La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1961, Novembre
A A î fi C/D $ CO ( ;\r Vf»'.û^W t J.L ’ , y y y v - - _ • ii'./), y-V ¦ /.- 7 -[/ Y!/. y i.‘I1 i V Z.y Ov - ^ t -A - - "À £U0 • i—i ¦ ’ A ’/> (û î—t CO , {'aa4; L’ob( > ' c AY t A; , ; > j 'A ; •4-> 2 ''i "\ X Jv À KJ J'J - AvA ;/y>•' nj ' K 1 C U,K * K J; K; 0 a 5—1 a O, Y i \ 1 ' V -A' ya V U CO N.f" >• f v D - Ay C'iy -: l A,/ Y \ r n Cl) T3 ?A / v ' Y ( ' 'U ( y 1 ,kkk-y >• / 1 Y' : ! "in f.r A'\> \ /, f ,::x dans ce numéro îr >*> y L’art et la spiritualité Jeanne de S.Marguerite, asv V *VV rï Bellarmin Hébert, ofm J > K \.Jy JJ L’attention dans l’oraison Adolphe Poisson, cssp y, i-v.^ i y ^ . ¦ ^ v )\ /' y • y Æ - • A NOVEMBRE 1961 t v\ if - v •/ f - f - V: t V;.' v,V % 'r :V la VIE des communautés religieuses • Revue publiée par les RR.PP.Franciscains de la Province St- Joseph au Canada, paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, en fascicule de 32 pages; • La Direction est assurée par un groupe de professeurs au cléricat théologigue franciscain de Rosemont (Montréal) : R.P.Alonzo-M.Hamelin, O.F.M., Lecteur en Théologie Morale R.P.M.-Cantius Matura, O.F.M., Lecteur en Écriture Sainte R.P.Lorenzo Boisvert, O.F.M., Lecteur en Théologie Dogmatique.Tout ce qui concerne la Revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à La VIE des Communautés Religieuses 5750, Boul.Rosemont Montréal - 36 Tél.: CL 9-6911 /¦ PRIX DE L’ABONNEMENT : $2.75 Les abonnements commencent en JANVIER et tout changement d'adresse est accompagné de la somme de 25 cents.c1 r Nihil Obstat : R.P.Emmanuel Boisvert, O.F.M.R.P.Hippolyte Baril, O.F.M.15 octobre 1961 Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Poste, Ottawa.$ V 1P‘ V' / v la VIE des communautés religieuses Vol.19, n° 9 Novembre 1961 un document nouveau La Sacré Congrégation des Religieux vient de publier une “sorte de commentaire’ de la Constitution Apostolique Sedes Sapientiae sur le point particulier du choix et de la formation des candidats aux états de perfection et aux ordres.Datée du 2 février 1961, l’Instruction Religiosorum institutio se présente comme une reprise de VInstruction Quantum religiones traitant du même sujet et publiée en date du 1 décembre 1931.Reprenant les normes du document précédent, l’Instruction entend les préciser et les adapter aux conditions actuelles, en tenant compte des propositions faites au Saint-Siège et en particulier de plusieurs écrits importants mentionnés comme sources principales de ces précisions.C’est donc à ce document qu’il faudra dorénavant se référer.Il s’adresse à tous les supérieurs et formateurs; cependant même s’il “regarde principalement les aspirants à l’état clérical, ce qui concerne le choix des candidats et leur préparation aux états de perfection s’applique également aux religieux non-prêtres et aux religieuses avec les adaptations nécessaires”.L’Instruction Religiosorum institutio énumère d’abord les principales raisons soumises au Saint-Siège pour obtenir de Rome la sécularisation et la réduction à l’état làique.Parmi les prétextes invoqués comme causes de dispenses, elle mentionne : la pression de la famille ou des supérieurs et des directeurs, l’ignorance des obligations religieuses ou sacerdotales, l’insécurité financière ou autres, les difficultés de garder la chasteté, la perte de l’esprit religieux.Il est hors de doute que ces raisons sont souvent faibles et subjectives et la Sacré Congrégation ne l’ignore point; mais elle sollicite un zèle encore plus vigilant de la part des supérieurs pour faire disparaître l’apparence même d’un fondement objectif. 258 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Le document insiste ensuite longuement sur le souci que les supérieurs doivent apporter dans le choix des candidats à l’état de perfection et à l’état clérical.Il est significatif aussi de signaler que les mêmes règles à suivre par les supérieurs au for externe, devront également être observées par les confesseurs et les directeurs spirituels au for interne de la conscience.Des observations nouvelles s’ajoutent enfin au présent document concernant la manière d’agir avec les nouveaux prêtres durant les premières années du sacerdoce.L’Instruction précédente de 1931, Quantum religiones, ne comportait rien du genre, bien que Sedes Sapientiae du 31 mai 1956, ait quelque chose de similaire dans la recommandation de faire un second noviciat.Toutes les précisions et les prescriptions de la Sacrée Congrégation des Religieux sont d’importance capitale.Nous nous permettons de relever certains points qui ont pu faire dans le passé l’objet d’hésitation ou même de discussion.1.Le document rejette d’abord une conception pragmatique du sacerdoce voulant qu’un prêtre moins bon soit encore préférable à pas de prêtre du tout, parce que celui-là au moins peut administrer les sacrements.En matière de vocation, on doit préférer la qualité à la quantité.2.La décision de promouvoir des sujets à la profession ou à l’ordination requiert une certitude morale fondée sur des arguments positifs.Si cette certitude ne peut être obtenue, on prendra le parti le plus sûr en faveur de l’Église.3.La vocation est présentée comme un appel de Dieu, et l’oeuvre du supérieur et des formateurs est de “vérifier Vauthenticité de l’appel divin”.Quand Dieu appelle quelqu’un à sa suite, il lui donne les aptitudes et les grâces dont il a besoin pour poursuivre cet appel; les qualités sont à rechercher avec soin, sans oublier en premier lieu l’examen des motifs surnaturels de la vocation.4.Rome insiste en outre sur le choix de formateurs éprouvés qui, sans dédaigner les moyens naturels, sauront appuyer sur les moyens surnaturels de formation et la pratique particulièrement importante de T obéissance et de V abnégation.5.Une attention bien spéciale doit être portée à ceux qui sont atteints de troubles neuro-psychiques.Les supérieurs les soumettront aux examens répétés d’un psychiâtre catholique prudent et compétent qui UN DOCUMENT NOUVEAU 259 se prononcera sur la capacité des candidats de “supporter les charges de la vie religieuse et sacerdotale, en particulier le célibat, et de faire honneur à leur état”.6.La lettre revient encore sur les dangers d’exposer prématurément les candidats à des épreuves disproportionnées à leurs forces, sous prétexte de les entraîner “par l’action et dans l’action” à l’esprit qui doit animer l’apôtre de demain.Le présent document se présente comme un texte législatif ; on ne s’étonnera donc pas de le voir écrit sous une forme condensée qui évite les longs développements.Toutefois, deux autres documents très récents viennent compléter ce que ce dernier pourrait avoir de laconique.Ce sont deux lettres, issues de la Sacré Congrégation des Séminaires et Universités et adressées à l’épiscopat catholique.Ces lettres, auxquelles ne se réfèrent point VInstruction Religiosorum institutio, en développent cependant les principes et les directives.Elles seront donc d’un précieux recours pour une meilleure compréhension de notre présent texte.La première lettre, écrite en 1959 à l’occasion du Centenaire de la mort de saint Jean-Baptiste Vianney, Curé d’Ars (1), développe trois points : d’abord la responsabilité des sujets devant la grâce de la vocation, puis le primat de la vie intérieure dans la préparation au futur ministère pastoral, finalement le rôle formateur d’une discipline librement acceptée.La lettre de 1960 célèbre le troisième Centenaire de saint Vincent de Paul (2); elle se propose de “continuer et de compléter” la lettre précédente.En fait, deux fois plus longue, elle commente les mêmes thèmes que VInstruction Religiosorum institutio.Nous devons remercier le Saint-Siège pour la présente clarification et la codification des règles à suivre dans le choix et la formation des candidats à la vie religieuse et sacerdotale.Une sérieuse réflexion sur ces prescriptions, étudiées à la lumière des documents antérieurs, nous fera prendre une conscience plus vive de la grandeur de notre vocation religieuse et nous inspirera un soin toujours plus vigilant à la préserver comme une grâce de choix.Walter Bédard, O.F.M.1.Voir : L’Ami du Clergé 69 (1959) 433-437.2.Voir : Ibid.70 (1960) 676-684. 260 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Trois articles forment le présent numéro de la V.C.R.: L’Art et la spiritualité (Sr Jeanne de S.Marguerite, A.S.V.) 261 Qu est-ce que l’Eglise attend de l’œuvre d’art ?L’A.propose les éléments qui définissent l’art sacré et marque les relations qui doivent exister entre l’art et la spiritualité.L’obéissance selon saint François (Bellarmin Hébert, O.F.M.) 270 Le présent travail veut montrer quelle conception de l’obéissance se faisait Lrançois d’Assise.Il la concevait comme la dépossession totale du moi humain par amour de Dieu dans l’imitation du Christ.Écrit dans une conception franciscaine, cet article pourra toutefois servir de thème à une fructueuse réflexion sur T obéissance religieuse.L’attention dans l’oraison (suite) (Adolphé Poisson, C.S.Sp.) 279 Les anciens disaient : Lais attention à ce que tu fais; soit tout entier à ton travail.Cette attention est particulièrement requise à l’homme qui s’apprête à prier.* * * Échanges de vues .278 Chronique religieuse .282 A votre service.286 Pour vos lectures.287 l'art et la spiritualité En 1921, un peintre flamand, Servaes, se voyait prohiber par le Saint-Office l’exposition dans l’église de certaines oeuvres religieuses.Jacques Maritain, qui rapporte le fait, rend néanmoins témoignage à l’artiste en soulignant que l’œuvre qui avait fait scandale, en l’occurrence un chemin de croix, “avait pourtant fait naître en certaines âmes de profondes émotions religieuses et.occasionné des conversions” 1.Or, il est permis de penser que l’œuvre de Servaes, aujourd’hui, serait promue.Il n’y a pas ici de conflit avec le décret du Saint-Office.Comme le remarquait Guy Viau, à propos de la récente condamnation de l’église du Corbusier à Ronchamp, le décret ne portait pas sur la “qualité artistique de l’œuvre mais seulement sur sa fonction liturgique ou sur son caractère insolite” 2.En fait, ce ne sont pas les œuvres qui changent mais seulement nos dispositions intérieures vis-à-vis d’elles.Du reste, les procédés humains ne sont pas définitifs et l’Église, vivante, accueille volontiers la vie des formes nouvelles.Cependant, l’Eglise ne procède qu’avec sagesse et son rythme lent est un gage de sécurité pour nous.Qu’est-ce donc que l’Église attend de l’œuvre d’art ?Sur le large éventail de l’expression plastique, l’art peut aller du réalisme le plus figuratif à l’abstraction la plus spirituelle.Mais la relation entre l’art et la spiritualité n’est pas si évidente qu’elle puisse se passer d’être démontrée.D’ailleurs les controverses autour des efforts accomplis par les artistes prouvent bien qu’il n’est pas facile de trouver des œuvres où ce rapport soit clairement établi.L’art doit exprimer Y esprit.Voilà le principe dont l’analyse va constituer l’objet de cet article.Nous parlerons, dans une première partie, des moyens de connaître l’œuvres d’art, ou de “co-naître” avec elle.Nous emprunterons successivement le langage de la philosophie, celui de la plastique, et enfin le langage de l’esprit qui sera un troisième moyen de connaître, différent des deux premiers.Le terme “esprit”, en effet, s’opposera ici à celui de “charnel”.C’est un niveau d’âme existant seulement en 1.Maritain Jacques, Art et Scolastique, Paris 1920, p.146.— Conférence aux Journées d’Art religieux, 23 février 1924, 4e édition.2.Numéro spécial de la revue Carmel — Seigneur, Apprenez-nous à prier — Nicolet 1958, p.106. 262 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES théologie spirituelle et que nous chercherions en vain sur le plan de l’intelligence claire.Dans une seconde partie, l’œuvre d’art en rapport avec le spirituel sera entendue au sens où elle sert l’art d’église appelé encore art sacré.Une étude des exigences de cet art nous placera devant cette évidence : la vocation de l’artiste du sacré est une vocation d’exception.Enfin, dans un troisième et bref développement, l’art abstrait révélera à son tour ses possibilités d’expression du spirituel au sens où il s’oppose à une conception trop physique et trop visuelle de l’œuvre d’art.Nous aurons alors rassemblé suffisamment d’éléments pour donner une définition d’un art vraiment spirituel.L — Connaître l’oeuvre d’art a) Le langage de la philosophie Voyons d’abord ce que la philosophie nous offre en tant que moyen de connaissance de l’œuvre d’art.Elle formule des principes clairs qui nous donnent à croire, qu’appuyés sur eux, nous pourrons sans difficulté juger des œuvres d’art.Parce que leurs principes disent vrai, les philosophes croient qu’ils ont raison ! Donnons à titre d’exemple le vieil adage philosophique : l’art imite la nature.Que de malentendus à partir de ce principe ! Jacques Maritain précise que “ars imitatur naturam”, ne signifie pas : l’art imite la nature en la reproduisant, mais bien : “l’art imite la nature en faisant ou opérant comme elle” 3.Pour illustrer ce principe, essayons de prendre dans un arbre, deux feuilles en tous points si semblables qu’on puisse les apposer exactement l’une sur l’autre.L’artiste doit imiter la nature en partant d’elle, en inventant comme elle, puis, passant par sa sensibilité, les formes traduisent son émotion.Le privilège de l’artiste est de révéler à celui qui, faute de temps ou d’attention, ne l’avait pas perçu, tel aspect du monde naturel, comme la poésie dont le propre est la découverte de nouveaux rapports entre les choses” 4.Quand Uccello nous présente sa “Déroute de San Romano”, les chevaux, comme ceux d’un échiquier, ne sont pas des chevaux fidèlement copiés.Il suffit de considérer ses dessins préparatoires pour nous rendre à l’évidence que chaque cheval a été minutieusement étudié 3.Maritain, op.cit., p.214.4.Luc Estang — Invitation à la poésie.Paris 1943, p.45. l’art et la spiritualité 263 selon des calculs précis.Les épures nous rappelleraient assez bien les dernières œuvres de Mondrian.L’art donc imite la nature, mais en se basant sur elle.Voilà déjà franchi un degré d’abstraction mais qui n’est pas encore celui du spirituel.b) Le langage de la plastique Les principes clairs de la philosophie ne suffisant donc pas à nous orienter dans notre recherche d’un lieu de rencontre entre l’art et la spiritualité, empruntons une voie complémentaire, celle de la plastique.Il est possible, dans une certaine mesure, de réfléchir sur des œuvres d’art et d’en étudier la composition, la couleur, le rythme, la ligne, la répartition des volumes ou des surfaces, le contenu, etc.Mais au terme d’une semblable étude, serons-nous bien sûrs de parvenir à faire reconnaître la beauté d’une œuvre ?Le beau ne se révèle pas à la façon d’un “objet de connaissance” intellectuelle.Il faut “sentir” le beau.C’est pourquoi une explication esthétique demeure une méthode de connaissance, un moyen de partager les “conditions” dans lesquelles nous éprouvons le beau, mais jamais de communiquer une expérience personnelle.c) Le langage de l’esprit Si donc l’œuvre ne colle pas à notre sensibilité malgré la réputation établie de 1 artiste, c’est qu’il ne s’agit plus de la valeur intrinsèque de 1 œuvre mais des dispositions de celui qui contemple.Pour entrer dans une œuvre d’art et arriver à la contemplation artistique, il faut faire le passage du niveau de la connaissance intellectuelle claire (philosophie ou plastique) à celui de la connaissance obscure, au centre où se trouve l’intellectualité la plus profonde, au domaine de l’inconscient.Ce passage une fois accompli, nous n’allons pas entrer en conflit avec les règles de la plastique, pas plus que celles de la plastique n’entrent en contradiction avec les principes de la philosophie.Si l’œuvre ne révèle pas sa “présence”, c’est qu’un autre phénomène est entré en jeu, presqu’inexplicable, que nous tentons tout de même de pénétrer.Christiane Mathioly, dans un très beau chapitre intitulé “Notes sur l’expression de l’absolu” 5, écrit que l’on peut classer les peintres en deux familles : celle des actifs et celle des passifs.Dans la première, celle de la lutte, entreraient Grünewald, Michel-Ange, Titien, Greco; peintres qui pourraient manquer de profondeur par l’accumulation des détails.Greco, cependant, échappe au danger, lui qui s’est mis au service du dépouillement.En effet, il est intéressant de noter que Greco 264 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES vivait à Tolède à quelques pas seulement de saint Jean de la Croix qui, dans sa prison, dépouillé de tout, brûlait pour son Dieu comme les flammes de ces corps “tirés en hauteur” et ne cessant de “tendre vers le ciel”, tels que nous les a laissés le pinceau de Greco 5 6.A l’opposé des peintres actifs, on trouve la famille des passifs : Fra Angelico, Masaccio, Vinci, Botticelli, Clouet, Ingres.Ceux-ci, note encore Christiane Mathioly, risquent de tomber dans la sécheresse si le rythme fondamental est moins bien perçu.Ceci nous amène à parler du problème de tout artiste : découvrir son propre rythme interne.Il existe, dirions-nous, pour chaque artiste, une “fréquence” à laquelle il doit sans cesse être attentif.“Il y a un lien entre une expérience rythmique interne et son équivalent plastique dans le monde naturel” 7.Si l’artiste, sans cesse sollicité par tout ce que lui offrent les reproductions d’œuvres d’art ou les originaux eux-mêmes, ne fait pas “attention” à son rythme intérieur, il risque gros de n’être qu’un transmetteur plutôt qu’un émetteur.Il ne livre plus du monde sa perception personnelle, mais celle d’un autre.A son tour, celui qui contemple devient créateur en contemplant une œuvre d’art.Il doit en effet recréer l’œuvre, et il y arrivera en étant lui aussi, attentif à son rythme intérieur.S’il ne le perçoit pas bien, il ne pourra collaborer avec l’artiste, et se privera d’une double joie, celle du créateur et celle du contemplatif.Au-delà de cette double activité, il lui reste à établir un rapport entre l’art et la spiritualité, car, parallèlement à la famille des actifs et des passifs chez les peintres, “il y a, à l’intérieur de la spiritualité chrétienne, pour l’épanouissement en l’homme de la vie de l’esprit, diverses synthèses correspondant à diverses familles d’âmes” 8.Ces familles d’âmes, tant dans la vie active que dans la vie contemplative, créent ces liens secrets qui uniraient les diverses familles de peintres à celles des spirituels.II — Rapport avec le spirituel Nous avons donc dans la partie inconsciente de l’être un domaine, celui de l’esprit, dont la manière naturelle de connaître est la contem- 5.Étude carmélitaines, 1947, p.297.6.Jean de la Croix, Oeuvres complètes.Paris 1959, — Édition établie par le R.P.Lucien-Marie de Saint-Joseph, o.c.d.— p.XXXIV.7.Études carmélitaines, 1947, p.298.8.Introduction à la spiritualité, définition empruntée au T.R.Père Louis-Marie de Saint-Joseph, o.c.d.— Cours donné à l’Institut de spiritualité.Les Pères Carmes — Nicolet — Session de juillet 1961. l’art et la spiritualité 265 plation.Ce niveau de l’esprit étant un lieu privilégié de la contemplation artistique et de la contemplation surnaturelle, cherchons sur un autre plan un second lieu de rencontre.Un exemple nous y acheminera.Un paysage de Lorenzetti a tant de contenu mystique qu il peut entraîner, à partir d’une contemplation naturelle, jusque dans la contemplation surnaturelle.C’est un paysage où les choses n’ont plus de poids : un château repose sans fondement comme suspendu sur le sable; une barque devient une “précieuse prunelle’ ouverte sur le ciel, elle ne déplace pas d’eau et ne projette ni ombre ni reflet; la mer est lunaire; les arbres rappellent une procession de moines; les montagnes, dirait-on, sont des petits pâtés sablonneux modelés par des enfants; la lumière ne vient de nulle part que des choses elles-mêmes.Tout baigne dans une atmosphère où domine la présence invisible de Dieu.Les choses ainsi privées de poids nous font passer du 14e siècle à Chagall, peintre volontiers mystique.Pensons à son épousée lancée en plein ciel et qui tient entre deux immensités; pensons à son rabbi étreignant encore les tables de la loi.Que sa mystique soit judaïque, peu importe, elle est toujours mystique.Cependant, le mysticisme d’une peinture n’en fait pas nécessairement une œuvre spirituelle destinée à l’église.Comment reconnaître une oeuvre a caractère sacré ?a) Art profane Allons à la recherche d’une définition de l’art sacré à partir de 1 art profane que Gustave Moreau définit comme “la poursuite acharnée, par la seule plastique, de l’expression du sentiment intérieur”9; la seule plastique, c’est-à-dire, la proportion, l’harmonie des formes, des couleurs, des lignes; le jeu des volumes.Il est évident que cette seule condition ne suffît pas à servir un art d’église.Cernant la vérité de plus près, on trouve des conditions particulières dont il faut tenir compte pour que l’église soit un lieu de prière et de paix, et en même temps servie par de véritables œuvres d’art sacré.b) Art chrétien L’artiste peut produire une œuvre qui soit simplement chrétienne.C'est un art de l’humanité rachetée.“Il est planté dans l’âme chrétienne, au bord des eaux vives, sous le ciel des vertus théologales, parmi les 9.Cité par Joseph Pichard, dans U Art sacré moderne, p.24 — Arthaud, 1953. 266 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES souffles des sept dons de l’Esprit” 10.A ce compte, un peintre fait de l’art chrétien simplement en peignant des pommes comme Corot faisait d’une peinture, sa “petite prière”.L’art entendu au sens général d’une humanité rachetée, ne suffit évidemment pas à produire un art sacré.La nature morte (et pourquoi ne pas l’appeler comme le font les allemands, vie silencieuse ?) la plus mystique se verrait mal au-dessus du maître-autel ! c) Art religieux Sur un plan supérieur, même un sujet religieux ne sera pas nécessairement promu à l'église.Les exemples de Servaes et du Corbusier montrent que dans ce domaine, il y a encore confusion et sujet à discussion.Une œuvre qui procède d’une inspiration religieuse ne répond pas nécessairement aux convenances d’un art sacré.Avant de définir l’art sacré lui-même, nous pourrions chercher les caractères d’un art qui soit digne du lieu sacré.Caractères a) L’œuvre doit être vraie L’œuvre est belle si elle est vraie.Cependant, il faut éviter une conception littéraire du sujet.Faire de la contagion émotive du sujet la condition même de la valeur de l’œuvre serait une grave erreur.Il n’y a pas d’incompatibilité entre le récit et son illustration, mais il faut que l’illustration se plie aux lois de l’art.Avant d’être une belle statue qui fera prier, elle est un volume bien organisé, et non pas, un beau sourire ou un beau geste, ou une belle physionomie.Si le Christ revenait sur terre, sa version moderne des marchands du temple pourrait bien être celle-ci : “vous avez fait de ma maison un musée de bric-à-brac.” Notre spiritualité, si elle est vraie, s’accommodera mal des représentations qui ne sont que des représentations.“Accepter que les choses ne soient pas telles qu’elles sont, mais telles que l’art les rend vraies à nos yeux” n, voilà un principe qui devrait pouvoir nous éclairer.b) L’œuvre doit dépasser la réalité On dit parfois à la louange d’une statue : on croirait que c’est réel.Dites plutôt que c’est en-dessous de la réalité car une œuvre belle dépasse la réalité.Il ne faut pas rechercher une belle sainte de plâtre avec une jolie figure et des yeux renversés, qui paraît si bien prier.Ne serions-nous pas tentés de regretter le temps de Zeuxis où les raisins 10.Jacques Maritain, Art et Scolastique, p.95.11.René Berger, Découverte de la peinture.Lausanne, 1958, p.36. l'art et la spiritualité 267 sur la toile paraissaient si réels que les oiseaux venaient les picorer.“On a plus 1 habitude de la vie que de l’art, d’où le succès des œuvres qui donnent une apparence de la vie ’12.D’où le succès aussi des nombreux plâtres.Notre attention est à ce point sollicitée dans certaines églises ou chapelles, que si l’on se mettait en frais de saluer tout le monde, il ne resterait plus de temps pour la Présence réelle ! c) U œuvre doit être finie Pour être digne du lieu saint, l’œuvre doit être finie, oui, mais pas au sens académique de “fignolé”.Car il faut savoir apprécier la beauté du grain de la pierre, de la pulpe des doigts dans la glaise, de la marque de la gouge dans le bois, des âcres aspérités de la mosaïque, du trait vigoureux d’un plomb dans un vitrail.L’artiste doit avoir des égards pour la matière toujours prête à sympathiser, toujours prête aussi à résister : le tout est que l’artiste sache collaborer avec elle et lui faire dire ce qu’elle sait dire, dans la vérité.Au spectateur ensuite d’avoir le même respect pour l’œuvre ainsi comprise, ainsi pensée dans la matière.III — Art abstrait La matière ne fait pas l’œuvre plastique, mais par elle, l’univers spirituel de l’artiste devient visible.Comment l’artiste parviendra-t-il jamais à faire percevoir le mystérieux langage de son paysage spirituel?C’est alors qu’interviendrait l’art abstrait.Au lieu d’associer lignes, couleurs, taches au service d’une figuration, n’est-il pas possible de les considérer elles-mêmes comme sujet de l’œuvre, comme devenues aptes à faire revivre en d’autres âmes, un état mystique ?Qu’est-ce d’abord que l’art abstrait ?Selon l’opinion, ce serait l’art de ceux qui ne peuvent pas faire mieux ! Ou encore cet art où l’on ne reconnaît rien qui ressemble à la réalité.Cette deuxième façon de voir est déjà plus près de la vérité à condition qu’elle ne signifie pas un art “incapable de ressembler à quelque chose”.D’ailleurs on pourrait penser après Picasso qu’il n’y a pas d’art abstrait.“Il faut toujours commencer par quelque chose” dit-il.Entendons “art abstrait” au sens où les artistes veulent dépasser le souci de la représentation purement visuelle.Christiane Mathioly remarque à propos de cours d’histoire de l’art qu’elle avait reçus, que “les œuvres dans lesquelles on avait ignoré ou méprisé une partie de cette apparence physique, atteignaient souvent avec plus de profondeur et de vérité les valeurs 12.Reverdy, cité par René Berger, idem, p.36. 268 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES transcendantales de l’être et étaient plus riches en absolu que les œuvres esclaves d’une apparence d’ordre physique, .celles-ci montraient “seulement toute la limite de la conception humaine dont elles émanaient et se révélaient incapables de signifier plus haut que les réalités naturelles” 13.Osera-t-on aller plus loin et pousser la conséquence jusqu’à réclamer l’art purement abstrait, c’est-à-dire, purement non-représentatif ?Il est vrai que l’art sacré, existant avant tout pour l’enseignement du peuple, devrait s’exprimer en figures, mais à titre d’expérience, ne pourrions-nous tenter l’aventure dans une communauté chrétienne prête à recevoir la non-figuration ?Une communauté chrétienne, ce peut être des “moines, grands séminaristes, universitaires, groupements spécialisés d’action catholique et qui sait ?petite paroisse ouvrière de banlieue.14.Et pourquoi pas communauté de femmes aussi ?Il importe en tous cas que les artistes soient d’abord sincères et qu’ils veuillent en premier lieu servir la liturgie à travers laquelle la prière des chrétiens s’exprime.Définition de l’art sacré Que sera donc alors un art sacré ?La revue Art d’Eglise 15 le définit comme n’étant “rien d’autre que l’art qui rencontre, en sa fonction originellement religieuse, le surnaturel chrétien.et l’efflorescence suprême de l’art dans la lumière de la grâce”.Cette définition ne rassemble-t-elle pas en ses éléments les points de vue développés précédemment ?* * * Disons en conclusion, que les artistes aspirant à créer une œuvre apte à répondre aux exigences de l’art sacré, trouveraient avantage à étudier la Bible pour se bien pénétrer du caractère redoutable et inaccessible de la majesté de Dieu comme aussi de sa proximité, et tâcher de trouver un moyen terme dans l’expression de leur sentiment du sacré.Le sentiment de la transcendance de Dieu ne favoriserait-il pas un art sacré, en nous éloignant des images habituelles, facilement anthropomorphiques qu’on pourrait donner de Dieu ?A l’opposé, la tendance à faire prédominer le sentiment de l’immanence, ou du Dieu proche, ne risquerait-elle pas de donner dans le blasphème ?En effet, qui peut se croire de taille à rendre le visage humain de Dieu ?Dieu, dans toute 13.Études carmélitaines, 1947, p.296.14.Échanges spirituels, Vol II no 2, p.115.15.No.I, 1950, Marcel de Corte, p.3. l’art et la spiritualité 269 la Bible n’a-t-il pas voilé sa présence de diverses manières : nuée, flamme dévorante, etc.?Quoi qu’il en soit, on peut conclure que dans la Bible, “la véritable attitude de l’homme devant Dieu, c’est Yado-ration, .et que, “la proximité de Dieu s’exprime essentiellement dans Y amour.” 16.Etant proposé le lien entre l’art et la spiritualité, il ressort qu’à l’artiste du sacré est offerte une aventure doublement difficile : celle d’être un artiste, et celle d’être un saint.La plupart du temps l’artiste n’est qu’artiste et quelquefois le saint est artiste.Jacques Maritain pense qu'il est difficile d’être un artiste et TRES difficile d’être un chrétien.En définitive, conclut le philosophe, il s’agit de “mettre en paix deux absolus” 17.Saint François d’Assise, qui savait si bien dialoguer avec la nature et avec Dieu a su tenir cette gageure.Sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, tous deux bâtisseurs de couvents ont manifesté un “lucide et réaliste bon sens” composant admirablement avec une sensibilité artistique affinée.Sa Sainteté le pape Pie XII, parlant à des artistes, leur faisait apprécier le privilège de leur vocation : “L’artiste chrétien, est en un certain sens, un élu, parce que c’est le propre des élus de contempler, d’apprécier et d’exprimer les perfections de Dieu”.Que les artistes soient des contemplatifs de Dieu et de sa création, et nous pourrons envisager avec confiance l’avenir d’un art qui soit en relation réelle avec la vie spirituelle.Nicolet Sr Jeanne de S.Marguerite, A.S.V.Religieux enseignants “Pour ce qui nous concerne, nous, parents chrétiens, chose certaine, nous n’avons rien à perdre à avoir à la disposition de nos enfants des maîtres qui ont prouvé par le sacrifice de toute leur vie, qu’ils croient vraiment à l’importance de l’éducation et qu’ils sont prêts à tout pour tirer nos petits de l’ignorance; et nous; serions les derniers des sots de laisser torpiller nos communautés enseignantes; pour le bénéfice de gens qui n’ont pas fait leurs preuves et dont nous ne savons pas s’ils convoitent le salaire des prêtres et religieux enseignants, ou s’ils brûlent du désir de les dépasser en esprit de sacrifice”.Outremont.Mme Maurice Labelle.16.La Bible, source de vie spirituelle.R.P.Cantitus Matura, o.f.m.— Cours donné à l’Institut de Spiritualité.Les Pères Carmes — Nicole t— Session de juillet 1961.17.Op.cit., p.96. l'obéissance selon saint François d'Âssise Saint François d’Assise, par la grâce de Dieu, a fondé un Ordre qui a pour but de vivre l’Evangile et de faire participer le monde à cet esprit évangélique.Il s’est donc constitué à cette fin une collectivité qui exige nécessairement une autorité, âme de tout groupement social.De là se pose pour nous le problème des rapports des sujets avec les supérieurs; relations qui nourrissent le vœu et la vertu de l’obéissance.Aussi dans ce présent travail, nous esssayons de comprendre quelle conception de l’obéissance se faisait Saint François.Et pour cela nous puisons aux sources mêmes qui manifestent le plus clairement et le plus directement sa pensée : ses opuscules et ses paroles.Nous utilisons largement la nouvelle traduction française des Opuscules de Saint François, d’après le texte latin de Quaracchi, paru aux Éditions Franciscaines de Paris (1956), puis les Paroles de Saint François recueillies et groupées en un livre publié en France, aux Éditions du Vieux Colombier (1955), intitulé : Ainsi Parlait Saint François.Nous avons étudié aussi le chapitre sixième de la vie de François écrite par S.Bonaventure.Toutes ces sources peuvent, je crois, nous donner une idée assez exacte et fidèle de l’obéissance religieuse dans la pensée de notre séraphique Père.Elles nous permettent de saisir le fondement de l’obéissance franciscaine; l’objet de cette vertu; la manière d’obéir et les fruits spirituels qui en peuvent résulter.I — Fondements de l’obéissance Amour de Dieu et de Jésus crucifié Il est assez facile de constater que tout dans la vie de S.François trouve son explication ultime dans l’amour qu’il avait pour Jésus crucifié.Au tout début de sa conversion, la vision de Jésus en croix allume dans son cœur un amour ardent qui lui donne le courage de se soumettre aux épreuves purificatrices du renoncement à soi-même, préliminaire indispensable de toute vie chrétienne parfaite.S.Bonaventure nous dit que ‘*le souvenir de Jésus crucifié demeurait constamment en son âme comme le sachet de myrrhe entre les seins de l’Épouse du Cantique, et dans la véhémence de son amour extatique, il désirait entièrement être transformé en ce Christ crucifié” 1.L’Amour de Dieu 1.S.Bon.Leg.Maj.ch.9 par.2. L’OBÉISSANCE SELON SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 271 et plus spécialement de Jésus devient ainsi la raison dernière de tous ses actes : la pratique de toutes les vertus, notamment de la pauvreté rigoureuse, de l’humilité sincère et de l’obéissance parfaite se fonde sur la charité.Dans sa troisième admonition, il fait remarquer qu’un sujet sent parfois qu’une autre orientation serait meilleure et plus utile pour son âme que celle qui lui est imposée par l’autorité; il doit alors faire à Dieu le sacrifice de sa volonté propre, et appliquer les consignes du Supérieur, car “telle est, écrit-il, la véritable obéissance, à base de charité, qui satisfait à la fois Dieu et le prochain” 2.Dans sa deuxième règle, il affirme clairement le motif premier de l’obéissance : “Quant aux frères qui sont sujets, ils se rappelleront que pour Dieu ils ont renoncé à leurs volontés propres” 3.Dans sa lettre à tous les fidèles, il écrit : “Jamais nous ne devons désirer être au-dessus des autres; mais^ nous devons être serviteurs et soumis à toute créature humaine à cause de Dieu” 4 5.Dans l’imitation du Christ L’amour tend de soi à la conformité.Quand on aime quelqu’un, on lui manifeste son amour non seulement par des paroles et des gestes extérieurs; on cherche par tous les moyens à imiter dans la mesure du possible la personne aimée.Car ce qui fait surgir l’amour, c’est la connaissance du bien dans la personne aimée.Le bien attire et pousse à l’identification.Ce fut le cas pour S.François.Il a perçu avec une parfaite clairvoyance toutes les richesses du Christ et a cherché à être en tout conforme à son Maître.“Son principal désir, son intention la plus haute, sa suprême résolution était d’observer le saint Évangile en toutes choses, de pratiquer la doctrine de Notre-Seigneur, de le suivre pas à pas” °.Aussi s’efforça-t-il de s’incorporer la mentalité, les idées et les sentiments évangéliques, réalisant pleinement dans sa vie cette phrase de l’Apôtre : “Hoc enim sentite in vobis quod et in Christo, Jesu” (Ph.11,5).Mais les traits particuliers de la physionomie divine qu’il s’attache à reproduire sont ceux où le Fils de Dieu semble déployer plus d’amour et s’abaisser le plus : ce sont ses anéantissements de l’incarnation et de 2.Admonitions, ch.3 par.3.3.2 Règ.X.4.Lettre à tous les fidèles, no.47.5.I Cel.84. 272 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES la Rédemption.Nous avons là encore une des raisons profondes de sa très prompte obéissance.C’est parce que son Maître s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix pour le rachat de nos péchés qu il veut obéir lui-même en tout à Dieu, le Père.Dans une lettre adressée au chapitre général, il écrit : “.J’en dis autant de tous ceux qui s’en vont errant sans tenir compte des prescriptions de la Règle, car Notre-Seigneur Jésus-Christ a donné sa vie pour ne pas manquer à l’obéissance envers son Père très saint” 6 7.“Si le Fils de Dieu, disait-il, est descendu de toute la hauteur qui sépare de notre abjection le sein du Père, c’est pour nous apprendre l’humilité, lui le Seigneur et Maître, par la parole et l’exemple” ‘.Par le renoncement total de la volonté Pour arriver à une identification la plus parfaite avec le Christ crucifié, François a compris qu’il lui fallait réaliser dans sa vie le paradoxe évangélique.Mourir le plus possible à soi-même, se déposséder totalement pour s’enrichir davantage du Christ.L’obéissance favorise ce dépouillement intérieur parce qu’elle atteint ce qu’il y a de plus intime et de plus profond dans la personne humaine, la volonté.Au début de sa troisième admonition, S.François explique et fonde l’obéissance parfaite sur ces paroles de l’Evangile : “Celui qui n’abandonne pas tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple” (Le.14, 33), et “Qui veut sauver son âme la perdra” (Mt.16,25).Puis il ajoute : “Pour abandonner tout ce qu’on possède, perdre son corps et son âme, il faut se livrer tout entier à l’obéissance entre les mains de son Supérieur” 8.Cette mort à soi-même, ce martyre par l’obéissance est pour François une source de fécondité apostolique, à l’instar de Jésus, qui, par obéissance envers son Père, a accepté la mort pour le rachat du genre humain.“Si un supérieur, écrit-il, donnait des ordres contre notre conscience, il ne faudrait pas, bien qu’on refuse l’obéissance, rompre définitivement avec lui et le quitter pour autant.Si l’on encourt l’hostilité de certains à cause de cette attitude, on ne doit que les en aimer davantage, pour l’amour de Dieu : car celui qui préfère supporter les attaques de ses frères plutôt que de se séparer d’eux, celui-là persévère dans la véritable obéissance car il donne sa vie pour ses frères” 9.Nous trou- 6.Lettre III au chapitre général.46.7.S.Bon.Leg.Maj.ch.6 par.1.8.Adm.III 1-4; cf.I Règ.I.9.Adm.III 7-9. l’obéissance SELON SAINT FRANÇOIS d’assise 273 % vons encore dans ce texte l’idée de mort et de martyre que contient l’obéissance parfaite.“Nous devons nous renoncer nous-mêmes et placer nos corps sous le joug de la servitude et de la sainte obéissance dans la mesure où chacun l’a promis au Seigneur” 10.Ce renoncement total à soi-même dans l’obéissance par amour de Dieu, est pour François une forme de pauvreté : une pauvreté spirituelle.La pauvreté évangélique n’est pas seulement la misérable privation des biens terrestres et matériels; elle personnifie aussi l’esprit de renoncement total à soi-même.C’est pourquoi, la pauvreté est vraiment la voie de la perfection, puisqu’elle se confond avec le renoncement, sans lequel il n’y a pas de vie surnaturelle ni de perfection chrétienne possible.La pauvreté ainsi comprise, aimée fidèlement non pour elle-même, mais pour Jésus et à l’imitation de Jésus, rigoureusement pratiquée, maintenait l’âme du Pove-rello dans cet état de renoncement qui consiste à préférer Dieu à tout ce qui n’est pas Lui.Aussi se mettait-il en dépendance absolue vis-à-vis de ses supérieurs afin de se déposséder totalement.“Je veux fermement obéir au ministre général de cette fraternité et au gardien qu’il lui plaira de me donner.Je veux être tellement lié entre ses mains que je ne puisse faire un pas, ni la moindre action sans son commandement et sa volonté, car il est mon maître” n.En faisant toujours la volonté du père L’amour appelle nécessairement l’union des volontés.Qui aime, cherche à rencontrer les désirs et les vouloirs de la personne aimée.“Si vous m’aimez, dit Jésus, observez mes commandements”.Aussi S.François conçoit-il pratiquement l’obéissance comme l’adhésion de sa volonté à celle de Dieu.A la fin de sa lettre au chapitre général, il adresse à Dieu cette fervente prière : “.donne de faire ce que nous te savons vouloir, et de toujours vouloir ce qui te plaît” 12.A un ministre qui avait des difficultés avec ses sujets, il écrit : “Il faut vouloir ainsi et non autrement, et cela par obéissance véritable envers le Seigneur et envers moi, car je sais très nettement que telle est l’obéissance véritable.Aime ceux qui te causent des ennuis; ne désire d’eux rien d’autre que ce que le Seigneur t’accordera” 13.Ainsi nous sommes vraiment frères du Christ puisque, le premier-né d’entre nous et véritable Fils de Dieu, il a toujours fait la volonté de son Père.“Nous sommes 10.Lettre à tous les fidèles no.40.11.Testament, 27-28.12.Lettre au chapitre général, no.50.13.Lettre VI à un ministre, no.2 et 3. 274 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ses frères, quand nous faisons la volonté de son Père qui est dans le ciel”14.Elle crée le mérite Un autre élément qui détermine l’obéissance chez S.François, c’est le mérite.Sa vie apparaît comme un échange.Pour obtenir les dons du Christ, spécialement l’amour, il sacrifie tout, y compris sa volonté propre, en s’appuyant sur ce texte de FÉvangile : “Celui qui perd son âme, la retrouve”.C’est pourquoi, François voulut plutôt obéir que commander.Et l’on peut certes y voir une des raisons pour lesquelles il renonça à son titre de Général en faveur de frère Elie.S.Bonaventure affirme : “François, semblable au marchand dont parle l’Evangile, voulant gagner toujours plus et rendre productif chacun de ses instants, choisit d’être sujet plutôt que supérieur, et d’obéir plutôt que de commander” 15.“En effet, disait S.François, on retire de l’obéissance cet immense avantage qu’une fois notre cou engagé sous son joug, aucune minute ne se passe sans apporter quelque profit’ 16.Voilà pourquoi, il promettait obéissance et obéissait au frère qui l accompagnait ordinairement dans ses voyages17.“Je sais, ajoutait-il, quel est le fruit de l’obéissance : pas un seul instant ne peut se passer sans mérite pour celui qui plie son cou sous le joug d’un autre” 18.A première vue, cette attitude peut paraître égoïste et imparfaite; il n’en est rien, puisque François voit dans la récompense le résultat automatique d’un échange amoureux.Pour vivre, il faut mourir; pour jouir de l’union au Christ, il faut se détacher complètement.II — Objet de l’obéissance franciscaine L’église S.François se singularisa par son sens de l’Eglise.Sa réforme s’opéra dans l’Église, contrairement à celles des sectes dissidentes d’alors, Vaudois, Albigeois, Humiliés de Lyon et Cathares.S.François voyait dans son Seigneur Pape, le vicaire de Jésus-Christ, dans l’autorité du Magistère, l’autorité même de Dieu.Aussi demanda-t-il un cardinal protecteur pour son Ordre 19.Il fit toujours approuver sa Règle 14.Lettre à tous les fidèles no.52.15.S.Bon.Leg.Maj.ch.6 no.4.16.ibid.17.ibid.18.II Cel.c.3.19.II Règ.12. L’OBÉISSANCE SELON SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 275 par 1 Eglise et exigea de ses frères de ne jamais aller prêcher dans les diocèses sans l’autorisation des évêques.Il possédait très justement le sentire cum ecclesia et la liturgie lui attribue le titre de vir catholicus.L’objet de l’obéissance franciscaine se trouve être d’abord l’Eglise.Dans le prologue de sa première Règle, François en son nom et au nom des Généraux futurs, promet solennellement obéissance au Saint-Siège : “Le frère François et tous ceux qui seront à la tête de cet Ordre, promet et promettront obéissance et respect au Seigneur Pape Innocent et à ses successeurs” 20.La règle Pour François, obéir à la Règle, c’est en même temps obéir à l’Eglise qui l’a approuvée; il y insiste fortement en plusieurs endroits de ses écrits.Il écrit son testament afin que ses frères observent plus catholiquement la règle 21.Par obéissance à la Règle, le ministre général, les autres ministres et custodes n’y peuvent rien ajouter ni retrancher.Il leur demande en outre de ne faire aucune glose.Obéir à la Règle, c’est aussi obéir au Christ puisque c’est lui qui a enjoint à François cette forme de vie : “Mais de même que le Seigneur m’a donné de dire et d’écrire la Règle.” 22.Il exhorte les frères à aimer cette Règle, à la garder et à la reproduire 23.En outre, il identifie l’obéissance à l’observance de la Règle : “.qu’ils soient reçus à l’obéissance promettant d’observer toujours cette vie et cette Règle” 24.François donne lui-même l’exemple de sa profonde soumission à la Règle par la confession qu’il fait dans une lettre au chapitre général : “.spécialement, je n’ai pas gardé la Règle que j’avais promis au Seigneur d’observer, et je n’ai pas dit l’office comme la Règle le prescrit” 25.Le supérieur Le supérieur représente Dieu; il est l’intermédiaire des volontés de Dieu auprès de ses sujets.Aussi le véritable frère mineur doit-il voir la volonté de Dieu dans celle de ses supérieurs et leur obéir comme à Dieu lui-même malgré leurs défauts.S.François disait : “Dans un 20.I Règ.Prologue.II Règ.I.21.Test.nos.34-40.22.ibid.no.39.23.I Règ.37.24.II Règ.2.25.Lettre au chapitre général, 39-40.26.II Cel.II ch.3.27.II Cel.ch.3 S.Bon.Leg.Maj.ch.6 no 4. 276 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES supérieur, un sujet ne doit jamais considérer l’homme, mais uniquement celui pour l’amour duquel il s’est assujetti.Plus est méprisable celui qui commande, plus est agréable l’humilité de celui qui obéit 2G.S.François n’était-il pas prêt à obéir à un novice d’une heure 27.Il faut donc obéir aux supérieurs en tout, sauf en ce qui serait contraire à la Règle et à la conscience.“.et tous mes autres frères bénis leur obéiront avec empressement en tout ce qui concerne le salut de l’âme et n’est pas contraire à notre Règle” 28.Ainsi doit-on obéir aux supérieurs avec foi et promptitude même quand la volonté du supérieur n’est pas formellement manifestée 29.III — Comment obéir Nous venons de voir que d’après François, il faut obéir avec promptitude et foi aux supérieurs.Mais il nous donne dans sa célèbre allégorie du cadavre 30, attribuée par erreur à S.Ignace de Loyola, une façon plus parfaite d’obéir avec une entière indifférence et d’une façon aveugle.Qu’on place un cadavre n’importe où, il ne mettra aucune mauvaise grâce à se laisser manœuvrer.Ainsi le religieux ne doit pas se plaindre si on le change de couvent ; si on le laisse dans une même obédience, il acceptera bien volontiers en silence.On sait qu’au Moyen-Âge, la bougeotte, la gyrovagie sévissaient chez les Mendiants comme chez les laïcs à cette époque de pèlerinage et de croisades.Accepter les honneurs de certaines obédiences avec humilité comme le cadavre qui, installé dans une chaire, regarde en bas; ou s’il est revêtu de pourpre, il n’y paraît que deux fois plus pâle.Voilà pour S.François le portrait du parfait obéissant.Il ne s’institue pas juge des raisons de son transfert; n intrigue pas pour se voir désigner tel couvent, n’est pas toujours à demander son changement; s’il reçoit une charge, il conserve son humilité; plus il reçoit d’honneurs, plus il se juge indigne.IV — Les fruits de l’obéissance Pour S.François, le véritable obéissant reçoit les bénédictions de Dieu, car il se tient dans une attitude filiale vis-à-vis du Père, comme N.-S.J.-C.C’est vraiment un bon serviteur.Par contre, s’il désobéit, il encourt la malédiction du Seigneur.“.qu’ils sachent qu’ils sont mau- 28.I Règ.4, 2.29.II Cel.II c.22.30.II Cel.II ch.112 S.Bon.Leg.Maj.6 no.4. L’OBÉISSANCE SELON SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 277 dits quand ils s’écartent de l’obéissance.; s’ils se tiennent en la véritable obéissance, ils sont bénis par le Seigneur” 31.Le désobéissant vit sous l’empire de Satan 32.“J’ai vu le diable, dit-il, sur le dos de mon frère désobéissant, le serrant fortement au cou.Dompté par un tel cavalier, celui-ci, alors qu’il avait méprisé le frein de l’obéissance, suivait en aveugle les guides du diable” 33.Ceci est tout à fait psychologique.Par la désobéissance, la volonté s’affaiblit, la grâce disparaît de l’âme et celle-ci reste impuissante devant ses passions et les suggestions du démon.Dieu retire sa main protectrice, comme il l’a fait pour nos premiers parents après la chute.Par ailleurs, la sainte obéissance donne des forces pour bien accomplir le commandement.Le religieux reçoit des grâces actuelles et des grâces d’état.Aussi ne faut-il jamais s’effrayer d’un commandement quelque impossible qu’il paraisse.Il ne faut même pas voir cette impossibilité 34.Cet esprit d’obéissance va jusqu’à respecter les lois de la nature humaine et de tout le cosmos.L’âme obéissante soumet son corps à l’esprit; elle obéit aux évènements, aux bêtes mêmes et à tous les hommes ses frères 35.* * * Voilà assez sommairement étudié l’obéissance franciscaine.L’âme franciscaine parfaitement amoureuse de Dieu, s’identifie au Christ par l’obéissance parfaite à l'Église, à la Règle et au supérieur.Cette dépossession totale lui octroie des mérites incalculables : la paix de l’âme, la maîtrise d’elle-même en même temps que les faveurs célestes.S.François avait donc en horreur la désobéissance chez lui-même et chez les autres.Un jour, on lui présenta un frère coupable de désobéissance, et voyant son véritable repentir, il lui témoigna beaucoup d’indulgence; mais pour éviter de porter les autres à mal faire, puisqu’il était si facile de se faire pardonner, il ordonna d’arracher au frère son capuce et de le jeter au feu pour montrer quelle rigueur méritent les manquements à l’obéissance 36.Sorel.Bellarmin Hébert, O.F.M.31.I Règ.5, 19-20.32.Adm.II, 2.33.II Cel.II c.34.II Cel.II c.112.35.Salutation des vertus.14.36.S.Bon.Leg.Maj.ch.6. échanges de vues La V.C.R.introduit dans ses pages une nouvelle rubrique, Échanges de vues, afin de vous permettre, chers lecteurs, d’exprimer vos idées sur un sujet de vie religieuse.D’ici juin 1962, chaque numéro de la revue vous présentera un texte et un questionnaire.Si vous avez l’amabilité de nous communiquer votre opinion là-dessus, nous la publierons volontiers, pourvu que vous mentionniez votre état (religieuse, prêtre-religieux, frère) et le nombre d’années de votre vie religieuse.Il n’est pas requis de signer.Nous comptons sur la collaboration des supérieurs pour faciliter ces échanges.Le numéro de juin 1962 compilera les opinions émises en ces pages.Plusieurs thèmes auraient pu faire l’objet de ces échanges de vues.Nous avons choisi comme premier thème Y obéissance religieuse qui semble connaître de nos jours une crise assez profonde.Nous envisagerons successivement ce problème sous différents aspects (obéissance-autorité; obéissance-esprit d’initiative; obéissance-liberté; etc.).Pour le moment nous abordons celui de la crise elle-même.Où en est-on aujourd’hui avec l’obéissance religieuse ?S.Em.le Cardinal Léger affirmait dans son sermon à l’occasion de la Bénédiction du Centre Marial des PP.Montfortains à Montréal, le 10 septembre dernier, que les religieux obéissaient à leurs supérieurs un peu comme les automobilistes respectent les feux rouges.Des religieux, réunis en congrès, constataient également que “les sujets (d’aujourd’hui) sont moins attachés aux observances régulières et ils ont tendance à fuir l’obligation d’obéir à une Règle qui leur paraît périmée.On est porté aussi de plus en plus à rationaliser l’obéissance : obéir pourvu que cela ait du bon sens.Les jeunes jugent d’à peu près tout et voudraient que les supérieurs rajustent leur manière de voir et de faire”.11 semble, par ailleurs, qu’on se réfère à un esprit de méfiance et de critique de plus en plus répandu.Croyez-vous à l’existence de cette crise ?De quelle façon se présente-t-elle ?Où en est-on aujourd’hui avec l’obéissance religieuse ?e Adressez vos lettres : La V.C.R.5750, Boul.Rosemont Montréal — 36. l'attention dans l'oraison ( suite) L’attention dans la préparation éloignée Normalement, l’exercice d’oraison du matin doit être préparé par le choix du sujet la veille au soir.C’est la coutume générale des Instituts religieux, qui demande d’y consacrer quelques minutes au moment de rentrer dans le silence de la nuit.Le besoin en existe chez tous, mais s’impose davantage à ceux qui n’étant pas encore attentifs à l’action de l’Esprit dans l’ordinaire de leur vie doivent se ressaisir et fixer leur attention.Suivant les états d’âme, Libermann parlera de “considérations”, ou de “simple vue”.A tous il recommande de faire cet exercice avec piété et “en manière d’oraison”, non en forme d’étude.L’expérience d’un chacun lui présentera ces préparations du soir souvent réduites au minimum d’un regard de l’esprit : on écoute une lecture, on parcourt quelques lignes d’évangile, on se rappelle une parole de Notre-Seigneur.Mais l’attention véritable est-elle là ?Son imperfection partielle, (ou sa nullité absolue), provient de l’envahissement intérieur de l’âme par les impressions de la journée.On n’a pas, doucement, paisiblement, fait le vide de l’humain, du terrestre.En fermant la porte du local des œuvres, du bureau de travail, on a emporté souvenirs et images, regrets et prévisions.La vie religieuse aurait voulu un point final plus net à cette occupation journalière.Parfois, hélas ! se substituent à ces quelques minutes de paix et de pieuses pensées, de longs moments d’impressions nouvelles singulièrement envahissantes.Certains diront que la vie religieuse devrait sur ce point, en somme secondaire, abandonner sa tradition, la déplacer, laisser ces soirées au charme de la vie de société, du sport, de la radio, de la télévision, suivant les pays.A cent ans de distance, notre Vénérable reste “à la page” en disant : “Il faut en outre se recueillir un peu le soir avant de se coucher, se débarrasser de toute affaire étrangère ou ne s’en occuper que par devoir de charité, enfin tenir son âme dégagée de toute créature et dans une douce paix devant Dieu autant qu’il est en nous jusqu’au lendemain matin après l’oraison (L.I., 226).En somme quel que soit le déplacement des heures d’occupation, la règle subsiste.Revenons à la préparation elle-même.Cette rapide lecture que nous croyons suffisante et dont nous voulons nous contenter, est-elle autre chose qu’une vague inconsistante, sans influence sur une reprise sérieuse ?Ces “considérations” logiques, et que l’on veut telles, est-ce autre chose qu’un simple travail de l’esprit, “une étude” ?L’attention vraiment utile, Libermann l’exprime par les mots : “une manière d’oraison”.Il dira ailleurs : “une manière d’abandon”.Ce qui indique comme un état d’âme, une paisible offrande du cœur à l’Esprit-Saint.Pour se donner vraiment, il faut se prendre dans ce qu’on a de plus intime; le sujet d’oraison ne doit être intellectualisé qu’en fonction de l’apport obligé de l’idée au travail foncier de l’âme.Si l’on ne va pas jusque-là, l’attention est imparfaite, et peut-être nulle.Quoi d’étonnant que, si facilement, on s’en abstienne sans regret. 280 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES L’attention dans la préparation immédiate La préparation du soir est terminée.Le Vénérable s’adressant à son neveu lui dit : “Le soir, endors-toi dans ces bonnes pensées, et le matin, en te levant, rappelle-toi les quelques réflexions qui doivent faire le sujet de ton oraison” (D.VII,415).Le directeur appuie donc sur la liaison des heures à travers le sommeil.Nous le savons expérimenté dans la vie d’action, et même singulièrement victime du surmenage; et, cependant, il n’hésite pas à conseiller ainsi un jeune homme de quinze ans.C’est une leçon ! Qu’est-ce donc que ce travail nocturne de notre “association d’idées”, de notre imagination, sinon une réduction du plein travail de l’activité du jour ?Mais une réduction susceptible d’un certain contrôle, une réduction qui révèle les obstacles passionnels à notre attention consciente : passion de l’activisme intellectuel, ou passion de la volupté, surtout.Mais nous voici au matin.Que de pensées et d’imaginations se réveillent avec nous, qui nous avaient envahi la veille ! Car notre mentalité ne repart pas à zéro.Nous sommes sur ce point, comme sur bien d’autres, “fils de nos œuvres”.Heureux celui qui, répondant au désir du Vénérable, a tenu son âme “dégagée de toute créature et dans une douce paix devant Dieu” (L.I.,226).Et nous ne sommes pas quittes avec ces relents de la veille.Il y a les pensées et imaginations qui naissent d’un regard hâtif sur les occupations possibles du jour qui commence.Ce n’est pas le temps de s’en occuper, mais à plusieurs le sang boût, d’agir.Chez d’autres, afflueront les impressions qui surgissent du subconscient, fruits du tempérament.et de la température.Libermann conseille son frère : “Retire-toi dans une chambre, mets-toi à genoux et recueille-toi.Tu peux réciter une prière vocale qui commencera à disposer ton esprit pour un recueillement plus profond.”.C’est précisément ce que la vie religieuse nous propose.Délicatement, elle a essayé, par son coutumier, de diriger notre attention vers le surnaturel, à travers les mille détails de l’obligatoire préparation du corps.Bien vite, elle donne le signal de la prière vocale commune.Cette petite sœur de la prière mentale joue ici un rôle précieux par l’attitude qu’elle impose au corps, et par les paroles prononcées par nous, entendues des autres; elle aide à cette possession paisible des avancées de l’âme qui, précisément, livrées à elles-mêmes, sont le siège des distractions.Encore faut-il, suivant la pensée de Libermann : “Réciter cette prière avec un sentiment et une disposition capables d’amener l’esprit et le cœur à une véritable récollection intérieure” (L.I,226).Autrement dit : favoriser l’attention.C’était chose facile pour Sainte Thérèse qui ne concevait pas “comment séparer l’oraison mentale des prières vocales, pour peu que celles-ci soient bien faites, et que l’on comprenne à qui on les adresse.Car enfin, c’est une obligation de les réciter attentivement” (Ch.de la Perfection, p.154).Pour nuancer le conseil, écoutons encore notre Vénérable : “Ne cherchez pas absolument à entrer dans tous les sentiments et toutes les pensées de la prière que vous récitez; tenez-vous paisiblement uni à Dieu par le fond de votre intérieur” (L.I,388). l’attention dans l’oraison 281 L’intention dans le début de l’oraison Sur quel objet portera maintenant l’attention ?Sur Dieu lui-même, mais le plus simplement possible.Il faut, pourrait-on dire, établir tout d’abord dans l’âme cette attention générale qui normalement s’impose en toute circonstance à l’enfant de Dieu ; réaliser un état qui devrait exister., qui devrait ! Curieuse et révélatrice est, à ce sujet, l’allusion faite par notre directeur à un correspondant qui réclame une ligne de conduite : “Soyez dans l’oraison comme à table” et encore “Soyez après l’oraison comme vous seriez pendant vos récréations .On s’attendait a l’inverse : ce que l’on cherche pour notre comportement dans la vie, il faut s’efforcer de le réaliser, déjà ! En somme : l’enfant de Dieu devant son Père !” “Tenez-vous devant Dieu !” Quel que soit le thème de l’oraison préparé hier et auquel on viendra tout à 1 heure, la disposition de 1 instrument s’impose : l’attention à Dieu.Nous avons entendu Sainte Thérèse nous rappeler que la prière vocale que l’on vient de faire, comporte une certaine force mentale, sans quoi elle ne serait pas prière”.A quoi Libermann a ajouté que la prière vocale contient “une paisible union à Dieu par le fond de l’intérieur”.Que cette prière laisse dans l’âme une union à Dieu assez forte pour subsister seule, et l’on entre dans le prélude de l’oraison matinale.Ce prélude, détaillé différemment par les auteurs, c’est la pensée de Dieu et le besoin que nous avons de lui ; 1 une et l’autre offrant telle ou telle forme selon les circonstances extérieures et intérieures.Laissons la parole au Vénérable : “Vous entrez dans un sentiment d’adoration, de respect, d amour, de ce qu’il plaît à Dieu de vous permettre d’être en sa sainte présence.On peut tâcher, par quelques considérations, de se convaincre que Dieu est présent dans le lieu où l’on est, dans sa propre âme, dans laquelle il se plaît à répandre ses grâces et son amour.On entre naturellement dans de grands sentiments d humiliation devant Dieu, étant si pauvre, si misérable, si couvert de péchés.Il faut aussi tacher d’etre convaincus que nous ne pouvons rien par nous-mêmes, et n’attendre de secours que de Dieu seul” (L.I, 226).En somme : conviction profonde que Dieu est Tout, que nous ne sommes rien, et que nous sommes devant lui.“Tenons-nous dans la plus profonde humiliation devant la Très Sainte Trinité, dans la vue de notre extrême impuissance” (L.1,65).Cet enseignement, Libermann le complète ainsi : Il faut rendre la présence de Dieu aussi sensible que possible.Si elle est superficielle et vague ou nonchalante, l’oraison sera pleine de négligences et de distractions”.Il s’agit “d’achever d éloigner notre esprit de tout objet créé, afin qu’il entre pleinement dans les considérations pieuses de son objet” (E.S., 124 et suiv.).De la ferveur dans cette approche de Dieu ! Ce début fervent, tout sera fervent (c.L.III, 19).Notre situation prendra toute sa force si la présence de Dieu réveille et entretient fortement dans l’âme la soif de Dieu.(à suivre) Ste-Scholastique.Adolphe Poisson, C.S.Sp. chronique religieuse Le centenaire d’une communauté canadienne Fondée à St-Hyacinthe en 1861, par Mgr Joseph LaRocque et la Révérende Mère Catherine-Aurélie Caouette, les Soeurs Adoratrices du Précieux Sang célèbrent cette année leur premier centenaire.A cette occasion, par une faveur singulière, Sa Sainteté a daigné adresser aux religieuses une lettre autographe que nous sommes heureux de reproduire : Nous avons appris avec une vive satisfaction que les Religieuses Adoratrices du Précieux Sang de Saint-Hyacinthe s’apprêtaient à fêter ces jours-ci le centième anniversaire de la fondation de leur Institut, et Nous tenons à vous exprimer par une lettre personnelle Nos félicitations et Nos vœux en cette heureuse circonstance.C’est en effet pour Nous un très doux réconfort de savoir qu’il existe, au nombre des familles religieuses qui font la joie de l’ornement de la Sainte Église, une Congrégation tout spécialement consacrée à l’adoration et à la glorification du Sang très précieux qui a racheté le monde.C’est là, Nous l’avons rappelé maintes fois — et notamment par un acte solennel de Notre magistère, la Lettre Apostolique Inde a Primis, du 30 juin 1960 — une des dévotions fondamentales du culte chrétien.Et c’est pourquoi Nous avons voulu placer à un poste d’honneur, dans les prières de l’Église, à côté des Litanies du Sacré Cœur et du Saint Nom de Jésus, celles de son Précieux Sang.C’est vous dire que Nous ne pouvons être indifférent à la pensée que depuis cent ans, des milliers d’âmes se sont sanctifiées dans vos monastères, en donnant à leur vie contemplative cette orientation particulière de l’adoration du Sang divin répandu pour nous, propter nos homines et propter nostram salutem.Motif de joie, également, le spectacle des beaux développements pris par votre Institut depuis le jour où le vénéré Monseigneur LaRocque et la Révérende Mère Catherine-Aurélie du Précieux Sang en posaient les fondations : développements dont témoignent éloquemment les nombreuses et florissantes maisons qui constituent aujourd’hui, tant au Canada qu’aux États-Unis d’Amérique, ici-même à Rome et jusque dans le lointain Japon, les trois branches de ce méritant Institut.C’est donc de bon cœur que Nous formons pour vous devant Dieu, en ce centenaire, les vœux les plus paternels pour que Dieu continue à CHRONIQUE RELIGIEUSE 283 attirer des âmes de choix à cette si belle forme de vie contemplative qui est la vôtre, et dont la Sainte Église connaît et apprécie toute la valeur.Avec ces vœux et en gage des grâces que Nous appelons sur toutes et chacune de vos religieuses, Nous vous accordons comme témoignage de Notre particulière bienveillance et de Nos meilleurs encouragements, une large Bénédiction Apostolique.Du Vatican, le 7 septembre 1961.Jean XXIII, Pape.Pastorale de la vocation Suivant un désir exprimé par une Commission Épiscopale qui recevait, en mars 1952, les représentants des Frères Éducateurs, ces derniers ont voulu, depuis, multiplier les contacts avec le clergé afin de provoquer une mutuelle compréhension et entraide dans le recrutement des sujets.C’est ainsi qu’en 1955, une centaine de prêtres et de religieux se réunissaient à Charlesbourg, sous la présidence de Son Ex.Mgr Audet pour des études sur la vocation.En 1958, nouvelle rencontre à Ste-Foy intéressant plus de 300 personnes : Présidence de Son Ex.Mgr Paré et participation active de NN.SS.Audet et LaBrie.Un autre congrès du genre devait se tenir en 1961, mais certains Frères se sont demandé si la formule “rencontre diocésaine” ne serait pas plus efficace encore.Grâce à la bienveillance de Mgr Paré, elle fut mise à l’essai à Chicoutimi, aux dernières vacances.(Semblable rencontre prévue pour Québec le 30 août est reportée à plus tard, vu le séjour à Rome de Son Ex.Mgr Audet.) Il est sûr que la rencontre de 140 prêtres séculiers et réguliers avec 250 Frères, sous la présidence de l’Évêque, avec ses bénédictions et ses directives, ne peut que causer de la joie au ciel et sur la terre, surtout quand le climat est fait de sympathie, de bienveillance, d’intérêt mutuel, d’amour dans le Christ.Ce fut bien l’atmosphère qui a régné au petit Séminaire de Chicoutimi, non seulement dans la salle de conférence, mais dans les temps libres et autour des tables du banquet où toute contrainte protocolaire fut bannie : dignitaires, curés, provinciaux se groupant avec les moins gradés, comme de vieux amis, autour des mêmes tables.Ce seul contact fraternel aurait déjà rendu le congrès bienfaisant.Conférences et forums firent tomber la bonne semence dans les cœurs réceptifs.Le R.P.Dunn, s.j., nous montra la mentalité des jeunes que la Providence nous envoie; leurs ressources, leurs déficiences, leurs terribles exigences aussi, à l’endroit de leurs formateurs. 284 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES M.le Curé Paul-Émile Côté, v.f., un prêtre qui a les pieds bien à terre, mais un cœur chaud, exposa clairement le travail pratique qui peut se faire dans une paroisse pour les vocations; aussi a-t-il rallié tous les suffrages autour de ce vœu : “Créer, sur le plan paroissial, une équipe des vocations comprenant prêtres, éducateurs religieux et séculiers, parents des prêtres et des religieux, et autres chefs d’Action catholique”.Le F.Cyrille, é.c., exposa tout bonnement les causes de frictions ou mieux d’incompréhension qui existent parfois, surtout dans le recrutement.Il s’est aussi appliqué à montrer combien les Frères ont besoin du prêtre tant dans leur vie spirituelle que pour leur expansion.Il a levé un coin du voile sur les divers et durs problèmes des Communautés, montré les remèdes qu’on tente d’appliquer et décrit les exigences de l’avenir; il croit que plus que jamais le temps est venu pour toutes les soutanes de s’épauler contre la vague du laïcisme qui monte, dans une pensée de zèle et d’amour pour la sainte Église.D’où des vœux de contacts, de collaboration dans des campagnes pour l’état de grâce, condition du recrutement.Son Ex.Mgr.Paré exprima sa joie du succès apostolique de cette journée de pastorale, de forme inédite; il attira l’attention de tous sur la valeur irremplaçable des éléments surnaturels en particulier l’action de l’Esprit Saint dans le mystère de la vocation.Il remercia le F.Marie-Edmond, s.c., l’âme dirigeante de l’organisation qui laisse à tous un vif désir de collaborer avec le Seigneur, sur le plan humain et divin, dans l’amour et l’entraide.M.-Cyrille, é.c.Nouvelle abbaye au Québec Par un décret daté du 18 septembre 1961, la Sacrée Congrégation des Religieux vient d’ériger en abbaye le prieuré des Moniales Bénédictines du Précieux-Sang de Mont-Laurier.Tous les amis de ce monastère apprendront avec joie que la Très Révérende Mère Cécile-Bénédicte Dubuc, qui préside depuis le début aux destinées de ce monastère, en a été élue première abblesse.Voici donc établie une troisième et authentique abbaye bénédictine en terre québécoise, les deux autres étant, comme on le sait, Sainte-Marie-des-Deux-Montagnes, à Saint-Eustache, et Saint-Benoît-du-Lac.Mais ce qui fait l’originalité de l’Abbaye du Précieux-Sang de Mont-Laurier — et cela lui vaudra un cachet particulier — c’est qu’elle n’a pas été fondée par des représentants de l’Ordre venus d’ailleurs; elle est née pour ainsi dire spontanément, de la prise de conscience, par des CHRONIQUE RELIGIEUSE 285 canadiennes et en terre canadienne, de la large spiritualité du Patriarche dont Bossuet disait que sa Règle était un résumé de l’Évangile.Ces canadiennes étaient déjà des contemplatives appartenant à 1 Institut du Précieux-Sang.Elles avaient été accueillies à Mont-Laurier, en 1934, par Son Excellence Monseigneur Limoges.C’est dans la paix et la joie d’une vie fervente que les jeux incompréhensibles du Ciel se jouèrent.Peu à peu naissait dans les cœurs le désir d’une spiritualité moins spécialisée et d’une participation plus intégrale à la liturgie de l’Eglise.Des contacts enrichissants — comme celui de l’illustre Dom Lefebvre, auteur de missels bien connus — persuadèrent ces religieuses qu elles aspiraient inconsciemment à la vie bénédictine comme à une véritable sur-vocation.Il aura fallu toute leur sincérité pour surmonter les obstacles inhérents à une transformation aussi exceptionnelle.Grâce à la compréhension du Saint-Siège et aux directives toujours prudentes du vénérable Archevêque-Évêque de Mont-Laurier; grâce aussi à l’accueil bienveillant du Rme Abbé Primat de l’Ordre et à la généreuse tutelle du Rme Dom Théodore Nève, Abbé-Président de la Congrégation Belge, leur entrée dans l’Ordre bénédictin était officiellement consacrée par un décret de la Sacrée Congrégation des Religieux daté du 29 octobre 1949, sous le titre officiel de “Moniales Bénédictines du Précieux-Sang de Mont-Laurier”.Ce titre rappelle leurs origines, dont elles n ont qu à être hères, mais il ne signifie aucunement qu’elles aient adopté la Règle bénédictine avec quelque addition ou diminution que ce soit.Elles se réjouissent cependant, avec l’Ordre et tous les chrétiens, qu’en raison de la gravité des temps, Sa Sainteté Jean XXIII ait attiré particulièrement 1 attention sur l’efficacité du Sang rédempteur.Nous ne saurions manquer au devoir de mentionner que la florissante Abbaye de Maredret reçut avec la plus fraternelle bienveillance et pour un séjour assez prolongé, deux moniales de Mont-Laurier qui s’y initièrent aux plus pures traditions de l’Ordre.La nouvelle Abbesse élue, Madame Cécile-Bénédicte Dubuc, recevra la bénédiction abbatiale des mains du vénérable Archevêque-Évêque de Mont-Laurier, qui posera ainsi la dernière touche à une œuvre qui n’est pas la moindre parmi toutes celles qu’ont mises à son crédit quarante années de fidélité pastorale.Dom Georges Mercure, o.s.b. à votre service 25.— Quel est le sens liturgique de Peau bénite?On se signe de Veau bénite en entrant dans une église pour se purifier; Veau bénite ici a tout son sens.Mais en sortant du lieu saint, y a-t-il lieu de le faire et quel sens donner à ce geste sinon le gain des indulgences ?L’usage de l’eau lustrale (lustrare, purifier), qui comporte une signification religieuse, est commun à de nombreux peuples de l’antiquité, dès le début du Ille siècle, tout au moins en Orient.Cette institution serait attribuée au pape Alexandre 1er (début du Ile siècle).On doit sans doute rapprocher de l’usage actuel des bénitiers à 1 entrée des églises la coutume de disposer, dans l’atrium qui précédait les basiliques, des jets d’eau et des vasques, pour se laver les mains ou les pieds.Bien que cette eau ne fût pas bénite, on attachait déjà à l’ablution des mains un sens religieux.Les vasques aux ablutions de l’atrium des basiliques se modifièrent et se rapetissèrent à mesure que l’atrium se rapetissait lui-même jusqu’à devenir un simple porche.La vasque, la fontaine ainsi réduite devient notre bénitier.On ne s’y lave plus les mains ou les pieds; le geste aussi s’est réduit, mais en perdant sa valeur physique, il accentue sa signification religieuse, car l’eau du bénitier a reçu une bénédiction que ne recevait pas l’eau de la fontaine.Au IXe siècle Hincmar de Reims prescrit l’aspersion du peuple qui entre à l’église pour la messe du dimanche.Cet usage s’est généralisé dans la suite.Lorsqu’un grand personnage ecclésiastique est reçu solennellement dans 1 église, le premier dignitaire de l’église lui présente le goupillon à l’entrée, pour qu’il prenne de l’eau bénite.Si c’est un grand personnage laïc, il recevra l’aspersion.Il y a un acte de foi profonde dans l’usage de l’eau bénite.Les prières même de l’exorcisme et de la bénédiction de l’eau supposent l’existence d’esprits adversaires du salut et qui peuvent agir sur l’homme; l’eau bénite veut éloigner leur influence par la vertu qu’elle emprunte de la bénédiction; elle veut purifier l’homme, l’envelopper d’une protection céleste.Faire usage de l’eau bénite, c’est poser un acte qui a pour premier résultat de nourrir la foi par son exercice; c’est en même temps recourir à ces influences surnaturelles, mystérieuses mais efficaces qui doivent nous aider dans l’œuvre du salut.L’aspersion avant la messe du dimanche a pour but de disposer au saint Sacrifice le clergé et les fidèles.Dès ses premiers pas dans la Maison de Dieu, le chrétien rencontre le bénitier qui lui rappelle son baptême et l’invite à se purifier.Il convient donc que les fidèles se signent de l’eau bénite en entrant dans l’église (non en sortant).Comme à tous les autres sacramentaux, l’Eglise donne à l’eau bénite la vertu d’effacer les péchés véniels dont on a le sincère regret.Dieu lui donne aussi le pouvoir mystérieux de produire la grâce et, par elle, les démons sont chassés, les personnes et les lieux sont purifiés, les maux sont éloignés, les objets sont sanctifiés.Se signer de l’eau bénite en sortant de l’église n’a plus du tout le sens symbolique que lui attribue la sainte Église.De plus, pour être logique avec cet enseignement, on n’est pas supposé se signer d’eau bénite en entrant dans l’église lorsqu’on doit y assister à l’aspersion qui précède la messe.Montréal.Joseph-Hermann Poisson, O.F.M. pour vos lectures Philibert de Saint-Didier, O.F.M.Cap., La vie religieuse.Méditations de retraite sur des vérités fondamentales.Ed.Notre-Dame de la Trinité, Blois, 1960.230pp.21cm.Ces méditations de retraite ont été publiées dans le but de venir en aide au “prédicateur ou (à) quelque communauté subitement privée du concours sacerdotal qu’elle escomptait pour ses exercices spirituels”.Elles parviendront sûrement à leur but, puisqu’elles ont été écrites avec conviction, dans un style concret et entraînant.Nous ne doutons pas que ces pages rendent d’immenses services à toutes nos communautés, et aident tous les religieux qui le liront à une vie davantage divinisée par l’amour de Dieu.A.-M.H.Heer, Friedrich, Catholicité d’hier et de demain.Traduit de l’allemand par André Dabezies.Coll.Christianisme.Ed.Spes, Paris 1961.188pp.18cm.7,80NF.Comme le souligne le P.Calvez dans sa préface “Friedrich n’est pas pur professeur ni simplement chercheur académique.Il a trop le sens de l’actualité, du présent, de la vie du monde, de l’Europe, de l’Eglise, du catholicisme d’aujourd’hui”.C’est assez dire que son ouvrage, qui a tout le mérite du savoir, des sciences, pose également avec une hardiesse rare les problèmes contemporains auxquels la foi catholique est confrontée.Son œuvre est l’expression d’une recherche intense en faveur d’une “catholicité” authentique et plus que jamais vivante au cœur du monde moderne.Poisson, J.-Hermann, O.F.M., Hose de ü Assomption.Sr.Sainte-Rose-de-Viterbe, a.s.v.1888-961.Montréal 1961.210pp.18cm.$1.60 (aux communautés $1.10, port compris).Ce petit volume, empreint d’une exquise sensibilité, raconte la vie simple, mais combien remplie, d’une religieuse qui s’est pleinement donnée à Dieu dans une obéissance sincère et vraie, toute baignée d’humilité.Même pour ceux qui ne l’ont pas connue, cette vie montante aux phases variées saura inspirer à tous ses lecteurs un attachement toujours plus vif pour sa vocation.Nous en recommandons la lecture à toutes les religieuses.A.-M.H.Gérin, Elizabeth, Télévision notre amie.Édition du Centurion, La Bonne Presse, Paris 1961.192pp.17cm.9,25NF Quels sont les parents et les éducateurs qui ne se sont pas émus de l’influence grandissante de la télévision dans la vie des jeunes ?Cependant la T.V.ne cesse de pénétrer dans toutes les demeures.Plutôt que de nous rebeller et exclure, mieux vaut comprendre et savoir utiliser.S’appuyant sur les études les plus récentes et en tenant compte des multiples enquêtes effectuées dans tous les milieux, Elizabeth Gérin, diplômée d’Études Supérieures de psychologie et conseillère d’orientation professionnelle, fait avec justice la part des responsabilités des parents tant vis-à-vis des enfants qu’envers les producteurs et expose pratiquement comment, sur tous les plans, faire un bon usage de la T.V. 288 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Kelly, Georges A., Le livre de la famille chrétienne.Préfare de S.Em.le Card.Spellman.Éditions Salvator, Mulhouse 1961.272pp.19cm.9 NF Après avoir rappelé les grands principes sur lesquels repose la famille, essentiellement relations d’amour mutuel entre les époux, entre les parents et les enfants et entre la famille et Dieu, TA.expose méthodiquement toutes les questions qui doivent intéresser la famille chrétienne : stabilité et fécondité du foyer, éducation des enfants au foyer et à l’école, respect de la vocation individuelle et de la personnalité des enfants.La haute valeur de ce “manuel” réside également dans la masse de renseignements pratiques et détaillés relatifs aux problèmes qui se posent souvent aux parents et qui trouvent dans des indications sûres leur solution.Pour faire lire les jeunes Souvent en contact avec les étudiants, beaucoup d’éducateurs se demandent ce qu’ils peuvent leur offrir à lire.Les Éditions Fides publient de magnifiques collections d’intérêt religieux (La Grande Aventure), ou livres de distraction (Allouette des jeunes).Pour les plus âgés, la collection des Classiques canadiens présente les meilleurs textes de notre littérature canadienne française.Parmi les récentes publications nous sommes heureux de signaler : Barthas, Chan.C., Jacinthe, la confidente de Marie et François, pastoureau de Fatima.Coll.La Grande Aventure.Respectivement 80 et 64pp.22cm.$0.90 chacun.Ray, Rena, Le choix de Catherine.Coll.Rêve et Vie.128pp.22cm.$1.50.Gerbelaud-Salagnac, Georges, Vannée de Carillon.Coll.Alouette des jeunes.144pp.16cm.$0.50.Couv.illustrée en couleurs.Fuval, Pierre, Le Parchemin de la Reine et Le Serpent du Petit Chanteur.Coll.Alouette des jeunes.144pp.16cm.Couv.illustrée en couleurs.Bouchard, Guy, Vénus, via Atlantide.Coll.Alouette des jeunes.144pp.16cm.Couv.illustrée en couleurs.Lavergne, Claude, C.SS.R., Lucien Rainier.Coll.Classiques canadiens.96pp.16cm.$0.75.Les Éditions Spes présentent aussi à leurs jeunes lecteurs deux charmantes collections; pour les jeunes (Jamboree-Jeune) et les moins jeunes (Jamboree-Ainé) parmi lesquels : Delsuc, Pierre, Vile de fer.Coll.Jamboree-Jeune.Illustrations de Pierre Forget.192pp.19cm.4NF.Saint-Hill, Bruno, Les feux.Coll.Jamboree-Ainé.Illustrations de Michel Courber.192pp.10cm.4NF.Paglio, François, Les chevaliers de la vérité.Coll.Jamboree-Ainé.Illustrations de J.-L.Breton.192pp.19cm.5NF.Les Éditions Salvator offrent également une belle variété de romans dont le plus récent parvenu à nos bureaux : Perroy, Marguerite, Sous la Cendre.L’amour vivant, malgré l’abandon.196pp.19cm.6,50NF.Le récent catalogue des Éditions P.Lethielleux mentionnent les ouvrages catholiques nouveaux et leurs réimpressions de plus de 130 éditeurs.Ils indiquent également quelques autres ouvrages pouvant intéresser spécialement le public catholique.Les livres catholiques (1955-1958).Catalogue collectif.Syndicat des Éditeurs.166pp.25cm.6NF. ::Vt v-y ï y y ^s- \\ ' / ^ Vv V ' \, -, y, \ ¦.)¦ ÿï a / - • \ ¦ v ' :./'o/ , Les Soeurs de Charité de la Providence de Montréal : Sr Fortunat (Marie Anne Gingras), Sr Elise Ricard, Sr Norbert (Alexina Taillon), Sr Etienne de I .Hongrie (Rachel Lavallée), Sr Gérard du Rédempteur (Léontine Mongrain).: '1 - .' ^ - \ V 'V ^ Z} Les Religieuses de la Présentation de Marie : Sr Marie Honoré (Anna Joyal), Sr Saint Jérôme (Georgianna Giroux).; Les Religieuses de l’Hôpital Général de Québec : Sr M.des Séraphins (M.Léda Roy).I i V Les Petites Soeurs de la Sainte Famille : Sr M.du Saint Sacrement (Sarah Robichaud), Sr Sainte Delphine (Mélina Marion).Les Franciscaines Missionnaires de Marie : Sr Marie de Saint Malo (Désilda Gingras).A Les Soeurs de la Charité de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe : Sr Saint Amand (Ernestine Michaud).Les Soeurs de Sainte Anne : Sr M.Thérèse de l’Assomption (Annette Tessier).Les Soeurs de la Charité de VHôpital Général de Montréal : Sr M.Louise Sansoucy, Sr Alice Bourassa.Les Oblates Franciscaines de Saint Joseph : Sr M.Cécile de Rome (Régina Leclerc).- v-r Les Soeurs de Miséricorde de Montréal : Sr Sainte Anne (M.Berthe Mailloux).Les Soeurs de VAssomption de la Sainte Vierge : Sr M.Mathias (M.Louise Proulx).-?¦ ‘j i • .0' ¦ .G/ ( i v- .VU I ÏV yÿ *
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