La vie des communautés religieuses /, 1 avril 1950, Avril
Vol.8, n.4 MONTRÉAL Avril 1950 SOMMAIRE DOCUMENTS PONTIFICAUX S.S.Pie XII Encyclique ANNI SACRI, 12 mars 1950.97 SPIRITUALITÉ Une Clarisse Pourquoi Marie fut obéissante ?.102 DROIT DES RELIGIEUX Richard Joly Orientation et direction.111 BIBLIOGRAPHIE Fr.Lebesconte Du Cométique à l'avion.121 CONSULTATIONS — COMMUNIQUÉS — COMPTES RENDUS 1980 OUEST, RUE DORCHESTER — MONTREAL, 25 CANADA LA VIE des COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES publiée par les RR.PP.Franciscains du Canada paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août en fascicule de 32 pages.Abonnement : $ 2.00 par année Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, administrateur apostolique de Montréal Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général d'Ottawa M.le Chanoine Cyrille LABRECQUE, directeur de la Semaine Religieuse de Québec Secrétariat : 1980 ouest, rue Dorchester, Montréal 25, P.Q., Canada.Téléphone : Wlllbank 7498, de 2h.a 5h.de l'après-midi tous les jours, excepté le samedi et les fêtes.Imprimeurs et expéditeurs : Les Frères des Écoles Chrétiennes, 959, rue Côté, Montréal 1, P.Q., Canada © Nihil obstat : Hadrianus-M.MALO, O.F.M.censor ad hoc Imprimatur : Albertus VALOIS, P.A.Vie.Gén.Marianopoli die 3a martii 1950 © Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes Ottawa IMPRIMÉ AU CANADA PRINTED IN CANADA t MïBDeSt 41 Lfl VIED€S communflUTés r€ligi€us€s Vol.8, No 4 Montréal Avril 1950 DOCUMENT PONTIFICAL €ncycuQU€ flnm sacri 12 mars 1950 Voici le texte de l’encyclique de Sa Sainteté le -pape Pie XII adressée aux évêques du monde entier, samedi dernier, 11 février : La présente Année sainte nous a déjà apporté plus d’un motif de joie et de consolation.A Rome, source inaltérée depuis les origines de l’Eglise de la lumière de l’enseignement apostolique, sont venues des multitudes de fidèles de toutes les parties du monde.Elles sont venues vers le Siège de Pierre, non seulement pour racheter leurs propres fautes, mais aussi pour expier les péchés du monde et prier pour le retour de la société à Dieu, qui seul peut apporter la vraie paix du cœur, la concorde entre les nations et le bien-être des peuples.Et nous savons que ces premiers groupes de pèlerins ne sont que l’avant-garde de tous ceux qui profiteront de la belle saison pour accourir encore plus nombreux.Cependant bien que ces spectacles nous aient réjoui, les raisons ne manquent pas pour que l’inquiétude et la tristesse viennent assombrir notre âme.Et en premier lieu, quoique la guerre ait cessé presque partout, la paix tant désirée n’est pas encore venue, cette paix durable et solide sans laquelle il est difficile de faire disparaître les nombreux motifs de discorde qui ne cessent de s’accumuler.Plusieurs nations se suscitent des embarras les unes aux autres et à mesure que la confiance décroît, on se trouve en présence d’une course aux armements qui sème dans toutes les âmes la crainte et l’incertitude. 98 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES La vérité remplacée par le mensonge Ce qui nous paraît non seulement le pire des maux, mais aussi à la racine de tous les maux, c’est ceci : souvent la vérité est remplacée par le mensonge que l’on utilise pour fomenter des disputes.En plusieurs endroits la religion est mise de côté comme une chose sans importance et ailleurs, on l’interdit dans la famille et la société comme le reliquat d’anciennes superstitions.On louange l’athéisme privé et public de telle sorte qu’une fois Dieu et ses lois abolies, il n’y a plus de fondement pour la morale.La presse trop souvent aussi outrage vulgairement les sentiments religieux, tandis qu’elle n’hésite pas à publier les obscénités les plus révoltantes, excitant et attirant au vice, avec des dommages incalculables, les enfants en bas âge et la jeunesse désorientée.Le peuple est induit en erreur au moyen de fausses promesses, aiguilloné vers la haine, la rivalité et la rébellion, surtout lorsque la foi antique, seul espoir de l'homme sur cette terre d’exil, a été extirpée avec succès de son cœur.On organise et fomente en série la violence, les désordres et les soulèvements qui préparent ainsi la ruine des économies et entraînent des dommages incalculables pour le bien-être de la société.Nous devons par-dessus tout déplorer qu’en un si grand nombre de pays les droits de Dieu, de l’Eglise et même de la personne humaine soient violés et foulés aux pieds.L’Église persécutée Des ministres du culte, même s’ils sont de haut rang, sont chassés de leurs sièges, exilés et emprisonnés ; d’autres sont tellement gênés dans leurs mouvements qu’ils ne peuvent exercer leur ministère dans l’enseignement élémentaire et universitaire, ni dans la publication de leurs directives.L’Église se trouve d’une part dans l’impossibilité d’expliquer ou de défendre sa doctrine ; d’autre part, la censure officielle lui met tellement d’entraves et de restrictions qu’on semble vouloir ériger arbitrairement en principe que la vérité, la liberté et la religion doivent servir docilement les autorités civiles. ENCYCLIQUE ANNI SACRI 99 Comme ces maux innombrables, ainsi que nous l’avons dit, ne proviennent que d’une source, la répudiation de Dieu et le mépris de ses lois, il est nécessaire d’adresser à Dieu des prières ferventes et de revenir à ces principes qui seuls peuvent apporter la lumière dans les esprits, la concorde et la paix dans les âmes et la justice parmi les diverses classes sociales.Comme vous le savez, sans la religion, impossible d’avoir dans la société de bonnes mœurs et un ordre bien constitué.De là, l’urgence d’inviter vos prêtres, surtout durant l’Année sainte, à n’épargner aucun effort pour que les âmes qui leur sont confiées, ayant abandonné leurs préjugés et leurs convictions erronées, une fois la haine et la discorde vaincus, se nourrissent de la doctrine de l’Evangile et participent ainsi à la vie chrétienne pour hâter la rénovation des mœurs.Nécessité de l’Action catholique Et, comme le prêtre ne peut pas atteindre tout le monde et toutes choses, et comme son ministère n’est pas toujours capable de répondre adéquatement à tous les besoins, ceux qui servent dans les rangs de l’Action catholique doivent le seconder de leur expérience et de leur activité.Il n’est permis à personne d’être inactif et paresseux alors qu’il existe tant de maux et de dangers et que ceux du parti adverse s’acharnent à détruire la base même de la religion catholique et du culte chrétien.Que l’on ne puisse jamais constater que (( les enfants de ce monde sont plus sages dans leurs entreprises que les enfants de lumière )) (Le 16, 8) ; qu’il n’arrive jamais que ces derniers se montrent moins zélés que les autres.Mais les forces humaines sont trop faibles sans la grâce divine.Nous vous exhortons donc, vénérables Frères, à prendre l’initiative d’une véritable croisade de prières parmi vos fidèles afin d’implorer du Père de pitié et du Dieu de toute consolation (II Cor 1, 3) les remèdes appropriés aux maux actuels.Nous désirons fortement que vous fassiez avec nous des prières publiques le 26 mars, dimanche de la Passion, alors que les rites sacrés de l’Eglise commenceront de commémorer les vives souffrances par lesquelles notre divin Sauveur nous a rachetés de la servitude du démon, en nous rendant la liberté des enfants de Dieu.Nous voulons en ce jour descendre à la basilique St-Pierre pour unir 100 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES nos prières non seulement à celles des fidèles présents, mais aussi, espérons-nous, à celles de tout le monde catholique.Ceux qui sont empêchés par la maladie, l’âge ou toute autre raison de se rendre à l’église devraient en toute humilité et confiance offrir leurs souffrances et leurs appréhensions afin que les prières, les aspirations et les désirs de tous soient confondus.Pour un nouvel ordre chrétien Unis avec nous par la prière, demandez tous à la miséricorde divine que la régénération souhaitable de la société produise un nouvel ordre de choses basé sur la vérité, la justice et la charité.Que l’intelligence de ceux qui président aux destinées des peuples soit éclairée par la lumière d’en haut, puissent-ils comprendre que si la paix est le fruit de la sagesse et de la justice, la guerre est celui de l’aveuglement et de la haine.Puissent-ils songer qu’ils auront un jour un compte à rendre non seulement à l’histoire, mais aussi au jugement éternel de Dieu.Ceux qui sèment à pleines mains l’envie, la discorde et la rivalité, ceux qui en secret ou ouvertement provoquent les masses à la révolte, ceux qui trompent par des promesses vaines la foule excitable doivent aussi comprendre que la justice que préconisent les principes chrétiens, ferment d’équilibre et de concorde parmi les classes sociales, ne s’établit pas par la force et la violence, mais par l’application du droit.Guidés par la lumière divine, fruit de la prière collective, tous devraient être convaincus que seul le divin Rédempteur peut mettre un terme à tant de querelles et de désaccords, oui nous le répétons, seul Jésus-Christ, lui qui est la voie, la vérité et la vie (Jean 14, 6), qui illumine de la lumière d’en haut les esprits obscurcis et donne la force px volontés faibles et chancelantes.(( Sans voie, on ne peut pas marcher, sans vérité, on ne peut pas connaître et sans vie, on ne peut pas vivre, Imitation de J.-C.Le Christ seul maître Seul le Christ peut gouverner les événements de ce monde avec justice et amour.Lui seul peut conduire au bonheur éternel les âmes des hommes, tous frères.Avec foi, espérance et amour, c’est à lui que nous adressons notre prière.Puisse-t-il jeter un regard de miséricorde, surtout ENCYCLIQUE ANNI SACRI 101 pendant l’Année sainte, sur l’humanité opprimée par tant de malheurs et de discordes.Et de même qu’il a calmé un jour la tempête sur le lac de Galilée par son seul geste divin, puisse-t-il aujourd’hui calmer la tempête qui afflige l’humanité.Que sa lumière révèle les mensonges des méchants ; que l’arrogance des superbes soit humiliée ; que les riches pratiquent la justice, la générosité et la charité ; que les pauvres et les miséreux prennent comme modèle la famille de Nazareth, qui comme eux a gagné son pain par le travail de chaque jour ; et enfin, que ceux qui gouvernent comprennent qu’il n’y a pas de base sociale plus solide que l’enseignement de la doctrine chrétienne et la protection de la liberté de l’Eglise.Nous désirons, vénérables frères, que vous portiez ces choses à la connaissance de vos fidèles, en les exhortant à prier avec ferveur le Seigneur avec nous.Dans l’espoir que tous répondront avec un amour spontané à notre demande, du fond de notre âme, nous vous donnons à chacun de vous et à tous vos fidèles notre bénédiction apostolique, gage de notre bienveillance et de la grâce de Dieu.» Cité du Vatican Pie XII, pape.COMPTE-RENDU Porter, Fernand, O.F.M., L.C., S.T.D., U Institution catéchistique au Canada.Montréal, Les Éditions Franciscaines, 1949, 24cm.332pp.et 16 ill.?2.50.L’A.partage son volume en quatre parties.La première raconte con amore l’action des maîtres qui assumèrent chez nous la responsabilité de l’enseignement religieux ; la deuxième analyse dans une étude bibliographique fort poussée les divers catéchismes et les livres auxiliaires qui pendant le 17e et le 18e siècles ont servi à la formation chrétienne de notre peuple ; la troisième présente avec une admiration ravie les infatigables collaborateurs des évêques : les curés de paroisse et les parents chrétiens ; enfin la quatrième porte sur cette institution un jugement motivé tant au regard de l’éducateur et du canoniste que du théologien.Cet ouvrage comble une lacune sur une des questions fondamentales de notre histoire ; il le fait avec une originalité de fond, une connaissance du sujet et une richesse de documentation de première main qui en assurent la qualité et la valeur.L’A.a droit à des félicitations et peut s’attendre à de nombreux lecteurs.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.La V.C.R.consacrera un numéro entier aux documents nouveaux concernant la relation quinquennale : textes, questionnaires, explications.Si vous désiriez en recevoir plus d’une copie, envoyez vos commandes dès maintenant à 1980 ouest, rue Dorchester, MONTRÉAL 25, P.Q.Canada. SPIRITUALITÉ POURQUOI fïlRRI€ FUT OBélSSATITe ?Marie est, après et avec Jésus, le plus beau modèle de l’obéissance religieuse.Avec l’aide du Saint-Esprit, essayons de voir un peu la grandeur de cette vertu primordiale dans l’âme de notre divine Mère.Et d’abord, disons que Marie est plus facilement imitable que ne l’est Jésus, parce qu’elle est plus humaine, plus près de nous, plus semblable à nous comme pure créature.Tandis que Jésus avait la jouissance de la vision béatifique, Marie vivait de foi pure.Comme c’est par l’obéissance que nous sommes religieuses, Jésus fut le premier religieux de Dieu et Marie sa première religieuse, et dans une perfection indicible.Pourquoi ?1 °—À cause de son grand esprit de foi.Pleine de lumière et de grâces, Marie avait la foi à un degré parfait.Dieu était avec elle, mais la divinité lui restait cachée ; néanmoins, son esprit de foi s’élevait si haut qu’elle n’eût jamais le moindre effort à faire pour accomplir parfaitement et intégralement le bon plaisir de son Dieu.Qu’ elle est belle notre Mère dans son obéissance ! Dieu étant l’unique préoccupation de toute sa vie, elle sut le voir dans chacune de ses manifestations, le reconnaître sous les apparences les plus humbles aussi bien que dans les événements extraordinaires.Bien que nageant dans le divin, Marie avait à exercer son esprit de foi.Dieu l’a conduite par les voies ordinaires, si ordinaires qu’il fallait rien moins que sa pureté d’immaculée pour y découvrir l’action éclatante de la divine Sagesse.Elisabeth l’a félicitée d’avoir cru.Oui, Marie a cru à la présence de Dieu dans tous les événements de sa vie, d’où son extrême docilité à ses vouloirs divins.Dans les circonstances qui ont accompagné l’Incarnation, la Nativité, la fuite en Egypte, etc., de quel gigantesque esprit de foi n’a-t-elle pas fait preuve, par son obéissance aveugle à des directives humainement incompréhensibles.Son œil intérieur voyait si loin.Aussitôt la volonté de Dieu connue, Marie n’hésite pas et se livre immédiatement sans opposer aucun raisonnement de la sagesse humaine.Arrêtons-nous devant cette hauteur de vertu pour la considérer attentivement et voyons jusqu’à quel point Marie y est notre modèle.Âmes religieuses, aimons-nous la simplicité des voies où Dieu nous garde ?S’il a agi de la sorte avec sa Mère, la plus parfaite POURQUOI MARIE FUT OBÉISSANTE ?103 des créatures, et qu’il nous destinait pour modèle, pourquoi nous attendre à de l’extraordinaire dans notre vie ?Que nos vues humaines sont petites ! Dieu se cache sous la modestie de nos saintes Règles et Constitutions, sous la monotonie apparente de nos saints exercices et dans le devoir du labeur quotidien parfois très humble.Mais il se cache encore et surtout dans l’autorité.L’âme obéissante dirait plutôt qu’il se montre dans l’autorité.A nous de savoir l’y trouver par l’esprit de foi, comme Marie.Il faut demander cet esprit de foi par la prière, et garder la constance dans cette pratique par des examens fréquents si nous voulons assurer la perfection de notre obéissance, devoir essentiel de la vie religieuse.Le secret en est simplement dans l’acte de foi toujours actuel en la présence de l’autorité divine constituée dans l’ordonnance des Supérieurs, acte de foi qui impose silence au jugement propre, coule la volonté propre dans celle de Dieu et déclanche un oui d’amour plénier.Il est très important de prendre l’habitude de cet acte de foi dès les débuts de la vie religieuse, autrement on s’expose à une vie sans mérite et partant inutile aux âmes, sans compter l’absence de bonheur personnel dans l’âme qui se garde à elle-même.Une fois l’habitude prise, la religieuse est, en quelque sorte, immunisée contre toutes les vicissitudes de caractère, tempérament ou autres ; alors le surnaturel applanit toute difficulté et l’âme entre dans l’union.2°—Marie obéissante parce qu’elle avait l’humilité parfaite qui comporte la connaissance de soi et la connaissance de Dieu.Très près de Dieu par son élévation mystique, Marie connaissait trop bien son néant pour avoir jamais la moindre estime propre.Elle était petite selon le sens évangélique.(( Ecce ancilla.)) Se disant servante du Seigneur, elle aimait n’être que cela et voulait être une vraie servante.Dans son Magnificat, elle proclame sa grandeur, mais en déclarant que c’est là l’œuvre de Dieu seul, il a fait en elle de grandes choses, oui, mais pourquoi ?à cause de sa petitesse et en proportion même de sa bassesse.Marie ne se glorifie de rien, et pourtant s’il y a eu une créature qui eut sujet de se glorifier, n’est-ce pas la Mère d’un Dieu ?Mystère pour les hommes que cette humilité aux profondeurs abyssales.Ancilla.Le devoir d’une servante c’est d’obéir, et comme Marie le comprenait ! Voilà pourquoi elle fut si fidèle à remplir son grand rôle.Si son humilité fut étonnante à nos yeux, 104 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES son obéissance le fut également.Pour Marie, l’obéissance était simplement justice.Dieu avait droit de tout lui demander.Aussi, se compter pour rien, s’effacer, telle fut son attitude constante ; servir dans l’ombre, voilà Marie.Âmes religieuses, avons-nous cet esprit d’humilité qui nous fait nous tenir à notre place devant Dieu et devant les hommes ?Devant Dieu, en révérant sa souveraineté infinie, par l’adhérence prompte et généreuse d’une volonté toute livrée.Si nous étions bien ancrés dans la conviction de notre misère, si nous acceptions très sincèrement au dedans de nous-mêmes, si nous voulions une bonne fois admettre et accepter franchement, l’inutilité de notre rien, oh ! alors, ce serait immédiatement pour nous la lumière qui sauve, l’autorité divine nous apparaîtrait dans toute sa sublimité.Nous aurions soif de nous anéantir devant la majesté divine, nous nous établirions dans l’esprit de dépendance absolue ; l’obéissance délicate au moindre désir nous serait un besoin ; la sainte obéissance deviendrait pour nous comme pour Jésus une réelle nourriture et notre vie intérieure progresserait d’une façon étonnante.Il y a tant de logique dans l’humilité, que nous devrions encore obéir à Dieu dans cet esprit, lors même que nous n’en aurions pas émis le voeu.L’humilité est sœur de l’obéissance, l’une ne va pas sans l’autre.L’obéissance arrogante n’est pas agréée de Dieu parce qu’elle est une servitude d’esclave.L’âme, qui ne dépasse pas cette limite, n’acquerra jamais la vraie liberté que, normalement, son vœu d’obéissance doit lui procurer ; ses ailes resteront faibles, elle n’atteindra pas les hauteurs auxquelles sa vocation la destine.Le vœu en lui-même ne conduit pas loin, il a pour objectif l’esprit d’obéissance et ceci doit être le point de mire de toute notre activité spirituelle ; son importance est telle que si nous ne le possédons pas, nous ne sommes pas religieuses.Il faut viser à la perfection de l’esprit d’obéissance, et l’esprit d’humilité en est le plus court chemin.D’autre part, un désir avide de découvrir la volonté divine dans le moment présent pour l’adorer, se l’assimiler, la satisfaire et l’aimer produit infailliblement, et à l’insu de l’âme, l’oubli de soi le plus complet ; c’est la mise en actes des principes d’humilité, condition essentielle de l’emprise de Dieu sur l’âme.Nous qui n’avons pas l’humilité de Marie, recourons vite à cette bonne Mère dans les moments difficiles où l’obéissance choque notre orgueil ; un seul regard sur le Cœur Immaculé, doux et humble comme celui de Jésus, accompagné POURQUOI MARIE FUT OBEISSANTE ?105 d’un appel suppliant, fera aussitôt taire la superbe et nous entendrons Marie nous dire : (( Parce que j’étais petite, moi, j’ai plu au Seigneur » ; et Marie allumera, ou attisera s’il y est déjà dans notre coeur, le désir de devenir petite comme elle afin que notre grand Dieu puisse accomplir parfaitement en nous toutes ses volontés.3°—Un autre motif de l’obéissance de Marie, c’est son amour pour Dieu.Marie est unique.Elle le sera éternellement.Créée par Dieu Immaculée en vue de l’Incarnation, Marie ne vit que pour lui, qu’en lui, et avec lui.Qui pourra jamais dire l’intimité de son commerce avec le Dieu de toute sainteté.Si chaque âme est impuissante à voir ou expliquer tout ce qui se passe en elle-même, à plus forte raison ne pouvons-nous sonder que timidement et très imparfaitement l’abîme de l’intérieur de Marie.Cependant les théologiens nous disent que l’ardeur de tous les Séraphins réunis n’approche pas la moindre flamme du Cœur très pur de Marie.Sa vie n’est qu’amour et amour pur.Cet amour, elle le traduit sans cesse à l’égard du Père et de toutes manières, mais tout particulièrement par l’obéissance.Celle-ci constitue la preuve suprême de l’amour, parce qu’elle comporte le sacrifice de soi ; amour et sacrifice sont inséparables.Jésus lui-même le dit : (( Si l’âme s’arrête dans le sacrifice, elle s’arrête aussi dans l’amour », (à Bénigna).Et nous savons par l’Evangile qu’il alla même jusqu’à proclamer à la face du peuple la priorité, de l’obéissance sur la maternité physique de Marie : ceci donne à réfléchir.Le véritable amour se révèle par le sacrifice, et il n’y a pas de sacrifice qui plaise davantage à Dieu que celui de notre moi personnel dans l’obéissance.Marie avait un
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