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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Août-Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1951-08, Collections de BAnQ.

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Vol.9, n.7 MONTRÉAL Août-Septembre 1951 SOMMAIRE DOCUMENT PONTIFICAL Pie XII Discours à l'Action Catholique d'Italie.193 SPIRITUALITÉ Bruno Hagspiel Jésus et le travail.198 COMMUNAUTÉ DE CHEZ NOUS G.Van den Broeck L'Ordre de Prémontré.209 MÉDITATION Sœur Jean-Baptiste Aime-moi, oublie-toi.213 HISTOIRE S.E.Mgr A.Vachon Notre-Dame du Canada.218 Le Premier du Québec Consécration à N.-D.de l'Assomption .219 COMMUNIQUÉS — CONSULTATIONS — COMPTES RENDUS ^198^UEST^U^ORCHESTE^^^ONTREAL^5 CANADA LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES publiée par les RR.PP.Franciscains du Canada paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août en fascicule de 32 pages.Abonnement : $ 2.00 par année Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général d'Ottawa.M.le Chanoine Cyrille LABRECQUE, directeur de la Semaine Religieuse de Québec.Secrétariat : 1980 ouest, rue Dorchester, Montréal 25, P.Q., Canada.Téléphone : Wllbank 7498, de 2h.à 5h.de l'après-midi tous les jours, excepté le samedi et les fêtes.Imprimeurs et expéditeurs : Les Frères des Ecoles Chrétiennes, 959, rue Côté, Montréal 1, P.Q., Canada.© Nihil obstat : Hadrianus-M.MALO, O.F.M.censor ad hoc Imprimatur : f PAUL-ÉMILE, Archevêque de Montréal.Marianopoli die 3a septembri 19 5 1 © Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes Ottawa IMPRIMÉ AU CANADA PRINTED Ut CANADA Lfl VIE D6S communflUTés ReuGieuses Vol.9, No 7 Montréal Août-Septembre 1951 DOCUMENT PONTIFICAL DISCOURS ft L’ACTIOn CflTHOLIQUC DÏTALI6 3 MAI 1951 Recevant, le jour de l'Ascension, plusieurs centaines de dirigeants de l'Action catholique italienne, le Saint-Père leur a donné un certain nombre de consignes, dont nos lecteurs prendront connaissance avec intérêt Les membres de l’Action catholique ne peuvent être qu’actifs Avant tout vous êtes (( Action catholique )).Ce mot (( action », à la fois précis et général, indique le caractère même de votre organisation et vous distingue des autres organisations catholiques.Non point que celles-ci n’exercent pas elles aussi une action, mais leur action tend généralement à un but particulier et déterminé, que l’on veut atteindre au moyen d’un travail organisé et permanent, soit qu’elles se livrent à leur activité dans l’ordre religieux et charitable, ou bien dans le domaine social, économique, soit dans d’autres secteurs de la culture.Aussi, généralement, ces Associations prennent-elles leur nom suivant la fin qu’elles se proposent.Vous, en revanche, vous vous appelez simplement (( Action catholique » parce que, ayant une fin générale et non point particulière ou spécifique, vous n’êtes pas un axe fixe autour duquel gravite le mécanisme d’une organisation quelconque, mais plutôt une sorte de lieu géométrique, où convergent et s’organisent les catholiques d’action.Il s’ensuit qu’il ne peut y avoir parmi vous, — comme il y en a légitimement et utilement dans d’autres associations, —¦ à côté des membres actifs au sens propre du mot, d’autres membres, pour ainsi dire « honoraires », qui se contentent d’ahdérer au but de l’association, renouvellent régulièrement leur inscription, payent leur cotisation, peut-être même reçoivent les publications périodiques et, parfois, prennent part aux réunions.En revanche, on ne pourrait concevoir un groupe d’Action catholique dans lequel se recruteraient des membres qui ne seraient pas pleinement actifs.Acquérir la carte d’adhérent, écouter des conférences ou des discours, s’abonner au journal, peut-être même sans le lire ensuite, cela peut-il suffire pour se dire véritable membre de l’Action catholique ?N’y aurait-il point de contradiction entre le nom et la chose ?Aurait-on le droit de don- I 194 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES ner le nom d’Action catholique à dhérents tiendrait lieu d’escorte et un petit noyau de membres actifs, de chœur dans les grandes mani-auquel une foule amorphe d’a- festations publiques ?L’Action catholique est la collaboratrice de la hiérarchie DANS l’apostolat L’Action catholique est, —• vous le savez bien, —¦ à un titre spécial, directement subordonnée à l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique, dont elle est la collaboratrice dans l’apostolat.Dans l’Action catholique italienne, la présidence générale, comme la présidence des divers groupes diocésains et paroissiaux reviennent aux laïcs, qui toutefois sont secondés et guidés par des assistants ecclésiastiques ; tandis que dans les Congrégations mariales, qui peuvent aussi se dire de plein droit d’Action catholique, le curé Ce qu’est l’apostolat Ces considérations sur l’organisation de l’Action catholique Nous incitent à ajouter quelques avertissements généraux, dictés également par certaines déviations qui se sont manifestées à notre époque.Tout d’abord un mot sur le concept de l’apostolat.Il ne con- L’Action catholique n’est pas Ce serait, en outre, une erreur de voir dans l’Action catholique —• comme certains l’ont affirmé récemment, — quelque chose d’essentiellement nouveau, un changement dans la structure de l’Eglise, un nouvel apostolat des laïcs qui se situerait à côté de celui du prêtre et ne lui serait pas subordonné.Il y a eu toujours dans l’Eglise une collaboration de est le président de droit (cf.Constit.Bis sceculari, 27 septembre 1948 —• Acta Ap.Sedis, vol.XL, pages 393 et suiv.).Mais afin que l’aumônerie de vos Associations féminines soit vraiment sainte et fructueuse, les prêtres, avec une fine et délicate réserve, laissent complètement aux dirigeantes et en tout cas aux soins et entre les mains de femmes pieuses et sages ce que celles-ci peuvent faire par elles-mêmes, parfois même mieux, limitant ainsi eux-mêmes leur activité au ministère sacerdotal.siste pas seulement à annoncer la Bonne Nouvelle, mais ensore à conduire les hommes aux sources du salut, toutefois dans le plein respect de leur liberté, à les convertir et à préparer les baptisés, par un effort assidu, à devenir de parfaits chrétiens.nouvelle laïcs à l’apostolat de la hiérarchie, dans la subordination à l’évêque et à ceux à qui l’évêque a confié le soin des âmes sous sa haute autorité.L’Action catholique entend seulement donner à cette collaboration une nouvelle forme et une organisation de circonstance pour son meilleur et plus efficace exercice. DISCOURS A L’ACTION CATHOLIQUE D’iTALIE 195 Elle n’est pas seulement paroissiale Bien que l’Action catholique soit, à l’origine, comme l’Eglise même, organisée dans le cadre des diocèses et des paroisses, ceci n’empêche point toutefois son développement au delà et au-dessus des limites restreintes de la paroisse.On doit plutôt reconnaître que, malgré toute l’importance des valeurs et des égergies fonda- mentales et irremplaçables de la paroisse, la complexité technique et spirituelle, toujours croissante, de la vie moderne, peut réclamer d’urgence une plus large extension de l’Action catholique.Mais, même alors, celle-ci n’en demeure pas moins un apostolat des laïcs soumis à l’évêque et à ses délégués.Elle a en elle-même un principe de guérison pour la société L’activité de l’Action catholique s’étend à tout le champ religieux et social, c’est-à-dire jusqu’où s’étendent la mission et l’œuvre de l’Eglise.Or, on sait bien que normalement l’accroissement et la vigueur de la vie religieuse supposent une mesure déterminée de saines conditions économiques et sociales.Qui ne sent point son cœur se serrer en voyant combien la misère économique et les maux sociaux rendent plus difficile la vie chrétienne conforme aux commandements de Dieu, et trop souvent exigent d’héroïques sacrifices ?Mais on ne, peut conclure de cela que l’Eglise doive commencer par L’Action catholique n’est pas L’organisation externe et bien disciplinée de l’Action catholique n’exclut pas, mais bien plutôt lavorise la perspicacité personnelle et l’esprit de prévoyance et d’initiative des individus, — chacun selon ses propres qualités et capacités, —• qui restent en contact permanent avec les membres d’Action catholique du même lieu, de la même profession, du même milieu.Chacun offre cor- mettre de côté sa mission religieuse et pourvoir avant tout à la guérison de la misère sociale.Si l’Église a toujours été au premier rang pour défendre et promouvoir la justice, elle, a dès le temps des apôtres, devant même les plus graves abus sociaux, accompli sa mission, et, par la sanctification des âmes et la conversion des sentiments intimes, elle a cherché à entreprendre également la guérison des maux et des défauts sociaux, persuadée que les forces religieuses et les principes chrétiens sont plus capables que tout autre moyen d’en obtenir l’amélioration.UNE FORCE INERTE dialement ses services, chaque fois que se manifeste la nécessité de quelque activité ou campagne catholique.Par son enthousiasme et son dévouement, chacun apporte une aide désintéressée aux autres unions et institutions qui peuvent souhaiter son concours pour réaliser plus sûrement et plus parfaitement leur propre objectif. 196 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Autrement dit, le véritable concept d’Action catholique ne serait pas concevable avec la mentalité d’associés qui se considéreraient comme les rouages inertes d’une gigantesque machine, incapables de se mouvoir par eux-mêmes tant que la force centrale ne les fait pas tourner.Il ne serait pas non plus admissible de voir les chefs de l’Action catholique sous la forme de manœuvres d’une centrale électrique devant le tableau de commande, attentifs Elle n’est pas une force de Nous n’avons pas besoin de vous apprendre que l’Action catholique n’est pas destinée à être une force dans le domaine de la politique de parti.Les citoyens catholiques, en tant que tels, peuvent fort bien s’unir dans une association d’activité politique ; c’est leur bon droit, tout autant comme chrétiens que comme citoyens.La présence dans les rangs de celle-ci et la participa- Elle n’absorbe pas les autres L’Action catholique n’a pas davantage par définition la mission d’être à la tête des autres Associations et d’exercer sur elles un rôle de patronage quasi officiel.Le fait qu’elle est placée sous la seulement à lancer ou à interrompre, à régler ou à diriger le courant dans le vaste réseau.Ils doivent surtout exercer une influence morale personnelle, qui sera la conséquence normale de l’estime et de la sympathie qu’ils sauront se concilier et qui donnera du crédit à leurs suggestions, à leurs conseils, à l’autorité de leur expérience, chaque fois qu’il s’agira de mettre en mouvement les forces catholiques prêtes à l’action.PARTI POLITIQUE tion de membres de l’Action catholique, — dans le sens et dans les limites sus-indiquées, — sont légitimes et peuvent aussi être tout à fait souhaitables.En revanche, il ne pourrait être toléré, même en vertu de l’article 43 du Concordat entre le Saint-Siège et l’Italie, que l’Action catholique italienne devînt une organisation de parti politique C Associations direction immédiate de la hiérarchie ecclésiastique ne comporte pas en soi une telle conséquence.En effet, c’est la propre fin de chaque organisation qui détermine son mode de direction.Et il 1.Cet article stipule : « L’Etat italien reconnaît les organisations dépendantes de l’Action catholique italienne, en tant que celles-ci, comme le Saint-Siège l’a décidé, développent leur activité en dehors de tout parti politique et sous la dépendance immédiate de la hiérarchie de l’Église, pour la diffusion et l’application des principes catholiques ».Le Saint-Siège prend occasion de la stipulation du présent Concordat pour renouveler à tous les ecclésiastiques et religieux d’Italie la défense de s’inscrire et de militer dans quelque parti politique que ce soit. DISCOURS A L’ACTION CATHOLIQUE ü’iTALIE 197 peut fort bien arriver que cette fin ne réclame ni ne rende même opportune cette direction immédiate.Mais ce n’est pas pour cela que ces organisations cessent d’être catholiques et unies à la hiérarchie.Comparée à celles-ci, la signification spécifique de l’Action catholique consiste, comme Nous Elle unit tous les cœurs dans Il résulte de cela une conséquence, qui est en même temps un paternel avertissement, non pour l’Action catholique d’un pays déterminé, mais pour l’Action catholique de tous les pays et de tous les temps.C’est que son organisation devra s’adapter dans les diverses régions aux circonstances particulières du lieu ; mais tous ses membres doivent êcre semblables sur un point : sentire cum Ecclesia, dans Je dévouement à la cause de l’Eglise, dans l’obéissance envers ceux que le Cité du Vatican l’avons dit, dans le fait qu’elle est comme le point de rencontre de ces catholiques d’action toujours prêts à collaborer avec l’apostolat de l’Eglise, apostolat hiérarchique par l’institution divine, et trouvant chez les baptisés et les confirmés ses coopérateurs, qui lui sont surnaturellement unis.LE SERVICE DE l’ÉgLISE Saint-Esprit a établis évêques pour gouverner l’Eglise de Dieu, dans la soumission filiale envers le Pasteur suprême, à la sollicitude duquel le Christ a confié son Eglise.Et comment pourrait-il en être autrement, alors que vous, les membres de l’Action catholique, vous formez, pour ainsi dire, une seule chose avec l’évêque et avec le Pape ?Avec ce souhait, Nous vous donnons de tout cœur, chers fils et filles, Notre Bénédiction apostolique.)) Pie XII EXEMPTION DES ORDRES RELIGIEUX L’exemption dont jouissent les Ordres religieux ne s’oppose nullement aux principes essentiels de la constitution divine de l’Eglise, ni ne contredit en rien la loi qui soumet le prêtre à l’Evêque.Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 LE PAPE, SUPÉRIEUR SUPREME DES RELIGIEUX On a peut-être trop peu remarqué, dans les discussions des dernières décades au sujet de l’exemption, que les religieux exempts, même en vertu du texte du Droit Canonique, sont soumis en tout temps et en tout lieu à l’autorité du Pontife Romain comme à leur supérieur suprême, à qui ils sont tenus d’obéir même en raison du vœu d’obéissance, canon 499 § 1.Or le Souverain Pontife a juridiction ordinaire et immédiate sur toute l’Église, et aussi bien sur chaque diocèse et sur chaque fidèle.Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 SPIRITUALITE J6SUS €T L€ TRAVAIL En m’adressant à des religieuses, j’ai toujours aimé à appuyer sur la culture de l’esprit de prière, comme le centre de la vie.C’est l’essentiel moyen d’union à Dieu et par suite, la force motrice de toute activité.C’est souvent le devoir le plus fréquemment négligé et il y a toujours danger que nos exercices spirituels souffrent quand il y a beaucoup à faire.La plupart d’entre nous aiment le travail, sous une forme ou sous une autre ; de fait, plusieurs, actuellement, tombent en amour avec leur travail.Mais la prière évidemment, doit avoir la préséance.C’est la source d’où vient le travail le mieux accompli, le moteur qui fait tourner les roues, aussi bien que la panacée qui nous empêche d’être écrasés par les fatigues du jour.Le motto Ora et labora juxtapose les deux activités à leur propre rang pour le temps et l’importance.C’est le cri de guerre de tout chrétien, mais d’abord de tout religieux : la prière d’abord, ensuite le travail.Au sujet du travail, il y aurait beaucoup à dire.En premier lieu dans les travaux quotidiens d’un couvent, il y a une différence radicale entre religieux et religieux.Certains individus, il faut l’admettre, gagneraient à peine leur pain s’ils étaient dans le monde.U sont cependant les exceptions, Dieu Merci ! Il faut compter beaucoup avec les propres dispositions qui sont largement le facteur déterminant de l’évaluation de votre actif et de votre passif.Dans la première catégorie, nous ne pouvons, en aucune façon inclure tous ceux qui sont inactifs.Souvent ceux que des circonstances forcent à l’inaction ne sont pas moins des travailleurs.Les malades et les incapables qui portent leurs souffrances avec patience, résignation et par dessus tout avec amour, sont de tous, les meilleurs ouvriers et constituent les plus précieux actifs d’une communauté.Us sont aux premiers rangs des compagnons de Notre-Seigneur.Le Père Tabb exprime la dignité de leur position dans le poème intitulé Impuissance : Dans la patience comme dans le travail, tu dois être un de mes compagnons, De moi qui, quand j'ai le plus fait pour toi, ai eu les mains et les pieds cloués à la croix.Le travail dans la vie de Jésus Notre-Seigneur est encore notre modèle, non seulement dans la prière, mais aussi dans le travail.Le récit de l’évangile ne nous donne JÉSUS ET LE TRAVAIL 199 pas les détails du travail de Notre-Seigneur, durant les trente années de sa vie cachée, mais il donne des indications et elles sont suffisantes pour nous en donner une image claire et convaincante.Notre-Seigneur appartenait à la classe des pauvres, et autant qu’eux, il accomplissait ce que font les serviteurs dans les maisons des riches.Il aidait à sa Mère dans la tenue de la maison et nous pouvons facilement nous l’imaginer balayant le plancher, charroyant de l’eau, préparant les légumes, allant aux commissions, faisant tous les petits travaux avec lesquels nous aussi sommes familiers.Quand il fut assez grand, il aidait saint Josrph dans sa boutique de charpentier.On croit que cette boutique était le type si fréquent dans le Proche Orient, où les objets brisés sont réparés, —• une sorte d’atelier de réparage.Quoi qu’il en fût, le travail était ordinaire et il était dut.Il durcissait les mains et, à la fin du jour, le corps était fatigué.Un tel travail, bien que n’étant pas intrinsèquement de valeur surnaturelle peut le devenir, quand il est exécuté avec amour, pour l’honneur et la gloire de Dieu.De cette façon, Notre-Seigneur a sanctifié son travail et en cela, comme en toutes choses, Il est notre modèle.C’est une grave erreur pour ceux qui entrent dans un ordre contemplatif, de croire qu’ils ne feront rien d’autre que prier et méditer.Ils seraient comme le frère convers qui, quand on lui dit de balayer le plancher, refusa, disant qu’il était venu pour sauver son âme.Le travail, pour mériter ce nom, doit être fait avec ardeur et en acquittement d’un devoir.S’adonner à un simple passe-temps ne peut être considéré comme un travail, et c’est parfois juste un peu plus qu’une paresse déguisée.Nous ne pouvons donc imaginer Notre-Seigneur se livrant à cette sorte d’activité.Il travaillait avec ardeur dans la boutique de son père nourricier, conscient de son devoir, à l’exemple de ses parents à qui il s’était soumis.Il ne choisissait pas entre les travaux difficiles et les tâches plus légères, entre l’agréable et le désagréable.Le travail qui lui était donné à faire représentait la volonté de Dieu et qu’il fût monotone ou non, Jésus l’accomplissait jour après jour, excepté le sabbat et quand il se rendait à Jérusalem pour les fêtes.Parmi la population de Nazareth, il était connu seulement comme le fils du charpentier (Mt 13,55) ou simplement le charpentier (Mc 6,3).De plus, les labeurs physiques du Christ n’étaient pas exécutés comme un sport.Il tenait à gagner sa subsistance tout comme les humbles travailleurs du monde.Ce qu’il faisait ne requérait pas de 200 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES talent spécial et cependant, fait avec une si sublime intention, c’était un travail pour le ciel, qui consacrait tous les travaux domestiques accomplis dans le même esprit qu’avait alors le Sauveur.Enfin, nous trouvons une saisissante réalité dans le fait que Notre -Seigneur a consacré dix fois plus de temps à ce dur travail physique qu’à l’œuvre sacerdotale et missionnaire des trois dernières années de sa vie.D’après cet exemple, la vocation d’un frère convers ou d’une sœur converse en est une très haute.Si elle est remplie avec esprit de foi et humilité, elle porte l’empreinte des mains fatiguées du Rédempteur du monde.Les évangiles donnent un récit plus détaillé du travail incessant et intrépide de Notre-Seigneur, durant les trois années de son ministère public.Il allait de place en place, montait et descendait les routes raboteuses de Judée et de Galilée, prêchant au peuple, guérissant les malades, répondant à chaque demande qui lui était adressée, et le jour et la nuit.Puis, avant de commencer le travail, comme après l’avoir terminé, des endroits solitaires sa prière s’élevait durant de longues heures, vers son Père céleste.Dans un des évangiles (Mc 1,32), nous trouvons une scène à Capharnaüm qui est révélatrice.Après une journée de travail épuisant, Notre-Seigneur se vit entouré par tous les malades des environs.Il ne les renvoya pas et ne donna aucun signe d’empressement.Il aurait pu lever ses mains en geste de bénédiction sur les gens ainsi rassemblées et les guérir tous.Au lieu de cela, il vint à chacun ; chaque malade individuellement sentit sur sa tête les mains guérissantes de Jésus, vit la compassion pour son propre genre de maladie dans les yeux divins, pendant que la vie et la santé revenaient dans son corps affaibli.Saint Luc (4,40) avec son talent d’artiste nous fait voir le tableau : Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient chez eux des malades, quel que fût leur mal, les lui amenaient ; et Jésus, imposant les mains à chacun d'eux, les guérissait.Un autre soir, après une journée épuisante, un groupe de mères empressées amenèrent leurs enfants, afin que Notre-Seigneur les bénît.Les Apôtres virent cela et murmurèrent.Us savaient bien que le Maître ne s’épargnait en rien et qu’il faisait toutes choses avec le plus grand soin et exactitude.Eux-mêmes qui peut-être n’étaient pas très impressionnables à ce sujet, remarquèrent son extrême épuisement.Eux aussi étaient fatigués et ils critiquaient les mères insistantes, tout en cherchant à les renvoyer.Il est très probable JÉSUS ET LE TRAVAIL 201 qu ils murmurèrent entre eux : Voyez donc ces femmes avec leurs petits, venir si tard un pareil jour.Nous serons bien encore une heure ici avant quelles laissent la paix au Maître! Mais Jésus leur dit : Laissez ces petits enfants et ne les empechez pas de venir à moi, car Le royaume des deux est pour ceux qui leur ressemblent (Mt 19,14).Et Notre-Seigneur prit chaque enfant un a un, le caressa, le bénit et ainsi rendit sa mère heureuse.Les Apôtres continuèrent à être sans repos.La journée avait été longue et remplie d activité, mais Notre-Seigneur n’avait pas encore fini.Epuise comme il 1 était, il ne prit pas garde à l’heure tardive et, sous 1 aspect de ce que les Italiens appellent un fervorino, il donna aux Apôtres une impérissable leçon, leur disant qu’à moins de devenir comme un petit enfant, on ne peut entrer dans le royaume des cieux.Il prit le temps, comme dernier travail de la journée, d’ouvrir leurs yeux a la dignité de 1 enfance et de sa place dans l’économie du salut.Bien que l’heure fût si avancée, il leur prouva une essentielle condition de salut : la foi et la simplicité d’un enfant.Nulle part, nous ne lisons que Notre-Seigneur s’accorda de longues périodes de repos.Dans une occasion, son cœur était accablé à la nouvelle de la décapitation de son précurseur, saint Jean-Baptiste.Les Apôtres revinernt en ce même temps de la première mission dans laquelle il les avait envoyés et il leur dit : Venez à l'écart, dans un lieu solitaire et reposez-vous un peu (Mc 6,29 et suiv.).Les gens se pressaient autour de Notre-Seigneur quand, avec ses Apôtres, il monta dans une barque pour aller à un endroit tranquille.Mais ils ne trouvèrent ni repos ni solitude.Cela ne bouleversait pas Notre-Seigneur de voir encore les foules le suivre et son repos dérangé.Il en eut compassion et ce devint l’occasion pour lui de nourrir la multitude avec les pains et les poissons, à l’endroit même où avec ses Apôtres il avait cherché le calme, de l’autre côté du lac, près de Bethsaïde et à proximité du lieu où le Jourdain rejoint la mer (Le 9,10).Il avait oublié complètement le repos.Il passa la journée entière avec le peuple et la termina par un miracle.Le travail de Notre-Seigneur ne fut jamais une sorte d’activité mouvementée que plusieurs d’entre nous sommes inclinés à substituer au veritable travail.Trop d’entre nous ne sont guère que des gens affairés qui font du bruit, de la fumée et donnent l’impression qu’ils n’ont jamais de repos.De telles personnes, dirait-on, doivent toujours faire quelque chose, même quand l’activité est insignifiante ou tout 202 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES au plus, de bien petite valeur.Ceci n’est pas un vrai travail ; de fait, c’est une sorte de paresse qui, avec des gestes vides, cache l’absence de vrais résultats.L’exemple de Notre-Seigneur nous montre la différence entre une telle activité et le travail véritable.Son travail était toujours l’accomplissement d’un devoir.Par suite, il demandait une pleine mesure d’effort et de concentration et il était épuisant.Notre-Seigneur a fréquemment souffert cette fatigue, jusque là qu’il n’avait pas une place où reposer sa tête, comme lui-même l’atteste.Il était moins bien partagé que le renard dans sa tanière et l’oiseau dans son nid.Un jour, écrasé de fatigue et oppressé par la chaleur du soleil, le Christ s’assit au puits de Jacob (Jn 4,6) .L’évangéliste emploie l’expression révélatrice : Sedebut sic supva foYitewi.Le mot sic tel que placé dans le contexte n’est pas facile à traduire.Il signifie : Il s’assit sans façon, au premier endroit où il le put, sans choix de place.Autrement dit : Il s’assit comme ferait un homme qui pourrait à peine faire un pas de plus, quelqu un qui s asseoit ou il peut, pour piendre quelques moments de repos.Les disciples allèrent à la ville voisine pour acheter des vivres, mais Jésus ne fut pas longtemps seul.La Samaritaine s’approcha pour puiser de l’eau et le Maître, surmontant sa fatigue pour n’écouter que son zèle s’empressa de satisfaire les besoins de cette âme que sa miséricorde avait attirée.De nouveau, dans la barque, sur le lac de Génézareth (Mt 8.24), Notre-Seigneur s’endort tombant de lassitude.Il était si fatigué et épuisé que même le bruit du vent et des vagues en furie ne parvenait pas à l’éveiller.Mais quand les cris d’effroi des Apôtres frappèrent ses oreilles, il se leva à l’instant et, par la vertu de sa puissance divine toujours en éveil, il commanda à la mer qui aussitôt se calma.Nous voyons en toutes circonstances, que le Christ ne comptait pas avec la fatigue, dans son œuvre.Rien ne l’empêchait de s’y livrer : ni l’inclémence de la température, ni une saison défavorable, ni l’austérité de sa vie avec ses jeûnes et ses longues nuits sans sommeil, occupées à la prière, ni les chemins rocailleux de la Palestine.Soit durant les trente années de sa vie cachée, soit dans les trois années de sa vie publique, son attitude à l’égard du travail fut la même.La vie publique peut avoir été plus élevée, plus sublime, mais elle a été un fardeau plus lourd pour l’esprit, et les exigences divines épuisaient avec plus d’instances et d’ardeur les ressources de l’humaine nature du Christ.Notre-Seigneur ne s’est jamais séparé de sa croix du TESUS ET LE TRAVAIL 203 travail.Si nous voulons le suivre, nous devons aussi être les compagnons inséparables de la croix, et en premier lieu, des croix de notre vie quotidienne.Le Christ demande des ouvriers pour sa vigne et il n’y a pas de place pour les dillettanti.Aussi, il choisit ses Apôtres non parmi les riches désoeuvrés, les hommes de vie facile, mais parmi les classes des travailleurs, les hommes qui savent se servir de leurs mains ; et quand ces hommes se sont entraînés dans les plus sublimes travaux du ministère spirituel du Christ, leur puissance d’action repose avec la plus grande sécurité sur les humbles fondements de la vie de travailleurs.Le Christ lui-même compare le travail des apôtres à celui du pêcheur (Mc 1,17), et du laboureur (Le 9,62).L’apôtre est le semeur de semence, le travailleur de la terre.C’est sous ces humbles symboles que nous comprenons le mieux sa mission.C’est seulement par un incessant travail que le règne de Dieu s’étendra sur la terre.Et combien il reste à faire encore ! Ici nous avons une part et le Christ attend de nos mains l’achèvement de son œuvre dans le monde.C’est pourquoi tous ceux qui sont animés de l’esprit de Jésus appuient tant sur le travail.Joint à la prière, il peut acheter l’entrée du ciel.Un nègre spirituel, nous chante, dans son langage primitif, que nous ne pouvons aller au ciel sur des patins à roulettes.Nous ne pouvons davantage rêver en plein jour, sur le chemin qui nous conduit à 1a.terre du repos éternel.C’est le travail qui nous empêchera de dissiper le don inappréciable du temps que Dieu nous offre.Nous pourrions prendre une comparaison moderne et dire qu’il n’y a pas d’ascenseur pour nous élever à la vision de Dieu sans voile.Notre-Seigneur a passé par la voie étroite.Il a parcouru à pieds les routes les plus raboteuses de la Palestine, et le dimanche des Rameaux, la seule occasion où il a été porté, ce fut sur une bête de somme.Nécessite du travail Maintenant, nous pourrions nous demander, pourquoi Notre-Seigneur travaillait avec tant d’ardeur ?La réponse n’est pas longue à trouver.Par son exemple, il voulait nous faire comprendre la nécessité du travail et nous encourager à l’accomplir.Dieu nous a donné l’être, aussi bien que le temps, puis les forces de l’âme et du corps, afin que nous nous servions de tous ces dons pour son honneur, pour notre propre avantage et pour celui de notre prochain.Sans le travail, tout devient inculte et s’en va à la ruine ; il en est ainsi de 204 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES l’homme et de tout ce qui est en lui.Si ne rien faire est un idéal, c’est celui de la pierre ou de la poutre.D’un autre côté, le travail rapproche de Dieu et fait ressembler davantage à l’exemplaire de l’activité la plus ardente et la plus étendue (Jn 5,17).Dieu a demandé cette ressemblance avec lui, même dans le paradis terrestre (Gn 2,15).Le travail qu’il demandait alors à l’homme ne comportait rien de pénible, mais il était néanmoins une pressante et obligatoire occupation.Et après la chute, (Gn.3.19) la loi du travail fut rigoureusement imposée à l’homme : A la sueur de ton front tu gagneras ton pain, ce qui signifie par l’effort et un travail ardu.Celui qui ne travaille pas, par conséquent, est coupable, parce qu’il ne fait rien.Celui qui gaspille le temps et qui n’utilise ni les forces ni les talents qui lui sont donnés, est un serviteur ingrat et inutile ; il est coupable de péché.De plus, nous devons faire pénitence, en cette vie terrestre ; autrement, pas de rédemption du péché ni de progrès en vertu.Pour la plupart d’entre nous, le travail qui tient à nos devoirs quotidiens est une excellente pénitence.Premièrement, c’est la plus sainte et la plus vénérable pénitence, parce qu’elle nous est imposée par Dieu lui-même.Secondement, c’est une pénitence très pratique pour tous.Comme nous savons, il y a diverses sortes de pénitences recommandées par la Sainte Écriture et reconnues par l’Église ; ce sont principalement la prière, le jeûne et l’aumône.La travail a un certain avantage sur toutes ces pénitences.Nous ne pouvons être constamment à genoux pour prier, ni même un temps aussi long que celui que nous pouvons passer à travailler.L’aumône n’est possible que par le travail.Le jeûne n’est guère une pénitence pour qui ne travaille pas.Quiconque, par exemple, se lève à 10 heures du matin et prend un bon repas à midi ne fait pas une bien dure pénitence.Troisièmement, le travail est encore salutaire parce qu’il est le meilleur moyen de combattre la tentation et nos diverses inclinations au mal.Celui qui s’occupe sérieusement ne laisse pas de place pour les pensées coupables.Pour cette raison, les Pères de l’Église ont dit que l’homme oisif combat cent démons pendant que celui qui travaille combat contre un seul : le démon de la paresse.On ne peut calculer tout le bien qui nous vient par le travail, ni quelle serait la terrible condition de l’homme, si Dieu lui avait permis de subvenir à ses besoins sans effort ou sans travail.Le travail est nécessaire également au progrès dans la vie spirituelle.On trouverait difficilement un moyen plus efficace de gagner JÉSUS ET LE TRAVAIL 205 des mérites, parce que le travail est expressément selon la volonté et le commandement de Dieu, et aussi par le fait qu’il nous occupe du matin au soir.Dans la vie spirituelle, il est précieux au delà de toute appréciation.Notre récompense au ciel dépendra de la somme de travail que nous aurons accompli pour Dieu, avec une bonne intention.De là vient que dans tous les grands ordres religieux le travail a une place d’honneur, que ce soit la culture du sol, l’exercice des arts ou métiers, la recherche de la science ou les labeurs apostoliques.Pour ceux dont la vocation est la vie missionnaire, ils ont encore plus raison de prendre cette attitude à l’égard du travail.Ils sont les serviteurs de Dieu, loués spécialement pour travailler dans sa vigne.C’est pour cela que les catholiques pourvoient à notre entretien, nous habillent et nous délivrent de la nécessité d’autre travail et d’autres soins.Ceux qui contribuent à notre subsistance font cela dans l’intention de nous permettre de travailler plus uniquement au salut des âmes.Si nous manquons à ce devoir, nous sommes des voleurs, nous dérobons les aumônes du pauvre, et une lourde responsabilité pèse sur nous.Un ouvrier salarié ose-t-il se laisser aller au sommeil selon sa fantaisie ?ou un berger négliger de veiller sur son troupeau ?ou un instituteur se permettre de s’absenter de ses classes ?Si un engagé se voit confier le soin de deux chevaux et qu’il en laisse un se faire mal, son maître ne gardera pas le silence à ce sujet, mais il tiendra cet homme responsable de son manque de soin, demandera une compensation ou retiendra ses gages.Notre Père céleste ne vous a pas confié seulement deux animaux, mais il vous a confié ses chers enfants, les œuvres les plus nobles de sa création, les précieuses conquêtes de la Rédemption.Oserez-vous les laisser périr misérablement ?C’est à vous qu’il en demandera compte.La parabole du serviteur inutile (Mt 25, 24 et suiv.) montre clairement les exigences de Notre-Seigneur à cet égard.Le serviteur est condamné au supplice éternel, non pour avoir commis un crime notoire, non pour avoir vécu dans le vice, mais pour avoir cherché désordonnément son propre bien être, pour avoir trop aimé le sommeil, pour avoir gaspillé son temps et ses forces, pour avoir été négligent dans l’emploi du talent que son maître lui avait remis.Notre-Seigneur s’exprime de façon semblable, dans la parabole du figuier stérile (Le 13, 6 et suiv.) : Coupez-le donc, pourquoi occupe-t-il inutilement la terre?Combien plusieurs des vôtres accomplissent-ils beaucoup plus que vous, et pourtant dans des conditions plus difficiles ! 206 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Chacun prend un soin extrême des objets précieux qu’il possède.Mais le temps ! Ce trésor qui, une fois perdu ne peut jamais se retrouver, est souvent employé avec négligence même dans la vie religieuse.Saint Bernard dit (De contemptu mundi ad clericos II, 55) : Nihil pretiosius tempore, sed heu nihil hodie vilius estimatur, ce qui signifie : Rien ri est plus précieux que le temps, mais hélas ! rien ri est moins estimé de nos jours.Autrefois, vous ne l’auriez pas soupçonné, mais maintenant que vous avez vécu si longtemps dans l’état religieux, vous savez qu’il y a là pour vous un des plus grands dangers.Comme les gens du monde sont infatigables dans les travaux de leurs diverses vocations ! Quelle énergie ils dépensent, avec quel courage ils luttent pour leur subsistance, ou travaillent à se préparer une carrière ! Qu’elles sont épouvantables les manœuvres de l’enfer ! Bannières flottantes, Lucifer parcourt la terre avec empressement ; ses aides et les coopérateurs de ses aides se chiffrent par millions, et pratiquement tout l’univers marche sur ses traces.La bataille se livre.Qui est le chef : Dieu ou Satan ?Hélas ! combien plus prospère serait la cause de Dieu, s’il n’y avait pas tant d’endormis parmi ses amis et serviteurs dans l’état religieux ! Nous ne sommes pas poussés par les motifs qu’a le monde.Nous avons notre pain quotidien, nous n’avons pas à nous préparer une carrière dans le sens que le monde donne à ces expressions.Malheur à nous si le bon sens et la foi ne suffisent pas à nous exciter à un travail infatigable qui demande la dépense de soi-même ! Malheur à nous les soldats du Christ, l’avant-garde, si nous croupissons spirituellement et menons une vie aisée et inutile ! Peut-être êtes-vous rendus au milieu de la vie ou l’avez-vous déjà dépassé ?La roue du temps ne tournera pas en arrière et des torrents de larmes ne vous ramèneront pas le temps perdu.Pas un quart d’heure de grâce ne nous sera accordé quand nous rendrons compte de notre emploi du temps.Imitation de Jésus dans son travail Vers quelle considération devons-nous diriger spécialement notre attention pour imiter Notre-Seigneur dans son travail ?C’est nécessairement une question fondamentale, si nous voulons traiter cet important sujet d’une façon pratique.Le premier point indispensable est de maintenir un ordre rigoureux dans notre manière d’employer chacun des moments libres de la journée.Par cet arrangement, nous trouverons d’abord du temps pour nos exercices spirituels JÉSUS ET LE TRAVAIL 207 tel que l’Office divin, le rosaire, les visites au S.Sacrement, etc.Ce sont là les actes fondamentaux de la journée, pour qui est dans l’état religieux, et ils ne doivent jamais être omis à cause du plus ou moins d’inclination.Le Ora de notre motto doit venir en premier et être accompli intégralement ; ensuite le Labora, selon les devoirs de notre vocation respective.La récréation est aussi commandée, mais elle ne doit pas empiéter sur les autres occupations, ni tenir la plus grande place dans l’horaire.Chacun, dans votre communauté, doit savoir qu’il peut toujours trouver en vous un ami, un compagnon acco-modant, toujours prêt à rendre un service ; toutefois, personne ne devrait pouvoir reconnaître en vous une sorte de Maîtresse de plaisir, autrement dit, un chef d’amusement qui ne s’intéresse à aucune sérieuse occupation.Secondement, vous devez regarder la tâche qui vous est assignée comme le minimum de ce que vous devez faire.Si ce minimum est tel qu’il vous semble un maximum et que vous deviez économiser dans l’emploi des moments de surplus pour être au niveau de votre tâche, et si même vous n’avez qu’une heure dont l’emploi soit libre, ne considérez pas cela comme une malchance, mais plutôt comme une grâce.Notre-Seigneur est là qui vous presse, vous tient en haleine, et vous avez la garantie que votre temps est employé non seulement bien, mais de la meilleure manière possible.Votre reddition de comptes, au jour du jugement, sera facile et agréable, et il y aura une abondante récompense pour les serviteurs fidèles.Vous expérimenterez alors toute la portée des paroles : Bienheureuses tes mains, bienheureux les pieds, bienheureuses les têtes qui se sont fatigués au service de Dieu, de son Église et des âmes des hommes ! Troisièmement, il est essentiel de nous rappeler toujours que s’il reste du temps après l’acquittement de vos devoirs, vous n’avez pas le droit d’en disposer de façon arbitraire, comme s’il était votre bien propre.La moindre parcelle du temps de surplus doit être employée pour la plus grande gloire de Dieu.La parabole des talents illustre ceci bien clairement.Par conséquent, vous devez vous trouver quelque chose d’utile à faire, et de préféremce, quelque chose en harmonie avec vos devoirs habituels et qui entre dans le cadre de votre vie régulière quotidienne : que ce soit un travail manuel, un métier utile ou quelque genre d’étude.C’est ce que S.François de Sales a appelé le huitième sacrement.A moins de recevoir ce soit-disant sacrement de façon fréquente et régulière, on subit un inévitable dommage spi- 208 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES rituel.Vous ne trouverez pas de mise en garde dans la lecture de tous les journaux possibles, des colonnes sportives et des avertissements.A chaque instant, le temps nous est donné et nous avons à l’employer consciencieusement.Les annonces disent : le temps est de l'argent.Mieux vaut dire : le temps est l'éternité.Un moment a assez de puissance pour changer notre éternelle destinée.Chaque moment, si nous 1 employons bien, peut être d’une valeur incalculable pour l’éternité.C’est avec le temps que nous achetons l’éternité.Travaillez donc bien pendant que vous en avez le temps et la force, et ditez-vous à vous-mêmes chaque jour, à çhaque heure, si c’est nécessaire, les mots du Maître : Je dois travailler .pendant qu'ilfait jour.La nuit vient durant laquelle nul ne peut rien faire.(Jn 9,4).Granby Bruno Hagspiel, S.V.D.ORDRE VOULU PAR LE CHRIST Il est manifeste que la loi divine fondamentale qui soumet clercs et laïques au gouvernement de 1 Eveque a ete abondamment obéie, même au sujet des religieux exempts, et que le cierge de 1 une et l’autre milice sacerdotale est également conforme à l’ordre que le Christ a voulu.Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 SACERDOCE ET PRATIQUE DES CONSEILS EVANGELIQUES Il est contraire a la vérité d’affirmer que l’état clérical, en tant que tel et selon qu il procédé du droit divin, réclame de ses membres, en vertu de sa nature ou du moins en raison d un certain postulat de cette nature, l’observation des conseils évangéliques et qu’il doive en conséquence ou puisse s’appeler un état de perfection évangélique, c’est-à-dire destiné à l’acquérir.Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 PRINCIPALE RAISON QUI MOTIVE L’ENTREE EN RELIGION Comme le choix du sacerdoce, la decision d’entrer dans l’état religieux et la ferme constance a y rester fidele, demandent un grand ideal et l’ardente volonté de se dévouer.L’histoire de l’Église, qui rapporte les oeuvres éclatantes des saints canonisés et des instituts religieux, qui raconte les exploits de leur apostolat et relate leurs doctrines ascétiques, démontré a 1 evidence, tout comme 1 experience quotidienne, le courage intrépide et magnanime dont ont fait preuve hommes et femmes dans l’état religieux non moins que dans le siècle.Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 COMMUNAUTÉ DE CHEZ NOUS L’ORDRe D6 PRémonTRé Un Ordre de chanoines réguliers ' Le 27 septembre 1949 dix religieux de l’Ordre de Prémontré débarquèrent à Montréal pour fonder leur premier monastère en terre canadienne.L’aimable autorisation de S.E.Mgr.Anastase Forget, premier évêque de Saint-Jean-de-Québec permit à ces religieux de s’installer à la paroisse de Saint-Bernard-de-Lacolle (Cté St-Jean.P.Q.) pour construire dans cette région, limitrophe aux Etats-Unis, une forteresse de prière et d’apostolat.Par le fait que nous disons Ordre de Prémontré, nous signifions en même temps un institut religieux à vœux solennels ; en disant qu’ils sont chanoines réguliers nous indiquons : culte liturgique solennel et apostolat, adapté au genre de vie monastique.Un mot d'histoire Lorsqu’il se décida vers l’année 1120 à renoncer à la prédication itinérante à laquelle il s’était voué corps et âme depuis sa conversion, saint Norbert, fils du comte de Gennep (Rhénanie-Allemagne), jadis chanoine de la collégiale de Xanten et chapelain de l’empereur Henri V, vint se fixer en France, dans un vallon solitaire de la forêt de Coucy, communément appelé Prémontré (situé actuellement dans le diocèse de Soissons).En y fondant une nouvelle maison religieuse, le saint pourrait réaliser un désir cher à son cœur : former une élite de clercs qui, par un séjour prolongé dans un centre de prière, par le détachement du monde et la pratique d’austérités rigoureuses, par le travail manuel et le défrichement de la terre, seraient préparés efficacement à la charge apostolique de la prédication et du ministère paroissial.Le 25 décembre de l’année 1121, lui-même et ses compagnons s’engagèrent solennellement à se conformer aux prescriptions de la règle de saint Augustin.L’Ordre, approuvé par le pape Honorius II en 1125 et ensuite confirmé par plusieurs souverains pontifes, se développa sous les auspices du saint-Esprit.Trop longue serait l’esquisse d’une histoire huit fois séculaire, qui suivit nécessairement toutes les péripéties de l’histoire générale de l’Eglise.Si au berceau de l’Ordre on signale plusieurs centaines d’abbayes, pour le moment il est répandu en Belgique, Hollande, France, Angleterre, Irlande, Danemark, Allemagne, Italie, Tchécoslovaquie, Autriche, Hongrie, Etats-Unis et Brésil.L’Ordre possède des missions florissantes au 210 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Congo belge et aux Indes ; il énumère vingt cinq abbayes indépendantes comprenant environ deux mille religieux, y compris les Frères convers, qui facilitent la vie sacerdotale de leurs confrères en les aidant de leur travail manuel.L’institut canonial de Prémontré possède aussi son second Ordre, rigoureusement cloîtré.Ces cendres de contemplation et de mortification existent en Hollande, Espagne, Belgique, Pologne et Brésil.Même un Tiers-Ordre antérieur à celui de saint François connut son origine du vivant de saint Norbert, et il est actif dans les régions où surgissent les abbayes de Prémontré.L’Ordre canonial L’Ordre a un gouvernement monacal, c’est-à-dire qu’il est constitué en des maisons indépendentes, appelées : Abbayes.A la tête de l’abbaye se trouve l’abbé mitré, élu à vie par ses propres religieux ; il gouverne sa maison d’un pouvoir complet et presqu’exclusif.Même le conseil qui l’entoure et imposé par le droit canonique est constitué par des religieux en charge : le prieur, le sousprieur, le circateur, le proviseur, lecellérier et un délégué de la communauté, tous librement nommés par l’abbé ; ils peuvent être démis de leur charge quand bon lui semble, sauf le délégué de la communauté élu pour le terme de six ans1.Néanmoins une indépendance trop radicale pourrait mettre l’uniformité de l’Ordre en danger ; c’est pourquoi les abbés se réunissent tous les six ans en chapitre général pour discuter la situation de l’Ordre et pour décréter les observances nécessaires.Le président de cette assemblée est l’Abbé général, qui y préside comme un (( primus inter pares ».L’abbé général est élu à vie par les autres abbés ; il aura soin de promouvoir le bien de l’Ordre en général, mais ses pouvoirs sont très limités ; il n’a aucune juridiction directe ni sur les abbayes, ni sur les religieux.Seulement quand le bien de l’Ordre l’exige, par exemple pour constituer un Procureur général, un Postu-lateur général, etc.il a la main libre.Au besoin l’Abbé général peut faire appel aux Abbés Définiteurs de l’Ordre qui forment son conseil.1 Si le monastère est trop jeune comme celui de Saint-Bernard-de-Lacolle, il sera érigé en « prieuré » jusqu’à ce que la communauté ait prouvé sa viabilité. l’ordre de prémontré 211 La Stabilité L’Ordre de Prémontré est donc constitué par des maisons indépendantes selon une forme monacale.Le candidat qui demande son admission doit savoir qu’il entre dans le monastère qu’il choisit librement, mais pour toute sa vie.C’est là qu’il fera son noviciat et ses études théologiques, là il montera à l’autel, c’est au service de cette maison qu’il consacrera son temps et ses capacités intellectuelles et physiques, c’est là qu’il va mourir un jour pour se reposer au milieu de ses confrères enthousiasmés par le même idéal.Par cette stabilité et les trois vœux solennels de religion, l’atmosphère monastique formera le religieux selon une piété liturgique du culte divin, obligation primordiale des chanoines.Dans le sanctuaire cinq, six heures par jour, le religieux de Prémontré puise dans l’union intime avec Dieu toute la raison de sa vocation.La splendeur du culte lui devient chère, parce que, si dans le cours des siècles l’Ordre de Prémontré adopta plusieurs usages cisterciens, jamais l’austérité de Citeaux ne s’introduisit dans la liturgie norbertine.La vie austère de jeûne et d’abstinence multiples, le chapitre des coulpes, etc.vont mortifier et sanctifier l’âme, qui, un jour, selon les dispositions de l’Abbé, se communiquera à son peuple.Autrement que les Cisterciens, même plus que le Bénédictin, le religieux de Prémontré se donne à l’apostolat sous toutes ses formes imposées par les circonstances de milieu et de temps, sous la volonté de l’Abbé qui en père de famille prend la responsabilité complète de sa maison et doit veiller à ce que l’office canonial et la vie monastique inspirent et dirigent l’activité apostolique.Saint-Bernard-de-Lacolle La jeune plantation canadienne doit s’adapter nécessairement au genre de vie de l’Ordre canonial de Prémontré élaboré selon les possibilités du moment.Le nombre restreint des religieux ne permet pas une ampleur imposante de l’office canonial, mais chaque jour la messe conventuelle chantée solennellement par la communauté devient le point culminant de la journée liturgique.Le jeûne et l’abstinence exercent le jeune religieux dans le renoncement à soi-même ; les études pendant l’hiver et le travail manuel des champs pendant l’été vont imprimer leur cachet monastique.Le prêtre se voue à l’aide du ministère paroissial aux alentours et une œuvre de la Sainte Messe réparatrice développe la spiritualité norbertine que S.S.Pie XI 212 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES appela : l'Ordre glorieusement eucharistique et eucharistiquement glorieux.Le candidat désireux d’embrasser la vie de Prémontré doit avoir une santé normale, le diplôme du cours classique, s’il aspire à la prêtrise et ambitieux d’une grande sainteté cherchée dans le culte liturgique et l’apostolat des âmes, adapté aux observances monastiques.G.Van den Broeck, O.Praem.Saint-Bernard-de-Lacolle, P.Q.DÉVOUEMENT DES RELIGIEUX A LA CAUSE DE l’ÉgLISE Les religieux et les religieuses, qui se dépensent à l’extension du Règne de Dieu dans les missions, qui soignent les malades, éduquent les adolescents, professent dans les écoles, tous ceux-là se séparent-ils de la communauté humaine, lui refusent-ils leur dévouement ?Est-ce que, tout au contraire, la plupart d’entre eux, à l’égal des prêtres séculiers et des auxiliaires laïques, ne combattent pas en première ligne pour la cause de l’Église ?Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 PIÉTÉ ET ACTION Un travail ardent et le souci de la vie intérieure exigent non seulement que l’un et l’autre se trouvent unis, mais encore qu’ils progressent tous deux d’un pas égal, du moins en notre estime et notre désir.Qu’à la ferveur des œuvres s’unissent donc, avec une égale ferveur, la foi, la prière, la réelle consécration de soi et de tout ce qu’on possède à Dieu, la beauté d’une conscience sans tache, l’obéissance, l’endurance dans les épreuves, la charité active et vigilante dévouée à Dieu et au prochain.Pie XII, discours au congrès des religieux, 8 déc.1950 nécROLOGie R.F.Charles-Félix, F.M.— R.F.M.-Nivard, O.C.S.O.— R.P.Ildephonse Moser, O.F.M.— RR.PP.Jean-Louis Bergevin, Paul Bousquet, O.M.I.— R.P.Joseph Beaupré, S.J.— RR.SS.Virginie Lefebvre, Rebecca Pellerin, A.S.V.— RR.SS.Marie-Adélia Duquette, Marie-Johanna Kelly, C.N.D.— RR.SS.Marie-Alphonsine Gagnon, Adèle Morin, Marie Elisabeth Plourde, F.C.S.P.— R.S.Fébronie Archambault, P.M.— RR.SS.Arzélie Beauchemin, Marie-Joseph du Précieux-Sang, P.S.— R.S.Marie-Alvine Moreau, P.S.F.M.— R.S.Cécile Tanguay, R.H.S.J.— RR.SS.Marie-Dina Dagenais, Marie-Augusta Kernan, S.C.— RR.SS.Antoinette Chauvin, Rita Gervais, Eugénie Lecorre, S.G.M.— RR.SS.Rose-Alba Pelletier, Odile Thérien, S.S.A.— R.S.Angélina Collette, SS.NN.J.M. MÉDITATION filme-moi.oubli€-toi Ces paroles entendues au cours de la retraite spirituelle firent en l'âme de Sœur Jean-Baptiste, f.c.s.p.une telle impression qu’elle crut bon de noter ses sentiments, pour les relire au besoin, aux heures de famine, qui se présentent, un jour ou l’autre, dans toute vie spirituelle intense.Nous les reproduisons textuellement de son Carnet intime de l’année 1936, pour le bénéfice des lecteurs de la Vie des Communautés Religieuses.Dans la vie humaine, une condition de réussite, c’est de savoir, avant tout, découvrir en soi son aptitude spéciale, son talent pour telle ou telle branche en matière de commerce, d’industrie ou de profession.Cette connaissance une fois acquise, on se lance dans la direction qu’elle indique, et on se spécialise, afin d’arriver plus vite au succès.Dans le domaine surnaturel, c’est la même chose.Pour moi, je n’ai pas à chercher longtemps avant de découvrir mon talent unique, mon aptitude spéciale, qui est d’aimer Jésus.Aussi loin que remonte l’éveil de ma surnaturelle conscience, j’y retrouve l’amour de Jésus jusqu’à l’état d’instinct.C’est lui, cet amour, qui, dès l’âge de huit ans, me faisait pleurer de joie en chacune de mes communions ! C’est lui qui, vers l’âge de dix ans, s’est révélé à moi sous les traits de YEcce Homo et m’a attendrie jusqu’aux larmes en allumant dans mon âme ingénue une flamme nouvelle d’amour ! C’est lui qui, aux jours du pensionnat, me faisait trouver d’inexprimables délices au pied du tabernacle ou de l’ostensoir, et m’inspirait des propos de pureté et d’immolation.C’est lui qui, ayant conquis mon cœur de jeune fille, l’a rendu assez fort pour se dérober aux poursuites séduisantes des affections humaines rencontrées sur sa route.C’est lui, ah ! c’est lui seul qui m’a amenée en la maison de Dieu, avec l’unique ambition d’y vivre et d’y mourir d’amour pour Jésus ! Cet amour qui m’avait de longtemps conquise, ah ! qu’il fut divinement tyrannique aux jours bénis de ma probation religieuse ! Quels traits brûlants il décocha alors dans mon cœur ! quel feu il y alluma ! quel martyre il m’infligea ! Mon âme était presque défaillante de désir et de tendresse, rien qu’à lire cette simple strophe d’une poésie de la petite Thérèse : J'ai soif d'amour! comble mon espérance, Augmente en moi, Seigneur, ton divin feu! J’ai soif d’amour, bien grande est ma souffrance, Ah! je voudrais voler vers toi, mon Dieu! Ton amour est mon seul martyre ; Plus je le sens brûler en moi Et plus mon âme te désire.Jésus, fais que j'expire D’amour pour TOI. 214 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Et cet amour de mon cœur virginal s’adressait surtout à la blanche hostie.Comme elle fascinait mes yeux et mon cœur ! Une nuit d’adoration des Quarante-Heures, je n’y tins plus.Pressée par un appel intérieur irrésistible, je m’offris comme victime d’amour à l’Amour eucharistique.Quel instant ! Et combien furent célestes les huit jours qui suivirent! O amour du Cœur-Hostie, garde ta proie et consume-la sans trêve ! Cet amour de Jésus, au jour de ma profession religieuse, inopina ma donation complète et me fit accepter, sans hésitation, toute une série de croix en perspective.Ces croix ne m’ont pas manqué ; mais toujours, ô Jésus, ton amour me les a fait aimer, même à l’heure où, défaillante, écrasée par la douleur et l’humiliation, j’étais tentée de te trouver cruel à mon égard.J’avais alors rédigé pour mon usage cette aspiration qui exprimait et résumait tous mes rêves surnaturels : O Jésus, que votre amour soit la -passion de ma vie, et que, pour le posséder, je méprise tout le reste! Prière qui reste encore la préférée, —• l’unique, j’allais dire, — dans ma vie spirituelle.Il s’agit moins aujourd’hui de la formuler que d’en vivre.Puisque j’ai découvert mon talent spécial à aimer, j’ai tout intérêt à me spécialiser dans l’amour.L’amour doit être ma vocation.Jusqu’ici, je ne crois pas y avoir été suffisamment fidèle.Non, hélas ! Je n’ai pas aimé vraiment.Jésus me l’a fait entendre : AIME-MOI ! Il veut que je commence enfin à l’aimer.Comment faire ?Il me l’a dit : OUBLIE-TOI! Ce matin, après ma communion, tandis que mon âme reposait doucement sur le Cœur de Jésus et qu’elle lui réitérait ses promesses d’amour et de fidélité, la chorale entonna un cantique où Jésus semblait vouloir me redire, par des voix extérieures, ce que sa voix divine me murmurait au-dedans.Ce cantique était précisément l’une de mes poésies mises en musique par L.J.N.Jésus seul, à mon sens, pouvait avoir inspiré le choix et l’heure de l’exécution.C’était lui qui me rappelait : Vois donc ce que tu as jadis pensé de l’amour.ce que tu en as dit et chanté! Tu étais dans le vrai, alors.Ne crains rien, AIME-MOI ! oublie tout le reste et TOI-MÊME, avec tes préoccupations encore trop personnelles de progrès en vertu et en perfection.Tu veux sentir que tu aimes la souffrance, pour te reposer avec sécurité dans ce sentiment qui, du reste, ne dépend pas de toi, ni de tes efforts, mais de ma seule grâce que je t’accorderai quand il me plaira et quand ma gloire l'exigera.Tu veux faire disparaître de ta vie pratique les lacunes et imperfections qu'elle trahit au dehors, afin encore de te rassurer sur une disposition d’impeccabilité, qui n’est pas nécessaire, ni même possible en cette vie.Tout cela, c’est ce qui constitue l’obstacle à ta vie d’amour pur et simple.AIME-MOI ! La AIME-MOI, OUBLIE-TOI 215 souffrance n’est que la servante de l’amour.Qui sait aimer sait tout! Crois à ma parole qui t'enseigne, crois à ma grâce qui t'a inspiré les strophes que j’ai voulu qu’on te chante en ce moment.Elles révèlent le fond vrai de ton âme, à qui je ne demande que l'amour.Impossible d’exprimer ce qu’a ressenti mon âme.Touchée de cette délicatesse de Jésus, elle comprit clairement ses desseins de tendresse.Oui, pour ne pas m’en écarter, je veux écrire ici même la poésie où se trouve tout mon programme de vie intérieure, afin qu’en relisant au besoin ces pages de ma retraite annuelle, je me confirme dans la résolution de n'aimer que Jésus et de m'oublier moi-même.Il est des âmes généreuses Qui n'ont de vœux que pour la croix ; Moi, je les trouve bienheureuses Et les envie un peu parfois ! Car ce désir de la souffrance, Quand il est sincère, o Jésus, Provient d’une ferveur intense D'où naissent toutes les vertus.Cependant, le trésor unique Qui fait l'objet de tous mes vœux, Plus que la croix est magnifique, Plus que la croix est précieux ! Ce bien splendide, qui m'attire, Qui seul fait palpiter mon cœur, Ah ! plus que tout je le désire ; Ce bien, c'est ton amour, Seigneur! T’aimer, ô délice suprême ! Félicité des bienheureusx, Dont je puis, dès cet exil même, Jouir divinement comme eux! T’aimer, Jésus, ah! quelle ivresse Pour mon cœur chastement épris ! T’aimer, te le dire sans cesse, Voilà mon joyeux paradis ! Que m’importe en soi la souffrance, Dont la terre est le seul séjour ! Je n’ai que sainte indifférence Pour tout ce qui n est pas l'amour! Mais si, pour aimer davantage, Pour aimer encor, toujours plus, La souffrance est un bon partage, Donne-la moi, mon doux Jésus ! 216 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Pour consoler ton Cœur si tendre, Que méconnaissent tant d'ingrats, O mon Jésus, je veux te rendre Amour pour amour ici-bas! Et si ta volonté m'appelle A monter au calvaire un jour, Rends-moi généreuse et Jidèle, Car je me fie à ton amour! Le papillon voyant la flamme S'élance.au risque d’y périr.Et moi, je veux brûler mon âme A ton amour.puis, en mourir! Le monde ose appeler folie Cette sagesse des élus ; Moi, je n’estime qu’une vie : Mourir d’amour pour Toi, Jésus! O Dieu ! que ces strophes me semblent belles et vraies, plus que jamais ! Qu’elles me font doucement tressaillir !.C’est bien mon âme, en effet, qui s’y livre toute, sans contrainte, ni dispersion .A moi l’amour ! Y a-t-il vraiment une part plus enviable ?Oh ! non.J’exulte de reconnaissance à la pensée que cette part choisie, incomparable, Jésus me l’a octroyée.Que d’autres âmes lui donnent ce qu’elles voudront.Moi, je ne lui donnerai que de l’amour ! Que d’autres lui donnent des œuvres, des organisations, de belles activités extérieures, des vertus brillantes que les hommes admirent et exaltent ! Moi, je ne lui donnerai que de l’amour ! Et ce don de mon amour lui plaira.Il compensera les défauts d’amour qui se rencontrent souvent aujourd’hui dans les œuvres, dans les organisations, dans les activités extérieures, dans les plus beaux dévouements, et jusque dans l’exercice manifeste des plus brillantes vertus, où l’amour-propre lui-même trouve encore quelque patrie.Ce don de mon amour, je l’offrirai à Jésus, sans interruption et sans treve.Car s il est une vertu dont 1 exercice peut se poursuivre en tout temps, en toutes circonstances et en tous lieux, c’est l’amour ! J'aimerai Jésus dans les exercices de piété, m’oubliant totalement pour ne songer qu a lui a ses intérêts, à sa gloire, —• heureuse de rester à ses pieds, sans consolations, pour que lui soit consolé.J aimerai Jesus dans mon travail, m’oubliant moi-même, en 1 accomplissant uniquement pour sa gloire et son bon plaisir, heureuse d’en éprouver de la fatigue, heureuse d’y trouver matière à renonce- AIME-MOI, OUBLIE-TOI 217 ment, pour que lui s’y repose avec complaisance et lui donne une fécondité apostolique dont le profit lui reviendra entièrement, et non à moi.y aimerai Jésus dans la pratique de la charité fraternelle exercée aux dépens de ma tranquillité, de mes goûts, de mes occupations, heureuse de lui sacrifier mon temps précieux, de lui prodiguer mes sourires, mes bon offices, car il regarde comme fait à lui-même ce que je fais au cher prochain.J'aimerai Jésus en M'OUBLIANT MOI-MÊME, chaque fois que je serai appelée au parloir, où m’attendent des âmes qu’il m’envoie, soit pour exercer ma patience ou mon abnégation, soit pour remplir à leur égard l’office d’ange consolateur ou d’apôtre de son amour.J'aimerai Jésus et m'oublierai moi-même aux récréations, où je me rendrai non pour mon repos et ma satisfaction, mais pour faire sa volonté et être agréable à mes sœurs de toutes façons.J'aimerai Jésus et m'oublierai moi-même, lorsque je répondrai sans aucun signe de désagrément aux appels des sœurs malades, qui ont bien le droit de me considérer comme leur petite servante, et de me voir à leurs ordres, quand elles ont besoin de moi.N’est-ce pas Jésus qui leur inspire envers moi confiance et estime ?Ne pas oublier que je suis une hostie consacrée par l’amour, qui doit se laisser dévorer par toute âme affamée.J'aimerai Jésus dans mes allées et venues par la maison, semant partout l’amour, jetant à mon Jésus de l’amour.et l’entendant me redire sans cesse, au fond de l’âme, cette parole qui fait tant d’impression sur moi au cours de la présente retraite annuelle : AIME-MOI! Oui, si j’aime ainsi mon Jésus partout, toujours, sans trêve, j’en viendrai à M'OUBLIER totalement MOI-MÊME.Si je pense à LUI continuellement, je ne trouverai pas le temps de penser à moi.Montréal F.C.S.P. HISTOIRE noTR€ Dame du cnmon1 Allocution de Son E.Mgr A.Vachon au congrès mariologico-marial tenu à Rome du 23 oct.au 1 novembre 1950 Éminentissimes Seigneurs, Excellences Révérendissimes, Mes frères ! Je vous apporte le salut du lointain Canada, qui est actuellement représenté à Rome par son sympathique cardinal S.E.Mgr.Mc-Guigan, et par de nombreux archevêques, évêques, prêtres, religieux et fidèles.Durant leur trois siècles d’existence, les canadiens ont eu à cœur de faire de leur pays le fief de Marie, qu’ils appellent avec amour : Notre Dame du Canada.En effet les Récollets, premiers missionnaires, apportèrent au Nouveau-Monde les traditions mariales de la France.Cette dévotion s’est rapidement développée et aujourd’hui, au Canada, en plus du sanctuaire national de Notre-Dame-du-Cap, innombrables sont les sanctuaires dédiés à Marie depuis Montréal, originairement appelée Ville-Marie, jusqu’aux dernières missions des Territoires du Nord-Ouest.Dans le diocèse d’Ottawa, un tiers des églises sont consacrées à Marie.Il y a trois ans, un grand nombre de cardinaux, d’archevêques et d’évêques de toutes les parties du monde, ont pris part à un grand congrès tenu à Ottawa à la gloire de la reine du ciel et de la terre.Alors à tous les peuples réunis ici pour célébrer Marie, le Canada est heureux de s’unir.Il félicite l’organisateur de ce triomphe marial, qu’est le congrès mariologico-marial, ainsi que tous ceux qui en ont assuré la réalisation.Tous préparés dans cette atmosphère mariale, nous nous tournons vers le Vicaire du Christ, glorieusement régnant, Sa Sainteté Pie XII, pour l’entendre proclamer la glorieuse assomption de Notre-Dame, notre Mère tendrement aimée.1.Alma Socia Christi, acta congressus mariologici-mariani Romae anno sancto 1950 celebrati, Vol.I, p.268. NOTRE DAME DU CANADA 219 Cnnaéirratlon à 5Î.-SL hï TAssamption lue au Cap, le 15 août 1951 par le Premier Ministre du Québec 0 Vierge de /’Assomption, en qualité de chef de notre belle province de Québec, en présence d'autorités religieuses et civiles, de tout le pays, je viens Vous consacrer notre Province toute entière.Dans le ciel où vous jouissez pleinement de la gloire de Dieu, dans votre âme et dans votre corps, nous savons que vous ne nous oubliez pas, puisque vous êtes notre Mère.Notre pèlerinage terrestre, à nous vos enfants, n est pas terminé et vous savez combien nous sommes environnés d'ennemis, de misères et de dangers! Tournez donc vers nous vos yeux miséricordieux ! Protégez tous vos enfants, o Notre-Dame de l'Assomption.Mais je vous en prie, protégez en particulier votre peuple qui vous a joujours servie et qui vous prie avec tant d'ardeur, surtout depuis la Croisade du Rosaire.Qu'il n'oublie jamais, ce peuple privilégié, que vous l'avez fait naître d'abord pour servir vos intérêts et qu'il n'a qu'une chance de survivre comme peuple, c est de vivre en défenseur et en apôtre de l'Évangile du Christ.Que la Croix et les fleurs de lys de son drapeau lui prêchent sans cesse la fidélité à ses traditions religieuses et nationales.A cette heure tragique de l'histoire humaine, veillez plus que jamais sur votre peuple, ô Marie.Rendez-le vigilant dans la lutte qui n'a jamais de cesse pour lui.Gardez nos familles nombreuses, unies au pied du crucifix et de votre statue, serrées autour du clocher paroissial, groupées sous la houlette de nos évêques et soumises aux directives du Vicaire de Jésus-Christ.Que chaque foyer de chez nous soit un bastion inaccessible aux assauts d'une propagande païenne, étrangère à nos mœurs et à notre foi.O Vierge du Cap, Reine de notre pays, devant qui nous prononçons cette consécration, nous avons confiance que votre Cœur maternel abritera notre faiblesse et nous inspirera une fidélité inviolable aux enseignements du Christ et de son Église, et nous rendra ainsi dignes de vous rejoindre, un jour, dans la Gloire et de jouir éternellement de votre beauté et de celle de votre divin Fils.Ainsi soit-il. COnSULTATIOnS 15.Une personne qui ne peut réciter tous les jours le petit office de la sainte Vierge et ne peut observer les jeûnes prescrits peut-elle bénéficier des privilèges promis par la Vierge aux personnes qui portent le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel?Oui, pourvu que cette personne obtienne d’un confesseur la commutation du petit office de la sainte Vierge et des jeûnes en d’autres œuvres pieuses.En se basant sur les motifs présentés, la condition, la santé et les diverses circonstances, le confesseur jugera de l’œuvre qu’il devra imposer à la place des actes que cette personne ne peut accomplir.Telle est la doctrine qui découle de la brochure Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, publiée par une Carmélite de Montréal en 1951, p.6, n.1.Cette carmélite s’appuie sur l’ouvrage classique en matière d’indulgences publié par Béringer sous le titre Les Indulgences, t.2, p.191, édition de 1932.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.16.Dans une revue de mars 195fi à la page 26 je lis ce qui suit :
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