La vie des communautés religieuses /, 1 août 1949, Août
Vol.7, n.7 MONTRÉAL Août-septembre-octobre 1949 SOMMAIRE HISTOIRE S.E.Mgr I.Antoniutti Allocution au sacre de S.E.Mgr J.-C.Cayer.193 Marcel-M.Dugal Le Frère Humble-Marie Dupuis, O.F.M.200 SPIRITUALITÉ Albert Saint-Pierre La vie religieuse, perfection du sacrifice.204 S.Pierre d’Alcantara Lettre à Sainte Thérèse d'Avila.2 10 LITURGIE Moïse Roy Exposition du T.S.S.pendant la messe.212 BIBLIOGRAPHIE L.Rouvray Guillaume Douarre.214 ÉDUCATION M.-V.Masson, O.P.Confier les orphelines aux reli- gieuses ?.215 CONSULTATIONS — COMPTES RENDUS COMMUNIQUÉS ADMINISTRATION: C.P.1515 (PL.D'ARMES) - RÉDACTION*.3113 AVE.GUYARD MONTRÉAL LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES Publication des RR.PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois, de janvier à décembre, en fascicule de 32 pages.Abonnement : $ 2.00 par année.Cette revue est imprimée en vertu du certificat No 164 de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, ministère des postes, Ottawa.Rédaction : 3113, avenue Guyard, Montréal 26 Administration : C.P.1515, Place d'Armes, Montréal 1 Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr.J.-H CHARTRAND vicaire général.Secrétaire : Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT.Imprimeurs et expéditeurs : Les Frères des Écoles chrétiennes.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.Albert VALOIS, V.G.Censor ad hoc.Marianopoli die 3a obtobri Lee FRÈRES dea É.C 959, rue Côté.Montréal IMPRIMÉ AO CANADA PBINTKD IN CANADA LR Vl€ D6S commurmuTés r€ligi€us€s Vol.7, No 7 Montréal Août-Septembre-Octobre 1949 Allocution de S.€.ITlgr le Delegué Apostolique au sacre de S.E.Mgr J.-C.Cayer, O.F.M., Dans sa lettre pascale de l’an 338, adressée de Trêves où il était en exil, à ses fidèles d’Alexandrie en Egypte, le grand évêque saint Athanase leur disait : (( .La distance des lieux nous sépare mais je ne suis pas loin de vous.Le Seigneur qui accorde les fêtes, qui est lui-même notre Fête, qui nous fait don de son Esprit, nous réunit spirituellementpar les liens de la concorde et de la paix».Nous sentons toute la fermeté et la douceur de ces liens — « Pax et Bonum » — en cette fête qui nous est accordée aujourd’hui sur les bords du Saint-Laurent tandis que le clergé et les catholiques d’Alexandrie s’unissent à nous sur les bords lointains du Nil.Ce clergé et ces catholiques d’Egypte, s’ils appartiennent à des races, des langues et des rites différents, ont tous reçu du Seigneur le même don de son Esprit qui les rassemble tous dans une seule famille où resplendit le caractère catholique et universel de la Sainte Eglise.A côté des Franciscains qui forment la communauté la plus nombreuse, travaillent Dominicains, Jésuites, Salésiens, Missionnaires d’Afrique, Fils du Sacré-Cœur, Frères des Ecoles chrétiennes, et plus de vingt Instituts de religieuses qui se dévouent avec tendresse dans les écoles, les hôpitaux, les œuvres d’assistance, les maisons cloîtrées, sans compter en plus de ces ouvriers de rite latin, les ouvriers de toute robe et de toute coiffe qui appartiennent à la gamme brillante des rites orientaux.Tel est le clergé qui, dans le Vicariat d’Egypte a charge de huit mille Egyptiens, de trente mille Italiens, de quinze mille Maltais et Britanniques, de six mille Français, de quelques milliers d’Espagnols, de Belges et de fidèles catholiques d’autres nationalités. 194 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Si pour gouverner, enseigner, sanctifier ces fidèles de races et langues si diverses, Rome a daigné jeter les yeux sur Votre Excellence, c’est dire qu’elle retrouve en vous cet esprit catholique, universel, supranational, capable de diriger in visceribus Christi une des missions les plus délicates du monde.Eglise missionnaire Mais votre nomination comporte aussi une autre signification : elle est la preuve éclatante que l’Eglise du Canada est en marche.Désireuse de rendre témoignage et toute animée par une volonté d’apostolat, elle joue déjà un des rôles les plus importants dans l’évangélisation du monde.Tout récemment, lors de la célébration du cinquantième anniversaire de l’établissement de la Délégation Apostolique au Canada, j’étais fier de rendre hommage à l’esprit missionnaire de l’Eglise canadienne dont la flamme s’est étendue à toutes les parties du monde.Je suis heureux que la cérémonie de ce matin vienne apporter si tôt une confirmation à l’évidence de ce fait et au témoignage de mes paroles.La preuve que l’Eglise du Canada est en marche, la voici : l’Eglise du Canada est une Eglise missionnaire ! Et aussi longtemps qu’elle sera missionnaire, l’Eglise du Canada restera vigoureuse et féconde.Elle triomphera de toutes les difficultés, résistera à toutes les erreurs, repoussera toutes les agressions que Dieu, dans le mystère de sa volonté, pourrait permettre pour des fins supérieures de purification et d’épanouissement.J’aime à redire et à souligner le fait que les pays les plus généreux à répondre à l’appel missionnaire, sont précisément les pays qui ont le mieux combattu le bon combat de la foi et qui ont finalement triomphé des attaques sournoises ou sanglantes des ennemis du Christ.Toute Eglise missionnaire qui multiplie la vie catholique revêt de par cette maternité une beauté et une vigueur spirituelles absentes de ces Eglises qui, satisfaites de leur sort, se contentent de jouir de leur héritage dans un pieux égoïsme et l’oubli du commandement apostolique, aiguillon au cœur de tout vrai catholique « Allez, enseignez toutes les nations ».L’Eglise qui n’a pas un vif sentiment de ses responsabilités missionnaires mais qui se résigne à rester sur ses positions, l’Eglise ALLOCUTION DE S.E.MGR LE DELEGUE APOSTOLIQUE 195 qui n’assume pas sa part de l’évangélisation du monde mais qui se contente de se renfermer dans ses frontières, l’Eglise qui n’alimente pas chez ses enfants la flamme des conquêtes, leur rappelant que le désir de l’apostolat par la prière, l’aumône, le don des vocations est l’expression même de leur être chrétien, cette Eglise-la, quand sonne le moment de l’épreuve et que fond sur elle la persecution, cherche en vain dans les profondeurs de son peuple des forces de résistance, des réserves de courage, des grâces de martyre.Dans les affres du combat, trop craintive pour affronter, trop épuisée pour tenir, trop faible pour rendre le témoignage du sang, elle sombre, hélas ! dans la confusion de l’hérisie ou cède à la fascination des promesses d’une église nationale.Si je rappelle ce principe et si je dégage cet enseignement de l’histoire, c’est pour dire encore une fois les félicitations du Saint-Siège à la florissante Eglise du Canada, si prodigue de ses enfants qui prêchent sur toutes les plages du monde avec le nom du Christ les insondables trésors de l’Évangile et qui consolident de la sorte dans leur propre pays, par un retour admirable de la Providence et une mystérieuse solidarité surnaturelle, la foi des fidèles et la position de leur propre Eglise.Fête franciscaine C’est donc une fête missionnaire que la fête d’aujourd’hui.C’est également une fête franciscaine puisque c’est un fils de l’Ordre Séraphique qui, en cette douce fête des Stigmates de saint François, a dans une Eglise franciscaine, été revêtu de la plénitude du sacerdoce.Il y a d’autres détails aussi.L’Évêque consecra-teur n’est-il pas un membre du Tiers Ordre ?Et ses assistants (à des degrés différents, bien entendu) ne sont-ils pas eux aussi des Franciscains ?L’un représente ici les missions franciscaines de Chine, de notre chère Chine évangélisée dès le treizième siècle par les Franciscains Jean de Montecorvino et Odéric de Porde-none ; l’autre porte dans son âme tous les secrets et toutes les richesses de l’esprit franciscains.Missions de Terre-Sainte L’esprit missionnaire a connu dans l’Église un regain de vitalité après le fameux chapitre franciscain de la Pentecôte de 1219, 196 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES alors que la chrétienté fut de nouveau orientée vers la conquête du monde infidèle.C’est en cette glorieuse année que l’Egypte, la Tunisie et le Maroc ouvrent leurs portes à l’apostolat missionnaire sous les coups répétés de saint François d’Assise, qui, après deux vaines tentatives, réussit enfin à s’embarquer à Ancône pour aller voir le Sultan.« Je ne vous permettrai jamais de partir », objecte le cardinal Galvani, légat du Pape.(( Vous ne reviendriez pas vivant ! » Mais François plaide tant et si bien qu’à la fin le cardinal cède.Aujourd’hui, Excellence, le légat du Pape ne s’oppose pas à votre départ et ne fait aucune difficulté au fils de saint François qui s’apprête à partir pour l’Egypte.Bien au contraire ! Au nom du Pape, il vous commande aujourd’hui de partir pour ces régions lointaines sanctifiées par le labeur et le sang des religieux de votre Ordre.Vous vous rappelez sans doute qu’à son arrivée en Egypte, saint François obtint du Sultan un sauf-conduit qui lui permit de monter à Jérusalem et de pénétrer jusque dans le Saint-Sépulcre, sans même avoir besoin de payer le tribut.Nous vous souhaitons, Excellence, la même bonne fortune.Car vous n’êtes pas sans savoir, que l’accès à la Terre-Sainte se fait de plus en plus difficile et que les lieux sacrés de la naissance, de la vie et de la mort du Sauveur sont devenus l’enjeu sacrilège de douloureux conflits entre les peuples.La question des Lieux Saints De la protection des Lieux Saints, une question purement religieuse, les ambitions des Pouvoirs temporels ont fait une question politique, et au pied de la Croix, les soldats de nouveau, après vingt siècles, jouent au sort la robe sans couture.Les chrétiens ne doivent pas rester indifférents à ce scandale ; ils ne sauraient retourner chez eux et s’enfermer dans leur maison comme des disciples découragés ; ils ne peuvent permettre que les conflits de races mettent en danger la liberté des Lieux Saints ni qu’on insulte à leur foi ni qu’on fasse bon marché des droits les plus sacrés des puissances catholiques.Le Souverain Pontife a exprimé ses angoisses à ce sujet d’une façon fort claire et dans deux encycliques, l’une In Multiplicibus ALLOCUTION DE S.E.MGR LE DELEGUÉ APOSTOLIQUE 197 en date du 24 octobre 1948, la deuxième Redemptoris Nostri en date du vendredi saint de cette année.Dans l’Encyclique Redemptoris Nostri, Sa Sainteté insiste sur les points suivants : internationalisation de Jérusalem et de ses environs, protection et sauvegarde des lieux saints de la Palestine, liberté de culte, d’instruction et de bienfaisance pour toutes les institutions catholiques de Terre-Sainte, maintien de tous les droits que les catholiques y ont acquis au cours des siècles.En même temps, le Saint-Père demande libre accès aux lieux saints pour tous les pèlerins et le respect de caractère sacré de la région.Enfin, Sa Sainteté sollicite la charité des catholiques en faveur des nombreux réfugiés, victimes de la guerre en Palestine.A la suite du Souverain Pontife, quatre cents millions de catholiques répandus par le monde entier réclament que les lieux baignés par le sang de Notre-Seigneur soient internationalisés et qu'ils soient érigés en personne autonome de droit international afin que soient assurés ainsi protection aux lieux où a vécu le Christ et libre accès aux hommes qui doivent leurs croyances et leur civilisation à ses enseignements et à ses exemples.Quatre cents millions de catholiques et des millions d’autres chrétiens réclament de toutes les puissances intéressées que justice soit rendue en Palestine aux droits du monde chrétien et que soit garantie dans le pays du Christ cette liberté qu’il est venu lui-même apporter au monde.Patrons de /’évêque Lorsqu’au XVe siècle la chrétienté tremblait devant la menace des Musulmans, rendue possible par l’égoïsme des puissants, un humble fils de saint François du nom de Jean de Capistran se mit à la tête d’un bataillon de pauvres paysans, avec un seul noble Hongrois docile à son appel, pour se porter à la défense de Belgrade.Il avait donné à son armée l’ordre de crier le nom de Jésus et de se lancer à l’offensive sous le couvert de ce mot sacré.Et au nom de Jésus, la chrétienté fut sauvée.C’était le six août.En souvenir de cette victoire, le pape Calixte III établissait en ce jour la fête de la Transfiguration.Le nouvel évêque, émule de son saint patron, ira dans son vicariat apostolique, armé de la force du nom de Jésus, y continuer des assauts spirituels. 198 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Saint Jean de Capistran accomplit aussi d’autres merveilles.Nommé inquisiteur en Italie auprès des Juifs et des Sarrasins, il en convertit un grand nombre à la foi ; et au Concile de Florence, où par sa science et sa charité il brilla comme un soleil, c’est lui encore qui rendit à l’Eglise les Arméniens hérétiques.Dans le territoire qui vous est confié par le Saint-Siège, vous trouverez, Excellence, beaucoup d’âmes en quête de la vraie foi.Puisse votre apostolat être aussi illuminateur et aussi fécond que celui du saint dont vous portez le nom glorieux ! Vous savez combien illustre est le siège d’Alexandrie et quels grands saints ont gouverné cette Eglise.Qu’il suffise de nommer saint Athanase, l’apôtre de la consubstantialité du Verbe, l’adversaire d’Arius et le théologien de la divinité du Christ ; saint Cyrille, l’apôtre de la maternité divine de Marie et le délégué du pape Célestin au Concile d’Ephèse; sainte Catherine, la patronne de la vérité de l’Eglise contre les docteurs fallacieux de son temps.Quels exemples ! Par votre dévotion à l’humanité du Verbe et par votre vie toute dévouée à établir son royaume, vous démasquerez les artifices de l’hérésie ; par votre dévotion à la sainte Vierge, Mère de Dieu et Mère des hommes, vous continuerez sur la terre où elle habita en exil, une glorieuse tradition de l’Ordre franciscain ; par votre doctrine, vous garderez intact, parmi la confusion des erreurs modernes, le dépôt de la vérité de l’Église.* En guise de conclusion, permettez-moi de retourner à l’Ancien Testament où il est si souvent question de l’Égypte, et de vous rappeler les paroles que le Pharaon adressa à Joseph pour attirer les frères de celui-ci au pays du Nil : (( Que vos yeux ne s’arrêtent pas avec regret sur les objets que vous devez laisser, car ce qu’il y a de meilleur dans tout le pays de l’Égypte est à votre disposition » (Gen.45, 20).Vous quitterez la terre de vos pères, les visages amis, les paysages familiers, mais que vos yeux ne s’attachent pas à ces objets que vcus devez laisser, car y a-t-il au monde chose meilleure que l’apostolat dans les pays de mission ?Que vos yeux ne s’arrêtent pas aux objets que vous devez laisser, car Dieu vous réserve le centuple.Ayant quitté votre terre, vous pourrez dire comme Joseph : « Deus fecit me dominum ALLOCUTION DE S.E.MGR LE DÉLÉGUÉ APOSTOLIQUE 199 universce terrce Aegypti—Dieu m’a fait seigneur de la terie d’Égypte » (Gen.45, 9).Et encore : « Venite ad me et dabo vobis omnia bona Aegypti — Venez, et je vous donnerai ce qu il y a de meilleur au pays d’Egypte )) (Gen.45, 18).Ottawa t Ildebrando Antoniutti, dél.ap.nécROLOGie R.F.Louis Gareau, C.S.V.— RR.FF.Médule-Gédéon, Medelus, F.É.C.R.S.Marie-Zélia, Bureau de Sainte-Anne, O.S.A.— RR.SS.Marie-Anne de Jésus, Marie de Sainte-Richarde, F.M.M.— RR.SS.Kevin, Marie-Agathe, F.C.S.P.— RR.SS.Marie-Élie-Zéphirin, Marie-Julie-de-Jésus, S.S.A.-RR.SS.Agnès Faubert, Azilda Proulx, Eugénie Lagacé, Georgiana Beaudoin-Despins, Jeanne Mailhot, Laura Ménard, Léopoldine Poirier-Saint-André, Marie-Josèphe Amesse, Ursule Lefebvre-Daoust, Virginie Rivard, S.G.M.— T.R.M.Egide-d’Assise, P.F.M.— R.S.Marie-de-la-Nativité, S.S.C.— RR.SS.M-Adélard de la Croix, Marie-Adilie, Marie-Angèle de Mérici, Marie-Cyrilla, Marie de Béthanie, Marie-Désiré, Marie-François-de-Paule, Marie-Henriette, Marie-Jules, Marie-Maxima, Mary Ida, Mary Veronica, SS.NN.J.M.— T.R.M.Marie Sainte-Blanche, RR.SS.Marie Gemma du Sacré-Cœur, Marie-Louisa, Marie-Saint-Adélard, Marie Saint-Hilarion, Marie Saint-Nicolas, P.M.— RR.SS.Madeleine du Carmel, Saint-Jean de Sicile, Saint-Ladislas, Saint-Placide, A.S.V.R.I.P.COMPTE RENDU Grimaud, abbé Charles, Dans le feu (Les Petites Sœurs de F Assomption de Brest),4 Paris, Téqui, 1946.117p.Ces pages veulent « édifier le lecteur en lui montrant à quelle hauteur monte la vertu des religieuses ».La persévérance dans le dévouement quotidien à l’égard des vieillards a maintenu au poste, durant les bombardements, les Petites Sœurs hospitalières.Huit religieuses ont péri victimes du feu avec près de 400 français dont elles étaient les servantes bénévoles dans un abri de fortune.L’offrande héroïque de l’ensevelissement sous les bombes n’a été que le couronnement de la fidélité au devoir d’état.Les pages vibrantes que leur consacre l’abbé Grimaud, si connu au Canada pour ses ouvrages de morale religieuse et familiale, éveillera certainement dans les âmes ferventes qui recherchent leur vocation, l’idée et le désir du don total à Dieu dans le service du prochain.Fernand Porter, O.F.M.Les Trois-Rivières: HISTOIRE Le frère Humble-fTlarie Dupuis, o.f.m.(( Aimez à vivre inconnu et à être compté pour rien ».Ce programme, le frere Humble-Marie Dupuis l’a vécu dans son effrayante austérité.Il y a des âmes que l’héroïsme seul fascine.Paul Dupuis, notre héros, était né à St-Jean, Ile d’Orléans, le premier janvier 1863, de parents profondément chrétiens qui ont élevé leur nombreuse famille en Dieu et pour Dieu.Le riche décor ou grandit 1 enfant, forme du grand fleuve, de la côte de Beaupré, du promontoire de Québec, l’avait préparé à admirer le beau et s’élever des splendeurs visibles aux splendeurs invisibles.Pour alléger les charges de la famille, le jeune homme songea de bonne heure à quitter la campagne pour la ville, en quête d’un emploi en rapport avec ses goûts et ses aptitudes.Il se plaça comme commis chez Myrand-Pouliot, marchand de nouveautés, longtemps en vogue dans la vieille capitale.Sa probité à toute epreuve, sa reserve de bon aloi, sa facilité de parole, lui gagnèrent très vite 1 estime et la confiance de ses patrons et la sympathie des clients.Le cercle de ses connaissances et de ses amis s’élargissant de jour en jour, pour ainsi dire, les invitations aimables commencèrent a affluer, auxquelles le populaire commis répondait avec non moins d’amabilité, Il arriva même qu’une jeune fille du magasin, ornee des dons de la nature et de la grâce, attira son attention.Il crut devoir lui déclarer ses sentiments et même ses projets d’avenir.L’intéressée, tout en se disant fort sensible à l’honneur qui lui était fait, lui apprit qu’elle se destinait au Roi des rois ; ce qui retarde mon entrée dans la vie religieuse, dit-elle, c est la nécessite où je suis d’amasser la dot exigée.Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir, Les avez-vous reçus pour les ensevelir ?le prétendant trouva les mots du chrétien: «je vous félicite, dit-il, de votre choix ; je voudrais même, si vous le permettez, vous faire cadeau de votre dot ».Ravie d admiration, la jeune aspirante religieuse crut devoir accepter cette offre providentielle, et se hâta de réaliser son désir le plus cher.Elle dit adieu au monde et s’enferma dans le cloître qu’elle ne devait quitter que pour le ciel. LE FRERE HUMBLE-MARIE DUPUIS, O.F.M.201 Les distractions du monde auxquelles se prêtait Paul Dupuis ne lui faisaient cependant pas oublier, à lui non plus, le Roi des rois.Son programme spirituel en fait foi : messe et communion quotidiennes avec la visite du Saint-Sacrement durant l’heure allouée pour le dîner.Pour s’enraciner dans la vie chrétienne et stabiliser ses pratiques de piété, il voulut entrer dans le Tiers-Ordre de S.François.Le Seigneur regarda avec des yeux de complaisance son bon et fidèle serviteur qu’il récompensa par une grâce de choix, la grâce de la vocation religieuse.Vers l’âge de 35 ans, notre privilégié entendit distinctement l’appel de Dieu : (( Nul ne peut servir deux maîtres ; quittez tout et vous trouverez tout.)) La nature ne laissa pas de faire ses revendications.Est-il nécessaire Seigneur, pour vous servir, de s’ensevelir dans le cloître franciscain ?Ai-je le droit de quitter le certain pour l’incertain ?de risquer de compromettre mon avenir par un essai de vie religieuse qui pourrait être infructueux ?Le drame intérieur bouleversa quelque temps son âme.Il retrouva la paix avec la prière, la réflexion et les sages conseils de son confesseur.La grâce devait triompher de la nature.En janvier 1899, Paul Dupuis alla frapper à la porte des Franciscains de Montréal qui l’accueillirent comme une bénédiction.Se présentant comme frère convers, il dut faire ses trois années de postulat, trois années de prière, de réflexion et de sacrifices.Le 14 janvier 1902, le frère Humble-Marie avait la consolation de franchir le seuil du noviciat.Il y trouva comme maître des novices le T.R.P.Colomban-Marie Dreyer, le futur Délégué Apostolique en Indochine, qui exigeait des candidats à la vie franciscaine, des candidats à la sainteté.Il prit un soin tout particulier de cette recrue de choix.Grâce à sa piété, à sa parfaite bonne volonté, le novice put surmonter toutes les épreuves de ce temps de probation.Il fut admis à la profession simple le 18 janvier 1903 et à la profession solennelle le 31 janvier 1906.Entre temps, le nouveau profès s’empressa de s’initier aux différents travaux manuels qu’il maîtrisa assez pour rendre bientôt tousles services qu’on attendait de lui.Mais le métier où il excella surtout fut celui de linger.Il avait le coup d’œil, le goût, la main experte du véritable tailleur.Il fit même école et forma plusieurs disciples dont bénéficient encore nos différents couvents.Partout où passa le frère Humble-Marie, il fut apprécié comme un religieux de 202 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES haute valeur morale qui marchait sur la trace des Saints.Il a observé à la lettre la consigne que nous donne S.François : « Que les frères à qui le Seigneur a fait la grâce de travailler, travaillent avec fidélité et dévotion de sorte que, évitant 1 oisiveté, ennemie de l’âme, ils n’éteignent point l’esprit de la sainte oraison et de la dévotion auquel doivent être subordonnées toutes les autres choses temporelles )).Ainsi donc pour 1 illustre Fondateur des Mineurs, point de confit possible entre la vie active et la vie contemplative, laquelle doit primer.Durant toute sa carrière religieuse, le frère PIumble-Marie s’affirmera un homme de vie intérieure.Il profitera de toutes les circonstances pour ajouter à l’heure quotidienne de 1 oraison, des heures entières supplémentaires.C’est à cette source qu’il allait puiser force, lumière et consolation.Aussi ne semble-t-il pas que sa vocation ait jamais subi de crise sérieuse.Loin de se lasser en cours de route, il disposa dans son cœur des ascensions continuelles.Le frère Humble-Marie était rempli de Dieu et il en parlait avec toute l’éloquence de son cœur.Il n’avait garde d’oublier la T.S.Vierge à laquelle il se disait redevable de toutes les grâces de choix reçues au cours de sa longue carrière.Il faisait bon de voir arriver au chœur ce beau vieillard droit et solide comme un chêne, souple comme un jeune homme, ponctuel comme un novice ; son maintien, son air recueilli, sa ferveur étaient une inspiration pour tous.La vie régulière, il l’a toujours menée tant que ses forces le lui permirent.Elles manquèrent tout d’un coup, il y a près de trois ans.L’épreuve de la maladie le coucha sur un lit d’infirmerie qu’il ne devait plus quitter.Presque toujours seul, le frère Humble-Marie trouva sa consolation dans la prière et l’oraison que ses infirmiers favorisaient avec une charité toute fraternelle.Il pratiqua l’abandon total à la Providence, qui lui faisait répéter : je ne désire rien, je ne demande rien, tout à la volonté de Dieu.Il semble bien que son âme baignait habituellement dans une atmosphère surnaturelle où se rencontrent l’humain et le divin.Sa parfaite sérénité qui faisait l’admiration de ses visiteurs, sa résistance physique semblaient lui promettre encore plusieurs années de vie, mais il fallait compter avec son âge.Les grandes chaleurs tenaces de juillet fatiguèrent son cœur qui ralentit peu LE FRERE HUM R LE-MA RIE DUPUIS, O.F.M.203 à peu ses services.Le 27 juillet, vers llh.a.m., entouré du R.P.Gardien et de plusieurs Pères et Frères, il quittait cette terre d'exil pour l’éternelle patrie.Sans agonie, sans secousse, son âme se détacha de son corps comme un fruit mûr cueilli par les anges pour le banquet des noces éternelles.Pour avoir vécu sa vie religieuse intégralement, héroïquement, ce cher confrère convers, que personne n’a vu ni connu, aura sans doute procuré à Dieu une gloire incommensurable, le salut d’une multitude d’âmes, le bien de toute l’Église.La vie cachée en Dieu avec le Christ a fait ses délices sur la terre ; « un poids éternel de gloire souveraine )) l’attend dans le royaume des deux.(( Il a espéré en Dieu : il ne sera pas confondu à jamais )).Montréal Marcel-Marie Dugal, O.F.M.COMPTE RENDU Baron, Pierre, ptre, Ce que sont les religieux.Collection Tout pour tous.Illustrations de l’auteur, Paris, de Gigord, 1946, 143p.Plusieurs des ouvrages que nous aura valus la dernière guerre portent un cachet de sincérité bien particulier.La transparence du regard chrétien sur une vie que seule la foi rendait supportable a su transfigurer les messages des grands souffrants de cette guerre et les rendre aptes à favoriser l’extension du royaume de la sainte charité.L’ouvrage de M.l’abbé Pierre Baron est de ceux-là.Composé durant une captivité de 5 ans (1940-1945), il est le fruit de consultations, d’échanges de vues, d’intervious réalisées dans une communauté de 120 prêtres prisonniers, tant séculiers que réguliers.Après un panorama de la vie des instituts religieux, l’A.présente un tableau d’ensemble des principaux instituts masculins les plus connus en France, et finalement, une description plus détaillée des communautés suivantes : Bénédictins, Trappistes, Franciscains, Dominicains, Jésuites et Assomptionnistes.Les illustrations et les graphiques sont de l’auteur lui-même et aident puissamment à comprendre le texte.La même collection Tout pour tous, des éditions de Gigqrd « doit présenter un livre sur la grandeur et la sainteté du sacerdoce diocésain, distinctes de celles des religieux mais non opposibles », affirme l’A.Il fait plaisir et il est édifiant de voir un prêtre séculier renseigner les fidèles sur la vie religieuse dans le but très noble d’« accroître la connaissance, la confiance et la charité mutuelles entre les membres de l’Église, quelle que soit la tâche à laquelle la hiérarchie les a appelés ».Les Trois-Rivières, Fernand Porter, O.F.M. SPIRITU ALITÉ La vie religieuse, perfection du sacrifice1 Nous avons défini la vie religieuse : la perfection de la charité par la perfection du sacrifice1.La perfection de la charité, fin de la vie religieuse, joue le rôle de genre, car elle doit être commune à toute vie chrétienne.La vie religieuse se distingue par son élément spécifique qui est la perfection du sacrifice et qui lui permet de conduire plus sûrement et plus rapidement l’âme fidèle à un plus haut degré de perfection.Expliquons et justifions maintenant ce second élément.t I D’où se prendra la perfection du sacrifice en regard de la perfection de la charité ?Donnant la différence qui existe entre les préceptes et les conseils, le Docteur angélique enseigne que les deux sont ordonnés à la charité, mais de façon différente.Les préceptes sont ordonnés à préserver la charité contre tout ce qui pourrait lui être contraire ; les conseils ont pour but de supprimer les empêchements aux actes de charité, bien que ces empêchements ne soient pas d’eux-mêmes contraire à la charité, comme le mariage, par exemple et les occupations séculières2.Plus loin, le même docteur nous dit que l’état religieux a été institué pour parvenir à la perfection au moyen de certains exercices qui suppriment les empêchements à la charité parfaite3.C’est donc de là que se prendra la perfection du sacrifice.Or ce qui peut empêcher ou retarder le progrès de la charité, c’est en premier lieu la possession des biens terrestres extérieurs à l’homme, lesquels partagent son esprit et son cœur et souvent les détournent de Dieu qui doit être aimé par-dessus tout.Le religieux en fait le sacrifice par le vœu de pauvreté.En deuxième lieu, le progrès de la charité exige que l’âme se libère de ce qui l’empêche avec le plus de véhémence d’adhérer totalement à Dieu : les plaisirs des sens et plus particulièrement ceux qui accompagnent les actions ordonnées à la propagation de l’espèce humaine.Le religieux y renonce par le vœu de chasteté.1.Voir V.C.R.7(1949) 101-109 ; 177-182.2.2-2, q., 184, s.4.3.2-2, q.186, a.1, ad 4. LA VIE RELIGIEUSE, PERFECTION DU SACRIFICE 205 Enfin, si la perfection du sacrifice exige que l’âme religieuse renonce à des biens moins nobles, comme les richesses extérieures et certaines délectations sensibles, a combien plus forte raison exige-t-elle la renonciation à un bien plus noble, celui du libre exercice de sa volonté, renonciation qui fait 1 objet du vœu d obéissance.Alors de même qu’un ballon s’élance dans les airs, sitôt qu’on a coupé les câbles qui le retenaient au sol et que le fluide moteur l’a rempli ; de même détachée des choses de la terre par les trois vœux de religion et remplie de la charité, 1 ame religieuse n a plus qu’à vivre et croître par la prière, la participation aux sacrements, les exercices spirituels appropriés, l’accomplissement du devoir d’état, dans la foi, l’espérance et la charité, dans la pratique de toutes les vertus intellectuelles et morales, pour s elever jusqu aux régions surnaturelles de l’union la plus intime avec Dieu.On connaît la différence entre les obligations imposées par les préceptes et celles qui relèvent des vœux.Alors que les préceptes n’obligent qu’à des renoncements mitigés et transitoires, les vœux de religion consacrent à Dieu l’être tout entier.L arbre est donne avec le fruit, selon la belle expression de saint Anselme, et il est donné sans arrière pensée de reprise.Les vœux donnent a toutes les actions de celui qui les prononce un mérite particulier en raison d’une profession plus excellente de la vertu de religion.Ils constituent dans un état fixe et stable, distinct, même extérieurement, de celui des chrétiens vivant dans le monde et que 1 on nomme l’état de perfection.Est-ce à dire que c’est un état de perfection acquise ?Non.Saint Thomas nous prévient que l’état religieux est une école où l’on apprend à se rendre parfait, où l’on s’applique aux exercices qui conduisent à la perfection.(( Or, il est évident que celui qui a reçu le commandement de tendre a quelque fin,^n est pas oblige par toute la rigueur du commandement d arriver a cette fin, mais d’y tendre par quelque voie qui y mène.Ainsi le religieux n est pas tenu d’avoir atteint la perfection, mais d’y tendre et de se servir des moyens qui y conduisent4 )).« Ce n’est pas quej aie déjà saisi le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection, écrit 1 a-pôtre saint Paul ; mais je poursuis ma course pour tâcher de le 4.2-2, q.186, a.1, ad 3.Opusculum 18, c.16. 206 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES saisir, puisque j’ai été saisi moi-même par le Christ.Pour moi, frère, je ne pense pas l’avoir saisi, mais je ne fais qu’une chose : oubliant ce qui est derrière moi, et me portant de tout moi-même vers ce qui est en avant, je cours droit au but, pour remporter le prix auquel Dieu m’a appelé d’en haut en Jésus-Christ5 )).Union à Dieu la plus parfaite possible par la connaissance et 1 amour, terme final ; les trois vœux de religion, moyen d’y parvenir, parce qu’ils conditionnent la perfection du sacrifice comme état.Tels sont les éléments constitutifs essentiels de la vie religieuse.II Cette définition peut se justifier d’une foule de manières.Précisons tout d’abord, au moyen d’une comparaison assez juste, l’exactitude de son rapport avec la réalité.Dans un royaume, tous les sujets sont tenus de se soumettre aux ordres du roi, de respecter en tout et partout ses volontés, de n’enfreindre aucune de ses défenses, de travailler, chacun selon sa condition, à la prospérité du royaume.Cependant, ils ne sont pas tenus d’offrir au roi, tous les jours et à toutes les heures du jour, des témoignages de leur sujétion, de leur estime et de leui veneration.Ils ne sont tenus de le faire qu’en certaines circonstances déterminées par les lois.En dehors de ces circonstances, ils peuvent vaquer librement à leurs occupations, choisir et accomplir librement le genre de travail qui leur permettra d’assurer plus facilement leur subsistance, contracter mariage, acquérir et conserver des biens pour divers motifs honnêtes, etc.Toutes ces occupations sont parfaitement légitimes, dès qu’elles ne sont pas défendues par le roi et qu’elles concourent à la pospérité générale du royaume.Ainsi apparaît la condition des fidèles qui veulent accomplir leur salut par l’obéissance aux préceptes.Mais a la cour, il y a toute une catégorie de gens que l’on nomme courtisans, qui entendent obéir au même prince et con- 5.Phil 3, 12-14.Tel que constitué par la discipline actuelle de l’Église, l’état religieux requiert cinq éléments : 1.La tendance a la perfection chrétienne par la pratique des conseils évangéliques.2.La profession publique des trois vœux perpétuels de pauvreté, de chasteté et d obéissance.3.La vie commune par l’habitation sous le même toit et l’obéissance aux mêmes supérieurs.4.L’observance de la règle et des constitutions.5.Dans une famille religieuse approuvée par l’Kglise. 207 LA VIE RELIGIEUSE, PERFECTION DU SACRIFICE courir à la prospérité générale du même royaume, mais par un moyen différent.Leur unique occupation est de se tenir continuellement auprès du roi pour le servir immédiatement selon un protocole déterminé et immuable auquel ils se sont engagés par contrat.Et si à cette cour règne un roi crucifié, il faudra nécessairement que tous les courtisans partagent la condition de leur souverain.Tel apparaît l’état religieux.L’émission des trois vœux assure la perfection du sacrifice ; le protocole est commande par la règle et la profession en exprime 1 engagement.L’on sait que la vie religieuse, comme son nom l’indique, est la profession par excellence de la vertu de religion et que la vertu de religion, comme son nom l’indique également et selon l’enseignement unanime des Pères de l’Église et des théologiens, a pour but de relier l’homme à Dieu au-dessus de 1 abîme du peche.Or quel a été dans l’histoire de l’humanité, l’acte qui a relié efficacement l’homme à Dieu au-dessus de l’abîme du péché ?C’est un dogme de foi que seul le sacrifice de la croix a eu cette efficacité ; d’où il suit que le Christ a été le religieux parfait ou, pour mieux dire, le seul religieux dont toute religion découle et à qui elle se termine.En conséquence, d'ans la mesure où une âme chrétienne se rapprochera de la divine victime du Calvaire, dans la mesure où elle participera de plus près au plan de la redemption par le sacrifice, dans la même mesure, elle croîtra en charité et pourra être dite vraiment religieuse.Or notre Seigneur Jésus-Christ, sur la croix, avait renonce aux biens extérieurs.Il mourait pauvre, et d une pauvreté telle que la sainte Écriture n’hésite pas à nous le représenter (( nu comme un ver6 ».Il ne possédait plus rien, pas même une goutte d’eau pour étancher sa soif au milieu des tourments de son agonie7, pas même cette tunique sans couture que lui avait tissee sa mère et qu’on lui enleva pour la tirer au sort8, pas même la vie, le dernier des biens que l’on accepte de sacrifier et qu’il avait offert librement à son Père pour le salut du monde De même, le religieux renonce à tous les biens extérieurs par son vœu de pauvreté.Il ne possédé rien et a librement consenti 6.Ps 21, 7.7.Jn 19, 28.8.Le 23, 34.9.Ps 39, 34. 208 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES à ne jamais rien posséder.La nourriture qui sert à l’entretien de sa vie n est pas a lui; les vêtements dont il se couvre ne sont pas a lui ; le logis qui l’abrite n’est pas à lui ; ni son travail, ni ses peines, ni ses efforts ne lui appartiennent.Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur la croix, avait renoncé aux biens du corps.Il avait renoncé à la bonne chair qui, non seulement conserve la santé, mais lui permet de s’épanouir ; il avait renoncé au confort qui exalte et comble les puissances sensibles ; il avait renoncé aux plaisirs des sens les plus légitimes, par lesquels se propage la vie, aux affections de famille.Bien plus, au moment meme ou il expirait en croix, son corps était devenu sanglant depuis la figure, jusqu a la plante des pieds : (( Je l’ai vu, dit le prophète, il n avait plus figure d homme et je ne l’ai point reconnu 10».C est également ce que fait le religieux pour se conformer de plus près a son divin modèle.Il renonce, lui aussi, aux affections légitimes de la famille pour répondre à cet appel de l’Esprit Saint inspiré au Psalmiste : (( Écoute, regarde et prête l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père et le roi sera épris de ta beaute* 11 )).Il emprisonne son corps dans un vêtement de pénitence; il le soumet et le brise souventes fois par des jeûnes, des veilles,* des fatigues et des macérations de toutes sortes.Enfin, notre Sauveur en croix avait renoncé à sa volonté propre.Il avait remis cette volonté à la disposition de son Père.Et 1 on peut croire que sa nature humaine, effrayée par la perspec-ti\e des souffrances horribles et de la mort honteuse réservée aux malfaiteurs, devait protester et se révolter.Cependant, dans toutes les souffrances de sa passion, on ne le voit manifester que la plus entière soumission à la volonté de son Père.De même aussi le religieux renonce à sa volonté propre.Il ne s’appartient plus et de quelque côté qu’il se tourne, son vœu d’obéissance.enchaîne de toute part sa liberté.On lui dit : fais ceci et il le fait ; va et il va ; reviens et il revient ; meurs à la peine puisqu’il le faut et il meurt.C est donc la perfection du sacrifice par les trois vœux de religion qui apparaît comme 1 essence de la vie religieuse ; et Puisclue c’est l’essence, c’est non seulement le plus nécessaire, mais 10.Is 52, 14.11.Ps 44, 2. LA VIE RELIGIEUSE, PERFECTION DU SACRIFICE 209 c’est aussi ce par quoi l’on doit juger de tout le reste.Quand même on posséderait de l’homme l’apparence extérieure, la force physique, l’ordre et l’harmonie des membres, si l’on ne possède pas la raison, l'on ne partage pas la nature humaine.De même pour la vie religieuse, quand même l’on en aurait toute l’apparence extérieure, si l’on ne tend pas à la perfection du sacrifice, l’on n’est pas vraiment religieux.Et le jour où une âme religieuse descend du Calvaire, le jour où elle cesse d’embrasser la croix, elle a de sérieuses raisons de douter qu’elle n’est plus fidèle à sa vocation, puisqu’elle a précisément juré de se tenir avec le Christ au jardin des Oliviers et sur la montagne du Calvaire.S’il survient de temps à autres des Thabor, elle ne doit pas y construire de tente.L’accoutumance peut adoucir les obligations et les rigueurs de la vie religieuse, elle peut faire que l’on s’y soumette avec plus de joie, plus de promptitude et plus de facilité, comme il arrive pour tout acte de vertu, elle ne doit pas changer l’essence et il n’est jamais permis de vivre dans la vie religieuse comme de pieux laïques dans le monde.Cette doctrine apparaît extrêmement austère ; on ne devra cependant jamais la perdre de vue pour ne pas s’exposer à fausser le sens des explications qui vont suivre.(( Que ce calice s’éloigne de moi », disait notre Sauveur à la perspective des tourments de sa passion, et pourtant c’était le salut du monde qui était en cause12.« Que cette parole est dure )), disaient les Juifs à Jésus, et pourtant, c’était du sacrement d’amour par excellence dont il s’agissait13.La perfection du sacrifice est-elle compatible avec la pratique de la vertu de tempérance dont l’objet consiste précisément, non à supprimer, mais à modérer les plaisirs sensibles selon les lumières de la foi qui doivent guider l’âme religieuse dans la voie de la perfection ?En lisant la réponse à cette question dans les articles suivants, je demande que l’on ait constamment sous les yeux cette pensée éminemment suggestive de Pascal : (( Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là »14.Ottawa Albert St-Pierre, O.P.12.Mt 26, 39.13.Jn 6, 61.14.Pensées et opuscules, Brunschvicg, Paris, 1913, p.575. SPIRITUALITÉ Lettre de 5.Pierre cTRIcantara à Ste-Thérese sur la pauvreté Voici la traduction d'une lettre de saint Pierre d'Alcantara, franciscain, adressée à sainte Thérèse d'Avila.La pratique parfaite de la pauvreté évangélique a toujours été un gros problème pour tous les supérieurs religieux.La solution absolue qu'apporte sainte Thérèse dans la réforme du Carmel semble avoir été inspirée par une lettre de saint Pierre d'Alcantara ; cette lettre semble assez peu connue.Le R.P.Victo-riano Larranaga, S.J., vient de la publier dans son ouvrage Obras Complétas de San Ignacio de Loyola, (Madrid, Bibliotheca de Auctores Cristianos, 1947, 1.1, pp.674-675).Le but du révérend Père est de montrer la sympathie de sentiment entre saint Ignace de Loyola et saint Pierre d’Alcantara sur la vertu fondamentale de pauvreté.Mais toute âme religieuse y trouvera des leçons de grand prix énoncées par un saint dont ! autorité en la matière n'est pas discutée.Bartole Charbonneau et Maximin Thibaudeau, O.F.M., traducteurs.Que l’Esprit-Saint, Madame, dilate votre âme.J’ai vu une de vos lettres que m’a montrée M.Gonzalo Arânda.J’ai été stupéfait, certes, d’apprendre que vous avez soumis au jugement des savants ce qui n’est pas de leur ressort.S’il s’agissait d’un procès ou d’un cas de conscience, il serait bon de prendre conseil de juristes ou de théologiens ; mais lorsqu’il s’agit de la vie parfaite, on ne doit en traiter qu’avec ceux qui la vivent, parce que d’ordinaire, la conscience et le bon jugement de chacun dépend de son agir.Pour ce qui est des conseils évangéliques, il n’y a pas à s’enquérir s’il est bien de les suivre ou non, ou s’ils sont observables : c’est déjà un genre d’infidélité.Un conseil de Dieu ne peut manquer d’être bon ni d’être difficile à observer sinon pour l’incrédule et pour celui qui a peu confiance en Dieu et qui se conduit uniquement par la prudence humaine.Celui qui a donné le conseil donnera aussi le moyen de l’observer.En effet, il peut le donner, et il n’y a pas d’homme sensé qui donne un conseil sans vouloir qu’il produise de bons effets, bien que naturellement, nous soyons méchants ; combien plus, lui, souverainement bon et puissant, a le vouloir et le pouvoir de faire profiter ses conseils à qui les suit.Si vous voulez, Madame, suivre le conseil du Christ d’observer une plus grande perfection en matière de pauvreté, suivez-le.Ce conseil n’a pas été donné aux hommes plutôt qu’aux femmes, et Dieu fera en sorte que sa pratique vous profite comme à tous ceux qui l’ont observé.Si vous voulez suivre le conseil de savants qui n’ont pas l’esprit de Dieu, cherchez de grandes rentes ; vous verrez si cela vaut mieux que de n’en pas avoir pour suivre le LETTRE DE S.PIERRE d’aLCANTARA A STE THERESE 211 conseil du Christ.Si nous voyons de la pénurie dans les monastères de religieuses pauvres, c’est parce qu’elles sont pauvres contre leur gré et par impuissance, et non parce qu’elles pratiquent le conseil du Christ.Car je ne loue pas simplement la pauvreté, mais bien celle qu’on souffre avec patience pour l’amour du Christ Notre-Seigneur, et plus encore celle qu’on désire, cherche et embrasse par amour.Si je pensais autrement ou soutenais autre chose avec assurance, je ne me croirais plus assuré dans la foi.En ceci comme en toute autre chose, je me fie à Jésus-Christ Notre-Seigneur, et je crois fermement que ses conseils sont excellents, étant conseils de Dieu.Bien que les conseils n’obligent pas sous peine de péché, je crois qu’ils contraignent celui qui les suit à être beaucoup plus parfait que s’il ne les suivait pas.Je dis que les conseils le contraignent à la perfection, au moins au point de vue pauvreté, et ils le rendent plus saint et plus agréable à Dieu.Selon la parole de Jésus, je considère comme bienheureux les pauvres en esprit, c’est-à-dire les pauvres volontaires et le sais pour l’avoir vu, bien que je crois plus en Dieu qu’en mon expérience : ceux qui sont pauvres de tout cœur jouissent, avec la grâce du Seigneur, d’une vie bienheureuse comme en jouissent en cette vie ceux qui aiment Dieu, se confient et espèrent en lui.Que Jésus vous donne, Madame, la lumière pour comprendre ces vérités et les mettre en pratique.Ne croyez pas ceux qui enseignent le contraire par manque de lumière, par incrédulité ou pour n’avoir pas goûté combien suave est le Seigneur à qui le craint, l’aime et renonce pour son amour à toutes les choses du monde qui ne sont pas nécessaires pour mieux l’aimer.Ils sont ennemis de la croix du Christ et ne croient pas à la gloire qui s’ensuivra.Que Jésus vous donne aussi, Madame, cette lumière pour que sur des vérités si manifestes, vous n’hésitiez pas ni ne preniez avis que chez ceux qui suivent les conseils du Christ.Car les autres, tout en opérant leur salut en observant leurs obligations, n’ont pas ordinairement de lumière sur plus de choses qu’ils n’en pratiquent ; leurs conseils peuvent être bons, mais celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ est meilleur.Il sait ce qu’il conseille et donne sa grâce pour l’accomplir.Et enfin il donne la récompense à ceux qui se fient à lui et non aux choses de la terre.De Madame l’humble aumônier, Avila, le 14 avril 1562.Fray Pedro de Alcantara. LITURGIE €xposition du S.Sacrement pendant la ITIesse Dans votre article « De quelques rubriques spéciales devant le Saint Sacrement exposé», vous dites: «Quoique l'exposition du T.S.Sacrement doive se faire au cours de la messe pour l'ouverture des Quarante-Heures régulières et pour la procession de la Fête-Dieu, quand elle suit immédiatement la messe, ou celle du Jeudi-Saint, il n’en est pas ainsi pour les autres expositions, car, d'après une réponse de la S.Congrégation des Rites, il faut attendre, pour faire les autres expositions, jusqu’après le dernier évangile » (V.C.R., VII, p.72).Cependant Stercky, le vol.page' 107, en note, semble dire que cette exposition au cours de la messe puisse avoir lieu en d'autres circonstances : « Toutes les fois que le Saint-Sacrement doit être exposé pendant un certain temps, ou porté en procession, on commence par célébrer une Messe, et l'on consacre à cette Messe l'hostie qui doit être exposée, ou portée en procession.Cette Messe est appelée Messe pro exposition ».Depuis une quinzaine d'année, pour notre exposition du premier dimanche du mois, qui dure depuis la messe principale jusqu' aux vêpres, nous faisons l'exposition au cours de la messe selon les rubriques de la Messe pro expositione.Seriez-vous assez bon de nous dire si nous pouvons continuer notre manière d'agir.En 1911, le calendariste du diocèse de Bayeux, entre autres questions, en avait posé deux à la S.Congrégation des Rites sur le sujet qui préoccupe notre consultant.1° Il a tout d’abord demandé s’il fallait, quand on fait l’exposition immédiatement après la messe, en dehors des XL Heures et de la Fête-Dieu, consacrer l’Hostie de l’exposition durant la messe, ou si l’on pouvait prendre une autre Hostie déjà consacrée.La S.Congrégation répondit qu’il n’est pas nécessaire, en ce cas, de consacrer l’Hostie pendant la messe, mais qu’on peut se servir d’une autre Hostie déjà consacrée (S.R.C.n.4269 ad 10).2° Ce calendariste demanda ensuite si l’Hostie déjà consacrée pouvait être placée dans l’ostensoir après la communion du prêtre, ou s’il fallait, pour le faire, attendre jusqu’après le dernier évangile.La S.Congrégation lui répondit qu’on ne devait pas exposer cette Hostie pendant la messe, mais qu’il fallait attendre après le dernier évangile (l.c., ad 11).Voici la teneur de ces réponses : X.— Si extra Expositionem XL Horarum, et Festum SS.Corporis Christi, fieri contingat expositio SS.Sacramenti immediate post Missam, Hostia debeatne intra hanc Missam conse-crari, vel accipi possit Hostia jam prius consecrata ?Et quatenus affirmative ad secundam partem : XI.— Utrum Hostia jam antea consecrata poni possit in Ostensorio ante purificationem et ablutiones, vel exspectari debeat usque ad expletum ultimum Evangelium ? EXPOSITION DU S.SACREMENT PENDANT LA MESSE 213 Et Sacra Rituum Congregatio.ita respondendum censuit : Ad X.— Negative ad primam partem ; affirmative ad secun-dam.Ad XI.— Negative ad primam partem ; affirmative ad secundam.Ces deux réponses sont très claires.Aussi est-il étonnant que Stercky les aient ignorées, puisqu’il ne s’y réfère même pas.On pourrait toutefois faire observer que cette note de Stercky se rapporte uniquement au paragraphe qui traite des expositions qu’il appelle très solennelles.Mais d’après Gardellini (in Inst.Clementina § 36, n.2), ces expositions très solennelles ne sont autres que celles de la Fête-Dieu et des Quarante-Heures, auxquelles il faut ajouter les expositions des XL Heures ad instar (là où, au jugement de l’évêque, elles ne peuvent se faire sans interruption) et les expositions dites extraordinaires, faites, avec ou sans procession, pour une cause grave intéressant toute l’Eglise ou un pays entier, en une circonstance qui donne lieu à un grand concours de peuple :
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