ARQ, 1 juin 1997, Juin
[" LA REVUE D'ARCHITECTURE JUIN 1997 .¦ SOMMAIRE NUMÉRO 97 JUIN 1997 5 LIEUX DE CULTE, ÉGLISES ET MONUMENTS Noppen / Morisset 7 LE NŒUD GORDIEN.RÉFLEXIONS EN AMONT DE L\u2019HÉRITAGE DES LIEUX DE CULTE Noppen / Morisset 12 LA CORVÉE ÉGLISES ¦\tCHRIST CHURCH CATHEDRAL, MONTRÉAL ¦\tL'ÉGLISE DE L'IMMACULÉE-CONCEPTION, SHERBROOKE ¦\tL'ÉGLISE SAINTE-FAMILLE, CAP-SANTÉ .L'ÉGLISE SAINT-MICHEL, PERCÉ ¦\tL'ÉGLISE SAINT-JEAN-BERCHMANS, MONTRÉAL ¦\tLE PROJET POUR UNE ÉGLISE, PALMAROLLE ¦\tLE PARC DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME-DE-FOI, SAINTE-FOY 20 MONUMENT EN PÉRIL : L\u2019ÉGLISE DE NOTRE-DAME-DE-GRÂCE, QUÉBEC Noppen / Morisset 23 LA CONSERVATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL RELIGIEUX MODERNE Martin Dubois CREDITS Illustration de la page couverture Église Sainte-Famille de Cap-Santé.Section du clocher sud, dessin Pierre d\u2019Anjou, architecte.Éditeur: Pierre Boyer-Mercier Membres fondateurs de la revue: Pierre Boyer-Mercier, Pierre Beaupré, Jean-Louis Robillaro et Jean-H.Mercier.Membres du comité de rédaction: Georges Adamczyk, Anne Cormier, Philippe Lupien, Pierre Boyer-Mercier.Production graphique: Cüpilia design inc.Directeur artistique: Jean-H.Mercier.I)U QUÉBEC ARQ bénéficie en 1997 d\u2019un appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec, dans le cadre de son programme de soutien aux périodiques culturels.Représentants publicitaires (Sales Representatives) : Jacques Lauzon et associés.¦\tBureau de Montréal: 8250, boulevard Décarie, bureau 205 / Montréal, Québec /H4P 2P5.Téléphone: (514) 733-0344 / Télécopieur: (514) 342-9406.¦\tBureau de Toronto: 1-800-689-0344.La Revue d\u2019architecture ARQ est distribuée à tous les membres de L\u2019Ordre des architectes du Québec Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada.© Art et architecture Québec: Les articles qui paraissent dans ARQ sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.ISSN: 1203-1488.Envois de publications canadiennes: contrat de vente N° 0472417.ARQ est publié six fois l'an par Art et architecture Québec, corporation à but non-lucratif.Les changements d'adresse et les demandes d'abonnement doivent être adressés à:\t.\t\u201e\u201e\u201e\u201e\t.\trl=\u201e ART ET ARCHITECTURE QUÉBEC / 1463, rue Préfontaine / Montréal, Qc / H1W 2N6 / Tél.administration (514) 523-4900 ; redaction.(514) 523-7024.Abonnements au Canada (taxes comprises): 1 an (6 numéros): 41,02 $ / 68,37 $ pour les institutions et les gouvernements.Abonnements USA 1 AN: (6 numéros) 60,00 $ / Autres pays: 70,00 $.ARQ est indexée dans «Repères». s / %, .¦»* ;: - %.\\; g §| sUs ?¦*.VfcS: tegfe ssraæ mmz -¦S vSù*?£5ï Ü.' -T-0 Ês^S ¦JS*:,' tœ *wy ssîk r» .V'-?' #» # Pour plus de renseignements, visitez notre site Web www.nfldslate.com ou composez le 1 800 975-2835 Newfoundland Slate Inc.SI VOTRE TOITURE EST ENVAHIE PAR LES PAPILLONS.BEAUTÉ NATURELLE.QUALITÉ INTEMPORELLE La réfection des toits d'ardoises des églises pour leur rendre leur beauté première, conforme à la vision de l'architecte à l'origine de leur création, est une tâche difficile.Nous avons fourni l'ardoise nécessaire aux réfections de toits d'églises dans le monde entier et nous offrons aux spécialistes des restaurations de toits une vaste documentation sur l'ardoise destinée aux toitures qui contribuera à la réussite de votre projet.Voici quelques exemples de toits d'églises remplacés récemment à Montréal : Erskine and American United, St.George's Anglican et l'église catholique romaine St-Pierre-Apôtre.Avec l'ardoise verte et violacée Trinity™ de Terre-Neuve, l'ardoise noire North Country™ du Québec et diverses couleurs d'ardoise provenant des É.-U.et d'Europe, l'approvisionnement en ardoise naturelle d'une teinte harmonisée avec celle d'une toiture existante est garanti.Lorsque l'on considère sa durée d'utilisation, la beauté intemporelle et la longévité d'un toit en ardoise naturelle sont incontestablement inégalées.Nous garantissons notre ardoise pendant 100 ans.Laissez un bienfait et non un fardeau.Choisissez Newfoundland Slate Inc. 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27% n\u2019ont tout simplement pas répondu à la question qui leur était posée.Est-ce à dire que cette question, fait d\u2019un groupe d\u2019initiés, ne concernerait pas l\u2019ensemble des citoyens, non plus que la collectivité des architectes ?Bien au contraire.Le seul engouement des médias envers la désaffectation des églises, envers les difficultés financières des diocèses, envers la démolition d\u2019anciens lieux de culte, qui soulève des passions, suffit à témoigner d\u2019une préoccupation généralisée, celle-là même qui sous-tend ce sondage.Par ailleurs, il faut bien reconnaître que les solutions proposées en guise de réponse, quant à la responsabilité de la sauvegarde (l'Église, l\u2019État, les fidèles) illustrent l\u2019épuisement des imaginations : ni l\u2019État, ni les institutions religieuses \u2014 dont le désengagement est la source même de la désaffectation en cause \u2014 ne disposent des ressources nécessaires à la préservation de tous ces monuments en péril.Car il s\u2019agit bien de monuments.Ces temples, de toutes confessions, ont été érigés au cœur des villes et des villages, à la gloire d\u2019une pratique religieuse généralisée qui justifiait leur construction : pivots de la vie communautaire, pôles de l\u2019espace urbain, ils sont, dans le temps, devenus des lieux d\u2019ancrage de l\u2019imaginaire collectif québécois.Mais, historiques, les édifices sont aussi fragiles ; le groupe de leurs usagers traditionnels, se restreignant de jour en jour, ne peut plus seul assurer cette survie que la collectivité réclame.Et les villes-centres, déjà dépouillées d\u2019habitants, perdront ainsi bientôt l\u2019espace architectural qui les caractérise.Il fut une époque, il n\u2019y a pas si longtemps, où la démolition d\u2019une église était célébrée par tous, témoin qu\u2019elle était de l\u2019émancipation de la société.Les Established Churches dont on détruisait les symboles n\u2019existent plus aujourd\u2019hui ; dans un monde où la pratique religieuse n\u2019est plus que celle de la minorité, leurs symboles, transcendant les cultes, deviennent des monuments civiques fédérant des collectivités.Pensées par la majorité comme des lieux de culture, nos églises sont nos châteaux.Il n\u2019est donc guère étonnant que le Québec entier entreprenne une véritable corvée autour de leur sauvegarde : architectes, entrepreneurs, ingénieurs, ouvriers sont appelés à étayer les clochers, recouvrir les toits, rejointoyer les murs, consolider les perrons.La Fondation du patrimoine religieux du Québec a reçu charge de distribuer des millions à ces fins.Monuments potentiels de la restructuration des villes-centres, les églises, restaurées, recyclées, mises en paysage, pourraient devenir les monuments de la création architecturale ; or, voilà que tous ces travaux, destinés à préserver l\u2019héritage aux fins de quelque avenir, sont entrepris sans délibération ni concertation quant à l\u2019avenir en question.Pour plusieurs, les églises ne sont encore que lieux de culte ; et, en marge de solutions exceptionnelles, nul ne sait même qui, à long terme, les entretiendra.À défaut de consensus, à défaut même de réflexion, on continue de démolir les lieux qui ne servent plus au culte, et de brader les biens dont certains ne souhaitent plus la garde.On est encore loin des gestes architecturaux qui redonneront ses monuments à la collectivité.Ce numéro de ARQ a été préparé à l\u2019occasion du Premier colloque international sur XAvenir des biens d'Église, convoqué les 5 et 6 juin 1997 par le maire de Québec, M.Jean-Paul L\u2019Allier.L\u2019objectif en est simple : réfléchir, évaluer, confronter les solutions pour la conservation des églises dans les villes-centres, pour la pérennité d\u2019un patrimoine qu\u2019il reste manifestement à constituer.C\u2019est à titre d\u2019intrants de cette réflexion que les articles et les projets suivants s\u2019y retrouvent : on y discute de quelques enjeux, de quelques lacunes qui nous sont apparus déterminants dans un tableau d\u2019ensemble de cette situation sur laquelle nous souhaitions méditer.Aux côtés d\u2019un «nœud gordien» que nous tentons de défaire, d\u2019un article de Martin Dubois traitant du patrimoine ecclésial moderne, trop souvent oublié et facilement maltraité, et du portrait de l\u2019une de ces églises-monuments que la débâcle actuelle risque d\u2019emporter, à défaut d\u2019une nécessaire vision d\u2019ensemble, nous avons choisi de présenter quelques églises restaurées, réaménagées, mises en valeur, témoignant de la créativité et de l'imagination émergeant d\u2019une pratique architecturale renouvelée ou en renouvellement.Certains cas ont été extraits des chantiers de cette corvée à laquelle la Fondation du patrimoine religieux a voué, en 1996 seulement, plus de cinq millions de dollars ; d\u2019autres sont le fait de l\u2019investissement du programme des infrastructures Canada/Québec ; un cas, celui de l\u2019aménagement des ruines de l\u2019église de Sainte-Foy, ressortit au choix d\u2019une municipalité de miser sur le potentiel monumental d\u2019une église pour, véritablement, ranimer le paysage urbam de son centre historique.Tous ces projets sont, comme on le constatera, assez traditionnels ; à ce stade, de fait, ils consolident l\u2019existant.Leur présentation en ces pages, la réflexion que nous souhaitons amorcer, cependant, devraient être le tremplin du renouveau qu\u2019ils annoncent ; il est à espérer qu\u2019un autre numéro de ARQ, dans deux ou trois ans, puisse faire le bilan d\u2019objets originaux, de structures étonnantes ou remarquables, bref de cette renaissance de la création et du design que nous voudrions voir appareillée à la renaissance des églises.Nul, fidèle ou citoyen, n\u2019y sera indifférent.NOTICE Lucie K.Morisset est professeure au Département d\u2019études urbaines et touristiques de l\u2019Université du Québec à Montréal ; Luc Noppen est professeur à l\u2019École d\u2019architecture de l\u2019Université Laval.Historiens d\u2019architecture, ils sont tous deux chercheurs au CÉLAT de l'Université Laval.Les auteurs tiennent à remercier le Conseil de recherche en sciences humaines, le Conseil des arts du Canada et le Fonds pour la formation des chercheurs et l'aide à la recherche pour l\u2019appui soutenu à leurs travaux.'UIN 1997 5 I LE NOUVEAU PANNEAU DE GYPSE WESTROC RÉSISTANT AUX COUPS Capable d'en prendre ! JL_\tJL\tPar Westn La partie est enfin terminée.Après avoir encaissé quelques victoires, ces murs d'école ont mieux tenu le coup que l'équipe adverse.Coups de coudes et de pieds se sont succédés.Le coeur à la fête, les joueurs surexcités et leurs partisans remplis de fierté n'ont pas épargné les murs fraîchement rénovés.Ça prend des murs solides pour absorber tous les coups et les chocs dans les endroits de grande affluence, mais Westroc® peut vous aider à les construire - à meilleurs prix.Le nouveau panneau de gypse Westroc résistant aux coups : le choix le plus avantageux pour tout édifice commercial ou résidentiel achalandé.La seule solution capable d'offrir une résistance exceptionnelle aux pénétrations et aux chocs.Ecoles, hôpitaux, tours à bureaux, édifices publics, immeubles résidentiels.Le nouveau panneau de gypse Westroc résistant aux coups - un choix durable et économique pour les murs qui auront à encaisser des coups durs tout au long de leur vie.Pour plus de renseignements, appelez-nous ou visitez notre site web.McAdam (N.-B.) 1 800 273-2533 Montréal 1 800 567-9513 BPB Westroc www.westroc.com Toronto 1 800 268-5425 Winnipeg 1 800 665-4868 Calgary 1 800 661-3120 Vancouver 1 800 242-9604 LE NŒUD GORDIEN.RÉFLEXIONS EN AMONT DE L\u2019HÉRITAGE DES LIEUX DE CULTE NOPPEN / MOPISSET Nul besoin d\u2019oracle pour prévoir ceci : selon toute vraisemblance, la désaffectation des églises ira grandissante.La diminution du nombre des pratiquants (de 80% en 1960 à 8% aujourd\u2019hui, chez les catholiques1), la multiplication des pratiques n\u2019en sont pas les uniques responsables : dans les villes-centres, où furent construits les temples au sort désormais incertain, la population continue de décroître.Mais même l\u2019endiguement de cette hémorragie \u2014 en supposant que la lutte contre l\u2019étalement urbain y parvienne \u2014 affecterait peu celle des lieux de culte : de fait le personnel desservant s\u2019éteint lui aussi, à mesure que, vieillissant, il ne trouve plus ressourcement dans des séminaires de plus en plus vides.Au Québec, 35 % des prêtres diocésains ont plus de 70 ans ; seuls 7 d\u2019entre eux, en 1996, avaient moins de 30 ans.Les séminaires se vident plus vite que les églises : les 14 365 séminaristes nord-américains de 1970 ne sont plus aujourd\u2019hui que 5 692.Le séminaire de Québec, en 1995, n\u2019a reçu aucun nouvel inscrit.À Québec et à Montréal, on compte à l\u2019heure actuelle un nombre grandissant de lieux de culte qui n\u2019ont plus de desservant résidant, faute de relève.Ni ponctuelle, ni temporaire, la conjoncture est manifestement structurelle : à ce rythme, on peut facilement supposer que le Québec ne comptera plus une seule église paroissiale dans vingt ans.D\u2019ailleurs, même renouvelée, l'Église catholique n\u2019aurait que faire de ses églises actuelles.Qu\u2019adviendra-t-il alors des bâtiments ?À certains, le problème peut paraître d\u2019ordre strictement architectural.Un peu d\u2019entretien, quelques reconversions, et on peut imaginer qu\u2019à l\u2019aube de l\u2019an 2 000, les églises auront trouvé une nouvelle façon, cultuelle ou non, d\u2019exister.Il s\u2019agira certes, parfois, de réviser la structure ecclésiale qui prévaut actuellement à ce dysfonctionnement ; on peut semblablement croire que d\u2019autres lieux trouveront une vocation nouvelle assurant leur pérennité.Interviendra ensuite l\u2019Architecture, et la magie du design métamorphosera le culte en culture : recyclées, réincarnées, les églises sauvées seront monuments.UNE ÉQUATION À TROIS VARIABLES La réalité est autrement plus complexe.D\u2019une part, il est évident que la désaffectation des lieux de culte n\u2019est pas corollaire de la désaffection des églises, et que les crises se multiplieront, tentant de préserver les biens d\u2019Église au nom de quelque collectivité.Il est moins certain, d\u2019autre part, que le modèle église / désaffectée / réaffectée / Architecture contienne en soi une solution systématique.En d\u2019autres mots, quoique l\u2019opinion publique favorise actuellement la sauvegarde des églises, et quoique le Québec entier soit maintenant en chantier sur la base de ce postulat, nulle vision, nulle structure, nul choix fondé, sinon à la pièce, ne préside aux conservations, aux démolitions, aux conversions en cours.Ce n\u2019est sans doute pas une coïncidence si les manchettes relatives à la conservation des biens d\u2019Église côtoient de plus en plus d\u2019articles sur le tourisme dit «religieux», comme à la recherche d\u2019une solution finale, d\u2019une porte de sortie qu\u2019emprunteraient tous ces monuments potentiels en mal d\u2019avenir.Cependant, en marge des préoccupations collectives que les quotidiens trahissent, cette sorte de tradition déterministe de la conservation associant l\u2019État, la culture et la volonté d\u2019initiés de préserver ce qui semble autrement désuet résulte généralement en des solutions tout aussi traditionnelles : peut-on réellement espérer léguer quelques milliers de lieux de culte recyclés en bibliothèques ou en centres d\u2019interprétation ?Nous postulons malgré tout qu\u2019il y a héritage à conserver.Mais tout se passe comme si l\u2019héritage était sans héritiers : à ce jour, sur la base de choix de conservation assez peu étayés, chaque sauvegarde, chaque reconversion, chaque survie, chaque financement sont le fait d\u2019une dernière instance, de ressourcements à la pièce qui s\u2019essoufflent irrémédiablement.En fait, si quelques cas sont exemplaires de solutions imaginatives, qui ont permis la préservation de quelques monuments au-delà de la disparition des légataires, la conversion des églises ne représente qu\u2019une part infime des enjeux de leur éventuelle conservation.Le problème est manifestement antérieur à la conversion des lieux de culte en lieux de culture, et antérieur au geste architectural, bien qu\u2019il en soit l\u2019ultime détermination ; il apparaît que l\u2019avenir des biens d\u2019Église en appelle à une réflexion globale, tous monuments, toutes confessions, tous lieux confondus.Posé ainsi, le problème de l\u2019avenir des biens d\u2019Église tient à trois questions : que conserver, comment le conserver, et qui le conservera.Il s\u2019agit là d\u2019une équation à trois variables, fort complexe de surcroît : la valeur culturelle du patrimoine identifié influe évidemment sur les moyens mis en œuvre pour le conserver, qui sont déterminants quant aux responsables de cette conservation ; semblablement, d\u2019éventuels nouveaux propriétaires ne seront pas indifférents à l\u2019identité culturelle du patrimoine qu\u2019ils prennent en charge ; bref, le patrimoine, l\u2019économie et les partenaires qui sous-tendent l\u2019avenir des biens d\u2019Église restent à être imaginés.La complexité de l\u2019équation n\u2019est pas sans évoquer cet épisode mythologique du nœud gordien, si inextricable que l\u2019oracle avait prédit à qui le déferait qu\u2019il deviendrait maître de l\u2019Asie entière.Rien ne sert de conquérir à la pièce chacune des églises désaffectées, sans doute vaut-il mieux d\u2019abord de considérer les enjeux fondamentaux du problème.Et puis, comme Alexandre le Grand qui coupa le nœud de son épée, de savoir enfin trancher.La démolition des ruines de l\u2019église Holy Trinity, au coin des rues Sherbrooke et Saint-Laurent, Montréal, le 8 avril 1997.Peu d\u2019images frappent autant que celle d\u2019une pelle mécanique sur un mur d'église.Photo La Presse.P JUIN 1997 LE PATRIMOINE Il est de fait impossible de tout conserver.La désaffectation des lieux de culte ne crée pas nécessairement des monuments spontanés, dont tous conviendraient : certaines églises sont porteuses de significations pour des individus qui y ont vécu des expériences personnelles, certaines évoquent quelque histoire, stimulent l\u2019imaginaire collectif d\u2019un groupe donné ; d\u2019autres structurent physiquement un quartier, une portion de ville ; d\u2019autres encore se révèlent des œuvres d\u2019art, aux yeux de tous ou de quelques initiés.Ne serait-ce qu\u2019en vertu d\u2019une telle teneur objectale, plusieurs lieux de culte semblent promis à la culture.Certains des bâtiments, même, pourront ne plus servir que comme monuments, tels Notre-Dame de Montréal, ou de Notre-Dame-des-Victoires, à Québec, où, aujourd\u2019hui, les cérémonies religieuses tiennent plutôt rôle de figuration de la mise en patrimoine du lieu de culte.La situation paraît idéale ; mais il faudra tout de même choisir puisque, aux côtés des bâtiments favorisés par un tel choix, d\u2019autres seront voués à la démolition.Or ce serait une erreur d\u2019appuyer un tel choix sur la seule liste des monuments classés à ce jour ; au vu de critères actuels, certains parmi ceux-ci pourraient en effet sembler moins «pertinents» que d\u2019autres qui ne seraient pas classés.Surtout (comme en témoigne le cas de l\u2019église Notre-Dame-de-Grâce que nous présentons plus loin) l\u2019échantillon des églises classées n\u2019est nullement représentatif de la richesse et de la diversité du patrimoine ecclésial : les bâtiments modernes, pour n\u2019évoquer que ceux-là, en sont exclus ; et peu de confessions y sont présentes.C\u2019est que la liste des monuments religieux du Québec, bien amorcée jusque dans les années 1960, a été délaissée au profit de monuments «civils» au rythme de la désaffection de l\u2019Église ; cette émancipation ne reposant plus nécessairement sur le paysage architectural, il serait donc pertinent de réviser cette liste des monuments, dans le contexte nouveau et selon des critères actuels, de façon à ce qu\u2019elle soit véritablement représentative du patrimoine que nous voulons pour culture.Puis, parmi ces monuments que la collectivité choisira ainsi de conserver en vertu de leur intérêt national \u2014 les autres seront laissés entre les mains de qui les choisira \u2014 certains, peut-être, demeureront des lieux de cuite ; la plupart, comme nous l\u2019esquissions, risquent plutôt de changer de statut.En cette voie, le Québec paraît avoir fait le plein des solutions «évidentes» : une église devient facilement une bibliothèque, un musée, une salle de concert.Mais patrimoine ou non, toutes les églises ne peuvent pas ainsi devenu dépendantes des deniers publics, et génératrices de surcroît de dépenses récurrentes importantes.De nouvelles solutions peuvent certes être exploitées : ainsi la reconversion d\u2019églises en garderies et en maternelles, tentée aux Pays-Bas, serait peut-être judicieuse à l\u2019heure où, de ce côté de l\u2019océan, la politique de l\u2019Éducation crée de nouveaux besoins en ce sens.Une telle solution, dans quel- ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE L\u2019église Notre-Dame-du-Chemin (Québec), fermée au culte en décembre 1996 en raison du coût des travaux de réfection des murs de pierre jugé prohibitif par les paroissiens.Photo Renée Méthot.S\tV.jf\tJ\t 1\tkmv 11\t' «ÜY1 ÆK\t\u2018.\"i :¦*_ * rv.T>S_, u jr\t' Ju mi\të Æ ^mi\t P\tIiHM\t hi Sen M msn ft a its to fe:® leifEs iàlW t ques cas, serait à tout le moins acceptable.De même que d\u2019autres, aussi dans quelques cas, le seraient aussi.Mais la collectivité concernée par cette quête de patrimoine accepterait-elle qu\u2019une église devienne un garage ?Une brasserie bavaroise ?Un salon de massage ?Un sauna ?En amont de la question de la propriété, c\u2019est dire que, même dans le cas où certaines églises «écartées de la liste» ne disparaîtraient pas, supposer l\u2019accession de lieux de culte au titre de patrimoine culturel exige une sélection contingente, à la mesure de l\u2019éventail des solutions «patrimoniales» : il est à l\u2019évidence des destinations dans lesquelles les églises-patrimoines perdront leur identité.Contrairement à ce que la rectitude politique indiquerait, il faut donc, effectivement, choisir.«L\u2019irrépressible envie de vouloir tout garder» que dénonçait Pierre-Yves Balut (L'apologie du périssable) ne consacrera que le statu quo : une collectivité devant un nœud, liant l\u2019ensemble enchevêtré des biens d\u2019Égüse à son inéluctable et synchronique extinction.Une vision élargie permettra de tels choix, qui sauront sélectionner, au sein du parc immobilier actuel, les dignes monuments du legs à constituer.La France, à ce chapitre de la construction du patrimoine (mais surtout pas aux chapitres de l\u2019économie et du partenariat) peut servir d\u2019exemple : nul n\u2019y a souvenir des églises disparues, puisque les monuments restants, préservés, amoureusement entretenus, soigneusement mis en valeur, mis en tourisme, diffusés et reconnus, suffisent désormais à présenter une image complète et satisfaisante de la richesse culturelle dont ils se font les porteurs.Trancher le nœud gordien, en matière de patrimoine, c\u2019est effectuer le choix qui permettra de concentrer l\u2019énergie à la création d\u2019un héritage dans lequel se reconnaîtra la collectivité.L'ÉCONOMIE Une fois choisis, les monuments du patrimoine en question resteront encore sans ressource.Ni les quelque dix millions issus du programme des infrastructures du gouvernement fédéral, ni les trente-cinq millions annoncés par le ministère de la Culture et des Communications «pour sauver les églises» ne suffisent à l\u2019heure actuelle à réchapper les églises dites «admissibles» ; il n\u2019est guère probable que de nouveaux fonds publics apparaissent pour préserver celles, même en nombre moins grand, qu\u2019un choix patrimonial intelligent aura sélectionné.Et à 300 000 $ pour le remplacement d\u2019un toit, bien peu d\u2019institutions ecclésiales, s\u2019il en reste, trouveront le crédit nécessaire à garder leurs bâtiments hors d\u2019eau.Cela dit, il faut constater que ni les dépenses engagées, ni les moyens de financement existants ne s\u2019accordent avec quelque idée de «conservation patrimoniale».Est-il bien normal, ainsi, que les fonds investis par le ministère de la Culture et des Communications \u2014 et gérés par la Fondation du patrimoine religieux du Québec \u2014 soient réservés aux églises qui gardent fonction de heu de culte ?Les paroisses catholiques, dont les biens constituent JUIN 1997 évidemment une part importante du parc dont l\u2019avenir est ici en question, présentent un curieux exemple de principes de gestion qu\u2019il importerait peut-être de réviser.Lorsqu\u2019une telle paroisse ferme, en vertu de la Loi des fabriques, ses actifs sont, comme ses paroissiens, transférés à une paroisse voisine.Ce qui signifie que, dans la course à l\u2019assainissement des finances (affaire d\u2019Églises comme affaire d\u2019Etats), fermer une paroisse, économiquement, est ce qu\u2019il convient d\u2019appeler une «bonne affaire».Cependant, la conjugaison des déficits paroissiaux et de la raréfaction des desservants entraîne aussi la fermeture de paroisses «riches», dont les économies pallient dès lors les manques à gagner ailleurs : c\u2019est le cas, par exemple, de Saint-Cœur-de-Marie à Québec, dont l\u2019église a été mise en vente en février, cette année.En effet, dans un cas comme dans l\u2019autre, ce système de transfert encourage la vente de l'église.Or, à l\u2019évidence, le revenu de telle vente ne sert pas au maintien de l\u2019éventuel monument ; pire encore, le profit est réalisé au détriment du bâtiment et de la collectivité qu\u2019il desservait, responsable (depuis sa construction jusqu\u2019à sa vente) de son financement.Il ne s\u2019agit pas là que des paroissiens : la seule parcelle sur laquelle s\u2019érige l\u2019éghse a souvent été donnée par la Ville ou par quelque seigneur, ou acquise grâce aux dons (collectifs) amassés pour la construction.Puis, les paroissiens responsables de l\u2019entretien de l'église, alors que l\u2019adhésion au culte n\u2019appartenait pas au libre arbitre, formaient la très large majorité de la collectivité soumise à YEstablished Church ; enfin, ni l\u2019éghse, ni ses dépendances n\u2019ont été soumises au rôle municipal.Il est donc pour le moins curieux, dans ce contexte, qu\u2019un conseil de fabrique de trois marguihiers dispose des biens appartenant de fait à quelques milliers de résidents.Soyons clairs : il ne s\u2019agit pas de nationaliser les biens d\u2019Éghse, mais bien de reconnaître la destination collective de quelques-uns d\u2019entre eux, ce qui, par exemple, distingue tout à fait les éghses paroissiales des bâtiments conventuels, maisons des communautés religieuses qui les habitent et qui les ont construits.Quant aux éghses toutefois, il faut constater que, sous cet angle, leur vente au profit d\u2019une paroisse voisine est au demeurant anti-patrimoniale.Ceci est d\u2019autant plus vrai que, si des cas exceptionnels appelaient autrefois à de telles situations exceptionnelles, les centaines d\u2019églises qui inonderont bientôt le marché se solderont pour peu ou pour rien.Les coûts d\u2019entretien et de restauration à 1 origine même de la désaffectation seront augmentés par des taxes municipales, dont le bâtiment converti ne sera plus exempt.Dans la mesure où la valeur marchande d\u2019une éghse, traitée ainsi comme un autre bâtiment, équivaut à la différence entre le coût de son terrain (d autant plus élevé qu\u2019il est au cœur d\u2019une ville-centre) et celui de la démolition de l\u2019édifice, sans doute est-il plus logique, économiquement, de débâtir l\u2019éghse et d\u2019en brader les pièces à la ferraille.La chapelle du collège de Lévis, récemment réaménagée en bibliothèque municipale, fonction qui s'y épanouit et qui de surcroît permet la conservation presque intégrale du bâtiment.Photo Renée Méthot. LES PARTENAIRES Selon toute apparence, les églises, a fortiori celles que l\u2019on aura choisies au titre de «patrimoine» sont le bien d\u2019une collectivité plus nombreuse que les conseils restreints qui décident actuellement de leur sort.Ce constat n\u2019apporte malheureusement aucune solution à la mise en vente des églises et au transfert des actifs de paroisse en paroisse : si la préservation des bâtiments, dès lors, ressortit à l\u2019investissement de fonds publics pour acquérir et sauvegarder l\u2019église, la ré-appropriation collective du patrimoine requiert ni plus, ni moins que les mêmes contribuables soient appelés à financer l'église en question pour la seconde fois.Ceci pendant que le profit de la vente ne servirait qu\u2019à la consolidation de l'Église qui, même de taille réduite, finira par être riche ; les biens d\u2019Église, quant à eux, seront sans doute remplacés par des parcs de stationnement.Il convient donc de trouver de nouveaux partenaires dans cette aventure du patrimoine religieux.L\u2019expérience acquise en matière de reconversion \u2014 si, encore une fois, elle est considérée autrement qu\u2019à la pièce \u2014 peut à ce titre servir : on connaît par exemple la faible performance économique des églises recyclées en logements qui, une fois passé l\u2019engouement d\u2019habiter quelque trésor patrimonial, sont désaffectés du fait de leur coût exorbitant et de leur manque de confort.Bien peu de monuments historiques aussi contraignants que des églises seront un jour plus rentables et plus fonctionnels que des bâtiments neufs, érigés à moindre coût que nombre de restaurations ; aussi les choix d\u2019économies mixtes, de partenariats entre les secteurs publics et privés paraissent-ils, à cette heure, les plus judicieux.Il est donc pratiquement inévitable qu\u2019une instance publique (dans la mesure où elle servira alors la collectivité) prenne la relève des structures actuelles dans la gestion des biens d\u2019Église ; le seul exemple de la gestion (par les diocèses) des églises hors Québec, plus saine que celle issue de la structure paroissiale que nous connaissons, démontre la pertinence d\u2019un organisme décideur qui transcende les intérêts particuliers et les querelles de clochers.En cette voie, il apparaît incontournable que les maîtres d\u2019œuvre des solutions de partenariat seront les municipalités, dont les territoires sont souvent plus structurés par les églises que par l\u2019hôtel de ville même.Puis, il semble bien que la fonction communautaire des bâtiments perdurera ; mais la nouvelle économie sociale tant espérée ne devrait pas décourager le nécessaire partenariat avec le secteur privé.C\u2019est dire que les églises, au-delà de leur propre conservation, pourraient devenir le fer de lance de la réhabilitation des quartiers centraux.En ce sens, l\u2019objectif ne devrait pas être de reconvertir les églises, mais plutôt de les réanimer, créant dans ces bâtiments, et autour d\u2019eux, une activité influant sur l\u2019animation périphérique.Puis, comme il convient de choisir les monuments avant d\u2019investir dans la conservation de quelques-uns d\u2019entre wres h* ONIQUE \"£^r.frry: i ; I SSSlim mm Sia» \u2014\u2014\\ /JB /îëi 1 TLU à vendre m\t\t\t\t\t m\t[ \\\t\t\t\t \ti il s?.[[& 1\t«\t \t\tBr J\tWI \t\t\tFl L'église Saint-Cœur-de-Marie (Québec), mise en vente en dépit des actifs de la paroisse, suffisants pour l'entretien et pour la restauration ; la paroisse fermera plutôt en raison de la décision du diocèse de n'y plus affecter un desservant.Photo Renée Méthot.\\ w eux, il importe d\u2019aménager le paysage de l\u2019avenir des biens d\u2019Église avant que puissent être identifiés les partenaires : ceci signifie qu\u2019il faut mettre en place des procédures, des façons de faire, recourir à des points de vue qui fassent place à une coopération viable pour l\u2019entreprise privée.Il faut par exemple réfléchir au code du bâtiment (à la mise aux normes qui disqualifie actuellement les bâtiments historiques à toute reconversion économiquement viable), assouplir le poids des taxes municipales (une paroisse qui louerait tout à coup une partie de sa nef devrait-elle se retrouver, du jour au lendemain, avec un compte passant de zéro à plusieurs milliers de dollars ?), revoir la réglementation du travail pour les ouvriers concernés par l\u2019entretien préventif des églises, au lieu de systématiquement constituer de grands chantiers de restauration (un sacristain a-t-il vraiment besoin d\u2019une carte de compétence pour replâtrer un mur du monument ?), faciliter une conservation intelligente : la collaboration à la sauvegarde des biens d\u2019Église ne devrait pas être une charge excessive pour l\u2019entreprise privée.Les nouveaux exploitants ne devraient pas, pas plus que les seuls fidèles d\u2019une paroisse, défrayer à eux seuls la collectivité de sa soif d\u2019héritage.ENTRE LE LIEU DE CULTE ET LE LIEU DE CULTURE : L\u2019AVENIR À l\u2019évidence, cette situation de la désaffectation des lieux de culte dans les villes-centres, contrairement à ce que certains auraient pu croire, ne se résoudra pas à la pièce.Peut-être la position historique d\u2019une Established Church gérant unilatéralement ce parc immobilier conditionne-t-elle, d\u2019une certaine façon, la nécessité de considérer aujourd\u2019hui le problème dans sa globalité, d\u2019évaluer l\u2019avenir des biens d\u2019Église comme un système interrelié, comme cette équation à trois variables que nous avons proposée.En d\u2019autres mots, l\u2019éclatement des Églises qui met enjeu l\u2019avenir de leurs biens ne devrait pas conditionner l\u2019éclatement du problème, et la dispersion de sa résolution.Il paraît clair, en ce sens, que la gestion de l\u2019avenir des biens d\u2019Église appelle sine qua non à la mise sur pied d\u2019une structure intermédiaire, entre le lieu de culte actif et le bâtiment converti ; l\u2019exemple du Churches Conservation Trust de la Grande-Bretagne démontre la pertinence d\u2019un tel organisme, prenant en charge l\u2019église désaffectée avec le mandat d\u2019en disposer dans le meilleur intérêt de la collectivité, et de la conservation du monument.Sans doute la Fondation du patrimoine religieux pourrait-elle assumer ce rôle ; les fonds lui étant confiés par l\u2019État, destinés à préserver l\u2019actif en attente de nouveaux partenaires, ne devraient cependant pas, comme c\u2019est actuellement le cas, évacuer tout autre avenir que celui du culte.Il paraît évident que, de même que le dit «patrimoine», les fonds investis par l\u2019État servent la collectivité ; c\u2019est dire, aussi, que les monuments «admissibles» devraient n\u2019être que ceux classés par le gouvernement provincial, ou cités par les municipalités, de façon à ce que la gestion des fonds pour la conservation, à tout le moins, s\u2019arrime à la Loi sur les biens culturels.La Fondation du patrimoine religieux cultuel et culturel du Québec, structure bicéphale où se rencontreraient religieux et laïcs engagés dans la conservation, pourrait alors véritablement garantir la pérennité des églises, en acquérant l\u2019expertise qui manque cruellement à la gestion actuelle du transfert du patrimoine religieux, en amont même des choix de conservation : décréter, par exemple, qu\u2019une église désaffectée ne peut être démolie pendant les cinq aimées suivant sa désaffectation, s\u2019assurer que les actifs des églises restent dans le réseau auquel ils ont été destinés seraient déjà garants d\u2019une vision plus juste, plus collective, plus sensible envers l\u2019héritage ecclésial.Semblablement, subventionner la préparation de plans stratégiques mettrait temps et argent au service de solutions alternatives, au lieu des actuels chantiers spontanés, dont l\u2019ampleur seule conditionne les honoraires professionnels.Bien sûr, côtoyant celui de l\u2019État, l\u2019argent catholique, ou celui d\u2019autres confessions, deviendrait en quelque sorte laïc ; mais au lieu (au pire) de servir la construction de quelque god shack en banlieue, il nourrirait l\u2019avenir des biens d\u2019Église dans les villes-centres.Ce qui n\u2019est certes pas étranger à la destination originelle, communautaire, de chacun des monuments.L\u2019équation serait complète : un patrimoine, une économie, des partenaires = un avenir.Car il faudra bien de toute façon choisir.Choisir quels patrimoines, choisir quels partenaires et surtout choisir, du lieu ou du culte, lequel doit être privilégié par une collectivité de plus en plus éclatée, qui gagnerait certainement en de nouveaux monuments, et dans l\u2019œuvre de design des architectes qui pourraient dès lors y œuvrer, le ciment d\u2019une culture ressourcée.Trancher d\u2019abord, créer ensuite : l\u2019avenir des biens d\u2019Église est entre les mains de ceux qui déferont le nœud.NOTE 1.Les chiffres invoqués dans ce paragraphe sont tirés de Jacques Drapeau, «L\u2019Église québécoise en crise.Le clergé sur la corde raide : 35 % des prêtres diocésains ont plus de 70 ans», Le Soleil, mercredi 18 décembre 1996, A-l et C-l.11 X X «il*- CHRIST CHURCH CATHEDRAL, MONTREAL RESTAURATION DE L\u2019ENVELOPPE ET DES VITRAUX Werleman Guy McMahon architectes ARQ.LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE L\u2019architecte Jean-Eudes Guy agit comme chargé de projet du chantier de restauration du vénérable monument, érigé en 1857 d\u2019après les plans de Frank Wills.L\u2019expertise de l\u2019agence Werleman Guy McMahon, bien établie après le magistral chantier de restauration de l\u2019église St.Patrick, a bien servi la cause du principal édifice de l\u2019Église d\u2019Angleterre au Canada.L\u2019analyse de l\u2019enveloppe du bâtiment a été amorcée en 1991.Elle a conduit à des travaux de mise hors d\u2019eau par des corrections à la couverture, le rejointoiement des murs et du clocher.Un des défis du chantier a consisté à remplacer ou à réparer, selon le cas, la pierre calcaire des contreforts du clocher, des meneaux dessinant les remplages des grandes fenêtres ; à ces endroits, des tra- vaux antérieurs avaient déjà substitué des pièces de ciment moulées ou du calcaire de l\u2019Indiana au calcaire de Caen originel.Cette consolidation harmonieuse, restituant l\u2019intégrité formelle du monument, permet ensuite de restaurer les vitraux.Ces grandes verrières doivent être démontées, fixées avec de nouveaux plombs et complétées là où les verres manquent, avant d\u2019être remises en place derrière un nouveau vitrage externe laminé.Cette nouvelle paroi protectrice prend la place des vitraux qui sont, eux, légèrement repoussés à l\u2019intérieur du cadre des meneaux.Ce travail minutieux et d\u2019envergure contribue à faire du chantier de restauration de la-cathédrale Christ Church l\u2019un des cas exemplaires de l\u2019art de la restauration du vitrail architectural au Québec.De façon assez originale, les architectes de la restauration ont dressé plusieurs plans en reportant, tantôt sur un relevé photographique, tantôt sur une copie des élévations de Frank Wills (1857) la localisation et la description de la nature des interventions proposées, ce qui lègue de surcroît à la postérité une documentation de grande qualité sur cette campagne de travaux.Après avoir été posée sur un radier et des pilotis hauts de trois étages, la cathédrale Christ Church a vu son sous-sol excavé pour loger un centre commercial de deux niveaux.Si cette opération spectaculaire s\u2019est faite sans dommage significatif à l\u2019église, il restait néanmoins à restaurer le bâtiment sur lequel les travaux antérieurs de restauration/ consolidation remontaient déjà aux années 1940.De cette époque datait la célèbre flèche d\u2019acier habillée d\u2019aluminium ayant la taille et la texture des pierres de la structure d\u2019origine, devenue trop lourde pour la maçonnerie de la croisée. «£»**«\u2022 i ¦ ¦\u2022' !\t'¦¦\u2022\t1 *\u2022! [\t\u201d\tTTTTS «I *TSk:t r W W.'Êtusè, '\u2014; *,\t7 .-.«\u2022Mr- \u2022 f*T ! ; ¦.re j ! ~%i -7 L,1- I 1\t.1\t- E.- v-i .f iir r»» > ¦ '!: k: m : ' Ç.I'H'-i j:.|\t, ¦.j>- »\t\u2022- FLA firri a® \u20223 I ; ni* V : VT - .'ÉGLISE DE L\u2019IMMACULÉE-CONCEPTIÜN, SHERBROOKE sieD.airede % ¦wig #w i «il» Itiriin ipaitj ant) it dm.«tills liuittjj irestas ini si sii ®ptti lègue* ndep RESTAURATION DE L\u2019ENVELOPPE OU BATIMENT Tardif, Laberge-Montambault, pomerleau, architectes En 1997, c\u2019est la région de l\u2019Estrie qui connaîtra l\u2019un des chantiers majeurs appuyés par la Fondation du patrimoine religieux du Québec.Le 8 avril dernier, le comité diocésain de construction et d\u2019art sacré du diocèse de Sherbrooke annonçait l\u2019octroi d\u2019une somme de 1 370 000 $, dont 566 150 $ pour la seule église de l\u2019Im-maculée-Conception.C\u2019est l\u2019architecte Henriette Laberge-Montambault qui agit comme chargée de projet pour ce chantier qui verra à garantir la conservation de l\u2019église érigée en 1930 d\u2019après les plans de l\u2019architecte J.-Aimé Poulin, figure bien connue pour sa contribution à l\u2019architecture religieuse de l\u2019entre-deux-guerres.Le bâtiment s\u2019inscrit dans la mouvance du «Canadian gothic», en puisant au vocabulaire architectural du Royaume-Uni.Dans cette architecture, la pierre de taille bosselée revêt une grande importance, tout comme la pierre finement ciselée et sculptée qui orne les ouvertures et découpe la façade.C\u2019est précisément cet appareil de pierre, posé en lambris sur une ossature moderne, qui retiendra surtout l\u2019attention des restaurateurs : comme c\u2019est le cas de bon nombre d\u2019églises de cette époque, la pierre est en effet très détériorée à la suite d\u2019un manque d\u2019entretien préventif.Les joints sont ouverts, plusieurs rangs de pierre sont délités et des portions de murs menacent de se détacher de la structure.La campagne de travaux à l\u2019église de l\u2019Immaculée-Conception verra aussi à la réfection de la toiture en cuivre et au rétablissement des portes en bois selon l\u2019état originel.Sur les 125 églises que compte le diocèse catholique de Sherbrooke, 68 ont été érigées avant 1945.De ce nom- bre, 37 ont été retenues pour leurs qualités architecturales par la table régionale de la Fondation du patrimoine religieux.Pour 1997, le projet de restauration de l\u2019église de l\u2019Immaculée-Conception a été annoncé en même temps que ceux de trois autres églises du diocèse, dont celui de l\u2019église Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke, en raison de l\u2019urgence des interventions requises.,,;,?|JUIN 1\"7 P %pw \t LA CORVEE EGLISES L\u2019ÉGLISE SAINTE-FAMILLE, CAP-SANTÉ [PORTNEUF] RÉFECTION DE LA COUVERTURE ET RESTAURATION DES CLOCHERS Pierre d'Anjou, architecte L\u2019église du Cap-Santé a été classée monument historique en 1986.L\u2019édifice, érigé laborieusement entre 1754 et 1764, a subi quelques travaux en 1807 (clochers) et en 1859-1861 (architecture intérieure).À la fois par ses qualités architecturales, son âge, son état de conservation et son implantation sur un site spectaculaire, l\u2019église est un des monuments-phares du patrimoine architectural religieux du Québec.En novembre 1995, la fabrique de Sainte-Famille a confié à l\u2019architecte Pierre d\u2019Anjou le mandat d\u2019évaluer l\u2019état de la couverture de l\u2019église.Dès ce moment, l\u2019état des clochers attire l\u2019attention.En juillet 1996, après avoir reçu l\u2019aval de la Fondation du patrimoine religieux, l\u2019architecte procède à une analyse détaillée de l\u2019état des clochers.La charpente du clocher sud paraît être dans un état de détérioration avancé : le bois des pièces qui forment le tambour et portent la flèche est pourri et ces porteurs présentent un danger imminent de rupture.L\u2019assise qui porte le tambour et qui assure l\u2019ancrage du polygone à la torn' est également dans un état de dégradation avancé.Le remplacement de la partie inférieure du clocher s\u2019impose.En revanche, le clocher nord est en meilleur état et sa structure pourrait être consolidée.Partant du point de vue que le bâtiment se devait de conserver une structure intègre, qui évoque l\u2019âge du bâti- I ment, l\u2019architecte, après consultation avec les experts du ministère de la Culture et des Communications, a proposé | de remplacer à l\u2019identique les pièces endommagées du clocher sud et de consolider par injection de résines la structure du clocher nord.Tout se passe en fait comme si la tradition qui autrefois veillait au maintien de la figure | initiale par le remplacement, tantôt des pièces de la struc- I ture, tantôt des feuilles de tôle qui l\u2019habillent, avait repris | droit de cité ici.Dans cette voie, il est apparu indispensable de faire appel à une équipe d\u2019ouvriers, rompus aux I métiers traditionnels du bois.Déposé, le clocher a été en partie reconstruit au sol sous la direction du menuisier-ébéniste Jean-Pierre Thibaut, compagnon de l\u2019Ordre du Tour de France.Les parties valides ont été soigneusement conservées et réassemblées.Le clocher entier a ensuite repris sa place au sommet de la tour sud.Ces travaux, complétés à l\u2019automne 1996, seront suivis à l\u2019été 1997 de la consolidation in situ du clocher nord, opération moins spectaculaire mais tout aussi indispensable au maintien de l\u2019image familière du monument.ARQ.LA REVUE ETARCH TECTURE L\u2019ÉGLISE SAINT-MICHEL, PERCÉ RESTAURATION DE L\u2019ENVELOPPE DU BÂTIMENT Marc Bouchard, architecte La fabrique de la paroisse Saint-Michel de Percé a fait appel à l\u2019équipe de Marc Bouchard, architecte, après avoir entrepris des travaux urgents requis par la détérioration avancée de la maçonnerie du pignon de façade.L\u2019appel aux professionnels de cette firme, bien connus pour leurs travaux antérieurs sur quelques églises importantes (Saint-André de Kamouraska, Saint-Jean-Baptiste à Québec) a permis de valider les travaux amorcés par l\u2019entrepreneur et de les inscrire dans une planification d\u2019ensemble, acceptable par les comités experts de la Fondation du patrimoine religieux.L\u2019église de Percé a été érigée de 1900 à 1903 d\u2019après les plans dressés en 1898 par l\u2019architecte Joseph Venne de Montréal, lauréat d\u2019un concours d\u2019architecture lancé à cette fin.L\u2019édifice s\u2019impose par la couleur brun-rouge du grès qui l\u2019habille et par cette curieuse façade cantonnée de deux tours tronquées, flanquées d\u2019échauguettes aux angles ; incomplètes, ces tours devaient recevoir de lourdes flèches.Le projet, connu par les plans originaux retracés à l\u2019occasion de cette restauration, s\u2019inspire des églises bretonnes érigées par l\u2019architecte Arthur Régnault peu avant 1900 (Corps-Nuds, Liffré et Châteaubourg, par exemple).Il est d\u2019ailleurs probable que des plans envoyés de Bretagne aient guidé Joseph Venne.Le chantier de restauration de l\u2019église Saint-Michel est le plus important que la Fondation du patrimoine religieux ait appuyé en 1996, avec une contribution de 364 680 $.La majeure part du chantier a consisté à remplacer les pierres désagrégées par de nouvelles, semblables, à traiter les fissures par des injections, à procéder au rejointoiement de la maçonnerie.Pour éviter le lessivage des murs, de grès argileux fragile, le projet de restauration prévoit l\u2019ajout de descentes pluviales, la création de casse-gouttes aux appuis des fenêtres et la plantation d\u2019écrans végétaux qui réduiraient l\u2019exposition aux intempéries.La phase I du chantier concernait la façade et les clochers, la phase II les murs et toitures.La phase III, plus modeste, prévoit la restauration des finis intérieurs.Édifice encore mal connu, l\u2019église Saint-Michel de Percé a un fort potentiel.Sa restauration, en garantissant la pérennité de son image, permettra de mieux inscrire ce bâtiment précurseur dans le corpus patrimonial des monuments religieux du Québec.cL \u2014\u2014 : B» ! 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