La vie des communautés religieuses /, 1 octobre 1960, Octobre
Vol.18, n.8 MONTRÉAL Octobre 1960 SOMMAIRE ARTICLES F.Zéman BIBLE ET ÉDUCATION A.-M.Richer LA VIE D’ORAISON O.Melançon PATERNITÉ ET MATERNITÉ SPIRITUELLES ACTIVITÉ DE L’ÉGLISE CONSULTATIONS NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES AVEC LA PERMISSION DES SUPERIEURS ECCLESIASTIQUES Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.we—n^umi ' mi mi in lynanm—n 959, RUE CÔTÉ — MONTRÉAL 1 I CANADA LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES publiée par les RR.PP.Franciscains du Canada paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, en fascicule de 32 pages N.B.Les abonnements commencent en JANVIER PRIX DE L’ABONNEMENT: $2.75 Tout changement d'adresse est accompagné de la somme de 25 cents.Direction : R.P.Alonzo-M.HAMELIN, O.F.M., directeur R.P.M.-Cantius MATURA, O.F.M., assistant-directeur R.P.Lorenzo BOISVERT, O.F.M., secrétaire 5750, boui.Rosemont, Montréal-36.Tél.: CL 9-6911.Conseil de direction : S E.Mgr J.-C.CHAUMONT.Mgr I.-H.CHARTRAND, vicaire général d'Ottawa.M.Le Chanoine Cyrille LABRECQUE.Éditeurs responsables : Les Frères des Écoles Chrétiennes.Administration : 959, rue Côté, Montréal-1, Téléphone : Fr.Bertrand, é.c., UN 1-5431 (local 33) de 2 h.à 5 h.de l'après-midi tous les jours, excepté le samedi et les fêtes Louis, M.l’abbé J., Le Graduel psalmodié.P.Lethielleux éditeur, Paris 1959 128 pp.6 pl.19 cm.Broché: 4,00 nf.Relié: 6,50 nf.Cet ouvrage a été adopté par la Manécanterie des petits chanteurs à la Croix de Bois et par la Fédération internationale des Petits chanteurs: c’est dire sa valeur.Qu’on ne s’y trompe pas cependant, ce livre n’est pas réservé à des spécialistes; bien au contraire, pour les paroisses où l’exécution du chant grégorien est impossible tous les dimanches, pour les chorales de religieux ou religieuses qui psalmodient le Graduel et l’Offertoire, l’abbé Louis, connu dans le monde entier pour son cantique, Je vous salue Marie, offre une méthode nouvelle qui permet d’exécuter facilement à l’unisson ou à plusieurs voix, les beaux textes latins de la Grand’Messe.Ces faux-bourdons sont très harmonieux, ils alternent avec le psaume de l’Introit et le verset de l’Alleluia.Cet ouvrage, qui a été offert à Pie XII le 4 avril 1948, répond très exactement aux directives qu’il a données dans son Encyclique sur la Liturgie, directives que S.S.le Pape Jean XXIII a depuis repris pour son compte.Cette nouvelle édition est entièrement à jour et contient les derniers offices concédés. Lfl VIE D€S communflUTés ReuGieuses Vol.18, n.8 MONTRÉAL Octobre 1960 SOMMAIRE ARTICLES F.Zéman Bible et éducation.226 A.-M.Richer La vie d’oraison.231 O.Melançon Paternité et Maternité spirituelles (suite).238 ACTIVITÉ DE L’ÉGLISE Les Oblates de Marie Immaculée érigées en « Association de perfection ».237 La Virginité « in partu » de Marie.250 L’Oeuvre de la Sainte-Enfance.251 CONSULTATIONS 39.La télévision, le hockey et l’esprit religieux.248 40.Les Moniales peuvent-elles chanter en Français au chœur ?.250 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES L'Amour dans le mariage chrétien par Gierse .230 Le graduel psalmodié par Louis.c.2 TABLES DES MATIÈRES de l’année 1960 252 SAINTE ECRITURE BIBL6 €T éDUCflTIOn La Société Catholique de la Bible, sur une recommandation de Vépiscopat de la Province, consacre chaque année un dimanche à la diffusion et à une meilleure connaissance de la Sainte Eaiture.La Vie des Communautés religieuses s'est toujours intéressé à ce problème comme le montrent les nombreux articles qu elle a publiés sur le sujet.Au 13 novembre, le thème du Dimanche de la Bible portera sur (( La Bible et V Education )>.En publiant ici le texte préparé par M.l'abbé François Zéman, professeur d'exégèse au Grand Séminaire de Nicolet, nous proposons à la réflexion de nos Lecteurs, dont un grand nombre se livrent aux tâches d’éducation, une belle esquisse de la pédagogie divine ainsi qu'une invitation à se pénétrer de cette Parole qui ne passe pas.* * * La Bible est l’œuvre du meilleur Pédagogue de l’humanité.Après la création, le Créateur a pris soin de l'homme.Il l’éduque en se révélant à lui et en lui indiquant ce qu’il faut faire — sans porter atteinte à sa liberté personnelle.Malheureusement, 1 homme abusa de sa liberté et volontairement se révolta contre Dieu, en voulant être son propre maître.Ce fut le péché.Dieu pourtant n’oublie pas l’homme.Il choisit Abraham et sa famille pour réaliser son œuvre de salut.Dieu éduque la postérité d’Abraham: elle deviendra le peuple élu, peuple de Dieu, peuple d’Israël.Pour faire mieux connaître sa volonté, Dieu se révèle à Israël, lui parle par ses envoyés, les prophètes.Malgré les nombreuses défaillances du peuple d’Israël au cours des siècles, Dieu n’abandonnera jamais son peuple et restera fidèle à ses promesses de salut.La pédagogie divine conduisit le peuple jusqu’à la plénitude des temps, qu’il avait déterminée pour envoyer son Fils unique incarné, Jésus-Christ: « Plusieurs fois et de plusieurs manières, Dieu a parlé autrefois à nos pères par les prophètes; mais en ces derniers temps, Il nous a parlé, à nous, par le Fils qu’il a établi héritier de toutes choses, et par qui II a créé le monde )> (Hébr.1, 1-2).© Jésus-Christ est venu compléter la révélation divine.Il consacre sa vie publique à éclairer le peuple pauvre et abandonné.Il se choisit BIBLE ET EDUCATION 227 les Douze et les éduque dans la voie divine.Il leur donne l’ordre: (( Allez dans le monde entier et prêchez l’Evangile à toute créature » (Mc.16, 14).On ne trouve nulle part l’ordre d’écrire.Cet Evangile est la Bonne nouvelle transmise d’abord de vive voix, par la tradition apostolique.Plus tard seulement, le désir ardent des nombreux disciples de posséder par écrit ce témoignage apostolique donne naissance à l’Evangile dans sa forme actuelle.Les Apôtres prêchaient l’Évangile et, dans des circonstances particulières, expliquaient aux fidèles leur doctrine dans des lettres qui ont été lues et relues par les communautés chrétiennes.La plupart de ces écrits ont été groupés dans une collection que nous appelons aujourd’hui le Nouveau Testament.Ce fut, en effet, une œuvre providentielle de la miséricorde divine de nous laisser ce message authentique par écrit.Ces livres pourtant ne devaient jamais remplacer le Magistère de l’Eglise ni la prédication orale.Ni l’enseignement de Jésus-Christ ni celui des apôtres ne se trouvent tout entiers dans le Nouveau Testament, mais dans la Tradition de l’Eglise dont le Nouveau Testament demeure l’une des expressions privilégiées.Saint Jean parle au sujet de Jésus-Christ: (39).A la Messe dominicale, les rites qui entourent le Banquet eucharistique dégagent clairement la paternité spirituelle du prêtre: « Après le Pater, prière pour la table, écrit encore Dom Parsch, après la fraction et le melange, preparation au banquet sacrificiel, après le baiser de paix, témoignage d’appartenance à.une même famille, 36.Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, t.2, p.150.37.Selva ou recueil de matériaux pour les retraites ecclésiastiques, trad.Gaume.3e éd., Paris, Gaume, 1836, t.1, p.189.38.Charles Sauvé, S.-S., Jésus intime, Elévations dogmatiques, 6e éd., Paris»-Amat, t.2, p.376.39.Dom Pius Parsch, Le renouveau liturgique au service de la paroisse, trad-Grandclaudon, Paris, Casterman, 1950, p.249.Voir aussi G.Thils, Pour une spiritualité du clergé diocésain, dans Pour le clergé diocésain (Coll.Problèmes du clergé diocésain), Paris, Editions du Vitrail, 1947, p.100.Id., Nature et spiritualité du clergé diocésain, 2e éd., Desclée De Brouwer, 1948, p.320.Etc. 240 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES l’assemblée arrive à la Communion.C’est tout d’abord le prêtre, père de famille, qui la reçoit; il la donne ensuite aux enfants » (40).Le nom de père que l’on adresse habituellement au prêtre, exprime donc très bien, dans sa chaude réalité affective, le rôle de ce dernier auprès des fidèles: « Le terme témoin a un caractère de froideur qui donnerait facilement une fausse idée de la mission du prêtre.Il faut se hâter d’ajouter un terme affectif, ou mieux employer le mot Père comme les jeunes le font de plus en plus.Abbé, en hébreu, signifie: Père, mais qui se soucie aujourd’hui de cette étymologie ?[.] (( Auprès des jeunes, le prêtre est un père, celui auquel on peut s’adresser avec une confiance filiale, celui à qui l’on peut tout dire.Et il suffit qu’il écoute en silence, avec un regard affectueux pour qu’aussitôt on voie plus clair en soi-même, pour qu’un échappe à une inconsciente mauvaise foi, pour que l’on juge sa vie » (41).6) LA PATERNITÉ SPIRITUELLE DU PRETRE ET SES FONCTIONS PASTORALES.Le prêtre aime profondément les âmes, puisqu’il renonce au monde afin de leur consacrer toute sa vie, et l’épanouissement normal de l’amour est la paternité: (( Les âmes, le prêtre les aime non plus seulement de l’amour fraternel qui s’impose à tous les chrétiens, mais d’un amour vraiment paternel.Le Christ, qui les avait reçues de son Père, les lui a confiées par l’intermédiaire de l’Eglise, son épouse; il en porte la responsabilité et se doit de les garder en vie en les aidant à demeurer dans l’arpour ».(42).La paternité spirituelle du prêtre revêt différents aspects; voici comment elle peut s’entendre: « Paternité ne signifie pas seulement que le prêtre, au milieu d’ouailles qu’il connaît depuis longtemps, et qui recourent à lui dans leurs nécessités, se montre toujours bon, doux, patient, indulgent et cordial, comme doit l’être un bon père de famille.Le père de la famille paroissiale, avant tout, régit l’avenir de la communauté chrétienne, tout comme le père de famille digne de ce nom est vraiment le chef éclairé du foyer.40.La Sainte Messe expliquée dans son histoire et sa liturgie, Bruges, Beyaert, 1945, p.259.41.Abbé Joly, Prêtre dans le milieu étudiant, dans Qu attendez-vous du prêtre ?p.212.42.Georges Lemaître, Notre sacerdoce, Paris, Desclée De Brouwer, 1945, p.175. PATERNITÉ ET MATERNITE SPIRITUELLES 241 (( Le prêtre est aussi le docteur de son peuple; comme le père de famille compétent, il prend en mains ou contrôle l’enseignement et l’éducation de ses enfants, et ne se contente pas de jeter un regard débonnaire sur leurs lectures et leurs distractions.(( Le prêtre est vraiment le pontife qui intercède pour son peuple, comme le père de famille qui s’en va, le matin, à l’église pour recommander à Dieu son épouse et ses enfants, accomplissant ainsi un geste médiateur dans lequel des peuplades anciennes ont reconnu un sacerdoce authentique.La paternité du prêtre est donc directrice, doctrinale, religieuse autant que bienveillante et conciliante » (43).Cette paternité spirituelle est donc connexe aux trois fonctions principales du prêtre, celles du gouvernement, de l’enseignement et du ministère sacré.Cependant il faut préciser que les trois fonctions principales du prêtre, considérées comme telles, sont des œuvres d’Église, pour lesquelles il faut une délégation qui est d’ordre plutôt social, tandis que la paternité spirituelle comme telle est de nature personnelle et intérieure.Son principal fondement est la charité envers le prochain; on peut lui appliquer les paroles suivantes que S.S.Pie XII adressait à des infirmières professionnelles, le 1er octobre 1953: ((Aucune femme ne peut se sentir complètement mère d’enfants qui ne sont pas les siens, et leur communiquer cette affection qui, d’après un psychologue contemporain, est aussi nécessaire pour la santé mentale que les vitamines et les protéines pour la santé du corps, à moins qu’elle ne trouve en elle-même un titre solide de maternité spirituelle.La foi et la piété chrétienne offrent une large base à ce titre de mère à l’égard de chaque fils de Dieu racheté par le Christ )> (44).En conséquence, s’il s’agit du prêtre affecté au ministère des âmes, « la charité pastorale est la vertu qui doit caractériser toutes ses démarches, quelles qu’elles soient.C’est par charité pastorale qu’il célébrera le culte divin et le Sacrifice rédempteur, qu’il enseignera, qu’il dirigera ses ouailles, qu’il administrera le secteur de territoire qui lui est confié.Toutes les vertus: religion, studiosité, pauvreté, chasteté, sagesse, prudence, seront informées par cette vertu foncière et dominées par elle )) (45).43.Thils, Nature et spiritualité du clergé diocésain, p.319-320.44.Doc.Cath., 50 (1953) 1365.45.Thils, Pour une spiritualité du clergé diocésain, dans Pour le clergé diocésain, p.101. 242 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Le prêtre étant le père spirituel des âmes, cet esprit de paternité-doit « pénétrer tous ses contacts avec ses ouailles d’une bonté qui inspire infailliblement la confiance )) (46).Le prêtre, en effet, n’est pas seulement « un administrateur, un homme d’affaires quelconque )), mais il doit faire sentir à ses fidèles qu’il a vraiment « une âme de prêtre, de pasteur, de père, d’un père qui comprend ses enfants et qui les aime, d’un père qui ne manquera aucune occasion de leur dire et de leur montrer sa compréhension et son amour » (47).Le prêtre ne doit donc pas vivre en marge des peines, des.difficultés et des joies de ses ouailles, mais il doit chercher à les connaître et à s’y intégrer jusqu’à un certain point, en autant du moins que le lui permet son sacerdoce.A ce sujet, on présente l’abbé Godin, comme un exemple à imiter, lui dont on a pu écrire: « Il était tout modeste, tout humble devant les réalités humaines, devant la vie, le foyer, le péché.C’était un homme toujours à l’écoute, qui regardait, qui aimait.Il ne classait pas, ne cherchait pas à faire entrer les gens dans un système de pensées: il se mettait dans leur peau.Or, c’est là la base, la vertu-clé du sacerdoce: ne plus vivre en soi, mais dans la peau des autres.On a beau être quelqu’un de très brillant, avoir du dynamisme ou des tas d’idées; tant que l’on n’a pas cette humilité, cette patience fondamentale, on ne fera pas un bon prêtre.Il nous faut nous mettre à l’école, regarder, nous taire, et savoir recevoir, au lieu de toujours vouloir donner.Oui, se remettre à l’école de la vie )> (48).En marge de cette citation, le père De Locht ajoutait: « Il ne s’agit évidemment pas pour le prêtre d’aller rechercher, dans des foyers amis, quelques heures de délassement, de remède à sa solitude.C’est un souci purement surnaturel qui doit nous guider )) (49).Si le prêtre doit être un séparé du peuple, il doit l’être « non par éloignement, sur le plan horizontal, mais par éminence, par l’élévation de son caractère et la hauteur de ses préoccupations )) (50).Ainsi, la présence du prêtre parmi ses ouailles sera la présence du ministre de 46.S.Exc.Mgr Himmer, Préface, dans Prêtres au service de F Évangile, Liège, La Pensée Catholique, 1949, p.V.47.G.Gillard, Pasteur d'âmes, dans Prêtres au service de F Évangile, p.58.48.Abbé Depierre, cité par P.de Locht, Prêtres et foyers, dans Prêtres au service de F Évangile, p.156-157.49.Ibid., p.157.50.J.Cottiaux, Le prêtre et la théologie, dans Prêtres au service de F Évangile, p.47. PATERNITÉ ET MATERNITE SPIRITUELLES 243 Dieu, du représentant du Christ, conscient de sa dignité et de la grandeur de son sacerdoce; néanmoins, de sa presence doit se dégager la simplicité, la compréhension et l’amour du Christ pour le transplanter dans les âmes.Avec une telle attitude, « sans doute risque-t-on d’être mangé par ses paroissiens qui envahiront la vie de leur pasteur! Tant mieux, car, n’est-il pas vrai, c’est pour servir que l’on s’est donné au Maître.C’est à ce prix-là qu’on est son vrai disciple.Et d’ailleurs le curé qui est ainsi vrai père et vrai pasteur de ses fidèles, qui est leur prisonnier, trouve dans son ministère une source de consolation et de joie, une source de vie spirituelle qui l’aideront à rester fidèle à sa vocation )) (51).Il ne faut donc pas oublier que c’est le prêtre qui est pour les fidèles, et non pas les fidèles pour le prêtre! Incidemment, nous pouvons ajouter ici un corollaire sur la paternité spirituelle de l'éducateur, dont l’activité professionnelle présente quelques analogies avec la fonction doctrinale du prêtre.Saint Thomas reconnaît, en effet, que le droit primordial pédagogique s’appuie sur le titre de paternité.(52).Dans une allocution à l’union catholique italienne de l’enseignement secondaire, le 4 septembre 1949, S.S.Pie XII signalait aux professeurs que leurs devoirs fondamentaux sont greffés sur leur paternité spirituelle à l’égard de leurs élèves: « Dans l’exercice quotidien de votre fonction, vous serez ainsi toujours pères d’âmes, plutôt que propagateurs de connaissances stériles.Oui, mais des pères qui, possédant la vie dans sa pleine vigueur, savent susciter autour d’eux d’autres vies semblables a la leur.De là le complet dévouement que vous demande l’école, laquelle, avec la famille, dont beaucoup d’entre vous sont chefs, formera tout votre monde et absorbera, sans crainte de regrets, toute votre énergie.[.] (( Educateur qui tire son inspiration de sa paternité, dont la fin est d’engendrer des êtres semblables à lui-même, le maître formera des élèves par l’exemple de sa vie, autant que par ses préceptes.Dans le cas contraire il ne serait, selon l’expression de saint Augustin, qu’un trafiquant de paroles, et non un modeleur d’âmes: les enseignements moraux eux-mêmes ne font qu’effleurer à peine les esprits, s’ils ne sont pas confirmés par les actes )> (53).51.Gillard, Pasteurs d'âmes, dans Prêtres au service de l'Evangile, p.62.52.Voir Somme thêol., Ha Ilae, q.102, a.1.53.L'éducation (Coll.Enseignements Pontificaux), Paris, Desclée & Cie, 1955, p.389-390. 244 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 7) ÉCUEILS POSSIBLES DE LA PATERNITÉ ET DE LA MATERNITÉ SPIRITUELLES.La sublimation qui se realise par l’amour de nos frères comporte des écueils possibles: ce sont l’égoïsme et l’esprit de domination.Une apparente générosité peut n’être qu’une routine extérieure ou un autoritarisme déguisé: « A la limite, l’égoïsme ira jusqu’au narcissisme larvé, un amour-propre dans tous les sens de ce mot.La tentation de la puissance: les énergies réprimées rejaillissent en exclusivisme, en volonté de domination — domination intellectuelle pour l’homme, affective pour la femme.On ne sert plus la vérité, mais sa vérité, plus la volonté de Dieu, mais sa volonté propre.Que de redoutables célibataires, qui se croient désintéressés, ne recherchent, en fin de compte, que cette volupté subtile de la domination!.Us finissent, en général, par devenir insupportables à tous et à eux-mêmes.[.] « La chasteté, ce peut être l’infirmière totalement dévouée à ses malades ou la machine à soins qui a perdu toute faculté de compassion; l’institutrice qui traite ses élèves comme ses enfants ou la maîtresse qui prend un plaisir équivoque, proche du sadisme, à punir et humilier; la demoiselle des œuvres, toujours souriante et disponible, ou la Carabosse de province, aiguë et acariâtre, qui se répand en médisances et calomnies; le curé qui bâtit pour la gloire de Dieu et l’abri des fidèles, ou le curé-bâtisseur qui a contracté la maladie de la pierre; le chercheur uniquement soucieux de la vérité ou l’orgueilleux uniquement préoccupé de sa gloire, voire de sa gloriole.On passe d’un état à l’autre avec une redoutable facilité et nul n’est garanti contre la dégradation )) (54).Avant de considérer plus longuement la paternité spirituelle du prêtre, examinons brièvement comment peut se glisser dans la maternité spirituelle, un peu comme dans la maternité naturelle, un subtil égoïsme et un esprit de propriété et de captation.Si de telles déformations s’expliquent aisément sur le plan humain, la femme consacrée ne peut avoir les mêmes excuses, car si
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