La semaine à Radio-Canada, 8 février 1964, samedi 8 février 1964
ü LI J IJ i i r i DU B AU 1 A FÉVRIER 1964 VOL X I V NO 2 0 PLEIN SOLEIL VOIR ARTICLE EN P.32 PHOTO PAUL GÉLINAS à*i ‘s mi msr" V , * Page 2 LA SEMAINE À RADIO-CANADA derrière la caméra Quand nous voyons une émission de télévision, nous ne soupçonnons pas toujours le travail qui s'effectue dans les coulisses.Pour nous donner une idée de ce qui se passe derrière la caméra, en particulier dans la cabine de régie, notre reporter Fernand Côté a assisté à la générale et a la représentation de "L’Heure du concert" du 23 janvier dernier que réalisait Pierre Morin.¦ À lere du presse-bouton, la réalisation d'une émission télévisée apparaît soit comme une chose toute simple, soit comme un mystère d'ordre technique.Kn fait, ce n'est ni l'un ni l'autre.On croit que c'est d'une simplicité enfantine si on observe de loin U réalisateur et son équipe au travail.Par contre, si on prend la peine de transpirer avec eux une journée durant, on n'est pas éloigné de croire qu'il y a du mystère là-dessous.Bien entendu, personne n'a plus la naïveté du paysan qui imagine le réalisateur arrivant à la régie, levant une manette, en baissant une autre pour mettre en branle tout le dispositif technique, les interprètes et les images d'un seul coup.On sait bien qu'une seule émission de télévision exige de longues heures de préparation, des jours et.souvent.des semaines à l'avance.Il y f ut de la réflexion, des discussions avec tous les artisans de la production.Il faut beaucoup de paperasses et encore plus de patience.On sait moins que sur le seul plan matériel de la réalisation, il faut également beaucoup de préparation.Roger Morin, un des directeurs techniques les plus qualifiés de Radio-Canada, nous disait : « Quand nous arrivons à la régie le jour de l'émission, tout a déjà été prévu dans les moindres détails.L'équipe technique a été choisie avec soin, les plans ont tous été pensés de telle sorte que chacun, du réalisateur technique au machiniste, en passant par le réalisateur du son, l'éclai-ragiste, les cameramen, les préposés au mixage et au réglage des images, de même que les membres du service d'entretien, sait ce qu'il aura à faire.» Pour confirmer la déclaration de Roger Morin, Pauline Paré, la script-assistante de Pierre Morin.déploie le monceau de paperasses qu'elle doit traîner avec elle tout le temps de la réalisation d'une émission.Aujourd'hui, il s'agit de l'Heure du concert.Nous sommes le jeudi 23 janvier et Pierre Morin réalise II Ta-barro, opéra en un acte de Giacomo Puccini.La partition que Pauline Paré ouvre sous mes yeux ferait sursauter tout autre chef d'orchestre que le maestro Frnesto Barbini.C’est lui qui dirige les musiciens dans II Ta-harro.Il ne s'étonne donc pas de lire en marge, à chaque phrase.à chaque mesure du texte, une foule d'annotations qui seraient du charabia pour un profane.Pauline Paré a étudié le livret mot à mot, note par note dans l'optique de la réalisation télévisée.Chaque mesure porte une indication destinée à la rendre visuelle.Il n'y a pas de mot plus juste pour préciser davantage le sens des innombrables notes qui jonchent le livret de Il Tahurro.Par exemple, on peut lire au-dessus d'une mesure toute en triolets : c.4 plan 52.Traduction : caméra 4 sur le plan 52.c’est-à-dire la section du plan d'ensemble marquée 52.Ces plans réglés à l'avance par le réalisateur et son équipe constituent, en somme, les pièces du puzzle complet que sera la réalisation de l'émission.Selon la longueur ou l'importance ou encore le caractère de l'émission, on aura 50, 70 ou 100 plans.Il Tahurro en comptait 85 répartis sur une durée de 44 minutes 50 secondes.Ah! ces minutes et ces secondes (et jusqu'au quart de seconde) quelle importance elles prennent lors de la réalisation d'une émission ! Le minutage : partie essentielle de la réalisation.11 serait aussi catastrophique pour un réalisateur de dépasser le temps alloué ou d'être en deçà que pour un comédien d'avoir soudainement un blanc de mémoire.Heureusement pour les téléspectateurs.les erreurs de minutage ne se produisent que très rarement au réseau français de télévision de Radio-Canada parce que les réalisateurs travaillent toujours chronomètre en main, avant et pendant la réalisation d'une émission.Comme les comédiens ou les chanteurs, le réalisateur, son assistante et l'équipe technique ne réalisent une émission qu’après s’y être préparés longuement.(suite à la page suivante) 3U 8 AU 14 FÉVRIER 1964 Page 3 Dans le cas de l'Heure ilu con-eert.par exemple, nombre de repetitions et la générale le jour même deviennent autant de realisations internes précédant la réalisation véritable.l e jour oit Pierre Morin a présente aux téléspectateurs II Ta-barro, l'équipe de l'Heure du concert au grand complet a occupe le studio 42 de 10 heures du matin à 10 h.30 du soir.Nous voulez un échantillon du travail accompli au cours de cette journée ?L n coup d'oeil sur l'ordre du jour et une oreille indiscrète à la cabine de régie vous renseigneront.On pouvait lire à l'ordre du jour le 23 janvier : « de K) à 1 1 heures, répétitions des titres avec caméras, effets spéciaux et bruiteur.De II heures à 12 h.30, enregistrement des titres : enregistrement magnétoscopique et intersynchronisation.De 12 h.30 à 13 h.30, déjeuner et début des maquillages.13 h.30.retour de l'équipe technique.14 heures, répétition ( première partie ) en costumes avec l'orchestre, les solistes.le choeur et les figurants.De 15 h.30 à 16 heures, repos des musiciens.De 16 heures à 17 heures, répétition (deuxième partie).De 17 heures à 18 heures, dîner et maquillage.De 18 heures à 19 h.30.retour de l'équipe technique et alignement des earner, is.De 19 h.30 a 20 h.30, générale.De 20 h.30 a 21 h.30.repos et corrections si nécessaire.De 21 h.30 a 22 h.30.en direct l'Heure du concert présente // Tabarro de Giacomo Puccini.C e travail sur papier se matérialise à la console de la régie au studio 42.Merveilleusement bien équipée, la régie du studio le plus moderne d'Amérique comprend, outre une longue console.une cabine pour le son.une autre pour l'éclairage et un secteur d'entretien.Face à la console où prennent place le réalisateur.la script-assistante, le réalisateur technique, le préposé au mixage et.à l'occasion ou selon le désir du réalisateur, l'annonceur, le décorateur ou le costumier, on remarque un téléviseur de dimensions normales, écran de 22 pouces probablement, une dizaine de moniteurs à écran de 10 ou 12 pouces et une horloge de dimensions respectables.A droite.4 autres moniteurs enchâsses dans une sorte de tableau de bord un peu semblable a un standard téléphonique.Pour compléter la description : quantité de manettes et de boutons: des feux rouges, des feux verts, des diagrammes compliqués et des réseaux de fils dont un profane ne saurait deviner la fonction précise.Tout cela prend vie et donne à son tour vie aux sons et aux images sur un ordre lancé au micro par le réalisateur : « Attention ! fade in lent 30 secondes .O.k.commencez film.Caméra 2.attention ! enregistrement voix Henri Bergeron.» Pendant ce temps, sur le plateau dont on ne voit, de la régie, que le plafond et une profusion de gros projecteurs, s'agite un monde de techniciens, de machinistes et de cameramen.On sent leur présence aux images qu'ils nous montrent et.de temps à autre, à une question précise posée au micro soit a Pierre Morin, soit a Pauline Paré, soit à Roger Morin.l a réalisation se poursuit normalement.Soudain, un accroc.I oeil exercé du réalisateur a détecté des ombres douteuses sur le bout de film qui ouvrira l'émission.Vérification du technicien, appel urgent au service du film : la pellicule était vraiment égratignée.Personne ne s'en serait aperçu peut-être, mais un bon réalisateur considère qu'on ne peut réussir une excellente production avec des outils défectueux.Au cours des répétitions de l'après-midi, d'autres petits accrochages viennent ajouter du piquant a un travail qui n'en manque pas.Le réalisateur ordonne scs plans, ses images, ses effets spéciaux.A voix basse ou à pleine voix, ponctuée de « hans » sonores, il dirige les cameramen sur un soliste, sur un pan de décor.ou sur les musiciens : « Attention! caméra 2.plan 37.Closc-up : Jean-Louis Pellerin .3 sur feuilles et eau.Bruits d'eau, s.v.p.Merci, Tout va bien.» Un silence et puis : « Non ! non ! qu'est-ce que je vois au fond du décor ?» Des choses que les myopes ne verront jamais.« Tous les gens qui n'ont pas affaire dans cette partie du décor doivent regagner leur place immédiatement.Je demande le silence également.N'oubliez pas que c'est ce soir l'émission et non pas dans 15 jours .Allez ! on reprend! » Orchestre, vocalise, mouvements de scène.I a machine fonctionne admirablement .jusqu'à ce qu'on entende a nouveau : « Coupez.! c'est pas ça ! On recommence ! Ce n'est pas la position que j'avais indiquée au soliste ! » Ou encore, c'est un micro soudainement réduit au silence.lout simplement parce qu'il était débranché.Ou bien c'est un câble coincé sous une caméra ou des bruits haïssables de studio.On coupe, on reprend.On travaille avec acharnement jusqu'à ce que le réalisateur se déclare satisfait.Une heure de détente avant la présentation en direct, une heure pendant laquelle la régie bourdonnante toute la journée aura l'air triste d'une boutique d'électricien fermée.l’as pour longtemps.A 9 h.30 elle reprendra vie : « Attention ! 20 secondes.10 .5.2 .Fade in .» Fernand Côté Page 4 LA SEMAINE A RADIO-CANADA i * \ DU 8 AU 14 FÉVRIER I9M Pags 5 ; .11 « a concert Stockhausen Karlheinz Stockhausen était récemment de passage à Montréal.La radio présentera, le 12 février à 8 h.30, certaines oeuvres de ce jeune chef de file de la musique contemporaine.¦ Au cours de IHcure du contt rt diffusée au réseau français de television le f> février dernier, les amateurs de musique contemporaine ont pu entendre Refrain du compositeur allemand Karlheinz Stockhausen.( et te semaine, c'est le réseau de radio qui présentera cette oeuvre à son Concert (fa mercredi, le 12 février, ainsi que deux autres oeuvres de ce même musicien intitulées Zyk-///v et Klavierstuecke 17/ et XL Karlheinz Stockhausen n'est pas un inconnu pour les auditeurs de Radio-Canada.A plusieurs reprises.les émissions consacrées à la diffusion des festivals d l u-rope leur ont apporte des enregistrements de ses oeuvres; plusieurs fois aussi, grâce à vies interviews enregistrées à Montréal ou en lu rope.Stockhausen lui-même s'est expliqué sur sa compréhension de la musique d’aujourd’hui.LA SEMAINE À RADIO-CANADA Ces jours-ci, le musicien allemand donnait une série de conférences et de concerts à Montréal.Des centaines de personnes, musiciens, élèves des écoles de musique ou simples amateurs de nouveautés sonores ont eu le plaisir d'entendre ce compositeur parler de sa conception de son art.Désormais, les traités de composition.les orchestres symphoniques et leurs instruments traditionnels.les règles sacrosaintes de la tonalité ou de la polytonalité sont relégués dans le monde des vieilleries et de la préhistoire.La musique ne se sert plus de tons et de demi-tons et de sons connus.La vie est riche de tous les chants du monde, ceux des instruments et ceux des oiseaux, ceux des machines et du martèlement des outils.La vie est faite de cris et de murmures, d'exclamations de joie et d'explosions île révolte.File s'exprime selon des modes logiques ou sous l'influence de la spontanéité.Ft l'interprète d une oeuvre musicale garde le droit d'accorder à sa sensibilité du moment la pièce écrite par un autre.Ainsi, l'oeuvre réalisée une fois se reproduit sous de nouveaux aspects; elle se recrée à chaque interprétation.Nos oreilles habituées à la musique traditionnelle ont fort à faire pour s'adapter a cette expression nouvelle; elles quittent un monde connu pour s'aventurer dans la jungle où il n'y a ni route pour se diriger, ni abri pour se reposer.Toutefois, ce monde nouveau ne nous est pas totalement inconnu, nous y retrouvons le murmure de la nature.le gazouillis des oiseaux et le chant des hommes et des prophètes.C'est bien ainsi, dans ce rôle de prophète, que nous voyons évoluer ce grand jeune homme blond aux yeux bleus, le visage attentif à la vie qui l'entoure.Depuis 1963, Stockhausen est directeur artistique du Studio de musique électronique de Cologne, professeur d'analyse et de composition en Finlande et il vient de nous quitter pour enseigner la composition à Philadelphie.Z y klus, que nous entendrons le 12 février, fut commandé en 1959 pour un concours de l'Institut de Darmstadt-kraniehstein.I crite pour percussion, avec un seul batteur, l'oeuvre est un « cercle » sans début ni conclusion.L'exécutant peut choisir son point de départ dans le dessin en spirale de la partition; il poursuit le cycle découlant de ce choix.Les instruments sont disposés en cercle au centre duquel le batteur évolue, d'une position à l'autre, dans le sens des aiguilles d'une montre.Des trois séries de Klavier-stuecke formant quelque 85 minutes de musique, nous entendrons les pièces VII et XL écri- tes respectivement en 1954 et 1956.et dédiées à David Tudor qui les interprète ici.Refrain pour trois instrumentistes fut écrit pour le Festival de Berlin en 1959 et dédié à Frnst Bruecher.Chacun des trois interprètes doit jouer de plusieurs instruments; au piano David Tudor ajoute les « woodblocks ».sortes de boîtes en bois qu'il frappe avec des baguettes; Karlheinz Stockhausen, au célesta, ajoute les cymbales antiques ou crotales; le batteur, Max Neue-haus, va du vibraphone aux cloches à vache et au carillon à clavier.Ajoutons un mot sur les deux interprètes mentionnés : David Tudor est né à Philadelphie en 1926.Après avoir fait des études complètes de piano, d'orgue et de composition, il fut successivement organiste au Swarthmore College et pianiste répétiteur au Contemporary Music School a New York.Depuis 1948.Tudor se consacre à l’exécution d'oeuvres modernes pour le piano.Il a participé en 1961 à la Semaine internationale de musique actuelle de Montréal.Quant à Max Neuehaus, il est diplômé de la Manhattan School of music.Durant plus d'une année.il s’est consacré à l'étude de Zyklus qu'il interprète avec une virtuosité surprenante.Noël Bisbrouck DU 8 AJ 14 FÉVRIER 1964 Pag* 7 opéra français et bailet Jacques Beaudry dirigera, à la télévision, un concert dont les interprètes seront les chanteurs Mady Mesplé, Gabriel Bacquier et Alain Vanzo et les danseurs Marina Svetlova et Oleg Briansky.¦ À riln/rt du concert du jeudi 13 février à l> h.30 du soir, le réseau français de télévision présentera quelques pages célébrés de la musique française, trois artistes de l'Opéra de Paris et deux danseurs applaudis partout dans le monde.C’est sur un extrait de l'oeuvre intituée /
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