Jeunesse et hérauts, 1 février 1949, mardi 15 février 1949
FIDES FRERES DES ECOLES CHRETIENNES 949, RUE COTE, MONTREAL.(1) 15 février 1949 Volume XXXV, Numéro 12 ' •’ '¦.: ' SS»! Mlle / '' ' ia ¦¦K - ¦ 'Il * * V ?LE PONT DE SAN FRANCISCO * 0N peut dire que le pont de San Francisco mesure six fois la longueur d’un pont ordinaire.La gravure ci-contre nous montre une partie de ce pont.?Une équipe d’hommes travaillent continuellement sur ce pont.Us enlèvent la rouille et ensuite ils peinturent cette masse de fer.Ce travail a été commencé il y a douze ans et il n’est pas encore terminé car ils en ont encore pour deux ans avant d’avoir peinturé le pont en entier.Lorsque les peintres auront fini de le peinturer, ils seront quittes pour recommencer car la première partie n’aura pas été touchée depuis douze ans.« Ce doit être un pont gigantesque pour prendre 12 ans à le peinturer,)) vous me direz.En effet, c’est le plus long du monde entier.Il mesure huit milles.C’est le pont de San Francisco.En réalité, il est divisé en six parties dont cinq sont des ponts suspendus.BE F0î«ti TJ" T’N pont suspendu est celui dont le tablier {c-à-d.le plancher du pont) est retenu par des chaînes ou des câbles qui sont eux-mêmes attachés à de gros piliers de fer.La vignette nous montre bien comment il peut tenir suspendu.Il est le plus sûr et le plus pratique pour couvrir de longues distances et il est très répandu aux Etats-Unis.?Il y a d’autres sortes de ponts qui sont construits selon les besoins de l’endroit.Par exemple: Les ponts basculants composés de bateaux joints; Les ponts ascenseurs qui se lèvent et s’abaissent à volonté; les ponts tournants qui tournent sur un pivot.Mais le plus célèbre n’est-il pas le « pont d’Avignon » où tout le monde y passe! 14 JACQUOT * # ROIS heures et quar .11 ine reste encore 5, 10, 15, 20, 25 minutes.» Les yeux plissés et tout petits, le doigt en l’air comme pour compter, Jacquot fixe le cadran placé sur le bureau de la maîtresse.Pauvre Jacquot, il trouve ça bien long l’école, et durant ses quatre années de classe, il n’a appris que l’heure.et lorsque les aiguilles marquent quatre heures moins vingt, il y a un petit garçon qui ramasse ses cahiers, ses livres et se jette à genoux pour la prière, toot en poussant les autres pour les avertir de se dépêcher.Chaque fois, la demoiselle dit: — Jacques, attendez que je donne le signal.» Alors il s’assoit avec un air entêté, maussade, buté; si bien qu’un de ses petits compagnons lui a déjà murmuré: — Tu ressembles au bœuf du père Lavoie, quand il ne veut pas monter la cote.» Jacques avait été très fâché de la comparaison, mais cela ne l’avait pas guéri.Toujours est-il que ce jour-là, notre petit garçon est île très mauvaise humeur, personne ne l'a encore vu ainsi; cependant il faut1 tout dire: Jacques étrenne des souliers neufs et ce sont ses premiers souliers neufs; avant, il usaii ceux des autres, mais, cette année ses pieds ont tellement grandi que pas une paire ne faisait, alors on avait descendu au village pour lui ache'er des bottines sortant du magasin.Ce n’est pas tout, on avait apporté aussi une chemise à collet raide et une boucle pour mettre avec.Pauvre Jacquot, assis très droit sur son banc, * ses souliers qui lui font mal, cette corde dans le cou qui l’étouffe, et ce martyr doit durer encore vingt-cinq minutes.WAV ftVéVéll BwXv.v.v.v Kv!w!w!v!v ¦vX'éXvX'X* ¦&*&%*?* BvîvXv'vXv WAV »VèV« vw%v vwv Avi ?» wv ITéVl »Wé v»Av AV4 AV* WV kWd AV* v«v ?» v*v MM è .VA A%%Vé AVA VA%V AVèV« awK S OUT à couj), il entend un chien qui aboie; il se retrouve quelque temps plus tôt, pieds nus, la culotte plus ou moins p opre, la chemise ouverte, les cheveux en broussaille courant avec Mousse pour aller porter l’eau et le dîner aux hommes dans le champ.Ah ! c’était le bon temps et Jacquot se sent très malheureux dans ses vilaines bottines neuves, sa chemise blanche et sa boucle de travers dans le cou.— 5, 10, 15, 20.Environ vingt minutes.» Voilà, je suis mort, et je suis mort étranglé car ça me brûle ici.Mais comme il y a beaucoup de monde là-bas! Cependant, ils n’ont pas l’air gai ces gens, de vrais visages de carême.Je ne me sens pas très à mon aise, je ne sais pas si je dois avancer pour leur parler.— Oui, avance, mon garçon.— Je suis bien content de rencontrer quelqu’un, je ne savais pas quoi faire.Vous êtes sans doute Saint.Saint Joseph?— Tu n’as donc pas appris que le portier du ciel est saint Pierre ?Voulant se racheter, Jacquot ajoute: — Ah oui! je sais, c’est vous qu’on a ramassé sur le chemin de Damas! — Tais-toi, petit ignorant, je vais me fâcher, non, j’ai plutôt envie de pleurer tant c’est triste d’être paresseux comme toi. 15 POURTANT, bon saint Pierre, j'ai travaillé dans le champ.— Oui, mais qu’cst-ce que tu as fait durant tes quatre années de classe, hein ?—Sais-tu, mon garçon, si ce n'avait pas été de la Vierge Marie, qui est trop bonne à mon avis, j’aurais descendu sur la terre pour te serrer le chignon un peu, ça t’aurait réveillé.Il y en a un autre aussi qui aurait bien voulu te donner une bonne fessée.Tiens, regarde, il est là.— Il a Pair bien en colère./ — Tu ne le reconnais pas ?— Oui, c’est.c’est.voyons, je l’ai vu dans mon histoire.mon histoire.Du Canada.Tu ne sais même pas différencier les personnages de ton histoire du Canada avec ceux de ton histoire sainte.Si ce n’est pas une honte.Ce monsieur se nomme Frontenac, cela» ne te dit rien ?• — C’est lui qui.— Ne continue pas, tu vas prononcer une sottise.Comme on ne nous a pas permis de descendre pour te donner une leçon, nous avons pensé à te faire venir.Tu vois, à droite ces gens habillés de rouge et pbrtant des perruques; ce sont eux qui ont donné à ton pays la liberté que tu possèdes, la langue que tu parles, la religion que tu pratiques.Pour te donner ces choses, ils ont travaillé jusqu’à la dernière limite de leurs forces.Us ont enduré des souffrances plus grandes que celles de porter des bottines neuves, une chemise empesée et une boucle.01, qu’as-tu fait pour conserver ces trésors si difficilement acquis ?Pourtant tu n’avais qu'à bien étudier afin de pouvoir parler et écrire ta' langue correctement, à bien apprendre tout ce que comporte ta profession de cultivateur.De cette manière, ton pays deviendrait prospère, les gens vivraient heureux et toi, tu trouverais d’autres choses à faire que de te plaindre de ton sort, de tes malchances venues de ton manque d’instruction.Retourne sur la terre, continue à paresser; tu verras la pauvre petite vie mesquine que tu te prépares, vite, vite, descends, tu m’as fait perdre assez de temps comme cela.Qu’est-ce que tu attend?pour t’eu aller.— Saint Pierre, je m’en vais bien vite, mais je veux vous remercier pour la leçon et vous dire aussi que j’ai enfin compris.Maintenant vous allez voir un petit garçon'qui travaille à l’école, je vous le dis et quand je reviendrai, soyez assuré, je vais tous vous reconnaître.Vous ne pouvez vous imaginer comme j’ai eu honte.C’est vrai, je ne faisais pas grand’chose à l’école, mais savez-vous, sans m’excuser, je ne suis pas le seul qui agissait ainsi, vous ne pourriez pas les avertir ceux-là aussi ?.— Toi, tu n’es pas là pour leur dire ?Voilà pourquoi, ’ai raconté cette hisioire, parce que le grand aint Pierre, qui est au ciel me l’avait demandé.Jeanne Moquin Mil» ~rai .BL turn lia ont travaillé jusqu’à la dernière limite de leurs forces pour te donner le beau pays qu’est le Canada 10 RII Madame appelle sa J cuisinière: Félicité, dit-elle,vous ferez pour ce soir le pot-au-feu.La domestique embarrassée: Impossible, madame, il est cassé.— Maladroite, comment avez-vous fait ça?— C’est hier soir, madame, en prenant mon bain de pieds.?Un indiscret demande à une dame quel est son âge: — Attendez que je compte.Je me suis mariée à dix-huit ans;»mon mari en avait trente.Il en a maintenant le double.donc, j’ai trente-six ans.L’autre, ébahi de cette arithmétique féminine: — En effet, mais vous ne paraissez pas les avoir.?— Tu ne sais pas.Je me marie.— Ah bah! — Mon Dieu oui.Je parie que tu ne devines pas ce que fait ma future ?— Oh! si, parfaitement.Elle fait une bêtise.?Dans un hôpital: — C’est un muet qui demande le docteur! — Comment savez-vous qu’il est muet?— C’est lui qui le dit, Monsieur.Comme on présentait h Henri IV huit gentilhommes du Périgord, dont le visage était très marqué des coups qu’ils avaient reçus à son service: « Je suis ravi de les voir, dit ce prince; mais je verrais encore plus volontiers ceux qui les ont ainsi traités.— # Sire, ils sont morts,» s’écrièrent à la fois les gentilshommes en lui montrant leurs épées.?Madame : Sais - tu, mon mari, que c’est une malheureuse habitude que celle que tiï as de parler en dormant.« — Monsieur : Tu as bien raison> mais c’est aussi le seul moment où tu me laisses parler.?Après une bataille, un fossoyeur enterrait les morts.— Mais, malheureux, lui dit un des officiers qui surveillaient cette sinistre besogne, tu viens de pousser dans la fosse un homme qui respirait encore! —.Ah! monsieur, répliqua le fossoyeur, on voit bien que vous n’avez comme moi, l’habitude.Si on les écoutait, il n’y en aurait jamais un de mort.» ?Deux conscrits causaient entre eux; l’un demande à l’autre: — Qu’est-ce que tu aimes le mieux, le soleil ou la lune ?— Parbleu mieux la lune.J’aime — Pourquoi ?— Parce qu’elle m’éclaire la nuit et m’empêche de me casser le nez; tandis que ton soleil, je m’en fiche pas mal, il ne paraît que quand il fait jour.Quelques compagnons t’étaient réunis dans une auberge.Après un repas copieux, l’un d’eux, qui devait partir de grand matin, fut conduit dans la chambre où il devait passer la nuit.Tous les lits étaient occupés; il n'en restait qu’un, dans lequel un nègre ronflait.Le voyageur se glisse à côté de l’Africain, et s’endort bientôt, après avoir recommandé à ses amis de le réveiller à la pointe du jour.Ceux-ci le lui ‘promirent.Ils allaient se retirer, lorsqu’il vint à la pensée de l’un d’eux de barbouiller de noir la face du voyageur endormi.Ce qui fut fait.Le lendemain, on entre dans la chambre et l’on éveille le voyageur, qui se lève, commence de s’habiller et s’approche de la glace pour arranger sa cravate.Il lève les yeux, jette un cri, et recule étonné à la vue de cette face noire.«Les inabéciles ! s’écrie-t-il.Je leur avais dit de m’éveiller, et ils ont éveillé le nègre! » Puis il se déshabille, et entre tranquillement dans son lit.?En tramway:.— Quand je suis dans l’intérieur du tramway,je ne peux pas voir des femmes debout.— Moi non plus.cela m’est tellement pénible que lorsque j’en vois.je détourne les yeux.?Prenant tout au mot: — Est-ce que votre bébé marche ?— Mais oui, depuis trois moi*.— Pristi, il doit être loin. ¦ '/••• •' .V-;: i ¦' ,»u i  TgWu.M^ - gfcgSMI jjSgfir w^iat ' .V>v - .ÇS5S, 4y, LES BONNES "'CROQUETTES, MONSIEUR?SEULEMENT UN SOU PIÈCE / UN BONBON DELICIEUX, REMPLI DE VITAMINES/ ¦¦ mm BONJOUR.M.PICTOUT/ BONJOUR.MME LATEI6NE/ .T'ACHÈTE TOUT VOTRE STOCK DECROQUETTES/ MmMSLEM TU PARLES D'UNE BONNE IDÉE/ ATTENDEZ.M ES VIEUX/JAI UN PLAN// * m UN MAUVAIS COUP/ MB J'AVERTIS TOUT LE MONDE / IL F.ST CAPABLE DE METTRE DU POI SON DANS LES CROQUETTES/.IB 11 il fâMifl I1' (^QU’EST-CE QUI LUI PREND AUJOURD’HUI?> IL DOIT PRÉPARER IMPRIMÉ AUX â^TATS-UNIS CO 6 V:' BON/ MES AGNEAUX, JE PRENDS UNE PETITE SIESTE.NE SORTEZ PAS DE LA COUR/ MAMAN NOUS A DIT DE NE PAS SORTIR DE LA COUR : AW/FERME-LA.TIC/ -, TU ME FAIS SUER/, .SU*-»*' JE VAIS VOIR.SI MAMAN VIENT, LÂCHE U N CRI.REVENEZ ICI/ C'EST QUOI,ÇA,FLIC?UNE CROQUETTE,PIC/ LL .U.ÜHCt, REGARDE DONCÇA^LlC/ UNE BOULE BLANCHE/./TEST UN VRAI PÉCHÉ DE PASSER Y TOUT UN APRES-MIDI DANS LA COUR?CE SERAIT TELLEMENT PLUS,GAI SI ON POUVAIT ALLER JOUER LÀ-BAS/ .o I* OU'EST-CE que C'EST, PIC REGARDE DONC,PIC/ TOUT UN TAS stSm mm TIENS / IL Y EN A UNE AUTRE LA-BAS/ ON VA EN AVOIR CHACUN UNE/ 'TU PARLES QUE , C'EST BON,MON VIEUX' ET ENCORE UNE AUTRE' JE VAIS LA CHERCHER.(Ton les emporte toutes/ , TA DERNIÈRE HEURE,VIEUx7^) as*** VRAI?/MES FRÈ-1 RES EN ONTTROU VÉ PLUSIEURS.TOUT PRÈS O'ICt / WÊBÊiï — NECRAtGNEZ RIEN/ JE VAIS ALLE R VOIR ÇA, ET LES SECOU- < RIR AU BESOIN/ - MADAMÉ LATEIGNE' COMMENT ÇA VA?—:-V (j*1 COMMENT ÇA VA, CHÈRE MME LATEIGNE?ET CHEZ vous; TIC, ÇA MARCHE BIEN?AH'M BOURDON.VOUS ARRIVEZ À POINT/ ILY A QUELQUE CHOSE QUI NE VA PAS/.X MAMAN VA ÊTRE FÂ-/ CHEE/LLS ONT DÉSOBÉI/ ^ SI TU TROUVES DES CROQUETTES, c-N'Y TOUCHE PAS.TIC/ FAIS BIEN ATTENTION/ OÙ SONT-ILS?VITE/ILS VüNT ÊTRE MALADES,CERTAIN/ TIENS/DES CONNAISSANCES/FAUT QUE J'AILLE LEUR DIRE BONJOUR / ON A BIEN PEUR QUE PIC ET FLIC SE SOIENT FAIT JOUER UN MAUVAIS TOUR/.¦ MERCI BIEN,M.BO,URDON,POUR NOUS AVOIR SAUVE LAVIE/ ; TIENS/LA-HAUT// ALLONS/ÇA Y EST/ — TlENSJIENS/QU’EST-CE QUE JE VOIS?^ TS' UNIE PIQURE, CE NE SERA PAS ASSEZ., VA FALLOIR LUI DON NER ÇA SEC/ MON EAU EST PRESQUE BOUILLANTE.YUM/YUM/LA BONNE SOUPE AU POULET/ C'EST ÇA, LES GARS/ FAITES-LE HURLER/.JE VAIS CHERCHER OE L'AIDE.C'EST BIEN, MAIS RAPPELEZ-VOUS QUE LA .DÉSOBÉISSANCE < EST TOUJOURS PUNIE/ -gAæ CE TROU-LA PLEIN D'E£U ) BOUILLANTE, ET VOILA Françoise s’inclina comme si elle eût été convaincue de la vérité de ce que lui prédisait sa mère; elle prit son rosaire et invoqua son sqint patron.Le jeune officier, après un moment de silence respectueux, lui demanda où elle voulait qu’il la ÇQnduisit.« Au Père Mesnard, répondit-elle.— Au P.Mesnard ?repartit l’officier.Le P.Mesnard est le frère de ma mère, et je me rendais chez lui quand j’ai eu le bonheur de vous rencontrer.» Cet officier se nommait Eugène Brunon.Il demeura quelques jours à Saint-Louis.Rosalie était occupée de divers devoirs religieux préparatoires à son entrée dans le couvent.Elle ne vit pas les étrangers, et elle fit des reproches à Françoise de ce qu’elle ne prenait plus part à ses actés de dévotion.Le père Mesnard veillait sur son petit troupeau.FRANÇOISE apporta pour excuse qu'elle était occupée à mettre la maison en état de procurer l’hospitalité; mais lorsqu’elle fut exemptée de ce devoir par le départ d’Eugène, elle ne sentit pas renaître son goût pour la vie religieuse.Eugène revint victorieux de l’expédition dont il avait été chargé par le gouvernement.Alors pour la première fois, le P.Mesnard soupçonna quelque danger que le couvent Saint-Joseph ne perdît la religieuse qu’il lui avait destinée, et quand il lui rappela qu’il l’avait vouée à la vie monastique, elle lui déclara franchement qu’Eugène et elle s’étaient réciproquement juré de s’épouser.Le bon père la réprimanda et lui représenta dans les termes les plus'forts, le péché qu’il y avait d’arracher un cœur à l’autel pour le dévouer à un amour ter-'restre.Mais elle lui répondit qu’elle ne pouvait être liée par des vœux qu’elle n’avait pas faits elle-même.(( O mon Père, ajouta-t-elle, que Rosalie soit une religieuse et une sainte; pour moi, je puis servir Dieu d’une autre manière.— Et vous pouvez être appelée à le faire, mon enfant, ^reprit le religieux d’un ton solennel, d’une manière que vous n’imaginez pas.— Si c’est le cas, mon bon Père, dit la jeune fille en souriant, je suis persuadée que j’éprouverai la vertu de vos soins et de vos prières pour moi.» Ce fut la réponse badine d’un cœur léger et exempt de soucis; mais elle fit sur l’esprit du religieux une impression profonde, qui fut augmentée par les circonstances subséquentes.Une année se passa.Rosalie fut admise au nombre des religieuses de THôtel-Dieu.Eugène allait fréquemment à Saint-Louis; et le P.Mesnard, voyant qu’il serait inutile de s’opposer plus longtemps à son union avec Françoise, leur administra lui-même le sacrement de mariage.4b 4b 4b Le long et tiédeux hiver du Canada était passé; l’Outaouais gonflé avait rejeté son manteau de glace, et proclamé sa liberté du ton de la joie; Tété était revenu dans toute sa vigueur,, et couvrait d’une fraîche verdure les bois et les vallons du Saint-Louis.» 17 LE P.Mesnard, suivant sa coutume journalière, avait à visiter les cabanes de son petit troupeau; il s’arrêta devant la croix qu’il avait fait ériger au centre du village; il jeta ses regards sur les champs préparés pour la moisson de l’été, sur les arbres fruitiers enrichis de bourgeons naissants; il vit les femmes et les enfants travaillant avec ardeur dans leurs petits jardins, et il éleva son cœur vers Dieu, pour le remercier de s’être servi de lui pour retirer ces pauvres sauvages d’une vie de misère.Il jeta les yeux sur le symbole sacré, devant lequel il s’agenouilla, et vit une ombre passer dessus.Il crut d’abord que c’était celle d’un nuage qui passait; mais quand, ayant parcouru des yeux la voûte du ciel, il la vit sans nuages, il ne douta point que ce ne fût le présage de quelque malheur.Pourtant, lorsqu’il rentra dans sa cabane, la vue de Françoise dissipa ses sinistres pressentiments.« Sa face, dit-il, était rayonnante comme le lac lorsque, par un temps calme, le soleil brille dessus.» Elle avait été occupée à orner avec sa dextérité naturelle une écharpe pour Eugène; elle la présenta au P.Mesnard lorsqu’il entra.« Voyez, lui dit-elle, mon Père; je l’ai achevée, et j’espère qu’Eugène ne recevra jamais une blessure pour la souiller.Ah! ajouta-t-elle, il va être ici tout-à-l’heure: j’entends retentir le chant des bateliers français.» Le bon Père aurait été tenté de lui dire qu’elle s’occupait trop d’Eugène; mais il ne put se résoudre à réprimer les flots d’une joie bien pardonnable au jeune âge, et il se contenta de lui dire en souriant qu’il espérait qu’après son premier mois de mariage elle retournerait à ses prières et à ses pratiques de dévotion.Elle ne lui répondit pas, car en ce moment elle aperçut son époux, et courut à sa rencontre avec la vitesse du chevreuil.Le P.Mesnard les vit comme ils s’approchaient de la cabane: le front d’Eugène portait les marques de la tristesse, et quoiqu’il s’égayât un peu aux caresses enfantines de Françoise, ses pas précipités et sa contenance troublée faisaient voir clairement qu’il appréhendait quelque malheur.Il laissa Françoise le devancer, et, sans qu’elle s’en aperçut, il fit signe au P.Mesnard, et lui dit: « Mon Père, le danger est proche.On a conduit hier une prisonnière iroquoise à Montréal, qui a avoué qu’un parti de sa tribu était en campagne pour une expédition secrète.J’ai vu des canots étrangers mouillés dans une anse de l’île aux Cèdres.Il faut que vous vous rendiez tout de suite à Montréal, avec Françoise, dans mon bateau.% — Quoi I s’écria ‘ le Père, pensez-vous que j'abandonnerai mes pauvres ouailles au moment où les loups viennent pour fondre sur •lies! Vous ne pourrez les défendre, mon Père, s'écria Eugène.— Eh bien, je mourrai avec elles, repartit le Pire.Françoise et Eugène se marièrent S/i — Non, mon Père, s’écria Eugène, vous ne serez pas si téméraire.Partez, sinon pour vous-même, du moins pour ma pauvre Françoise: que deviendra-t-elle si nous sommes tués r Les Iroquois ont juré de se venger d’elle, et ils sont aussi féroces et aussi cruels que des tigres.Partez, je vous en conjure; à chaque instant la mort s’approche de nous.Les bateliers ont ordre de vous attendre à la Pointe-aux-Herbes prenez votre route par les érables.Je dirai à Françoise que Rosalie la fait demander, et que j’irai la joindre demain.Partez, mon Père, partez sans différer.— Oh! mon fils je ne puis partir; le vrai berger ne peut abandonner son troupeau.» Le bon Père demeura inflexible, et l’unique alternative fut d’avertir Françoise du danger et de l’engager à partir seule.Elle refusa positivement de partir sans son mari.Eugène lui présenta qu’il serait déshonoré pour la vie s’il abandonnait, au moment du danger, un établissement que son gouvernement avait confié à sa garde A suivre dans le 'prochain numéro Les Iroquois étaient en campagne pour une » expédition secrète «K-LÉGENDE D’ALSACE fat» W IEN haut parmi les montagnes bleues et voilées des Vosges est située une vallée verdoyante et paisible.Si on remonte cette vallée, en passant par les petits villages alsaciens aux maisons pittoresques et aux jolis jardins, on arrive à une gorge étroite et rocailleuse où tombe en cascades argentées un clair ruisseau.Toute la gorge résoane de la musique du ruisseau et on marche avec plaisir sous les sombres sapins aux fûts élancés.Si on lève les yeux, on voit à peine, à l’horizon, la crête de la montagne d’où descend le ruisseau; de temps en temps on arrive dans une clairière où se dresse, gigantesque, un amas de rochers que la main de l’homme n’a jamais touché.Or, il y a un de ces rochers immenses qui, vu d’en bas, ressemble beaucoup à un château féodal.C’est pourquoi les habitants du pays l’appellent « le château de Hans.» En Alsace, quand on est assis le soir autour du feu à causer et à filer, on raconte très souvent de jolies légendes; voici ce qu’on raconte sur l’origine du château de Hans.Autrefois, vivait dans cette vallée un montagnard fort et vigoureux nommé Hans.C’était un garçon bien gai, qui était toujours de bonne humeur et qui trouvait son plus grand plaisir à faire du bien aux autres.Il demeurait seul, dans une pauvre petite hutte juste assez grande pour le loger et il préparait lui-même ses maigres repas.Un soir il rentra trçs tard après une journée fatigante, et ayant fait un peu de feu dans sa cheminée, il se mit à préparer sa soupe.Tout à coup il entendit derrière lui des pas lents et, se retournant brusquement, il vit une vieille femme appuyée sur un bâton qui était entrée dans la hutte sans frapper à la porte.ONSOIR, la mère, dit Hans poliment.« Asseyez-vous près du feu.Voulez-vous partager ma soupe ?» « Merci, Hans, répondit la pauvre vieille Je suis en effet bien fatiguée, car j’ai marché toute la journée, et j’ai grand’faim, car je n’ai rien mangé depuis le matin.» Alors Hans se hâta pour préparer son simple repas, qu’il partagea avec la pauvre vieille.Puis il lui offrit son petit lit pour dormir et lui-même passa la nuit à terre, roulé dans son vieux manteau pour toute couverture.Le matin, la vieille emme lui offrit de rester chez lui pour préparer ses repas pendant qu’il serait à son travail.Hans accepta, en la remerciant de son offre généreuse, et sans lui demander même son nom ni d’où elle était venue.Plusieurs jours passèrent de la sorte, puis Hans s’aperçut que la hutte était vraiment trop petite pour deux personnes.Alors, un matin il partit sans rien dire, laissant à la pauvre vieille sa demeure, ses ustensiles de cuisine et une bonne provision de bois; car il ne pensait pas du' tout à la renvpyer, la pauvre vieille.Il alla dans les bois et au bout de quelques jours il trouva un autre jeune homme appelé François, qui, lui aussi, était bûcheron de son métier.Les^deux devinrent bons amis et travaillèrent ensemble pendant tout l’hiver.A l’approche du printemps ils firent la connaissance d’une belle jeune fille appelée Jeannette.Tous deux se mirent à l’aimer, mais Hans, ne voulant pas devenir le rival de son ami François, décida de nouveau de partir, et un soir, au lieu de rentrer à la maison pour souper avec son ami, il prit sa hache et s’en alla tout seul dans les bois. Bientôt il trouva du travail, car il était robuste et ne craignait pas de travailler dur.Un jour il rencontra un vieillard qui avait beaucoup voyagé en des pays étrangers et qui avait rapporté de ses voyages l’habitude de fumer.Il n’aimait rien tant que s’asseoir à la tombée de la nuit au coin du feu pour raconter ses aventures en fumant une petite pipe toute noire.Hans l’écoutait avec plaisir et le vieillard, qui l’aimait beaucoup, finit par lui faire une petite pipe et lui donner une quantité de son tabac précieux.C’était un don très précieux, car dans ces temps-là, le tabac était une chose très rare et on le payait très cher.Un soir d’hiver, comme il avait beaucoup neigé dans la forêt, Hans était assis devant son feu, tirant doucement des bouffées de fumée de sa pipe, quand il entendit dans la montagne un cri de détresse.Il n’hésita pas un instant, posa sa pipe et sortit dans l’obscurité pour voir ce que c’était.Après avoir beaucoup cherché il trouva dans la neige, couché au pied d’un haut sapin, un vieillard presque mort de froid et de fatigue et ne pouvant plus bouger.Le grand Hans souleva le pauvre vieillard dans ses bras vigoureux et le porta à sa hutte, où il commença à lui frotter les pieds et les mains et à le faire chauffer devant son bon feu.Bientôt le vieillard ouvrit les yeux, et apercevant tout à coup la pipe de Hans il dit: « Oh mon bon monsieur, permettez-moi de fumer un peu de votre bon tabac ! J’aime tant fumer, et je n’ai plus de tabac depuis si longtemps.» Et sortant de sa poche une petite pipe bien noire et bien usée il la tendit à Hans.Hans n’hésita pas un instant.« Voilà ma provision de tabac, dit-il, prenez-là toute 39 pour vous pauvre vieillard; je n’en ai pas besoin.» Et il mit son précieux tabac dans les mains du pauvre mendiant.Tout à coup le vieillard se leva.« Hans, dit-il, d’un air bien noble et majestueux, vous aviez une habitude qui vous était chère; vous y renoncez pour un ami; vous serez récompensée.» A peine le vieillard eut-il prononcé ces paroles que Hans se sentit enlevé et transporté par une main invisible dans un château superbe, situé sur un haut rocher tout près du ruisseau argenté dans la vallée où il avait travaillé d’abord.Ce château était tout éclairé, comme pour un grand festin et il entendit le doux son de plusieurs instruments de musique.Sur le seuil il fut reçu par une noble dame qui, s’avançant vers lui, lui prit les deux mains et lui dit: « Hans, tu as donné ta maisonnette à une pauvre veuve solitaire.C’était bien! « Hans, tu as sacrifié ton amour à l'amitié.C’était mieux.« Hans, tu t’es refusé un plaisir qui t’était cher, pour contenter un vieillard.C’est mieux encore! « Hans, je te donne un château, avec tout oe qu’il contient.Puisses-tu y vivre heureux avec celle que tu aimes et qui t’aime! » A ce moment apparut toute rayonnante la belle Jeannette, qu’il avait crue perdue à jamais.Il l’épousa sur le champ et les deux amants vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.t Aujourd’hui même, apirès tant débours, si on remonte la vallée de la Schlucht le soir, quand les rayons de la lune’ éclairent doucement les hauts sapins et les cascades argentées, on peut • voir, dressé sur son rocher altier, le château où le bon Hans vécut si heureux avec sa Jeannette.IllPli ft ^11 U1 ni'- iiinm sSüi'HHnnii» “flPe«t la gloire du Sire que voua portiez beaucoup de fruits BRANCHE SÈCHE
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