La voix séfarad /, 1 mai 2004, Mai
üimée / Volume 4 ' Mu i 20047 IV YAK - SI VAN J7\rm U X X r- K> m Li.! ?vl =15 ct- en r x ro o 0 x m COMEDIE CAUMARTiN ^ ow.»c»«wiwecucwiw»iw Comment devenir! UNE MERE JUIVE | EN Af\ LEÇONS i PP400I 1565 COMMUNAUTE SEPHARADE UNIFIEE DU QUEBEC I, CARRE CUMMINGS • BUREAU 216, MONTREAL (QUEBEC) CANADA H3W IM6 T vS'-.s V y,ml CONEERENCES i EXPOSITIONS • SPECTACLES O/ ealtsez votïe ï le WmdjM de bal bistoïiques e Forfaits mariages cashers à partir aMl29.00$ (certaines conditions s'appliquent) ffmg wTél.! (5X4^393-3588 XÏÜO^j'jie Peel, Monti Visitez notre site' wi 33e année I Volume 4 SOMMAIRE MAU?HIM IMliMl (ONFfRfNŒS 4 EXPOSITIONS ?SPFCTJ ¦ppm Expositions 14 Théâtre jjmr Comment devenir UNE MERE JUIVE LEÇONS 20 Soirée rlenùale Pinhas 1a wfx 6 50 52 54 58 60 62 Les voies du désert Quinzaine Sépharade 2004 Une croisière culturelle, un dépaysement.Une programmation aussi riche que variée à travers l'atmosphère conviviale de la Quinzaine Communauté Nous sommes là pour vous aider Comment réagir en situation de crise quand nous sommes confrontés à la maladie de nos êtres chers Culture / f Eprouver le plaisir de l’Ecriture Une initiative originale pour inciter ceux et celles qui rêvent d'écrire en leur offrant des outils simples mais nécessaires à la concrétisation de leur talent Société Mieux diversifier vos placements Des conseils judicieux d'un spécialiste chevronné du monde de la finance afin de bien rentabiliser vos placements Israël U nwanted, U nneeded and under Arab control Une situation surréaliste frisant l'absurde : L’État d'Israël condamné systématiquement aux Nations Unies alors que d'autres pays qui ont beaucoup à se reprocher figurent au rang des accusateurs Israël 3e Congrès sépharade mondial à Jérusalem Un rassemblement international du leadership sépharade Monde Juif Les Rois catholiques y V» —» •« ^C, 7^\Z f -J —> ÿ ~J" f -{y»* m Cl» Sk Am.* FA n, ,rr.S p Le décret d'expulsion de 1492 : une page tragique dans l’histoire du judaïsme sépharade conçé&tiori' Boom Média - Dan Derhy (514) 803- — & /mums ite Web: WWW.D0COT3ph.com ! mririin tf^ir iün i Tél: (514) 341-332^gFax; (514) 34^7054^^ ,4190,de .Courtrai, Mtl (Qc), H3S 1C2 tf/m-AJ WmAsAAë WW»/ v s/rs/ff//// 'MiïêJfJ r/e rAtrfjoJ.sra time.WMeMû efA rv/'' •v 3ù « - m WjfÆ/J.J* ' j | fik y COMMUNAUTÉ SÉPHARADE UNIFIÉE DU QUÉBEC Tirait AVDA I, Carré Cummings - Suite 216 Montréal (Québec) Canada H3W IM6 Tél.: (514) 733-4998 Télécopieur : (514) 733-3158 Courrier électronique : info@csuq.org Internet : http://www.csuq.org http://www.lavoixsepharade.com Président de la Communauté : Ralph Benatar Directeur général : Robert Abitbol Comité de Rédaction : Annette Paquot, Roger Elmozino, Jean- Charles Chebat, Alain Klotz, Sophie Jama, Jacques Picard Ont collaboré à ce numéro : Elie Benchetrit, Karène Sauves-Uzan, Viviane Ohana-Sandler, Ralph Rimokh, Magali Sara Viaud, Actualité Juive, Jean-Charles Chebat, Mike Bensemana, Jean-Michel Rykner, David Bendayan, Sophie Jama, Yaacov Spitezki, Sylvia Assouline, Léa Soussana-Amar.Traitement de texte : Yvette Soussana Correction : Roger E/moznino, Viviane Léon, Sophie Jama English Proof-reading .Amanda Wener Photos .Archives CSQ et Aaron Buzaglo Infographie : Daniel Martel Impression : Impart-Litho Expédition postale .Joncas Postes Expert Responsable de la publication : Jean-Claude Léon, (514) 733-4998 poste 3149 Publicité .Frank Achache, (514) 812-9253 La voix sépharade, tirée à 5000 exemplaires, est publiée 5 fois par an.Les exemplaires sont acheminés par voie postale à Québec, en Ontario et dans le reste du Canada, aux États-Unis et à l’étranger.Abonnements (lan • 5 numéros) : Québec 26 $, Canada et U.S.A.: 36 $, Outre-Mer : 72 $.ISSN: 0704-5352 Dépôt légal aux bibliothèques nationales du Québec et du Canada.Courrier de 3e classe-Permis 4001 1565 Les lettres ou articles doivent être adressés au Comité de Rédaction, La voix sépharade I, Carré Cummings, bureau 216 Montréal, Qc.H3W IM6 E-mail : jcleon@csuq.org Sous peine d’être refusés, les articles ou lettres adressés au journal doivent mentionner le nom de l’auteur, son adresse complète et son numéro de téléphone.Aucun accusé de réception ne sera envoyé et les articles ou lettres non publiés ne seront pas retournés.Pour des raisons d’espace et de clarté, les articles ou lettres pourraient être réduits ou révisés.Convention de l a poste-publications n o 40011565 Retournertoutecorrespondancenepouvantétre LIVRÉE A U C A N A D A A U SERVICE DES PUBLICATIONS 123, RUE Sainte- Catherine, Montréal, Qc H3Z 2Y7 EDITORIAL Nouvelle vision, nouvelle mission Le mot du président Ralph Benatar Le numéro de La Voix Sépharade que nous vous présentons est consacré presque exclusivement à la Quinzaine Sépharade de Montréal, un événement culturel qui en est à sa 18e édition et qui promet à tous les montréalais et montréalaises de merveilleux moments d'émotion, de réflexion, mais aussi de détente et de convivialité.Je vous invite donc à contribuer, par votre présence assidue aux différentes activités, au succès de cette Quinzaine.Les hasards du calendrier communautaire ont fait qu'au lendemain de cette grande fête de la culture juive, le 7 juillet 2004, se tiendra l'Assemblée générale de la Communauté sépharade unifiée du Québec au cours de laquelle je passerai le flambeau à celui ou à celle qui assumera, un nouveau mandat au sein de cette nouvelle institution.Après trois ans passés au service d'un organisme qui est resté le terreau de rêves, d'espoirs et des réalisations de ceux et celles qui m'ont précédé, je ne peux m'empêcher d'éprouver une fierté certaine d'avoir fait partie de ceux qui ont forgé, grâce à leur engagement continu, le destin et l'histoire de cette communauté ancrée depuis des siècles à sa culture et à ses valeurs.Le rêve, partagé par tant d'autres qui m'ont aidé et soutenu dans cette tâche difficile, est devenu réalité, il n'est pas une fin en soi mais le début d'un long cheminement collectif.Il faut en effet comprendre qu'au-delà de la fusion de deux organismes, c'est une nouvelle vision communautaire que nous avons voulu inscrire dans les contours de ce que sera la communauté juive de demain et du rôle de plus en plus grand que sa composante sépharade sera appelée à jouer au sein des instances communautaires.Je suis convaincu que face aux défis de taille qui nous attendent, la CSUQ aura à remplir un rôle prépondérant dans le débat politique qui domine la vie de la communauté juive de Montréal dans tous les dossiers qui touchent aux instances communautaires.Je veux citer pour exemple le partage des responsabilités, l'aide à nos constituantes et à nos écoles, l'assistance aux personnes âgées et aux plus démunis.J'insiste également sur l'importance de la transmission de notre patrimoine culturel et de nos valeurs.Nous devrons également jouer un rôle plus actif au niveau décisionnel surtout en ce qui concerne les orientations sociales et politiques que la communauté juive aura à prendre dans un contexte actuel particulièrement difficile.Nous vivons, il est vrai, une période mouvementée de notre histoire, que ce soit en Israël ou en diaspora.Nous assistons avec stupeur à la résurgence des vieux démons de l'antisémitisme, ce fléau qui, sous son nouveau visage l'antisionisme, n'hésite plus à se manifester à visage découvert dans les espaces de liberté que sont nos démocraties.Nos valeurs de tolérance, d'ouverture et de partage, qui sont celles également de l'immense majorité de nos concitoyens canadiens et québécois, sauront triompher de la haine et de l'exclusion.la voix sépharade \ avril 2004 \ 5 ¦il_______________________________________________ Pourquoi cette étrange sensation sous laquelle nous avons baigné lors de la préparation de cette Quinzaine?Pourquoi avons-nous continué comme si.comme si rien n’avait changé?Et pourtant, ton ironie au coin de la bouche, ton bon mot aux moments critiques, ton regard quiet et rieur, nous ont terriblement manqué.Mais ta présence était omniprésence.Car, même lorsque nous étions loin de toi, nous savions que de ton côté tu t’appliquais aux mille et un petits détails auxquels personne ne pensait mais sans lesquels la machine ne pouvait fonctionner.Tu nous surprenais avec des initiatives, de l’imagination, des gags informatiques tout en étant l’homme de terrain efficace et aimable, laborieux et souriant, perfectionniste et rassurant, persévérant et conciliant, dévoué et enthousiasmant.Au cœur de chacun de nous, tu semblés être toujours présent.Inconsciemment, nous nous demandons intérieurement « ce que Jo aurait fait » car jamais nous voudrions te décevoir et voulons continuer à la hauteur de tes attentes.Jo, reçois avec amour et humilité la dédicace de cette Quinzaine « Les voies du désert».Tu nous as montré la voie et nous écoutons encore ta voix.Le comité organisateur Les voies du désert • Jo Gabay Les voies du désert Les voix du désert Les voies tracées par les voix Les voies inspirées par les voix que La Voix inspire Parce que le désert, mdbar, se lit aussi médabère : « parlant ».Si par la parole initiale Béréchit, La Voix a créé le tohu-bohu, c’est par la parole initiatique que La Voix, au Sinaï indique la voie de la rédemption.Si les voies du désert ce sont ces voies qui prolongent Béréchit et se connaissent comme provisoires, car elles ne font que mener à un relais, des voies qui font écho a Béréchit, des voies qui ne sont que prémices, projet.Si on garde en mémoire que le désert du Sinaï est aussi désigné par désert de Kadmout, désert de l’antérieur, parole de l’antériorité, de l’indifférencié, lieu de tous les possibles tout comme l’embryon, le ’Oubar, l’hébreu.Si la voix dans le désert c’est le rappel incessant que le monde d’aujourd’hui n’est qu’un lieu de désolation et d’aridité, un non-lieu.Si le désert du Sinaï, qui renvoie à Sin’a, « la haine »- haine de l’idolâtrie qui sacrifie aux idéologies et aux systèmes immuables, haine qui mène au sacrifice des enfants, haine qui voudrait sacrifier des civilisations.Si on se souvient que Sinaï est aussi appelé Horev, « destruction »’, destruction de l’ordre établi, fracture de l’ordre, même cosmique.Si on se souvient que La Voix s’élève et résonne au-dessus des cris de haine et des appels à la destruction.Si on n’oublie pas que ce désert est aussi nommé Midbar Kadèch, discours de sanctification, discours d’unification de toutes les valeurs, même contradictoires.Alors, les Voies du Désert sont celles qui mènent à Jérusalem, la ville universellement reconnue comme sainte, le lieu où toutes les voix de l’universel se font entendre.Le comité organisateur Max Benchetrit, David Bensoussan, Simon Garzon, Dolly Mergui et Jacques Sabbag Les professionnels • Brigitte Danino - Coordinatrice QS • Élie Benchetrit - Coordinateur relations publiques • Esther Benzaken - Assistante Le comité de rédaction du numéro spécial de la Quinzaine Sépharade 2004 Élie Benchetrit, David Bensoussan, Joelle Elmalan, Linda Halfon, Sophie Jama, Dolly Merguy Joseph Alloul 1943 • 2003 6 | mai 2004 | la voix sépharade Message • Madame Michelle Courchesne Ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration Je suis heureuse d'être la marraine de la 18e édition de la Quinzaine Sépharade et de me joindre à vous tous pour deux semaines de célébration qui nous permettront de mettre en lumière toute la richesse, le dynamisme et la diversité de la culture juive, particulièrement dans sa dimension francophone et sépharade.Sous le thème « Les voies du désert », divers événements - forum, théâtre, cinéma -organisés dans le cadre de la Quinzaine Sépharade, nous ferons découvrir non seulement l'apport, mais également l'héritage et les traditions de la communauté juive, d'origine sépharade.Une communauté bien intégrée au Québec et qui exerce son influence dans de nombreux domaines.Je souhaite que cet événement permette de développer des liens encore plus étroits entre les Québécoises et les Québécois de toutes origines en plus de contribuer à lutter contre les préjugés.Bonne Quinzaine Sépharade! Messages des Présidents S’il fallait définir la Quinzaine sépharade autrement que comme une manifestation culturelle parmi toutes celles qui occupent le paysage montréalais, j’opterais plutôt par qualifier celle-ci comme étant l’affirmation d’une identité ancestrale ancrée au plus profond du patrimoine juif et qui n’a cessé de traverser l’espace et le temps en s’enrichissant de nouveaux courants sans pour autant renoncer à ses racines.This marvelous expression of Jewish culture is driven by gifted and well-known artists and creators.Thus the « Quinzaine » through the ganut of its artistic and literary activities, will be at the forefront of Montreal’s cultural scene for more than two weeks, I invite all montralers to be present and participate in this very special event, one of meeting and sharing.La Quinzaine sépharade, fidèle à sa vocation d’être un espace d’échanges et de dialogues interculturels, s’est choisi cette année une thématique bien originale.Ce n’est point un hasard en effet, si les organisateurs de cette importante manifestation de la culture juive à travers sa dimension sépharade et francophone ont opté pour Les voies du désert.A travers le faisceau de l’histoire, nous constatons que le peuple juif, ne s’est constitué en nation qu’à la suite de la traversée d’un désert, le Sinaï, un parcours jalonné d’épisodes tour à tour dramatiques et tout aussi marquants.Ce passage obligé permettra à ce peuple sorti de l’esclavage, de se forger une identité qui n’a cessé constituer dès lors le fondement de son être ancré dans son passé historique certes mais également projeté vers l’avenir.Les Voies du désert seront également celles que nous emprunterons lors de cette Quinzaine pour nous ressourcer auprès des artistes et des conférenciers, mais aussi pour faire découvrir à l’ensemble de nos concitoyens, afin de mieux la partager, une culture plusieurs fois millénaire et toujours en mutation.Je me saisis de cette occasion pour adresser aux organi-sateurs de cette Quinzaine, mes sincères félicitations ainsi que mes meilleurs vœux de réussite.Message du Comité Organisateur Le désert se trouve à la convergence de nombreux thèmes du judaïsme et de l’actualité.La sortie d’Égypte, l’errance dans le désert, le repeuplement moderne du désert du Néguev, sont des sujets dont les ramifications touchent notre fibre identitaire et qui, nous le découvrirons au cours de cette Quinzaine, ont des résonances qui ne finissent pas de nous étonner.La Quinzaine est une rencontre festive avec nos écrivains, nos artistes et nos créateurs dans un esprit de fête et d’amitié.Encourageons-les par notre présence et notre engagement.Qu’il nous soit permis de remercier le public des fidèles de la Quinzaine qu’il est toujours valorisant de desservir.Jack Hasen Coprésident ~ — Marc Kakon, Coprésident Ralph Benatar Président de la CSUQ la voix sépharade j mai 2004 | 7 nann r- '¦SfÇkrtV -aJÊÊÊ I ïïjufîwvs?¦H mai 2004 la voix sépharade De la couleur à la lumière, du lyrique au fantastique, de l’humain au divin, ce peintre mystique nous fait partager son voyage intérieur, oscillant entre le réel et le spirituel.Issu d’une famille profondément croyante, Yoël Benharrouche naît à Beersheva en 1961.Il grandit à Ashdod où, déjà passionné par les Ecritures, il fréquente les centres d’études bibliques.De 1974 à 1993, il parfait sa formation artistique aux Beaux-arts de Nice et enseigne le dessin tout en poursuivant des études talmudiques.Ses premières toiles laissent entrevoir une intériorité tendue vers l’Absolu.L’artiste est à la recherche d’une esthétique nouvelle pour exprimer sa vision mystique de l’homme et du monde.D.A.: J’ai vu vos toiles etj’ai été éblouie par la lumière.J’ai lu un de vos écrits, et j’ai été bercée par sa poésie.J’ai reçu votre message, et j’ai été emportée par votre envolée « mystique ».Il y a quelque chose de religieux dans vos œuvres.Qui êtes-vous : un peintre, un poète ou un mystique?Y.B.: Définis sons d’abord ces choses-là.Je suis un homme qui cherche à dévoiler, à transcrire ce que je suis à l’intérieur, c’est-à-dire à ne pas trahir mon identité la plus profonde et, dans ce sens, je suis plus « relié » que religieux.Le mot « religieux » me gêne un peu.}e suis plutôt dans la liaison que dans la religion.Et je suis un homme pratiquant.D.A.: Vous êtes donc relié à l’univers, au cosmique?Y.B.: Aussi, oui.]e pense qu’il y a un lien avec le monde tout en- tier mais j’essaie de me relier à mon identité la plus profonde, c’est-à-dire au degré Israël qui est en moi.D.A.: Votre identité profonde est-elle toujours reliée à Israël, à l’identité juive?Y.B.: Toujours.Que ce soit Israël au niveau du peuple, au niveau de la terre ou au niveau de sa Torah, donc toutes ces formes d’Israël.Je ne conçois pas le judaïsme sans l’un des trois.D.A.: Comment êtes-vous relié à la peinture?La peinture est un moyen d’expression de tout ce sentiment, de toutes ces visions intérieures que j’ai, de l’élévation de la matière vers l’esprit.C’est la manifestation des capacités de l’homme à dévoiler le divin qui est en lui.D.A.:Quand avez-vous ressenti l’appel de la peinture?Y.B.: En fait, ce n’est pas quelque chose qui a un commencement.C’est toujours là et ça a toujours été là depuis que je suis né.J’ai juste développé ce qui était naturel en moi.D.A.: Comment pourriez-vous décrire votre peinture, votre art?Serait-ce une prolongation de vous-même?Y.B.: Oui, exactement.C’est une force qui pousse à dévoiler, à mettre en relief, avec des matériaux ce que je suis au plus profond de moi-même.Mon art et ma vie ne font qu’une seule et même chose.Je ne suis pas artiste et autre chose.Je suis artiste en même temps qu’étudiant de nos textes.C’est indivisible.Je peux exprimer mon judaïsme par la parole, par l’écrit ou par l’image.Ainsi, lorsque je peins, je transcris ma pensée en peinture; lorsque je donne des cours de judaïsme, je la transmets par la parole et lorsque je fais autre chose, je l’exprime par un autre conduit.Donc, il y a toujours un canal par lequel cette force intérieure doit sortir et sort.D.A.: Dans vos toiles, vous dessine^ souvent des mains suspendues qui sortent, on ne sait d’où?Y.B.: Oui.Et c’est là où je pense être peut-être différent : tous mes thèmes sont reliés à l’étude de la Cabale et de la partie cachée de la Torah.Les mains représentent le monde de l’action où l’homme doit agir.Ainsi, lorsque la main monte au-dessus de la tête, c’est qu’elle a atteint un degré de pensée, de confiance.Lorsque la main porte un pot de fleur, c’est qu’elle a agi dans ce sens où l’homme s’est préparé comme un ustensile prêt à recevoir certaines abondances qui descendent du ciel comme des fleurs ou des fruits.Donc il y a toujours des thèmes récurrents représentant des degrés qui nous amènent à d’autres niveaux ésotériques.D.A.: Y a-t-il des thématiques qui vous préoccupent?Y.B.: C’est la vie, tout simplement.Peu importe le sujet, tout parle de la même chose.J’essaie d’être celui qui relie tous les degrés.S’il y a des fruits dans mes toiles, il y a des mains et il y a parfois des animaux, il y a beaucoup d’hommes, surtout des femmes qui représentent toujours un message plus profond.La femme est comme un écran cinéma qui va révéler le film de la vie.Chaque fois que je veux faire passer un message, « j’utilise » le dessin d’une femme, parce que la femme représente l’assem- YOELBENHARROUCHE ou le pinceau de l’âme A **5â*»ÉÊÊÈlÊtËËÊÊmÊKÊiËÊm V •¦'•:¦'¦; blée d’Israël, qui est comparée à une femme dans le Cantique des cantiques et dans la Cabale.Si je veux traiter le fait que Dieu nous envoie de l’abondance sur Terre, je vais faire porter à cette femme des fruits, et si je veux montrer que ces fruits sont des fruits spirituels, je vais peindre cette pomme ou cette poire en bleu.Si je veux montrer que la femme va faire elle-même l’effort de se réveiller pour élever son état naturel vers l’esprit, alors je vais faire une forme au niveau de cette femme qui va être comme un élan vers le ciel.Donc c’est toujours un thème, des codes, que j’essaie de transformer, de manifester en forme de matière plastique, de construction vers le haut de la toile, vers le bas, à droite et à gauche, des couleurs chaudes, des couleurs froides qui sont des liens entre le ciel et la terre, entre l’esprit et la matière.D.A.: Quand vous peigne% est-ce que votre main obéit à votre cerveau?Y B.: C’est la plus grande chose qui puisse exister, que la main soit le lien direct avec le cerveau et que la main « ne mente pas ».Au moment où on arrive à ce degré, que l’acte est une suite logique et authentique de son esprit, je pense qu’on a gagné.Si on n’arrive pas à s’exprimer, c’est qu’il y a un décalage entre l’être et le paraître.Réduire l’écart entre les deux entraîne la guérison de l’homme, de son corps, de son être et de son âme.Dominer ses actes comme dominer sa parole, c’est le plus grand cadeau qui puisse exister ou le plus grand degré que l’homme puisse atteindre.Je veux dire en hébreu advaï, que Dieu fasse que j’arrive à ce que ma main soit la suite de mon esprit.D.A.: La créativité ne consiste-t-elle pas à se laisser aller devant la toile?Y.B.: Ce n’est pas tout à fait vrai car le laisser-aller peut mener à des directions diverses.Le vrai laisser-aller, c’est lorsque la main se laisse guider par ce que je suis véritablement.Surtout ne pas faire rentrer dans ce que je suis en train de peindre des éléments étrangers à ce que je suis.Ne pas mentir, j’appelle cela ne pas mentir : ne pas aller chercher une idée qui n’est pas moi, pour me rassurer.Et si je fais ça à l’intérieur d’une toile, il y a quelque chose qui ne va pas parce qu’il y a cet élément qui vient se rajouter sur l’essentiel.C’est comme appliquer une poche en plus sur un beau vêtement pour masquer un manque.J’ai du mal avec ça, il faut que la toile et l’œuvre soient authentiques au maximum.Bien entendu, c’est quelque chose d’extraordinaire à faire qui est très difficile, mais il faut toujours tendre vers ce degré-là.D.A.: Je vous cite : « .Lien invisible et indestructible.la corde se transformait en pinceau, je le tenais très fort entre mes doigts, il dessinait sur la toile des formes apprises dans mes voyages intérieurs, dans les profondeurs de mon âme, dans les secrets de ton livre.Ma main se dirigeait seule, ton énergie la commandait.Des lettres majuscules se dessinaient, ton message m’était enfin révélé, ton unité est amour.» Donc en fait, la peinture, l’art.Y.B.: C’est le pinceau de l’âme.Cette forme de dévoilement des choses que je connais intérieurement, que j’ai déjà reçue, que nous avons tous reçue.Le Talmud dit dans le traité de Nida que l’enfant dans le ventre de sa maman reçoit déjà tout, toute la lumière.En arrivant au monde, on a tout simplement oublié et il faut se souvenir.Et toute la vie est un grand souvenir, une quête du souvenir pour essayer de ressortir tout ce que nous avons déjà reçu naturellement.C’est pour cela que l’année juive commence par un jour qui s’appelle «yom hafikaron », le jour du souvenir, Rosh Hachana.D.A.: Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posée et que vous aimerie^ que je vous pose?Y.B.: « Quel est le but de votre peinture?» Pour moi la peinture c’est avant tout un message, une direction de pensée, j’allais dire une « éducation ».Par la peinture je dois faire passer non seulement une image mais l’esprit.L’esprit de ce que je dois dévoiler d’authentique et d’important à des gens qui ne viendront jamais écouter un message parlé mais qui viendront volontiers écouter un message visuel.L’art facilite le lien entre les hommes et j’utilise ce cadeau que j’ai reçu du ciel pour montrer à l’homme qu’il doit revenir à sa nature la plus vraie, la plus profonde.J’aimerai que ceux qui viennent voir mes toiles puissent repartir (même sans avoir acheté) avec le sentiment que quelque chose s’est passé ce soir-là dans leur vie, quelque chose qui a transformé leur vie parce qu’enfm ils se posent des questions sur ce qu’ils doivent dévoiler : qui sont-ils, que font-ils, de quelle matière spirituelle sont-ils formés?À partir de là, qu’est-ce qu’ils doivent dévoiler eux-mêmes à leur tour?Et si j’ai été le moyen de ce déclic, de ce lien, de cette ouverture, alors j’ai gagné mon travail.D.A.: Quelle est cette vraie nature qui doit être dévoilée?Y.B.: Justement, cette vraie nature qui est très profonde, qui est au-delà de l’homme.C’est une nature qui se situe dans le degré d’un peuple.Ce n’est pas une nature privée, individuelle, égoïste mais une nature proche du degré du divin, de l’infini et de l’intérieur de nous.Nous appelons en hébreu « néchama », traduit par « l’âme » mais qui est beaucoup plus grand que cela.Lorsqu’on arrive à toucher cette essence, on s’aperçoit que l’infini est en nous et que l’infini nous a donné l’infini à l’intérieur du fini.En d’autres termes, notre corps, qui est fini et apparemment limité, est rempli de cet infini.Ce mira-cle d’associer l’infini et le fini dans un corps humain est extraordinaire.Ce qui me pousse à dire que le corps n’est là que pour dévoiler cet infini, mais que ce corps joue un rôle très 'important parce qu’à travers l’art plastique, en l’occurrence une toile, il va révéler un message plus profond.Et ce message, encore une fois, c’est cette notion d’Israël avec tout ce que cela représente.Pour dévoiler tout ça, il faut des années et des années d’études, mais en tout cas c’est un point de départ, une prise de conscience.Dès lors qu’un homme prend conscience de qui il est dans son essence, toute sa vie à venir change.Parce qu’en réalité, il ne peut plus voir les choses de la même manière; il y a une puissance très forte qui s’installe et qui le gère autrement.Propos recueillis par Dina A^uelos la voix sépharade | mai 2004 | 9 MAXIME BEN HAIM ou le devoir de mémoire Maxime Ben Haïm s’engage très tôt dans l’aventure de la peinture marocaine.Formé à l’Ecole des arts décoratifs de Paris où il se spécialise en publicité puis en illustration, il participe à de nombreuses expositions avec ses amis peintres marocains.En 1979, il s’installe à Montréal où il fonde un studio de publicité.Mais la peinture devient au fil du temps sa principale activité.Fa peinture de Maxime Ben Haïm est une galerie d’images où se niche la mémoire de la communauté juive du Maroc, deux fois millénaire, dispersée par les vents turbulents de l’Histoire.D.A.: Comment vous est venu le goût de la peinture?M.B H.: Très tôt, j’ai eu le goût de dessiner.C’était un don, paraît-il.A 17 ans j’exposais déjà avec mes amis peintres marocains, et je faisais partie officiellement de l’aventure de la jeune peinture marocaine.Je n’ai jamais voulu être peintre.Je trouvais cela irréaliste et quelque peu farfelu.Cette destinée ne cadrait pas avec mon éducation.J’ai donc fait des études sérieuses à Paris, à l’Ecole des arts décoratifs, où j’ai appris les métiers de la publicité que j’ai pratiqués à Casablanca, à Paris et ici même à Montréal.De temps en temps, presque en cachette, je m’adonnais à la peinture comme à un vice.Vers la cinquantaine, la passion de peindre s’est imposée à moi et j’y ai plongé corps et âme.La peinture est devenue désormais le centre de mon activité, le moyen d’exprimer le monde intérieur que je porte.D.A.: Votre peinture est reliée à un espace et à un temps précis.Vous décrivez des femmes juives d’un temps révolu, des hommes d’autan vêtus d’habits traditionnels.Vous évoquez les ruelles sombres, les terrasses ensoleillées du mellah de Meknès où vous avez grandi.Il semble que le thème principal de votre peinture soit l’exaltation du souvenir de ce monde disparu.Comment expliquez-vous cette obstination à vouloir remonter le temps?M.B H.: Il serait simpliste de répondre que la nostalgie, l’exil ou la perte de l’enfance sont les seuls motifs de cette obstination à plonger dans ce passé.En vérité, c’est une question qui me taraude sans que je trouve une réponse satisfaisante.En effet, pourquoi me suis-je senti investi de ce devoir de mémoire?Pourquoi cette obstination?C’est un mystère pour moi.Mais c’est aussi le mystère de l’inspiration qui me dicte l’esprit de mes peintures.D.A.: Pensez-vous due tous ^es &ens communauté partagent ce sentiment qui vous inspire si fort?M.B H.: Non, je ne le pense pas.Nombreux sont ceux qui ont tourné la page de leur passé marocain.Et c’est légitime.Peut-être après tout, ne gardent-ils pas de si bons souvenirs.À ces gens-là, j’aimerais offrir de découvrir ma peinture comme la démarche artistique qu’elle est aussi par ailleurs.D.A.: Ou’y a-t-il de vécu dans votre peinture, dès lors qu il apparaît que vous n’utilisez n* modèle ni documents photos?M.B H.: Il n’y avait rien de vécu dans cette peinture.Les lieux et personnages étaient purement imaginaires jusqu’au jour où je vis apparaître un personnage que je reconnaissais.Mon grand-père Salomon était là.C’était bien lui, penché sur son livre, prenant le thé, allant à la prière.Je le mis en scène, lui inventant un passé que je supposais sien, le faisant évoluer dans des décors oniriques inventés de toutes pièces.Je n’utilisai ni photos ni documents pour m’inspirer.Il faisait désormais partie de mon imaginaire au même titre que ces femmes et ces lieux que j’avais créés de mémoire.D.A.: Quels sont vos peintres préférés?Ont-ils une influence sur votre peinture ?M.B H.: Picasso, qui a marqué son siècle, est un maître prodigieux.Ce diable d’homme m’a toujours donné l’impression désagréable d’avoir tout trouvé.Mais il y a un peintre contemporain, beaucoup moins connu, Zoran Music, dont les harmonies picturales m’ont interpellé.Son intensité et son intériorité m’ont beaucoup inspiré.D.A.: Votre peinture peut-elle prétendre à une certaine universalité?M.B H.: Qu’est-ce que l’universalité?Est-ce la façon de regarder une œuvre et d’oublier qu’elle représente quelque chose de déterminé?D’oublier son contenu folklorique et de voir au-delà de cette étroite définition ce qu’elle contient d’universel par les sentiments qu’elle provoque?Ma peinture, je veux l’inscrire dans la composante d’une mémoire historique que je partage avec ma communauté.Le sentiment de cette histoire est universel.Oui, ma peinture pourrait prétendre à une certaine universalité.D.A.: Comment concevez-vous la suite de votre carrière?A.vez-vous envie d’aborder d’autres thèmes?M.B H.: Je suis en pleine période de réflexion.J’ai l’intuition d’avoir terminé un cycle avec cette thématique sur les Juifs du Maroc.Je projette de faire un livre d’art avec cette série de peintures accompagnées de textes d’écrivains sépharades que j’ai déjà approchés et qui se sont montrés intéressés par ce projet.Par ailleurs, en parallèle à ce thème obsédant de la mémoire des Juifs du Maroc, j ai toujours travaillé à d’autres peintures qui sont plus du domaine de l’intime nus, natures mortes, autoportraits que je me propose d’exposer ultérieurement.En ce qui concerne l’évolution de ma peinture, j’ai toujours considéré l’abstraction comme la forme la plus ultime de la peinture.Faire de l’abstraction, c’est comme entrer en religion.Il faudrait dire adieu à l’image et à toute expression de la réalité.J’ai l’intention d’ouvrir un atelier de dessin et peinture qui me permettrait de transmettre cette longue expérience acquise et, qui sait, peut-être d’éveiller des dons artistiques jamais exprimés.D.A.: Maxime Ben Haim, vous avez su recréer dans votre peinture des personnages ancestraux qui réveillent en nous des émotions profondément enfouies dans notre mémoire collective de juifs du Maroc.1 'os tableaux nous parlent et nous émeuvent.Ils nous regardent droit dans les yeux et nous racontent notre histoire, notre famille, nos racines.Ils sont un leg pour la postérité et, dans ce sens, vous avez réussi votre devoir de mémoire.Merci.Propos recueillis par Dina Azuelos fsC ^ I 0 | mai 2004 \ la voix sépharade ¦ ¦ ' , -, : , '.vi'ÿ; i,-' üm.LES MAINS D'OR Cette exposition, initiée par le Comité des Beaux Arts de la Quinzaine Sépharade met en lumière les créations d'artistes joailliers et de sculpteures.Sally Goodfriend, sculpteure et peintre, est très inspirée par le désert qui est une cons-tante dans son œuvre.L'expérience vécue en Israël dans un kibboutz situé dans le désert d'Arava lui a permis d'établir une connexion très forte avec l'art et la nature.Son inspiration prend racine à la fois dans l'archéologie et l'andiropologie.Nicole Elarar aborde la sculpture en autodidacte et travaille la pierre de manière instinctive.Formée ensuite aux techniques de la sculpture par Jerry-Lee Czerny puis par Alberto Replanski, elle produit depuis lors de nombreuses pièces.Alain Assor, « ébéniste de la bijouterie », comme il aime à se définir, crée meubles et bijoux en utilisant une technicité de pointe.Monique Dahan, sculpteure-joailhère, propose des pièces uniques et spectaculaires.Marc Ifrat est un artiste de la minutie, de la finesse et de la précision.Rally Lévy, créatrice, est passionnée par de multiples formes d'art : sculptures inspirées de l'art inuit et bijoux provenant de sa collection privée.Georges Schwartz, remarquable par l'originalité de ses créations, jouit d'une grande notoriété, confirmée par l'acquisition de plusieurs de ses œuvres par le Musée des Beaux Arts de Montréal.Parmi ses réalisations les plus prestigieuses, figure la broche offerte par le gouvernement du Canada à l'occasion du mariage de Lady Diana Spencer avec le Prince Charles.Ralph Sultan, quant à lui, perpétue les traditions en apportant une touche très personnelle et très novatrice à son travail.Le public pourra acquérir ces pièces exceptionnelles lors de cet évènement qui alliera origina-lité et raffinement.Joelle Elmalan CLIN D'OEIL SUR QUELQUES ARTISTES SÉPOARADES DE MONTRÉAL « Aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années ».Cette fameuse réplique du Cid pourrait aussi bien s'appliquer aux membres du Bel Age de la Communauté Sépharade unifiée du Québec et à leur implication dans la Quinzaine sépharade.Ce vivier d'artistes et de créateurs reste pour nous une source d'émerveillement tant par l'originalité des œuvres présentées que par la sensibilité qui s'y dégage.Nous pénétrons à travers les peintures à l'huile, à l'acrylique, les sculptures, les bijoux , les poteries, dans un univers où le rêve épouse la réalité et vice-versa.Un univers de magie surgit de chaque oeuvre, une émotion particulière se dégage de chaque paysage, une histoire se cache derrière chaque objet et ceci nous rappelle que chacun d'eux a une âme.Nous vous invitons fortement à y assister afin de lancer un clin d'oeil admiratif à ces éternels poètes, à ces artisans du rêve, et leur murmurer qu'ils sont l'âme de notre communauté et les gardiens de notre mémoire.Car assister à une Quinzaine sans la partici-pation des artistes du Bel Âge serait comme admirer une femme qui ne serait que belle.L’exposition aura lieu à la cour centrale du Mail Cavendish.L'Espace Rencontre • Dans le cadre de la Quinzaine Sépharade, un artiste audacieux et inspiré nous propose une exposition remarquable.Max Benchétrit, sculpteur, peintre et membre actif du Comité des Beaux Arts de la Quinzaine Sépharade, a « revisité » le thème du désert de façon singulière et novatrice.En collaboration étroite avec Simon Garzon, docteur en microbiologie, féru d'histoire judaïque et Emile Patiente, architecte de formation, investi dans la conception artistique et technique de ce projet.Ce dernier a d'ailleurs réalisé de superbes vitraux pour la synagogue Or Hahayim de Montréal.Face à la salle Kellert, dans un cadre convivial - l'Espace Café - le public va découvrir cette création qui est composée d'une étoile de David traversée en son centre par un large passage.L'intérêt majeur de cette œuvre est que, quel que soit l'angle sous lequel on l'aborde, on peut y déceler une « écriture symbolique » de notre histoire.La sortie d'Egypte des Flébreux guidés par Moïse, les douze tribus d'Israël, la tragédie de la Shoah et le départ des survivants, portés par l'aventure de l'Exodus vers une « terre promise ».Le Café Rencontre nous réunira encore cette Quinzaine pour des échanges autour d'une table, d'une pâtisserie ou d'un sandwich avant ou après les spectacles, dans un décor qui vous surprendra.Moment de détente et d'intimité avec nos invités d'ici et d'ailleurs, ceux que nous aimons rencontrer en toute simplicité.la voix sépharade | mai 2004 | / / En direct de France ?MICHEL BOUJEIUH aÊssittL Entretien avec Michel Boujenah Né à Tunis, Michel Boujenah émigre en Trance avec sa famille à l'âge de 11 ans.Très jeune, il décide d'embrasser la carrière de comédien, fonde sa propre troupe et joue dans des cafés-théâtres.Dans les années 80, il triomphe sur scène en tant qu'humoriste avec ses one-man shorn.En parallèle, il entame une carrière cinématographique.E'évocation de la mémoire personnelle de Michel Boujenah arrive à rejoindre un public de toutes origines et de toutes tendances.L.H.: Il y a plus de vingt ans, à la Quinzaine Sépharade de Montréal, vous nous faisiez découvrir «Albert » ; vous étiez alors un jeune auteur humoriste à l'avenir prometteur.Depuis, vous avez connu le succès.Cela vous fait quoi d'être à nouveau parmi nous?M.B.: Je suis très content.J'adore cette ville.J'ai beaucoup d'attaches avec la communauté juive de Montréal.bien que je ne sois pas d'origine marocaine; je sais que la grande majorité d'entre eux vient du Maroc! Je suis très touché que l'on m'ait demandé de venir.L.H.: Vous avez contribué à faire connaître un peu mieux à la société française, les Tunes, La Goulette, Khérédine.Vous venez de le préciser, la communauté sépharade francophone de Montréal est principalement marocaine.Pourriez-vous leur en dire un peu plus sur ces « juifs tunisiens arabe français »?M.B.: Je parle, en règle générale, des Juifs Sépharades mais bien sûr j'ai une sensibilité tunisienne.Vous savez, on dit que les Algériens sont des guerriers, les Marocains des princes et les Tunisiens des femmes.On est la douceur même.On aime et on a besoin d'etre aimé.Je crois que c'est ce qui nous caractérise.Nous sommes, comme les Marocains, très attachés à la préservation de notre culture.L.H.: À ce propos, en regardant vos spectacles, en vous écoutant, vous semblez nous dire « n ' oubhe^j am ai s qui vous êtes! » Garder les traces du passé et transmettre aux enfants l'héritage culturel est pour vous une priorité.Gomment expliquez-vous ce besoin de mémoire, cet attachement si fort à vos racines?M.B.: Il ne faut jamais oublier d'où on vient si on veut savoir où on va.Sans ses fondations et ses racines, on n’est rien.Après quarante ans passés en France, la Tunisie est pour moi ma ville natale, elle coule toujours dans mes veines.Cependant, il ne faut pas devenir passéiste.Faire un retour hystérique et complètement aveugle sur le passé est dangereux.On ne doit pas refuser la modernité, son nouvel avenir.On ne peut pas rester là d'où l'on vient; il faut aller vers là où l'on doit aller.On n'est pas mieux que les autres mais on n'est pas moins bien non plus.Arrêtons de nous sentir inférieurs aux autres; on est ce que l'on est et on est bien ainsi.L.H.: Vous reprenez ^es Magnifiques dans une nouvelle version.Vingt ans après, comment se portent nos trois grands-pères tunisiens, Maxo, Julot et Guigui?Arrivent-ils à s'adapter?M.B.: Beaucoup plus mal qu'il y a vingt ans! A cette époque, lorsque j'ai écrit et joué Les Magnifiques, il existait déjà un conflit, une séparation entre les enfants, les parents et les grands-parents.Mais aujourd'hui, ce clivage est encore plus important et demande une plus grand force d'adaptation ce qui est loin d'être évident.Imaginez! Vanessa, âgée de 15 ans et demi a un copain, Vincent.Elle dit à sa grand-mère, Simone Boutboul, 78 ans : « Mémé, je ne sais pas si j'ai maîtrisé avec Vincent le rapport de transfert que j'avais par rapport à mon père.Je me demande si Vincent est un objet transitionnel, un doudou, est-ce que c'est une relation compulsive?Est-ce que je suis avec lui parce que je l'aime ou parce que j'ai peur d'être seule.Je 12 | mai 2004 | la voix sépharade LB NOUVEAUX MAGNIFIQUES vais te dire, mémé, si je n'arrive pas à me remettre en cause, à l'âge que j'ai, je suis une femme foutue! » Et, ça se passe dans la rue! « Mémé pourquoi tu es assise sur le trottoir?Je préfère, va, va, continue à réfléchir; tu le fais très bien.Moi, je vais rester un petit quart d'heure ici.» Ensuite, la grand-mère, toute bouleversée, rentre chez elle et regarde dans les yeux son mari, Julot Boutboul avec qui elle vit depuis 49 ans.Elle se dit : « Avec celui-là, est-ce que j'ai maîtrisé le rapport de transfert que j'avais par rapport à mon père?Est-ce que Julot Boutboul est un objet transitionnel, un doudou?Est-ce que je suis avec lui parce que je l'aime ou parce que j'ai peur d'être seule.J'ai peur d'être seule! » Ou bien encore, Martine, la fille aînée de Guigui lui annonce quelle est enceinte de 5 mois.Le père fait le traditionnel Youyou et lui demande : « Tu te maries quand?» Elle lui répond : « Il n'y aura pas de mariage car il n'y a pas de père; je l'ai fait toute seule ce bébé, in vitro.» Et le père dit : « C'est pas grave, je suis d'avant-garde.» Vous voyez, il faut vivre avec son temps.mais il faut le faire toujours avec beaucoup d'humour.L.H.: Vous connaissez la blague de la mere juive qui se promène avec ses deux enfants?Quelqu'un lui demande l'âge de ses bambins.Elle répond « le docteur va avoir quatre ans et l'avocat, deux ans et demi ».Vous ne vouliez être ni médecin ni juriste, comment votre maman a réagi lorsque vous lui avez dit que vous souhaitiez devenir artiste?M.B.: En fait, je voulais devenir médecin comme mon père mais j'ai préféré faire du théâtre.Ma mère était contente parce que c'était son rêve caché.Mon père, par contre, était très inquiet et c'est normal.Quant à mon grand-père, il voulait me frapper.Mais dans l'ensemble, c'était plutôt bien accepté globalement.L.H.: Aujourd'hui, en plus d'être sur les planches avec votre one man show, vous êtes passé derrière la caméra.Si la finalité est la même, raconter des histoires qui nous font à la fois rire et pleurer, la démarche est bien sûr différente.Parlez-nous de votre premier long métrage.Est-il facile de passer d'un travail en solitaire à un travail d'équipe?M.B.: Cela n'a pas été facile.Le travail en équipe m'a toujours attiré mais je n'y étais pas habitué.C'est très différent et très dur mais cela m'a passionné.À travers ce film, j'ai voulu dire la chose suivante : profitons des gens que l'on aime avant qu'ils ne disparaissent.On marche vers l'avenir, on a sa vie mais on doit, avant tout, prendre le temps pour les siens : les écouter, leur parler avant qu'il ne soit trop tard.Il faut dire à son père ce que l'on a sur le cœur avant qu'il ne meure, lui crier son amour et même la haine que l'on porte.L.H.: Vous avez déjà participé au Eestival du Rire de Montréal, comment trouvez-vous le public québécois?M.B.: Je le trouve super.Je me suis toujours très bien entendu avec le public québécois et j'espère qu'il viendra nombreux aux représentations que je donnerai, dans le cadre du Festival Sépharade de Montréal, les 5, 6 et 7 juillet prochains.Je les attends.Propos recueillis par Einda Pîalfon la voix sépharade \ mai 2004 | / 3 COMMENT DEVENIR En direct de Paris -y » .Um comédie de Paul Entretien avec Ludivine de Chastenet Ludivine de Chastenet est une toute jeune actrice de théâtre.Hile s’est initiée au Cours Simon et s’est formée dans le Cours de Jean Périmony.Hile a joué dans plusieurs pièces dont Le Procès de Kafka en 1997, Cuisine et dépendance de Bacri et Jaoui en 1998.Depuis 2001, elle tient le rôle principal de Comment devenir une mère juive en dix leçons de Paul Fucks, dans une mise en scène de J-P Ba—jconi.S.J.: Pour être une mère juive, il semble qu’il soit inutile d’être mère et inutile d’être juive?L.de C.: Avec l'auteur de la pièce, nous traitons la chose comme un concept.C'est le concept de la mère possessive, très bien illustré par les mères méditerranéennes.Elle se caractérise par une présence absolue et continuelle, un amour exacerbé.Elle a un œil sur tout, sur ses enfants principalement.Elle s'immisce partout, elle est toujours là.S.J.: Est-ce que, en tant que femme, et peut-être mère, vous vous reconnaisse^ un peu en elle si L.de C.: Je ne suis pas encore mère, mais ma mère et ma grand-mère sont vraiment des mères juives.Et j'ai bien peur de l'être aussi, avant même d'être mère.Dans la pièce, la mère régit la famille.Elle décide de tout.Elle est omniprésente.4 2004 la voix sepharade mai S.J.: La pièce a connu quelque 300 représentations en 2001.À quoi attribuez-vous un tel succès?L.de C.: Nous en sommes à plus de 850 représentations aujourd'hui! Le succès vient en grande part du titre qui fait sourire.La mère juive est un concept universel.Et l'écriture de la pièce est très bien organisée.On a tous les ingrédients du succès.Dany, le fils d'une trentaine d'années, fait une conférence devant des personnalités, et il voit sa mère COMÉDIE CAUMARTIN u M&ocTAMeue/mot eoMNFMOoucTKM ?>**•
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