La vie des communautés religieuses /, 1 mars 1959, Mars
¦¦¦nH WWzm- Vol.17, n.3 MONTREAL Mars 1959 S.S.JEAN XXIII La C.C.C.Le Pape annonce un concile, un synode, la revision du Code de Droit Canonique.66 DOCUMENT EPISCOPAL La C.C.C.La Famille au Canada DROIT DES RELIGIEUX Edouard Gagnon Les Religieux dans le Code de Droit Canonique.74 VIE DES ARTS A.-M.Hamelin L Incident « Maxime » et la cen sure du cinéma.79 PARALITURGIE Adrien-M.Malo Le Chemin de la croix AVEC LA PERMISSION DES SUPERIEURS ECCLESIASTIQUES Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa 959, RUE COTE — MONTREAL 1 CANADA LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES publiée par les RR.PP.Franciscains du Canada paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, en fascicule de 32 pages N.B.Les abonnements commencent en JANVIER.PRIX DE L’ABONNEMENT: $2.75 Tout changement d'adresse est accompagné de la somme de 25 cents.Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.5750, boul.Rosemont, Montréal 36.Tél.: CL.9-69 11 Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général d'Ottawa.M.le Chanoine Cyrille LABRECQUE, directeur de la Semaine Religieuse de Québec.Éditeurs responsables : Les Frères des Écoles Chrétiennes.Secrétariat : 959, rue Côté, Montréal 1, P.Q., Canada.Téléphone : Fr.Bertrand, é.c., UN.1-5431*, (local 1) de 2 h.à 5 h.de l'après-midi tous les jours, excepté le samedi et les fêtes.S.E.Mgr Giovanni Panico nonce au Portugal S.S.Jean XXIII a nommé nonce au Portugal S.F.Mgr Giovanni Panico, délégué apostolique au Canada depuis cinq ans.Le septième représentant du Saint-Siège au Canada se rendra au Portugal vers la fin de mars.Il succédera à S.F.m.le cardinal Fernando Cento, élevé en décembre à la dignité cardinalice.S.E.Mgr Panico, archevêque titulaire de Justiniana, succède en date du 15 novembre 1953 à S.E.Mgr lldebrando Antoniutti, maintenant nonce à Madrid.Avant de venir à Ottawa, il était nonce apostolique au Pérou.Né le 12 avril 1895 au village de Trecase, à l’extrémité sud de la péninsule italienne, S.E.Mgr Jean-Baptiste Panico, ordonné prêtre le 14 mars 1919, commença sa carrière diplomatique à l’âge de 27 ans.Bientôt nommé secrétaire à la nonciature apostolique de Bogota, Colombie, de 1923 à 1926, ensuite, novembre 1926, secrétaire de la nonciature de Buenos Aires avec juridiction sur le Paraguay et l’Uruguay, S.E.Mur Panico retournait en Europe en avril 1931 comme auditeur de la nonciature de Prague; il occupait le même poste à Munich, en août 1932, puis devenait chargé d’affaires au départ du nonce.Il retourna à Prague, 1933, était nommé observateur du Saint-Siège dans la Sarre, à l’époque du plébiscite de la Rhur, 1934, et chargé pendant huit mois de la nonciature de Prague, avant d’être nommé délégué apostolique en Australie, le 17 octobre 1935.11 reçut la plénitude du sacerdoce des mains de S.Em.le cardinal Fumasoni-Biondi, le huit décembre 1935, comme archevêque titulaire de Justiniana.Nommé nonce apostolique au Pérou, le 28 septembre 1948, il devait quitter ce pays pour venir, mars 1954, au Canada qu’il a parcouru d’un océan à l’autre, tous les diocèses ayant eu l’honneur de sa visite.Sa pensée dominante a été toujours le bien de l’Église, l’accroissement des vocations sacerdotales et la propagation de la foi.S.E.Mgr Panico va maintenant exercer son zèle apostolique dans la vieille chrétienté du Portugal, à l’ombre du sanctuaire marial de Notre-Dame de Fatima. la VIE Des communflUTés ReuGieuses Vol.17, n.3 MONTRÉAL Mars 1959 ARTICLES Annonce d’un concile, d’un synode, de la revision du Code de Droit Canonique.Le Bulletin d'information de la C.C.C.communique l'annonce par S.S.Jean XXIII de ces 3 grands événements.66 La Famille au Canada: Cette importante déclaration de l'Episcopat canadien, datée du 13 novembre 1958, doit être connue par les religieux et les religieuses.68 Les Religieux dans le Code de Droit Canonique par M.Édouard Gagnon, P.S.S., supérieur du Grand Séminaire de St-Boniface.74 L’Incident Maxime et la censure du cinéma par A.-M.Hamelin, O.F.M Cet incident révèle l'existence d'un groupe opposé à la censure du cinéma.79 Le Chemin de la Croix par Adrien-M.Malo, O F M , reproduit un chapitre de la récente publication « Le Choc de deux amours ».-.86 COMMUNICATIONS S.E.Mgr Panico, nonce à Lisbonne.c.2 Cours de Spiritualité à Nicolet.c.3-4 Statistiques des religieux.67 Béatification de la Mère Marguerite d’Youville.73 BIBLIOGRAPHIE Les Ages de la vie par Romano Guardini.95 Le Retour du croisé par Ruth Adams Knight.95 La Moniale — qu'en pense /’Eglise ?.96 Conscience morale et loi humaine selon G.Vasquez, S.J., par L.Vereecke, C.Ss.R.96 CONSULTATIONS 8.Le port de F habit religieux 93 S.S.JEAN XXIII Annonce D’un conçue, D*un synoDe, De la Revision du cdc.S.S.Jean XXIII a prié pour les chrétiens persécutés de Chine et pour l’Eglise du Silence, à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, au cours d’un office solennel qui a été célébré dans ce sanctuaire à l’occasion de la fête de la Conversion de saint Paul et de la clôture de l’Octave de prières pour l’unité des chrétiens.Le Pape a été accueilli au monastère bénédictin attenant à la basilique par S.E.Mgr Cesario D’Amato, abbé de Saint-Paul, et par S.E.Mgr Joseph Gori, administrateur apostolique du territoire (( nullius )) de l’Abbaye, et par plusieurs autres personnalités ecclésiastiques.Accueilli au baptistère par les cardinaux, le Pape a remonté la nef centrale de la basilique aux acclamations des fidèles, puis est allé prendre place au trône papal pour assister à la messe célébrée par Mgr D’Amato.A l’Evangile S.S.Jean XXIII a prononcé une homélie en latin.A la fin de la messe, le Saint-Père a récité la prière qu’il a composé pour l’Eglise du Silence et dont voici le texte français publié par « La Croix )) de Paris, livraison du 27 janvier.O Jésus, Fils de Dieu, « qui avez aimé votre Eglise et vous-même pour elle, afin de la sanctifier, et de la faire paraître devant vous glorieuse et immaculée )) Ep.S, 23-27, regardez avec miséricorde les tristes conditions où gît votre Epouse mystique dans certaines parties du monde catholique, et aujourd'hui particulièrement dans la grande nation chinoise.Vous voyez, b Seigneur les embûches qui menacent les âmes de vos fidèles, vous connaissez les insinuations calomnieuses proférées contre vos pasteurs, vos ministres et vos fidèles qui aspirent à répandre la vérité évangélique et votre règne qui n est pas de ce monde ! Combien insistantes et pernicieuses sont les tentatives faites pour déchirer la robe sans couture de votre Epouse, l’Eglise, une, sainte, catholique, l'unique centre de vérité, d'autorité et de salut, le siège de Pierre.Devant le spectacle d'aussi grands maux, nous vous demandons avant tout pardon pour les offenses commises contre vous.En vérité, les paroles que vous adressiez à Saul de Tarse, sur le chemin de Damas : (( Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?)) vous pouvez bien les répéter aujourd’hui comme d’autres fois au cours de l'histoire récente et passée.Nous gardons toujours confiance dans l’efficacité des paroles sublimes que vous adressiez à votre Père, du haut de la croix : « Père, pardonnez-leur parce qu'ils ne savent ce qu ils font » Luc 23, 34.Comme votre sacrifice fut une source de salut universel, qu ainsi, par votre grâce, le martyre que T Eglise, votre Epouse, notre Mère, subit dans diverses régions soit salutaire pour tous les hommes.O Prince de la paix, faites que les évêques et les prêtres, les religieux et les laïcs soient partout et toujours « soucieux de conserver l'unité de l'esprit par le lien de CONCILE SYNODE REVISION DU C.D.C.67 la paix » Ép 4, 3.Que votre force toute-puissante ait raison de tous les calculs humains, afin que pasteurs et troupeaux demeurent obéissants à la voix de l'unique Pasteur universel, le Pontife romain qui sent en son cœur la responsabilité de cette suprême aspiration de votre amour : « Père saint, ceux que tu m'as donnés, garde-les dans ton amour afin qu'ils soient un comme nous sommes un » Jean 17,11.Jetez enfin, ô notre Rédempteur, un regard complaisant sur les mérites et les prières de Marie, votre Mère et la nôtre, l'auguste Reine des Missions et de T Église universelle; aux sueurs, aux sacrifices et au sang d'innombrables héros de la foiy qui vous rendent toujours témoignage, vous souvenant surtout de votre sang prêcieuxy répandu pour la multitude des hommes en rémission des pêchés; donnez à la Chine et au monde entier votre paix, puisqu'il n'y a espérance, victoire et paix qu'en vous seul, Notre Seigneur, Roi immortel des siècles et des nations.Ayant ensuite pris place sur la sedia, le pape s’est dirigé vers la sortie, puis a gagné la loggia d’où il a donné la bénédiction, une courte allocution, dans laquelle il a annoncé la convocation d’un Concile œcuménique, un prochain synode du diocèse de Rome, et la revision du Droit canon.Au cours de l’audience générale qu’il a accordée le quatre février, S.S.Jean XXIII a évoqué la convocation d’un prochain Concile œcuménique dans l’allocution qu’il a adressée aux personnes présentes.Après avoir souligné que cette réunion ne pourrait avoir lieu avant deux ans, et qu’elle s’appellerait Concile du Vatican ou Concile du Latran selon l’endroit où elle se tiendrait, le Pape a invité tous les fidèles à prier, tout d'abord pour le synode diocésain de Rome, « le premier de l’histoire )), qui sera convoqué avant la fin de l’année; ensuite pour la réussite du Concile œcuménique (( qui demandera deux ans de préparation )); et enfin pour la mise à jour du code de Droit canon, (( œuvre qui sera réalisée avec la collaboration des juristes et des canonistes les plus éminents de l’Église ».Le Pape a ensuite prié lui-même avec les fidèles présents à ces trois intentions.Ottawa Service d’Infgrmation de la C.C.C.Statistiques des religieux D’après les dernières statistiques, le nombre des membres des Ordres et des Congrégations religieuses catholiques s’élèverait à plus d’un million; le nombre des Instituts serait de 1,100 environ avec un total de 80,000 résidences.Ces chiffres ne concernent point les religieux qui dépendent de la Congrégation de l’Église orientale ou de la Congrégation de la Propagation de la Foi (Instituts ayant leurs centres ou dans les territoires de l’Église orientale ou dans les pays de Missions). DOCUMENT EPISCOPAL Lfi fflmiLL€ AU CflnflDfl Les archevêques et évêques du Canada, réunis en session plénière à Ottawa, ont affirmé, le 13 novembre, dans une déclaration sur « La famille au Canada » la dignité infrangible du mariage chrétien.Ils ont signalé les conséquences des fautes contre la nature du mariage.L'Episcopat canadien aborde également dans sa déclaration sur la famille le problème du logement, celui du travail féminin hors du foyer, celui des circonstances pénibles dans lesquelles un bon nombre de pères de famille doivent exercer leurs droits et leurs devoirs.L'Episcopat préconise chez tous les organismes une étude approfondie de la situation sociale de la famille et situe le role de ! Etat dans ce contexte de rénovation familiale.Voici le texte intégral de la déclaration sur « La famille au Canada, » telle que remise aux média d'information par le Service d’Information de la Conférence Catholique Canadienne.L’idée chrétienne du mariage est en butte aujourd’hui à tant d’assauts, et la vie de famille si souvent compromise, qu’il n’est pas superflu de rappeler que le mariage a été institué par Dieu lui-même.C’est le Créateur qui a mis au cœur de l’homme l’aspiration à la vie conjugale.Et le Christ n’a pas seulement réitéré le précepte du Créateur aux premiers jours du monde, mais II a élevé l’union de l’homme et de la femme à la dignité de sacrement.Il a ainsi donné aux époux le moyen d’atteindre la sainteté de leur état.Et comme nos premiers parents ont reçu du Tout-Puissant l’ordre formel de propager par leur union la race humaine, la famille elle-même tient donc son origine de Dieu, la procréation des enfants et leur éducation constituent la fin primordiale et la bénédiction suprême du mariage.Il résulte de là que le dessein divin sur le mariage et la famille ne saurait être transgressé ni par le caprice de l’homme ni par aucune loi humaine.Bien plus, la société civile elle-même doit respecter en tout la nature véritable de l’union matrimoniale et les droits sacrés de la famille.Quand, par exemple, l’Église aborde les problèmes économiques et sociaux, c’est parce que dans certains cas ils affectent ou menacent le bien-être de la famille.La reconstruction sociale sur laquelle l’Eglise insiste sans se lasser a pour but d’aider la famille à atteindre toute sa destinée, temporelle et éternelle.D’ailleurs l’histoire ne démontre-t-elle pas qu’aucune civilisation ne survit longtemps sans une vigoureuse vie de famille; et que sa décadence est ordinairement annoncée par la désagrégation du foyer, le divorce, le refus des époux d’engendrer des enfants. LA FAMILLE AU CANADA 69 FAUTES CONTRE LA NATURE DU MARIAGE Le désir de limiter les naissances amène trop souvent les époux à recourir à des pratiques anti-conceptionnelles.Or de tels actes vont non seulement à l’encontre des volontés divines mais encore sont contre la nature humaine elle-même.Comme la conception de tout être humain comporte la création d’une âme spirituelle et immortelle, il est grave de détourner de sa fin ce pouvoir de la nature.Pour cette raison nous tenons donc à rappeler l’enseignement constant de l’Eglise, basé sur la loi divine et la loi naturelle; de vouloir limiter les naissances par des moyens illégitimes constitue toujours un péché.Le divorce pour sa part ruine le bien-être de l’homme qui devrait trouver dans une union stable une sécurité nécessaire pour lui et les siens.La stabilité de la société dans son ensemble est elle-même compromise.Car si le divorce semble résoudre momentanément un problème conjugal, il ne manque jamais d’engendrer une foule d’autres difficultés, tant pour l’individu que pour la société.Le mariage est, de sa nature, indissoluble; c’est-à-dire qu’il ne peut être dissout par une simple autorité humaine.Le divorce, en s’attaquant au fondement de la vie conjugale, menace sérieusement la structure de la famille, et par là de la société toute entière.Il est vrai que certains couples, au prise avec des difficultés innombrables, ont cru trouver dans le divorce ou l’emploi de pratiques anti-conceptionnelles une solution à leurs difficultés.Dans leur faiblesse, cependant, se détournant des sacrifices personnels qu’exigent la paix domestique et l’entretien de la famille, ils n’ont alors connu qu’une fausse solution à leurs problèmes.Tout ceci souligne la nécessité urgente d’apporter une solution aux problèmes qui constituent à l’heure actuelle, pour bien des époux, une tentation de péché contre les desseins de Dieu.Cela met également en valeur le besoin de cours de préparation au mariage, destinés à bien préparer les jeunes gens à leur nouvel état de vie.LE PROBLEME DU LOGEMENT Si nous tournons maintenant nos regards vers le Canada, en particulier, le problème du logement apparaît comme l’une des plus grandes menaces au bien-être de la famille.Le Ministre du Travail au Canada constatait récemment que beaucoup de citoyens vivent 70 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RFLIGIEUSES dans des demeures quaucun Canadien ne devrait habiter.Et de là proviennent des désordres sans nombre.Une mauvaise habitation empêche la famille de se développer normalement et de voir s’épanouir les talents de ceux qui la composent.Elle est aussi l’une des causes principales de la délinquence juvénile, et de la criminalité en général.Or n’y a-t-il pas lieu de nous demander si les maisons en cours de construction sont bien ce qu’elles devraient être ?Architectes, entrepreneurs et bailleurs de fonds ne semblent-ils pas trop souvent le problème croissant, jusque dans les centres urbains, du logement de la famille nombreuse ?Une telle famille a besoin, dans sa maison comme au dehors, de plus d’espace pour vivre et grandir.TRAVAIL FÉMININ HORS DU FOYER Au problème du logement se rattache encore, par certain côté, un autre mal qui affaiblit et divise la famille, le travail de la mère hors du foyer.Une statistique récente du Ministère fédéral du travail établit, que, sur quatre femmes qui acceptent de l’emploi, une le fait uniquement pour aider à défrayer le coût du logement familial.(1) Et la majorité des femmes qui travaillent, du reste, estime qu’aujourd'hui la situation économique de la famille est telle que, à moins de vouloir se priver de tout, sauf du strict nécessaire, la mère est obligée de gagner quelque argent hors du foyer fl).Il ne s’agit donc pas ici de condamner indistinctement le travail féminin.Car, S.S.le Pape Pie XII l’a justement signalé, il sera inutile de prêcher aux femmes le retour au foyer aussi longtemps que la situation présente la contraindra à le délaisserfS).Il faut donc s’attaquer à la racine du mal, et aux causes profondes de cette situation qui met en péril les assises mêmes de la famille.Car la mère de famille qui travaille hors du foyer ne peut pas pourvoir comme elle le doit aux besoins des siens.Elle ne peut pas diriger, comme elle seule peut le faire, l’éducation physique, intellectuelle, spirituelle et morale de ses enfants.1.Les femmes mariées en emploi rémunéré, page 55 et 84 — publié par le ministère du travail 1958.2.SS.le Pape Pie XII, Les devoirs de la femme dans la vie sociale et politique, 1942, 705.3.Idem, 1943; 710, 714. LA FAMILLE AU CANADA 71 Que dire, dès lors, du grave péril qui menace la structure même d’un foyer que la mère abandonne à son sort, alors que les circonstances ne l’obligent pas à travailler au dehors.(4) La fille de cette femme mondaine, — affirme avec raison le Saint-Père, — voyant toute la gouverne de la maison livrée à des mains étrangères, tandis que sa mère se complaît en des occupations frivoles ou en de futiles divertissements, voudra elle aussi suivre cet exemple, s’émanciper au plus tôt et, selon la malheureuse expression courante « vivre sa vie ».Comment pourra-t-elle concevoir jamais le désir d’être la véritable dame de son foyer, c’est-à-dire, la maîtresse de maison d’une famille heureuse, prospère et digne ?La négligence de la femme et la déformation de son rôle de mère de famille ne sont pourtant pas les seules causes du malaise que nous déplorons.Souvent aussi c’est le père de famille qui se montre inférieur ou qui manque à ses obligations.LE PÈRE DE FAMILLE Comme chef de la société domestique, le père a le droit et le devoir de subvenir aux besoins de sa famille.Mais le manque de travail ou l’insuffisance du salaire laisse malheureusement trop de pères de famille dans l’impossibilité de le faire convenablement.Aussi toutes les institutions, publiques ou privées, doivent-elles conjuguer leurs efforts pour assurer au père de famille un travail et un traitement qui lui permettent de pourvoir aux besoins normaux de sa famille{S).Et à cet aspect social du problème se trouve aussi lié le devoir personnel du chef de famille, qui consiste à travailler avec énergie et à gérer avec prudence le fruit de son travail en vue du bien-être de sa famille.Une mauvaise administration du budget du père de famille sont à l’origine de bien des malheurs.Car alors celui qui devrait être le chef de la famille manque gravement à ce devoir.Ne faut-il pas espérer qu’une réduction progressive des heures de travail laisse plus de temps au père de famille pour bien connaître ses enfants, et aux enfants pour bien connaître leur père ?Car le père doit s’efforcer d’être pour tous ses enfants un ami et un guide qui les comprenne, un confident, un conseiller qu’ils aiment et qui 4.S.S.Pie XII, Sertum lœtitiae, 1937, 936.5.Allocution de Fie XII à un groupe de familles espagnoles 14 août 1958. 72 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES ait leur confiance; pour ses fils surtout, il doit être un modèle d'énergie et de constance, un exemple vivant qu’ils admirent et qu’ils suivent.Ainsi saura-t-il, en parfaite harmonie d’effort et de pensée avec la mère, diriger l’éducation au foyer.UNE ETUDE APPROFONDIE DE LA SITUATION S’IMPOSE Il n’est pas moins urgent de favoriser la connaissance approfondie de tous les facteurs sociaux qui intéressent la famille canadienne.Bien des organismes qui ne demandent qu’à servir la communauté pourraient ici faire œuvre fort utile en encourageant et en facilitant les travaux de recherche qui s’imposent.Et, pour leur part, nos Universités devraient orienter de plus en plus leurs étudiants vers l’étude des conditions sociales susceptibles d’affecter la famille canadienne.Il reste encore dans ce domaine beaucoup de lacunes à combler.LE RÔLE DE l’ÈTAT Mais, outre le devoir qu’ont les parents de toujours mieux tenir leur rôle; outre l’obligation qui incombe aux universités, aux syndicats ouvriers et patronaux, aux associations de toutes sortes de faire toujours davantage pour la famille canadienne, il reste aux autorités publiques une tâche vitale à accomplir.Les allocations familiales ne sont qu’un exemple de ce que peut et doit faire l’État pour venir en aide à la famille.Celle-ci a droit d’en attendre bien plus encore.La stabilisation économique nécessaire pour que l’argent gagné ou épargné garde bien toute sa valeur par rapport aux biens et aux services essentiels, n’est que l’une de ces mesures nombreuses et variées, qu’il serait trop long d’énumérer ici.Au reste, c’est, peut-on dire, toute la législation qui, dans quelque domaine que ce soit, a des répercussions toujours graves sur le bien-être et sur la stabilité de la famille canadienne.Aussi y a-t-il lieu de presser les Gouvernements, chacun selon sa compétence propre, de considérer avant tout la famille dans toutes les mesures publiques qu’ils décrètent ou qu’ils mettent à exécution, et de n’oublier jamais que la famille a des droits sacrés, antérieurs et supérieurs à ceux de toute autre institution, y compris l’Etat lui-même.Ainsi aidées et protégées, les familles elles-mêmes seront plus en mesure de se rapprocher du modèle de l’idéal chrétien, et deviendront LA FAMILLE AU CANADA 73 ainsi de véritables centres de sainteté, où le Seigneur est présent avec sa grâce, où Ton prie en commun, pour assister ensuite aussi en commun aux offices du culte divin et recevoir les sacrements; où la loi de Dieu est observée exactement, où chacun de ses membres aspire sérieusement à la perfection en recourant aux moyens que la vie de famille elle-même procure et en accomplissant les devoirs qui lui sont propres; où se forgent les esprits de futurs enfants dignes de l’Eglise, où il y a assez de chaleur et de feu pour que les rayons bienfaisants s’en fassent sentir à tous ceux qui les entourent; où se posent douvement les regards d’un Dieu qui sait bien que, là est faite constamment sa très sainte et adorable-volonté.Ottawa La C.C.C.Béatification de la M.d’Youville La R.S.Beatrice Saint-Louis, S.Gle des RR.SS.Grises de Montréal, a reçu de Rome le câblogramme dont voici le texte: « Congrégation générale heureuse.Saint-Père bénit les Sœurs Grises.Attendons sous peu date de béatification.Rendons grâces à Dieu.» En presence de S.S.Jean XXIII, les cardinaux de Curie et la Sacrée Congrégation des Rites ont accepté comme authentiques, le dix février, les deux grands miracles essentiels à la béatification de la M.d’Youville, fondatrice, en 1738, des SS.Grises de Montréal qui n’ont cessé de se consacrer aux œuvres de charité et d’éducation.Elles ont essaimé en 5 autres communautés autonomes: St-Hyacinthe, 1840; Ottawa, 1845; Québec, 1849; Philadelphie, 1921 et Pembroke, Ontario, 1926, se sont détachées de la communauté d’Ottawa.Leur activité missionnaire s’étend aux deux Amériques, à l’Afrique et à l’Asie.Elles comptent 7,000 professes dans 325 maisons, hôpitaux et écales.Le vote termine l’étude du dossier de Marie-Marguerite Durrost de Lajemmerais, veuve de François d’Youville; née le 15 octobre 1701, à Varennes, près de Montréal, elle donna deux fils au sacerdoce, ses quatre autres enfants mouraient en bas âge.La R.M.d’Youville est décédée le 23 décembre 1771.Seule la publication officielle sur les mérites généraux et sur les miracles est encore nécessaire avant qu’elle ne soit proclamée bienheureuse au cours d’une cérémonie qui se déroulera à St-Pierre de Rome, probablement en mai prochain.La cause de béatification de Mère d’Youville a été introdu te à la Congrégation des Rites le 26 avril 1890.Le 3 mai 1955, Pie XII a publié le décret d’héroïcité des vertus de la fondatrice des Sœurs de la Charité: il devait présider la réunion de la Congrégation des Rites le 22 octobre dernier.C’est cette réunion qui vient d’avoir lieu. DROITS DES RELIGIEUX L€S R€LIGI€UX DFinS L€ COD€ DU DROIT CflnoniQU€ Nous ne tenterons pas de donner un résumé de la législation canonique relative aux religieux.Nous évoquerons simplement en ses traits distinctifs la personnalité juridique de ces membres de l’Eglise que sont les religieux.Par les engagements qu’il prend envers Dieu et l’Église et par l’acceptation officielle que l’autorité ecclésiastique accorde à ces engagements, le religieux obtient dans l’Eglise une place spéciale.Ses droits et ses devoirs de chrétiens se trouvent précisés et orientés; ils ne sont pas diminués, encore moins sacrifiés.Il fut un temps où certaines législations civiles, le Code Napoléon et le Code civil de la Province de Québec par exemple, parlaient de mort civile à propos des religieux et restreignaient l’extension de leur personnalité juridique: ces restrictions ont été heureusement abrogées.L’Église, elle, n’a jamais privé les religieux d’aucun des droits acquis au baptême, pas plus qu’elle ne les exempte des obligations communes à ses autres fils.Le Souverain Pontife le rappelait dans un discours récënt, la profession religieuse n’implique aucune « diminution de la valeur personnelle et sociale du religieux; si ses droits subissent une certaine limitation, l’état auquel il appartient, l’offrande qu’il fait de lui-même par l’obéissance, lui confèrent une dignité qui compense largement le sacrifice consenti ».( 1 ) Mais le Droit canonique est logique.La vie religieuse doit fournir à celui qui l’embrasse librement les moyens qu’il en attend pour parvenir à la perfection et faire son salut.En reconnaissant la valeur particulière de cette vie et en y admettant officiellement certains de ses fils, l’Église se doit d’en protéger la pureté, le sens véritable et l’efficacité.Elle le fera par ses lois.LA VIE RELIGIEUSE « Il faut, déclare le Code, que tous tiennent en honneur l’état religieux, autrement dit la manière stable de vivre en commun par laquelle les fidèles entreprennent d’observer non seulement les préceptes communs, mais encore les conseils évangéliques, par les vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté )) (c.487).C’est une définition de la vie religieuse que donne ainsi le Code, tout en visant comme but immédiat d’attirer l’attention sur le respect qui est dû à ce genre de vie trop souvent attaqué ou décrié.Les religieux ne tendent pas à un but ultime différent de celui que doivent poursuivre tous les fils de Dieu: procurer la gloire de leur Créateur et Père tout en atteignant leur propre perfection et leur salut éternel.Mais la voie qu’ils suivent pour arriver à ce but est différent: elle consiste dans un genre de vie bien déterminé avec ses visées immédiates et ses règles de conduite.
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