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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La vie des communautés religieuses /, 1945-02, Collections de BAnQ.

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Vol.Ill, n.6 MONTRÉAL Février 1945 0*5 ¦/! mM A ÏSP .SOMMAIRE DROIT DE RELIGIEUX Moïse Roy La S.Eucharistie dans les Oratoires intérieurs.161 SPIRITUALITÉ Henri-Marie Bradet Savoir s'évader Une Carmélite L'Oraison.HISTOIRE M.Cyrille et Jogues Massé Deux Centenaires.185 Chronique — Consultations — Comptes rendus i ADMINISTRATION: C.P.1515 (PL.D’ARMES) * RÉDACTION: 3113 AVE.GUYARD MONTRÉ AL î 164 168 La VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES Publication des RR.PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois, de septembre à juin, en fascicule de 32 pages.Abonnement: $1.25 par année.Cette revue est imprimée en vertu du certificat No 164 de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre.Enrégistré au Canada comme matière postale de seconda classe.Rédaction : 3113, avenue Guyard, Montréal.Administration : C.P, 1515, Place d'Armes, Montréal, Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr Ulric PERRON, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général.Secrétaire : R.P.Jogues MASSÉ, O.F.M.Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT.Avis concernant les Consultations.1.— Le service des consultations ne tiendra compte que des lettres qui porteront une signature.2.— La revue ne publiera que les consultations réunissant les conditions suivantes: Présentations par les supérieurs, sauf les consultations par les prêtres ; Utilité pour le bien général de la revue ; Absence d'opposition du consultant.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.f Josephus CHARBONNEAU Marianopoli, die la februarii 1945 I DROIT DES RELIGIEUX La S.Eucharistic dans les Oratoires intérieurs L’exposé qui suit veut répondre à la consultation rédigée en ces termes : « Une communauté qui a une chapelle publique pour tous ses exercices religieux peut-elle légithnement avoir, à l'intérieur, des oratoires avec le T.S.Sacrement pour le groupe fort nombreux des malades {il s'agit d'une infirmerie régionale), et pour celui des novices ?» On doit résoudre cette question en recourant aux canons 1265 § 1, 2° et 1267, ainsi qu’à la réponse donnée par la Commission d’interprétation du Code le 2 juin 1918.Au canon 1265 § 1, 2°, le Code concède que la S.Eucharistie puisse, moyennant la permission de l’Ordinaire du lieu, être gardée dans l’oratoire principal (public ou semi-public) de toute maison pieuse ou religieuse.Mais au canon 1267, après avoir révoqué les privilèges contraires, il détermine que « dans les maisons religieuses et les établissements pieux, la S.Eucharistie ne peut pas être gardée ailleurs que dans l’oratoire principal ».a) Quand une communauté possède une église ou une chapelle publique dans laquelle elle fait habituellement ses exercices religieux,, le Saint-Sacrement ne peut pas être conservé dans une autre chapelle.Il en sera de même si la communauté, n’ayant pas d’église ni d’oratoire public, a la permission de garder la Sainte Réserve dans un oratoire (semi-public) intérieur.b) D’autre part, si la communauté possède une église ou un oratoire public et qu'elle n'ait pas l'habitude de faire ses exercices de piété dans cette église ou cet oratoire public mais dans un autre oratoire intérieur, l’Ordinaire peut alors permettre, suivant la réponse du 2 juin 1918, de garder le Saint Sacrement dans cet oratoire intérieur, sans que l’église, soit privée de son droit de garder la Sainte Réserve.c) La Commission d’interprétation du Code concède toutefois qu’on puisse conserver la Sainte Eucharistie dans plusieurs oratoires d’une même maison religieuse quand « dans le même édifice matériel il y a des familles distinctes et séparées au point de constituer des maisons religieuses ou pieuses formellement distinctes »:.1.On doit retenir cependant, dans tous ces cas, qu’il faut, pour pouvoir jouir du privilège de garder le Saint Sacrement, être en mesure d’avoir la sainte Messe régulièrement au moins une fois chaque semaine (can.1265 § 1). 162 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Par suite, s’il y a dans une même maison religieuse ou dans le même établissement pieux plusieurs congrégations diverses ou plusieurs familles formellement distinctes du meme Institut qui ne font pas leurs exercices religieux dans le même endroit, mais chacune dans des chapelles différentes, l’Ordinaire du lieu peut autoriser qu’on garde la S.Eucharistie dans les oratoires de chacun de ces groupes.Mais encore faut-il être certain que 1 on a affaire à des groupes formellement distincts et séparés.On peut citer comme exemples d’établissements religieux dans lesquels vivent plusieurs « familles distinctes )) : un séminaire ou un collège dans lequel se trouve une communauté de religieuses affectées au service matériel ; un établissement d’instruction ou il y a une communauté de prêtres séculiers ou de religieux et un pensionnat avec sa chapelle particulière pour les exercices de piété des élèves.Il n’y a pas lieu de douter quand on est en présence de deux Instituts religieux différents.Mais le cas n’est plus aussi clair quand on trouve dans la même maison diverses classes de religieux appartenant à la même congrégation ou au même Ordre.Il est certain que les clercs et les frères lais d’un même Institut ne forment qu’une seule famille.Il en est de même, a plus forte raison, pour les religieuses de chœur et les sœurs converses.Pareillement les malades retenus à l’infirmerie ne forment pas une famille distincte des autres religieux de la maison.Le Monitore Ecclesiastico (1918, p.240 en note), se basant sur le fait que Code (can.564) interdit les rapports entre les novices et les profès, a cru pouvoir admettre que les novices formaient une famille distincte et qu’on pouvait garder le S.Sacrement dans leur chapelle quand ils y font régulièrement leurs exercices de piété.Mais la plupart des commentateurs ont rejeté cette opinion et soutiennent que les novices et les scolastiques, comme tels, ne forment pas des familles distinctes l’une de l’autre ni des profes.(Voir : Maroto, Comment, pro Re/igiosisy t.I, pp.103-105 ; Ver-mersch, Periodica 1921, p.154 ; Creusen, Revue des Corn.Religieuses : Documents du S.-Siège, p.49).Il pourra en être autrement toutefois, si le noviciat se trouve logé dans un bâtiment voisin, bien que sur le même terrain, ou encore si divers groupes forment dans la même maison de véritables communautés séparées avec chacune leur supérieur local LA S.EUCHARISTIE DANS LES ORATOIRES INTERIEURS 163 propre.Ce cas se vérifie quand on a d’un côté la maison-mère ou une maison provinciale et de l’autre un noviciat ou un scolasticat avec des supérieurs locaux différents.(Voir : Bastien, Directoire Canonique, éd.1933, n.187 ; Schafer, De Religiosis, n.436 ; Comment.pro Relig.ibid.).Si nous considérons maintenant la question, telle qu’elle a été posée par la consultante, il ressort assez clairement des règles du Droit qu’il faille ici répondre négativement.On ne voit pas en effet que les novices et les malades soient ici constituées en communautés vraiment distinctes avec chacune une véritable supérieure locale propre.A propos des oratoires d’infirmeries qu’on trouve dans les maisons religieuses, le Père Vermeersch n’hésite pas à déclarer qu’on ne peut pas y conserver le Saint Sacrement (Epitome J.C.t.II, n.592).Si pourtant l’infirmerie ou le sanatorium est établi dans la maison religieuse pour toutes les malades de la région, avec une véritable supérieure particulière pour tout le personnel de l’infirmerie, il serait alors possible d’obtenir de l’Ordinaire l’autorisation de garder la Sainte Réserve dans la chapelle pour les malades.S’il arrive que diverses classes de religieux ou de religieuses ne forment pas des familles distinctes et qu’elles ne puissent pas facilement faire leurs exercices religieux dans le même oratoire, il leur est alors permis de s’adresser à la S.Congrégation des Religieux pour obtenir un induit apostolique (can.1265 § 2) qui ne leur sera pas refusé.Montréal Moïse Roy, S.S.S.nécROLOGie R.P.Ethelbert Sambrooke, O.F.M.— R.P.Erie Bardett, S.J.— R.P.Gabriel Larue, S.J.— R.F.Salvator Dufresne, O.F.M.— RR.FF.André et Marcellin, O.C.R.— RR.SS.Jean Manetti, Marie-Porphyre, Antoine de Jésus, Pascal Baylon, Ursule du Sacré-Cœur, Bernardine et Alphonse du Rédempteur, F.C.S.P.— RR.SS.Marie-Angèle et Sainte-Eustella, A.S.V.— RR.MM.Marie-de-l’Incarnation et Marie Saint-Joseph, J.M.— RR.SS.Sainte-Cunégonde et Sainte-Léonie-de-Jésus, C.N.D.— RR.SS.Marie-Angèle et Marie-Louise-Anna, P.de M.— R.S.M.-Rose Laliberté, S.G.M.— R.S.Élizabeth de Marie, SS.NN.J.M.— R.S.Gilberte Lamy, R.H.— R.S.St-Philippe-de-Néri, S.F.d’A.— R.S.Marie-du-Saint-Esprit, P.S.S.F.— R.S.Marie-de-Sainte-Ursule, C.S.C.— R.S.Marie-Euphrasie-de-Jésus, B.P.— R.S.Georgine Langevin, S.G.S.-H.R.I.P, SPIRITUALITE SAVOIR S’éVAD€R Notre instinct le plus profond, écrit le philosophe russe Nicolas Berdiaeff, c’est Y évasion, et toutes nos autres tendances ne seraient, au fond, que des manifestations de ce principal et premier besoin.Par nos sens, ne sommes-nous pas entièrement tendus vers le monde extérieur ?Tournées vers les êtres et les choses, notre intelligence leur demande la vérité, notre volonté le bien, notre sensibilité des impressions morales et physiques, notre corps des aliments, des vêtements et tout ce qui conditionne son épanouissement.Comme les ondes captées par les antennes sont transformées en sons, ainsi les réalités externes deviennent la nourriture de toutes nos facultés internes.N’ayant pas en nous-mêmes ce qu’exige le complet développement de notre personnalité, il est tout naturel de le chercher au dehors.C’est la pauvreté de notre intérieur qui nous tourne vers l’extérieur, comme c’est l’insuffisance des individus qui a créé les sociétés, celle des nations qui crée les pactes et les ententes, celle du monde entier qui le courbe devant un Supreme Auteur.Nul homme, s’il est normal, ne peut concevoir sa perfection, sans sortir de lui-même pour emprunter aux êtres et aux choses, pour rencontrer les créatures et leur Créateur.Il n’y a a proprement parler que les hystériques à s’enfermer en eux-mêmes sans aucun débouché sur le monde et la société.Si 1 huître peut vivre dans sa coquille, le ver à soie dans son cocon, l’être humain ne peut s’épanouir en son « moi ».Intellectuellement et moralement, les emmurés, les renfrognés et les replies sur eux-memes sont des êtres faibles : la sortie de soi étant une condition de vie pleine et heureuse.Mais s’échapper ainsi de soi-même, n’est-ce pas la dissipation, l’éparpillement, donc tout l’opposé de ce recueillement si nécessaire à la vie sérieuse ?Aucunement, car se recueillir, ce n est pas se contempler soi-même mais s’évader en Dieu present en son ame.De même la méditation et l’étude ne sont pas des retours sur sa personne, mais une concentration de l’esprit sur une grande pensee, sur un grand objet.Nous ne sommes que des nains, sans doute, mais les problèmes qui doivent hanter nos cerveaux et nos cœurs sont géants.Pourtant, on ne les trouve en soi que si d’abord on les y a mis par la contemplation du monde et de Dieu.Et cela 165 SAVOIR S’ÉVADER exige les évasions de la prière, de l’étude, du dévouement, du don de soi-même.La beauté des ruches ne dépend-elle pas du va-et-vient ininterrompu des abeilles ?En fait, nous sommes tous des évadés et nous ne différons que par les motifs et les lieux de nos fuites loin de nous-mêmes.Qu’une évasion soit bonne ou mauvaise, cela dépend surtout de son terme.Il y en a qui s’évadent par en haut, mais le plus grand nombre s’évadent par en bas.Tous s’évadent : le saint qui se perd en Dieu et l’avare qui s’absorbe dans son argent ; l’apôtre qui recherche les âmes et l’égoïste qui poursuit ses intérêts ; celui qui se mortifie tout, aussi bien que celui qui s’amuse.Pour s’arracher à sa mélancolie et au désir du suicide, Ève Lavallière trouve dans l’art théâtral une forme d’évasion.D’autres la cherchent dans le plaisir, dans l’amour, dans le voyage, dans la vie sociale, etc.D’autres beaucoup moins nombreux s’évadent en Dieu : prêtres, religieux, religieuses, chrétiens fervents.On n’entre pas dans les cloîtres pour vivre de soi-même, mais de Dieu et avec Dieu, et nul n’est plus évadé et moins solitaire que le contemplatif pur qui ne vit qu’en la présence du très présent Seigneur.Qui ne voit que le terme d’une évasion en mesure la qualité ?Ce que chacun est, c’est ce qui commande la forme de son évasion : (( Tel on est, dit saint Thomas, telle nous apparaît la fin )).Au même coup de fusil qui retentit dans la forêt, on voit les oiseaux s’élever dans les airs, les marmottes se tapir dans leur trou, les cerfs s’enfuir à toute vitesse, les animaux aquatiques plonger dans les eaux.Ainsi, les mêmes événements provoquent-ils des réactions bien différentes dans les âmes, selon leurs dispositions intellectuelles et morales.D’une même guerre, le capitaliste profitera pour centupler ses revenus, le nationaliste y verra une occasion de développer son pays, le communiste un excellent moyen de propagande.Pour les âmes religieuses, quel beau motif de prier et de se sacrifier pour la pauvre humanité ! A côté des événements extraordinaires, il y a la tâche quotidienne, et c’est surtout devant elle que l’on fuit.Il est si facile de rogner son devoir, d’écourter sa prière, de fuir l’acte de charité qui s’en vient et la mortification que l’Esprit suggère.Mais le terme de l’évasion dit toujours ce que l’on est : paresseux, l’on s’évade dans l’oisiveté ; aigris, dans la critique ; tristes, dans la mélancolie ; vaniteux et égoïstes, dans la recherche de soi.Comme le disait Notre-Seigneur, notre cœur va toujours là où est notre trésor. 166 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Savoir s’évader ! C’est à la fois un art et une science.On s’entraîne à un art mais on apprend une science.La véritable évasion ne s’apprend et ne s’acquiert qu’avec de la lumière et de Vexercice.Ayant fait très, très large la part de la grâce dans cette œuvre d’évasion vers le surnaturel, il faut ensuite beaucoup, beaucoup compter sur ses efforts personnels.L’intelligence, utile à tout, l’est particulièrement pour le travail de la perfection.C’est elle, en effet, qui donne des vues réalistes, indiquant le meilleur moyen pour atteindre la fin.Dans la vie spirituelle comme ailleurs, tous les procédés n’ont pas la même valeur : il y a de l’essentiel et de l’accessoire, il y a l’amour de Dieu qui est fin et il y a la mortification qui est moyen.Afin qu’en chaque action, l’on fasse bien jouer ce principe, il faut une intelligence sans cesse en éveil, capable de discernement et de discrétion.En plus de voir, il faut agir.Tout ce qui aguerrit, entraîne, endurcit un homme pour une fin déterminée est ascèse ou exercice, c’est la même chose.Pour pouvoir souvent s’évader en Dieu, il faut à la fois un labeur négatif et positif.Il est aussi nécessaire de déblayer le terrain, de le dégager et de le sarcler que de le semer et de l’arroser pour avoir un beau jardin.Sevrage progressif ou renoncement total aux obstacles, marche en avant ou actes positifs, voilà ce qu’il faut faire tour à tour pour maîtriser l’art de l’évasion par en haut, dans la vertu.Comme l’art militaire inclut l’entraînement et l’attaque, ainsi l’art de l’évasion exige qu’on se libère du péché et des habitudes grossières afin de pouvoir s’élever dans les hauteurs.Comment l’oiseau pourrait-il voler si un fil le retenait au sol ?La forme d’évasion la plus parfaite, c’est la prière, par laquelle l’esprit et le cœur montent vers Dieu.On sait toute l’intelligence et toute la liberté d’âme qu’elle réclame, étant comme dit saint Thomas, un acte de la raison.Présupposant de nombreuses vertus comme la foi, l’espérance, l’humilité, la charité, la dévotion, ajoutons qu’elle ne sera parfaite qu’après beaucoup d’entraînement.Nécessaire à tous les croyants, la prière l’est particulièrement aux âmes religieuses, parce que, plus que tout autre, elles ont besoin de s’évader.Cela pour deux raisons.D’abord, une vie apostolique ne peut s'équilibrer que si elle se ménage des minutes dans les heures, des heures dans les jours et des jours dans les années, pour s’évader en Dieu.Nul combattant n’est toujours dans l’arène : il lui faut du repos.Les techniciens de la parole publique et les 167 SAVOIR S'EVADER maîtres de la pensée voient dans la détente, l’oubli complet de ses préoccupations, une condition essentielle de succès.Pourquoi en serait-il autrement dans la vie spirituelle ?Là aussi, surtout là, il faut se détendre, s’évader, monter sur la montagne.Pour faire du bien au sol, les eaux quittent nos océans et nos fleuves, montent dans les airs pour se constituer en nuages, et ensuite descendent sur la terre.C’est ainsi que tout apôtre ne sera fécond qu’en remontant vers Dieu avant d’aller aux âmes, en prenant toujours la voie qui passe par le ciel.Autrement, on arrive vite à faire l’œuvre de Dieu sans Dieu, à matérialiser son apostolat, à se faire fonctionnaire de l’ordre surnaturel.Dans de pareilles conditions, on tombe vite dans l’acédie.Les âmes religieuses et apostoliques doivent encore s’évader pour échapper aux tristesses et aux découragements que pourrait leur inspirer leur vocation, considérée d’un point de vue trop naturel.Devant les lenteurs du Royaume de Dieu à s’établir sur notre planète, l’incompréhension de ceux qui devraient nous seconder, les échecs de nos plus chères entreprises, l’abandon des masses que nous voulions au Christ et la victoire de nos ennemis, il est bien humain que la souffrance et l’inquiétude remplissent l’âme apostolique.Quoi ! tant de générations se sont dépensées pour le règne du Maître, et ce règne n’a jamais semblé si précaire ! C’est alors que l’apôtre doit s’évader en Dieu : il y trouvera de la force et de la joie, de l’ardeur et de l’optimisme, surtout un point de vue plus haut.Aperçus de ce roc immuable qu’est son Dieu, comme ils lui paraîtront mesquins et ridicules ces flots qui l’assaillent, et comme elles seront lumineuses les ombres de la terre, vues dans la LUMIÈRE ! Vu en Dieu, le monde est beau, car il y a assez d’amour pour couvrir la multitude des péchés.La charité, parce qu’elle est d’un autre ordre, dépasse infiniment toutes les œuvres humaines.Labeur des saints, pénitences des claustrés, sacrifices des mères, travaux des éducateurs, zèle des jocistes, aumônes des pauvres, échecs acceptés dans la foi, que tout cela pèse lourdement dans la balance du Souverain Juge ! En Dieu, nous verrons que c’est à coups de sacrifices et d’amour que seront vaincus l’égoïsme et la haine de nos modernes barbares.Ottawa Henri-Marie Bradet, O.P. SPIRITUALITE L’ORflISOn « Toute la terre est livrée à une grande désolation car il n’y a personne qui réfléchisse en son cœur.)) (Jér., XII, 11.) Cette constatation poignante qui navrait l’âme du prophète, ne vient-elle pas encore de nos jours attrister le penseur chrétien qui assiste, impuissant, aux bouleversements terribles de l’heure présente ?i\vec le scandale des mœurs qui entraîne aux pires catastrophes, est-il suffisant de qualifier notre époque de superficielle ?Abandonnant ces basses régions à ceux qui les fréquentent, demandons-nous si ce terme ne pourrait pas toutefois s’appliquer à une certaine catégorie d’humains qui survolent de haut, cependant, ces zones dangereuses.En matière d’apostolat, par exemple, n’a-t-on pas appelé « hérésie de l’action )) ce funeste courant qui entraîne avec impétuosité, sans laisser ensuite de traces durables ?Dans ce retour à Dieu que doit opérer l’univers, sous peine de se voir abîmer dans un désastre encore plus terrifiant, la prière ou oraison devra avoir la part prépondérante, sans quoi les plus généreux efforts du zèle apostolique demeureront stériles.Une vie intérieure, intensément vécue, s’impose donc comme premier fondement de cette réforme de la société que chacun souhaite ardemment.Mais comme la société se compose d’individus, c’est à chacun qu’il incombe d’opérer sa propre réforme.Pour donner Dieu aux autres, il faut d’abord le posséder soi-même, avoir perçu quelque chose de sa suavité, pour en communiquer le goût autour de soi.Si la séraphique Thérèse d’Avila revenait parmi nous, ne reprendrait-elle pas encore, et avec quelle anxieuse ardeur, son grand leitmotiv : « Oraison !.Oraison ! )) Elle y conviait, non seulement tout chrétien ordinaire, mais aussi les chefs des nations.« Si ceux qui gouvernent, disait-elle, fâisait chaque jour une demi-heure d’oraison, le monde serait autrement gouverné.)) — « Un quart d’heure au moins d’oraison par jour, disait-elle encore, et je vous promets le ciel.» « Oh ! si je pouvais faire entendre ma voix jusqu’aux extrémités du monde, je crierais à tous : (( Priez, priez, et je répéterais avec mon divin Maître : (( Il faut toujours prier et ne jamais se lasser.» Cet appel pressant à l’oraison ne s’adresserait-il pas surtout aux âmes consacrées, à ces choisis de Dieu, destinés à être dans l’oraison 169 son Église le sel de la terre ?Au jour de leur oblation, un flambeau ne leur a-t-il pas été mis en main pour leur signifier qu’ils devaient allumer partout, au long des sentiers, ce feu sacré de l’Amour divin ?Devenir une âme de prière, progresser de plus en plus dans les voies de l’oraison, tel doit donc être le grand souci de quiconque s’est engagé dans le chemin de la perfection.En général, et il faut s’en réjouir, on comprend l’importance de l’oraison et on s’y adonne consciencieusement, sachant qu’on peut en retirer de grands biens si on y est fidèle, s’attendre à tous les maux si on l’abandonne.Il est moralement impossible d’aimer Dieu sans estimer ce saint exercice et c’est pourquoi saint Alphonse de Li-guori a pu dire : (( Une religieuse sans oraison, ce n’est pas une religieuse, mais un cadavre de religieuse.» Sans en venir à cette extrémité, il y en a, cependant, qui à une certaine période de leur vie, par suite de diverses épreuves ou circonstances adverses, se sentent en proie à la tristesse, à l’inquiétude, et se laissent glisser, sans trop de résistance sur la pente fatale du découragement.Le plus souvent, lorsqu’il n’y a pas partage du cœur par des attaches volontaires, ce malaise est dû à un manque de lumière ; des explications claires et pratiques dissiperaient toutes ces angoisses.Nous inspirant de la céleste et sûre doctrine de ces grands maîtres de la vie spirituelle que sont sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, nous souhaiterions que le présent article fût pour ces âmes qui souffrent, un message d’affectueuse sympathie et de fraternel réconfort.Tout d’abord, il importe de bien comprendre que Dieu ne nous conduit pas tous de la même manière.(( Qui donc connaîtra toutes les voies par lesquelles Dieu mène les âmes », s’écrie saint Jean de la Croix.« Ces voies sont si différentes que c’est à peine si on trouve une seule âme dont la direction soit de moitié conforme à celle d’une autre.» C’est un fait, un grand nombre de personnes ne peuvent prier que vocalement.Le plus dont elles soient capables, enseigne sainte Thérèse, c’est de s’arrêter quelque peu en prononçant les paroles.Si ces âmes sont vraiment humbles, elles ne sont pas moins bien partagées que les autres, au dire de la sainte : « N’allez pas croire que l’on tire peu de fruit de la prière vocale bien faite. 170 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Je vous le dis, il est très possible que tandis que vous récitez le Pater ou une autre prière vocale, le Seigneur vous élève à la contemplation parfaite.» (Chem.ch.XXVII.).« Il semble que les deux ne vont pas ensemble, quand on n’en a pas l’expérience.Pour moi, je sais qu’elles s’allient très bien.or si cela est la vérité, et cela l’est, ne croyez pas, vous qui êtes ennemis des contemplatifs, que vous ne le serez point si vous récitez vos prières comme il faut, avec une conscience pure.)) (Chem.ch.XXXII.) Néanmoins, dans la vie religieuse où tout favorise le recueillement, l’oraison mentale est ordinairement le partage du plus grand nombre.Cette voie, cependant, comporte plusieurs degrés.Les premiers étant plus fréquentés, nous nous y arrêterons davantage.1er degré : Oraison discursive ou méditative — celle des commençants Cette oraison peut se définir : une élévation de l’âme vers Dieu, par l’intelligence et la volonté, au moyen de considérations pieuses propres à créer des convictions profondes dans l’âme.On l’appelle à bon droit discursive à cause de la prédominance du travail intellectuel, de la part prédominante accordée à la réflexion et au discours mental.La méditation — qui ne le comprend — est la voie par laquelle, il nous faut tous commencer, à moins que le Seigneur nous élève d’emblée à une oraison supérieure.Au début de sa vie spirituelle, l’âme se trouve en face de ses vices, détestés certes, mais loin d’être encore corrigés ; un certain reflet de l’esprit du monde la tient encore dans l’illusion.Elle comprend qu’elle doit être tout à Dieu et brûler ce qu’elle adorait, mais son passé est tout proche avec ses erreurs et ses folies.Cette âme a donc un extrême besoin de fortifier ses convictions sur la laideur du péché, la beauté du devoir, les droits de Dieu, les avantages de la vertu, etc.— Qu’elle fasse de longues et sérieuses réflexions sur le ciel et l’enfer, sur la miséricorde et les exemples du Rédempteur ; qu’elle tâche de découvrir ses misères en se conformant au divin Maître dont elle contemplera la conduite dans l’Évangile.De ces considérations profondes jailliront la lumière et la force.Le cœur éclairé par l’esprit se sentira ému ; il se répandra en affections pieuses, nuancées de repentir, de honte, mais aussi d’espérance et d’amour.Ebranlée, l’âme prendra des résolutions vertueuses qui se traduiront en actes et elle y joindra d’ardentes l’oraison 171 supplications, sachant maintenant qu’elle peut tout attendre de son Père des cieux.Réflexions et sentiments accompagnés de ferme propos, voilà ce dont se compose la prière des commençants.Sainte Thérèse se penche avec une compassion toute maternelle sur ces jeunes âmes qui débutent dans la vie spirituelle et qui péniblement tirent l’eau du puits.Avec un tact et une sagacité qu’on ne se lasse pas d’admirer, elle leur donne de précieux avis, leur signale les tentations qui vont les assaillir, leur indique les moyens d’échapper aux ruses de l’ennemi.En les stimulant dans leur courageuse entreprise, en dépit de toutes les souffrances, elle leur fait entrevoir les grands biens promis à leur générosité. (Vie ch.XV.) « L’âme qui dans ce chemin de l’oraison mentale se met à marcher résolument, qui arrive à se soucier peu des goûts et des consolations, à ne point se réjouir ou se désoler outre mesure, soit qu’elle en reçoive, soit qu’elle s’en voit privée, cette âme, dis-je, a fourni déjà une grande partie de la carrière.Quels que soient ses faux pas, elle est sûre de ne pas retourner en arrière, car l’édifice qu’elle construit repose sur un fondement solide.En définitive, l’amour de Dieu ne consiste pas à verser des larmes, à désirer ces goûts spirituels et ces douceurs qu’on désire tant d’ordinaire, mais à servir Dieu dans la justice, la force d’âme et l’humilité.Le reste à mon avis, c’est recevoir toujours et ne jamais donner.« Quelque importance que j’attache à ceci pour les commençants — et de fait, il leur est souverainement utile de débuter avec courage et cette liberté — c’est moins pour eux que je parle, que pour d’autres nombreux, hélas ! qui après avoir commencé il y a longtemps, ne parviennent jamais à finir.Cela vient en grande partie, j’en suis convaincue, de ce qu’ils n’ont pas, dès le principe, embrassé la Croix.Disons-nous bien que Dieu ne s’arrête pas à certaines choses qui nous paraissent des fautes, et qui n’en sont pas.Notre-Seigneur connaît mieux que nous notre misère et la bassesse de notre nature.Il sait que nos âmes ont un désir constant de penser à Lui et de l’aimer ; c’est cette ferme résolution qu’il demande.Quant à ce chagrin que nous nous causons à nous-mêmes 172 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES (quand la dévotion manque), il ne sert qu’à jeter le trouble dans notre âme.Le trouble enlève la liberté d’esprit et tout courage pour les grandes œuvres.(Vie, ch.XI.) Et en manière de conclusion, elle ajoute : « Si nous voulons jouir de la liberté d’esprit, et ne pas vivre sans cesse au milieu des angoisses, commençons par ne pas redouter la croix.Nous verrons alors comment Notre-Seigneur nous aidera aussi à la porter, quelle joie inondera notre cœur et quels avantages nous retirerons de toutes nos épreuves.» (Vie, ch.XI.) La sage maîtresse convie ses disciples, encore novices dans la pratique de l’oraison, à produire des actes nombreux, ayant pour but de les stimuler à de grandes œuvres pour Dieu et à réveiller leur amour, exercice excellent et bien approprié à ce degré d’oraison où l’intelligence opère : « Nous pouvons par la pensée nous mettre en présence du Christ, nous embraser peu à peu du plus grand amour pour sa sainte Humanité1, lui tenir compagnie, lui parler, lui recommander nos besoins, nous plaindre à lui dans nos peines, nous réjouir en lui dans nos consolations, nous garder de l’oublier dans la prospérité.Ne cherchons pas à lui faire de beaux discours ; parlons-lui simplement pour lui exprimer nos désirs et nos besoins.C’est là une méthode excellente, et elle nous fait avancer en très peu de temps.Celui qui s’étudie à vivre dans cette précieuse compagnie, qui cherche à en tirer les plus grands avantages, y puise un amour sincère pour ce divin Maître auquel nous sommes redevables de tant de bienfaits, celui-là je l’affirme, est avancé dans la voie de l’oraison.Nous ne devons donc pas comme je l’ai déjà dit, nous affliger si la dévotion sensible vient à nous manquer.Remercions plutôt le Seigneur qui malgré les imperfections de nos œuvres, entretient en nous le désir de lui plaire.« Cette méthode d’oraison qui consiste à se tenir dans la compagnie du Sauveur est profitable dans tous les états.Elle est un moyen très sûr pour faire des progrès dans le premier degré d’oraison et arriver au second en peu de temps.» (Vie, ch.XII.) Sainte Thérèse invite l’âme à éliminer tout ce qui pourrait faire obstacle à l’action divine, et cela par la mortification et le détachement de toutes choses.Toujours elle joint ensemble l’oraison et la pratique de la vertu, spécialement la soumission de la volonté 1.On sait que cette vie d’identification au Christ est comme le pivot de toute la mystique thérésienne. l’oraison 173 à celle de Dieu : « L’unique ambition de celui qui commence à faire oraison — n’oubliez pas ceci, c’est très important — doit être de travailler avec courage à rendre sa volonté conforme à celle de Dieu.Du reste soyez-en très certains, en cela consiste tout entière la perfection la plus haute qu’on puisse atteindre, dans le chemin spirituel.Plus cette conformité est parfaite, plus on reçoit du Seigneur, et plus on est avancé dans ce chemin.Ne vous imaginez pas qu’il y ait là des mystères, des choses inconnues et inouïes, non, tout notre bien est dans cette conformité.» (Chat., 2e dem.) Sainte Thérèse veut que dès le début de la vie spirituelle, l’âme s’applique à marcher avec joie et liberté d’esprit.« Il y a des âmes, dit-elle, qui s’imaginent que la dévotion va s’en aller, si elles s’oublient elle-même tant soit peu.Il est bon de marcher dans la crainte de soi pour ne pas s’exposer, ni de près ni de loin, aux occasions où l’on a coutume d’offenser Dieu.Mais il y a beaucoup de circonstances où, comme je l’ai dit, on peut se récréer afin même de revenir avec de nouvelles forces à l’oraison.En toute chose la prudence est nécessaire.« Il faut en outre, s’animer d’une grande confiance, car il nous est avantageux de ne point ralentir nos désirs.Nous devons attendre de la bonté de Dieu que nos efforts nous amèneront, je ne dis pas tout de suite, mais au moins peu à peu là où beaucoup de saints sont arrivés avec sa grâce.S’ils n’avaient jamais conçu de tels désirs et ne les avaient mis peu à peu à exécution, ils ne seraient point parvenus à un si haut état.Sa Majesté recherche et aime les âmes généreuses pourvu qu’elles soient humbles et ne mettent aucune confiance en elles-mêmes.Je n’en ai jamais vu une seule s’arrêter dans les bas sentiers de la vie spirituelle.Je n’ai jamais vu, non plus, une âme pusillanime qui se cache sous le manteau de l’humilité, faire au bout de longues années autant de chemin que les autres en très peu de temps.» « Pour moi, je suis étonnée quand je vois combien il importe, dans ce chemin de l’oraison, de s’animer à accomplir de grandes choses.Ces résolutions des débuts ont une grande valeur, bien que dans ce premier degré d’oraison, il faille plutôt agir avec modération, se conformer à la prudence et suivre les avis du directeur.» (Vie, ch.XIII.) « Il est très important, dit-elle encore, quand on commence à faire oraison, de ne point se laisser aller à de vaines terreurs (au sujet de sa santé).On peut à l’exemple des saints, rechercher 174 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES la solitude, le silence et la pratique de beaucoup d’autres vertus qui ne tueront pas ce triste corps.Il ne veut être si bien traité que pour maltraiter l’âme.Le démon de son côté, contribue grandement à le rendre inhabile pour le bien.S’il découvre en nous un peu de crainte, il n’en demande pas davantage pour tenter de nous persuader que tout va nous tuer, ou du moins ravir la santé.S’il nous voit seulement répandre des larmes, il nous fait craindre de devenir aveugles.J’ai passé par cette tentation.Voilà pourquoi je le sais.Mais je me demande vraiment ce que nous pourrions désirer de mieux pour notre vue et notre santé que de les sacrifier l’une et l’autre à une si noble cause (.) j’ai pu grâce à Dieu comprendre cette ruse du démon.S’il me représentait la perte de ma santé, je disais : Peu importe que je meure ! S’il me montrait la perte de mon repos, je répondais : Désormais ce n’est plus le repos qu’il me faut, mais la croix ! Et ainsi d’autres choses.J’ai vu clairement que très souvent, malgré mes grandes infirmités, il y avait tentation du démon ou faiblesse de ma part.Aussi, depuis que je ne traite point mon corps avec autant de prudence et de délicatesse, ma santé est bien meilleure ».(Vie, ch.XIII.) « Ranimons notre courage, mes filles, pour l’amour de Notre-Seigneur.Remettons entre ses mains notre raison et nos craintes, oublions notre faiblesse naturelle qui trop souvent occupe notre attention.A nos supérieurs de prendre soin de nos corps.C’est leur affaire.Pour nous, ne songeons qu’à hâter le pas afin de contempler notre Maître.Du reste, cette sollicitude ne vous donnera pas une santé meilleure, je suis à même de vous le certifier.(Chât., 3e dem., ch.II.) Sainte Thérèse signale encore, entr’autres, une tentation ordinaire chez les commençants.« A peine ont-ils goûté les douceurs et les avantages de l’oraison, dit-elle, qu’ils veulent voir tout le monde dans une très haute perfection.Ce désir n’est pas mauvais, mais le mode de le réaliser peut n’être pas bon, s’il n’est accompagné de beaucoup de prudence et d’adresse pour ne point paraître faire la leçon aux autres.Celui qui veut procurer au prochain le bien dont il s’agit ici doit être lui-même enraciné dans la vertu, sans quoi il ne sera pour les autres qu’un sujet de tentation.Il y a encore un autre grand inconvénient, c’est que l’âme y perd.Au début, elle doit veiller surtout à ne prendre soin que de sa perfection, et à vivre comme s’il n’y avait sur la terre que Dieu et elle.)) (Vie, ch.XIII.) l’oraison 175 2e degré : Oraison ajfective — celle des progressants A force de méditer, l’âme prend goût à la vertu qu’elle voit de plus en plus aimable.Elle n’est plus dépaysée au milieu des réalités surnaturelles, elle les vit.Ses convictions sont solidement assises.Alors, le travail de l’esprit peut diminuer progressivement.Il n’est pas nécessaire, en effet, de jeter tant de bois sur la flamme puisqu’elle est déjà vive.Peu de réflexions suffisent pour que le cœur s’épanche en affections diverses en la présence de Dieu.Ici encore, réflexions et sentiments accompagnés de ferme propos, apparaissent selon l’ordre naturel de nos facultés, mais les sentiments prédominent et c’est pourquoi on donne à cette oraison le nom d’oraison affective.D’ordinaire, dans les cloîtres, les âmes arrivent promptement à cette oraison affective, (( parce que les abondantes lectures, l’office divin, l’audition de la parole de Dieu, l’habitude de penser aux choses divines saturent l’esprit de pieuses réflexions, tandis que l’austérité, le silence et la solitude purifient le cœur, facilitent l’union à Dieu.)) (Lehodey, Les voies de l’oraison mentale, p.134.) D’autre part, beaucoup se sentant incapables de méditer y passent d’emblée.On aurait tort de les plier à une oraison plus méthodique, d’ailleurs toute méditation n’est qu’un moyen pour arriver à l’amour.Et ce serait s’illusionner que de la comprendre autrement.L’essentiel, selon sainte Thérèse « n’est pas de penser beaucoup, mais d’aimer beaucoup.)) (Chât., 4e dem., ch.1er.) « A mon avis dit-elle, l’oraison mentale n’est pas autre chose qu’un commerce intime d’amitié avec celui dont on se sait aime.» (Vie, ch.VIII.) Voici, d’après ces principes, une manière très simple et très souple de faire oraison.Ce procédé s’adapte à tous les tempéraments et à toutes les circonstances.C’est une fille de sainte Thérèse1 qui va nous en fournir le modèle.(( En venant à l’oraison, vous devez vous mettre en présence non de quelque chose, mais de quelqu’un, vous poser, non face a une idée, mais face à un Être vivant qui vous écoute, qui vous parle, qui vous donne, face au Dieu vivant.« Il faut que notre oraison soit notre oraison, l’oraison de notre état, correspondant à la grâce de Dieu sur nous, dans le moment 1.Mère Marie de Jésus, fondatrice du Carmel de Paray-le-Monial. 176 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES présent, à nos attraits, à nos difficultés ou à nos fautes.Il faut aussi qu’elle soit vivante.En quelque état d’impuissance, de sécheresse ou de distractions que nous soyons, nous pouvons toujours faire oraison en nous ramassant dans notre foi et nous jetant dans l’amour de toute notre volonté.L’âme peut par l’acte de foi entrer immédiatement dans le recueillement qui fait toucher Dieu.« Je ne sais pas de meilleur moyen, quand on ne peut pas prier, que de faire un véritable acte de foi.Si le premier ne réussit pas, faites-en un second : — Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes là, vous qui êtes mon Créateur et mon Père, vous qui êtes ici pour moi, qui êtes mort pour moi.— On peut dire aussi tout au long le Credo. (Vie de la Mère Marie de Jésus, pp.349, 350.) 3e degré : Oraison de simple regard — celle des plus avancés Cette oraison, communément appelée « contemplation acquise », a reçu diverses dénominations : oraison de recueillement (sainte Thérèse), oraison de simplicité (Bossuet).Elle peut se définir : (( Une vue simple et pénétrante de la vérité acquise par notre industrie propre.» (Joseph du S.Esprit, o.c.d.) Par recueillement, on entend celui qui est encore actif et non pas passif, lequel n’est nullement en notre pouvoir.En somme, l’oraison de simple regard n’est pas autre chose que l’épanouissement de l’oraison affective.En effet, à mesure que l’âme s’exerce à cette oraison affective, les sentiments pieux prennent de plus en plus le pas sur les réflexions, et il vient un jour où l’âme se contente presque d’une pensée, d’un souvenir, d’un regard sur Dieu ou sur les choses divines.L’imagination, la mémoire et l’esprit ne travaillent plus comme un rouet ; la conviction est profonde, on se souvient, on regarde amoureusement, on prete attention, c est tout.« Plus l’âme se spiritualise, enseigne l’oraison 177 saint Jean de la Croix, plus diminuent les actes particuliers de ses puissances.Elle se concentre dans un seul acte général et pur, et alors, ses puissances abandonnent la voie qui l’avait amenée à cet état.» (Montée, 1.II ch.XI.) Le simple regard s’accompagne toujours d’amour, parce que la fin de cette contemplation, comme c’est le cas de toute contemplation, est une union de plus en plus intime avec Dieu.L’âme regarde parce qu’elle aime, et elle regarde pour aimer.Mais l’amour ne va pas sans la connaissance ! « Ces deux choses sont tour à tour cause et effet, l’une de l’autre.)) (Thomas de Jésus, o.c.d.) « L’amour donne naissance à la contemplation et la contemplation engendre un nouvel amour qui à son tour provoque une connaissance plus abondante et plus claire ; et ainsi de suite, la connaissance et l’amour se viennent mutuellement en aide.» (Thomas de Jésus.) Cependant, cette connaissance qui procède du regard contemplatif est générale, indistincte, et l’amour en épouse l’obscurité confuse.Parfois la lumière domine, plus souvent c’est l’amour.Pendant que l’œil intérieur demeure fixé sur Dieu, l’âme se tient tantôt silencieuse dans un regard admiratif, tantôt elle se répand en un colloque ardent où elle proteste de sa confiance et de son abandon, comme de sa misère et de son dévouement.N’exagérons rien.La contemplation acquise n’est pas un acte uniforme ou durable, une suspension de l’activité discursive qui maintiendrait l’esprit immobile devant les spectacles de la foi.Cet effet n’est réalisé que dans la contemplation infuse.Certes, à ce degré d’oraison, la simple vue de l’intelligence prédomine, mais elle n’est pas continuelle, bien qu’elle soit fréquente et facile.D’autre part, la contemplation acquise connaît rarement les grands émois ; le plus souvent elle se passe dans une aridité monotone.Parfois même, le vent aride, la tempête souffle sur l’âme contemplative, desséchant les sources et soulevant des tourbillons .de misères.Le cœur ne peut.produire que de rares et insipides affections ; l’esprit semble à la remorque des distractions.Que faire alors, si ce n’est lutter contre la bourrasque, se résigner en toute humilité, mieux encore embrasser généreusement la croix.A propos des distractions, sainte Thérèse fait une remarque judicieuse.« N’allez pas vous figurer, dit-elle, que la grande affaire soit de ne jamais penser à autre chose (qu’à Dieu), et que, si l’on 178 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES se distrait un moment, tout soit perdu.Pour moi, je me suis vue plus d’une fois en bien grande angoisse à cause du tumulte intérieur des pensées.j’ai reconnu par ma propre expérience que le mouvement de la pensée — ou pour parler plus clairement l’imagination — ce n’est pas la même chose que l’entendement.Je m’en informai auprès d’un théologien, et il me dit que c’était vrai, ce qui me causa une grande joie.L’entendement étant une puissance de l’âme je ne pouvais m’expliquer qu’il fût parfois si volage, et de fait, l’imagination que je confondais avec lui, est toujours prete à prendre son essor.Dieu seul peut la fixer, et il le fait quelquefois de telle sorte, que nous croyons presque nous trouver dégagés des liens du corps.D’un côté donc, sentant les puissances de mon âme tout occupées de Dieu et recueillies en lui, et de l’autre, constatant le désordre étrange de mon imagination, j’en restais tout interdite.« O Seigneur ! prenez en considération tout ce que le manque de connaissance nous fait souffrir dans ce chemin spirituel ! Le mal vient de ce que nous imaginant que toute notre science doit être de penser à vous, nous ne savons pas interroger les hommes instruits, et ne comprenons même pas qu’il soit besoin de la faire.Faute de lumière, nous passons par de terribles souffrances, et les choses les meilleures nous paraissent de grandes fautes.« De là procèdent les désolations de tant de personnes d’oraison, à tout le moins, de celles qui sont peu instruites ; de là leurs plaintes au sujet de leurs peines intérieures ; de là, ces mélancolies qui vont parfois jusqu’à ruiner la santé et les porter à tout laisser là.Ces personnes ne considèrent pas qu’il y a au dedans de nous tout un monde intérieur, et que, s’il n’est pas en notre pouvoir d’arrêter le mouvement du ciel qu’emporte une si prodigieuse vitesse, nous ne pouvons pas davantage arrêter le mouvement de notre pensée.Confondant l’imagination avec les puissances de l’âme, nous croyons être perdues et employer fort mal le temps que nous passons en la présence de Dieu.La plupart du temps, je le répète nos inquiétudes et nos peines ne viennent que du manque de lumière.; Laissons aller ce traquet de moulin, et occupons-nous de moudre notre farine, en faisant agir notre volonté et notre entendement.» (Chât., 4e dem., ch.1er.) Écoutons encore ces paroles consolantes : « Quand (l’oraison) serait accompagnée de grandes tentations, de sécheresses et de l’oraison 179 tribulations, je la regarderais comme la meilleure, parce qu’elle me rendrait plus humble et par conséquent plus agréable à Dieu.Car il ne faut pas croire que celui qui souffre ne prie pas, lorsqu’il offre à Dieu ses souffrances.Souvent il prie beaucoup plus que celui qui se rompt la tête dans un coin de sa cellule pour s’exciter à l’oraison et qui croit avoir beaucoup fait s’il a tiré par force quelques larmes de ses yeux.» (Vie, ch.VIII.) A quel moment, convient-il de passer à cette oraison de simple regard ?Quand Dieu le jugera bon.Cette simplification de la prière n’est pas une affaire de temps.Le Seigneur peut très bien appeler à ce genre d’oraison une âme qui s’est montrée généreuse, dès ses premiers pas dans la voie du renoncement.Quand la volonté divine a été dûment constatée, il n’y a pas à hésiter.C’est au Maître suprême à assigner les places à ses serviteurs.D’autre part, il peut y avoir des circonstances particulières» des états d’âme exceptionnels où l’oraison de simple regard s’impose comme une nécessité.Dans la maladie, par exemple, et à certains moments de fatigue où la méditation est souvent chose impossible.« La véritable oraison, quand on est malade ou empêché, dit sainte Thérèse, consiste, pour l’âme qui aime, à offrir à Dieu ses souffrances, à se rappeler Celui pour qui elle souffre, à se résigner et à produire mille autres actes qui se présentent.C’est l’amour qui agit ici et non la force.» (Vie, ch.VII.) Egalement les personnes dépourvues d’imagination, de mémoire ou de connaissances, naturellement impuissantes à discourir, se trouvent réduites, par le fait même, si elles veulent se livrer à l’oraison mentale, à penser à Dieu très simplement, à le regarder plutôt qu’à méditer.Fait digne de remarque, il nous est rapporté que saint Jean de la Croix, apprenait à ses disciples à reposer ainsi leur âme devant Dieu, pendant l’oraison, avec un simple et amoureux regard de foi, trouvant à cela une disposition éminemment favorable à la réception de l’illumination du don de sagesse, principe de la contemplation infuse.En général, cependant, ce passage à l’oraison de simple regard, ne se produit qu’après un stage plus ou moins long dans les deux premières oraisons.Il ne faut pas, de son chef, essayer de brûler les étapes.Tant que les convictions surnaturelles ne sont pas 180 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES suffisamment profondes et le cœur assez libéré des créatures, il faut revenir et revenir encore sur les considérations pieuses, afin de s’enflammer davantage pour Dieu et se refroidir vis-à-vis du monde.On pourra passer à l’oraison de simple regard, lorsqu’on aura acquis les dispositions que sainte Thérèse reconnaît aux âmes qui ont franchi les troisièmes demeures.« Elles ont un désir ardent de ne point offenser sa Majesté, elles se tiennent même en garde contre les péchés véniels, elles s’adonnent à la mortification, elles ont leurs heures de recueillement, elles emploient bien leur temps, elles se livrent aux œuvres de charité envers le prochain, elles sont pondérées dans leurs paroles.» (Chat., 3e dem., ch.1er.) A cela, on peut ajouter d’autres conditions requises pour se livrer, en toute sécurité, à cette oraison de simplicité : horreur pour toute faute légère volontaire et même pour toute résistance délibérée à la grâce, (ceci n’exclut pas quelques péchés véniels de fragilité d’ailleurs vivement et immédiatement regrettés), pratique solide des vertus, soumission généreuse aux croix de la Providence, grande maîtrise de soi, besoin habituel de penser à Dieu, de s’entretenir avec lui, d’accomplir toutes ses actions en vue de lui plaire, souvenir instinctif de la présence divine, etc.(Cf.« Les formes d’oraison ordinaire », P.Eug., o.c.d.) Il peut arriver qu’une fois parvenue à cette oraison de simplicité, l’âme se voit tourmentée par des sécheresses et des distractions qui ne lui laissent aucune trêve, qu’elle revienne alors à l’oraison discursive et affective, si elle s’en trouve bien.Dans le cas contraire, qu’elle persévère dans cette oraison de simplicité, se contentant de combattre les divagations qui l’assaillent et de produire des actes affectifs dans la mesure qu’il lui sera possible.Saint Jean de la Croix indique trois signes qui manifestent que le moment est venu d’abandonner formes, figures et réflexions dans l’oraison.Ces signes qui doivent se trouver tous trois réunis, relèvent évidemment de l’expérience personnelle mais aussi de la clairvoyance du directeur.Premier signe — « La méditation devient impraticable, l’imagination reste inerte, le goût de cet exercice a disparu et la saveur produite autrefois par l’objet auquel s’appliquait l’imagination, s’est changée en sécheresse.» Deuxième signe — (( Il se manifeste par manque complet d’envie de fixer soit l’imagination, soit le sens sur n’importe quel l’oraison 181 objet particulier, intérieur ou extérieur.Je ne dis pas que l’imagination ne se manifestera plus par le va-et-vient qui lui est propre et qui agit sans effort même dans un protond recueillement, mais que l’âme n’aura aucun désir de la fixer intentionnellement sur des objets étrangers.» Troisième signe — « Le signe le plus décisif est celui-ci.L’âme se plaît à se trouver seule avec Dieu, fixant sur lui son attention affectueuse, sans considération particulière avec paix et repos, sans actes ni exercices proprement discursifs des puissances — entendement volonté, mémoire — par enchaînement d’idées.Elle se contente de la connaissance et de l’attention générale et amoureuse dont nous parlons sans perception particulière d’autre chose.» (Montée du C., L.II, ch.IL) Toutefois, s’il ne s’agit de se livrer que transitoirement à cette contemplation, il suffit d’y être porté par un mouvement de la grâce.Ce serait le moment de parler de l’introduction de l’âme dans les diverses nuits purificatrices dont parle saint Jean de la Croix.Dans un simple article, au cadre nécessairement limité, nous ne pouvons que signaler cette phase que tôt ou tard, expérimentent les âmes qui poursuivent sérieusement leur chemin dans la voie montante.Vers une plus haute oraison Contemplation infuse — celle des parfaits L’oraison de simple regard ou contemplation acquise est la prière la plus intime et la plus parfaite à laquelle l’homme (aidé de la grâce ordinaire), puisse parvenir par son propre travail.Mais Dieu peut l’élever à un degré d’oraison plus intense et de beaucoup supérieur, appelé justement contemplation infuse ou mystique.Le P.Thomas de Jésus, o.c.d.lui donne cette définition claire et précise, en disant qu’elle est « une connaissance de la suprême Déité et de ses œuvres, connaissance prompte, pénétrante et éclairée qui procède des dons d’intelligence et de sagesse )).Ici ce n’est plus l’âme qui se recueille, c’est Dieu qui la recueille et l’attire dans le sanctuaire intérieur où elle ne sent plus le besoin de discourir pour faire jaillir la lumière et l’amour.Sous 1 action immédiate de Dieu qui la saisit, la travaille et l’absorbe mystérieusement, elle se trouve embrasée d’une manière ineffable.Pourtant, elle n’est pas oisive en cette contemplation mystique, 182 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES car alors son acte ne serait plus vital, ni à plus forte raison libre et méritoire.Si simple cependant, et si tranquille est son action que le contemplatif a plutôt l’air de recevoir l’impression de Dieu, que d’agir sous sa motion.D’après le Vénérable Jean de Jésus-Marie, o.c.d.« ce n’est pas une passivité absolue mais ce sont des actes si suaves et si tranquilles qu’ils ressemblent au silence qui s’observe dans les monastères.» Cette parfaite contemplation reste un don gratuit que Dieu accorde à qui il lui plaît.Il en gratifie parfois même les âmes imparfaites pour les gagner à son amour ou pour voir, dit sainte Thérèse, si à l’aide de cette faveur, elles voudront se disposer à se réjouir souvent avec lui.» (Chem., ch.XVIII.) Mais d’ordinaire, Dieu l’accorde à des âmes aptes à la recevoir pour se les unir davantage.Certes, la contemplation infuse n’est pas nécessaire au salut et sans ce don une âme
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