plus tôt et se perdra dans les lueurs crépusculaires, en septembre.Après la conjonction d’octobre, la planète passe dans le ciel du matin, où elle demeure visible tout le reste de l’année.Lorsque Jupiter sera à son maximum d’éclat, en mars, elle sera de magnitude stellaire —2 et brillera 19 fois plus que l’Epi, à sa gauche, 21 fois plus que Ré-gulus, à sa droite, et 8 fois plus qu’Arcturus, plus haut dans le ciel, à la pointe de la constellation du Bouvier.L’auteur, Paul-H.Nadeau, astronome, est directeur de l’Observatoire de Québec et secrétaire de la Société d’Astro-nomie de Québec.La carte a été dessinée par Bertrand Miville-Deschênes et Marcel Alain de Québec.TRAJECTOIRE APPARENTE DE JUPITER-1969 CHEVELURE DE BERENICE L ION BOUVIER VIERGE SEXTANT CORBEAU COUPE BALANCE i—r ~i—i—î—}~ ~r -i r i 1~: XIII M.A lain-27/8/6 8 56 LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 - Les sciences et les carrières scientifiques Les jeunes gens et les jeunes filles qui étudient les sciences et préparent une carrière dans un domaine scientifique peuvent envisager l’avenir avec confiance — leur vie sera des plus remplies.Ils éprouveront le sentiment d’accomplir un travail d’étude dynamique et de portée considérable; ils seront appelés à prendre des décisions importantes, de portée nationale et internationale.Ils feront partie de cette élite qui représente peut-être la plus grande force dans notre société.Mais c’est le sujet lui-même qui leur fera éprouver les plus grandes joies : scruter le monde de la lumière et du son, la terre et tout ce qu’elle contient, en un mot, tout notre univers; trouver de nouvelles conclusions et apporter de nouvelles solutions à de vieux problèmes; soulever le voile du mystère.Les sciences sont formées de l’ensemble d’un grand nombre de sujets et de connaissances.Il y a d’abord les sciences -pures, formant la base de toute la structure scientifique et qui comprennent les mathématiques, la chimie, la physique, la biologie, la géologie, l’anatomie, l’astronomie et autres.De ces sujets de base découlent la médecine, le génie, l’architecture, le génie forestier, l’actuariat, etc.Après avoir acquis une base solide en théorie l’étudiant peut s’orienter vers un domaine particulier des sciences appliquées, ou poursuivre des travaux en sciences pures, dans un laboratoire ou sur un projet.C’est par leur objet respectif que l’on peut distinguer les sciences appliquées des sciences pures.En sciences pures, on veut acquérir de nouvelles connaissances et approfondir celles qui existent déjà; en sciences appliquées ou technologie, on applique ces diverses connaissances à des fins utiles et pratiques.Cependant, il n’existe presque pas de différence entre la recherche appliquée à longue échéance et les sciences pures, parce qu’alors on ne cherche pas un résultat pratique immédiat, mais un résultat qui sera utile beaucoup plus tard, dans l’avenir.En un mot, la recherche à longue portée ne porte pas sur une application précise que l’on veut mettre en pratique dans un bref délai.Les grandes réalisations industrielles de l’avenir, résulteront de ce genre de sciences appliquées.La recherche appliquée exige les mêmes techniques, les mêmes efforts créateurs et une aussi grande compétence que les sciences pures; seul l’objectif ultime varie.Parce que les objectifs varient, il y a un grand nombre de ques, n’est plus de la recherche appliquée; finalement, on n’aboutit qu’à des fonctions de simple contrôle ou d’entretien.Evidemment, ces dernières fonctions n’exigent pas autant de qualifications et d’efforts que celles qui ont des objectifs à long terme.Finalement, tout travail de développement consistant à appliquer des connaissances déjà acquises à des fins pratiques, à des dispositifs ou procédés quelconques, n’est plus de la recherche proprement dite.L’étudiant doit prévoir que les avantages matériels et intellectuels seront différents entre une carrière en sciences pures et une autre en sciences appliquées.Normalement, le choix entre une carrière ou l’autre devra se faire vei’s la fin des études universitaires ou de spécialisation.Extrait d’un feuillet publié par la « Sun Life du Canada », compagnie d’assurance-vie, dans la collection « Valeur de l’Education ».LE JEUNE SCIENTIFIQUE, NOVEMBRE 1968 3e p.couv. Etes-vous abonnés ?étudiants, éducateurs, êtes-vous abonnés à la revue LE JEUNE SCIENTIFIQUE?Les professeurs de sciences les bibliothèques, les dirigeants des écoles connaissent-ils l'existence du JEUNE SCIENTIFIQUE?la série des huit (8) brochures d'un volume annuel commence en octobre et présente un ensemble de 224 pages traitant des sciences naturelles et exactes si vous réunissez un groupe de quinze abonnements, à une même adresse, vous bénéficiez du prix spécial de $2.00 pour chaque abonnement participez personnellement à la vulgarisation des sciences en multipliant les abonnements à votre revue écrivez dès maintenant: LE JEUNE SCIENTIFIQUE Case postale 391 JOLIETTE, P.Q., Canada.
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