La vie des communautés religieuses /, 1 mars 1954, Mars
Communautés Religieuses Vol.12, n.3 ' ' MONTRÉAL Mars 1954 ARTICLES PIE XII — Le catéchisme, objet d’intelligence, de foi et de vie.66 BRUNO HAGSPIEL — Les souffrances du Christ, modèle de charité.72 ALBERT ST-PIERRE — Ce sont des saints qu’il nous faut.77 MGR J.-B.MONTINI — Chant liturgique et renouveau spirituel.86 CONSULTATIONS — COMMUNIQUÉS — COMPTES RENDUS LES LIVRES — ACCUSÉS DE RÉCEPTION AVEC LA PERMISSION DES SUPERIEURS ECCLESIASTIQUES Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère de3 Postes, Ottawa ^^^^^^ 959^U^COT^^MONTREALl CANADA SERVICE DE LIBRAIRIE L’Abandon à Dieu, voie de paix.(Dom Van- deur).$1.35 L’Abandon filial.(Sr de la Providence).1.50 Adore te (Elévations).(Dom Vandeur).1.10 Aimez-vous les uns les autres.(Dom Vandeur) 0.78 Aimons nos frères.(R.P.L.Colin, C.SS.R.) .1.60 A la Trinité par l’Hostie.(Dom Vandeur) .1.25 Ame de tout apostolat, (Dom Chautard).1.00 Nos Amitiés après la mort.(Chan.St-Laurent) 0.65 Apostolat de l’Elite cachée.(Sr de la Providence) .0.75 Aux sources du silence.(Thomas Merton) 2.50 Ln VIE D€$ communflUTés r€ligi€us€s SOMMAIRE CAT ÉCH ÉTIQUE Pie XII Le catéchisme, objet d'intelligence, de foi, de vie.66 SPIRITUALITÉ Bruno Hagspiel Les souffrances du Christ, modèle de charité.72 Albert St-Pierre Ce sont des saints qu'il nous faut.77 LITURGIE Mgr Montini Chant liturgique et renouveau spirituel.86 INFORMATION Le Congrès religieux canadien.89 CONSULTATIONS 12.Accepter à la vie religieuse une fille dont les parents sont divorcés ?.90 13.Petites sommes d'argent données à une religieuse lui appartiennent-elles ?.90 14.Que faire en face d'une obédience refusée ?.91 15.Comment une province devient-elle autonome ?.92 16.Qu'est-ce que le patrimoine et le capital stable ?.92 17.Esprit de mineur des religieux.92 18.Un noviciat passé au lit et en dispenses est-il valide ?.93 19.Une seule économe suffit-elle pour administrer les biens ?.93 20.Les qualités d'une bonne reddition de comptes.93 21.Les caisses particulières sont-elles permises ?.94 22.Capacité d'acquérir d'une simple maison religieuse.94 23.Les biens des religieux sont-ils des biens ecclésiastiques ?.95 24.Le Pape est-il propriétaire des biens religieux ?.95 25.Faut-il désapprouver une supérieure qui dit une erreur ?.95 26.Bière et vin au dîner d'un jour de messe le soir.96 LIVRES Ils étaient des nôtres.76 V Mostra Nazionale Selettiva dell’artigiano d’arte.76 Marie, l’éducatrice des éducateurs par F.Marie-Maximin, É.C.85 CATÊCHÉTIQUE L€ cfiTécHisme, obj€T D’inTeLLiGence, D€ FOI, D€ Vl€ Recevant à Castelgandolfo plus de 120 prêtres du Centre national d'Activités catéchistiques et environ 800 jeunes gens des deux sexes vainqueurs du concours national « Veritas » de culture religieuse, le Saint-Père leur a adressé le discours suivant traduit de !italien: Notre premier salut paternel est pour vous, chers fils, prêtres spécialisés dans les activités catéchistiques.Répondant avec empressement et zèle à l’invitation du Centre national, vous vous êtes réunis à Rome pour étudier les problèmes du catéchisme: pour constater les besoins qui sont urgents dans ce domaine, pour bien considérer les forces dont on peut disposer et, en général, pour discuter sur ce qui pourrait et devrait être fait par des prêtres et par des laïques.Nous savons que demain, en revenant à vos diocèses, vous vous mettrez au service des évêques et de ce même Centre National, et vous vous rendrez partout où seront nécessaires votre aide et votre œuvre pour organiser l’enseignement catéchistique dans toute l’Italie.Nous savons également que vous entendez réserver des soins particuliers à ces zones qui se révéleront moins bien pourvues et par conséquent plus faibles au point de vue spirituel.Si, dans l’obéissance à vos Pasteurs, vous savez, avec un esprit de charité catholique, dépasser les limites des diocèses; si vous savez accourir partout où l’on a besoin de vous, Nous vous en serons très reconnaissant et Nous vous exprimons dès à présent Notre vive satisfaction.Et comme vous attendez de Nous non point un ensemble d’instructions — ce qui serait impossible en cette occasion —¦ mais seulement une parole de conseil, la voici dans sa simple brièveté.Dans l’enseignement du catéchisme, on est naturellement soucieux que les élèves apprennent bien ce qu’on leur explique: c’est tellement indispensable que si cela faisait défaut on ne pourrait parler en aucun sens de véritable école catéchistique.Mais peut-être n’apporte-t-on pas autant de soin à aider la pensée des élèves à émettre l’acte de foi; alors qu’il est clair qu’il ne servirait à rien de bien savoir si, ensuite, on ne croyait pas fermement tout ce que Dieu a révélé et tout ce que la Sainte Église propose de croire.D’autre part — et Nous attirons particulièrement votre attention là-dessus — LE CATÉCHISME, OBJET D’iNTELLIGENCE, DE FOI, DE VIE 67 vous n’auriez pas atteint votre but de catéchistes si vous ne vous efforciez pas de mener vos élèves à la pratique de ce qu’ils ont appris, de ce qu’ils ont cru.Si Nous devions donc vous laisser un bref mot d’ordre pour vos élèves, grands et petits, Nous dirions cela: qu’ils sachent bien, qu’ils croient fermement, qu’ils pratiquent intégralement.Avec ces sentiments et avec l’expression renouvelée de Notre satisfaction paternelle pour ce que vous faites et ferez, Nous vous donnons de tout cœur la Bénédiction Apostolique.Parmi tant de compétitions de vitesse, de force, de résistance, aucune — pour parler ainsi — n’a dû réjouir le Cœur divin de Jésus, comme la vôtre, chers fils, vainqueurs du Concours (( Veritas )) 1953.Vous étiez deux cent mille élèves italiens, et ce nombre si réconfortant révèle à lui seul le développement de la bienfaisante institution, que Nous avons déjà encouragée et que Nous bénissons de nouveau avec toute l’effusion de Notre esprit.D’autant plus que la valeur des chiffres qui Nous ont été présentés par ses organisateurs, indique clairement un intérêt sans cesse croissant et une participation plus intense au Concours (( Veritas )).En une année seulement, par exemple, il y a eu une augmentation de quarante mille concurrents, et certains buts particuliers déjà atteints font entrevoir comme possible un net progrès vers la participation quasi totale des élèves: à Ivrée, par exemple, sur 2942 élèves des écoles secondaires 2368 ont pris part au Concours, et notamment tous les élèves des trois années supérieures.A Florence, le nombre des classes participantes a presque doublé, tandis qu’à Gaète toutes les écoles secondaires du diocèse se sont présentées aux examens pour le concours.Nous avons cité trois exemples choisis à peu près au hasard, car il serait presque impossible de décrire même seulement de façon sommaire le travail accompli et les résultats obtenus dans les diocèses où cette action s’est exercée avec un zèle tenace et persévérant.Pour tout cela, Nous.félicitons le Centre National d’Activités catéchistiques, en exhortant tous Nos chers fils, les prêtres qui en font partie, à multiplier, si c’est possible, les efforts qui pourront conduire au but.Quand Nous avons appris, chers jeunes gens, que vous vouliez voir le Pape et que pour cela vous aviez exprimé le désir que Rome 68 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES fût choisie comme siège de votre assemblée, Nous Nous sommes empressé de donner des instructions afin que l’audience ait lieu dans les meilleures conditions possibles.Aussi avons-Nous voulu vous voir ici, à part, pour être plus à Notre aise avec vous et vous parler plus librement.Peut-être n’imaginez-vous même pas, chers fils et chères filles, toute la joie avec laquelle Nous vous souhaitons la bienvenue dans Notre paternelle affection, ni combien Nous sommes heureux que le souffle d’un printemps débordant de tant de promesses ait pénétré aujourd’hui dans la Maison du Père commun des fidèles.Nous voudrions avoir le temps et la possibilité de Nous entretenir avec chacun de vous! Nous voudrions, Nous ne dirons pas couronner votre front de laurier, mais au moins accrocher sur votre poitrine une médaille, afin qu’elle indique à vos parents, à vos maîtres, à tous vos compagnons, combien le Vicaire du Christ est satisfait et, par conséquent, combien est content Jésus Lui-même.Qu’Il vous bénisse, comme Nous vous bénissons, pour l’effort silencieux et constant qui vous a soutenus dans la compétition et vous a conduits à la victoire.Aujourd’hui—'Nous en sommes sûr — vous possédez déjà la culture religieuse qui est possible à votre âge et au degré de vos études.Vous avez donc la certitude absolue de l’existence de Dieu, Qui peut parler aux hommes et se faire entendre d’eux.Avec l’aide de vos maîtres et, encore davantage, avec votre effort personnel, vous avez acquis la certitude, non seulement de l’authenticité, mais également de la valeur historique des Livres Saints.Et comme vous êtes convaincus que dans ces textes authentiques et historiques est présenté un homme véritable qui parle en Dieu, agit en Dieu, vit en Dieu, meurt en Dieu et ressuscite comme Dieu seul peut ressusciter, c’est-à-dire par sa propre vertu, vous avez pu, —• vous avez même dû — émettre, en pleine conscience et avec une joie sereine, votre acte de foi explicite et solennel.Mais cette foi ferme et joyeuse, Nous voudrions qu’elle demeurât telle en vous également quand vous serez dans la pleine force de la jeunesse; quand la barque de votre âme pourrait courir des dangers que vous n’imaginez peut-être même pas aujourd’hui.Chers fils et chères filles! Au début de ce mois, en Nous adressant aux Aumôniers diocésains d’Action Catholique, Nous avons recommandé de préparer pour l’Église une armée de jeunes héros, prêts à n’importe quelle LE CATÉCHISME, OBJET D’iNTELLIGENCE, DE FOI, DE VIE 69 hardiesse.Voulez-vous, vous aussi, être de courageuses avant-gardes de cette pacifique armée ?Voulez-vous répondre pleinement à ce que l’Eglise attend de sa jeunesse étudiante ?Après l’heureux succès au Concours (( Veritas )), une autre victoire vous attend: celle sur un monde sans Christ, sans Dieu.Mais on ne livre et on ne gagne une telle bataille qu’avec une foi vive, intègre, cohérente: Haec est victoria, quae vincit mundum^ fides nostra (1 Jo.5, 4).Cependant elle pourrait vaciller, elle pourrait se briser sur les écueils du doute, elle pourrait être même submergée dans la boue de la passion.Si vous voulez donc répondre à ce que l’Eglise attend de vous, vous devez vous préparer à soutenir votre foi et à la défendre par tous les moyens.1.— Personne n’exigera de vous, en extension et profondeur, la même culture que de celui qui fréquente un cours régulier de théologie; mais vous devez aussi vous écarter de certains petits manuels absolument insuffisants pour des hommes cultivés et vous vous garderez d’une superficialité qui crée de faciles illusions et apporte ensuite les fatales déceptions à celui qui se contente, par exemple, seulement de formules apprises par cœur.Il n’est pas douteux — et Nous saisissons l’occasion pour insister là-dessus — que la jeunesse catholique étudiante doit exceller dans toutes les branches de la culture; le devoir l’exige, de même que le veut l’Eglise, qui, aujourd’hui comme toujours, doit défendre la civilisation chrétienne et humaine contre les attaques d’un matérialisme souvent bien masqué.Mais il est tout aussi certain que le développement sans cesse croissant de vos connaissances historiques, littéraires, scientifiques, sans l’approfondissement nécessaire et approprié de la religion, pourrait être tout ce qu’il y a de plus dangereux pour vos âmes.C’est pour cela, très chers jeunes gens, que Nous vous conjurons de continuer cette étude, avec le zèle et la constance qui vous ont conduits cette année à la victoire au Concours (( Veritas )).Ne vous estimez pas satisfaits tant que vous n’aurez pas pénétré — le plus possible —• le sens intime de la vérité religieuse, et tant que cette même vérité n’aura pas pénétré profondément en vous: dans votre intelligence, dans votre imagination, dans votre cœur, dans tout votre être.2.—• Cette étude assidue, attentive et profonde, non seulement assurera la solidité des bases de votre foi, mais elle vous fera éviter ou surmonter les écueils du doute: autre danger que rencontre l’âme des jeunes. 70 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Il n’est pas question ici du doute que nous pourrions appeler « dynamique )) et qui est fécond, constructeur; c’est-à-dire du doute qui (( naît au pied de la vérité )) et est un stimulant pour de nouvelles études et de nouvelles conquêtes.Nous faisons, au contraire, allusion au doute (( statique )), qui presque toujours enfonce ses racines dans l’ignorance ou, tout au moins, dans la faible et imparfaite connaissance.Il faudra donc se soucier de résoudre, chaque fois et radicalement, toutes les difficultés qui se présenteraient et mettraient en péril vos certitudes, peut-être péniblement acquises.Pour arriver à cela vous devez avoir recours à vos maîtres, aux livres de doctrine profonde et objective, à vos propres compagnons qui seraient mieux préparés et plus avancés que vous, sans oublier que la discussion animée et bien orientée peut être elle aussi un excellent moyen, pour soi et pour les autres, d’éclaircir les idées.N’ayez pas la crainte que ce désir de clarification, que cet esprit de recherche, de votre part, puissent se heurter — comme certains le pensent à tort — à l’écueil de quelque vérité scientifique contraire.La vraie science ne peut jamais être contre la foi, parce que jamais une vérité ne peut être en contraste avec une autre vérité, le vrai Dieu étant le seul et même auteur de toute vérité.3.— Nous ajouterons une dernière parole, chers fils et chères filles, et Nous voudrions vous la dire avec le cœur plutôt qu’avec les lèvres.Trop souvent le naufrage de la foi chez les jeunes est provoqué non point par la faible solidité de la culture religieuse, ni par les écueils du doute rationnel, mais plutôt par la boue d’une passion, qui, aujourd’hui, fait des ravages — peut-être plus qu’hier — parce que le démon et les fils du démon ont multiplié démesurément les embûches contre votre vertu.C’est la chaîne du vice impur, qui retient tant de jeunes dans l’obscurité d’un mystérieux cachot aux parois dorées, et qui leur empêche de voir la lumière; c’est la boue des mauvaises mœurs, qui trouble le cœur des jeunes et fait descendre sur l’œil de l’esprit la cataracte du vice.Et quand les âmes sont devenues pour ainsi dire aveugles, un vigoureux torrent de lumière de la grâce est nécessaire pour dissiper leurs ténèbres et les réveiller de leur torpeur.Écoutez, chers fils et filles, la voix émue de votre père; regardez en-haut comme il convient à des êtres humains; élevez même votre regard plus loin, au delà des étoiles, comme doivent le faire les fils de Dieu.Là-haut, dans le ciel, se trouve votre Patrie; là vous attend Dieu votre Père, avec sa couronne, avec sa gloire, avec sa joie. LE CATÉCHISME, OBJET d’inTELLIGENCE, DE FOI, DE VIE 71 Dites-Nous, très chers jeunes gens, que pour vous conserver purs vous n’hésiterez devant aucun martyre: ni le martyre du sang, ni le martyre non sanglant et silencieux, auquel assistent les anges et Dieu.Demandez à Marie, la Mère si pure, la force de vous conserver sans tache au milieu de tant de laideurs, au milieu de tant de boue.Soyez réconfortés par la certitude que vous n’êtes pas seuls à lutter et à vaincre.Dans le lamentable spectacle de ténèbres et de mort, une scène de lumière et de vie est déjà assez visible.En effet, si vous regardez bien autour de vous, vous découvrirez une véritable multitude de jeunesses engagées dans le même combat et visant à la même victoire; fleurs parfumées et pleines d’enchantement dans leur beauté cachée.Peu importe si, préférées par Dieu, elles demeurent éternellement des fleurs par la consécration de toute leur vie, ou si, après une jeunesse immaculée, elles fructifient dans un foyer béni par le Seigneur.Certes, il n’est pas facile de trouver cette floraison de pureté hors du jardin de l’Eglise, et c’est ainsi, très chers jeunes gens, que non seulement vous vous assurerez une protection pour votre foi, mais vous serez aussi une autre preuve que l’humanité d’aujourd’hui, si elle veut se sauver du naufrage, doit regarder l’Église comme la seule capable de tenir efficacement le gouvernail.Cité du Vatican Pie XII.nécROLOGie R.S.Marie Benjamine, P.M.— R.S.Anna Parent-Ste-Euphémie, S.G.M.— RR.SS.Marie-Alba Breher, Marie-Célina Sirois, dite Saint Majoric, Marie-Louise Paquin, dite Sainte Saturnine, Marie-Rose Tousignant, dite Sainte-Ananias, S.C.Q.— RR.SS.Marie Éthel de la Passion, Éva Lussier, Marie Colomba des Sts-Anges, Délia Dorais, F.M.M.— RR.SS.Marie-Léon-Joseph, Mathilda Campeau, Marguerite-Marie de Lorraine, Thérèse Valiquette, S.S.A.25février 1954 R.I.P. SPIRITUALITE L€S SOUffRflnC€S €T LR mORT DU christ, mOD€L€ D€ CHRRIT6 Les paroles et la vie de Notre-Seigneur nous enseignent avec une divine insistance l'importance du pardon et de l’oubli; mais c est en contemplant les souffrances et la mort du Christ que nous voyons son Évangile de charité dans son plus sublime exercice.Il nous montre ce que c’est que d’être miséricordieux jusqu’à la mort et de pardonner comme il l’a fait à ceux qui le conduisent à la mort.Avec son sang, ce pardon se répand sur la terre coupable.Il est élevé au sommet d’une montagne, afin que le monde puisse le regarder et voir dans sa perfection le modèle de la charité qu’il a prescrite à ceux qui voudraient le suivre et être ses disciples.Rencontrez ses yeux quand il regarde Pierre infidèle, écoutez attentivement sa question quand le baiser perfide de Judas brûle sa face sacrée: « Ami, qu’es-tu venu faire ici )) ?(Mt 26, 50).Contemplez-le dans ses heures d’agonie, priant pour ses bourreaux, rassurant le larron qui meurt à côté de lui, et: voyez si jamais votre cœur pourra calomnier ou détracter votre prochain, refuser de pardonner, être indifférent au sort de quelque être humain.Tout au début de la Passion de Notre-Seigneur, et bien semblable à nous dans nos moments de reniement, se trouve Pierre.Monseigneur l’archevêque Goodier, dans son livre The Crown of Sorrow, observe très justement: « Il ne devrait pas être difficile de passer une heure dans des sentiments de contrition avec Pierre »; pour entrer dans son cœur, entrons dans le nôtre propre: rapprochant de la sienne notre faute personnelle, et réalisant combien notre provocation au mal a été légère, comparée à la sienne, et cependant combien ressemblante a été notre chute, — pas si dramatique peut-être —¦, mais n’a-t-elle pas été aussi outrageante ?Nous avons ignoré l’avertissement donné, nous avons failli une première fois après quelque résistance, mais les deuxième et troisième offenses ont été acceptées plus facilement; au milieu de notre action mauvaise, le chant du coq s’est fait entendre, mais nous nous sommes endurcis et nous avons persisté dans notre égarement.C’est l’histoire de tout péché.Il y a toujours quelque excuse.Nous accusons les circonstances dans lesquelles nous vivons, mais combien souvent ne sommes-nous pas obligés de reconnaître qu’en dépit de ces circonstances, la faute est bien tout à notre compte » ? LES SOUFFRANCES ET LA MORT DU CHRIST, MODELE DE CHARITÉ 73 Nous serons bien touchés à la vue du Christ mourant, pardonnant à ses ennemis, mais le pardon de Pierre contient pour nous une leçon d’une importance capitale.Pierre était le compagnon quotidien du Christ et il avait été le plus explicite des Apôtres dans l’expression de son amour; Pierre avait promis fidélité jusqu’à la mort; Pierre avait tiré son épée maladroite pour défendre son Maître.Il allait, comme chef, continuer l’oeuvre du Christ.Si Notre-Seigneur, dans sa divine omniscience, avaït pu s’illusionner, l’illusion en serait ici à son suprême degré.Pierre était un ami et nous conviendrons facilement qu’une injure d’un ami à son ami, est une des plus graves atteintes à la vertu de charité.Ici spécialement, nous avons besoin de l’exemple du Christ.Que fait-il en cette occasion ?Quelle est sa réponse, à ce triste moment où de faux témoignages se lèvent contre lui et que le soufflet du valet dans la cour est encore tout frais sur sa joue saignante ?Mgr Goodier cite l’Évangile: (( Et le Seigneur se retournant, regarda Pierre )) et il ajoute: « Autrefois, quand Jésus et ses disciples traversaient la Samarie, des gens se moquèrent d’eux, et les disciples dans leur indignation, lui demandèrent de faire descendre le feu du ciel pour détruire ces personnes.Il ne le fit point.Il leur rappela simplement la miséricorde.Si ceux qui ont provoqué la malheureuse chute de l’Apôtre avaient entendu les réclamations de leur zèle intempestif pour venger l’outrage des Samaritains, qu’aurait pu maintenant attendre le pauvre Pierre ?En tout cas, que n’aurait-il pas pu attendre ?Sûrement, ce reniement cancellait son ancienne profession de foi; cette association avec ses ennemis annulait sa vocation à l’apostolat; cette faiblesse devant une servante le rendait pour toujours inapte à être appelé le roc! Cependant, qu’a-t-il reçu ?Un regard, un regard d’amour, un regard d’amour mêlé d’un tendre reproche; peut-être que les lèvres de Jésus se sont remuées et que l’Apôtre a entendu le mot « Pierre, mon ami )), comme le traître Judas avait entendu
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.