ARQ, 1 juin 1993, Juin
[" A-799 u \u2022\u2022 X À MONTREAL QUEBEC LA PLACE SAIN LE VIEUX-PORT ET LA PLACI E LA PAI T\t^\t\t 1V -il\t\t\tj ;\t \t1 HflH\t; Tg\tj y - \u2022 4 à\t\t\t\t \t\t \t\t¦Il \tBMW\tIB û B PP i .i La brique SM® de BETCON donne libre cours à votre imagination et répond aux exigences esthétiques et techniques des concepteurs les mieux avertis.Sa supermodularité, ses coins ronds, son fini unique et ses multiples couleurs en font un choix de tout premier ordre pour vos réalisations.La SM® de BETCON.partenaire de votre imagination et de votre créativité.T ?T mu WW* BETCON Montréal (514)651-4000 Québec (418)563-8410 Téléfax (514)670-2834 LA REVUE DES MEMBRES DE L'ORDRE DES ARCHITECTES DU QUEBEC ARCHITECTURE- QUÉBEC ÉDITORIAL LA PLACE URBAINE ET L'ESPACE PUBLIC France Vaniaethem L\u2019ESPACE PUBLIC RÉFLEXION SUR LA CONVIVIALITÉ URBAINE Chantal de Gournay LA PLACE PUBLIQUE À MONTRÉAL Jacques Rousseau RÉALISATIONS ET PROJETS LE VIEUX-PORT DE MONTRÉAL Georges Adamczyk FAUBOURG SAINT-LAURENT AND PLACE DE LA PAIX Pieter Sijpkes LA PLACE SAINT-ROCH À QUÉBEC Alexis Ligougne PUBLICATIONS ET ÉVÉNEMENTS NOUVELLES DE LA MÉTROPOLE FROIDE D\u2019ANDREA BRANZI un uvre lu par Anne Cormier LOGEMENT ET NOUVEAUX MODES DE VIE DE DUFF ET CADOTTE UN LIVRE LU PAR CAROLE DESPRÉS LA VILLE À VUE D\u2019OEIL DE RICHARD SENNETT UN LIVRE LU PAR FRANCE VANLAETHEM MEMBRES FONDATEURS PIERREBOYER-MERCIER, PIERRE BEAUPRÉ, JEAN-LOUIS ROBILLARD ÉDITEUR PIERREBOYER-MERCIER RÉDACTRICE EN CHEF FRANCEVANLAETHEM MEMBRES DU COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE BOYER-MERCIER, JEAN-FRANÇOIS BÉDARD.RICARDO L.CASTRO, ÉRIC GAUTHIER, FRANCE VANLAETHEM MEMBRES DU COMITÉ DE RÉDACTION TRIMESTRIEL PIERREBOYER-MERCIER, JEAN-FRANÇOIS BÉDARD, RICARDO CASTRO, PAULFAUCHER, TERRANCE GALVIN, ÉRIC GAUTHIER, NICOLE LARIVÉE-PARENTEAU, ALEXIS LIGOUGNE, RODRIGUEPAULIN, MARKPODDUBIUK, FRANCEVANLAETHEM COORDONNATRICEETRÉVISEURE NICOLE LARIVÉE-PARENTEAU PRODUCTION GRAPHIQUE CÔPILIADESIGN INC.DIRECTIONARTISTIQUE JEAN-H.MERCIER REPRESENTANTS PUBLICITAIRES: JACQUES LAUZON ET ASSOCIÉS \u2022\tMONTRÉAL: 785, RUE PLYMOUTH, BUREAU 310 VILLE MONT-ROYAL, QUÉBEC, H4P1B3 TÉLÉPHONE: (514) 733-0344, FAX: (514) 342-9406 \u2022\tTORONTO: 60, WILMOT STREET WEST, UNIT7 RICHMOND HILL, ONTARIO, L4B1M6 TÉLÉPHONE: (416) 866-4141, FAX: (416) 886-9175 ARQESTDISTRIBUÉEÀTOUS LES MEMBRES DE \u2022L\u2019ORDRE DES ARCHITECTES DU QUÉBEC ET DE \u2022\tLA SOCIÉTÉ DES DÉCORATEURS ENSEMBLIERS DU QUÉBEC.DÉPÔT LÉGAL: \u2022\tBIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC, \u2022\tBIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU CANADA.LES ARTICLES ET OPINIONS QUI PARAISSENT DANS LA REVUE SONT PUBLIÉS SOUS LA RESPONSABILITÉ EXCLUSIVE DE LEURS AUTEURS.©GROUPE CULTUREL PRÉFONTAINE ISSN-0710-1162 COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE,PERMIS NO 5699 ARQ7ARCHITECTURE-QUÉBEC ESTPUBLIÉSIX FOIS L\u2019AN PAR LE GROUPE CULTUREL PRÉFONTAINE, CORPORATION SANS BUTLUCRATIF.LES CHANGEMENTS D\u2019ADRESSE, LES EXEMPLAIRES NON DISTRIBUABLES ET LES DEMANDES D\u2019ABONNEMENT DEVRAIENT ÊTRE ADRESSÉS AU GROUPE CULTUREL PRÉFONTAINE 1463, RUE PRÉFONTAINE MONTRÉAL, QUÉBEC H1W2N6 TÉLÉPHONE: (514) 523-6832 ABONNEMENTS: LUCIE VALLÉE \u2022AUCANADA -\t6,93 S/NUMÉRO -41,605/6 NUMÉROS -\t69,34 $/ INSTITUTIONS ET GOUVERNEMENTS NUMÉRO D'ENREGISTREMENT T.P.S.: R102 208469 NUMÉRO D\u2019ENREGISTREMENT T.V.Q.1001146203TQ0001 SS \u2022HORS CANADA: -6,00 S/NUMÉRO -\t48.00S/6NUMÉROS -\t60,00 S/INSTITUTIONS ETGOUVERNEMENTS PAGE FRONTISPICE LE VIEUX-PORT DE MONTRÉAL, SECTEUR BONSECOURS, VU DE NUIT, CARDINAL ETHARDY, ARCHITECTES (PHOTO: DENIS FARLEY). 3g& Hasp?r r' Bien sûr, il y a aussi étanche que les membranes Soprema.mais seule Soprema offre une Assurance étanchéité à toute épreuve Soprema est le seul fabricant de membranes d\u2019étanchéité de toiture à vous offrir une garantie de 10 ans (matériaux et main-d\u2019oeuvre) couverte par une police d\u2019assurance.Cela est possible grâce à la qualité reconnue de nos membranes de bitume modifié SBS - 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LA BRIQUE QUI FACILITE VOS PROJETS La nouvelle dimension de 9 3/4\" de longueur équivaut à trois assises de briques, éliminant ainsi toute perte de temps reliée à la coupe de la brique afin qu'elle devienne au même niveau que l'assise soldat.De plus, ce nouveau format vous permettra d'élargir votre créativité et facilitera la réalisation de vos projets .La brique Première est offerte dans une gamme de couleurs et de textures attrayantes.N'hésitez pas à contacter un conseiller technique de l'équipe Brique Citadelle afin que vous discutiez ensemble de la façon dont la brique Première peut vous faire gagner du temps et économiser de l'argent.Tout simplement, la brique Première sera le choix privilégié des professionnels.i JV ¦¦BRIQUE CITADELLE ^¦ltée ^¦BRIQUE BRAMPTON Beauport, Québec 418-663 7821 1 800 463-1565 MODULAIRE L'ESPRIT A CONSTRUIRE ¦P jlj» \t»\tTiy i TTUfr ' \u2022\t\t \t\t\t k.\t¦ && > S : I - X\"1 -\"Sr, tf* -^4 wgjr;' si-Étue* Béton Bolduc (1982) inc., 1358, 2e rue, Parc Industriel, C.P.608, Ste-Marie, Beauce, Québec, G6E 3B8 Ste-Marie: (418) 387-2634 Québec: (418) 692-0855 LAVAL Brique & Pierre Montreal Inc.(514)661-1515 TROIS-RIVIERES Brique & Pierre Trois-Rivières (1982) Inc.(819) 373- 2365 Briques & Pierres Nadon Ltée (514) 627-4774 Centre de briques de la Mauricie Inc.(819)371-9455 ST-HUBERT Brique & Pierre Montréal Inc.(514)656-5110 MONTRÉAL Webster & Fils Ltée (514) 332-0520 ARTHABASKA André Plante Inc.(819) 357-7005 THETFORD MINES Briques & Pierres Nouvelles Enr.(418) 335-3329 GRANBY Maçonnerie Rolland Inc.(514) 378-1142 BEAUCE NORD Donat Fortier (1979) Ltée (418) 882-5879 IBERVILLE Maçonnerie Rolland Inc.(514) 658-8812 LEVIS Ruel et Frères Ltée (418) 833-3657 JOLIETTE Briques & Pierres Nadon (Joliette) Ltée (514) 753-4292 HAWKESBURY St-Denis Briques & Pierres Inc.(613) 632-0977 DRUMMOND VILLE Roger Traversy Inc.(819) 478-4258 OTTAWA Webster & Sons Ltd (613) 731-8161 SHERBROOKE Les produits de ciment Windsor Inc.(819) 569-9571 : Sî >¦ \\ SS \\ - - Solide et raffinée comme la pierre, la brique de parement Béton Bolduc répond depuis plus de 35 ans aux exigences esthétiques et techniques que vous recherchez.Une équipe chevronnée et une usine à la fine pointe de la technologie vous assurent d'un produit de qualité qui saura s\u2019harmoniser au style que vous préférez.Durable et d'une beauté unique, chaque brique de parement Béton Bolduc est un placement solide.m \u201c Elle saura vous procurer la mm tranquilité d'esprit pour longtemps _ en plus de vous attirer les compliments^ Si vous en voulez vraiment pour votre argent, misez gagnant.investissez chez-vous! BETON BOLDUC 01509107 99999999 ÉDITORIAL LA PLACE URBAINE ET L\u2019ESPACE PUBLIC La dévastation, la désertification de la ville, le parc, le musée cherchent à la voiler, à l\u2019exorciser.Mais la vraie scène est celle de la ville dévastée, et le vrai drame est entre celle-ci et la Cité idéale.(Jean Baudrillard,1987) Depuis quelques années, laformetraditionnelledelavilleagrandement été revalorisée au Québec, que ce soit au plan de l\u2019enseignement de l\u2019architecture et du design, sinon de leur théorie et même du cadre réglementaire mis en place tout récemment à Montréal pourcontrôler le développement urbain.La ville victorienne, avec ses rues et ses squares, ses édifices de pierre alignés et de hauteur réduite, y est pris comme modèle et norme, cette morphologie dense et continue étant considérée, par les uns -les architectes-, comme le fondement du sens collectif, et par les autres - les administrateurs-, comme une condition nécessaire à la sociabilité et au sentiment d'appartenance.Cette conception ignore la ville moderne, celle de la Révolution tranquille, celle des grandes esplanades, des galeries commerciales souterraines et de leurs équivalents de banlieue, les «centres d\u2019achat».Elle cherche à maîtriser, sans doute en vain, la fragmentation et le chaos de la ville contemporaine, elle tente de lui donner un sens commun ancré dans le passé, la mémoire, plutôt que de susciter la manifestation de valeurs nouvelles.Outre d\u2019orienter le processus d\u2019acceptation officielle des projets immobiliers, elle fonde les grands projets urbains non seulement de la métropole, mais encore de la capitale.À Québec, la revitalisation d\u2019une des zones les plus dévastées, le quartier Saint-Roch, passe par l\u2019aménagement d\u2019une place.À Montréal, une même approche informe, entre autres, la restructuration de l\u2019un des secteurs les plus défavorisés du centre-ville, le faubourg Saint-Laurent, où la création de la place de la Paix, en bordure de la rue Saint-Laurent, face au Monument National, est une priorité.Elle a conduit à la réalisation d\u2019une série de places publiques dans le centre de la métropole afin de rendre plus attrayante la ville centrale qui est, de plus en plus, délaissée non seulement par les habitants, mais encore les entreprises qui s\u2019établissent en banlieue.Dans les faits, les périphéries fragmentées et diffuses ont donc la préférence des compagnies et des individus, pour des raisons principalement financières pour les uns, des considérations plus psychologiques pour les autres.La vie chaude et «naturelle» qu\u2019offre la banlieue entre en concurrence avec la vie urbaine exposée, l\u2019espace domestique s\u2019oppose à l\u2019espace public.Quelle est la portée de ces opérations ponctuelles de requalification urbaine?Comment agissent-elles sur les représentations collectives et les relations sociales?Sont-elles plus qu\u2019un levier stratégique du développement immobilier?Avec la place «architecturée», l\u2019espace public fonctionne-t-il encore sur le registre de la communication ou de la sociabilité?Ou n\u2019est-il, comme il l\u2019a toujours été depuis les grandes réalisations de l\u2019urbanisme baroque, que représentation du pouvoir étatique ?Par ailleurs, l\u2019on peut se questionner sur la signification et la justesse de ces mesures alors qu\u2019à Montréal, la rue plutôt que la place apparaît comme le lieu privilégié de l\u2019urbanité et que ce sont des espaces divers, souvent sans grandes qualités, - ici une portion de rue ou de boulevard fermée à la circulation, là un terrain vague - qui accueillent de manière éphémère les grands événements urbains, tels les fêtes et les festivals.Par ailleurs, on ne peut ignorer que nos comportements et nos modes de sociabilité sont profondément transformés en cette fin de siècle, notamment par le développement des nouvelles technologies: après la télévision, l\u2019ordinateur, ou encore le balladeur et le téléphone portatif, autant d\u2019objets techniques de plus en plus personnels dont l\u2019usage n\u2019est pas sans effet sur nos comportements en public qui ainsi s\u2019individualisent, se privatisent.Par ailleurs, l\u2019animation programmée dont sont l\u2019objet plusieurs places, ne transfère-t-elle pas la logique des médias aux lieux publics?Ne fait-elle pas prévaloir le temps sur l\u2019espace?L\u2019idéal du citoyen de l\u2019agora, l\u2019expérience stimulante du flâneurdes grands boulevards ne se voient-ils pas ainsi remplacés par la passivité du spectateur, par son indifférence aux autres comme à son environnement physique ?Avec cette livraison consacrée à l\u2019espace public, ARQ poursuit le débat amorcé antérieurement, dans ses numéros consacrés d\u2019abord, à Montréal, la ville et l\u2019architecture (ARQ 56), puis à l\u2019architecture du paysage et aux projets de places publiques pour Montréal (ARQ 63).Pour discuter des derniers projets et réalisations en la matière, dans la métropole comme dans la capitale, nous avons fait appel à certains de nos collaborateurs réguliers tandis que nous avons demandé à une urbaniste et sociologue française, qui connaît bien le Québec pour y avoir passé quelques années, de contribuer à la réflexion sur la question de l\u2019espace public.Commence avec ce numéro le décompte des publications qui seront dirigées par l\u2019équipe de rédaction en place depuis bientôt quatre ans.Un terme devenu une tradition dans le fonctionnement du magazine.D\u2019autres tâches, d\u2019autres défis attendent ses membres.En effet, l\u2019année 1994 verra un renouvellement du comité éditorial et de sa politique.D\u2019ici là, nous reviendrons de manière critique sur certains des projets d\u2019édifices publiés antérieurement et aujourd\u2019hui réalisés, nous publierons un profil d\u2019architecte d\u2019aujourd\u2019hui et nous examinerons, tant dans une perspective historique que d\u2019un point de vue théorique, la question de la critique architecturale.FRANCE VANLAETHEM 7 L ESPACE PUBLIC RÉFLEXION SUR LA CONVIVIALITÉ URBAINE LA DISSOLUTION DE L\u2019ESPACE PUBLIC CHANTAL DE GOURNAY, PARIS C'est en urbaniste et en sociologue que Chantal de Gournay s\u2019interroge sur la forme et la vocation de l'espace public dans les sociétés contemporaines marquées par la pauvreté et l'exclusion et obnubilées parla performance et la communication.Comment croire que des lieux bien pensés, bien dessinés et bien construits suffiraient à rendre la cohabitation sociale harmonieuse et à provoquer des relations plus riches et plus intenses entre les hommes?Au contraire ne serait-ce pas les lieux les plus déprogrammés, voire les plus dépouillés qui seraient les plus propices à la convivialité?Car la mission d\u2019un lieu d\u2019accueil du public n\u2019est-il pas de le mettre en scène?Pour autant que la théâtralité collective soit encore possible dans nos sociétés démocratiques, individualistes et puritaines.La question de l\u2019espace public est au coeur du débat contemporain et déborde largement le domaine de l\u2019aménagement.Faut-il souligner qu\u2019il s\u2019agit là d'un débat de sociétés nanties, quant à leur potentiel démocratique autant que leur niveau économique.En effet, dans les sociétés du tiers-monde, la dégradation du patrimoine collectif ne semble susciter aucune action ni état d\u2019âme: au pire l\u2019espace public y est inexistant, au mieux c\u2019est un résidu nostalgique de l\u2019ère coloniale appelé à disparaître avec les opérations immobilières.À Saigon, par exemple, alias Ho-Chi-Minh Ville, ce qui reste des trottoirs ne peut même plus être arpenté par le piéton puisque les sans-abri y sont installés à demeure, tandis que les terrasses autrefois florissantes des palaces et des cafés ont été supprimées à l\u2019occasion de la restauration du patrimoine hôtelier, pour être réorganisées soit en patios intérieurs, soit en jardins suspendus avec piscine, réservées à une clientèle touristique et coupées en quelque sorte de la rue et des passants.Cette réalité des sociétés pauvres ne les a pourtant jamais empêchées d'être «conviviales» et de trouver des occasions quotidiennes de se réunirau milieu de la pollution et du tohu-bohu de la circulation.C\u2019est seulement en Occident que se manifeste cette angoisse déjà récurrente de l\u2019isolement et de l\u2019atomisation de la société.On y apporte d\u2019autant plus de soin à l'aménagement des lieux publics qu\u2019ils sont censés être le support d\u2019une cohésion sociale sans cesse menacée par la poussée de l\u2019individualisme.Fantasme ou réalité, ce rôle de ciment social qui est dévolu àl\u2019espace public en fait le point de cristallisation de toutes les idéologies et de toutes les transgressions.Les groupes opprimés peuvent se résigner longtemps au dénuement des ghettos, des réserves ou des favelas où ils sont parqués, tant qu\u2019il s\u2019agit de s\u2019accommoder de conditions de logement souvent indignes.Mais qu\u2019on s\u2019avise de toucher au caractère fondamentalement universel et mixte de l\u2019équipement public, en en restreignant l\u2019accès ou l\u2019usage à quelques privilégiés, et la révolte éclate aussitôt.C\u2019est ainsi qu\u2019a débuté le soulèvement des Noirs d\u2019Amérique avec Martin Luther King dans les états ségrégationnistes du Sud, pour de banales histoires de transport en commun ou de service discriminatoire dans les cafés.C'est encore sur ce terrain que s\u2019exprime aujourd\u2019hui, en France, le mal-être des laissés pour compte de la société industrielle, précipités dans la quête dérisoire d\u2019un signe d\u2019identité ou encore dans la haine raciale.Les exclus, ou ceux qui se perçoivent comme tels, envahissent et s\u2019approprient le seul espace qui échappe encore à la propriété privée (les transports), et nous obligent à détourner le regard devant les figures de la misère et les décors mutilés qu\u2019on ne veut plus voir, s\u2019employant à inscrire sur les murs du métro, sans épargner les quelques oeuvres d\u2019art, les séries obsessionnelles et répulsives de leurs signatures en forme de tags.Ces groupes de nouveaux pauvres, lorsqu\u2019ils sont convaincus par les idées de l\u2019extrême-droite, s\u2019attaquent aussi aux lieux de culte (mosquées et synagogues) parce que ce sont les derniers endroits dans l\u2019Occident individualiste où subsiste encore un reste de communauté.Ici, même des espaces collectifs aussi oubliés et reculés que les cimetières n\u2019échappent pas au crime, on n\u2019y habite pas encore comme au Caire où les tombeaux musulmans font office de logis pour les pauvres, mais on les profane (l\u2019affaire du cimetière juif de Carpentras).Et lorsque la foule en liesse se précipite dans les stades de football où se déroulent les dernières cérémonies populaires des temps modernes, elle encourt autant de risques qu\u2019aux plus belles heures du terrorisme organisé dans les gares et les aéroports, en devenant l\u2019otage de la violence des supporters ou de la négligence cupide des organisateurs (le match de Heysel en Belgique, qui fit en 1985, 39 morts et 250 blessés à l\u2019issue des affrontements entre supporters et Hooligans; celui de Furiani, en Corse, où les gradins se sont effondrés sous le poids du public).Pouvons-nous encore, après une telle accumulation de faits, regarder en face ces lieux impropres dans la ville qu\u2019on n\u2019ose même v TU*.Réfugié public, Washington, 1985 Jim Hubbard, photographe.plus dire «publics» tant leur décrépitude constitue un éloquent témoignage de la démission collective, de l\u2019impuissance des autorités publiques et du laxisme commercial?Allons-nous nous déroberencore unefois par une tirade à la manière du petit Gavroche tombant des barricades, et dire que c\u2019est la faute à Rousseau, à Voltaire et, pourquoi pas, aux architectes et urbanistes si nos espaces publics s\u2019en vont à la dérive?Aurions-nous la vanité de croire que des lieux bien dessinés, bien pensés et bien construits suffiraient à rendre la cohabitation harmonieuse?Ce serait là persister dans l\u2019arrogance et les illusions de l\u2019utopie moderniste, ¦ que de croire qu\u2019on peut changer la société par des coups de génie architectural, car l\u2019espace public n\u2019est ni à faire, ni à corriger, ni à inventer.Il procède d\u2019une rencontre, toujours aventureuse, entre une forme élaborée a priori et un sens qui ne peut venir que des acteurs sociaux conviés à en faire usage.Le malaise de la vie publique dans les ensembles d\u2019habitation modernes semble être plus patent en France qu\u2019au Québec, car les Français sont doublement tributaires d\u2019une tradition centralisée et d\u2019un héritage urbain si riche que le nouveau souffre inévitablement de la comparaison avec l\u2019ancien.Tout ce qui a pu être expérimenté en termes de programmes innovants, ou au contraire des pastiches «rétro», l\u2019a été dans les villes nouvelles, et pourtant la masse des jeunes habitants de la banlieue continue d\u2019être drainée vers le centre de Paris pour leurs loisirs, notamment vers cette greffe de l\u2019aménagement moderne que constituent le plateau Beaubourg et le Forum des Halles.Le bilan de la rénovation des lieux publics dans une ville ancienne est donc globalement positif quant à l\u2019attraction d\u2019une foule conséquente de visiteurs, malgré les déplorations des nostalgiques qui vantent toujours les vertus conviviales des «villages» du Paris d\u2019antan.Mais, c\u2019est en banlieue et dans les grands ensembles que s\u2019aggravent les dysfonctionnements de la vie publique.8 La foire de Gonesse, le marchand de chansons, gravure de Moreau le Jeune (Bibliothèque Nationale, Paris).WÆ.wm.; ~ v- Au Québec, les débats d\u2019idées semblent être plus nuancés, entre lestenantsdu modernisme et ceuxdu «culturalisme».Dans le cadre d\u2019un modernisme nord-américain déjà bien ancré à Montréal, on a vu au fil des années s\u2019affirmer le rôle attractif des places et des rues conformes au schéma européen de l\u2019animation diffuse et linéaire (petites boutiques et cafés égrenés le long du trottoir, paropposition au centre commercial, au grand magasin ou à la zone piétonnière, coupés de la rue).On peut même parler d\u2019une tendance inversée par rapportàce qui s\u2019est produità Paris puisque l\u2019engouement du public montréalais pour la rue Saint-Denis, puis la rue Saint-Laurent, s\u2019est consolidé au furet à mesure que se réalisait le programme parisien d\u2019un centre commercial, piétonnier et en partie souterrain, plus conforme au modèle nord-américain, avec quelques décennies de retard sur les autres pays développés.Cependant, le sort plus ou moins heureux de tel ou tel type de lieux publics, dont la rencontre avec les usages, ou au contraire avec une absence d\u2019usage, déjoue presque toujours les prévisions et les intentions des aménageurs, ne doit pas nous dispenser d\u2019une réflexion plus théorique sur la dialectique entre la forme et le sens de l\u2019espace public.On l\u2019a vu, toutes les solutions, àterme, se valent.Il y aurait comme une équivalence ou une indécidabilité quant au choix des formes urbaines et de la nature des équipements qui ont pour vocation de redonner un nouveau souffle à la vie publique.Sous le mandat de la Gauche en France, tout y est passé: on a promu les zones piétonnes puis on a «dépiétonnisé» avec autant de conviction; on a tour à tour donné plus de crédibilité à la création marchande et industrielle (la mode et les dérivés de la culture pop et rock) et plus de crédits à la culture «légitime» autrefois suspectée d\u2019accaparer beaucoup de ressources collectives pour le seul plaisir d\u2019une élite (le retour en force de l'opéra avec la création de l\u2019Opéra de la Bastille et le réaménagement de l\u2019Opéra de Lyon par Jean Nouvel); on a décentralisé et dispersé les «événements» culturels tout en recentralisant sur les «grands chantiers du Président» (dont la Bibliothèque de France et le renforcement des grands musées parisiens, tandis que la Fête de la Musique et les festivals régionaux comme celui de Montpellier ont redonné aux habitants le goût des manifestations locales).En un mot, les temps ne sont plus à la querelle idéologique entre les modernes et les nostalgiques, entre culture populaire et culture élitiste, mais au métissage et à l\u2019hybridation, à l\u2019instar de l\u2019implantation audacieuse de monuments résolument contemporains sur les hauts-lieux de l\u2019architecture classique, comme les colonnes Buren au Palais-Royal ou la Pyramide du Louvre.Ainsi dans le mélange des genres - compromis pragmatique face à l\u2019indécidabilité des choix politiques et des arguments idéologiques - tout le monde y trouve son compte, excepté les Finances publiques (eh oui! rentabilité ne rime pas avec Culture, même quand celle-ci mange aux deux râteliers du contribuable et du consommateur) et ceux qui se résignentà rester devant leur télévision, parce que le prix du «spectacle vivant» et de l\u2019expresso dans les cafés ne sont plus à la portée de leur bourse.Tiens! on a oublié de se pencher sur un détail des statistiques, dans cet euphorique bilan des «cent fleurs» de laculture «new âge».Il semblerait que les cafés en France ne se portent pas bien, quelque mille débits de boisson disparaissent chaque année, sans compter la crise du cinéma en salle.Les cafés les plus menacés sont ceux qui refusent de servira manger en restant dans la bonne tradition du café de sociabilité, comme ils étaient à l\u2019origine au siècle des Lumières, ou encore dans l\u2019esprit du «café du commerce» où les prolétaires se retrouvent autour d\u2019un verre.Cette transformation imperceptible des cafés en cantine de circonstance signifie que ce qui reste du loisir de sociabilité est en train de disparaître au profit d\u2019un loisir de consommation.La culture elle-même accroît son emprise sur toute la sphère du temps libre pour autant qu\u2019elle nous propose des produits à consommer en nous exonérant de l\u2019effort de se lier ou de discuter avec l\u2019Autre.Bientôt, le citoyen moyen, surtout quand il a charge de famille, ira plus naturellement au musée qu\u2019au café, à en croire les chiffres concernant lafréquentation de l\u2019Art.Une proportion croissante du temps libre est consacré aux activités de culture et de communication sans que pour autant les individus en retirent une expérience relationnelle plus riche.Tel est le paradoxe de la vie publique moderne: toujours plus d\u2019espace pour la parole et l\u2019expression démocratique, toujours plus de prothèses pour l\u2019échange d\u2019information et de signes, mais aussi toujours cette difficulté latente d\u2019entreren contact et d\u2019échangeravecl\u2019Autre, qui a pour nom solitude.Devant une telle perspective, quelle serait la nature de l\u2019expérience qu\u2019on peut vivre dans un espace public?À la question «à quoi sert un espace public?», tout le monde répondrait avec une belle unanimité: à communiquer.Mais alors, que fait-on d\u2019autre dans chaque séquence de la vie privée et du travail sinon communiquer! Au téléphone, devant la télévision devenue interactive, dans les séances d\u2019activité créative ou de vie associative qui, paraît-il, saturent les agendas des Québécois au point que pour rencontrer un ami il faut chercher un moment opportun, intercalé entre les tâches ménagères et les multiples activités de chant, de musique, de sport ou de théâtre auxquelles l\u2019on s\u2019adonne avec constance pourcombler l\u2019angoisse du vide et de la solitude.S\u2019il est vrai que les activités organisées constituent un réel facteur de socialisation, la place excessive que prennent les activités de communication maquillées en exercices de créativité ou d\u2019altruisme marque la baisse de l\u2019autonomie du loisir collectif, dont le sens ne cesse d\u2019être colonisé par la morale productiviste et l\u2019idéologie de la performance.La morale productiviste est à ce point ancrée dans les valeurs modernes que la communication elle-même, si prégnante dans les séquences detemps libre, est perçue et valorisée comme du travail: un travail de requalification de l\u2019intelligence, des compétences, du savoir.Communiquer utile, tel est le message publicitaire que la communication s'applique à elle-même pour stimuler son expan- sion industrielle.Cet impératif de l\u2019efficacité sinon de la performance, qui a d\u2019abord influencé une conception du bien-être hors du travail (essor des industries du corps, «body-building» et pratiques dérivées de la danse ou de la gymnastique), après avoir promu la quête de l\u2019hygiène mentale (l\u2019expansion des séances de psychothérapie selon le credo qu\u2019il faut être bien dans son corps et dans sa tête pour pouvoir être socialement intégré), s\u2019étend enfin à toute la vie relationnelle des individus et investit la totalité de leur temps disponible, dans une époque hypermédiatisée où l\u2019on tend à confondre communication et sociabilité.C\u2019est par la dissociation de ces deux termes qu\u2019on peut seulement commencer à penser l\u2019espace public.Or c\u2019est exactement le parti pris inverse quia été prôné dans les politiques d\u2019équipement public de la dernière décennie, où l\u2019on a assisté à l\u2019implantation des consoles vidéo, de bornes de vidéotex et autres nouvelles technologies appliquées au jeu ou à la consultation, sur les quais du métro (l\u2019expérience avortée de TUBE à Paris), dans les halls d\u2019attente des musées ou des gares, dans divers lieux de déambulation.Pour en venir à la spécificité de l\u2019expérience qu'on peut vivre dans un espace public qui soit de nature à le distinguer des deux autres pôles dominants de l'existence humaine - l\u2019espace domestique et l\u2019entreprise-on peut essayer de le définir comme un «espace sans emploi» (selon une expression de Georges Bataille: «des choses sans emploi»).Des lieux sans emploi au sens du désoeuvrement, du chômage ou de la vacance, mais aussi sans «mode d\u2019emploi», à l\u2019inverse de ces sites si chargés d\u2019histoire, de signification ou de programmes d\u2019activité qu\u2019on ne peut les appréhender qu\u2019à la manière d\u2019un touriste, armé d\u2019un guide afin de ne pas passer à côté des «choses à voir» ou «à faire».Ni familier ni exotique, ni utilitaire (fonctionnel), ni symbolique, voilà une définition de l\u2019espace public difficile à concevoir pour des architectes.Car il faut éviter que la qualité du lieu ne s\u2019interpose entre l\u2019homme et son entourage.La vocation de l\u2019espace public n\u2019est pas de produire une interaction entre l\u2019homme et le cadre bâti (à la manière de son rapport à un paysage, une oeuvre d\u2019art ou une machine de vision), mais de provoquer des relations entre des hommes.Or le contexte le plus favorable à la prise de contact entre des inconnus, c\u2019est un endroit suffisamment dépouillé de contenu propre, déprogrammé en quelque sorte, dans la mesure où le programme intègre des mémoires, des récits et du sens virtuels, voire prémédités, que le public convoque par le moyen d\u2019un support, celui-ci pouvant être du matériau bâti (architecture), une surface picturale ou scripturale (peinture, photo, texte), ou bien un écran (informatique).À cet égard, l\u2019architecture ne peut plus aujourd\u2019hui être traitée comme une infrastructure purement matérielle, mais comme un support médiatique à part entière, dans la mesure où les formes spatiales qu\u2019elle produit informent les pratiques sociales de la même manière que n\u2019importe quel autre média.Pas plus que le journaliste, l\u2019urbaniste ou l\u2019architecte ne peut-il se soustraire à la responsabilité éthique de son «écriture», laquelle n\u2019est pas seulement une affaire de goût ou de style.Déprogrammer les lieux publics pour que la collectivité puisse enfin retrouver le goût du temps vacant qui constitue la valeur la plus dépréciée delà culture occidentale depuis l\u2019avènement de la société bourgeoise, en étant vécu comme unfacteur de culpabilité.Laplace, la rue ne retrouveront leur vitalité intrinsèque qu\u2019en accueillant des gens qui ne jouent pas à être occupés, masquant par leur frénétique activité et leur zèle à s\u2019informer ou à se cultiver la peur du manque, l\u2019inavouable besoin des autres.Voyez comme on se barricade dans les situations publiques, qui se lovant au creux de son casque de walkman, qui se retranchant derrière un livre ou un journal, qui pianotant sur son agenda électronique, chacun s\u2019efforçant de se forger laborieusement un quant-à-soi.C\u2019est là le lot commun des circonstances collectives où l\u2019on est censé perdre son temps, comme dans les transports ou les aéroports.Qu\u2019on ajoute à ce cadre ordinaire de la vie publique quelques autres sources d\u2019attrac 9 L ESPACE PUBLIC waa ce® W«:C;\t)»:\tK- i ï'S.XCU-i JTA b f'jJH i\t*/-\u2022 '\t13 î% Les galeries du Palais-Royal en 1815.Aquarelle de Opiz (René Minoli).tion ou de programmation culturelle, quelques nouveaux gadgets de la panoplie «high-tech» destinés à stimuler la créativité du peuple, et le public ne demandera pas mieux que de troquer ses bulles de réception individuelle pour des alibis collectifs: entre le public isolé du petit écran domestique et celui d\u2019une exposition ou d\u2019une conférence il y a, hélas, peu de différence quant à la possibilité d\u2019une interaction entre les membres de l\u2019assemblée.On y vibre un peu plus à l\u2019unisson mais on ne s\u2019y rencontre pas.De la communion, oui! ça on sait faire! La grande messe c\u2019est même laseule recette qui marche au regard de la vaste fabrique de «stars» qui nous tient lieu d\u2019identification communautaire.Mais dans ces publics rassemblés autour des messes profanes du showbizou de laculture marchande, dont les regards sont aimantés vers une idole, une performance ou une oeuvre d\u2019art, peut-on voir circuler quelque chose qui soit de l\u2019ordre du désir, un échange de regards, une ébauche de séduction même verbale, une tentative de causerie même avortée, bref, une promesse d\u2019aventure ou de rencontre?À cet égard, la mission d\u2019un équipement collectif ou d\u2019un lieu d\u2019accueil public ne réside pas dans sa force de proposition et de formation visant à construire une identité communautaire - une tâche dont s\u2019acquitteraient d\u2019ailleurs fort bien les médias virtuoses dans l\u2019art du consensus -mais consisterait plutôt à renvoyer le public à lui-même, à ses manques, à ses absences, à son attente.En un mot, à sa dramaturgie propre.En quoi consiste cette dramaturgie inhérente à la mise en scène de la vie quotidienne que nous avons perdue au profit des industries du spectacle?Les architectes et urbanistes vont-ils continuer à parler de scénographie urbaine sans définir précisément ce qui, dans la ville, est censé être en représentation?Qu\u2019est-ce-que le theatromundiqui pousse le citadin à rechercher la compagnie anonyme de lafoule depuis le déclin de la Cour royale au XVIIIe siècle, du mondain de Diderot (Le Neveu de Rameau) à la splendeur du demi-monde de Balzac, du promeneur romantique aux dandys baudelairiens surnommés alors les «Lions du boulevard», des «Incroyables» et des «Muscadins» de la Révolution aux jeunes «Punks» contemporains qui en revendiquent d\u2019excentricité dans la coiffure et le vêtement?Pour ceux-là, la «scénographie urbaine» n\u2019était pas une affaire d\u2019esthétique du bâti ni de mobilier urbain ou d\u2019ornement minéral.C\u2019était le plaisir que la foule prenait à se mettre en représentation et à jouir de sa propre visiogénie et de sa pulsion exhibitionniste sur des planches de fortune et des remblais dans les faubourgs, où se tenaient, en plein hiver, les quadrilles échevelés du bal romantique, dans les galeries étroites et sombres des premiers passages cou- verts où les dandys promenaient une tortue en laisse pour marquer ostensiblement leur luxe de désoeuvré.En ce temps-là, si l\u2019on préféraitaux salons mondains et aux loges de théâtre le spectacle de la rue, c\u2019est que rien n\u2019égalait la «comédie de l\u2019habit», selon l\u2019expression de Balzac.C\u2019est dans la rue «qu\u2019on observe la comédie de l\u2019habit.Autant d\u2019hommes, autant d\u2019habits différents; et autant d\u2019habits, autant de caractères! On ne fait pas deux boulevards sans rencontrer un ami ou un ennemi, un original qui prête à rire ou à penser, un pauvre qui cherche un sou, un vaudevilliste qui cherche un sujet, aussi indigents mais plus riches l\u2019un que l\u2019autre» (Histoire et physiologie des boulevards).La scène urbaine est directement inspirée des principes de la société baroque, dans laquelle la modernité a puisé le primat du regard, de l\u2019apparat et de l\u2019apparence qui a constitué le nerf de la sociabilité urbaine, pour le peuple comme pour les élites.Mais notre société démocratique, dans sa visée égalitaire, ne peut reconnaître les vertus et les vertiges du theatro mundi, car celui-ci se fonde sur la concurrence qui oppose l\u2019individu à la foule, celle-ci servant de faire-valoir et sublimant celui-là, poussant à leur paroxysme les valeurs de distinction et de différence.Trop puritains pour nous donner en spectacle, trop démocrates pour oser nous distinguer par lefaste vestimentaire (ceci est d\u2019ailleurs plus vrai pour les Québécois que les Français), trop convaincus ou trop incertains de notre «personnalité» pour vouloir prendre des masques et nous travestir, trop gavés d\u2019intimité freudienne et de drame analytique pour connaître la légèreté de la comédie, nous condamnons la scène urbaine à être une coquille vide, faute d\u2019acteurs.De quels subterfuges peuvent disposer les architectes pour briser ces tabous, et réinventer une scénographie urbaine qui appelle la démesure baroque, puisque telle est, semble-t-il, la filiation philosophique et esthétique assumée par ladite postmodernité.NOTICE BIOGRAPHIQUE Sociologue et urbaniste, diplômée de l\u2019Institut d\u2019Urbanisme de Paris, Université de Paris XII, Chantal de Gournay est présentement chargée de recherche au Centre National d\u2019Études des Télécommunications (Département Usages sociaux de laTélécommunication).Elle s\u2019intéresse à l\u2019étude du changement social et de l\u2019évolution des modes de vie en relation avec l\u2019essor des nouvelles technologies de la télécommunication (téléphone cellulaire et téléphone sans fil, télématique, mutations de latélévisionetde ses publics.).Madame de Gournay prépare en ce moment un ouvrage sur le rôle de l\u2019espace public dans la genèse de la modernité, du XVIIIe siècle à nos jours.QUELQUES ÉLÉMENTS BIBLIOGRAPHIQUES EN RAPPORT AVEC L'ESPACE PUBLIC BRAHAM, Allan, L\u2019architecture des Lumières.De Soufflot à Ledoux, Paris, Berger-Levrault, 1982.BUCI-GLUSCKSMANN, Christine, La folie du voir.De l\u2019esthétique baroque, Paris, Galilée, 1986.COR BIN, Alain, Le territoire du vide ouïe désir du rivage en Occident, Paris, Aubier, 1987 (concernant le voyage, le tourisme et le cosmopolitisme).DE BALZAC, Honoré, Histoire et physiologie des boulevards de Paris, Paris, Hervas, 1989.DE LANGLE, H-M., Le petit monde des cafés et débits parisiens au XIXe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 1990.FARGE, Arlette, Dire et mal dire.L\u2019opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 1992.FERRÉ, Felipe, L\u2019aventure du café, Paris, Denoël, 1988.GASNAULT, François, «Les salles de bal du Paris romantique; décors et jeux de corps» in Romantisme, n° 38,1982.GAUTHIER, M.V., Chanson, sociabilité et grivoiserie au XIXe siècle, Paris, Aubier, 1992.GEIST, J.F., Le passage, un type architectural du XIXe siècle, Paris, Pierre Mardaga, 1989.GILLET, Charlie, The sound of the City.Histoire du rock\u2019n roll, Paris, Albin Michel, 1986.HABERMAS, Jürgen, L\u2019espace public.La publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1978.(1962 pour l\u2019édition allemande).HABERMAS, Jürgen, «L\u2019espace public, 30 ans après» in Quaderni, no 18,1992.PARENT-LEGARDEUR, Françoise, Les cabinets de lecture.La lecture publique à Paris sous la Restauration, Paris, Payot, 1982.POUGNAUD, Pierre, Théâtre: quatre siècles d\u2019architecture et d\u2019histoire, Paris, Éditions du Moniteur, 1980.SENNET, Richard, Les tyrannies de l\u2019intimité, Paris, Seuil, 1979.SENNET, Richard, La ville à vue d\u2019oeil, Paris, Plon, 1992.WOLTON, Dominique, Élogedugrandpublic, unethéoriecritiquede la télévision, Paris, Flammarion, 1990.10 LA PLACE PUBLIQUE À MONTRÉAL IMPAIR PA R R F ET MANQUE JACQUES ROUSSEAU, ARCHITECTE Cet article reprend une communication de l\u2019auteur prononcée à l\u2019occasion du colloque La place publique dans la ville contemporaine, qu\u2019organisaient en septembre 1992 l\u2019Association Française d'Action Artistique (AFAA) et le département de Design de l'UOAM à IAgora de la danse.(Voir ARQ 70) Hasard, malchance ou fatalité, c\u2019est dire la fragilité de la mise.A Montréal, certains espaces publics en font la preuve, non pas que l\u2019enjeu soit sans fortune critique, mais parce que ces espaces misent surtrop gagner du passé pour y perdre dans i\u2019actualité et le devenir.Place des Amériques, réalisée récemment (intersection boulevard Saint-Laurent et rue Rachel), propose une arche vaguement sud-américaine sur fond Paris Star, des pavés et des bancs, de la pelouse, des arbres et le soleil d\u2019avant-midi seulement! Où sont les «Latinos» et les autres?Au parc Jeanne-Mance.au «foot».Au monument des «tam-tam», sous les ailes d\u2019un ange, à l\u2019événement, dans la disponibilité.voilà! Qu\u2019est-ce qu\u2019une place?Qu\u2019est-ce que la ville contemporaine?Depuis 1990, le gouvernement du Québec et l\u2019Office de la langue française diffusent un dépliant ayant pour but de dissiper la confusion sur l\u2019usage du mot «place» dans le langage des gens.On peut y lire la définition suivante: En géographie urbaine, le terme «place» ne peut servir qu\u2019à désigner un espace découvert et assez vaste sur lequel débouchent ou que traversent ou contournent une ou plusieurs voies de communication et qui parfois est entouré de constructions ou peut comporter un monument, une fontaine, des arbres ou autres éléments de verdure.Une illustration d\u2019une place et de son environnement vient appuyer le discours didactique du dépliant par une dimension visuelle et établie, sans équivoque, la relation entre le terme «place», ses caractéristiques spatiales et ce qui peut composer son entourage.Reconnaissons dans cette initiative un effort appréciable au plan linguistique mais attardons-nous encore quelques instants sur cette illustration pour la lire plus en profondeur et réfléchir sur la ville.S\u2019adressant à la population en général, cette image tend à représenter la place sous la forme la plus simple et la plus typique qui soit, y donnant ainsi laplus grande accessibilité possible au plan du langage urbain.Mais au-delà de son rôle descriptif, cette illustration pose la question du modèle.En effet, si on accepte pour un instant cette hypothèse, c\u2019est globalement un mode de vie urbaine qu\u2019il nous est ici proposé de voir et, ultimement, le modèle que l\u2019on pourrait reproduire, tant pour former la place que pour former la ville.Cette image frappante ne sera pas sans laisser perplexe l\u2019observateur le plus progressiste, sinon le plus libéral qui soit, car ce n\u2019est certes pas le seul modèle que nous ayons.Néanmoins, nous devons constater qu\u2019il est le plus diffusé, tant chez la population en général que chez la communauté professionnelle.À preuve, ce dépliant de l\u2019Office de la langue française ainsi que toute l\u2019approche du design urbain que nous connaissons et qui forme la ville suivant ce modèle historique.Mais qu\u2019en est-il de la ville contemporaine, qu\u2019en est-il de la place?Aujourd\u2019hui, au Québec, à Montréal, émerge une culture de la place qui s\u2019éloigne sensiblement du modèle décrit ci-haut.Cette nouvelle culture trouve certaines de ses racines au sein des slogans populaires des années soixante et soixante-dix, «Le Québec aux Québécois» et « Québécois, dans la rue».Ces appels à la population ouvraient la voie à l\u2019appropriation de l\u2019espace delà rue pour l\u2019investir du sens du rassemblement.De fait, les fêtes nationales et les fêtes de quartier, les défilés, les marathons et les tours de ffle, les fêtes des neiges, les feux d\u2019artifices, les festivals du jazz, du rire et du cinéma, les ventes sur rue et autres braderies sont autant de signes d\u2019une culture des rassemblements qui dorénavant auront lieu dans la mobilité.Émerge donc une culture de l\u2019espace public qui nous mène à penser qu\u2019aujourd\u2019hui, le concept de place se fonde dans l\u2019événement plus que dans la durée et qui, du point de vue du projet, transforme radicalement la nature des gestes que l\u2019architecte aura à poser.Ainsi s\u2019ouvre le temps du travail sur le temporaire mettant en veilleuse celui qui est exercé sur le permanent.De l\u2019état de mobilité de la place, du fait qu\u2019on latransporte avec soi, une nouvelle culture matérielle voit le jour.Collage photographique.Présence du temporaire sur le permanent (Photo: Jacques Rousseau).Se manifestent l\u2019apparition et la disparition des usages périphériques de la place.Se déballent les abris, les tentes, les kiosques, les clôtures, les toilettes et les poubelles.puis on remballe.Tout pour le temps d\u2019une place.Tout pour le temps d\u2019une caravane urbaine.De ces deux expressions de la culture de la ville, l\u2019une historique et savante, l\u2019autre actuelle et spontanée, il apparaît essentiel de s\u2019interroger sur la seconde.En effet, la condition de la mobilité appliquée à la question de l\u2019espace public pose des défis appréciables aux concepteurs d\u2019aujourd\u2019hui.Pour n\u2019en nommer qu\u2019un, le phénomène culturel de l\u2019apparition et de la disparition des lieux communs dans la ville, lors des grands rassemblements, incite à réfléchir et à se positionner vis-à-vis de la nature des aménagements urbains temporaires qui les accompagnent.À cet égard, il ne sera pas question ici de faire le procès de ces aménagements mais plutôt de chercher à définir le rôle que peut jouer l\u2019architecture dans ces nouveaux contextes.A priori, on pourrait croire que la notion fascinante de la mobilité porterait l\u2019architecture à refaçonner tout l\u2019appareillage associé aux usages périphériques des événements, pour les rendre possiblement meilleurs ou plus spectaculaires.Mais unetelle approche risquerait d'étouffer les qualités carnavalesques propres à ces événements et ne stimulerait en rien un débat de fond sur le rôle de l\u2019architecture et des architectes au sein de cette nouvelle culture dans la ville.Cette hypothèse d\u2019un rôle très visible étant écartée, c\u2019est plutôt dans un rôle de «subordonné», moins visible et moins spectaculaire, que l\u2019architecture saurait le mieux incarner les valeurs qu\u2019elle estime toujours vraies dans toute les situations où les foules se rassemblent et contribuent à façonner le nouveau visage de nos villes Se trouve dès lors posée l\u2019hypothèse du travail de création d\u2019une architecture simple, silencieuse et vigilante, favorable à une nouvelle culture de la place publique.Une architecture entre la ville et l\u2019événement.Une architecture entre la ville et la caravane.Une architecture sous-entendue.NOTICE BIOGRAPHIQUE Associé principal de la Société d\u2019architecture Fortin et Rousseau et Prix de Rome du Conseil des arts du Canada, Jacques Rousseau est actuellement professeur invité au Département de design de l\u2019Université du Québec à Montréal.Depuis plus de dix ans, il vise à mettre au point un travail de recherche et d\u2019application dans les domaines urbain et architectural.Ses études théoriques sur la ville et sa participation à des projets et concours soutiennent l\u2019idée d\u2019une architecture civique et conviviale alliant urbanité et humanité.1 1 L ESPACE PUBLIC LE VIEUX-PORT DE MONTRÉAL UNE ETAPE DÉCISIVE POUR UN GRAND ESPACE PUBLIC GEORGES ADAMCZYK PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT DE DESIGN DE L'UQAM Propriétaire et bailleur de fonds Travaux publics Canada Maître d'ouvrage La Société du Vieux-Port de Montréal inc.Direction de la construction et de l\u2019aménagement Gilles Blais, directeur, études et construction Pierre Beaudoin, directeur adjoint, études et construction Victor Lambert, directeur de l\u2019aménagement Avec la participation de SNC-Lavalin, support de gestion L\u2019équipe archéologique dirigée par Pauline Desjardins Équipe de design Direction Aurèle Cardinal, architecte et urbaniste Réalisation Cardinal et Hardy, architectes Plan directeur Cardinal et Hardy, architectes Peter Rose, Architectes Groupe Lestage, JLP et associés En collaboration avec Alex Krieger, Architect George Sexton Associates, consultant en éclairage Peter Walker and Partners, Landscape Architecture inc.Experts-conseils en architecture et design Pluram inc., architecture du paysage Parent, Latreille et associés, architecture du paysage Les architectes Simon Cayouette et Lucien Chartrand et associés Les architectes Gilles Huot et Louis-Joseph Papineau Luc Laporte, architecte Morelli Designers inc., designer industriel Experts-conseils en environnement Dessau Environnement Ltée SNC Environnement Autres consultants Arsenault, Goudreault, Alarie Bélanger, Legault Communications Design Ltée Denis Farley, photographe Raymonde Gauthier, historienne Sodem 1 agss 1 «S»1! ¦w Au cours de l\u2019été 1992, Montréal retrouvait enfin sa «Place maritime».Dans une ambiance de fête nourrie d\u2019activités bien programmées pour les célébrations du 350e anniversaire de la Ville, les citoyens et les visiteurs affluaient en nombre record pour prendre possession de ce site, libéré et réenchanté par les soins d\u2019une équipe de concepteurs et d\u2019experts orchestrée par l\u2019architecte Aurèle Cardinal.De quoi confondre les sceptiques qui n\u2019ont pas manqué de ponctuer d\u2019interrogations critiques le processus laborieux d\u2019un grand projet entamé au milieu des années soixante-dix (1 ).TRAVAUX À plus d\u2019un titre, cette réalisation aura marqué les idées et les pratiques des disciplines de l\u2019aménagement.Les avatars d\u2019un urbanisme dominé par les stratégies immobilières ont caractérisé les premières orientations de la Société du Vieux-Port.Jean-Claude Marsan les analyse judicieusement, dans un ouvrage récent sur l\u2019aménagement urbain (2).Il y écrit: «l\u2019urbanisme promoteur aura coûté à la communauté très cher en énergie, en temps et en argent et rien de tout cela n\u2019est vraiment récupérable».Mais, il fallait sans doute que la durée et la récession concourent ensemble à l\u2019affaiblissement des appétits fonciers pour permettre la tenue de deux consultations publiques successives, rétablissant ainsi, face aux pouvoirs économiques, tout le poids des valeurs démocratiques.Le projet de réhabiliter les terrains du Vieux-Port, victimes delà déprise industrielle, trouvait alors son sens dans la demande sociale qui s\u2019exprimait clairement pour une appropriation du site à des fins exclusivement publiques.L\u2019idée de restituer les liens qui unissaient la ville et le fleuve au moment de l\u2019apogée du Port, se frayait alors un chemin parmi une collection de visions d\u2019architectes (3).Le Vieux-Port s\u2019offre maintenant comme un vaste espace public, un lieu majeur dans la cité, l\u2019égal du parc du Mont-Royal et des îles.Dans le préambule de la conférence qu\u2019il donnait en mars dernier à l\u2019École d'architecture de l\u2019Université de Montréal, Alan Knight nous conviait à une véritable transformation de notre conception des «travaux publics» (4).Comme si la superstructure retournait à son avantage le déclin de l\u2019infrastructure.Dans une période difficile, comme celle que nous traversons, la possibilité d\u2019un «new-deal» axé sur des grands projets d\u2019utilité publique doit s\u2019appuyer sur une forte intervention des acteurs qui agissent dans le cadre des appareils gouvernementaux tout autant que sur de larges consultations publiques.C\u2019est probablement une des leçons de cette réalisation.Bien qu\u2019elle ne relève pas des services municipaux, elle n\u2019en demeure pas moins le produit de l\u2019action des pouvoirs publics.Que ce soit dans le passé, l\u2019implantation de grands équipements au coeur du secteur est du centre-ville, le percement de l\u2019autoroute Ville-Marie, ou encore actuellement, la proposition de déménager l\u2019Hôtel-Dieu, le moins que l\u2019on puisse dire à leur propos, c\u2019est que ces «travaux publics» font peu de cas de la qualité du cadre de vie des Montréalais.Souvent relégué à la rubrique des accessoires urbains, soumis aux élans contradictoires des intérêts politiques tout autant qu\u2019aux logiques aveugles des spécialistes liges et des services techniques, l\u2019espace public appelle une révision de nos manières de faire.Le Vieux-Port ainsi que la rue de la Commune illustrent bien cette approche nouvelle et l'on ne peut qu\u2019espérer voir ce souci de la culture urbaine imprégner davantage les choix et les décisions politiques tout comme les formes d\u2019interventions adoptées par les équipes qui les mettront en oeuvre.POÉTIQUES Pour Pierre Sansot, la dénomination «espace public» se conjugue à la première personne.L\u2019espace public, dit-il, c\u2019est «tout espace où je me sens à l\u2019aise, dans lequel je perçois chez les autres le même sentiment de bien-être et où je n \u2019ai pas à justifier ma présence.Je m\u2019y trouve parce que tel est mon bon plaisir ou parce que je m\u2019acquitte d\u2019une tâche qui ne regarde que moi.En conséquence, dès qu\u2019un d\u2019entre nous se trouve en instance d\u2019être interpellé, l\u2019espace public manque à sa vocation» (5).La mise en évidence des sujets, là où s\u2019entremêlent les interprétations du «public» et du «privé», permet d\u2019aborder l\u2019espace public sous l\u2019angle de l\u2019appropriation plutôt que sous celui de la désignation.C'est le propre de l\u2019attitude contemporaine que de teniràdistance les stéréotypes, lesfiguresacadémiques ou encore les solutions de quelque «croque-crayon», aussi éblouissant soit-il.Le «génie du lieu» se substitue à la priorité accordée aux fonctions et aux attributions statistiques.La mémoire collective comme fond de culture commune des cultures singulières supplante le monumental et le commémoratif établis par décrets.Tout comme pour le square Berri, l\u2019architecture paysagère du Vieux-Port joue surde multiples perceptions ettravaille à induire des pratiques latentes plutôt qu\u2019à ne prescrire que des pratiques reconnues.L\u2019ensemble se présente comme une suite de petits récits ayant pour thèmes l\u2019histoire du lieu, son caractère et les usages contemplatifs et récréatifs qu\u2019il peut inspirer et cela sans les limiter.Malgré l\u2019échelle du projet, due à son étendue autant qu\u2019à sa position entre le fleuve et la ville, les architectes ont parfaitement maîtrisé l\u2019unité et la diversité qui permettent d\u2019harmoniser l\u2019ordre du paysage avec la poétique des usages.Lorsque je me trouve au Vieux-Port, je m\u2019y sens bien et il me semble que ce sentiment, je le partage avec ceux que j\u2019y croise, quelle que soit la saison.Selon Georges Baird, les doctrines modernistes de l\u2019espace public ont été progressivement confrontées aux notions de «mobilité», de «pluralité», et d\u2019«historicité» (6).Les débats menés au sein des C.I.A.M.et, plus tard, ceux auxquels se sont livré les membres de Team Ten et leurs successeurs, ont fait voler en éclats les principes fonctionnalistes et leur application mécaniste aux réalités de la ville.Les contributions américaines à l\u2019idée d\u2019une architecture populaire, contributions moins puritaines face auxtravestissements commerciaux de la culture, l\u2019apport des rationalistes européens opposant la réhabilitation de la ville classique aux modèles des grands ensembles anonymes, précipitèrent le recul définitif de «la table rase» et de la collectivité utopique, l\u2019une comme terrain et l\u2019autre comme rêve d\u2019une pratique architecturale aux premières lignes de la révolution sociale.Aujourd\u2019hui, en quête de légitimité et de crédibilité, pour le temps présent et pour la culture vécue, l\u2019architecture des espaces publics ne vise plus à réduire le passé au silence.Elle «installe la vie», elle pose le décor.Elle se veut vraisemblable, elle parle un langage acceptable, bien ancré dans l\u2019imaginaire local.Elle s\u2019attache à rétablir les liens particuliers des citoyens à leurs lieux publics par des formes ouvertes plutôt qu\u2019à promouvoir une vision universelle de la chose publique et à l\u2019enfermer dans des formes intransigeantes.C\u2019est dans ce rapport dialectique entre l\u2019oeuvre et ses publics que se situe le territoire des recherches et des propositions esthétiques menées par les architectes du Vieux-Port.On pourrait dire qu\u2019ils ont choisi de stimuler la poétique plurielle des sujets plutôt que d\u2019empailler leurs créations dans des objets trop abstraits et condamnés à la solitude.Sans doute, tout comme nous, ils n\u2019auront jamais l\u2019assurance d\u2019avoir raison, mais dans la mesure où l\u2019espace public nous tient 12 1.\tLe port en 1932, Archives de la Société du Vieux-Port.2.\tComposantes de la «place maritime», Consultation publique 1986.3.\tLe plan directeur final, 1992.L\u2019installation de ce musée dans l\u2019ancien poste de police est souhaitable tout comme l\u2019est, par ailleurs, l\u2019occupation future du hangar n°l6.À défaut d\u2019un programme pertinent, on songe ici à la possibilité d\u2019élever de grandes serres semblables à celles qui viennent d\u2019être réalisées pour le parc André-Citroën à Paris.Il faut voir l\u2019aménagement du Vieux-Port comme une première étape d\u2019un travail ouvert à d\u2019autres écritures poétiques, respectueuses de ce qui vient d\u2019être accompli.Autour du Vieux-Port, déjà le Faubourg-Québec et le quartier des écluses annoncent un nouveau Montréal qui renouerait avec ses origines.Qui sait?Peut-être demain reconsidérerons-nous l\u2019implantation d\u2019une station de métro à proximité de la rue de la Commune?Mettrons-nous en oeuvre la revitalisation du canal de Lachine?Il s\u2019agit de projets qui ont tous en commun le souci de réunis autant qu\u2019il nous sépare, où il peut marier l\u2019ordinaire avec la fête, favoriser le banal sans lui refuser la dignité, l\u2019éclosion de toutes ces raisons suffit à faire taire le démiurge qui sommeille encore en chacun de nous dès qu'il s\u2019agit de dessiner la ville.ESPACES Le plan directeur élaboré en 1991 par l\u2019équipe de concepteurs se limitait à deux grands secteurs d\u2019intervention: le secteur des écluses à l\u2019ouest et le secteur Bonsecours à l\u2019est.Il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019écart entre le projet prévu et la réalisation.Plusieurs adaptations ont été nécessaires au fur et à mesure en raison des découvertes archéologiques et des obstacles techniques rencontrés durant les travaux.Mais elles n\u2019altèrent en rien la proposition générale, à l\u2019exception peut-être du traitement du bassin Bonsecours et de son îlot de verdure.Par contre, on peut regretter que le bassin de l\u2019Horloge n\u2019ait pu être complété tout comme l\u2019aménagement des traces du Silo n°2.Cependant, l\u2019ensemble garde la cohérence des directions indiquées et démontre sans compromis majeur l'intérêt de la méthode suivie (7).Le parti-pris de l\u2019identité du lieu fondée sur des composantes différenciées s\u2019avère très efficace.La déambulation permet de saisir des points de vue particuliers sur la ville, le port et le fleuve.Les échelles sont bien graduées.Du gigantisme des quais aux détails des bancs et des lampadaires, tout concorde au sentiment d\u2019une réelle domestication de l\u2019immensité du site.La juxtaposition dans l\u2019espace de «sociogrammes», à la fois diversifiés et unis par leurs liens aux activités portuaires, procède d\u2019une sorte d\u2019écriture parataxique qui donne au narratif sous-jacent la qualité d\u2019«une suite» bien servie par des variations paysagères.Une ambiance familière émane de la composition qui favorise bien ainsi le souci d'accessibilité et ses registres pratiques et symboliques, individuels et collectifs.L\u2019architecture des nouveaux édifices est d\u2019une grande sobriété formelle.Éloge de la structure industrielle, elle joue sur l\u2019épaisseur minimale et la transparence littérale, exposant le travail des éléments horizontaux et verticaux.Les points d\u2019effort au sol, les lignes de tension dans l\u2019espace, les articulations du squelette sont mis en évidence.Le dessin proportionné des membres métalliques, coulés d'une pièce ou soudés avec précision, les liaisons mécaniques apparentes, tout concourt à montrer la simplicité de la technique et à procurer un contraste esthétique saisissant entre la pesanteur des jetées et la légèreté des constructions qui y sont déposées et fixées.Évoquant les hangars et les chemins de grues, la silhouette du pavillon Jacques-Cartier se déconstruit dans l\u2019horizon.Les petits pavillons, dont les jambes scandent les chambres urbaines en enfilade du côté est, sont conçus comme les assises des grands dispositifs de levage.Par leurstabilité et leur régularité, ils renforcent la nature d\u2019artefact du terrain.La Maison des éclusiers se conforme à la mesure des bâtiments de fonction qui jouxtaient autrefois les écluses.C\u2019est une composition hybride qui reprend à la fois comme pivot et comme ancrage un unique silo circulaire auquel s\u2019accroche un grand toit qui s\u2019incline vers la ville.La maison instaure un dialogue avec les grands silos qui demeurent sur le site.Une élégante passerelle est suspendue au-dessus des différents plateaux formés par les niveaux de l\u2019eau.Elle constitue un lieu d\u2019observation sur la machine hydraulique tout en donnant à voir cette partie du port qui est toujours active.Ponts, passerelles, guérites d\u2019information, garde-corps et bastingage, bancs, bollards ou bittes d\u2019amarrage, lampadaires, etc., tous ces objets poursuivent en les déclinant les formes et les matériaux de l\u2019architecture des nouveaux édifices.Cela donne à l\u2019ensemble de l\u2019aménagement une qualité ornementale dont l\u2019ordre discret accompagne le promeneur, assure une appropriation publique du site et révèle la résistance du passé dont les couches sont bien mises en valeur par le traitement retenu des végétaux.La nuit, le paysage se modifie par les illuminations et adopte une dimension épique pour célébrer la présence de la ville sur le parcours du fleuve.Le pavillon qui se dresse sur l\u2019île du bassin Bonsecours a été dessiné par Luc Laporte.Par sa volumétrie et par sa couleur ocre, il tranche nettement avec ce paysage dans son désir de s\u2019imposer face à la relative fusion vers laquelle tendent les autres constructions.Malgré son souci de s\u2019inscrire dans la continuité de la petite jetée dont on a laissé saillir les fondations dans le bassin, les références urbaines semblent l\u2019emporter ici; ce que souligne la révision de l\u2019aménagement paysager qui, d\u2019un jardin aquatique plus contemplatif tel qu\u2019il était proposé, est devenu plus ordonné, pour prendre maintenant l\u2019allure classique du parc d\u2019agrément que l\u2019on retrouve au coeur des villes.Ce bâtiment, surdimensionné pour tenir l\u2019échelle du regard à distance, devient presque intrigant vu de près.La stylisation de son toit, détaché comme un grand signe, interpelle autant les coupoles qui ornent le ciel du Vieux-Montréal que la présence du dôme de Buckminster Fuller et celle du Calder à l\u2019arrière-plan.Sans doute, ce pavillon établit une certaine urbanité, un sens de la fête dont il faut reconnaître la valeur ludique à côté d\u2019autant de témoignages du labeur.En ce sens, il contribue à souligner l\u2019idée de latransformation du Vieux-port en un grand espace public appartenant à toute la cité.PROJETS L\u2019architecture du paysage et celle des édifices sont des exemples très stimulants et témoignentde la qualité de lacréation montréalaise.Avec la réalisation d\u2019un premiertronçon de la rue de la Commune et celle du musée de la Pointe-à-Callière, le quartier historique trouve un éclat contemporain qui en fait l\u2019un des lieux les plus vivants de Montréal.Ce travail mérite d\u2019être poursuivi.Que ce soit les hangars du quai King Edward ou la gare maritime sur le quai Alexandra, leur architecture vaudrait une réhabilitation leur restituant une présence symbolique appropriée à la nouvelle ouverture du site sur la ville.L\u2019esplanade doit être rapidement complétée.Pourquoi ne pas y favoriser des petites interventions paysagères faisant appel à la créativité de nos meilleurs concepteurs?On s\u2019interroge également sur le devenir d\u2019un musée du port.L\u2019accès du public aux archives de la Société du Vieux-Port constitue une facette importante de la démarche choisie pour l\u2019aménagement.l\u2019identité locale.Ainsi que l\u2019écrit Christophe Bayle: «Demain, la démocratie ne sera plus un mode de gouvernement, mais un mode d\u2019urbanisation.Le fait de mobiliser les identités locales indiquerait que la société compte sur l\u2019urbain pour mobiliser la démocratie» (8).Faut-il en dire davantage pour démontrer la valeur de progrès des projets urbains?Si le Vieux-Port est «la tortue» des grands projets, on doit comprendre l\u2019importance du temps et de la délibération comme facteurs inhérents aux objectifs démocratiques et ne pas trop s\u2019en plaindre, car «le lièvre olympique», lui, n\u2019a pas encore franchi la ligne d\u2019arrivée.NOTICE BIOGRAPHIQUE Georges Adamczyk, professeur au Département de design de l\u2019Université du Québec à Montréal, enseigne l\u2019histoire et les théories du design et de l\u2019architecture.Membre du groupe de recherche architecturale STUDIO CUBE, Il s\u2019intéresse depuis quelques années à la problématique du projet urbain.NOTES ET RÉFÉRENCES 1.\tVoir ARQ 29.2.\tMARSAN, Jean-Claude, «L\u2019aménagement du Vieux-Port: les avatars de l\u2019urbanisme promoteur», in «L\u2019aménagement urbain: promesses et défis», sous la direction d\u2019Annick Germain, Questions de culture n°l8, IQRC, Québec, 1991, p.27-58.3.\tVoir ARQ 54.4.\tConférence d'Alan KNIGHT, «Travaux publics et infrastructures», École d\u2019architecture de l\u2019U.de M., 18 mars 1993.5.\tSANSOT, Pierre, «Jardins publics», Paris, Éditions Payot, 1993.6.\tBAIRD, Georges, «The Space of Public Appearance», in «Metropolitan Mutations: The architecture of Emerging Publics Spaces», editor Detlef MERTINS, RAIC Annual n°1, Toronto, 1989, p.135-152.7.\tVoir ARQ 64.8.\tBAYLE, Christophe, «De la résistance au compromis urbain», in Hypothèses pour une troisième nature, Paris, Coracle & Cercle Charles-Rivière Dufresny, 1992, p.93-99.I 3 L ESPACE PUBLIC -w* 5îTOTn -»\u2014t ^\t'\"*' ?_ 3_ *5 \u2022F&Z# ITU* .a*»* jlSttSwEÊSI \u2022B]fc ivnlw njM LE SECTEUR DES ÉCLUSES Compte tenu des considérations urbaines, patrimoniales et récréatives, l\u2019aménagement du secteur ouest du Vieux-Port s\u2019inscrit dans la poursuite du parc linéaire du canal de Lachine.Cette orientation se double de la volonté de poser un premier geste permettant l\u2019utilisation du canal pour la navigation de plaisance.Le lieu permet le passage et l\u2019amarrage d\u2019un grand nombre de bateaux et l\u2019appropriation des berges par les plaisanciers.Cette fonction assure l\u2019animation du site.Le parti consiste à créer une narration historique servie par un langage contemporain destiné à répondre aux besoins actuels.La berge nord, liée à la fois à la rue et aux bassins navigables, devient une promenade au bord de l\u2019eau, plantée d\u2019arbres et rendue agréable par le mobilier, l\u2019éclairage et le bâtiment d\u2019accueil.C\u2019est un endroit animé où s\u2019entrecroisent les plaisanciers, les promeneurs, les cyclistes qui s\u2019intéressent aux mouvements des écluses ou observent le paysage.L\u2019îlot central privilégie la nature: bassins et écluses longent chacun de ses côtés.C\u2019est là que l\u2019on peut entrer pleinement en contact avec les plans d\u2019eau, où l\u2019homme se mesure à l\u2019échelle des canalisations réalisées pour les grands lacquiers qui faisaient la navette entre Montréal et les Grands Lacs.La berge sud est en contact direct avec le secteur portuaire actif.Les silos à grain dominent le paysage.En retrait des lieux de passage, il s\u2019agit d\u2019un endroit de calme invitant à la libre promenade.Un aménagement moins formel recrée une friche végétale typique aux lieux industriels.2 1.\tLe plan d\u2019aménagement du secteur des écluses.2.\tCroquis d\u2019études du garde-corps et des lampadaires.3.\tLe site avant les travaux, juin 1990.4.\tLe parc des écluses aménagé, mai 1992.5.\tLa berge et la Maison des éclusiers (photo: Denis Farley).6.\tLes murs des écluses avec les bittes d\u2019amarrage d\u2019origine (photo: Denis Farley).7.\tL\u2019embouchure du canal de Lachine (photo: Denis Farley).8.\tLes portes des écluses._ B§r: 14 '^'a3¦: 2 >\"», g-71-F^gfl «1 illK-C1^.K*»'\" ¦SSSORSj Si\"§3*i s r£sp 1 5wm*! WLfll ¦ lib** ^SE®*?** =^=2:v '\u2022/ \u201ci i x m.SM soucieuse des deniers publics n\u2019est-elle pas en contradiction avec un espace «vide»?Le vide n\u2019est-il pas, en ville, l\u2019expression d\u2019un luxe coûteux?Et pourtant, le premier caractère attractif de la place Saint-Roch est l\u2019espace «vide» à la fois accessible et en retrait des grandes artères de circulation.Lieu où l\u2019on passe et dont le pouvoir de rétention opère par le charme du climat intérieur ou par la nature des activités qui s\u2019y déroulent.L\u2019espace «vide», est une générosité envers les citoyens, il a valeur esthétique autant qu\u2019économique.L\u2019espace «vide» de la place publique est d\u2019abord l\u2019expression de la raison d\u2019être d\u2019une culture urbaine et, en ce sens, il façonne le sentiment d\u2019une appartenance locale; c\u2019est aussi un levier économique par l\u2019attraction qu\u2019il exerce en accordant aux édifices en bordure de la Place, la plus-value d\u2019une vue imprenable sur un paysage urbain à venir.Le vide, principe de base de la structuration de la place publique doit être «qualifié» sans pour autant être neutralisé par des ajouts inopportuns.La Place nous plonge dans un univers visuel et sonore en contraste avec le bâti du quartier.La végétation dense et colorée et l\u2019eau en cascade sont les deux matériaux qui emplissent le vide sans en affecter l\u2019usage.Le risque présent est de vouloir trop en faire, de saturer l\u2019espace au détriment des lignes de forces et, finalement, de l\u2019espace lui-même en tant que matière propre.Le centre du jardin est occupé par un parterre de gazon et couvre-sol qui évoque les vagues du bassin.Cet élément de composition possède un statut d\u2019objet à fonction ornementale plus que d\u2019espace ïÉsüsijij assess 1.\tLa place Saint-Roch.Vue sud, en direction de la Haute-Ville.Le jardin central et l\u2019escarpement.2.\tLa place Saint-Roch vue du haut de l\u2019escalier du faubourg, quartier St-Jean-Baptiste.La promenade périphérique, le jardin intime.Au premier plan, l\u2019escarpement de la falaise-cascade et la «forêt boréale».occupable.La préoccupation stylistique des concepteurs entrave ici la polyvalence du centre de la place et par là même affaiblit le potentiel de théâtralisation de cet espace.DE LA THÉÂTRALITÉ DE LA PLACE La place Saint-Roch s'exprime d\u2019abord par la mise en scène de la falaise, complément direct du fleuve à l\u2019échelle du paysage de la ville de Québec.L\u2019unité de lieu est ainsi créée avec la terrasse Dufferin, les plaines d\u2019Abraham ou le Vieux-Port, tournés vers le fleuve.À la différence de ces espaces ouverts et horizontaux où la vue porte loin, la place Saint-Roch est un espace clos, en creux et centripète, dont les limites visuelles sont établies par les édifices de son pourtour et, vers le sud, par l\u2019escarpement de la falaise, que renforce en arrière-plan le mur de soutènement de la rue Saint-Réal.L\u2019identité singulière du site crée un effet théâtral spectaculaire par la mise en rapport des bâtiments anciens des rues Saint-Vallier et Saint-Réal avec la falaise-cascade qui constitue le fond de scène de la partie basse du jardin.Le jeu du contraste des échelles est accentué par le traitement architectural de l\u2019«escarpement» en un décor de théâtre où belvédères, escaliers, terrasses, kiosques et gradins dynamisent les séquences, en plongée et contre-plongée, des parcours de l\u2019axe nord-sud de la place.La composition des rapports entre les différents niveaux contribue à monumentaliser la Place en une «pièce urbaine» qui maintient visible la cohésion d\u2019ensemble de ces morceaux de ville et de paysages.À l\u2019espace théâtralisé correspond l\u2019une des fonctions implicites de l\u2019espace public: celle d\u2019être le réceptacle du jeu social, de «maximiser le niveau total d'interrelations» entre les différents acteurs en représentation.DE LA BORÉALITÉ ET DES QUATRE SAISONS COMME SIGNES DISTINCTIFS La ville de Québec se caractérise notamment par son climat.Ville du nord, ville d\u2019hiver, ville des records d\u2019enneigement et de froid: tout concourt à faire de Québec la ville de la «boréalité».La réappropriation de ce caractère singulier de Québec va de pair avec une évolution récente des styles de vie où loisir, détente et nature font partie intégrante de la nouvelle culture urbaine locale.La place Saint-Roch inscrit cette réalité en incorporant un «morceau» de forêt boréale et d\u2019hiver québécois à la ville de Québec.La végétation indigène plantée sur l\u2019escarpement devient le symbole de l\u2019affirmation de l'identité de la ville.La manifestation de la boréalité signifie l\u2019entière adhésion à une nature omniprésente intégrée au sentiment d\u2019enracinement et d\u2019appartenance à un territoire.DE LA TEMPORALITÉ ET DE L'INTÉRIORITÉ DE LA PLACE Le défi d\u2019une place publique est défaire d\u2019un «lieu où l\u2019on passe» un «lieu où l\u2019on séjourne».Un lieu où le pouvoir d\u2019attraction et de rétention change la valeur du temps, où les rythmes quotidiens se superposent et deviennent pour le flâneur urbain la matière et l\u2019objet d\u2019une délectation.Réussir à «retenir» c\u2019est associer le temps à l\u2019espace, et permettre d\u2019en apprécier l\u2019architecture.Le «jardin intime» de la place Saint-Roch joue à double titre cet effet d\u2019attraction et de rétention.C\u2019est d\u2019abord un havre de paix, qui contraste fortement avec le caractère minéral et dense du contexte bâti.À ce titre, sa singularité dans le quartier exerce, en soi, une force 21 L ESPACE PUBLIC attractive.Mais, c\u2019est surtout l\u2019intégration des cycles saisonniers à la «temporalisation» de l\u2019espace qui confère à ce lieu sa puissance symbolique.En superposant aux va-et-vient des personnes et aux rythmes urbains quotidiens, les cycles lents delà nature et les rituels des événements saisonniers, la place Saint-Roch spatialise «le temps qui passe» et l\u2019intègre comme matériau architectural.Le caractère emblématique d\u2019un jardin aux quatre saisons cherche à faire la démonstration de la compatibilité entre ville et nature et entre boréalité et espace public.Au «vide» de la Place et à ses rapports avec les îlots limitrophes du quartier, s\u2019opposent la plénitude et l\u2019intériorité du jardin intime.Celles-ci se fondent sur la découverte sensorielle de la Place.Les masses végétales des grands arbres en périphérie et l\u2019écran sonore de la cascade devraient préserver du pouls de la ville les sens du promeneur en les maintenant prisonniers de l\u2019espace intérieur.Aussi, la richesse et la variété des essences végétales marquant les saisons, les couleurs et les odeurs des parterres floraux, les matériaux du sol et la dramatisation des éclairages nocturnes contribueront-ils à la sérénité du jardin intime.Si «l\u2019art urbain consiste à faire fonctionner simultanément des fractions de temps et d\u2019espaces différents» alors la place Saint-Roch aura atteint son but.Au coeur d\u2019un débat doctrinal sur la nature de la ville, qui met en cause le recours aux typologies traditionnelles et auquel ce numéro d'ARQ fait écho, la place publique s\u2019affirme comme idéologie urbaine et comme critique virulente des tendances des dernières décennies.C\u2019est le cas pour la place Saint-Roch.Elle condamne et réfute à la fois l\u2019explosion des banlieues et l\u2019aménagement urbain soumis à l\u2019hégémonie de la spéculation immobilière.En dehors de toute considération stylistique, la place Saint-Roch a ceci de positif: elle apporte un «lieu» et confirme une «attitude».C'est d\u2019abord sur ce plan qu\u2019elle devra être jugée car, si les attentes exprimées par la population de Québec, et notamment les résidents du quartier, se réalisent, alors la pertinence sociale de la nouvelle place publique pourrait bien reléguer tout débat d\u2019esthètes loin derrière la réalité vécue.NOTES ET RÉFÉRENCES 1.\tLIGOUGNE, Alexis, «Les grands enjeux d\u2019aujourd\u2019hui, le projet de la Grande Place», ARQ 51, octobre 1989, p.35.2.\t«Revitalisation au coeur de la capitale», dossier diffusé par la Ville de Québec: le cadre d\u2019aménagement du quartier Saint-Roch; l\u2019espace Saint-Roch, un projet réaliste.DOCUMENTS CONSULTÉS ¦\tTermes de référence.Étude de design urbain pour l\u2019espace Saint-Roch.Division du développement urbain, Service de l\u2019urbanisme, le 5 juillet 1991.¦\tAménagement d\u2019une place publique à l\u2019espace Saint-Roch.Document de référence n° 1.Thématique et programmation.La ville de Québec, le 9 janvier 1992.¦\tPlace publique Saint-Roch.Esquisse d\u2019aménagement, rapport préliminaire.Le Consortium Place Saint-Roch, le 15 avril 1992.NOTICE BIOGRAPHIQUE Alexis Ligougne, membre de l\u2019O.A.Q., est professeur et directeur du programme de Baccalauréat en architecture à la Faculté d\u2019architecture etd\u2019aménagementde l\u2019Université Laval.Sesprincipauxchamps d\u2019intérêt et de recherche sont, outre la pédagogie architecturale, l\u2019espace public et le design urbain.(Les illustrations qui accompagnent ce texte ont été prêtées par la Ville de Québec) K' l I x y/ : -\"-\u2018f h\u2014^ Vm.V.'ifr M -k -v-A; Mr ¦nsTftJI Kééàâ COUPE ELEVATION SUD-NORD COUPE ELEVATION EST-OUEST 1.\tLe site de «l'espace Saint-Roch» à la jonction de la Basse-Ville et de la Haute-Ville entre le boulevard Charest (nord) et les rue de l\u2019Eglise (est), Saint-Vallier (sud) et de la Couronne (ouest).2.\tCoupe élévation sud-nord illustrant la dénivellation de la falaise-cascade à partir de la rue Saint-Vallier et coupe élévation est-ouest illustrant la falaise-cascade et l\u2019escarpement vers la Haute-Ville.22 II lip jZiVfZi LA VILLE A VUE D'OEIL Rares sont devenus les ouvrages de sciences humaines commentés dans les revues d\u2019architecture, tout autant que ceux traitant des questions qui sont au centre du débat architectural contemporain.Tel est pourtant le propos de Richard Sennett, dans son dernier ouvrage, La ville à vue d'oeil, paru récemment en français, deux ans seulement après son édition originale à New York.Dès les premières lignes, l\u2019auteur interpelle les urbanistes et les architectes, constatant l\u2019insignifiance culturelle des villes modernes, leur échec à représenter dans la pierre les valeurs collectives, qu\u2019elles soient religieuses, politiques et sociales, et à unir leurs habitants.Ces deux phénomènes ne sont pas indépendants, selon l\u2019auteur, le rapport que nous entretenons avec les choses concrètes ayant un effet sur la conscience que nous avons de nous-mêmes et des autres, que ce soit au sein de la création artistique ou dans l\u2019expérience urbaine.Les villes modernes ne sont plus que le lieu de la consommation et du tourisme, et pourtant nos lointains ancêtres, les Grecs, savaient donner une expression concrète à l\u2019ensemble de la vie.Comment expliquer cette perte ?C\u2019est d\u2019abord en historien plus qu\u2019en sociologue que Richard Sennett, professeur de sciences sociales à la New York University, répond à cette interrogation cherchant dans l\u2019histoire de la ville et de la pensée occidentales les manifestations de cette séparation entre vie subjective et vie objective.Une dissociation qui aurait une cause spirituelle profonde, celle de la peur endémique que manifestent les Occidentaux de s\u2019exposer aux autres, d\u2019expérimenter le désordre et l\u2019altérité.C\u2019est aux racines de la culture judéo-chrétienne que remonte Sennett pour trouver les fondements de ce repli sur soi, aux Hébreux de l\u2019Ancien Testament, cesdéracinéspourqui le temps était plus important que l\u2019espace et aux premiers Chrétiens, ces mystiques qui trouvaient Dieu dans ce lieu distinct, protégé qu\u2019est la cathédrale, un centre de clarté dans un monde profane, amorphe, violent.Dès lors, note Sennett, «l\u2019extérieur, dimension de la diversité et du chaos, a perdu son emprise sur l\u2019esprit humain en tant que dimension de valeur morale, à l\u2019opposé de l\u2019espace intérieur dedéfinition».Avec la Révolution industrielle, lefoyer, ce lieu de paix dont Ruskin fit l\u2019éloge, est devenu la version séculière du refuge spirituel, un abri bien précaire puisque la spécialisation tayloriste de l\u2019espace domestique produirait l\u2019isolement et l\u2019inégalité, sans pour autant que soit ébranlée la croyance en son pouvoir de réforme morale.Et, cette suprématie de l\u2019intérieur sur l\u2019extérieur prévaut encore dans notre siècle, les intérieurs manifestés par la monumentalité des édifices qui les contiennent devant apporter lisibilité et clarté dans le désordre urbain.Autre continent, autre époque, autre négation de l\u2019extérieur à l\u2019échelle du territoire, le plan en grille, sans centre, sansfin et sans limites, «la plus inhumaine des réalisations urbaines», qu\u2019il ne faut pas confondre avec le cardo romain et sa symbolique cosmologique.Ce fut la réponse des colonisateurs de croyance et d\u2019éthique protestantes confrontés à la sauvagerie et à l\u2019immensité du Nouveau monde, l\u2019équivalent architectural de cette forme urbaine auXX® siècle étant le gratte-ciel.Mais le propos de Sennett va au-delà d\u2019une critique de l\u2019urbanisme et de La construction de Babylone, la cité terrestre, Saint Augustin, Cité de Dieu, traduction de Raoul de Presles, milieu du XVe siècle.LE MEILLEUR DES MONDES l\u2019architecture modernes, il est dans une certaine mesure programmatique.Dans La villeàvued'oeil, Sennett propose une réflexion sur la vie en société, sur l\u2019importance de l\u2019environnement urbain dans le développement équilibré, «centré» de l\u2019individu.Aussi, il s\u2019interroge sur les qualités de l\u2019espace propice à l\u2019exposition plutôt qu\u2019à l\u2019introversion, trouvant dans l\u2019urbanisme des Lumières et ses dispositifs pour créer un tout unifié intégrant l\u2019environnement et, plus encore, dans la ville de la Renaissance et sa mise en scène perspectiviste de la complexité une tentative exemplaire.Sa réflexion se nourrit non seulement de la lecture avide de ses contemporains, sociologues, anthropologues et philosophes qui ont examiné les effets de la territorialité, voire de l\u2019environnement physique sur la condition humaine, mais encore plus simplement de son expérience quotidienne, celle d\u2019un père musicien qui aide son enfant dans l\u2019apprentissage du violon et, surtout, celle d\u2019un habitant de New York, la ville qui représente la «quintescence de la culture moderne».Sa déambulation quotidienne dans cette cité «de différences et defragments de vies qui n\u2019ont pas de liens entre eux», de Washington Square à l\u2019East Side, au contact des drogués et des camelots, est une sorte de fil conducteur de l\u2019énonciation, du moins dans laseconde grande partie du livre, où le récit autobiographique et le discours critique se mêlent et se répondent pour tenter de formuler les principes d\u2019une vie plus pleine.Les arts visuels, la peinture moderne et la photographie sont encore convoqués pour comprendre ce que peut être l\u2019expérience positive de la différence au sein de l\u2019uniformité et de la répétitivité, tandis que lafiction romanesque permet d\u2019éclairer les rapports qu\u2019il faut établir entre le temps et l\u2019espace pour produire la surprise et l\u2019ambiguïté.Livre dense, touffu, multiple dans ses références et ses argumentations, tout comme la grande métropole moderne, La ville à vue d\u2019oeil est un plaidoyer pour une vie conviviale et sereine, apollinienne, sans aspiration de domination, ni de maîtrise.Par ailleurs, les architectes pourront y trouver des interprétations particulières des oeuvres et des débats qui marquent leur discipline et chercher des éléments, sinon des principes formels, susceptibles de les orienter dans la mise en forme de la ville contemporaine où l\u2019altérité et la différence doivent être acceptées comme des valeurs positives et l\u2019extériorité favorisée par «l\u2019espace narratif».FRANCE VANLAETHEM, PROFESSEURE AU DÉPARTEMENT DE DESIGN DEL'UQAM SENNETT, Richard, La ville à la vue d'oeil, Urbanisme et société, Paris, Plon, 1992,314 p.Troisième titre d\u2019un ouvrage traitant de la mutation des idéaux du design et du rôle primordial de l\u2019objet dans la société postindustrielle, Nouvelles de la métropole froide : design et seconde modernité d\u2019Andrea Branzi annonce la saturation sémiologique de l\u2019univers artificiel des années 1990 dans lequel «tout tend à devenir équivalent, précisément en raison de la diversité», où il y a fusion froide des contradictions.Il évoque ceux d\u2019ouvrages datant de l\u2019émergence de la métropole, mais aussi la solitude du modèle de la ville capitaliste qui suit l\u2019effondrement des régimes socialistes des pays de l\u2019Est et l\u2019hibernation du corps malade qu\u2019est, selon Branzi, l\u2019architecture.Il se fait l\u2019écho des préoccupations écologiques actuelles, dont le refroidissement de la planète.Nouvelles de la métropole froide est la traduction française de l\u2019ouvrage publié sous les titres Pomeriggialla media industria dans la version originale italienne et Learning from Milan dans la version américaine, publiées toutes deux en 1988.Les changements politiques advenus entre ces parutions et celle de la traduction française ont incité Branzi à modifier cette dernière édition.Dans celle-ci l\u2019écologie de l\u2019univers artificiel qui est le nôtre s\u2019énonce en «trois grands théorèmes humanistes» et émerge le modèle théorique de la «métropole froide».Cet éventail d\u2019évocations et ce jeu de titres illustrent ce que Branzi qualifie de stratégie du maître de cérémonies qui par la «culture du surréel» augmente «l\u2019épaisseur du réel», privilégie l\u2019effet, la performance, l\u2019anormalité, le foisonnement sémantique propres à la seconde modernité tributaire de l\u2019incontournable «système culturel artificiel» modelé par la technologie dont nous a dotés la modernité mais libérée des «principes de nécessité et d\u2019identité» de la modernité première.La stratégie du maître de cérémonie est caractéristique d\u2019une culture latine en voie de définition dont le Nouveau Design italien (et forcément Branzi qui est, entre autres, le créateur de la Domus Academy) sont les protagonistes.Le Nouveau Design italien (Memphis, Alchymia, Zabro) opposé au rationalisme orthodoxe de l\u2019École d\u2019Ulm est né de la faiblesse de l\u2019industrie italienne ou de sa désorganisation heureuse.Loin de favoriser la science objective et sémantiquement réductrice du design promu par Ulm, qui vise la production PUBLICATIONS ET EVENEMENTS LE MEILLEUR DES MONDES (suite) d\u2019objets standards selon une «grande rigueur stylistique» et une «cohérence méthodologique absolue» (les produits Braun, par exemple), l\u2019industrie italienne a forcé l\u2019autonomie du design et de l\u2019industrie, la production de petites séries et a permis de reconsidérer la notion de «qualité».Architecte, Branzi clame le règne de l\u2019objet, interface privilégié entre l\u2019homme et le monde artificiel de la seconde modernité.Issu du système italien où «le designer est un architecte qui exerce souvent dans la construction, l\u2019urbanisme, l\u2019aménagement intérieur et dans la production industrielle», Branzi suggère aussi que la distinction entre l\u2019architecture et le design industriel n\u2019existe peut-être plus.Nous vivrions dans un «mégasystème d\u2019éléments de mobilier», l\u2019environnement autrefois constitué par l\u2019architecture le serait maintenant par les objets et en dernier lieu, la condition de citadin autrefois tributaire de l\u2019appartenance à la cité géographique le serait maintenant de l\u2019utilisation de produits et d\u2019objets issus de l\u2019industrie ou encore distribués à une échelle industrielle.Ultimement, Branzi pose que des «trois soeurs du projet», design, architecture et urbanisme, seul le design oeuvre encore à la formation du social et est l\u2019outil possible «d\u2019un dessein réformiste de grande ampleur, reposant sur de nouveaux principes culturels et écologiques» qui au-delà de la production d\u2019«objets étranges et biodégradables» inciterait «à de nouveaux questionnements afin de pousser l\u2019industrie à produire de nouvelles qualités profondes, à créer un meilleur équilibre écologique entre l\u2019homme et son milieu artificiel».pour le meilleur des mondes?Critique de l\u2019orthodoxie d\u2019Ulm, Branzi propose lasubjectivité de la multiplicité des dessins, mais aussi le fondement d\u2019une nouvelle morale du projet.ANNE CORMIER, ARCHITECTE ¦\tBRANZI, Andrea, Nouvelles de la métropole froide : Design et seconde modernité, Paris, Éditions du Centre Georges-Pompidou, 1991, 142 p.¦\tBRANZI, Andrea, «Pomeriggi alla media industria», Milan, Idea Books Edizioni, 1988.¦\tBRANZI, Andrea, «Learning from Milan» Boston, The MIT Press, 1988.Illustrations: No-Stop City, Paysages intérieurs, Archizoom Associati, 1970.NOUVELLES TENDANCES DANS LE DOMAINE DU LOGEMENT, EN BREF.Il est bien connu que l\u2019habitation est le secteur où l\u2019intervention des architectes est la plus déficiente au Québec.Le manque d\u2019intérêt de la part des concepteurs pour les milieux résidentiels peut être imputé en partie au rejet du modèle fonctionnaliste hérité de la pensée moderne dans lequel l\u2019habitat a été réduit à une machine à habiter, et son occupant, à un être aux besoins programmables.Cette attitude a conduit au désintéressement général pour l\u2019usager que l'on connaît dans la pensée architecturale postmoderne.Pourtant, il est difficile de trouver un cadre de vie qui affecte plus les occupants que celui de l\u2019habitat.Dans cette perspective, nous ne pouvons qu\u2019applaudir la parution de Logement et nouveaux modes de vie par Duff et Cadotte qui légitime à nouveau le discours sur l\u2019usager dans la conception résidentielle.La thèse soutenue par les auteurs dans cette publication est que la dominance actuelle de logements conçus à partir de modèles d\u2019habitat établis après la Deuxième Guerre mondiale sur la base des normes de la famille nucléaire, de la mère au foyer et, particulièrement en Amérique du Nord, de l\u2019idéologie de la banlieue et de la propriété privée, ne répond plus aux besoins de la majorité des ménages québécois.Les auteurs abordent la question du logement dans toute sa complexité, c\u2019est-à-dire en tant que système ou processus incluant à la fois le cadre bâti, l\u2019usager, l\u2019architecte et le système de production.Dans un contexte où les écrits sur l\u2019habitation sont rares et le plus souvent morcelés, on ne peut que se réjouir d\u2019un tel effort de synthèse.La première partie du livre aborde les thèmes bien connus, dans la littérature sur la transformation des ménages, de la baisse du taux de natalité, de la perte de vitesse de la famille nucléaire, de l\u2019accroissement du nombre de familles monoparentales et de personnes vivant seules, de l\u2019émergence des ménages de cohabitants non apparentés, etc.À cet égard, on peut certainement reprocher aux auteurs le recours abusif à des données de sources secondes, souvent rapportées par des auteurs français ou américains, plutôt que la consultation de sources originales collant plus étroitement au contexte québécois.De telles données auraient conféré à cette publication un caractère distinct par rapport à ses homologues français et américain, La famille éclate, le logement s'adapte de Pierre Merlin (Syros-Alternatives,1990) et New Households, New Housing de Karen FrancketSherryAhrentzen (Van Nostrand/Reinhold, 1989).En deuxième partie, la réflexion sur la conception des logements aujourd'hui se veut particulièrement intelligente et bien étoffée.Les auteurs remettent en question les tendances et les ajustements actuels du marché du logement.Ils critiquent, entre autres, la production de petits logements en réponse à la fragmentation des ménages, soulignant l'imposition de déménagements successifs aux occupants, suite à des besoins changeants.Ils proposent comme solution l\u2019adaptation du logis au cours du cycle de vie, et de là, une plus grande permanence du cadre de vie des résidents.Leur prise de position favorise le développement du sentiment d\u2019appartenance, un des thèmes dominants de la recherche sur la signification du chez-soi.Dans cette même section, ils abordent la question de la flexibilité du logement, expliquant les raisons du succès limité de ce secteur de recherche, principalement fondé sur les expériences européennes dans les années soixante et soixante-dix.Leur critique du découpage fonctionnel des pièces du logis, hérité de la pensée moderne, est aussi fort intéressante bien que leur discussion sur l\u2019origine de ce principe d\u2019aménagement soit traitée defaçon superficielle.La troisième partie de l\u2019ouvrage, qui traite du logement adapté aux besoins changeants, propose, d\u2019une part, des principes d\u2019aménagement qui favoriseraient l\u2019appropriation du logement par ses occupants.Les auteurs préconisent une souplesse passive du logement (les aires doubles, les aires de débordement, la pièce en plus, l\u2019espace libre non fini, etc.) plutôt que le recours à des systèmes mécaniques permettant de modifierladistribution interne des pièces du logis telles les cloisons amovibles.D'autre part, ils évaluent les niveauxde contrôle de l\u2019intimité requis par les nouvelles structures de ménages et proposent différentes organisations spatiales du logis pouvant répondre adéquatement à ces demandes.Les auteurs terminent cette section par une critique fort bien structurée de la réglementation en matière de bâtiment dont l\u2019application freine toute innovation architecturale en ce domaine.Ils accordent cependant peu de considération à l\u2019inertie des modèles dominants d\u2019habitat qui ajoute pourtant encore à cette entrave.Il faut comprendre que les modèles culturels évoluent plus lentement que les modes de vie, ce qui veut dire que l\u2019idéal de la maison pour un individu peut ne pas correspondre à ses besoins et à son style de vie.(Il serait intéressant de consulter à ce sujet, RAYMOND, H., «Habitat, modèles culturels et architecture», L\u2019Architecture dAujourd\u2019hui, no 174, 1974).Ainsi, la maison unifamiliale détachée dont on est propriétaire dans une banlieue à faible densité constitue encore le logis idéal pour la majorité des Québécois, bien que plusieurs études aient démontré la non-adéquation de ce type d\u2019habitat aux besoins de maintes catégories d\u2019occupants.Sans remettre en question la valeur des propositions émises, ces dernières mériteraient d\u2019être confrontées à un cadre de réflexion plus large qui inclurait un débat sur les modèles culturels d\u2019habitat.Pour conclure, je soulignerais que les spécialistes à la recherche d\u2019ouvrages de synthèse en matière d\u2019habitation resteront sur leur faim.La plupart des références citées et les données discutées ont été largement diffusées et la bibliographie reste sommaire, témoignant du faible nombre de sources originales consultées.Toutefois, si on aborde cette publication comme un travail de vulgarisation destiné à un large public, on reconnaît que les auteurs sont fort habiles à synthétiser des données de recherche et à rendre vivante leur lecture.Ajoutons à cela que les propos sont le plus souvent appuyés d\u2019exemples visuels pertinents.Cette publication constitue un ouvrage de réflexion intelligent et bien structuré sur le logement contemporain dont il nous reste à espérer la large diffusion auprès des aménagistes, architectes, urbanistes et étudiants; on y expose clairement le défi que doivent relever ces derniers dans la conception résidentielle, au-delà de la recherche formelle et esthétique.CAROLE DESPRÉS, PROFESSEURE À L'ÉCOLE D'ARCHITECTURE DE L'UNIVERSITÉ LAVAL DUFF, Jocelyn et François CADOTTE, Logement et nouveaux modes de vie, Montréal, Éditions du Méridien, 1992, 232 p.iH 24 n iin ii Il RIIR II n usa il mjmii mml il 6»3W®*#*Nki - ' \"-^,\t\u2022-'\u201d^r - ¦&4Si&jj& wj Un musée unique au monde.Un centre d\u2019excellence dans le choix des matériaux.Un bâtiment qui a conféré lettres de noblesse aux artisans de sa réussite.Entre autres, les maçons qui ont su tirer profit des 35 ans d'expérience de fabrication du ciment à maçonner de Ciment Saint-Laurent.Le résultat: un joyau architectural sans pareil où, seul le meilleur avait place.Une liaison durable Un joyau bien cimente CIMENT ST-LAURENT LES SPECIALISTES DU BOIS GOODFELLOW CHARPENTE SOLIDE en sapin, pruche poutres en GLULAM L.V.L.et PARALLAM.BOIS D\u2019OEUVRE clair séché à 10% et moins en sapin, ______pruche, cèdre, séquoia, pin et bois 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moyennes entreprises.C'est pourquoi elle offre son programme Barème-PME qui permet à la plupart de ces entreprises d'épargner 1 % d'intérêt sur les prêts à taux variable.Le rôle actif que joue la Banque de Montréal auprès du marché de la PME n'est pas un phénomène nouveau.Guy Laurin, président et fondateur de l'entreprise Laurin, Laurin et Cie inc., raconte son expérience « J'étais entrepreneur en électricité commerciale et industrielle et je me suis spécialisé dans l'éclairage routier par distribution souterraine.Fondée en 1949, notre entreprise réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires de 5,9 millions et compte parmi ses principaux clients des municipalités, des commissions scolaires, différents ministères de la voirie et des grandes entreprises, comme General Motors.Et tout ce temps, j'ai pu compter sur l'appui de la Banque de Montréal.» Avec l'aide de la Banque de Montréal, la firme de M.Laurin a constamment évolué.Son fils, Guy junior, l'assiste depuis quelques années et bientôt, 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