La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1959, Novembre
OMMNAUTÉS RELIGIEUSES du CANADA 5, 6, 7, 8 et 9 octobre 1959 MONTRÉAL Vol.17, n.9 ovembre 196^ à l’occasion des fêtes d Tricentenaire de la Hiérarchie HONNEUR A MGR François de Montmorency Laval 1er ÉVÊQUE DE QUÉBEC Fondateur de l’église du Canada AVEC LA PERMISSIOH DES SUPERIEURS ECCLESIASTIQUES Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.959, RUE CÔTÉ — MONTRÉAL 1 CANADA LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES publiée par les RR.PP.Franciscains du Canada paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, en fascicule de 32 pages N.B.Les abonnements commencent en JANVIER.PRIX DE L’ABONNEMENT: $2.75 Tout changement d'adresse est accompagné de la somme de 25 cents.Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.5750, boul.Rosemont, Montréal 36.Tél.: CL.9-6911 Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général d'Ottawa.M.le Chanoine Cyrille LABRECQUE.Éditeurs responsables : Les Frères des Écoles Chrétiennes.Secrétariat : 959, rue Coté, Montréal 1, P.Q., Canada.Téléphone : Fr.Bertrand, é.c., UN.1-5431*, (local 1) de 2 h.à 5 h.de l'après-midi tous les jours, excepté le samedi et les fêtes.HommflGe n i_’€Glis€ De québcc L’épiscopat canadien, réuni en assemblée plénière à Québec, à l’occasion des fêtes du tricentenaire de la hiérarchie catholique du Canada, se sent heureux de renouveler ici le geste des pères du premier concile plénier de Québec, et d’exprimer l’hommage de sa vénération et de sa gratitude pour l’église-mère de Québec, qui a enfanté et nourri de son sein toutes les églises du Canada et un très grand nombre de celles des Etats-Unis d’Amérique.11 offre à son excellence révérendissime monseigneur Maurice Roy, archevêque de Québec et primat du Canada, ses plus fraternelles félicitations pour l’heureux événement qui se célèbre en ce moment, et joint ses actions de grâces aux siennes pour les bénédictions de toutes sortes qu’a apportées à la patrie canadienne l’épiscopat de Mgr de Laval et de ses successeurs sur le siège de Québec.Il formule enfin le souhait que, pour hâter, selon qu’il sera dans les desseins du très-haut, l’élévation aux honneurs des autels du grand évêque-fondateur, on récite partout au pays, conformément aux dispositions de l’ordinaire du lieu, la prière, déjà approuvée par la sacrée congrégation des rites, pour la canonisation de Mgr François de Montmorency-Laval. la VIE Des communnuTés ReuGieuses Vol.17, n.9 MONTRÉAL Novembre 1959 ARTICLES LES PRÉCURSEURS Adrien-M.Malo, O.F.M.Les Récollets, pionniers de la foi.258 ESQUISSE S.E.Mgr P.Bernier La vie de Mgr de Laval.260 RÉCEPTION LITURGIQUE J.T.Larochelle Nous plaçons de grands espoirs dans le Canada.261 HOMÉLIE Card.A.Ottaviani La dévotion gue vous portez à vos propres évêgues.264 SAINTETÉ Jean-M.Fortier, prêtre La cause de béatification.271 Émile Legault, C.S.C.Dans les intentions du fondateur .275 CONSULTATIONS 33.Attitude vis-à-vis d’une psychopathe.281 34.Comment commence le noviciat.281 35.Délai pour le renouvellement des vœux temporaires.281 36.Collaboration avec l’aumônier pour que tous s’adressent à lui.281 37.Origines de l’ordre des Carmes.283 38.Préséance d’un provincial qui réside au généralat.284 39.La participation active à une messe est-elle l’oraison prescrite ?.285 40.Devoir des préposés aux examens de fin d’année.286 41.Vente pour la collation du matin et du soir.287 42.Peut-on garder un cleptomane en communauté ?.287 COMMUNICATIONS * Hommage à l’Eglise de Québec.c.2 Mgr P.Bernier réélu président de la C.C.C.c.3 Exposition d'art religieux.c.4 Le voilier S.-André.239 Mgr Sebastiano Baggio, délégué apostolique au Canada.263 Un prêtre réduit à l’étal laïque.274 LES PRECURSEURS L€S R6COLL6TS, PIOnni€RS D€ Ln FOI La fondation d’une église constitue un acte complexe.Comme pour l’établissement de l’Eglise, elle suppose le travail des précurseurs.Nommons Jacques Cartier qui plante la croix à Gaspé en 1532; nommons surtout Champlain qui en 1608 fonde Québec; ayant reconnu qu’il existe dans ce nouveau pays des peuples sans foi ni loi, le fondateur affirme se sentir obligé de leur faire connaître le vrai Dieu.« Pour y parvenir, explique Champlain, je me suis efforcé de rechercher quelques bons religieux qui eussent le zèle et affection à la gloire de Dieu pour les persuader d’envoyer et se transporter avec moi en ces pays et d’y planter la foi ».Les religieux choisis appartiennent à l’une des quatre branches des Frères Mineurs de l’Observance, appelés alors Récollets; depuis 1897, cette appellation a disparu pour être remplacée par celle de Frères Mineurs, nommés dans le langage populaire Franciscains.En 1614, aux cardinaux et évêques de France réunis à Paris, le R.P.Garnier de Chapouin, provincial de la province de Saint-Denys, expose son projet accueilli et soutenu avec grande faveur.Pendant que leurs frères d’Italie disputent l’Allemagne aux hérétiques, que ceux d’Espagne s’élancent à la conquête du Nouveau-Monde, quatre Récollets, munis de l’approbation du pape Paul V, arrivent à Québec dans les premiers jours de juin 1615.Le P.Dolbeau construit immédiatement la première église de Québec et de tout le Canada; le P.J amet suit les trafiquants jusqu’au delà du futur Montréal pour acquérir des notions exactes sur le pays et ses habitants, le P.Le Caron ne craint pas de se rendre dans le pays des Hurons où pas un blanc n’a encore pénétré.La suite des travaux de nos premiers missionnaires, assistés du Frère Pacifique Duplessis, convers, est racontée en détail dans un volume fort intéressant intitulé L'Etablissement de la foi 1616-1629 par Odoric-Marie Jouve, O.F.M., Québec 1915, xvii, 506pp.Dans la préface de ce volume, S.Em.le cardinal L.N.Bégin écrit: « Ces dignes fils du patriarche d’Assise, tout animés qu’ils sont du plus beau zèle apostolique, ne veulent cependant recevoir que de Rome, source de tout pouvoir religieux, la mission sainte de venir établir la foi dans ce pays nouveau.Et l’on peut donc se réjouir de voir notre Eglise canadienne, dès ses origines, s’attacher comme obstinément au Pontife romain ». LES RÉCOLLETS, PIONNIERS DE LA FOI 259 En 1625, les Pères Jésuites débarquent à Québec; en 1629, Récollets et Jésuites retournent en France avec Champlain qui le 19 juillet a capitulé aux mains des Kirke.Dès 1632, les Jésuites reviennent à Québec, tandis que les Récollets n’y retourneront qu’en 1670 en compagnie de l’intendant Jean Talon.En 1659, l’âge héroïque est clos; avec Mgr François de Montmorency Laval s’ouvre l’âge de l’organisation.Le troisième centenaire de l’établissement de la foi au Canada fut très dignement célébré par des fêtes à Montréal, Lafontaine dans la province d’Ontario et surtout à Québec, les 28, 29, 30 et 31 octobre 1915.Malgré les difficultés créées par la première guerre mondiale qui sévit en Europe depuis plus d’un an, les organisateurs tracent et exécutent un programme apte à souligner le rôle de la foi dans la vie nationale et la reconnaissance due au Seigneur pour le don sublime de la foi.Le R.P.Odoric-M.Jouve, O.F.M.recueillit les souvenirs de ces fêtes en un volume de xiii-498 pages sous le titre de Le Troisième centenaire de T établissement de la foi au Canada, Québec 1917.A cette occasion l’église conventuelle des Franciscains à Québec reçut les honneurs de la consécration et la ville de Québec s’enrichit d’un nouveau monument élevé sur la Place-d’Armes à l’honneur de la loi et à la gloire des Récollets, premiers missionnaires du Canada.Montréal Adrien- M.Malo, o.f.m.Le voilier S.-André On sait que le voilier Saint-André amarrait à Montréal en octobre 1659 avec 107 personnes à son bord dont Jeanne Mance, qui n’en était pas à sa première arrivée à Ville-Marie, et Marguerite Bourgeois, qui y revenait pour la deuxième fois.L’histoire raconte que sur les 107 passagers qui débarquèrent à Ville-Marie, Jeanne Mance, qui amenait avec elle trois Hospitalières de La Flèche, en avait recruté plus de 40 à elle seule.Les femmes et les filles arrivées sur le Saint-André n’ont pas laissé de noms et quelques hommes ont vu leur postérité s’éteindre au cours des siècles, mais quelques noms ont survécu et leurs descendants forment aujourd’hui plus de 18,000 familles.Si l’on tient compte de la descendance indirecte, elle compte peut-être plus de la moitié de la population actuelle de Montréal.C’était grande fête pour les familles Cardinal, Charbonneau, Courtemanche, Cuerrier, Goyette, Mathieu, Roy et Trudeau, qui ont célébré le troisième centenaire d’arrivée à Ville-Marie de leurs ancêtres à bord du voilier Saint-André.A l’issue du buffet, au chalet du Mont-Royal, le R.P.Archange Godbout, o.f.m., président-fondateur de la Société généalogique canadienne-française, a brièvement retracé le voyage et l’arrivée du Saint-André sur lequel se trouvait son ancêtre. €SQUISS€ D€ Lfl Vl€ D€ monseioneuR dc lavrl 30 avril 1623.Naissance de François de Laval à Montigny-sur-Avre.1er mai 1647.François de Laval est ordonné prêtre.8 DÉCEMBRE 1658.Le nonce apostolique à.Paris, le cardinal Celso Piccolomini, confère l’épiscopat à François de Laval, dans l’abbaye de Saint-Germain des Prés.13 avril 1659.François de Laval, vicaire apostolique de la Nouvelle-France et évêque titulaire de Pétrée part de La Rochelle.16 mai 1659.Monseigneur de Laval s’arrête à L’Ile Percée.16 juin 1659.Monseigneur de Laval arrive à Québec.26 mars 1663.Monseigneur de Laval fonde le Séminaire de Québec.9 octobre 1668.Inauguration du Petit Séminaire de Québec.1er octobre 1674.Le pape Clément X érige le diocèse de Québec, François de Laval en devient le premier titulaire.24 janvier 1688.Avec l’approbation du Bx Innocent XI, Monseigneur de Laval démissionne pour cause de santé.6 mai 1708.Mort précieuse de Monseigneur de Laval dans une chambre du Séminaire de Québec. RÉCEPTION LITURGIQUE LE 5 OCT.1959 nous PLflcons D€ GRnnDs espoirs Dfins L€ cnnfiDfl Dans la basilique Notre-Dame, en présence des plus hautes autorités civiles, y compris S.E.le major général Georges Vanier et tous les minisrres du cabinet provincial, est lue en latin, en français et en anglais la lettre de S.S.Jean XXIII accréditant S.Em.le cardinal Alfredo Ottaviani et addressant un message au peuple canadien Nous vous chargeons, vous, notre très cher fils, de leur porter ce message et de les exhorter.De toute votre âme, dites bien à ceux qui prendront part aux fêtes de ce centenaire que nous plaçons de grands espoirs dans le Canada, dans ce pays si riche en grands travaux, en brillants esprits, en cœurs profondément religieux, comptant que la bonne renommée du peuple chrétien ne fera que grandir dans leur patrie et qu’ils en porteront même au loin le rayonnement et les bienfaits.Au moment où une multitude d’hommes, éblouis par les erreurs du matérialisme et aveuglés par l'orgueil, s'avancent vers T abîme, il faut que, suivant une voie opposée, tous les fils de la noble patrie canadienne qui sont fiers de professer la foi chrétienne recherchent avant tout les trésors spirituels, qu'ils acceptent loyalement les devoirs que la foi leur impose, qu’ils respectent en eux-mêmes, comme leur plus précieux héritage la dignité dont la foi ennoblit leur âme; avec ardeur et persévérance, ils rechercheront les biens du ciel; s'appuyant sur les promesses divines, ils monteront plus haut dans l'amour du bien incorruptible et dans l'espérance de la pleine lumière.Après la lecture de ce document papal, S.E.Mgr Maurice Roy a rappelé à grands traits les œuvres admirables de la foi en Amérique depuis trois siècles.Il concluait ainsi : Nous avons le devoir de ne pas ignorer les merveilles que la providence multiplie dans les âmes par le ministère des hommes : nous devons faire monter nos actions de grâces vers celui qui est vraiment notre père et la source de tout bien, nous avons besoin de raffermir notre espérance.nous voulons enfin faire croître la vertu sur laquelle reposent toutes les autres: la foi des apôtres et des martyrs.Il y a trois cents ans, le Pape envoyait en Amérique le premier évêque de Québec avec la mission de garder et de faire fructifier ce précieux dépôt.Notre plus grand honneur, c’est que cette foi soit restée vivante; notre plus grand désir, c’est qu elle ne cesse jamais de grandir et de rayonner.Le légat papal se leva alors de son trône, visiblement ému, puis d’un ton à la fois paternel et très digne, il a prononcé l’allocution suivante, les cinq premiers paragraphes en français, les trois suivants en anglais et les autres en français.Avant tout, je tiens à vous exprimer un merci très cordial et très sincère pour votre accueil, si aimable et solennel à la fois.Comme je vous apporte la parole de Rome et comme je représente à vos yeux le souverain pontife lui-même, je comprends que l'hommage que vous faites à ma personne se dirige plus haut et plus loin, jusqu à rejoindre le Saint Père Jean XXIII.Dans cet hommage je me plais à entendre la voix d’un pays profondément catholique, la voix du Canada, cette nation qui dès sa naissance à la civilisation chrétienne selon l’esprit de Mgr de Laval, sut être à la fois catholique et missionnaire : 262 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Vocatus vocavit.Cette naissance simultanée du christianisme et de T esprit missionnaire est justement pour moi, ce qui rend si merveilleuse l'histoire de vos origines.En effet, c'est toute une mission qui devient le germe de nouvelles missions, et cela à travers les angoisses, la persécution, le sang et la mort.Ce sens héroïque, cette ardeur épique, je le sais, sont encore en vos cœurs; et, alors qu'à mon arrivée parmi vous, vous saluez en moi le légat du Pape, je salue en vous toute votre histoire et votre vie de chrétien, je salue aussi les évêques et les autorités civiles.Dans mon salut à la hiérarchie canadienne, j'entends comprendre tous vos évêques des trois siècles qui ont hérité de Mgr de Laval les vertus et le zèle dont on a le plus éloquent témoignage par la tradition toujours vivante d'un peuple qui avec fermeté et fierté garde la plus loyale fidélité à la saine doctrine, le sens le plus profond et chrétien de la famille, une dévotion toute spéciale à la Sainte Vierge, une fidèle obéissance à ses pasteurs et un exemplaire attachement au Saint-Siège.Avec des fidèles comme vous, l'Église du Canada ne peut faillir.Avec des citoyens comme vous, l'histoire pourra éviter l'abîme de barbarie que voudraient machiner les ennemis de Dieu et de l'homme, les adeptes de cette pseudo religion pour laquelle le néant ou la matière est érigée en Dieu, et le culte rendu à ce Dieu est constitué par une terreur inhumaine.Sachez être grand, comme vous êtes pieux, courageux et honnêtes; et votre avenir tient les promesses de votre passé, nous pouvons l’envisager avec une confiance plus grande que celle que nous inspirerait le présent d'un monde tourmenté.Je m'incline respectueusement devant vos églises, vos maisons religieuses, devant les cimetières où reposent ceux qui vous sont chers, devant tous vos lieux saints, et je vous bénis, vous, vos enfants, vos activités et vos espérances, plutôt, c’est Jean XXIII qui vous bénit par mon intermédiaire.Puisque notre mission de légat du Saint-Père débute par cette célébration du troisième centenaire de ! établissement de la hiérarchie canadienne, c’est avec joie que nous adressons un hymne d’action de grâces à notre Père qui est au deux.C’est lui qui nous a donné en son fils Jésus le grand prêtre de la nouvelle alliance et du royaume éternel.Action de grâces aussi pour avoir comblé cette terre bénie du Canada pendant les trois derniers siècles des grâces de choix de l’épiscopat et du sacerdoce.Nous rendons grâces à Dieu pour tous ces évêques et ces prêtres qui, en dépit de toutes leurs caractéristiques purement humaines, ont été consacrés par le Seigneur dignes héritiers de cette glorieuse tradition dont les anneaux brillants ont formé cette chaîne qui pare /’Eglise du Canada.Dieu nous accorde que tous les fidèles fassent la joie et la consolation de leurs évêques : fjue ce soit là le premier fruit de cette bénédiction que le Saint-Père vous accorde par son légat.Puis, après une pause de quelques instants, le cardinal Ottaviani, se tournant vers Mgr Roy, a poursuivi: Et maintenant permettez-moi d'accomplir le très agréable devoir de remettre dans les mains du Primat de F Église canadienne le ciboire que le St-Père m’a chargé d’offrir en son nom à cette église primatiale du Canada, la basilique de Notre-Dame GRANDS ESPOIRS DANS LE CANADA 263 de Québec, comme témoignage et souvenir de sa cordiale et personnelle participation aux fêtes centenaires de la hiérarchie canadienne, et comme symbole de l'union dans la joi et dans la charité qui se manifeste entre pasteurs et fidèles dans la communion sacramentelle.Visiblement surpris, Mgr Roy s’avance alors lentement vers le trône pontifical.Il s’incline respectueusement et accepte du légat papal le précieux ciboire, dont Sa Sainteté Jean XXIII a fait don à l’église primatiale du Canada.L’émotion et la grande joie du primat rayonnaient sur sa figure, ordinairement si sereine.Après cette remise du cadeau pontifical, — si imprévue qu’aucun photographe ne se trouvait là — tous les évêques et archevêques présents furent présentés au cardinal-légat par S.Exc.Paul Bernier.J.T.Larochelle Mgr Sebastiano Baggio, délégué apostolique au Canada Jean XXIII a daigné nommer délégué apostolique au Canada, S.E.Mgr Sebastiano Baggio, nonce apostolique au Chili, depuis 1953.S.E.succède à Mgr Giovanni Panico nommé récemment nonce apostolique au Portugal.Le nouveau délégué apostolique au Canada est né à Rosà, au diocèse de Vincenza, Italie, le 16 mai 1913.Il a été ordonné prêtre le 21 décembre 1935.Nommé nonce apostolique au Chili le 16 mai 1953, il recevait la plénitude du sacerdoce le 26 juillet de la même année.Étudiant à l’université pontificale Grégorienne, doctorat en Droit Canonique, il est entré dans la carrière diplomatique, son certificat de diplomatie ecclésiastique, son diplôme de paléographie des Archives secrètes vaticanes et celui de bibliothéconomie de la Bibliothèque apostolique vaticane.A titre d’attaché, il fait partie du personnel de la nonciature apostolique à Vienne, en 1936, est successivement secrétaire de la nonciature apostolique d’El Salvador, de la Bolivie, du Vénézuéla et de la Colombie (1948-1950).Au mois de juin 1950, il est nommé substitut de la Sacrée Congrégation Consistoriale.En cette qualité, il accompagnait en 1951, au cours de son voyage au Canada, / S.Em.le cardinal A.-J.Piazza, secrétaire de la Sacrée Congrégation Consistoriale, a pris contact une première fois avec de nombreux diocèses du Québec et quelques-uns de l’Ontario, en juillet et août 1951.Vers la fin de 1950, il a agi en qualité d’assistant ecclésiastique national des scouts catholiques italiens (ASCI) et « d’officier de liaison )) du Bureau international des coûts auprès du Saint-Siège.Ce Bureau international est maintenant établi à Ottawa.Le 30 juin 1953, il est nommé archevêque titulaire d’Ephèse et nonce apostolique au Chili, consacré par S.Ém.le cardinal Piazza, le 26 juillet 1953, nommé ambass-deur extraordinaire en Équateur, août 1956, à l’occasion de l’investiture du président de la République équatorienne.Il s’est vu décerner plusieurs décorations: Commandeur de l’Ordre du Condor des Andes, de la Bolivie; Grand-Officier de l’Ordre du Libérateur, du Vénézuéla; Officier Grande-Croix de Boyacà, de la Colombie; Grande-Croix de Mérite, du Chili: Grande-Croix de Sucre, de l’Equateur. HOMELIE / QUE VOUS SENTIEZ GRANDIR EN VOUS Lfi DéVOTIOn Que VOUS PORTeZ à vos PROPRes évêoues Au moment où je prends la parole, au milieu des saints mystères que nous célébrons, je me sens envahi d’une profonde émotion.C’est le Légat du Pape qui vous parle, le Légat qui sent la terrible responsabilité d’avoir à représenter, aussi dignement que possible, et jusque dans le ministère de la Parole, Celui qui est le Chef de l’Eglise universelle et le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre.Les Légats de saint Léon le Grand trouvèrent, en exposant les vérités de la Foi devant le Concile de Chalcédoine, des expressions si heureuses, qu’ils eurent la consolation d’entendre le cri unanime r des Evêques assemblés: « Petrus, per Leonem locutus est », « c’est Pierre qui a parlé par la bouche de Léon ».Fasse le Seigneur qu’au moins dans une faible mesure ma parole réussisse à évoquer à vos.oreilles et jusqu’au plus profond de vos cœurs l’écho des paroles du Souverain Pontife Jean XXIII écho elles-mêmes des paroles de Pierre.Que la Vierge Immaculée m’aide aussi à surmonter l’impression que je ressens à me trouver devant un auditoire aussi exceptionnellement élevé, alors que je me prépare à l’entretenir des valeurs spirituelles et culturelles qui constituent son véritable apanage, bien plus que celui de l’humble représentant du Saint Père.Je suis ici, c’est pour commémorer avec vous la glorieuse naissance sur la terre canadienne de la hiérarchie catholique; c’est pour évoquer le souvenir, avec vos évêques et vos prêtres, avec les représentants de l’autorité civile, de celui qui, il y a trois siècles, fut le premier anneau d’une chaîne illustre, la première perle d’une inestimable couronne.Le 16 juin 1659, Mgr François de Montmorency-Laval débarquait à Québec; alors seulement Vicaire Apostolique, il devait devenir le premier évêque de la Hiérarchie canadienne.Il avait reçu le consécration épiscopale des mains du Nonce Apostolique à Paris, dans l’église abbatiale de Saint-Germain des Prés, le 8 décembre 1658.Ce n’est pas à moi, de décrire et de chanter devant vous les vertus et la gloire de votre premier Evêque: vos livres les célèbrent à l’envie. LA DÉVOTION PORTEE À VOS PROPRES EVEQUES 265 Je ne puis pourtant pas m’empêcher de soumettre à votre réflexion le tableau, aussi éloquent que synthétique, qu’a brossé l’un des plus illustres panégyristes de Mgr de Laval, le Père de la Colombière: Pour obéir à la voix de Dieu, il a quitté un des climats les plus doux et les plus tempérés, le Royaume du monde le plus florissant et le plus policé, pour venir dans un pays des plus rudes et des plus incommodes, dans un pays où les habitants n étaient connus que par leur barbarie, où il y avait des travaux immenses à entreprendre et des occasions sans nombre de souffrir.Il a préjéré, comme Moïse, l'honneur de participer aux souffrances de Jésus-Christ et aux afflictions de son peuple plutôt qu aux délices et aux richesses de la cour de France.Ce n’est pas à moi non plus, d’autre part, de parler de ses grâces d’oraison, grâces qui atteignirent, vous le savez, les degrés les plus élevés et les plus rares, réservés aux saints; ni des pénitences qu’il s’infligeait, telles qu’on frémit à y penser: à lire en effet la description des austérités de votre premier Pasteur, on ne pense plus seulement à un gentilhomme, né d’une maison les plus nobles de France, ni à un Evêque merveilleux, ni à un incroyable missionnaire, mais à un ascète des premiers temps du monachisme, à un disciple des Antoine et des Pacôme.Toutes ces considérations inspirèrent à une sainte âme, contemporaine de Mgr de Laval et témoin d’une autorité exceptionnelle, le jugement que voici: « C’est un homme d’une piété exemplaire qui tient tout le monde en admiration )).Vous savez qui était ce témoin: Marie de l’Incarnation, l’héroïque Ursuline qui, en donnant sa vie au Canada, saura en même temps marquer le catholicisme canadien d’une empreinte de sublime prière.A bon droit, en effet, on devait l’appeler la Sainte Thérèse missionnaire, en raison de ses grâces mystiques et de ses non moins prodigieuses grâces apostoliques.La Providence a voulu enchâsser de nombreuses perles dans la première couronne dont se pare le Canada: aux noms de Mgr de Laval et de Marie de l’Incarnation, il faut ajouter ceux,de Mère Catherine de Saint-Augustin, dont les vertus étaient plus estimées encore que les miracles, et Marguerite Bourgeoys, qui, au prix d’héroïques sacrifices, put engendrer à Jésus-Christ dans la plus féconde des maternités spirituelles les âmes des petites filles des premières paroisses canadiennes et des petites sauvagesses.Il est extrêmement rare que, dans les fondations d’une mission qui naît, soient posées des pierres angulaires aussi précieuses, vrais nœuds de prière et d’union intime avec Dieu.La chose devait 266 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES pourtant être normale, si l’on songe que la Croix et la prière constituent les deux fondements de l’apostolat chrétien.Et, il ne faut pas s’étonner dès lors en constatant que l’épopée missionnaire de la Nouvelle-France, appuyée sur de pareils colosses et corroborée par l’action généreuse et courageuse d’illustres familles religieuses, comme celles de la Compagnie de Jésus, des Récollets, des prêtres de Saint-Sulpice et des Oblats de Marie, ainsi que des Sœurs Grises, fondées par la première Bienheureuse canadienne, ait eu un tel rayonnement et ait ému jusqu’aux ennemis de l’Église en Europe.Les lettres et les « Relations » des missionnaires de la Nouvelle-France, en effet —- comme d’ailleurs celles des missionnaires de l’Inde et de la Chine — donnèrent peut-être aux méchants l’occasion de se livrer à une ironie de mauvais goût, comme le firent Voltaire et Rousseau; mais cela les amena en tous cas à faire connaître au monde entier ce qu’étaient alors les terres de Mission.L’œuvre des Fils de l’Eglise, alors même qu’elle se trouve détournée et faussée par les ennemis, aboutit au bien: le Seigneur a racheté de son Sang ceux-là même qui le crucifièrent.Et le premier des sauvés fut un des larrons suppliciés avec Fui.De toutes ces considérations nous pouvons déjà tirer un premier enseignement: ne nous décourageons pas de prier, de souffrir, de prêcher, même si le monde nous est contraire, ou, ce qui est pire encore, même s’il est indifférent.Un jour ou l’autre, il en tirera tous les bénéfices spirituels, et jusqu’à une civilisation terrestre.Il recevra une nouvelle forme de pensée, de ceux-là mêmes que jusqu’alors il avait regardés comme obscurantistes.C’est ce qui est arrivé à l’origine de l’Église; c’est ce qui arrive toujours.Ne cédons pas au monde, ne nous laissons pas séduire par lui, n’essayons surtout pas de le singer.N’abandonnons pas la prière pour le bruit, la pénitence pour le luxe, les bonnes œuvres pour l’activisme.Notre Saint Père l’a bien rappelé en parlant du Curé d’Ars.Mgr de Laval ne crut pas devoir rester à la Cour la plus glorieuse de l’époque pour distribuer les aumônes du Roi et recueillir celles des nobles.Il ne se complut pas non plus dans une vie d’intellectuel, et ne perdit pas une seconde à hésiter entre les arguments du jansénisme et ceux du quiétisme: il partit pour ces rivages inhospitaliers et presque sauvages.Il y arriva, vécut dans la plus austère pauvreté, et créa une nouvelle Église.Il avait laissé cette France que ses Pères avaient contribué à faire ce qu’elle était, pour LA DÉVOTION PORTEE A VOS PROPRES EVEQUES 267 se donner à une nouvelle France, où il pouvait espérer, plus que l’apostolat, le martyre lui-même.Sachons bien ne pas craindre le monde.Prions comme savait prier Mgr de Laval, menons la vie austère qu’il menait, gardons à leur vraie place le Saint Sacrifice, la prédication, les Sacrements, les faisant passer avant tout ce qui pourrait nous plaire davantage ou nous apparaître plus glorieux.Il n’y a pas d’action sans mortification ni de pensée sans prière.Quiconque veut sanctifier les autres doit d’abord être saint lui-même.Mgr de Laval fut grand, mais à la vérité c’est toute l’histoire de vos évêques qui est grande.Une histoire de privations et de succès, de pénitence et de gloire, de prière et de triomphe, de recueillement et de renom.Vraiment votre épiscopat est semblable au soleil, qui lorsqu’il se cache dans la nuit n’est pas moins présent qu’au moment où il se lève et crée un jour nouveau.Votre épiscopat a été et demeure digne de votre premier Evêque.S’il me fallait nommer tous ceux qui le méritent, je les devrais nommer tous; au moins, je ne puis omettre de faire mention de vos Cardinaux, du premier, le Cardinal Taschereau, à ceux d’aujourd’hui, en passant par le Cardinal Villeneuve, et de grands archevêques et évêques comme Mgr de Saint-Vallier et Mgr Plessis, autres gloires du Siège de Québec, ou Mgr Bourget qui consacra trente-six an.s au Siège de Montréal.Il n’y a d'ailleurs pas de meilleure preuve de la grandeur et de la gloire de la Hiérarchie canadienne, ainsi que des vaillants missionnaires, prêtres et religieux, qui l’ont aidée, que les admirables vertus dont le peuple canadien donne l’exemple, encore aujourd’hui, aux autres peuples catholiques: fidélité à la saine doctrine, obéissance à ses Pasteurs et attachement au Saint-Siège, sens profond de la famille, dévotion exemplaire, les Canadiens savent depuis toujours pratiquer tout cela, avec fermeté et fierté tout à la fois.Ces trois cents ans de la Hiérarchie canadienne nous enseignent à l’évidence ce qu’est un véritable évêque, et tout le bien qu’il peut faire; la figure de Mgr de Laval, et tout votre épiscopat, nous dépeignent clairement ce que doit être l’évêque dans une chrétienté.L’évêque n’est pas le centre d’une bureaucratie ou la tête d’un service; il n’est pas un fonctionnaire, même pas un fonctionnaire du Royaume de Dieu.Il est, là où l’a mis la Providence, le successeur des Apôtres, le Pasteur, le Juge, le Maître, le Père.Le Maître en 268 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES cette époque d’erreurs et de faux prophètes, alors que même certains bons catholiques semblent vouloir courir le risque de fausser la Vérité, dans leur désir de sacrifier à un besoin de nouveauté, combien est important le rôle magistral de l’Evêque! r Le Magistère de l’Eglise n’est pas confié aux académiciens et aux universités; il ne s’exprime pas à travers les courants d’idées; non, c’est seulement la parole des évêques qui a autorité, et, à la tête des évêques, celle du Pape.C’est l’évêque, si humble soit-il, qui est le Maître.Ce qu’il dit n’est pas philosophie, ni poésie; c’est la Parole même de Jésus-Christ, cette Parole qui s’est transmise jusqu’à nous par la tradition.Et la tradition elle-même n’est pas une tradition de culture, mais de fidélité à l’Evangile et à la doctrine des Maîtres infaillibles de vérité, les Pontifes de Rome.Contre le déluge de toute une presse, souvent irresponsable, parfois même de mauvaise foi; contre le fleuve de bavardages qui nous inonde à travers la télévision et la radio; contre tous les troubles que peuvent susciter en nous les mille voix de la séduction et de la terreur du monde, serrons-nous autour de nos Evêques.Ils représentent parmi nous Jésus-Christ lui-même, le Bon Pasteur.Seule la solidité de notre sentiment filial à l’égard de nos évêques et du Pape pourra sauver la chrétienté de demain des catastrophes que voudraient déclencher le laïcisme et le communisme.Le monde ne nous séduira pas, tant que nous resterons fidèles à nos évêques et que nous les écouterons.Je voudrais qu’à l’occasion de cette fête que nous célébrons en l’honneur de votre premier Evêque, vous sentiez grandir en vous la dévotion que vous portez à vos propres évêques.Ce n’est pas à moi de dire ce que sont vos pasteurs, et je n’ai pas l’intention de faire la louange des personnes: ils sont savants, ils sont saints, ils sont grands.Ce n’est d’ailleurs pas à cause de leurs grands mérites que vous devez leur obéir, mais simplement parce qu’ils sont vos évêques, parce qu’ils ont la responsabilité de vos âmes.Obéissez à vos chefs et soyez-leur dociles, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte-, afin qu'ils le fassent avec joie et non en gémissant, ce qui vous serait dommageable.Hé 13, Il.Quant à vous, admirables évêques canadiens, je voudrais pouvoir vous dire aujourd’hui d’oublier les insultes de vos ennemis, d’oublier l’éventuelle ffoideur de certains de vos fidèles, pour renouveler dans vos âmes le sentiment de votre autorité.Vous savez LA DÉVOTION PORTEE A VOS PROPRES EVEQUES 269 quels grands évêques ont toujours été les évêques du Canada: soyez toujours plus grands.Ayez confiance dans le Saint-Esprit, ô Pasteurs: c’est Lui qui est dans vos paroles et dans vos actions, comme Il est aussi dans vos pensées et dans vos prières.Et permettez-moi, Éminence, Excellences, de vous ofirir, au nom du Souverain Pontife, un souhait qui sera sans doute précieux à vos âmes de Pasteurs: de même que les évêques qui vous ont précédés en ces trois cents ans peuvent jouir maintenant de la maison spirituelle, fruit des semailles de leur parole, de leurs travaux, de leurs larmes aussi; de même qu’ils ont la consolation de voir du haut du ciel la solidité des traditions de ce peuple chrétien; ainsi, pour vous, que se réalise le vœu de la prière liturgique: èl.ue les ascensions spirituelle-rde leur troupeau fassent la joie éternelle des Pasteurs.Que la Vierge Immaculée, Patronne du Canada, au nom de l’amour qu’ont eu pour elle tous les Evêques canadiens, et Mgr de Laval tout le premier; au nom de l’amour qu’ont eu pour elle tous les prêtres et missionnaires qui ont annoncé ici la Bonne Nouvelle, au nom de l’amour qu’ont eu pour elle vos pères et que vous avez vous-mêmes, obtienne elle-même du Seigneur la réalisation de ces vœux.Elle, notre Mère miséricordieuse et la Mère du Seigneur, elle dont on dit qu’elle est Yomnipotentia supplex, la toute-puissance suppliante, pourra sans aucun doute nous obtenir ces faveurs.Et r que le premier Evêque canadien, Mgr de Laval, daigne unir ses prières aux nôtres.Adressez-vous, fidèles, à votre premier Évêque, déjà déclaré Vénérable.Remerciez-le d’avoir contribué par ses sacrifices, si éloignés de nous dans le temps et pourtant si proches de nos cœurs, à faire de vous un peuple grand et cher à Dieu.Donnez-lui, en priant et en vivant dans le bien, la satisfaction de n’avoir pas travaillé en vain.Dites-lui: Merci, ô vous qui nous avez gagnés au Seigneur en vous consumant jusqu’à l’extrême de vos forces.Merci, ô vous qui avez donné l’élan sur notre terre à une tradition de Pasteurs admirables.Mais ne nous abandonnez pas; aidez-nous maintenant à diffuser à notre tour, selon les besoins de la Sainte Eglise, cette Foi que vous nous avez donnée; aidez-nous à la conserver parmi nous toujours plus profonde et plus vivante, afin que, toujours, le peuple canadien se montre digne des héros et des saints qu’il a la gloire de posséder comme Fondateurs et Pères dans la Foi. 270 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES (Le Cardinal Légat termine son homélie en anglais, dont voici une traduction): j’arrive des fêtes célébrées à Trêves, en Allemagne, en l’honneur de la Tunique sans couture.Les soldats qui ont crucifié le Seigneur ont laissé intacte cette Sainte Tunique qu’ils ont tirée au sort sans la partager.Cette relique est vénérée comme le symbole de l’unité dans la foi et la charité qui doit exister chez tous ceux qui par le Saint Baptême induerunt Christum ont revêtu le Christ.Ici même, au Canada, je trouve une nouvelle preuve de cette unité et de cette charité qui se manifestent non seulement dans la hiérarchie, mais aussi chez les fidèles.En effet, omnes unum sunt, tous sont unis dans la foi et la charité, sans distinction de langue, de coutumes, d’origines, de tradition ou de condition sociale.Que le Seigneur accorde à tous les membres de l’Épiscopat canadien, ceux d’aujourd’hui et de demain, et spécialement à ceux qui comptent au milieu de leur troupeau d’autres brebis que le Christ invite à rentrer au bercail, que le Seigneur accorde à tous de voir se réaliser le vœu si souvent exprimé par le Saint-Père: Que les chrétiens s'unissent pour former un seul troupeau ! A ces frères très chers, séparés de nous mais aimés d’une manière spéciale justement parce qu’ils sont nos Frères dans le Christ, à ces frères, dites bien que le Légat du Saint-Père apporte à eux aussi les souhaits d’un Père qui aspire à les voir entrer dans la Maison paternelle.Il les considère en effet comme ses fils en vertu de cette paternité conférée par le Christ à la personne de Pierre et de ses successeurs à qui il a commandé: Pais mes brebis ! Nous sommes certain, qu’en vertu de ce sens de la charité fraternelle que Mgr de Laval a transmis à tous les membres de la hiérarchie, dignes héritiers de ses vertus et de son zèle, nous sommes certain que tous feront leur possible pour prouver à nos frères séparés que l’invitation qu’ils leur font est une invitation d’amour.Frères, rapprochez-vous de l’amour ! Voilà ce que vous leur répéterez parce que Nous désirons pouvoir chanter bientôt avec vous le cantique que chante l’Église le Jeudi Saint, en l’anniversaire du Banquet Eucharistique: Congregavit nos in unum Christi amor, c'est l'amour du Christ qui nous a réunis tous ensemble ! Alfredo, card.Ottaviani SAINTETE LA CAUSÉ D€ LA BeATIfICATIOn Le 6 mai 1708, dans une chambre de son séminaire, mourait François de Laval, premier évêque de Québec.Il comptait quatre-vingt-cinq ans d’âge et soixante et une années de sacerdoce.Préconisé, en 1658, vicaire apostolique de la Nouvelle-France sous le titre d’évêque de Pétrée, il devenait évêque de Québec le 1er octobre 1674.Démissionnaire pour raisons de santé, Monseigneur l’Ancien — c’est le titre qu’on lui donnera désormais —• passera dans une quasi-retraite les vingt dernières années de sa vie.François de Laval, à sa mort, a joui d’une réputation de sainteté formant halo autour de sa dépouille mortelle.Il était la personnalité ecclésiastique marquante du pays surtout depuis que les hasards de la guerre tenaient Monseigneur de Saint-Valier prisonnier en Angleterre.On pouvait bien s’attendre à ce que le décès du prélat causât quelque émotion dans la société canadienne du temps.Une première série de témoignages sont les lettres de condoléances que le gouverneur de la Nouvelle-France, les gouverneurs de Montréal et de Trois-Rivières, les supérieurs des principales communautés du pays adressèrent aux autorités du Séminaire de Québec.Nul ne s’étonnera de trouver dans ces lettres de circonstance l’éloge du défunt: les écrits de cette nature se font une loi de consoler leurs destinataires en exaltant les vertus de la personne pleurée.Nos correspondants sont trop polis pour s’affranchir de ce devoir Ils auraient pu cependant respecter toutes les convenances sans; mettre l’accent, avec une telle insistance, sur la sainteté du disparu et sans relater les faveurs obtenues grâce à l’intercession.Qu’il me: soit permis de citer l’une de ces lettres.Monsieur de Belmont* supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice à Montréal écrit à Monsieur de Maizerets, du Séminaire de Québec: On ma dit, et le bruit en court ici, que M.Sarrazin, guéri par le baiser des pieds de Monseigneur, a paru par les rues, lui de qui on attendait la mort.Le saint prélat est sans doute bien indigne de ce miracle; mais je me réjouis doublement de celui-là et l'on peut dire qu en ressuscitant M.Sarrazin il ressuscite cent morts, à la fois, c'est-à-dire, tous ceux à qui il rendra la santé.Si le critique ne parvient pas à laver cette correspondance sincère peut-être, mais officielle, de tout soupçon d’une complaisance émue, qu’il regarde agir le menu peuple.Celui-ci n’a aucun intérêt à ménager.Son sens chrétien le pousse à vénérer la sainteté authentique. 272 ' LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES A Québec le mouvement de piété populaire fut très vit.Des trois témoins, indépendants l’un de l’autre, qui nous ont décrit ce va-et-vient de la foule auprès de la dépouille exposée en chapelle ardente, j’en retiens deux.Une Ursuline de Québec écrit à la supérieure du monastère de Paris: Le Ciel l'ayant avantagé de tout ce qui peut faire un grand saint, continue après sa mort de manifester la grandeur de ses vertus par le prompt soulagement et guérison que plusieurs personnes ont ressenti à sa mort et qui continue encore.L'on ne peut attribuer qu'à un mouvement surnaturel l’extrême empressement que les gens du peuple ont eu à lui faire toucher leurs chapelets, et surtout les petits e?fants qui l'appelaient hautement le saint, s'approchant de lui sans crainte et frayeur.Aussi n'a-t-il point changé après sa mort, son corps étant demeuré aussi souple et maniable, l'espace de huit jours, qu'il était durant sa vie.Nous n’avons pas ici le cas d’une compassion émue soucieuse de panser une plaie trop vive, ni une amitié intéressée, désireuse d’être payée de retour.Il s’agit d’un rapport transmis par un fonctionnaire subalterne à son chef de service qui n’était pas susceptible de s’intéresser plus que cela au renom de sainteté de l’ancien évêque de Québec.Cette vénération posthume fut-elle flambée éteinte aussitôt qu’allumée ?Nous pouvons répondre non.Jusqu'à la fin du 18e siècle, nous en découvrons des traces.D’abord Monsieur Tremblay, procureur du Séminaire de Québec à Paris, ne reste pas inactif.Il a confié au graveur Duflos la reproduction d’un portrait de Monseigneur de Laval peint en France en 1688.Il travaille à la rédaction d’un éloge de l’évêque disparu et réclame du Séminaire de Québec une documentation.A la fin du XVIIIe siècle, nous rencontrons des textes où la mémoire de Laval est rappelée avec éloge.Le 25 janvier 1786, un amant des antiquités canadiennes, probablement un prêtre du Séminaire de Québec, entreprend de transcrire un vieux registre où se trouvent consignés des faits concernant l’histoire du Séminaire depuis 1663 à 1721.Il le transcrit fidèlement.En 1880, le révérend Edmond Langevin, vicaire général du diocèse de Rimouski, comparaît comme témoin au procès ordinaire.Interrogé sur la réputation de sainteté de Monseigneur de Laval, il atteste que, depuis sa jeunesse, il a entendu parler souvent du serviteur de Dieu.Toujours l’on prononça devant lui ce nom avec respect. LA CAUSE DE LA BEATIFICATION 273 Le témoignage le plus révélateur est celui d’une personnalité laïque de l’époque, l’avocat Gédéon Ouimet, conseiller législatif, surintendant de l’instruction publique, ancien premier ministre québécois.Né en 1823, à Sainte-Rose, dans la seigneurerie de l’Ile Jésus, il entendit tôt, dès l’âge de huit ou dix ans, sa mère louer Mgr de Laval.La brave femme trouvait la vie de Mgr Plessis — l’évêque de son temps — beaucoup moins difficile que celle de son lointain prédécesseur.Désireuse d’inspirer à son fils, une profonde horreur de l’alcool, elle lui racontait les peines endurées à le combattre par Mgr de Laval.(( Tu vois comment agit un saint )), aimait-elle à lui dire.L’idée du procès de béatification était dans l’air.A preuve cette lettre de l’abbé Benjamin Paquet à M.Hamel, datée de Rome le 15 mai 1865.Chaque fois que je suis témoin d'une béatification {la veille il avait assisté à celle de la Bse Marie-des-Anges), je pense toujours à Mgr de Laval.Nous sommes des ingrats ou des gens de bien peu de foi si nous ne fesons {sic) pas mettre sur les autels / le fondateur de l’Eglise du Canada.Je me figure que la cour de Rome serait facile autant qu elle peut l'être, vu que le Nouveau-Monde a bien peu de saints et ensuite vu que Mgr de Laval est le fondateur d'une Eglise aussi florissante que celle du Canada.Allons à l'œuvre.Commençons par faire faire des miracles à Mgr de Laval.Les procès ordinaire et apostolique tinrent leurs assises: le premier, du 2 mai 1880 au 7 juin 1883; le dernier, du 22 octobre 1898 au 2 avril 1902.Entre-temps S.S.Léon XIII avait approuvé l’introduction de la cause en cours de Rome le 24 septembre 1890.Selon la législation canonique du temps, le serviteur de Dieu prenait le titre de Vénérable.La documentation était volumineuse (elle comptait 1285 pages), mais il fut facile au promoteur de la foi d’en déceler la majeure faiblesse: sa mince teneur en documents contemporains (soixante pages de textes).L’avocat de la cause réclama d’autres documents.On lui en envoya fidèlement copies mais en nombre encore insuffisant.Ces lacunes dans l’information firent échouer la cause à la préparation de 1918.Une nouvelle documentation partit de Québec.Pie XI avait créé, le 6 mai 1930, au sein de la S.Congrégation des Rites, une section historique destinée aux causes anciennes démunies de témoignages contemporains recueillis juridiquement.La cause de Mgr de Laval y passa.On se rendit compte qu’il fallait reprendre « ab ovo » toute la documentation.Il fallait étudier d’une 274 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES façon critique chacune des pièces versées au dossier et rechercher dans les divers dépôts d’archives, susceptibles d’en contenir, d’autres documents ayant trait au serviteur de Dieu.Il n’est pas étonnant qu’un prêtre du Séminaire vécut sept années à Rome dans ce but.La cause dispose maintenant d’une documentation authentique, fidèle et ample (que l’on songe au 875 pages qu’elle occupe maintenant en comparaison des 60 originelles) qui servira de base solide au jugement des consulteurs théologiques.Suivra, nous l’espérons, le décret d’héroïcité des vertus, sanctionné de miracles.Jean-Marie Fortier, prêtre, Vice-postulateur de la cause de Mgr Laval © Un PRETRE RÉDUIT À l’ÉTAT LAÏQUE L’abbé Henri Dumery, originaire du diocèse de Limoges, vient d’être, sur sa demande, réduit à l’état laïque.Cette mesure, intervenue il y a quelques mois, est maintenant connue.Le 4 juin 1958, le Saint Office ordonnait la condamnation et décrétait la mise à l’Index des ouvrages suivants de M.Dumery: « Philosophie de la Religion », « Critique et Religion », « Le problème de Dieu en Philosophie de la Religion »>
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