La vie des communautés religieuses /, 1 février 1954, Février
Vol 12, n.2 DISCOURS Pie XII SPIRITUALITÉ A.St-Pierre MONTRÉAL Février i954 SOMMAIRE Exigences de l'éducation des tout-petits 34 Ce sont des saints qu'il nous faut.40 DROIT DES RELIGIEUX Adrien-M.Malo Mise au point.CONGRÈS RELIGIEUX CANADIEN C.C.C.Le Comité exécutif.52 57 CONSULTATIONS — COMMUNIQUÉS — COMPTES RENDUS LIVRES — ACCUSÉS DE RÉCEPTION AVEC LA PERMISSION DES SUPERIEURS ECCLESIASTIQUES Vient de paraître.CONSÉCRATION d'une famille à fa Sainte-famille SPLENDIDE IMAGE pour commémorer le grand mouvement de la récitation du chapelet en famille particulièrement à l’occasion de L’ANNEE HACIALE N’oublions pas que le mois de février est dédié à la Sainte Famille.'?Kciÿ*tC£i (S.Th.3, 72, 8 in corp.et ad 2um.).Quand Jésus met l’enfance spirituelle comme condition pour l’enttée au Paradis et ensuite implore: « Laissez venir à moi les petits enfants )), peut-on donc nier qu l’enfant même soit en mesure d’atteindre la perfection évangélique ?Visez bien haut, chères filles! Proposez avec simplicité, mais avec clarté et avec force, des buts élevés à vos fillettes; puis accom-pagnez-les avec patience, soutenez-les avec douceur encouragez-les avec amour durant le chemin.Faites qu’elles se nourissent fréquemment— et même chaque jour—de la Chair immaculée de Jésus: 39 EXIGENCES DE l’ÉDUCATION DES TOUT-PETITS « Comme le mouvement naturel quand il s’approche davantage du terme devient plus rapide., de même l’âme qui est en état de grâce, quand elle s’approche davantage de la fin doit croître d’autant plus )> (S.Th.in Epist.ad Hebr.> c.X, lect.2 in fine).Faites donc en sorte que les petites âmes confiées à vos soins ne mettent pas d’obstacle à l’action de Dieu: enseignez-leur à s’abandonner dans les bras de Marie et vous assisterez avec stupeur aux miracles de la grâce qui transforme la vie de vos fillettes en tabernacles vivants de Jésus, en dociles instruments de vie pour Lui.Cité du Vatican Pie XII.Paul Piron, S.J., L'Humble servante du Seigneur.Paris, Spes, 1953, 17.5 cm.283 pp.En constatant que ce livre est un recueil de 40 méditations plusieurs seront tentés de le repousser comme un livre ennuyeux.Ils auront tort.Ce livre est écrit non pas dans le style soi-disant pieux mais d’une manière alerte, imagée, avec le vocabulaire du XXe siècle.De plus, Marie y apparaît très vivante, semblable à nous en tout hormis le péché, tout près de la religieuse contemplative et du militant d’Action Catholique, les suivant dans les mille détails de la vie journalière.Bien fait pour enseigner à vivre dans l’intimité de Marie, ce livre se recommande aux communautés religieuses en cette année mariale.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.nécROLOGie R.P.Louis Hébert, O.M.I.— R.P.Albert Chartrand, C.S.V.— R.F.Marie-Anselme, F.M.— R.F.Paulin, F.É.C.— RR.SS.Ste-M.-du-Saint-Sacrement, S.-Hilaire, S.-Jean-du-Cénacle, Ste-Marthe-du-Rédempteur, S.-Edgar, Ste-Mildrède, C.N.D.— RR.SS.Antoinette Léger, Bertha Reeves, Claire Lauzier, Rose St-Louis, S.G.M.— RR.SS.M.-Conrad-du-Sacré-Cœur, Marie-Émilienna, M.-Rosine, M.-Thérèse-du-Cœur-de-Jésus, S.S.A.— R.S.M.-du-Rosaire, A.S.V.— RR.SS.S.-Élie-du-Carmel, S.-Félicien, P.S.S.F.— RR.SS.M.-Adéline, M.-Saint-Honoré, M.-S.-Paul-de-la-Croix, S.P.— RR.SS.Délia Chevrette, Éva Tourigny, S.G.S.H.— RR.SS.M.-Noémie, Philomène-du-Sacré Cœur, Théodore-Marie, F.C.S.P.— R.S.Victoria Lyard, SS.NN.J.M.— R.S.M.- Emmanuel Beaulieu, O.V.M.— RR.SS.M.-de-la-Rédemption, M.-de-Ste-Eugénie, M.-de-Saint-Omer, B.P.— R.S.M.-Philippe, M.I.C.— RR.SS.M.-de-St-Flavien, M.-de-St-Laurent, C.S.C.le 17 janvier 1954.R.I.P. SPIRITUALITÉ c€ sonî D€s sfiinîs qu'il nous FAUT 1 — LE PROBLEME Dans la Revue Dominicaine, livraison de décembre, 1946, le R.P, Marcel-M.Veuilleux, O.P., publiait un article dans lequel il soulignait et déplorait l’absence totale de saints officiellement canonisés par l’Église chez les Canadiens français.L’auteur faisait remarquer avec à propos que l’appellation Saints Martyrs canadiens pour désigner les huit martyrs Jésuites canonisés par le pape Pie XI en 1930 était impropre et qu’elle eut été judicieusement remplacée par celle de Saints Martyrs du Canada, puisque ce ne sont pas des Canadiens mais bien des Français martyrisés au Canada (1).Et c’est le cas de presque tous nos bienheureux et nos vénérables.Ce sont des saints qu’il nous faut.Des œuvres, nous en avons, nous en avons, nous en avons .assez pour tenir en haleine du matin jusqu’au soir et chaque jour de la semaine bon nombre de prêtres du clergé séculier et régulier.Et si la foi et les mœurs de nos populations tenaient au nombre des œuvres, nous verrions fleurir comme jamais les vertus chrétiennes en terre canadienne.Mais au milieu de toutes ces œuvres, est-ce que le désir de sa propre sanctification tient une place suffisante, convaincu que, quelle que soit son activité naturelle dans l’enseignement, la prédication, le ministère sous toutes ses formes, avec des motifs parfaitement désintéressés et des fins absolument honnêtes, on ne peut tout de même pas donner ce qu’on ne possède pas.Nous avons tout le reste dans nos belles paroisses de ville et de campagne de la province de Québec: une foi séculaire attachée, j’oserais dire, à chaque motte de terre, des traditions familiales admirables, des villes qui pointent vers le ciel un nombre impressionnant de clochers, des populations en majorité pleines de bonne volonté, des maisons d’éducation pour garçons et filles, qui, jusqu’à ces dernières années, ont été, comme on s’est complu à le redire, des pépinières de vocations sacerdotales et religieuses: nous avons des hôpitaux, des hospices, des orphelinats, tous marqués de la croix, un nombre impressionnant de familles religieuses contemplatives et actives d hommes et de femmes, des libertés religieuses peut-être 1.Quelques considérations sur les saints, Revue Dominicaine, décembre, 1946, p.267. CE SONT DES SAINTS Qu’iL NOUS FAUT 41 sans égales dans aucun autre pays, liberté de culte, liberté d’association, liberté de suffrage, liberté d’enseignement; nous avons en plus la stabilité politique; nous avons été, du moins jusqu’à maintenant, à l’abri des persécutions et des révolutions.Mais alors qu’est-ce donc qui nous manque pour conserver l’intégrité de la foi, maintenir la pureté des mœurs et promouvoir la pratique religieuse chez nos gens ?Ajoutez à ceci ce que l’on a fait en ces dernières années pour assainir les milieux et opposer une digue efficace aux puissances du mal.On a multiplié les œuvres et les moyens d’apostolat de toutes sortes.On a fondé des syndicats et organisé des coopératives pour contrebalancer d’une part l’influence des unions neutres, et prévenir d’autre part nos populations contre la pauvreté souvent génératrice de l’ignorance et du vice; on a établi des patronages et des colonies de vacance pour revigorer notre jeunesse pendant les mois d’été et surtout pour la préserver des dangers qui la menacent dans certains foyers et partout sur la rue; on a fondé dans un bon nombre de nos paroisses des caisses populaires pour que l’argent si péniblement gagné par le travail des nôtres n’aille pas servir à des fins opposées ou tout au moins étrangères aux intérêts de notre nationalité et de notre religion, lesquelles doivent être des intérêts chrétiens, e’est-à-dire surnaturels et éternesl; on a institué des sociétés de conférence et des cercles d’étude, des écoles de parents, des cours de préparation au mariage et à la vie pour répandre parmi le peuple une instruction bienfaisante sur les questions qui intéressent le plus immédiatement sa vie religieuse; on a établi des ligues de toutes dénominations contre presque tous les dangers physiques et moraux; et comme moyen de publicité, on a aujourd’hui un grand nombre de journaux de tout genre qui pénètrent dans presque tous nos foyers, un nombre toujours croissant de livres de revues et de brochures abordables au public de toute condition, sans parler des inventions merveilleuses de l’écran, de la radio, de la télévision qui devraient permettre d’élever et de maintenir le niveau moral et intellectuel du peuple.Mais notre nationalité ne compte pas encore un seul saint ni une seule sainte officiellement canonisé par l’Église.Et c’est très sérieux, si l’on se rappelle l’influence d’un curé d’Ars, d’une Thérèse de l’Enfant Jésus et d’un Jean Bosco pour la diffusion et le progrès de la vie surnaturelle dans le monde, 42 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Et pourtant les circonstances qui ont entouré l’évolution de la vie religieuse de notre peuple ont été éminemment favorables à l’éclosion de la sainteté.A peine si pour quelques années le changement d’allégeance survenu en 1760, a troublé le progrès normal de la vie chrétienne parmi nos populations; et à mesure que notre peuple s’est accru en nombre, il a donné une quantité presqu’in-croyable de vocations sacerdotales et religieuses.Il a rempli nos communautés actives et contemplatives de religieux et de religieuses.Il a fourni des professeurs ecclésiastiques à nos nombreuses maisons d’enseignement secondaire, sans parler de la grosse majorité, pour ne pas dire la totalité, de nos pensionnats de jeunes filles tenus par des religieuses.Il a fourni chaque année, depuis longtemps déjà, des missionnaires des deux sexes en pays infidèles; la dernière guerre qui en a éloigné plusieurs de leurs différents champs d’apostolat l’a bien fait voir.Et cependant, pas encore de saints officiellement canonisés par l’Église et ceux dont la cause est en meilleure posture à Rome, Marguerite Bourgeoys, Mgr de Laval, Marie de l’Incarnation et quelques autres sont venus de France.Cherchez dans nos communautés contemplatives et actives d’hommes et de femmes, pas de saints ni de saintes.Cherchez chez nos frères et nos soeurs enseignants pourtant assez nombreux, pas de saints ni de saintes.Cherchez chez les missionnaires des deux sexes, pas de saints ni de saintes.Cherchez dans le clergé séculier, quel que soit son genre de ministère, pas de saints.Nous n’avons aucun saint ni aucune sainte né en terre canadienne, canonisé officiellement par l’Église ou sur le point de l’être, et cela, malgré trois siècles relativement fort paisibles de foi catholique et de mœurs chrétiennes.Je sais bien que la pratique des vertus héroïques n’est pas le privilège des prêtres, des religieux et des religieuses, mais nous n’avons pas non plus de Benoît Labre, d’Anna Maria Taïgi ni de Maria Goret-ti.Il serait peut-être opportun de payer ici un large tribut à la doctrine concernant l’appel plus ou moins prochain de toutes les âmes chrétiennes à la sainteté, mais pour ne pas trop nous éloigner de notre sujet, mieux vaut renvoyer aux auteurs de théologie et de spiritualité les lecteurs que cette question intéresse.Je sais bien aussi qu’il ç’est rencontré, tout au long de notre histoire, bien des âmes admirables dans le clergé séculier comme (fans nos communautés d’hommes cléricales ou^laïques et nos CE SONT DES SAINTS Qu’iL NOUS FAUT 43 communautés de femmes.On peut dire que le plus grand nombre de nos prêtres du ministère et le plus grand nombre de nos prêtres de séminaires et de collèges ont pratiqué certaines vertus à un degré héroïque, de même que le plus grand nombre de nos religieux et religieuses de toutes communautés, mais enfin, nous ne comptons pas encore de saints ni de saintes officiellement canonisés par l’Eglise ou sur le point de l’être, nés en terre canadienne, alors que la France, au milieu des crises religieuses les plus aiguës et des vagues d’anticléricalisme les plus violentes, a donné à l’Église un saint et une sainte dont la réputation a rempli l’univers.Voilà le problème.2— QUELQUES FONDEMENTS DOCTRINAUX Le correspondant de la Revue Dominicaine que nous citions au début s’étonne de cette absence de sainteté officiellement reconnue chez notre peuple: « Alors comment expliquer ce phénomène de l’absence, du moins officielle et apparente, de sainteté chez nous ?Est-ce parce que Dieu trouverait notre foi assez ferme pour n’avoir pas besoin de la confirmer par des manifestations surnaturelles extraordinaires ou par des miracles ?Mais cet argument ne porte guère, car un saint n’est pas nécessairement un thaumaturge ou un faiseur de miracles et la sainteté ne consiste nullement dans les dons extraordinaires.Du reste, des miracles, nous en avons chaque année en quantité à Sainte-Anne-de-Beaupré, à l’Oratoire Saint-Joseph et ailleurs.Car après tout, il semble bien que dans le jardin de nos florissantes communautés contemplatives, il devrait fleurir un saint ou une sainte de temps en temps; il semble bien que parmi tant de religieux et de religieuses voués à l’apostolat, il devrait surgir parfois des hommes et des femmes supérieurs dignes d’être glorifiés après leur mort; il semble bien que dans l’élite de notre clergé, il devrait se trouver quelques répliques du curé d’Ars; il semble bien qu’à travers la masse de nos fidèles, certains devraient se signaler par une vertu héroïque, afin de servir de modèles aux autres (2) )).Quelles sont les causes chez nous de cette absence de sainteté officiellement reconnue ?Résumons tout d’abord quelques points de doctrine.2.Cf.Revue Dominicaine, décembre, 1946, p.261. 44 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Il importe en premier lieu, d’exposer au moins sommairement en quoi consiste la sainteté indépendamment des décisions solennelles de l’Eglise.Elle réside dans le sommet de la perfection chrétienne possédée dans toute son intégrité; et la perfection chrétienne résulte de l’union de l’homme à Dieu par ses deux facultés les plus nobles: l’intelligence qui est le sujet de la vertu de foi et la volonté qui est le sujet des vertus de charité et d’espérance.De fait, l’homme a été créé pour Dieu et « la perfection d’un être consiste à atteindre la fin pour laquelle il est créé (3).)> Et comme l’homme a été élevé à l’état surnaturel, la perfection consiste pour lui à s’unir le plus intimement possible par la foi et l’amour au Dieu surnaturel dont la possession dans le ciel fait l’objet de son espérance.C’est le grand commandement qui, au témoignage même de Notre-Seigneur, résume à lui seul toute la Ici et tous les prophètes (4).Si le chrétien aime Dieu par-dessus tout, il observera nécessairement la loi divine et pratiquera toutes les vertus propres à son état.Et s’il porte cette observance de la loi et cette pratique des vertus à un degré héroïque, il atteindra le sommet de la perfection chrétienne où réside la sainteté.Qui nous séparera de l'amour du Christ ?Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou Fépée (5) ?» En résumé, la sainteté consiste à réaliser l’idéal que Dieu s’était proposé en créant l’homme, idéal que l’homme a faussé par le péché.Et pour cela, il faut essayer de redevenir, par le moyen de la grâce sanctifiante méritée par la passion et la mort de notre Sauveur et conférée par les sacrements, ce que nous devions être dans l’idée de Dieu, si le péché n’était pas venu ternir cet idéal et nous faire déchoir de notre perfection première.Recouvrer la vie surnaturelle par le baptême, recouvrer la science et la charité divines surnaturelles par les trois vertus théologales, recouvrer l’équilibre de nos facultés sensibles par la pratique des vertus morales, par la docilité aux dons du Saint-Esprit, par les purifications actives et passives de l’intelligence et de la volonté, recouvrer l’espérance du bonheur éternel en luttant victorieusement, avec le secours de la grâce, contre les funestes conséquences que le premier péché a laissées dans notre nature, voilà le travail qui conduit au sommet^de la perfection chrétienne et par suite à la sainteté.3.Sum.Theol.2-2, 84, 1.4.Mt 22, 50.5.Rom 8, 35. CE SONT DES SAINTS Qu’iL NOUS FAUT 45 Tous les chrétiens n’y parviennent pas ici-bas, parce qu’aussi longtemps qu’ils vivent sur la terre, ils ont à lutter contre une foule d’ennemis extrêmement puissants: le démon, le monde, le tempérament, l’éducation, le milieu, l’ignorance, l’aveuglement .puis l’orgueil et la sensualité.On ne peut atteindre à cette perfection sans le secours de Dieu qui est la grâce, c’est pourquoi, d’une certaine manière, c’est Dieu qui fait ses saints.« Nous savons d’ailleurs, écrit l’apôtre saint Paul aux Romains, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son éternel dessein, car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier né d’un grand nombre de frères.Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés: et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés: et ceux qu’il a justifiés, il les a glorifiés (6) )).C’est cependant une vérité de foi que dans la justification et la glorification de ses saints, Dieu respecte absolument leur liberté (7).On ne devient pas saint malgré soi; il faut d’abord le vouloir, selon le mot de saint Thomas d’Aquin à sa sœur.Il y a une conciliation mystérieuse entre la grâce de Dieu et l’exercice de la liberté humaine, conciliation que diverses écoles de théologie tentent d’expliquer de différentes façons sans toutefois parvenir à pénétrer le mystère auquel il nous faut adhérer aux lumières de la foi.Notons en second lieu la différence qui existe entre l’appel à la vocation sacerdotale ou religieuse et l’appel à la sainteté.L’appel à la vocation sacerdotale ou religieuse reste le fait d’un petit nombre; c’est l’appel à un état de vie particulier, tandis que l’appel à la sainteté est absolu et universel, puisque la sainteté n’est rien autre chose que le développement normal de la grâce sanctifiante dans l’âme.Toutes les âmes chrétiennes doivent y tendre, si elles veulent posséder un jour le royaume des cieux (8).Et si toutes n’y parviennent pas sur la terre, elles y parviendront dans la bienheureuse éternité, après s’être purifiées de leurs souillures légères et des restes 6.Rom 8, 28-30.7.Concile de Trente, Ses s.VI, chap.16, canon 4.8.« De par le précepte suprême, tous les chrétiens, chacun selon sa condition, doivent tendre vers la sainteté, c’est-à-dire vers le ciel où il n’y a que des saints et tous devraient aspirer à avoir l’âme assez pure au moment de la mort pour entrer aussitôt dans le ciel, car le purgatoire est une peine infligée pour des fautes qu’on aurait pu 46 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES dus à leurs péchés graves dans les flammes du purgatoire, pourvu, bien entendu, qu’elles soient trouvées en grâce avec Dieu à l’heure du jugement.Du reste, tous les états de vie ont compté des saints et des saintes, même celui dont on commençait à désespérer quand vint la canonisation du curé d’Ars.Enfin, dernière précision, il faut bien se rappeler que l’Église ne canonise pas tous les saints, contrairement à ce que l’on s’imagine peut-être trop communément.En plus des enfants qui meurent avant d’avoir atteint l’âge de raison, un certain nombre d’adultes meurent en état de sainteté qui ne seront jamais canonisés.La reconnaissance officielle de l’héroïcité de leurs vertus tient aux signes extérieurs qu’ils en ont donnés de leur vivant et après leur mort et en définitive au bon plaisir de Dieu dont les raisons échappent à notre humaine sagesse.Pour admettre un saint aux honneurs de la canonisation, l’Eglise exige les plus rigoureuses conditions au nombre de quatre principales mentionnées par le pape Benoît XIV dans sa bulle (( De servorum Dei beatificatione )) : 1.La matière, objet de la vertu, doit être ardue ou difficile, au-dessus des forces communes des hommes; 2.Les actes doivent être accomplis promptement, facilement; 3.Avec une certaine joie, celle d’offrir un sacrifice au Seigneur.4.Assez fréquemment, lorsque l’occasion s’en présente (9).C’est en considérant maintenant l’ensemble des causes secondes qui ont influencé la vie des saints que nous découvrirons dans quelles circonstances ils ont correspondu à leur vocation à la sainteté.Nous pouvons les partager en quatre groupes vis-à-vis de l’appel divin.1.Il y a ceux qui ont été appelés d’une façon extraordinaire, par révélation.éviter ou au moins expier avant de mourir ».R.P.R.Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, t.2, table alphabétique au mot sainteté.« .Tout le monde est appelé à la plénitude de la perfection évangélique.Il n’y a, sous ce rapport, aucune distinction à faire entre laïcs et religieux ou membres de la tribu sacerdotale; entre gens du peuple et hommes de condition; entre hommes et femmes, enfants et adultes; quiconque arrivé à l’âge de raison est capable d’un acte libre, est appelé à faire de cet acte libre un acte d’amour et à employer son coeur, son âme, son esprit, ses énergies à monter jusqu’au stade où l’adhérence à Dieu est l’objet prédominant de la volonté ».Cardinal Mercier, La vie intérieure, p.100.9.Pour tout ce qui regarde la béatification et la canonisation des saints dans l’Église, on obtiendra des renseignements complets en consultant le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant aux mots Béatification et Canonisation. CE SONT DES SAINTS QU’iL NOUS FAUT 47 2.Ceux qui ont été appelés d’une façon extraordinaire, miraculeuse, mais sans révélai ion.3.Ceux que des circonstances extraordinaires, naturelles toutefois et sans aucun caractère miraculeux, ont portés à la pratique des vertus héroïques.4.Enfin le groupe de ceux qui se sont sanctifiés dans des circonstances tout à fait ordinaires, par leur seule correspondance à la grâce.3-LES SAINTS ET LES CAUSES SECONDES Un certain nombre ont été appelés à la sainteté d’une façon extraordinaire, par révélation.Nous trouvons de nombreux exemples de ce fait dans l’Ancien Testament.On connaît la vocation d’Abra-ham, père du peuple hébreux.Le Seigneur lui dit: Va-t-en de ton pay S) de ta famille et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai.Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai et je ferai grand ton nom.Tu seras une bénédiction: je bénirai ceux qui te béniront et celui qui te maudira, je le maudirai, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi (10) ».On connaît aussi la vocation de Samuel que le Seigneur doit appeler par trois fois la nuit, parce que l’enfant confond la voix du Seigneur avec celle d’Héli (11).Ce fut le cas également pour presque tous les prophètes.Un séraphin purifie les lèvres d’Isaïe avec un charbon ardent et celui-ci entend la voix du Seigneur: Va, et parle à ce peuple (12).Jérémie proteste qu’il n’est qu’un enfant qui ne sait pas parler.Le Seigneur lui répond: Ne dis pas: je suis un enfant, car tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai et tu diras tout ce que je t'ordonnerai (13).Ezéchiel reçoit sa mission prophétique d’une façon à peu près semblable.Daniel est favorisé de visions au milieu desquelles Dieu lui fait connaître sa volonté.La parole divine est adressée directement à Osée, à Abdias, à Jonas, à Michée, à Sophonie.Dans le Nouveau Testament, le premier appel à la sainteté par révélation est bien celui de la Bienheureuse Vierge Marie, lorsque l’ange Gabriel est envoyé par Dieu pour lui annoncer le grand mystère que l’Esprit-Saint va accomplir en elle: appel tout à fait particulier 10, Gen 13, 1-3.11.I Sam 3, 1-4.12.Isaïe 1, 4-9.13.Jérémie 1, 6-7. 48 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES qui exclut tout autre semblable passé ou à venir, en raison des privilèges personnels de la Mère de Dieu (14).Puis vient Je cas de Jean-Baptiste qui s’apparente à celui des prophètes de l’Ancien Testament: La parole de Dieu fut sur Jean, fils de Zacharie dans le désert (15).Ensuite, c’est l’appel des douze apôtres et plus spécialement celui du publicain Matthieu assis au bureau du fisc (16).Enfin celui de Saul de Tarse cheminant sur le chemin de Damas à la recherche des chrétiens pour les exterminer (17) .On aura remarqué que ces différents appels à la sainteté sont faits en vue d’une mission spéciale, prophétique ou apostolique.Saint Matthieu rapporte un appel à la sainteté, indépendamment de toute mission particulière, dans l’épisode du jeune homme riche (18) .Ce jeune homme est appelé visiblement à la sainteté sur la terre, puisqu’au témoignage même de Jésus, la seule observance des préceptes lui assure déjà la sainteté dans le ciel.Il refuse, parce-qu’il possède de grands biens et ne veut pas s’en séparer.Saint Augustin est frappé du fait que tant de jeunes gens devaient, dans la suite, répondre à un appel auquel le jeune homme riche de l’Évangile a refusé de répondre, alors qu’il était directement et immédiatement appelé par le Christ.Comme explication, le grand docteur invoque le passage de saint Jean: En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais et il en fera de plus grandes, parce que je vais au Père et tout ce que vous demandereze au Père en mon nom, je le ferai afin que le Père soit glorifié dans le Fils (19).Et le commentateur poursuit: Le jeune homme riche qui lui demanda le moyen d'acquérir la vie éternelle ne s'éloigna-t-il pas tout triste après l'avoir entendu ?Il l'entendit et s'éloigna.Et cependant ce qu'un seul n'a pas fait après avoir entendu le Maître lui-même, une foule d'autres l'ont fait lorsque ce bon Maître leur a parlé par ses disciples; méprisé par le riche qu'il avertit lui-même, il a été aimé de ceux qui étant riches ont embrassé la pauvreté à la voix de gens pauvres.Ainsi il a fait de plus grandes choses par la prédication de ceux qui ont cru en lui qu'il n'en a fait par lui-même sur ceux qui l'entendaient (20).14.Le 1, 26-28.15.Le 3, 2-3.16.Mt 8, 31.17.Actes 9, 1-9.18.Mt 19, 16-23, 19, Jn 14, 12, 20.72e traité sur S.Jean. CE SONT DES SAINTS QU’iL NOUS FAUT 49 Aux appels directs et immédiats de Jésus, on pourrait joindre ceux de sa très sainte Mère qui se sont fait entendre assez fréquemment dans l’histoire de l’Église, surtout au moyen âge.C’est le Patriarche des Prêcheurs qui entend Marie lui dire au cours d’une vision: Va et prêche mon Rosaire.C’est Albert de Cologne devenu saint Albert le Grand qui, découragé de ne pouvoir obtenir les succès qu’il désire dans ses études de philosophie et de théologie, est sur le point de quitter la vie religieuse quand, à son appel angoissé, la sainte Vierge lui apparaît pour le rassurer et l’engager à persévérer.Des appels de ce genre se retrouvent dans la vie de plusieurs saints et saintes appartenent à différentes familles religieuses et à la vie séculière.Dans notre pays et d’une manière générale, dans l’Église toute entière, il faut convenir que de nos jours, ces appels directs et immédiats à la sainteté, en autant qu’il nous est permis d’en juger par les confidences des saints, sont plutôt rares.Il ne faut donc pas chercher là une cause suffisante de notre manque de saints.Un deuxième groupe a été appelé d’une façon extraordinaire et miraculeuse à la sainteté, mais sans révélation particulière.L’histoire de l’Eglise en rapporte de nombreux exemples; ces prédilections toutes particulières de la grâce qui entourent certaines âmes, même avant l’âge de raison; Thomas d’Aquin qui, dès le berceau, met dans sa bouche un papier sur lequel sont écrits les mots Ave Maria et qui refuse absolument de le rendre à sa nourrice qui veut le lui arracher; sainte Catherine de Sienne qui, vers l’âge de cinq ans, converse avec les anges; saint Jean de la Croix, qui, à l’âge de quatre ans tombe dans un puits et voit la sainte Vierge lui tendre la main pour l’en retirer; sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui, vers l’âge de huit ou neuf ans, se retire dans un petit coin de sa chambre qu’elle peut fermer avec des rideaux et là, s’occupe à penser, comme elle dit .etc.Il y a aussi ces coups subits de la grâce dont les annales de toutes les familles religieuses d’hommes et de femmes sont remplies, qui sont aussi parfois à l’origine d’un certain nombre de vocations sacerdotales et religieuses, qui ont frappé certains jeunes gens et certaines jeunes filles au cours d’un sermon ou d’une cérémonie religieuse particulière.Chez nous, rien ne prouve que ces appels merveilleux ne se soient point fait entendre à différentes époques, mais l’Église n’a pas encore déclaré officiellement qu’on y ait exactement répondu. 50 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Nous sommes trop loin de Rome, diront les pragmatistes, et les frais pour le triomphe d’une cause sont trop élevés.Cette raison n’est pas dénuée de fondements dans l’ordre des causes secondes.Seulement, il convient de se rappeler que si la grâce de Dieu a été assez puissante pour conduire une âme à la sainteté, elle doit être aussi assez puissante pour la conduire, malgré les distances et l’élévation des frais, jusqu’à la canonisation officielle.Il y a un troisième groupe, celui des saints qui n’ont été appelés à la pratique des vertus héroïques, ni par révélation, ni par circonstances extraordinaires, mais simplement sous l’influence de causes secondes naturelles dont Dieu a voulu se servir pour accroître l’efficacité de la grâce.Considérons le cas de François-Xavier.Il est jeune, instruit, brillant.Il a obtenu ses titres et enseigne la philosophie au collège de Beauvais.Il est probablement tonsuré et rêve de dignités ecclésiastiques.Mais Ignace de Loyola, déjà détaché des biens de ce monde et qui cherche des compagnons pour armer un nouveau bataillon dans l’Église, a découvert ses qualités naturelles et le surveille.Il entreprend le siège de l’âme de François par les paroles célèbres: Que sert à l'homme de gagner l'univers entier, s'il vient à -perdre son âme ?Et chaque fois que François-Xavier fait part à Ignace de ses rêves de gloire, celui-ci tente de les dissiper avec son refrain ascétique.Le siège est long, mais finit par opérer le revirement et de professeur de philosophie qu’il était, François-Xavier devient l’évangélisateur des Indes et du Japon.Considérons le cas de François de Sales, le saint évêque de Genève.Sans doute, au lendemain de son ordination, c’est un saint prêre au sens où nous entendons communément cette expression.Quel prêtre n’est pas saint ou ne rêve pas sérieusement de le devenir au lendemain de son ordination ?Mais c’est au fort des difficultés de sa première mission du Chablais infesté d’héritiques que François de Sales sent se raffermir sa résolution de devenir un quatrième saint François, les trois autres étant à cette époque François d’Assise, François de Paule et François-Xavier.(( Oui, dit-il un jour à un Père Jésuite avec cette humeur gaie qui rendait sa conversation si agréable, oui, ou il m’en coûtera la vie ou je serai un jour un quatrième saint François.» Considérons en dernier lieu le cas du curé d’Ars.Bien des circonstances ont retardé la poursuite de sa vocation sacerdotale: son manque d’aptitudes naturelles pour les études philosophiques CE SONT DES SAINTS QU’iL NOUS FAUT 51 et théologiques, la pauvreté de ses parents, les bouleversements de la révolution, le service militaire, etc.Souvent le jeune homme est tenté de renoncer à devenir prêtre, comme il sera tenté plus tard de résigner sa cure pour entrer dans une chartreuse.A Ecully où il remplit d’abord les fonctions de vicaire il fait un bon ministère, mais ne se livre pas encore à ces longues oraisons et à ces macérations héroïques que nous rencontrons dans la vie de tant de saints.C’est à Ars, en présence de l’ignorance religieuse et de la corruption des mœurs de la population que commencent à se dessiner les caractères distinctifs du Saint.Nous voyons par ces différents exemples qui se rencontrent également chez un grand nombre de saints que Dieu peut se servir de circonstances tout à fait ordinaires comme causes secondes pour porter certaines âmes à la pratique des vertus héroïques et leur permettre de parvenir jusqu’au sommet de la perfection chrétienne.Nous pouvons grouper sous trois chefs principaux l’ensemble de ces causes secondes: 1.-L’urgence de convertir une population indifférente ou hostile; 2.- Le fléau de la persécution; 3.- Le témoignage de la dévotion populaire.Si-Hyacinthe A.Saint-Pierre, O.P.Marie-Claire Daveluy, Marie-Bertille de F Eucharistie, franciscaine missionnaire de Marie 1877-1902.Québec, 1953, 18 cm.233 pp.Préfacé par S.Ém.le cardinal Léger, épilogué par la dernière lettre de S.E.Mgr A.Vachon, enrichi d’une lettre de S.E.Mgr J.-A.Langlois, ce volume raconte la vie brève, simple, effacée de Marie-Rosanna-Hélène Gauthier, sœur de Mgr A.Gauthier, curé actuel de Giffard, près Québec.Les ressemblances ne manquent pas entre sainte Thérèse de Lisieux et Marie-Bertille.L’A.les met en relief et Mgr A.Gauthier a daigné écrire à l’auteur une lettre qui reconnaît la fidélité du portait.Si Marie-Bertille ne fait pas descendre une pluie de roses sur notre sol canadien, demandons-lui de faire sourdre par ses exemples entraînants et le charme de sa petite enfance une levée de vocations religieuses et missionnaires dont l’Église et le monde ont tant besoin.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.La bulle INEFFABILIS DEUS proclamant dogme de foi l'immaculée conception de Marie a été tirée à part et forme une belle brochure de 24pp.contenant texte latin et traduction du P.Adrien-M.Malo, O.F.M., au prix de $0.25.Brochure à répandre pendant l'année mariale. DROIT DES RELIGIEUX mise au poim des éléments théologiques et ascétiques qui servent de fondements à la profession des conseils évangéliques.Extrait du compte rendu officiel du Congrès international des Religieux tenu à Rome 26 nov.- 8 die.1950.Vol./, pp.181-184.La profession des conseils évangéliques s’appuie sur des fondements nombreux et variés.Dans le domaine de la théologie, elle repose à des degrés divers sur la chute originelle des premiers parents, l’incarnation du Verbe, la rédemption du Christ, l’appel à la perfection, la primauté de la charité.Dans le domaine ascétique, elle impose une série d’actes dont la synthèse, présentée sous des formes différentes par les théologiens, se ramène aux trois mouvements suivants: se dépouiller du péché pour se revêtir de vertu et vivre en union avec Dieu.Pour répondre à l’aimable invitation que m’adresse la S.Congrégation des Religieux d’exprimer mon avis en cette matière, je me bornerai à un seul point, à savoir que la pratique des conseils évangéliques reste subordonnée à la primauté de la charité.Ce n’est pas que quelqu’un ait jamais nié la primauté de la charité ni la subordination à la charité des conseils évangéliques; mais en pratique certaines manières de faire sont adoptées qui dépouillent les vœux religieux d’une efficacité réelle pour la poursuite de la divine charité.Cette déviation est non seulement une possibilité, mais hélas! souvent un fait.C’est de pareilles attitudes que des fidèles, par ailleurs bien disposés, restent étonnés, pour ne pas dire scandalisés, quand ils entrent en contact avec nos communautés religieuses.La surprise est d’autant plus profonde que par suite des enseignements des papes contemporains, de l’apostolat de l’Action Catholique, de l’étude de la Bible, de la lutte contre le communisme athée, la charité a pris une importance croissante dans le monde contemporain.Une mise au point s’impose.Pour en faire comprendre l’urgence, signalons d’une manière discrète les manques de charité qui se glissent dans la pratique maladroite de chacun des conseils évangéliques, et formulons non moins discrètement certains vœux puisés dans le courrier reçu au Secrétariat de La Vie des Communautés Religieuses.La vœu de pauvreté interdit tout acte de propriété sur un bien matériel quelconque appréciable à prix d’argent.En général, les Communautés du Canada ont compris que ce vœu ne les dispensait pas de l’obligation de l’aumône. MISE AU POINT 53 Pendant les périodes de chômage, de misère publique tant au pays que dans les pays d’Europe ruinés par la guerre, elles se sont mérité par leur générosité des titres réels à la reconnaissance publique.Cette générosité vraiment admirable a pris des formes variées: service de repas, dispensaires à domicile, distribution de vivres et vêtements, soin des enfants, travaux domestiques.A l’exemple de Léon Lallemand dont l’Histoire de la charité en France, solide et bien documentée, fut louée par le pape Pie X, un sociologue éminent de chez nous, M.Arthur Saint-Pierre, a fait l’histoire du dévoûment de nos communautés dans un livre connu de tous: UOeuvre des Congrégations religieuses de charité dans la Province de Québec (1).La conduite de certaines Communautés est moins brillante en ce qui concerne la question du salaire et du traitement des ouvriers.Des enquêtes par des membres du clergé ont révélé sur ces points des pratiques peu conformes non seulement à la justice, mais aussi à la charité chrétienne.Les points signalés portent sur le logement insalubre des employés, le traitement insuffisant de certains employés, jugés malades ou incapables de fournir un travail complet.Des mesures prises dans les diocèses de Québec, de Saint-Hyacinthe, et qui sans doute s’étendront à d’autres diocèses, opèrent déjà en ce domaine de très heureux ajustements.Le vœu de chasteté réserve pour Dieu et son royaume toutes les puissances d’aimer du religieux, comme l’affirme saint Paul (I Cor.7, 32-33).Mais Jésus commande non seulement d’aimer le prochain, mais de l’aimer comme lui-même l’a aimé (Io.13, 34).Or parmi les personnes qui entrent sous l’appellation de prochain, les confrères et les consœurs en religion occupent sans contredit une place de choix.Il devrait en résulter une vie communautaire, faite non seulement de régularité aux exercices communs, mais aussi et surtout de bienveillance mutuelle, de bonté prévenante, de sympathie et d’affection surnaturelle, de services dévoués et réconfortants.« En quelque endroit que soient et se rencontrent les frères )), écrit saint François d’Assise au chapitre 6 de sa règle, « qu’ils se montrent mutuellement entre eux de la même famille, et qu’en toute sûreté l’un manifeste à l’autre ses nécessités; car si une mère nourrit et chérit son fils selon la chair, avec combien plus d’affection chacun ne doit-il pas aimer et nourrir son frère selon l’esprit! » Ainsi comprise, la vie communautaire se présente comme le milieu normal et providentiel où les puissances d’aimer du religieux 1.La vie de Communautét Religieutet, 8 (1950), 14t. 54 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES trouvent leur épanouissement naturel et surnaturel.Sans doute elle répond à une prescription très nette du Code de Droit Canonique, can.487, 594, 2389; elle répond aussi à cette loi inscrite par Dieu dans la nature humaine de vivre en société.Mais il convient d’ajouter et il faut se garder d’oublier qu’elle satisfait le besoin psychologique des personnes qui ayant par le vœu de chasteté renoncé aux joies de la famille, recherchent dans la vie religieuse l’épanouissement surnaturel de leur vie affective.Pour remplir cette délicate fonction, la vie communautaire se compose de plusieurs éléments, comme la rédaction d’un horaire adapté, la présence des religieux aux exercices communs.Par-dessus tout cela, elle exige un climat bienfaisant de charité chrétienne et de religieuse fraternité.Elle bannira soigneusement ce rigorisme intransigeant, cette hautaine insensibilité, cette froideur inhumaine, justement dénoncées par les écrivains spirituels.Saint François de Sales a laissé cette phrase profondément vraie: « Nous nous amusons tant à être bons anges que nous en laissons d’être bons hommes et bonnes femmes ».Plus près de nous dom Columba Marmion, O.S.B., a écrit: « Ne soyons donc pas pharisiens; sinon à force de vouloir être moine, on peut en arriver à n’être ni chrétien, ni humain, à manquer même au précepte naturel de la charité (2) ».L’absence notable en certaines communautés de sympathique compréhension, de sincère bienveillance et de services mutuels se trouve à l’origine de bien des déceptions, des malaises et des retours à la vie séculière.Les supérieurs qui créent, acceptent ou tolèrent une pareille situation agissent en général par inexpérience et manque de connaissance.Le vœu d’obéissance place le religieux sous la dépendance des supérieurs légitimes.Sur l’exercice de l’autorité, Jésus a précisé nettement l’attitude chrétienne.« Les rois de païens » leur font sentir leur domination et ceux qui leur commandent se font appeler Bienfaiteurs.Pour vous, qu’il n’en soit pas ainsi; au contraire que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ?N’est-ce pas celui qui est à table ?Et moi pourtant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert! » (3).Après avoir formulé la doctrine, î.Le Chriti, idéal du ncine, p.188.S.Lue îï 25-27. MISE AU POINT 55 Jésus passe à la pratique; c’est le sens du lavement des pieds que Jésus explique: « Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous dites bien; je le suis en effet.Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez, vous aussi, vous laver les pieds les uns aux autres.C’est un exemple que je vous ai donné pour qu’à votre tour vous fassiez ce que je vous ai fait.En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que le maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’envoie.Sachant cela, vous serez heureux si vous le mettez en pratique )) (4).En résumé, l’enseignement de Jésus conçoit les charges comme un état de service et d’humilité; remplies avec ces dispositions elles deviennent une source de bonheur.Ici encore le manque de connaissance et l’inexpérience inspirent parfois aux religieux promus aux charges des attitudes bien éloignées de l’humilité et du dévoûment indiqués par Jésus.Les constatations condensées dans les développements qui précèdent autorisent l’expression de souhaits qui visent avant tout à la reconnaissance théorique et pratique de la primauté de la divine charité et de la subordination théorique et pratique des conseils évangéliques.1.Dans les traités consacrés à la vie religieuse, on prendra soin de montrer l’apport réel de chacun des vœux à la perfection de la charité.2.Chaque Ordre, Congrégation, Société, Institut religieux visera à former au moins une personne qui soit compétente en psychologie.3.Il faudrait en faire autant pour le domaine de la sociologie.4.Dans chaque maison on pourra désigner un religieux chargé de recevoir les pauvres.5.Là où elle existe, la distinction des classes de religieux sera entendue dans un esprit de tout point conforme aux exigences de la charité.6.Dans les maisons religieuses qui n’ont pas d’économe distinct du supérieur, on ne tiendra pas compte uniquement de la gestion économique pour élire quelqu’un comme supérieur.7.Après la tenue des chapitres d’élections, les supérieurs seront par les moyens jugés possibles initiés à leurs responsabilités; de plus, 4.Jean 13, 13-17, 56 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES de temps en temps, ils seront réunis à l’occasion de la retraite annuelle pour recevoir des instructions solides sur les devoirs du bon supérieur.8.Tous les religieux seront invités à fournir au supérieur une collaboration loyale en vue d’assurer le saint gouvernement des communautés.9.On prendra tous les moyens et on profitera de toutes les occasions pour inculquer à tous les religieux la doctrine du corps mystique du Christ.Ces souhaits s’appuient sur les expériences faites depuis dix ans par la direction de la revue canadienne LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES; ils sont soumis en toute modestie aux directeurs de la Semaine d’Études sur les États de perfection reconnus dans l’Égli se.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.Mgr Ronald Knox, Richesses de VAncien Testament.Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 20 cm.192 pp.57 francs belges.Les ouvrages de Mgr Knox commandent l’attention.Fils d’un évêque anglican, élevé à Eton, étudiant au Baliol College d’Oxford, partout il est remarqué pour ses dons intellectuels, son intérêt aux discussions religieuses de son temps et ses talents littéraires.Enrichi par la grâce du catholicisme en 1917, il exerce pendant 13 ans 1926-1939 les fonctions d’aumônier des étudiants catholiques d’Oxford.Puis il consacre 9 ans à la traduction de la Bible en anglais d’après la Vulgate.Le présent ouvrage manifeste les qualités maîtresses de l’A.: érudition étendue, élégance littéraire, humour charitable, profonde spiritualité.Connaisseur de la Bible et des hommes d’aujourd’hui, il sait découvrir les richesses principales de l’Ancien Testament, les rehausser au besoin des trésors du Nouveau Testament et en tirer des applications pratiques d’une psychologie aiguë.C’est surtout en cette dernière opération que brille la souplesse du talent de l’A.Les leçons pratiques surprennent parfois.Nous sommes si peu portés à considérer l’Ancien Testament comme une source de vie spirituelle.Cependant elles découlent du texte inspiré par des procédés en général assez orthodoxes.En tout cas, elles s’imposent avec une logique de bon aloi et recèlent un enrichissement peu banal.Félicitons la maison Desclés de Brouwer qui après nous avoir donné le beau livre du carme Paul-Marie de la Croix sur T Ancien Testament, source de me spirituelle, le complète et l’illustre par les Richesses de l’Ancien Testament de Mgr Ronald Knox.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.( CONGRÈS RELIGIEUX CANADIEN L€ comiîé €X€CUTIf Le Secrétariat général du congrès religieux canadien, qui aura lieu à l’été, rend publique la liste —• maintenant complète — des religieux nommés au comité exécutif de ce congrès, le premier du genre au Canada.a) SECTION MASCULINE Président: le T.R.P.Hervé Blais, ministre provincial des Franciscains, Montréal.Vice-présidents: le R.P.Edward F.Sheridan, du séminaire des Jésuites, Toronto; M.Rosario Lesieur, P.S.S., du grand séminaire de Montréal.Secrétaire-substitut: le R.P.Paul-Émile Desgagné, maître des novices des Rédemptoristes, Sherbrooke.Trésorier: le R.F.Orner of Mary, F.É.C., pro-directeurdu Mont-Saint-Louis, Montréal.1er conseiller: le R.P.Gérard-M.Paré, provincial des Dominicains, Montréal.2e conseiller: le R.F.Joseph J.Enright, des “ Christian Brothers of Ireland ”, New-Rochelle, N.-Y.3e conseiller: le R.P.Willie Bordeleau, de la procure provinciale des Pères Blancs, Montréal.4e conseiller: le R.P.Vincent-L.Kennedy, basilien, Toronto.5e conseiller: le R.P.Pierre-M.Poisson, secrétaire au conseil provincial des Pères de Ste-Croix, Montréal.6e conseiller: le R.P.François Prud’homme, représentant des Clercs de St-Viateur des provinces de Montréal et de Joliette, Montréal.7e conseiller: le R.F.Robert-Marie, provincial du district des S.-Martyrs-Canadiens des Frères de l’Instruction chrétienne, Oka.8e conseiller: le R.F.Elphegius, des Frères du Sacré-Cœur, séminaire de Valleyfield.9e conseiller: le R.F.Fidelis, du “ Christian Brothers College ”, Wexfort, Ont.Quant au secrétaire général du congrès et à son adjoint, ils ont été nommés par la Sacrée Congrégation des religieux, à Rome, dès l’été dernier.Ce sont respectivement: le T.R.P.Joseph Rousseau, O.M.I., procureur général des Oblats de Marie-Immaculée et con- 58 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES sulteur de la S.Congrégation des religieux, et le R.P.André Guay, O.M.I., directeur du Centre catholique de l’Université d’Ottawa.Le comité exécutif a été constitué, pour sa part, par les supérieurs majeurs des différentes institutions d’hommes au Canada.Certains des officiers précités font aussi partie d’une commission technique, chargée des problèmes du logement, des inscriptions et des assemblées.b) SECTION FÉMININE Présidente: la R.M.Thibault, supérieure générale des Hospitalières de St-Joseph, Montréal.Vice-présidentes: les RR.MM.St-Françoïs-de-Sales, supérieure générale des Ursulines, Québec; St.John Nepomucen, assistante générale de la Congrégation Notre-Dame, Montréal.Secrétaire-substitut française: la R.S.Léona Breux, directrice de la 3e année de formation à la maison-mère des Sœurs Grises de Montréal.Secrétaire-substitut anglaise: la R.M.Mary Eleonore, sous-assistante générale des Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie, Montréal.Trésorière: la R.S.Madeleine Durand, annaliste à la maison-mère des Sœurs de la Providence, Montréal.Ire conseillère: la R.M.Louise-Ida, supérieure provinciale des Sœurs de Ste-Anne de Marlboro, Mass.2e conseillère: la R.M.Mary of St.Maureen, 2e assistante générale des Sœurs de Ste-Croix, Ville-St-Laurent.3e conseillère: la R.S.Marie-des-Lys, assistante générale des Sœurs de l’Assomption, Nicolet.4e conseillère: la R.S.Marie-de-l’Enfant-Jésus, supérieure de la maison Ste-Euphrasie des Sœurs du Bon-Pasteur, Montréal.5e conseillère: la R.S.Marie-de-la-Paix, assistante générale des Dominicaines de l’Enfant-Jésus, Québec.6e conseillère: la R.S.Marie-Vianney, conseillère-secrétaire générale des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception, Montréal.Ce comité exécutif a été constitué avec la collaboration des supérieures générales des diverses congrégations.Comme elles ne pouvaient toutes être représentées au comité exécutif, on a tenu compte de l’ancienneté des institutions en terre canadienne ainsi que de leur importance. LE COMITÉ EXÉCUTIF 59 La présidente, les deux secrétaires-substituts ainsi que la tréso-rière font aussi partie d'une commission technique, chargée des problèmes du logement, des inscriptions et des assemblées.De plus, les 2e, 3e et 6e conseillères font aussi partie de la commission pour le logement, les inscriptions et les assemblées respectivement.Le comité exécutif précité travaille en étroite collaboration avec le comité exécutif de la section masculine, dont les noms des membres ont été rendus publics ces jours derniers.La collaboration s’établit notamment par l’entremise du Secrétariat général du Congrès, à Ottawa.Ottawa C.C.C.Ceux qu'on prie dans le secret.Trois-Rivières, Éditions du Bon Père Frédéric, 1953, 22cm.180 pp.$1.25.Ce livre est un hommage à la sainteté bourgeonnante de l’Église canadienne.Par cette compilation, due à l’initiative du R.P.Onésime Lamontagne, O.F.M., vice-postulateur des causes franciscaines au Canada, nous sommes au courant de toutes les causes de béatification au pays: gloires religieuses canadiennes soit par leur patrie d’origine soit par leur patrie d’adoption, depuis le début de la colonie jusqu’à nos jours.Ce sont: la bienheureuse Marguerite Bourgeois, le vénérable Mgr de Laval, la vénérable Kateri Tekakwita, Mgr Louis-Zéphirin Moreau, Mgr Ovide Charlebois, O.M.I., le Père Alfred Pampalon, C.SS.R., le Père Cyrille Beaudry, C.S.V., le Père Frédéric Janssoone, O.F.M., le Père Eugène Provost, fondateur de la Fraternité Sacerdotale, le Frère Didace Pelletier, O.F.M., le Frère André, C.S.C., la Mère Catherine de Saint-Augustin, Jeanne Mance, la Mère d’Youville, fondatrice des Sœurs Grises, la Mère Marie-Rose, fondatrice des Sœurs des SS.Noms de Jésus et de Marie, la Mère Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne, la Mère Marie-Léonie, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte Famille, et la Mère Marie Sainte-Cécile de Rome, des Religieuses de Jésus-Marie.On remarquera que tous à part quatre, sont des religieux ou des religieuses.Le volume, à la fois instructif et édifiant, a pour but de provoquer la prière qui obtienne les miracles requis pour la béatification.Puisse-t-il, en réveillant la foi des Canadiens, atteindre son estimable objectif! Ottawa Romain Légaré, O.F.M.Pie XII, Devoirs professionnels.Montréal, Institut Social Populaire, 1953, 19.5 cm' 32 pp.C’est le n° 59 de la collection Actes Pontificaux.Nous avons déjà dit tout le bien que nous pensons de cette série de fascicules et surtout les services qu’elle rend aux communautés religieuses.Ici, il y a de plus que ces allocutions de Pie XII sont justement admirées comme autant de bijoux finement ciselés qui jettent des rayons lumineux et que surtout plusieurs de ces allocutions concernent religieux et religieuses employés à l’enseignement, aux services hospitaliers, aux travaux du bureau et de la comptabilité.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M. consuLTflTions 1.Une personne est entrée dans notre communauté.A la satisfaction de ses maîtresses et de ses supérieures, elle accomplit son postulat et son noviciat en entier.Le médecin déclare la nécessité d'une opération dont l'issue reste assez douteuse.La novice préfère subir Fopération avant F émission de ses vœux.Elle sort donc de la communauté et pendant un an et demi elle vit dans le monde tout en conservant ses liens avec sa communauté.Ces liens sont exprimés par des rencontres assez régulières avec la supérieure générale et la maîtresse des novices, surtout par F expression claire de la novice affirmant quelle persévère malgré sa sortie dans sa décision de prononcer ses vœux dans notre communauté.Maintenant que F opération a eu lieu et que tout tourne pour le mieux, elle est rentrée en communauté en vue d’y faire profession.Sommes-nous tenues de lui imposer un nouveau noviciat avant les vœux, ou le noviciat précédemment accompli avant F opération peut-il être compté comme valide accomplissement des prescriptions canoniques ?Le noviciat accompli avant l’opération peut être compté pour valide et vous n’êtes pas tenues d’imposer à cette personne l’accomplissement d’un nouveau noviciat.Cependant vous devez recourir à Rome pour exposer le fait dans tous ses éléments et vous obtiendrez certainement la permission d’admettre cette personne à la profession.Expliquons sommairement les deux éléments de cette réponse.En lisant attentivement le canon 571 § 2, on voit que trois issues se présentent au novice: la profession des vœux, la sortie libre ou forcée, la prolongation du noviciat.Dans le cas présent, l’issue est et de la part des supérieures de la communauté et de la part de la novice la profession des vœux; mais la prudence suggère que la profession soit différée pour une raison sérieuse: obtenir une plus grande sécurité au point de vue de la santé.La lettre du canon 571 § 2 est donc sauvegardée.Toutefois l’intervalle entre la fin du noviciat et la profession est de un an et demi.Les commentateurs du Code de Droit Canonique concèdent un intervalle de six mois au plus.Ici cette concession est dépassée de beaucoup.C’est pour cela qu’il faudra recourir à Rome afin de procéder canoniquement à la profession de cette novice.2.Nos constitutions se contentent de reproduire le texte du Code de Droit Canonique en ce qui concerne la durée du postulat: Le postulat est d'une durée de six mois.Or chez nous le postulat commence ordinairement à 3 heures de F après-midi et le noviciat commence le même jour du sixième mois à 8 heures de la matinée.Ainsi le postulat commencera le 11 août à 3 heures de F après-midi et le noviciat le 11 février à 8 heures de la matinée.Est-ce canonique de procéder ainsi ?Sinon, que faire pour le passé et l'avenir ?Il est certain que le calcul des six mois imposés pour la durée du postulat doit être fait selon le canon 34 du Code de Droit Canonique.D’après ce canon, le postulat qui a commencé le 11 août à 3 heures de l’après-midi permet le commencement du noviciat non pas le 11 mais le 12 du sixième mois, dans le cas, le 12 février.Vous concluerez donc que votre manière de procéder n’est pas canonique.Pour le passé, il n’y a rien à faire.Cet écart léger, fait de bonne foi, n’entame nullement la validité du postulat; seule la licéité est en jeu.Pour l’avenir, vous devez modifier vos dates de manière à compter les six mois comme le prescrit le Code de Droit Canonique au canon 34.3.Nos constitutions disent que la secrétaire générale assiste aux réunions du conseil sans prendre part ni aux délibérations ni aux votes à moins d’être Fune des assistantes.Le conseil peut-il appeler la secrétaire générale à donner son opinion sur un sujet qui lui serait mieux connu qu’aux autres membres du Conseil ? CONSULTATIONS 61 Il faut soigneusement distinguer information et délibération.Avant de délibérer sur un projet, les membres du conseil doivent nécessairement se renseigner ou s’informer.Si vos constitutions demandent que la secrétaire ne prenne pas part aux délibérations, elles ne lui défendent pas de contribuer pour sa part à l’information des conseillères et il ne semble pas y avoir de raison s’opposant à ce que cette information soit donnée par la secrétaire générale pendant une séance du conseil.4.Nos constitutions exigent que pour les élections, le conseil soit au complet.S'il y manque une conseillère et que l'élection ne puisse pas subir de retard, elles précisent qu'on appellera la supérieure locale de la maison pour remplacer la conseillère absente; s’il manque encore une autre conseillère, les constitutions disent qu'on choisira pour la remplacer une professe des voeux perpétuels.La secrétaire générale peut-elle être choisie comme professe des voeux perpétuels apte à remplacer, après la supérieure locale de la maison, une conseillère absente ?Cette question se pose parce que nos constitutions disent que la secrétaire générale assiste aux réunions du conseil sans prendre part aux votes à moins d'être I une des conseillères.A première vue on serait porté à croire que la secrétaire générale est exclue puisque les constitutions disent qu’elle ne prend pas part aux votes dans les réunions du conseil.Mais quand on y réfléchit on constate facilement que rien ne justifie une telle exclusion.Il faut donc entendre la lettre des constitutions en ce sens que d’une manière générale la secrétaire générale assiste aux réunions et ne prend pas part aux élections.Mais quand il s’agit de remplacer une conseillère absente pour une élection qui ne peut subir de retard, la secrétaire générale peut être choisie comme n’importe laquelle des autres professes des vœux perpétuels.Souvent le choix de la secrétaire, habituée aux pratiques des élections en conseils, simplifiera les procédures et se recommandera par des avantages sérieux.5.Dans la cinquième édition, revue et augmentée, de ^extrait du rituel romain (•Librairie de l’Action Sociale Catholique, Québec, 1951), nous trouvons une formula conficiendae aquae baptism a lis, avec, entre parenthèses: Formula brevis praescripta a Concilio Baltimorensi Provinciali primo, et a Pio Papa VIII approbata, ad usum missionariorum americae septentrionalis.Puisque cette formule brève figure dans /’extrait du rituel, peut-on supposer quelle n'est pas réservée aux seuls missionnaires de l’Amérique septentrionale, mais qu'au besoin les curés de paroisse et les aumôniers d'hôpitaux peuvent Iutiliser ?Oui si dans le diocèse où l’on fait le ministère un induit en permet l’extension.En effet, dans la dernière édition du rituel romain 1952, on lit cette formule avec cette note qu’on peut s’en servir là où un induit en permet l’extension.Or c’est précisément une extension que demande la consultation: étendre aux curés et aux aumôniers d’hôpitaux l’usage d’une formule concédée aux missionnaires de l’Amérique du Nord.6.Une communauté a-t-elle le devoir et la responsabilité de se mettre au courant de la manière dont ses employés pratiquent extérieurement leurs devoirs religieux: messe du dimanche et des fêtes, communion pascale, abstinence.?Peut-elle tolérer que ces employés disent ouvertement qu'ils manquent la messe du dimanche ?Le texte de la consultation résumée ici laisse entendre clairement qu’il ne s’agit pas de familiers dont il est question au canon 509 § 2 du Code de Droit Canonique.Il s’agit d’employés.C’est le canon 1524 qui est en jeu.Il y est dit: Tous principale- 62 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ment les membres du clergé, les religieux et les administrateurs de biens ecclésiastiques.veilleront à ce que leurs ouvriers remplissent en temps opportun leurs devoirs religieux.Ces mots signifient que les religieux et les religieuses qui emploient des ouvriers doivent leur laisser le temps d’accomplir leurs devoirs religieux.Ainsi s’il arrive que des ouvriers employés au service d’une communauté religieuse doivent pour des causes légitimes et approuvées travailler le dimanche ou un jour de fête de précepte, la communauté devrait veiller à leur laisser le temps requis pour l’assistance à la messe et à quelques autres exercices en vue de la sanctification du dimanche.Les ouvriers qui disent ouvertement qu’ils n’assistent pas à la messe du dimanche parlent ainsi soit par méchanceté soit par vantardise.Quelque soit leur motif, le religieux qui entend une pareille affirmation doit déclarer que c’est là une violation grave d’un commandement de l’Église.Le silence d’un religieux en pareilles circonstances pourrait surprendre les personnes présentes ou même porter les consciences faibles à croire que l’omission de la messe dominicale n’est pas un si grand péché.Pour produire l’effet visé, ces remarques doivent être faites avec tact et discernement.7.Dans un hôpital rempli en grande partie de malades atteints de tuberculose, une assez grande proportion des malades femmes et filles ne se confesse pas dans leur chambre de malades mais se rend habituellement dans une salle mise à leur disposition pour les confessions du samedi ou des veilles de fête.Ces malades du sexe féminin s’agenouillent simplement à côté du prêtre sans qu'il y ait entre le confesseur et le pénitent aucune grille.Est-il permis d’entendre les confessions de ces malades du sexe féminin non alités, ni obligés de garder la chambre pour se confesser, sans qu’il y ait une grille entre la pénitente et le confesseur ?Cette consultation atteint plusieurs canons du Code de Droit Canonique: le canon 909 qui a reçu une réponse de la Commission Pontificale d’interprétation le 24 novembre 1920; le canon 522 avec les trois réponses de la Commission Pontificale d’interprétation datées du 24 novembre 1920, du 28 décembre 1927 et du 12 février 1935.Ce serait dépasser les limites d’une consultation que de reproduire et d’expliquer tous ces textes.Contentons-nous de répondre à la question posée ici.Il n’est pas permis d’entendre les confessions de femmes sans qu’il y ait une grille entre la pénitente et le confesseur, pour cause de maladie ou une autre cause de nécessité vraie il serait permis de le faire 8.Le paragraphe 2 du canon 909 du Code de Droit Canonique dit que le confessional doit être muni d’une grille fixe, finement percée, placée entre le pénitent et le confesseur.S’agit-il là seulement du confessionnal pour les confessions de femmes ou de tout confessionnal ?La question fut posée à la Commission Pontificale d’interprétation dans les termes suivants: La prescription de ce canon (909) § 2 doit-elle être observée seulement pour les femmes ou en général pour tous les pénitents, comme la manière propre d’entendre les confessions dans les églises et Iss oratoires publics ?Le 24 novembre 1920, la commission a répondu non à la première partie, oui à la deuxième partie, sauf cependant la prescription du canon 910 § 2.Cette réponse se lit dans les Acta Apostolicae Sedis 12 (1920) 576.Les termes techniques de cette réponse signifient que la prescription du canon 909 § 2 s’applique à tout confessionnal en général comme la manière propre d’entendre les confessions dans les églises et les oratoires publics.Il faut respecter le canon 910 § 2 qui dit: Il est permis d'entendre les confessions des hommes même dans les maisons privées. CONSULTATIONS 63 9.Une religieuse soutient qu elle peut se confesser en dehors du confessionnal, par exemple le matin avant la messe, lorsque le prêtre passe pour aller dire la messe à la chapelle.Elle s'appuie sur les remarques gênantes faites en public par la supérieure sur la durée des confessions, le moment choisi pour les faire surtout avant la messe de communauté, le recours au confesseur occasionnel.Cette supérieure a même osé affirmer que les pères n'aiment pas être dérangés en dehors des jours et des heures prévus pour les confessions.Il est évident que les pères n'ont rien dit ni rien laissé entendre de semblable.Dites d’une certaine manière, ces remarques de la supérieure pourraient inspirer à une religieuse plutôt timide une crainte grave.Ou encore dites et répétées en public, de telles remarques peuvent avoir pour effet d’attirer l’attention de toutes les religieuses de la communauté sur une religieuse qui se présenterait au confessionnal avant la messe de communauté.Dans ces cas on pourrait croire qu’il y a une cause de vraie nécessité dont parle le canon 910 § 1 et qui justifie une exception à la loi enjoignant de ne pas entendre les confessions des femmes en dehors du confessionnal.En fait qu’en est-il au juste de cette religieuse ?Le confesseur pourra juger plus facilement que tout autre: il peut commodément obtenir toutes les données requises à l’énoncé d’un jugement prudent.10.Parmi mes compagnes, il y a une religieuse pour laquelle je ne puis sentir de sympathie.Elle m'est supérieure, non seulement par les postes de confiance quelle tient mais aussi par les ressources de sa personnalité; de plus, elle est fidèle à ses devoirs et aux obligations de la vie religieuse.Mais par un mouvement qui prévient ma volonté et qui n'en est pas du tout approuvé, dès que je me trouve en sa présence, je sens du malaise, une certaine répugnance, en un mot, de l'antipathie.J'en suis humiliée, mais surtout ce qui m'inquiète sérieusement, c'est ceci: Puis-je avec de tels sentiments communier tous les jours ou au moins fréquemment ?Oui, malgré les phénomènes que vous décrivez, vous pouvez communier fréquemment en même tous les jours.Les impressions que vous décrivez sont d’ordre instinctif, vous en avez conscience, vous ne les approuvez pas, par conséquent ils ne comportent pas de culpabilité.Le cas serait différent si, acceptant ces poussées de l’instinct, vous vous laissiez aller à des attitudes volontaires et consenties qui violeraient la charité soit en paroles soit en pensées soit en actes.Il y aurait là des fautes dont vous devriez vous accuser en supposant qu’elles atteignent la gravité et vous pourriez en être empêchée de communier.Tel ne semble pas votre cas.Vous n’approuvez pas ces ressentiments, vous vous en humiliez.Votre devoir consiste à vous garder de ces poussées instinctives, à ne jamais faire quoi que ce soit sous le coup spontané de ces poussées et surtout à redresser ce qu’elles contiennent de repréhensible.Ce dernier effort qui doit être persévérant exige parfois un temps assez long avant de porter des fruits.L’espoir de pouvoir imprégner l’instinct d’esprit chrétien et religieux n’est pas illusoire ni chimérique.Bien des faits de l’hagiographie en établissent l’objectivité et en garantissent la valeur.Si vous voulez obtenir ce que tant d’autres ont mérité, mettez-y de la prière, de la confiance et surtout de la persévérance.Rien ne peut vous aider plus efficacement dans la poursuite de cette victoire que la réception fructueuse de la sainte eucharistie.Ce besoin dans lequel vous vous trouvez est une raison non pas de vous abstenir mais de vous approcher fréquemment, tous les jours, de la sainte Table. 64 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES 11.Une question au sujet du jeûne pour les religieux enseignants qui ne font pas la classe toute la journée, les spécialistes, par exemple.Il en est quelques-uns qui, certains jours, font 4 heures d’enseignement, alors que d'autres jours ils en font moins, même pas du tout.Certains sont obligés à une préparation immédiate et prochaine assez intense; d'autres, vu leur expérience, peuvent, sans nuire à leurs élèves, diminuer la préparation immédiate et maintenir simplement une préparation éloignée, c'est-à-dire continuer à se cultiver par des études appropriées.Ces spécialistes sont-ils exemptés du jeûne par le seul fait qu'ils sont dans Ienseignement ?Tout d’abord distinguons exemption et dispense.Dans le cas de l’exemption, la cause par elle-même suffit à enlever l’obligation de la loi.Pour éviter les illusions, on peut recourir à un prêtre éclairé qui portera jugement sur l’existence ou la non-existence de la cause; si la cause existe vérirablement, elle enlève automatiquement l’obligation de la loi.Il n’en est pas ainsi pour la dispense.Alors la cause ne suffit pas; il faut recourir à l’autorité compétente qui, en vertu de son pouvoir, déclare que pour ce cas particulier la loi n’oblige pas.Dans les questions de jeûne, les personnes ayant pouvoir de juridiction pour accorder les dispenses sont les curés, les vicaires et les évêques.Les professeurs spécialisés qui font 4 heures d’enseignement sont déclarés exempts du jeûne par les moralistes.Les jours qui comptent moins de 4 heures d’enseignement, ils ne sont pas exemptés.Le seul fait de faire de l’enseignement n’exempte pas du «eûne; il faut en plus un inconvénient proportionné à la loi.Il ne faudrait pas conclure que ceux qui n’enseignent pas 4 heures doivent être tenus au jeûne.Il y a en effet des professeurs qui jouissent d’une bonne santé et qui ne font pas 4 heures d’enseignement par jour; malgré cela, ils ne peuvent s’astreindre à la loi du jeûne.Ce qui leur manque, ce ne sont pas les forces physiques mais la résistance psychologique.Parmi ces professeurs, il se présente des cas clairs et aussi des cas douteux.En pratique, la loi du jeûne est claire, mais l’application de cette loi aux différentes personnes se fait non pas d’une manière collective et globale mais par l’examen de chaque cas particulier.A chacun des professeurs spécialisés de soumettre à qui de droit sa condition personnelle en vue de recevoir une réponse libératrice et apaisante.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M.ESSOR DU CATHOLICISME AU JAPON Le nombre des catholiques du Japon s’établit maintenant à 185,284, comparativement à 171,785 l’an dernier, selon les chiffres officiels fournis par l’Internonciature apostolique.C’est une augmentation de 69.5 pour 100 par rapport au chiffre de 109,285 fidèles signalé en 1947.Au cours des derniers douze mois, 10669 adultes se sont convertis; le nombre des baptêmes d’enfants s’établit à 5,716.Or, l’an dernier, il y avait eu 12,178 conversions et l’on avait baptisé 5,605 enfants.Près de 25,000 catéchumènes suivent actuellement les cours d’instruction religieuse.Les statistiques révèlent que le nombre de prêtres s’est accru de 75, en passant de 973 en 1952 à 1,048 en 1953.Le total actuel inclut 185 prêtres séculiers japonais et 53 membres du clergé régulier japonais; le reste se compose de 15 prêtres séculiers étrangers et de 795 prêtres étrangers du clergé régulier.Le personnel missionnaire comprend aussi 191 frères japonais et 143 frères étrangers; on compte enfin 2,037 religieuses japonaises et 917 religieuses étrangères.Le groupement catholique le plus considérable se trouve dans le diocèse de Nagasaki et il compte 69,740 fidèles. Les FRÈRES des ÉCOLES CHRÉTIENNES, Éditeurs 959, RUE CÔTÉ - MONTRÉAL 1 Spécimen envoyé sur demande à tout abonné à la Vie des Communautés Religieuses moyennant .10 pour frais d'expédition.Chaque foyer, chaque Institution, voudra se procurer cette image et la conserver précieusement en témoignage de fidélité aux directives du Souverain Pontife et de nos évêques à l'occasion de P Année Mariale.Belle occasion d'apostolat pour les Instituteurs et les Institutrices.Prix : L’UNITÉ, .25 net LA DOUZAINE, $2.25 net Prix spécial au cent: $15.00 Avec encadrement : L’UNITÉ, $1.50 LA DOUZAINE, $15.00 LÀ SAINTE FAMILLE.— Magnifique brochure de 125 pages, écrite en collaboration par
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