La vie des communautés religieuses /, 1 décembre 1947, Décembre
mIE A Communautés Religieuses Vol.6, n.4 MONTRÉAL Décembre 1947 SOMMAIRE COMMUNICATION Adrien-M.Malo Pie XII nous bénit tous.97 LITURGIE Moïse Roy Sur le palier ou sur le pavé ?.99 SPIRITUALITÉ Raynier-M.Chabot Le devoir missionnaire de tout chrétien.103 HISTOIRE La Liberté et le Patriote Témoignage en faveur de nos écoles.109 RECRUTEMENT P.Loret Un bon apostolat.111 COMMUNAUTÉ DE CHEZ NOUS Une Fille de la Croix Congrégation des Filles de la Croix.115 DROIT DES RELIGIEUX Anonyme Deux avis sur les vacances.118 CONSULTATIONS COMPTES RENDUS ADMINISTRATION•• C.P.1515 (PL.D'ARMES) * RÉDACTION: 3113 AVE.GUVARD MONTRÉAL LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES Publication des RR.PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois; de septembre à juin, en fascicule de 32 pages.Abonnement : $ 2.00 par année.' , Cette revue est imprimée en vertu du certificat No 164 de'la Commission des prix et du commerce en temps de guerre.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, ministère des postes, Ottawa.Rédaction t 3113, avenue Guyard, Montréal 26 Administration : C.P.15T5, Plàce-d'Armes, Montréal 1 Directeur : R .P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J,-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr J .-H.CHARTRAND, vicaire général.Secrétaire : R.P.logues MASSÉ, O.F.M.Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT.Impriméurs et expéditeurs : Les Frères des Écoles chrétiennes.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.- -.Albert VALOIS, V.G.Censor ad hoc.• - ' ' ¦ .' :: Marianopoli die 8a decembri.s 1947 Im FRÈRES des É.C 969, nie Côté, Montréal.JUmuà AD CANADA PRINTED IN CANADA la Vl€ Des communouTés ReuGieuses Vol.6, No 4 Montréal Décembre 1947 pie xii nous BéniT tous Le récent voyage que j’ai eu le bonheur de faire en Europe du 9 octobre au 13 novembre m’a valu plusieurs faveurs qui intéressent les lecteurs de La Vie des Communautés Religieuses.La première, c’est l’expérience de la misère qui sévit en Europe.Misère corporelle par suite de la rareté des aliments ; en Italie, en France, en Angleterre, l’alimentation est réellement insuffisante.Les pauvres, même les ouvriers ordinaires et surtout les enfants, ne reçoivent certainement pas la quantité d’aliments nécessaire à une vie normale.Misère spirituelle venant de l’influence des éléments de désordre qui exploitent sordidement la misère du peuple, venant aussi des sentiments de fatigue, d’inquiétude et de découragement qui créent comme un état instable, agité et nerveux.Qu’ils sont à plaindre nos frères d’Europe et comme ils ont besoin de nos secours, si minimes soient-ils ! Tous devraient s’imposer le devoir de soustraire à ses ressources une part pour les Anglais, les Français et les Italiens qui souffrent, et surtout remercier Dieu qui nous traite, nous du Canada, en enfants privilégiés.La deuxième faveur, c’est la vision de Fatima.C’est bien une vision que réserve au pieux pèlerin la montagne de Fatima, située à quelques heures de Lisboa.La clôture qui enceint le lieu béni, la source miraculeuse qui offre l’abondance de ses eaux fraîches, le modeste oratoire élevé à la place du chêne des apparitions, les hôpitaux destinés aux souffrants qui désirent la santé, la basilique qui domine tout l’ensemble, cette mélodie du carillon qui à toutes les heures répète le salut de l’ange à Marie, ce groupe de Portugais qui finissent leur travail par une dizaine du rosaire, tous ces faits évoquent chacun à sa manière la présence de Marie. 98 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Pour voir sans doute si je tenais à me rendre à Fatima, la Vierge s’est plu à dresser toutes sortes d’obstacles contre mon projet ; la persistance de ma volonté a fini par avoir raison et après une semaine d’efforts inutiles, je trouvai en quelques heures la solution qui me permettait de partir de Paris pour Lisboa.Quand, au surplus, on peut apporter avec soi quelque chose qui rappelle et prolonge cette présence mariale, gracieusement évoquée par une statue de bois, fort ressemblante, au jugement de personnages compétents, c’est une faveur signalée.Je le comprends à (( la pieuse avidité mariale )) de ceux et celles, religieux et laïques, à qui mes loisirs m’ont permis d’aller faire voir cette émouvante évocation.La troisième faveur, c’est l’audience que le 30 octobre, à 11 heures de la matinée, Sa Sainteté le pape Pie XII daignait m’accorder.Dire que j’allais quitter Rome sans voir le Pape ! Demandée depuis longtemps, mon audience avait été fixée au 29 octobre et je devais prendre l’avion le 30 octobre ; mais par une décision imprévue du Saint Père, je ne suis pas appelé pour le 29 ; je m’informe ; on me répond que toutes les audiences du 29 sont cancellées et que certainement, je serai appelé pour le 30.Mais c’est exactement le jour de mon départ en avion ! Surprise bien accueillie : l’avion ne partira que le 31 octobre.Après avoir craint de ne pas jouir de cette audience, j’en appréciai plus profondément le prix.A genoux aux pieds du Saint Père, je lui demandai de bénir La Vie des Communautés Religieuses, ses directeurs, son administrateur gérant avec sa famille, ses collaborateurs, ses abonnés, ses lecteurs et lectrices, ses imprimeurs, ses amis, ses bienfaiteurs .D’un geste paternel, enveloppant, qui semble atteindre le ciel pour le faire descendre sur la terre, Pie XII trace lentement le signe de la croix tandis que de sa voix, volontairement faible, il prononce : Que la bénédiction de Dieu le Père, le Fils, le Saint-Esprit descende sur vous et y demeure à jamais ! Puis-je vous offrir présent plus précieux pour un joyeux Noël et une heureuse année ?Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M. LITURGIE SUR L€ PflLI€R OU SUR L€ PflVé?Quand notre sacristine va au chœur pour allumer les cierges ou pour porter un vase de fleurs elle monte immédiatement et directement sur le palier de l'autel et c’est là qu elle fait la génuflexion.De même quand elle traverse de l'autre côté de l'autel elle fait de nouveau la génuflexion sur le palier, devant le tabernacle.Enfin c'est encore au haut des degrés qu elle fait une dernière génuflexion avant de retourner à la sacristie.J'avais toujours cru qu'il fallait faire la génuflexion au bas des marches; mais je remarque qu'on suit en plusieurs endroits le mode de faire de notre sacristine et je me demande si l’on peut continuer d’agir ainsi.La pratique de notre sacristine, suivie par trop de sacristains et de bedeaux, ne peut certainement pas être continuée.La génuflexion à un ou à deux genoux, pour tous ceux qui entrent au choeur ou qui en sortent, même pour le célébrant et les ministres sacrés, doit toujours être faite sur le pavé du sanctuaire (jusqu’à terre), ou in piano, comme disent les liturgistes.(SRC.n.2682 ad 47 et 49.) Par ailleurs, c’est uniquement pendant une fonction liturgique que le célébrant et les ministres sacrés peuvent faire la génuflexion sur le premier degré de l’autel ou encore sur le haut du palier, en passant d’un côté à un autre : dans tous les autres cas, on fait la génuflexion devant le tabernacle, sur le pavé.De même, si l’on excepte le célébrant au cours d’un office liturgique, il n’est jamais permis à personne de monter à l’autel par le milieu, mais il faut toujours le faire par côté, c’est-à-dire un peu à gauche ou à droite, et même tout à fait au bout quand le Saint Sacrement est exposé sur l’autel.(Ibid.).Bien que les sacristains et surtout les sacristines ne soient pas admis comme tels aux offices divins, ils sont en fait soumis, pour leurs allées et venues dans le sanctuaire, aux règles qui régissent les simples servants de messes.(Stercky, Cér.I.n.126 ; Bourque, Cér., p.84, etc.).Il y a deux sortes de génuflexions : la génuflexion simple ou d’un seul genoux, et la génuflexion à deux genoux.Pour les sacristains et les sacristines, ces deux sortes de génuflexions se font, en toutes circonstances, toujours in piano, mais jamais sur la marche de l’autel ou sur le palier.(Merati, p.2, tit.3, n.36 ; 100 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES De Herdt, S.Litt.Praxis, I, n.115, Stercky, l.c.; SRC.3204 ad 2).La génuflexion doit être faite à deux genoux : devant le Saint Sacrement exposé solennellement ; devant le tabernacle ouvert ; devant un autel où l’on distribue la sainte Communion ; et devant le Reposoir du Jeudi-Saint.Cependant cette génuflexion ne doit se faire qu'en arrivant à l’autel ou au chœur et en le quittant ; s’il faut, entre l’arrivée et le départ, passer plusieurs fois devant le Saint Sacrement, on ne doit faire, dans ces cas, qu’une génuflexion simple.(SRC.nn.2682 ad 49 ; 3426 ad 6 ; 4048 ad 11).La génuflexion simple, d'un seul genou, se fait dans tous les autres cas ; devant le Saint Sacrement renfermé dans le tabernacle ou pendant la messe, depuis la consécration jusqu’à la communion ; devant une relique de la vraie croix exposée publiquement ; devant la croix de l’autel, après qu’elle a été découverte le Vendredi Saint jusqu’au Samedi Saint, et même dans les autres temps, quand on passe devant elle, revêtu de l’habit de chœur (soutane et surplis) ; enfin devant certains prélats revêtus des ornements sacrés.Il faut en même temps se rappeler qu’on ne doit jamais aller au Chœur, quand le Saint Sacrement y est exposé (ou pendant une messe), sans être revêtu de la soutane et du surplis (Inst.Clem.VII).Par suite, une femme, fut-elle religieuse et sacristine, n’a pas, suivant les règles liturgiques, le droit de pénétrer dans le sanctuaire pendant l’Exposition du T.S.Sacrement.Il faut donc, quand il s’agit de changer les cierges ou de renouveler la parure, recourir, autant que possible, à l’aumônier, à un clerc ou au moins à un enfant de chœur, revêtu du surplis.On ne pourrait tolérer les services d’une sacristine, dans un pareil cas, que s’il est impossible d’avoir même un servant de messe.On n’oubliera pas non plus que la S.Congrégation des Rites a prescrit d’allumer les cierges en commençant, du côté de l’E-pître, par celui qui est le plus rapproché de la croix et en terminant par le plus éloigné.Au contraire, pour les éteindre, on commence, du côté de l’Evangile, par le cierge le plus éloigné et on termine par le plus rapproché de la croix (SRC.n.4198 ad 9).De la même façon, le sacristain ne doit pas ouvrir le Missel, sauf pour la messe solennelle (avec diacre et sous-diacre), mais il le SUR LE PALIER OU SUR LE PAVÉ ?101 dépose fermé, sur le coussin ou le pupitre, en tournant la tranche vers le tabernacle (SRC.nn.2572 ; 3448 ad 14).Pour plus de précision et pour répondre plus directement à la question posée, voici comment doivent se comporter un sacristain et une sacristine, quand ils allument les cierges et arrangent la parure à l’autel de la Sainte Réserve.Si le sacristain ou l’enfant de chœur doit se rendre à l'autel de rExposition (ce cas ne devrait pas se présenter pour une sacristine), il doit d’abord faire la génuflexion à deux genoux in piano en arrivant au bas du marchepied, puis monter à l’autel, non pas par l’avant, mais de côté ou par le bout.Quand il a fini son travail, s’il doit aller ensuite de l’autre côté, il ne s’y rend pas en traversant sur le palier, mais il lui faut descendre de l’autel par le bout et, se tournant de façon à ne pas montrer le dos au Saint Sacrement, il va faire une génuflexion in piano devant le milieu de l’autel pour y monter ensuite par l’autre bout.Pour retourner à la sacristie, il descend de l’autel par le côté, fait la génuflexion à deux genoux in piano et sort du chœur.Dans le cas où le sacristain est déjà au chœur et, de même, quand il doit monter plusieurs fois à l’autel sans sortir du sanctuaire immédiatement après, il ne fait alors qu’une génuflexion simple in piano avant de monter à l’autel et aussitôt après en être descendu (SRC.n.2682 ad 47 et 49).Quand le Saint Sacrement est simplement renfermé dans le tabernacle, le sacristain et la sacristine font également la génuflexion simple in piano, chaque fois qu’ils entrent au chœur ou qu ils en sortent et chaque fois qu’ils passent devant le tabernacle ; mais ils ne font pas d’autre génuflexion quand ils montent à l’autel ou en descendent, en se rappelant qu’ils ne doivent jamais le faire par le milieu, mais par côté (en avant ou au bout).Quand ils sont sur le palier et qu’il leur faut traverser de l’autre côté de l’autel, ils ne doivent pas génuflecter sur le haut du marchepied, mais descendre au bas des marches, faire la génuflexion in piano, au milieu, et remonter à l’autel par l’autre côté.A titre d’exemple et pour terminer, voici comment M.l’abbé E.Bourque décrit la manière d’allumer les cierges dans son Cérémonial des Enfants de Chœur : (( Pour allumer les cierges 102 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES de l’autel, on commence du côté de l’épître par le cierge le plus rapproché de la croix, et, en continuant de ce côté, on finit par le plus éloigné.On fait ensuite la génuflexion au centre sur le pavé et on passe au côté de l’évangile où l’on commence de nouveau par le plus rapproché de la croix.— Pour éteindre les cierges, on commence du côté de l’évangile par le cierge le plus éloigné de la croix, et l’on finit par le plus rapproché.Après génuflexion au centre sur le pavé, on passe ensuite au cierge le plus éloigné du côté de l’épître )).Nulle part, il n’est question, pour les sacristains et pour les sacristines, de faire la génuflexion sur le palier ; mais toujours et partout il est prescrit de la faire in piano.Montréal Moïse Roy, S.S.S.COMPTE RENDU ClÉnet, Basile, Gloire à Notre-Dame, reine de France.Montréal, Librairie Granger Frères, 1946.19cm.205pp.$ 1.00.Depuis que Louis XIII en 1638 a consacré la France à Marie, la France est devenue son royaume privilégié.L’histoire et les faits sont là pour l’attester.Bien des fois, en effet, la Reine du ciel et de la terre s’est montrée en différents endroits pour donner des conseils opportuns, écarter les dangers et procurer les secours nécessaires.Il est intéressant de lire ce volume pour connaître ce que Marie a fait pour la France et ce que la France a fait pour Marie.Chaque pèlerinage, chaque sanctuaire en l’honneur de Marie, ancien et nouveau, en donnent la preuve.On a dit de ce volume qu’il est une petite somme des bontés de Marie pour la France.Villeneuve, Cardinal J.-M.-R., O.M.I., Le Baptême, Grâce baptismale, éléments sacramentels, Rites liturgiques.Instructions prononcées en la basilique-cathédrale de Québec.Montréal, Fides, 1946.19cm.247pp.% 1.25.A la demande générale, les Éditions Fides viennent de réunir en un seul volume les trois plaquettes de feu S.Em.le cardinal Villeneuve sur le baptême.Ce volume mérite une large diffusion car il est appelé à mieux faire comprendre aux fidèles les beautés et les grandeurs du saint baptême qui nous fait enfants de Dieu et de l’Eglise et héritiers du ciel.Les prédicateur et les professeurs d’instruction religieuse auront tout intérêt à s’en servi pour raffermir leurs connaissances sur les rites, la grâce et les éléments du saint baptême.Jogues Massé, O.F.M.Montréal SPIRITUALITÉ L€ D6VOIR miSSIOnnfllR€ D€ TOUT CHRéTien Chaque année, dans toutes les églises paroissiales du monde entier, on célèbre la messe votive pour la Propagation de la Foi; un sermon sur le sujet est donné aux fidèles et la générosité de tous est sollicitée en faveur de la grande œuvre apostolique : c’est le (( dimanche des Missions )).Ne serait-ce pas répondre fidèlement à l’esprit de l’Église que de consacrer toute cette semaine aux Missions, d’en faire la « semaine des Missions », d’y orienter vos prières, vos sacrifices et vos pensées ?Peut-être alors que l’Esprit-Saint, aidé d’un bon examen de conscience, dévoilerait une déficience dans votre vie chrétienne, mettrait en lumière un égoïsme spirituel inconscient, et vous révélerait un DEVOIR missionnaire sublime, qu’une aumône annuelle, fût-elle très généreuse, ne saurait acquitter et qui, lorsqu’on l’a compris, se transfigure rapidement en un splendide idéal de vie.L’origine de ce devoir missionnaire est intimement lié à la doctrine si riche du corps mystique du Christ qui est l’Eglise.Dans le plan éternel de Dieu, l’humanité entière, par le Christ, dans le Christ et avec le Christ doit rendre à Dieu toute la gloire et tout l’honneur qui lui est dû afin de recevoir par le même Médiateur unique, abondance de grâces et participation au bonheur éternel de Dieu même.« Dieu, dit saint Paul, nous a fait connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même, de RÉCAPITULER TOUT DANS LE CHRIST, soit les choses qui sont dans les deux, soit celles qui sont sur la terre »h Or le Christ n’est resté sur la terre que 33 années, et même de son vivant ne groupa autour de lui qu’un petit nombre de disciples.Si donc il peut dire avec vérité, en quittant physiquement notre terre : Tout est consommé, j’ai accompli, ô Père l’œuvre pour laquelle vous m’avez envoyé, il n’en est cependant qu’au premier acte de son œuvre totale.1.Éphés 1, 9- 10. 104 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Il est parti, et pourtant il est aussi demeuré, présent et uni intimement à son Eglise jusqu’à la consommation des siècles.C’est dans cette Eglise, sa continuatrice, son Corps mystique, comme un autre lui-même, en elle, par elle et avec elle qu’il veut achever son œuvre de tout ramasser l’humanité en lui pour la donner à Dieu.Voilà l’origine profonde du grand devoir missionnaire de l’Eglise : Se répandre et s’augmenter jusqu’à rejoindre les dimensions de toute la terre ! Que toute la terre soit, pour Dieu, une seule Eglise, un seul Christ mystique ! ?Une première conséquence découle immédiatement de ces dogmes fondamentaux de notre Christianisme.L’Eglise, c’est le Pape, c’est la hiérarchie, mais l’Eglise aussi c’est vous.Vous êtes par le fait même de votre incorporation à l’Eglise des membres de cette Eglise.Vous n’avez pas le droit d’être des membres inutiles, oisifs, parasites, car Jésus-Christ a besoin de vous.« Il est tout à fait évident, remarque Pie XII, que les fidèles ont absolument besoin de l’aide du divin Rédempteur, puisque lui-même a dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire, et que selon la doctrine de l’Apôtre tout l’accroissement de ce Corps mystique pour son édification dérive de sa tête, le Christ.Il faut pourtant maintenir, bien que cela paraisse vraiment étonnant, que le Christ requiert le secours de ses membres.Il veut recevoir l’aide des membres de son Corps mystique pour accomplir l’œuvre de la Rédemption.Cela ne provient pourtant pas de son indigence et de sa faiblesse, mais plutôt de ce que lui-même a pris cette disposition pour le plus grand honneur de son Epouse sans tache.Tandis qu’en mourant sur la Croix, Il a communiqué à son église, sans aucune collaboration de sa part le trésor sans limite de sa Rédemption; quand il s’agit de distribuer ce trésor, non seulement il partage avec son Epouse immaculée l’œuvre de la sanctification des âmes, mais il veut encore que celle-ci naisse pour ainsi dire de son travail.Mystère redoutable, certes, d’ajouter le Saint-Père, et qu’on ne méditera jamais assez : LE SALUT D’UN GRAND NOMBRE D’AMES DÉPEND DES PRIÈRES ET DES MORTIFICATIONS VOLONTAIRES, SUPPORTÉES A CETTE FIN, DES MEMBRES DU CORPS MYSTIQUE DE JÉSUS-CHRIST»2.2.Encyclique Corporis mystici, 29 juin 1943. LE DEVOIR MISSIONNAIRE DE TOUT CHRETIEN 105 Une deuxième conséquence de votre qualité de membre de l’Église c’est que vous devez aimer cette Église, et l’aimer comme Jésus-Christ l’a aimée.Si chacun des membres en effet, n’aime pas le Corps entier et ne concoure pas à son accroissement et à son perfectionnement, il cause même sa propre mort.Le Christ a aimé son Église.« IJ n’est aucun moment dans la vie de notre Rédempteur, où il n’ait travaillé jusqu’à s’épuiser de fatigue, encore qu’il fût le Fils de Dieu, pour fonder son Église et l’affermir : depuis son Incarnation, alors qu’il jetait les premières bases de l’Église, jusqu’au terme de sa course mortelle, par les exemples les plus resplendissants de sa sainteté, par sa prédication, par ses conversations, ses appels, ses institutions »3.Comme le Christ, vous devez donc aimer l’Église, bien plus} aimer le Christ en elle, et vouloir qu’il grandisse et s’accroisse en elle jusqu’aux proportions du monde entier.Une objection pourrait cependant s’élever contre cette conclusion : je dois aimer l’Église, c’est juste ; mais ceux qui sont en dehors de l’Église ne sont précisément pas des membres de l’Église.Jésus-Christ aima les hommes; non seulement il leur voulut du bien, mais le signe de son amour, dit saint Jean, fut qu’il donna jusqu’à sa vie pour eux4.Il aima les siens qui étaient dans le monde et il les aima jusqu’à la fin5.Mais la caractéristique de l’amour de Jésus pour nous ce n’est pas seulement qu’il soit mort pour nous, mais c’est aussi, selon les paroles de l’Apôtre des Gentils, qu’il est mort pour nous alors que nous étions pécheurs6.Il nous a aimés avant même de nous incorporer à Lui, et c’est parce qu’il nous a aimés qu’il nous a unis à Lui, et c’est parce que nous étions déjà ses frètes par vocation qu’il nous a aimés.« Le véritable amour de l’Église exige donc non seulement que nous soyons dans le Corps lui-même membres les uns des autres, pleins de mutuelle sollicitude,.mais il exige aussi que dans les autres hommes non encore unis avec nous dans le Corps de l’Église, nous sachions reconnaître des frères du Christ selon 3.Ibid.4.I Jean 3, 16.5.Jean 13, 1.6.Rom 5, 8- 9. 106 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES la chair, appelés avec nous au même salut eternel ))7, afin qu eux aussi aient la vie et l’aient en abondance8.Que cet amour de nos frères encore assis dans les ténèbres de la mort se rattache à cet amour fraternel, troisième conséquence de notie incorporation à l’Église, la parabole du Bon Samaritain le prouve à l’évidence.Le trait distinctif des chrétiens doit être la charité ; or, dit le grand Pape des Missions, Pie XI, pouvons-nous témoigner à notre prochain une charité plus grande et plus remarquable qu’en l’arrachant aux ténèbres de la superstition et en l’instruisant de la véritable foi du Christ ?Ce mode de charité surpasse les autres œuvres et manifestations de la charité autant que l’esprit l’emporte sur les matières, le ciel sur la terre, l’éternité sur le temps))9.Apprécions-nous à sa juste valeur le don précieux de la foi, les bienfaits incomparables de notre union mystérieuse à Jésus-Christ, les promesses surabondantes dont^ nous sommes dépositaires par le fait même de membres de l’Église ?Et ce don ne l’avons-nous pas reçu gratuitement, sans aucun mérite de notre part ?Comme donc nous avons reçu gratuitement, donnons aussi gratuitement10.La simple et élémentaire reconnaissance nous y oblige.Et maintenant, un bref examen de conscience.Considérons notre responsabilité.N’est-il pas troublant de songer que le Christ étant mort pour tous, Dieu appelant tous les hommes à faire partie de l’Église, et cette Église vivant solidement depuis 19 siècles, plus de la moitié de la population mondiale reste encore privée du bienfait qui est nôtre ?A qui est la faute ?Pas au Christ, il a mérité une abondance de grâces plus que suffisante.Pas au vicaire du Christ dont les nombreuses encycliques missionnaires sont autant de claxons d’alarmes.Serait-ce alors la faute du clergé oublieux des graves avertissements du Saint Père : (( Ne vous laissez arrêter ni par le petit nombre de vos clercs ni par les nécessités de votre diocèse ; qu’aucune considération ne vous décourage ni ne vous détourne de donner votre 7.Encycl.Corporis Mystiei.8.Jean 10, 10.9.Encyclique Rerum ecclesiae.10.Mat.10, 8. LE DEVOIR MISSIONNAIRE DE TOUT CHRETIEN 107 consentement.Supportez de bon cœur, à l’occasion, pour l’amour du Christ et des âmes, la perte de quelqu’un de vos clercs si vraiment on peut dire que c’est une perte X1.Ecoutez aussi les graves paroles de Pie XII et battez s’il y a lieu, sur votre poitrine d’abord, votre coulpe. Le Docteur Moore est un vétéran de l’enseignement au Manitoba.Il jouit d’un prestige considérable dans les milieux éducationnels, non seulement dans notre province, mais même à l’étranger.L’éloge qu’il a fait, vendredi soir dernier, de nos écoles séparées et des institutions dirigées par nos religieuses méiite donc doublement d’être souligné.Il n’est pas trop tôt pour que l’on commence à reconnaître l’œuvre extraordinaire que les religieuses enseignantes ont accomplie chez nous.La déclaration de M.Moore aidera peut-être les catholiques de langue française à apprécier davantage le rôle que les religieuses ont joué parmi eux. 110 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Il faut reconnaître que les nôtres n’ont jamais été bien prodigues de compliments à l’égard des communautés religieuses de femmes.Ils ont trop facilement pris pour acquis que les religieuses devaient travailler dans l’ombre, souvent pour un salaire que n’accepterait même pas un concierge.Rarement a-t-on souligne l’œuvre extraordinaire que ces femmes courageuses avaient réalisée dans l’Ouest canadien.Et cependant, après nos mères de famille, les religieuses ont été les premières artisanes de notre survivance religieuse et nationale dans les provinces de l’Ouest.En effet, quoiqu’elles vinssent pour la plupart de la province de Québec, elles se sont vite adaptées aux conditions spéciales — et combien onéreuses—que leur imposait notre double système scolaire.Elles ont compris que pour exercer un apostolat efficace dans les écoles manitobaines, bien plus, pour y être simplement tolérées, elles devaient posséder un diplôme de la seule école normale reconnue par la province.Et on en a vu, ayant déjà à leur credit plusieurs années d’expérience dans l’enseignement, reprendre le chemin de l’École normale pour obtenir le certificat qui leur assurerait une « paix relative )> dans l’exercice de leur profession et les placerait sur un pied d’égalité avec leurs compagnes laïques.Elles n’ont guère boudé les méthodes modernes d’enseignement ; elles s’en sont même fait les pionnières.Elles ont enseigné le programme officiel du Département, puis elles y ont ajouté celui de l’Association d’Éducation.Leurs élèves ont obtenu des succès marquants aux examens de l’un et de l’autre.Un nombre toujours croissant écrivent et parlent parfaitement les deux langues officielles du pays, et se classent parmi Jes premiers dans les études universitaires qu’ils poursuivent à la sortie de l’école publique.Nous l’avons déjà écrit : (( Si nous parlons encore le français au Manitoba, il faut en attribuer le mérite en premier lieu à ces admirables instituteurs et institutrices qui se sont imposé la tâche d’enseigner un double programme sans en attendre en retour aucune récompense terrestre.)) Il convient de profiter de l’incident que nous avons relaté plus haut pour souligner de nouveau ce dévouement.{La Liberté et le Patriote) L.L. RECRUTEMENT un Bon APOSTOLAT : SA nÉŒSSITé « Un bon apostolat ».C’est en ces termes que Son Exc.Mgr Roncalli, nonce en France, caractérisait les efforts entrepris pour susciter de nombreuses et saintes religieuses1.De fait, l’état religieux, au sens plein du mot, demeure le moyen idéal d’atteindre la plus éminente perfection.Sa sainteté le pape Pie XII le rappelle avec force, dans la constitution même qui crée les Instituts Séculiers.(Provida Mater VCR, 6, p.34, 1947).Il garde également toute sa valeur apostolique.Il faut saluer avec joie et sans arrière pensée, l’apparition de nouveaux groupes de travailleurs dans les champs du Père de famille, car la moisson est surabondante et les ouvriers toujours trop rares : mais, on se tromperait totalement si on pensait que ces nouvelles équipes et leurs méthodes nouvelles, rendent les religieuses inutiles.Leur concours reste toujours aussi indispensable.Que ferait, sans elles, le clergé paroissial ?Que feraient également les missionnaires ?Il semble même que les circonstances actuelles les rendent plus nécessaires que jamais, car les appels à leur dévouement deviennent chaque jour plus nombreux et plus pressants, qu’il s’agisse d’écoles, de dispensaires ou d’oeuvres d’apostolat ; qu’il s’agisse de pays chrétiens ou de pays païens.Il n’est pas jusqu’aux mouvements d’Action Catholique qui ne recourent sans cesse à elles, ouvrant à leur sollicitude des horizons nouveaux.Et qui pourrait mesurer l’appoint des cloîtres au magnifique effort missionnaire des temps modernes ?L’Eglise n’a-t-elle pas choisi une carmélite, la petite Thérèse de Lisieux, pour patronne des missions ?Il n’y a donc pas à hésiter, l’intérêt des âmes et la gloire de Dieu exigent la multiplication des bonnes religieuses.Vus de cette hauteur, les efforts tentés pour les rendre toujours plus nombreuses apparaissent vraiment comme un bon apostolat.U Lettre à l’auteur de l’article à propos de son ouvrage : Aux Religieuses, Vocations. 112 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Ce que nous disons des religieuses ne vaut pas moins, et peut-être davantage, pour les religieux non prêtres, auxiliaires si précieux du clergé.Toutefois, l’auteur se place au point de vue des religieuses car il lui est plus familier.L’application aux religieux se fera d’elle-même.?L’URGENCE de cet APOSTOLAT.En 1923-24, la revue (( Prêtre et Apôtre » publiait deux articles intitulés : Un cri d’alarme.Il s’agissait de la diminution des vocations de religieuses, diminution si inquiétante que l’auteur y voyait avec raison un véritable péril.La Vie Spirituelle, La Documentation catholique, L’Ami du Clergé se firent l’écho de ce cri d’alarme.Depuis, la situation ne s’est pas améliorée, tant s’en faut, elle s’est plutôt aggravée.En France la pénurie devient tragique.Les Congrégations abandonnent un grand nombre de postes ; pourtant, malgré ces douloureux sacrifices, le travail reste trop considérable.Dans les régions les plus favorisées elles-mêmes comme : l’Ouest, l’Alsace, le Nord, quelques diocèses du Sud et du Sud-Est, les Supérieures éprouvent la plus grande gêne à maintenir les œuvres existantes alors qu’il faudrait les développer.A la rentrée de 1945, l’enseignement libre a refusé plus de 300,000 élèves, faute de ressources mais aussi faute de maîtres et de maîtresses.La crise commence à se faire sentir jusqu’en Belgique, cette terre si riche en vocations et il semble bien que le Canada ne l’ignore pas complètement.Quant aux pays de missions, leurs besoins immédiats paraissent illimités.Enfin, la question ne se pose pas seulement pour telle forme de vie religieuse : enseignante, hospitalière, elle se pose pour toutes ou presque.De fait, les cloîtres ne connaissent pas tous cette affluence que supposeraient certaines affirmations hâtivement généralisées.Il en est qui s’éteignent.De leur côté, des congrégations missionnaires notent un fléchissement de l’attrait vers les missions, et s’inquiètent à leur tour.Ces multiples indices prouvent qu’il est plus que temps d’agir, si on ne veut pas s’y prendre trop tard.Ne l’oublions pas UN BON APOSTOLAT 113 en effet, une situation qui dépend de nombreux facteurs, comme celle des vocations religieuses, peut évoluer lentement, voire imperceptiblement ; mais elle tend à le faire à une vitesse toujours accrue, par une sorte de loi comparable à la loi de la chute des corps, et cela jusqu’à devenir irrésistible.Quand on s’en aperçoit, il est déjà trop tard pour y remédier efficacement.Il serait donc très imprudent de se dire : notre recrutement est fort convenable, dès lors nous ne voyons pas la nécessité d’un effort sur ce point.On s’exposerait à regretter amèrement pareille insouciance et beaucoup plus vite qu’on ne le penserait.Les Anciens disaient : Principles obsta.et l’expérience leur donne raison.* La NÉCESSITÉ de cet APOSTOLAT.Les vocations ne naissent pas d’elles-mêmes, elles exigent au contraire un effort intelligent et persévérant.Il faut avoir ce qu’on pourrait appeler « une politique des vocations ».On pourrait multiplier les preuves et les témoignages.Bornons-nous à cet argument décisif : la nécessité des efforts humains découle des lois providentielles les mieux établies.D’après S.Thomas, il faut distinguer dans le plan divin la conception et l’exécution.Dans sa conception, il dépend de Dieu seul.Parmi les innombrables possibilités qui s’offrent à lui, Dieu seul détermine celle qu’il réalisera.Mais, pour F exécution, il emploie ses créatures ; non par défaut de puissance, mais par une surabondance de sa bonté qui daigne associer les créatures à son œuvre.(S.la, Q.22 a.3).Appliquons le principe à notre cas.Dieu seul choisit les âmes destinées à la vie religieuse.Mais, pour que ces âmes connaissent et réalisent leur sublime vocation ; il fait appel au concours de diverses créatures, spécialement de celles dont c’est le rôle normal et le devoir d’état : parents, prêtres, éducateurs.C’est par eux qu’il donne les aptitudes exigées de la vie religieuse et inspire l’idée de l’embrasser.C’est à ses représentants qu’il confie le soin de juger de la valeur des vocations et de leur acceptation dans les divers Instituts.Loin donc de s’opposer à l’ordre divin, l’intervention humaine en fait partie.Elle est exigée par Dieu.Sans elle, la plu- 114 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES part des vocations ne pourront éclore, ou se faneront lamentablement comme des fleurs privées de lumière et de chaleur.S’il n’en était pas ainsi, on ne saurait expliquer ni les pressantes exhortations à favoriser les vocations, ni les multiples œuvres instituées en leur faveur.Le saint pape Pie X aurait-il affirmé :
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