La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1963, Novembre
VI© des communautés religieuses 9 Les fondements théologiques de la vie religieuse I.Haussherr, S.J.Propagande de l’idéal religieux M.-M.Gomès, O.F.M.Une rencontre sur le thème de la pauvreté P.Chalumeaux, C.R.I.C.CS NOVEMBRE 1963 la VIE des communautés religieuses © Revue publiée par les RR.PP.Franciscains de la Province St-Joseph au Canada; paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, en fascicule de 32 pages; • La Direction est assurée par le R.P.Alonzo-M.HAMELIN, assisté d'un groupe de professeurs au cléricat théologique de Rosemont (Montréal); ® Tout ce qui concerne la Revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : La VIE des Communautés Religieuses, 5750 Boulevard Rosemont, Montréal 36 •— Tel.CL.9-6911 PRIX DE L'ABONNEMENT : $2.75 (pour tout pays) Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles Le Ministère des Postes a Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication la VIE des communautés religieuses Vol.21, No 9 Novembre 1963 Sommaire La vocation est un thème souvent repris.En ces dernières années particulièrement les volumes se sont multipliés sur le sujet ; nous les avons recommandés à nos lecteurs au moment de leur parution.La livraison de novembre présente denx articles sur le même sujet : 1.Les fondements théologiques de la vie religieuse (Irénée Haussherr, S.J.) - 271 Cette conférence, à laquelle nous avons laissé le style oral, aidera sûrement à approfondir nos idées sur la vie religieuse.2.Propagande de Vidéal religieux (Marcello-M.Gomès, O.F.M.) _______________________________________________ Quelques religieux sont aujourd’hui assez ouvertement contre la propagande vocationnelle qu’ils qualifient « d exhibi-tioniste ».L’auteur présente ici, dans un autre son de cloche, les valeurs fondamentales de la propagande.Nous ajoutons encore un article sur la pauvreté religieuse qui fait actuellement l’objet de fructueuses réflexions dans l’Eglise et parmi les âmes consacrées : 3.Une rencontre sur le thème de la pauvreté dans l Eglise (Paul Chalumeaux, C.R.I.C.)- # # m A votre service- Les récentes publications 299 Les fondements tfaéofogfques de !a vie religieuse 1 Notre époque est une époque d’idéologies, e’est-à-dire de synthèses doctrinales, vraies ou supposées telles, en tout cas recherchées, affirmées, voulues et propagées; nous pourrions dire que c’est une époque de totalitarisme, ce qui inclut en partie les anti-totalitarismes.Quelques-unes de ces idéologies ont été vaincues par la force, mais elles n’ont pas été entièrement éliminées, pas même dans le domaine politique.Cela, en fait, ne nous intéresse pas.Car, qu’elles aient été vaincues ou non, un fait demeure et prend de l’importance : le phénomène psychologique qui les a suscitées.C’est ce phénomène qu’il nous importe de considérer, analyser et soupeser dans ses causes, ses éléments et ses conséquences, avant de le juger ou de le condamner.Peut-on considérer comme entièrement équivoque, nocif et pervers un phénomène universel ?Or il ne fait pas de doute qu’il soit universel : toute la vieille structure de notre monde craque de toutes parts et si, en certains endroits, l’on n’entend pas son craquement, cela signifie seulement que la ruine s y trouve déjà complète.Et cela non seulement en politique, mais aussi dans le domaine de l’économie, de la sociologie; bien plus, en philosophie, en théologie et (ce qui est plus étrange) en ascétique, mystique et spiritualité ! Je dirais plus : au fond de tout ce désordre il y a, à l’oeuvre, une crise d’ordre proprement spirituel; celle-ci est née d’une nécessité venue du plus profond de l’homme, ou mieux, de l’insatisfaction de cette nécessité.Il s’agit d’une crise de sous-alimentation, d une anxiété d’affamés.Il ne faut pas pour autant le condamner, mais bien dire avec le Seigneur : «J’ai pitié de cette foule » et nous souvenir de ces autres paroles : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE 273 Afin de pouvoir se comprendre en quelque manière, l’on a appelé ce phénomène : esprit critique ou esprit de critique.La majorité des gens y voient très souvent le résumé de tous les maux et de tous les péchés.Il n’existe plus, dit-on, de respect, ni d’obéissance, ni d’humilité; il n’existe plus.rien de bon, parce que tout a été contaminé par cette critique, inventée par Emmanuel Kant et propagée par ses partisans innombrables et inconscients.A l’appui de cette assertion, il y aurait nombre d’histoires à raconter; une seule suffira.C’était durant la première guerre mondiale.Environ 80 garçons de 13 à 18 ans avaient été recueillis dans une maison religieuse abandonnée ; la plupart étaient devenus sauvages par suite de la faim, de la misère et de l’abandon par leurs parents; presque tous étaient dépourvus d’instruction religieuse.Pour comble de malheur, les promesses qu’on leur avait faites de trouver là des aliments tant qu’ils en voudraient ne durèrent pas plus d’une semaine.Résultat ?une rébellion qui fit trembler les trois vieux Pères qui étaient demeurés là et qui ne trouvèrent d’autre solution que de les renvoyer tous le plus tôt possible, puis de fermer l’établissement.Ventre affamé n’a pas d’oreilles.Même si, par la suite, les conditions matérielles s’améliorèrent, le désordre ne cessa pas pour autant immédiatement, attisé qu’il était par quelques têtes fortes au nombre desquelles se trouvaient deux frères qui dès le début s’étaient déclarés «libres-penseurs», comme leur pere.Peu d’années apres, ces libres-penseurs de nais sance (et d’enfance) devinrent des champions de l’Action Catholique.A quelle cause attribuer cette conversion ?A la grâce de Dieu certes, mais aussi, de la part des hommes, en autant qu’il est possible, à la méthode du Saint-Esprit : « Inducet vos in omnem veritatem».Or cette méthode ne consiste pas a contredire, disputer, opposer une erreur partielle a une vérité partielle, mais bien à chercher la vérité intégrale d’un commun accord.L’on ne détruit pas l’esprit critique à coups de marteau ou de blâmes.Le refoulement n’a jamais rien produit de durable.Il faut aller au devant des questions, jusqu’à ce qu’apparaisse le lien avec les principes admis de part et d’autre : principes de foi et de raison.Et tout d’abord, il est psychologiquement nécessaire de croire 272 LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE à la bonne volonté, à la droiture, à l’honnêteté, aux bonnes intentions, bien plus, au désir sincère d’avancer et de se perfectionner : c’est là de nos jours ce qu’on doit nécessairement présupposer chez tout candidat à la vie religieuse, du moins dans nos communautés.D’ailleurs, quel autre motif pourrait bien aujourd’hui pousser un jeune à se faire religieux ?Pour nous exprimer en un style mieux adapté au sujet qui nous occupe : de nos jours, décider d’entrer en religion, c’est le fruit d’un acte de jugement qui suppose un esprit libre, une volonté capable de s’opposer aux exigences des principes les plus élevés et donc capable de s’opposer (c’est toujours nécessaire) aux répugnances intérieures et aux attraits extérieurs de satisfactions humainement nobles.Et si quelqu’un s’avisait de venir grossir nos rangs pour des motifs moins élevés, il devrait par la suite se rendre compte qu’il lui faut adapter ses idées au milieu ou cher-¦cher un milieu adapté à ses idées.Ce désir de progrès moral une fois supposé, d’où peut bien provenir le malaise, le mécontentement, les causes de révolte, qui se rencontrent parmi la jeunesse de nos cloîtres modernes ?Il faut, me semble-t-il, affirmer ceci : cette révolte est un phénomène de faim, un épiphénomène de sous-alimentation et de dénutrition, ¦de dénutrition spirituelle s’entend.Quelles en sont donc les causes ?Il se peut qu’une fois ou l’autre il s’agisse d’un estomac malade qui refuse la nourriture parce qu’elle se présente en abondance et bien apprêtée.Le cas est rarissime cependant.D’une façon générale, il s’agit d’un manque de nourriture, encore qu’on doive reconnaître une part plus ou moins grande d’affections ou d’appétits désordonnés.Même au plan de la vie spirituelle, pri-mum est vivere, deinde philosophari.Avant d’exiger d’un homme qu’il vive de telle ou telle façon, on doit lui fournir le moyen de vivre, sans plus.Or de quoi vit-on au sens humain et chrétien ?Certes, l’on ne vit pas de règles, prescriptions, prohibitions, barrières, clôtures, barreaux, surveillances, etc., etc.L’on ne vit pas non plus de droit canonique.On peut et on doit vivre selon le droit canonique, bien compris, selon les regies, les constitutions, et l’on doit respecter les prohibitions et les interdictions, non pas d’une façon matérielle certes (ce ne serait même pas humain, encore moins chrétien !), LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE 273: mais d’une façon spirituelle, c’est-à-dire avec l’intelligence ouverte à toute vérité et avec la conviction, bien ancree dans la 'volonté, qu’on ne saurait faire meilleur usage de sa propre liberté.La conclusion de tout ce qu’on vient de dire, me paraît être celle-ci : ce qu’exigent avec le plus d’urgence les jeunes religieux d’aujourd’hui, c’est un enseignement intégral de la véritable spiritualité chrétienne.Je dis chrétienne.Non pas jésuite, ni chartreuse, ni basilien-ne.Un des symptômes moins encourageants, je ne dis pas de notre temps, mais de celui qui Fa immédiatement précédé, (et dont on rencontre encore certains vestiges), c’est l’insistance excessive sui ce qu’on appelle « les écoles de spiritualité » ; et cela aux dépens de la spiritualité commune de l’Evangile.Pareille multiplicité d’orientations et de nuances peut réellement être considérée comme un signe de richesse, de richesse chrétienne ou de richesse du Christ, à la condition toutefois qu’on considère toutes les variétés à la fois et non pas qu’on s’attache plus ou moins aveuglément à l une d’elles, en méprisant ou ignorant les autres.Il vaut la peine de s’arrêter un peu à réfléchir sur les inconvénients d’une telle attitude.Je veux parler non pas des inconvénients sociaux concernant l’estime et la compréhension mutuelle (un grand maître spirituel, saint Dorothe, contemporain oiicntal de saint Benoît, appelait ces rivalités : « mondaines », même si (dies se passaient entre moines), mais des désastreux effets qu elle peut avoir sur la vie intérieure des individus.Cela peut s’exprimer d’un seul mot, toujours le même : appauvrissement, dénutrition, ainsi que nous l’avons dit plus haut.Tout n est pas dans les Exercices de saint Ignace, mais ils supposent tout.La solitude ne donne pas tout à l’ermite, mais la vie érémétique exige tout, h’opus Dei, dans le sens matériel de la Régala monasieriorum, ne suffit pas si on 11e l’insère pas dans le sens plus ample et plus profond de 1 'opus Dei total.Et l’on pourrait continuer.Ee mot commun renferme en lui-même une équivoque, laquelle ne provient pas de la vérité de Dieu, mais de la vanité des hommes.Ceux-ci désirent se distinguer, se différencier et, dans ce but, mettent à profit la tendance matérialiste, innée chez l’homme, de juger personnes et choses d’après les apparences : poids, couleur, nombre, quantité, habit.Ce qui est distinct, noble, en dehors de 274 LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE 1 ordinaire, voilà ce qui frappe l’attention.Pourtant, nous savons que saint Pierre lui-même dut apprendre du Seigneur à éviter cette façon de parler et de penser (Ac 10, 15).Par ailleurs, l’expé-î ienee quotidienne devrait nous apprendre que les choses humaines communes ont une importance incomparablement supérieure à celle des choses spécifiques et individuelles ; et cela tant dans le domaine de la nature que dans celui de la grâce et des dons surna-turels.Il est plus important d’être homo que d’être vit ou muliev, blanc ou noir.Il est plus important de manger à sa faim que de manger tel ou tel aliment.Il est plus important d’avoir une intelligence que de l’avoir de telle ou telle façon ou dans telle ou telle mesure.Il est plus important de .L’on pourrait continuer 1 énumération et ce serait utile, parce que chacun des points énumérés nous prouverait la fausseté des préjugés courants.La même chose vaut en spiritualité : la spiritualité chrétienne commune vaut beaucoup pins, immensément plus que les spiritualités particulières tout élevées et éprouvées qu’elles se croient.Autrefois, par contre, la valeur de ces dernières consistait moins dans leurs notes distinctives que dans la nature commune de leurs enseignements.Disons mieux : le mérite plus ou moins grand d’une école de spiritualité se mesure à son aptitude à mettre en valeur les richesses offertes à tous par le Christ.Si, au contraire, on insiste tellement sur les particularités qu ’on n ’a plus le temps, ni l’envie, ni la façon de méditer ou de goûter l’aliment commun qu’offrent la foi et la théologie, alors tôt ou tard, il en résultera un état de faiblesse et d’anxiété, comparable à celui de l’organisme physique qui, volontairement ou non, se nourrit uniquement d’aliments spéciaux, a l’exclusion du bon pain de ménage.Ce n’est pas pour rien que Notre Seigneur Jésus-Christ a choisi le pain et le vin pour rassasier notre faim la plus sublime.# # ^ Pour nous stimuler plus efficacement à mettre de l’ordre dans nos idees, notre façon de parler et d’enseigner, il sera bon de considérer la véritable conception de la vie religieuse dans ses rapports avec la vie chrétienne en général.Et tout d’abord, comment en sommes-nous arrivés à cette façon de parler ?Religieux devrait être normalement un terme plus LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE 275 général que chrétien; n’y a-t-il pas en des «religions» avant le christianisme, et n’y en a-t-il pas encore en dehors de lui ^ Par contre, « vie religieuse », religion, religieux, désignent des réalités connues dans le christianisme.D’autre part, dans l’Eglise de Dieu, si un usage, même dans la façon de parler, devient abusif, l’autorité du Magistère a coutume d’intervenir par des avertissements opportuns.Or, ces expressions ont été introduites dans le codex juris canonici; serait-ce parce qu’on estime les chrétiens sans religion ?Je laisse aux canonistes, intéressés à 1 histoire, le devoii de rechercher les origines du vocabulaire actuel.Néanmoins, comment donc appelait-on dans le passé les religieux, et comment donc s’appelaient-ils eux-mêmes ?Moine ?Ce ne sont pas eux-mêmes qui choisirent ce nom.Il leur fut donne par ceux qui les voyaient se retirer dans la solitude et qui ne comprenaient pas les raisons intérieures motivant un pareil éloignement du «monde habité».Saint Basile, que nous considérons en Orient le Père du monachisme, à l’instar de saint Benoît pour l’Occident, ne veut rien savoir du mot « moine », et il se base sur de bons arguments anthropologiques et théologiques.L’homme n’est pas un animal fait potu la solitude, mais un animal fait pour la vie en commun.Et lorsque, plus tard, le mot fut admis par les Pères du désert et même par les successeurs de saint Basile, on l’interpréta dans un sens spirituel.Saint Macaire, par exemple, écrit : « Le moine s’appelle ainsi parce que, jour et nuit, il est en dialogue avec Dieu et tient sa pensée uniquement occupée de Dieu ; car il ne possède aucune chose sur la terre ».Mais comment s’appelaient-ils eux-mêmes ?Quel nom esti-maient-ils être le plus conforme à leur vocation ?Ceux qui veulent être sauvés; ceux cpii recherchent le salut à tout piix, ou encore «ascètes», parce que pour être sauvés, pensaient-ils, ils devaient s’exercer à la pratique de toutes les vertus de l’âme et du corps.Ils ne concevaient pas le salut comme le minimum nécessaire de pureté pour éviter l’enfer et entrer au ciel, presque pai épilde ! Ils considéraient plutôt le salut comme la perfection elle-même, car « sôtèria » signifie salut parfait, complet, achevé.Ils devaient s’engager dans cette voie, croyaient-ils, non pas en vue de quelque vocation mystique, qui viendrait s’ajouter a la vocation chrétienne, mais bien pour cette vocation chrétienne elle-même. LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE La nécessité de fournir des signes de vocation pour se faire moine ne se trouve pas, a notre connaissance, dans les documents anciens.Cela suppose implicitement, et ceci est l’indice d’une conviction ferme et tranquille, qu’il était permis à tous de se faire moine, pourvu qu’ils fussent devant la loi civile libres et maîtres de leur personne.Disons-le sans ambages : les ascètes des premiè-îes generations entendaient simplement être, ou devenir, de véritables chrétiens.Ils se croyaient appelés à la sainteté en vertu de leur baptême.îvon pas qu’ils aient jugé les chrétiens qui n’étaient pas moines exclus de la plus haute perfection; au contraire, très nombreux sont les récits qui veulent présenter aux ermites de sublimes exemples de sainteté chez les personnes apparemment vulgaires et vivant comme tout le monde.Saint Basile, saint Grégoire de Xysse, saint Jean Chrysostome pour ne nommer que ces grands docteurs — soutiennent une telle doctrine concernant l’essence du monachisme.Celui-ci n’est rien d autre qu’une voie, de soi très efficace, pour atteindre le but de toute vie chrétienne.C’est pour les chrétiens comme tels qu’écrit saint Basile.Les grands maîtres de la vie monastique, malgré la très haute estime qu ils ont pour leur profession, ont cependant toujours maintenu 1 idée suivante : la spiritualité monastique s’identifie, en ce qui concerne sa fin et ses grands moyens, avec la spiritualité chrétienne; ils estimaient que c’était erroné et dommageable pour tous, tant les moines que les autres, d’insister plus sur la différence que sur l’égalité presque totale.« La Sainte Ecriture, écrit saint Jean Chrysostome, ne connaît pas pareille distinction; elle veut que tous, même les gens mariés, aiment la vie monastique ».Saint Thomas, avec sa clarté habituelle et sa fidélité à la tradition chrétienne, exprimera plus tard la même idée : la perfection consiste, essentiellement, dans l’observance des Commandements et, instrumentalement, dans celle des Conseils.On n’est pas parfait pour avoir observé formellement les conseils évangéliques, mais pour avoir observé parfaitement les préceptes en leur sens véritable, à savoir : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton esprit, de toute ton âme, de toutes tes forces, et ton prochain comme toi-même.Celui qui accomplit tout cela sera saint, quel que soit l’état de vie où il se trouve. LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE 277 Théologiquement ou spirituellement, l’on ne saurait séparer ni distinguer l’état monastique de l’etat chrétien.Devant la théologie et devant Dieu, l’on a une seule vocation, une seule et même manière d’être : celle de fils de Dieu; nous sommes tous aimés par le Père et attirés par Lui à Le connaître et L’aimer par l’intermédiaire de Jésus-Christ en l’Esprit-Saint, et à participer au bonheur de Dieu grâce à cette connaissance et cet amour.Je sais que, sur ce point, il y a eu des incertitudes et même des erreurs qui, encore de nos jours, persistent dans les esprits et des moines et des autres.Il me souvient d’avoir exposé cette doctrine dans un « retiro », et voici que m’arrive une personne tout en larmes qui me dit : « Vous avez détruit tout mon idéal.» Je ne sais si je le lui ai dit, mais en tout cas je l’ai pensé : Dieu soit loué ! Il n’est pas besoin, pour avoir et garder une très haute estime de la vie religieuse de rabaisser l’estime qu’on a pour la vie chrétienne en général.Mépriser ou sous-estimer la vocation chrétienne comme telle, sous prétexte de magnifier la vocation religieuse, ce serait retomber dans cette « vanité mondaine », dont parlait saint Do rot hé.Or, c’est là une erreur des plus funestes.Quand, de bonne foi, l’on voulait faire de la profession religieuse un véritable sacrement, 1 on pensait sans doute lui faire un grand honneur.En réalité, l’on méconnaissait sa veritable grandeur.Je ne sais s’il en est encore qui ont la nostalgie de cette théorie surannée.Pour leur consolation, je puis leur dire en une phrase, bien hardie à première vue, que la profession religieuse n’est pas un sacrement parce qu’elle n’a pas besoin de l’être.Y a-t-il donc quelque chose de plus grand qu’un sacrement ?N’est-ce pas un principe premier que celui de la supériorité du sacrement sur les moyens ascétiques ?11 n’y a rien qui soit supé- rieur à un sacrement dans son ordre propre, mais la res sacramenti est toujours supérieure au sacrement, comme la fin l’est par rapport au moyen.Absolument parlant, l’unique nécessaire pour l’homme, c’est Dieu, c’est-à-dire l’union à Dieu par la grâce et la charité, dont parle saint Jean au début de sa grande épître et saint Paul dans sa Première Epître aux Corinthiens (1, 19) ; c’est-à-dire encore cette communion ou cette union à Jésus-Christ qui nous fait fils de Dieu par la grâce, tout comme il l’est, Lui, par nature.Le sacrement qui représente cette union, c’est précisément ce- 278 LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE RELIGIEUSE lui de la sainte Eucharistie et, par conséquent, si nous considérons la res sacramenti nous devons dire que la sainte Eucharistie est, de tous les sacrements, le plus nécessaire, tous les autres lui étant subordonnés.La nécessité des autres sacrements n’est qu’hypothétique : le baptême, dans l’hypothèse du péché originel (c’est pourquoi la T.S.V.n'en a pas eu besoin) ; la confirmation formant unité avec le baptême; la pénitence, dans l’hypothèse du péché personnel; l’extrême-onction s’y rattachant; l’ordre, dans l’hypothèse de 1 appel de la part de l’Eglise, et non pas en vertu d’exigences personnelles propres, fussent-elles spirituelles; le mariage enfin, dans l’hypothèse d’une légitime demande venant de quelqu’un libre de se marier ou non et désireux d’assumer les responsabilités sociales de ce sacrement.Or il n’y a pas d’autre nécessité à laquelle la profession religieuse viendrait répondre par une nouvelle grâce sacramentelle.A l’instar de toute vie chrétienne, la vie religieuse est, ou doit être, un déploiement, un épanouissement et un progrès de la grâce reçue au baptême.Là réside la grandeur de notre état religieux.La semence de la parole créatrice de Dieu, la faculté que nous donne le Christ de devenir fils de Dieu, la charité répandue dans nos coeurs par 1 Esprit-Saint, tout cela ne peut (la tradition séculaire basée sur l’Evangile du moins en témoigne) trouver de meilleure atmosphère ni de meilleures conditions psychologiques pour donner du fruit à cent pour un.A cet égard, l’on a considéré les ascètes comme les héritiers spirituels des martyrs; en d’autres termes, la vie religieuse, bien loin d eti e rabaissée du fait qu ’elle n ’est pas un sacrement, possède une très grande valeur à cause de sa relation vitale avec les deux sacrements les plus importants : le baptême et l’eucharistie.Le baptême, parce que son influence s’étend sur tout ce que nous faisons et souffrons « in novitate vitae (Rm 6, 4), moyennant la mort du vieil homme ; l’eucharistie, parce qu ’elle constitue et constituer a toujours, vu sa signification et son effet propre, le grand sacrement, le mystère premier et ultime (dont l’épître aux Ephé-siens nous raconte les ineffables merveilles), le sacrement de l’a-inoui paternel de Dieu, lequel, avant meme de poser les fondements du monde, nous a prédestinés à devenir ses fils par Jésus-Christ.O grandeur de vocation chrétienne ! Elle est si élevée que LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE.RELIGIEUSE 279 ceux qui la, comprennent considèrent les sacrifices et la croix elle-même comme autant de grâces de Dieu-Père ; à condition qu ils soient prêts à devenir chaque jour de plus en plus semblables au Fils unique de Dieu, à devenir toujours plus unis ou — comme .Jésus le dit lui-même — à devenir toujours plus un avec lui, à devenir (en outre) toujours plus dociles a 1 Esprit paternel et filial, à devenir par conséquent toujours plus libres et plus inef-fablement heureux dans la louange glorieuse de sa grâce.* # =& La démangeaison de révolte qui tourmente le fils de Dieu, venu en communauté pour se rassasier spirituellement, n est rien d’autre qu’un phénomène de faim.Dès lors, quelle nourriture lui offrirons-nous ?Il est nécessaire, croyons-nous, de lui présenter une spiritualité complète, de l’Esprit-Saint et de toute son oeuvre.Pour généreuses qu’elles soient ou qu’on les suppose, la moi ale et l’ascèse ne suffisent pas sans les perspectives qu’ouvre la foi et qu’ont expérimentées les saints, c’est-à-dire sans l’espérance (qui ne trompe pas !) de trouver cette satisfaction que le Christ nous a promise, cette joie qu’ont annoncé les anges et la Très Sainte Vierge avant eux, de trouver cette paix enfin —- qui surpasse tout entendement —• satisfaction, joie et paix qui constituent autant d’aspects de cet unique fruit de l’esprit et qu’on peut bien appeler du nom qu’on voudra, à condition de lui donner toute sa richesse chrétienne.Il est également nécessaire de présenter une spiritualité qui mérite ce nom, parce qu’on la considère comme l’oeuvre de l’Esprit Sanctificateur; une spiritualité en somme qui, parce qu’elle a foi en l’Esprit, nous propose tous les degrés de la sainteté à pratiquer, depuis les plus bas jusqu’aux plus élevés — depuis les «sueurs» de la pratique jusqu’à l’exultation de l’union ou encore (pour parler comme saint Benoît) jusqu’à cette dilatation du coeur, cette douceur de l’ineffable amour, à laquelle on parvient « processu conversationis et fidei ».Il est encore nécessaire de présenter Jésus-Christ et toute son oeuvre.Ne suffit pas, en effet, l’humanité de Jésus, même si nous l’aimons tendrement et si nous l’imitons avec toute la générosité LES FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA VIE.RELIGIEUSE de notre âme.Ne suffit pas une dévotion au Christ, qui ne conduit pas au C hrist ressuscité.Ne suffit pas la dévotion au Sacré-Coeur, si elle 11e révèle pas le Christ total.Ne suffit pas la communion eucharistique, si elle ne nous rend pas semblables à Jésus et ne nous confère pas la manière de penser, de sentir et de vouloir propre au Fils unique de Dieu, notre Père.Ne suffit pas .aucune école de spiritualité sélective ou éclectique.Déjà au temps de saint Paul, il y avait bien des manières de diviser le Christ.Peut-être est-ee pour cela que l’Apôtre ne se lasse pas de décrire et d’expliquer, à maintes reprises, la synthèse doc-ti inale, avant de donner les préceptes et les conseils de la vie pratique.Le fameux «christianisme pratique» n’est en fait ni christianisme ni praticable.N’avons-nous jamais entendu, même à l’intérieur des cloîtres, de ces prédicateurs du christianisme, d’ascé-1 isme et de « claustralisme » pratiques ?De pareilles prédications, on sort vides, désillusionnés, amers, affamés, et peut-être avec un commencement de dégoût pour l’objet dont l’amour nous avait attiré.Il est nécessaire enfin, croyons-nous, de présenter en sa totalité Dieu le Pere de Jesus-Christ et notre Pere, ainsi que toute son oeuvie.Ne suffit pas le Dieu des philosophes, pas même reconnu comme transcendant, ni adoré comme tout-puissant.Ne suffit pas le Dieu de l’Ancien Testament, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; et.encore moins le Dieu clément et miséricordieux des musulmans.Il est nécessaire, à la lumière du credo, d’en venir à considérer, en sa totalité, l’oeuvre de Dieu, créateur du monde et de toutes les réalités visibles et invisibles; l’oeuvre rédemptrice du Christ et l’oeuvre sanctificatrice du Saint-Esprit; la lumière de la Paternité divine mettant sa toute-puissance au service de son dessein : nous faire participer à sa propre sainteté et à son propre bonheur.L état d un homme parvenu a ce sommet, on peut l’appeler contemplation, ou comme on voudra; certainement qu’il s’agit d’une vision totale, non seulement du monde, mais aussi de Dieu Un et 1 rine, et de toute son oeuvre, y compris moi-même sa créature à la lois grande et petite, immense en son Amour.Mon Dieu c’est vous que je veux et toute votre oeuvre. T.-F.s FONDEMENTS théologiques de la vie religieuse 281 Nous avons ici le seul totalitarisme Qui nous libère de tous les autres, qui sont partiels.Si nous parvenons jusqu’où nous avons été appelés, nous n’aurons plus jamais faim et, avec notre surplus, nous pourrons rassasier la faim des autres, lelle est la promesse du Christ : toutes les sources autres que Lui nous laisseront sur notre soif et aucun autre aliment, même tombe du ciel, ne nous préservera de la mort.« Qui Me mange, vivra pour MOI » ; « Qui boira de l’eau que JE lui donnerai n’aura plus jamais soif » [Jn 4, 14].JE, MOI, le Christ total.Alors, et alors seulement, cessera toute envie de révolte; non par manque d’occasions, mais par rassasiement vital.Les hommes, les coeurs, les esprits et les âmes heureux ne se révoltent pas, pas plus que le Christ ne s’est révolté (Lui qui s est fait obéissant jusqu’à la croix), parce qu’il ne pouvait tout simplement pas cesser de boire le calice que son Père lui présentait.Vouloir obtenir par une autre voie (administrative, idéologique, psychologique, etc.) une obéissance absolument parfaite, c’est montrer qu’on n’a pas compris le vos autem non sic du Maître [cf.Le 22, 26] .Irénée Haussherr, S.J., Professeur.Institut Pontifical Oriental, Rome.* Cet article est paru en espagnol dans la revue Seminarios de 1960, pp.7-18, publiée à Salmanque, Espagne.La présente traduction est celle du R.P.Gratien Bacon, O.F.M. 2 .-Le problème du manque de prêtres a été dernièrement mis en particulière évidence, et avec raison.Mais le problème correspondant du manque de vocations féminines est malheureusement resté dans l’ombre.La carence des vocations religieuses a ses causes diverses.Les unes sont d’ordre historiques, comme les conséquences de la guerre en pays de mission ; les autres sont pourtant d’ordre domestique comme les idées erronées de la vocation, les idées préconçues et non activement combattues contre la vie religieuse, le manque d’intérêt pour la vie de l’Eglise.Mais une des causes principales du manque de vocations doit être cherchée dans l’absence presque complète d’une propagande systématique sur la vocation, auprès de celui qui peut être appelé et auprès de celui qui peut favoriser l’appel de Dieu.Ces causes ne doivent pas être analysées d’une manière isolée car, en général, elles vont ensemble.Il faut les combattre toutes, puisque l’existence d’une seule pourrait annuler l’effet de tout autre travail.Nous voudrions parler ici de la dernière, c’est-à-dire du manque de propagande; elle se rattache directement à la vocation et, de toutes, elle peut être la plus facilement éliminée.Le mot propagande a, ici, le sens de diffusion de la eonnais-^ saiiee de 1 idéal religieux de telle manière qu’elle atteigne toutes les filles, petites ou grandes, et autant que possible, les parents également.Cette propagande doit etre efficace, c’est-à-dire qu’elle doit être menée de manière à éclairer et à mouvoir celles qui l’entendent.Elle doit aussi etre continuelle, afin d’être toujours présente et de favoriser le passage de la grâce.Cette propagande est basée sur un principe naturel que personne ne peut contredire : on ne peut vouloir que ce que l’on con- PROPAGANDE DE L’IDEAL RELIGIEUX 283 naît et apprécie.Avec la connaissance s’ouvre la possibilité de vouloir, tandis que le vouloir lui-même va dépendre d’une série d’autres conditions comme la réceptivité de l’individu, la forme dans laquelle la vocation est présentée, l’émotivité produite par l’enthousiasme de celui ou celle qui la présente, et, enfin, de la grace divine déjà en action.Le fait même de trouver de la réceptivité en quelqu’un et celui d’avoir quelqu’un qui en présente l’idéal de manière adéquate, c’est déjà une grâce de Dieu.Prétendre que quelqu’un veuille une chose sans d’abord la connaître et sans que cette connaissance présente la valeur de l’objet à désirer, ou encore croire que cette connaissance viendra d’une présentation sans enthousiasme et sans optimisme, c’est exiger un miracle authentique de la part de Dieu.C’est tenter Dieu, dans le sens précis de l’expression.On pourrait objecter : «Mais moi, je n’ai jamais entendu un mot de vocation et cependant je suis religieux ! » Tout d’abord l’absence de propagande n’est pas la cause unique du manque de vocations.D’autres éléments favorables ont pu préparer la vocation dans le sens d’une connaissance même vague, mais suffisante, pour pousser à la réalisation d’un idéal à peine entrevu; ce qui peut parfaitement arriver à une âme de piété profonde ou apte à percevoir naturellement la relativité des biens de ce monde.Mais la même personne n’aurait-elle pas eu une décision plus ferme et plus prompte si elle avait eu quelqu’un auprès d elle pour l’éclairer sur la vie religieuse ?Insistons encore : les enfants et les jeunes filles qui vivent en contact quotidien avec les religieuses, dans les écoles et dans les hôpitaux n’ont-elles pas une connaissance suffisante de 1 idéal religieux ?Nous répondons : ces personnes ont certainement quelque connaissance, mais est-elle complète et réfléchie ?Ne voit-on pas plutôt l’aspect extérieur que les valeurs intérieures de la vie religieuse ?Cette connaissance n’est-elle pas souvent obscurcie par des préjugés jamais démasqués ?Ce qui est certain, c’est que la réflexion n’a jamais été le fort de la jeunesse d’aujourd’hui.Ainsi, par exemple, dans un bon collège de religieuses, on a fait une enquête sur l’admission de 44 élèves, pour se rendre compte si l’une ou l’autre avait déjà réfléchi sur le motif qui avait pousse leurs professeurs à choisir l’idéal de la vie religieuse.Seulement sept ont 284 PROPAGANDE DE L’iDÉAL RELIGIEUX répondu affirmativement; on n’a pas fait d’enquête ultérieure pour vérifier jusqu’à quel point la réflexion s’est manifestée.Ne nous trompons pas, la routine, les préoccupations scolaires, le manque général de réflexion, les antipathies, les préjugés et les petites incompréhensions, peuvent faire qu’une élève vive pendant de longues années en contact avec les religieuses, sans jamais arriver à la connaissance réfléchie et éclairée de l’idéal qui anime ses éducatrices.Personne ne méprisera la pédagogie.L’enseignement systématique ouvre de nouveaux horizons, assure le progrès.Une âme peut, par sa propre expérience, découvrir la valeur de la vocation, mais seule une orientation systématique et enthousiaste lui montrera les valeurs auxquelles elle n’aurait jamais pensé.C’est en se basant sur ce principe qu’on prêche sur l’Eucharistie et sur d’autres valeurs de notre religion, même à des personnes qui les connaissent suffisamment.Combien de vocations se perdent faute d’aliment plus solide et de motivation ! Parfois une âme entrevoit une valeur qui l’intéresse dans la vie religieuse, mais cette valeur, en plus de 11e pas se présenter avec suffisamment de clarté et de chaleur, n a pas par elle-même les forces suffisantes pour entraîner la volonté en dépit des obstacles, internes et externes qu’elle rencontre naturellement.De fait la bataille entre la vie religieuse et la vie familiale est inégalé.D’un côté se trouvent toute l’ambiance et l’instinct donné par Dieu pour faciliter la lourde tâche de l’éducation des enfants.Or, ces deux éléments ne sont pas du côté de la vocation et, pour cela même, doivent être équilibrés par une propagande d’autant plus suggestive.Celle-ci n’a rien à voir avec la propagande commerciale, trop souvent basée sur la fausseté.Les valeurs” religieuses n’ont pas besoin de recourir au faux.Il suffira de présenter tous les aspects positifs de la vocation pour qu’ils agissent d eux-mêmes.Il importe toutefois que cette présentation soit faite avec chaleur et conviction pour être déjà, par elle-même, une démonstration vivante des effets salutaires de la vocation sur la personne.La propagande ainsi menée n’est pas un attentat à la liberté des jeunes filles; elle est une exposition suggestive, certes, mais non pas l’extorsion d’un consentement forcé.Il n’y a pas en cela une PROPAGANDE DE L’IDÉAL RELIGIEUX 285 plus grande pression sur la liberté qu’il y en a dans l’offre d’un objet utile.11 faut aussi envisager la diffusion de l’idée de se consacrer à Dieu comme un fait important de la vie de l’Eglise.Donner des leçons sur l’histoire de l’Eglise sans y faire allusion, donner des cours de religion sans aborder le sujet de la vie religieuse, est un manque grave à son devoir.Parler de la piete et de la mystique sans même toucher un mot de la consécration à Dieu dans la vie religieuse, c’est montrer un tableau défectueux de la vie dans l’intimité avec Dieu.L’enseignement des matières religieuses suppose une exposition adéquate des valeurs de la vie consacrée.# * * Mettons donc la lumière en évidence.Le Divin Maître lui-même en a suggéré l’idée et, de la sorte, il donnait le mot d ordre pour une vraie propagande de l’idéal religieux.Lui-même ne s’est pas contenté d’une action invisible auprès de ses Apôtres; il est allé directement à eux et les a invités.Voilà l’exemple que nous devons suivre.Entendons les voix des milliers d âmes immortelles qui appellent le salut.C’est la voix du Christ lui-même qui demande du renfort afin que son sang ne tombe pas inutilement sur la terre, sans profit pour les âmes qu’il a rachetées.Marcello-M.Gomès, O.F.M.Conférence Religieuse, Petropolis, Brésil. 3 dans l’Église Peu après la parution du numéro spécial de La VIE des communautés religieuses (No 6), se tenait à Brigham, chez les Chanoines Réguliers de l’immaculée Conception, une rencontre de trois jours sur ce thème de la pauvreté, celle-ci toutefois envisagée aussi bien pour les laïcs et les prêtres diocésains que pour les religieux et les religieuses.Le Rév.Père Hamelin, O.F.M., directeur de la présente revue, vivement intéressé à cette initiative, aurait aimé y prendre part.Il en fut, malheureusement pour nous, empêché.Et c’est ainsi qu il a prié le soussigné de lui en donner le compte rendu.Les questions qu il m a posées à cet effet peuvent se ramener aux suivantes : Comment est née cette initiative ?— Comment l’avez-vous réalisée ?— Quelles suites pensez-vous lui donner ?COMMENT EST NÉE VOTRE INITIATIVE ?À cette première question je répondrai brièvement ceci : nous nous sommes trouvés plusieurs à nous poser ce problème de la pauvreté dans l’Eglise et ceci depuis plusieurs années déjà ! Nous sentions, en nous, l’Eglise, et spécialement l’Eglise du Québec à laquelle nous appartenons, mise en accusation, jugée .non par tous, certes, mais par un noyau allant chaque jour grossissant.On sait le grief qu’on lui fait.Celui d’être liée aux puissances d’argent et de domination, d’être riche elle-même.L’accusation, venant de tous les horizons, nous est apparue sérieuse, grave même : elle nous fit mal.Pourquoi, dès lors, ne pas l’examiner à tête reposée, pour y voir clair, plutôt que de fermer les yeux ?Si c’est une vague de fond qui s’en vient, il faut essayer d’y faire face, du moins pour la part que doit être la nôtre, si minime qu ’elle soit. UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETÉ.287 Ainsi fut-il décidé de se réunir à cette fin, sans tapage, avec quelques confrères particulièrement préoccupés de cette question.Nous fermerions le cercle des invités une fois atteint la quinzaine, pour assurer à notre effort cohésion et efficacité.Chemin faisant, des Frères enseignants, des Religieuses, des laïcs se dirent, eux aussi, très intéressés.Il fallut ouvrir l’eventail des presences.Ce que nous avons fait d’ailleurs avec la plus grande joie.Ainsi nous aurions l’avantage, avec eux, d’explorer le champ de la pauvreté sur une plus grande surface, comme le montrera dans un instant le programme des conferences.Je passe a la deuxieme question.COMMENT L'AVEZ-VOUS RÉALISÉE ?Les « Conclusions et Voeux », nous donneraient une idée assez exacte des travaux.Mais il ne sera peut-être pas inutile de montrer quel a été le terroir d’où on les a tirés.Je dirai donc un mot : des participants, du climat d’étude et de prière de ces journées, un mot des exposés.a) les participants, au nombre d’une bonne vingtaine.On comptait parmi eux douze prêtres, dont six séculiers et six réguliers.On aimera savoir leurs fonctions ?Voici celles des,séculiers : deux curés, ayant été tous deux aumôniers d A.C., 1 un à la J.O.C., l’autre à la J.A.C., un directeur spirituel de séminaire, un professeur de philosophie, un professeur de morale sociale,^ un aumônier d’étudiants à l’une de nos universités.Celles des réguliers : un curé, un professeur d’Ecriture sainte, un directeur spirituel, un maître de formation, un prêtre-étudiant en liturgie, à Rome, un supérieur.Au nombre des Frères, un provincial, deux délégués d’un autre provincial.Parmi les Religieuses, deux provinciales, une moniale.Et enfin, pour finir, trois laïcs : un couple, une veuve, maman de dix enfants.Mentionnons aussi la présence, pour une journée entière, d un chancelier d’Archevêché.Mentionnons pareillement la visite amicale de quatre confrères, dont deux directeurs de Revue.Et pour achever le tableau du bord, ce qui montre à quel point le problème 288 UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETÉ.soulevé retient 1 attention et prend de l’ampleur, notons que nous a\ ons î eçu quatorze lettres de prêtres nous disant leurs regrets de ne pouvoir être des nôtres et nous assurant de leurs prières.ô.j le climat d’étude.On adopta la méthode de l’A.C.: ^ O IR, JUGER, AGIR .Est-il besoin de spécifier qu’après avoir vu, il ne s agissait pas pour nous de juger les personnes, mais bien plutôt de porter un jugement sur une situation de fait.Quant à l’agir, il n’en fut pas question, sinon en ce sens qu’il faudrait marcher a la lumière que nous découvririons, sous peine d’inconséquence.cj le climat de prière.Nous l’avons expressément voulu.Toutes nos rencontres ont été précédées d’une Petite Heure.Laudes et Vêpres étaient au programme.La sainte messe, en fin de matinée, fut le point culminant du jour, avec, évidemment, le maximum de participation : chants en langue maternelle, proclamation de la Parole, homélie, présence de tous les prêtres entourant le célébrant.Le dimanche, participation à la messe paroissiale de 10 heures.Lu geste de solidarité, de fraternité chrétienne, apprécié des gens.N’est-ce pas normal, surtout le Jour du Seigneur t Une heure d’adoration était pareillement au programme.d) les exposés.Les voici, dans l’ordre où ils ont été donnés, avec le nom des conférenciers.Nous en dégageons une ou deux idées majeures, dans l’intérêt du lecteur.1er exposé : Le monde d’aujourd’hui face à la pauvreté.LEglise d’aujourd’hui (communauté de charité) face à la pauvreté, a) Le positif ; b) Le négatif.Les causes.C’est Claude Ryan, rédacteur au Devoir, qui voulut bien se charger de ce premier exposé.Il s’en acquitta avec ce souci d’objectivité et cette franchise qu’il imprime à tout ce qu’il touche, dût-il parfois faire un peu mal à ses meilleurs amis, du moment que l’Eglise est en jeu ! Documents en main, force lui fut de reconnaître que celle-ci devait prendre une conscience plus aiguë de sa mission “d’Eglise des pauvres”, face au monde du travail et plus encore face au monde des affamés.Nous étions ainsi introduits dans notre sujet. UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETÉ.289 2e exposé : Le Canada contemporain face à la pauvreté.L Eglise canadienne (du Québec en particulier) face à la pauvreté, a) Le positif; b)Le négatif.Causes.Ce travail fut confié à l’abbé O’Neil, qui sut s’arracher à des engagement pris antérieurement pour nous apporter son concours.C’est assez dire par là l’importance qu’il donne à la question.Très au fait des réalités concrètes dans lesquelles nous nous débattons tous, il n’oublie pas les “impératifs catégoriques” de la pauvreté.Celle-ci, tout en respectant ces realites, doit passer dans nos vies.Mais comment, dans la cité notamment : au plan des structures économiques, politiques, sociales ?Humblement l’abbé O’Neil acceptera lui aussi d’être mis en cause, avec tous ceux qui acceptent leur part de responsabilité.3e exposé : La pauvreté dans la Bible.Sujet délicat et qu’il ne faut pas fausser.Ici plus que partout ailleurs une erreur d'aiguillage conduit à la catastrophe.11 fallait un spécialiste.Le P.Matura, O.F.M., était tout trouvé.Il ne se déroba pas et accepta la tâche.On sait que le père est professeur d’Ecriture sainte au scolasticat des PP.Franciscains, à Rosemont.Avec une maîtrise parfaite de son sujet la pauvreté selon la Bible “l’habite” depuis longtemps ! — il nous en montra, démontra plutôt les exaltantes mais aussi terribles exigences, le caractère “abrut, totalitaire, absolu.Elle est d’ordre mystique, sa position est verticale, polarisée par le Christ, comme lui référée au Père, dont il attend tout, parce qu’il est “pauvre”.La notion que nous en a donné l’abbé O’Neil il y a un instant est plutôt d’ordre sociologique et sa position horizontale.Avec cette pauvreté dans le concert, il faudra bien composer et le père l’admet.Mais quel bienfait pour tous qu’une telle plongée dans la Bible, sous sa conduite, à la recherche de la pauvreté, “la seule vraie” qui soit ! Désormais, plus moyen de parler de pauvreté sans y être ra- 290 UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETÉ.menés.Elle fait pivot, “rampe de lancement”, pour tous les travaux ultérieurs qu’on pourra entreprendre dans ce domaine.4e exposé : La pauvreté sous l’éclairage cle saint Augustin.C’est au P.Chalumeaux, c.r.i.c., qu’est échue la réponse à donner ici.Il s’est appliqué à montrer comment l’évêque d’Iiip-pone lia étroitement la pauvreté à son sacerdoce et à celui de ses clercs.Cette étude de la question l’a conduit à se demander si, de ce fait, saint Augustin n’avait pas, de sa lointaine Afrique, un “message” pour notre temps, celui qu'il avait lui-même reçu des premiers Apôtres et de la première communauté chrétienne (Act.4, 31 et ss.) ?5e exposé : La pauvreté sous l’éclairage de saint François.11 fallait que ce soit un fils de saint François qui nous entretienne du “poverelle d’Assise”.Ce qui fut.C’est le R.P.G.Gallant, O.F.M., directeur spirituel à l’externat classique de Lon-gueuil qui nous apporta l’éclairage attendu sur l’incomparable François.Pèlerin de l’Absolu, pèlerin joyeux, saint François est aussi actuel ” que de son temps.Son message prophétique est issu de l’Evangile.Il provoquera toujours des amants passionnés de “Dame pauvreté”.Il suffira de savoir le lire.6e exposé : La pauvreté sous l’éclairage du P.de Foucault.Nous devons cet exposé à M.l’abbé Dumas, maintenant aumônier des étudiants à l’Université Laval.Il nous traça un beau portrait du Frère universel.Comme saint François, il a soif d’absolu.Doucement il nous provoque : “Je pense qu’il manque quelque chose à leur amour (le nôtre), et en tous cas, moi, je ne peux concevoir 1 amour sans un besoin, un besoin impérieux de conformité, de ressemblance, et surtout de partage de toutes les peines, de toutes les difficultés, de toutes les duretés de la vie .” ?Sur ses pas marchent maintenant, on le sait, les Petits Frères et les Petites Soeurs du P.de Foucault, et à leur suite, de très nombreuses âmes .Signe des temps ! A la suite de ces exposés mérite d’être mentionné ici, le rap- UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETE.291 port de la commission d’étude sur “Les formes prophétiques de la pauvreté chrétienne”.On peut y lire, à la lumière de la théologie et de l’histoire, comment l’Eglise a besoin, en plus de la pauvreté prophétique commune d’une pauvreté prophétique majeure.Nos temps réclament avec force cette dernière forme de pauvreté.Et c’est ainsi, sur ce travail de réflexion que s’achève notre session.Il ne reste plus maintenant qu’à répondre à notre dernière question : QUELLES SUITES PENSEZ-VOUS DONNER À VOTRE SESSION ?Un fait est là, brutal : après cette prise de conscience particulièrement aiguë et qui nous a tons profondément remues (d aucuns diront mis en accusation et bouleversés), il ne nous paraît plus possible de faire la sourde oreille et d’en rester là, tellement cette “pauvreté selon la Bible” nous est apparue exigeante et comme faisant partie du donné révélé lui-même.A nos yeux elle est comme une “cinquième note” de l’Eglise.Pour ce qui me regarde personnellement — et je pense bien ne pas être le seul à le constater —, cette prise de conscience a eu l’effet d’une levée de rideau sur une grandiose réalité, vitale et malheureusement cachée à l’ensemble des chrétiens, à 1 instar de cette levée de rideau, ce siècle-ci, sur la doctrine de l’enfance spirituelle (avec Thérèse de Lisieux), du Corps mystique et, tout récemment, sur la Bible, la liturgie, l’Oecuménisme.Dès lors peut-on, en conscience, se taire ?Non, assurément.En parler donc, pour provoquer l’étude attentive du problème et, au bout du chemin; une action précise et soutenue.Pour notre très humble part, nous avons décidé, pour les 6, 7 et 8 décembre prochain, de reprendre cette session, au bénéfice d’un premier groupe de maîtresses des novices.Elles ont déjà ete invitées et leur réponse ne s’est pas fait attendre.Plusieurs parmi les invitées n’ayant pas la possibilité de venir à la date prévue, réclament une autre rencontre.Selon nos possibilités, assez limitées d’ailleurs, nous pensons offrir nos services à d’autres groupes, laïcs y compris, eux aussi 292 UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETÉ.en recherche d’une pauvreté authentique et parfois, il faut le dire, plus que nous.Cela doit nous faire réfléchir.h an prochain, nous avons l’intention d’organiser deux sessions importantes, spécialement à l’intention des jeunes.On entend sou\eut dire à leur sujet qu’ils perdent la foi et que parmi les meilleurs très peu débouchent dans nos communautés.Pourquoi ?Parce que nous sommes, dit-on installés.Est-ce vrai ?1 our notre compte, nous voulons espérer dans cette jeunesse qui monte et c’est cette espérance qui nous pousse à lui proposer les deux thèmes suivants : Pauvreté et oecuménisme et Liturgie et pauvreté.Nous les trouvons beaux ces thèmes et capables d’enthousiasmer les plus assoiffés d’ideal vécu.4'L’Eglise des pauvres” les provoque et les attend ! Paul Chalumeaux, C.R.I.C.¦5016, rue DeLaroche Montréal. Conclusions et voeux du congrès CONCLUSIONS Il est indispensable pour l’Eglise de donner un véritable témoignage de pauvreté : ___-à cause de la situation actuelle du monde ‘qui est très inégalement pauvre, mais pauvre”.___surtout à cause des exigences permanentes de l’Evangile.Il faut se réjouir de ce qu'en notre milieu s’effectue présentement une certaine prise de conscience des problèmes de la pauvreté : — certains laïcs s’interrogent sur leur propre engagement vis-à-vis de la pauvreté évangélique.___l’ensemble du laïeat met en question le témoignage du clergé et des communautés religieuses en matière de pauvreté.___le clergé et les communautés religieuses réfléchissent sur le problème (Assemblée de la C.R.C.— Colloque de Maintenant; Vie des Communautés, juin 1963).( On constate cependant qu’en raison des circonstances historiques chez nous l’Eglise est trop souvent liée à des structures de prestige et de puissance.Par ailleurs les laïcs, les religieux et le clergé ne sont pas suffisamment conscients des dimensions et des exigences de la pauvreté selon l’Evangile.Les moyens essentiels pour le renouveau d’un authentique espiit de pauvreté sont : — une connaissance exacte et vitale des exigences évangéliques dans leur pureté et leur universalité.— une connaissance réaliste de la pauvreté effective du monde contemporain et de notre î-esponsabilité en regard d’une telle situation- 294 UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETE.VOEUX Pour chaque catégorie de chrétiens nous souhaitons : A — Pour le laïcat 1—au plan de la vie familiale : a) une vie simple correspondant à la vérité de l’Evangile; ceci implique : I — une utilisation des biens qui tienne compte de l’ordre des valeurs proposé par le christianisme.une prise de conscience des besoins artificiels que crée en nous la publicité sous toutes ses formes.b) une ouverture sur la misère de nos frères les hommes dans notre milieu et dans le monde.2 — au plan de la vie sociale : a) en milieu scolaire : I — des édifices manifestant une simplicité évangélique, de bon goût, sans exclure, pour autant, l’emploi d’instruments de travail adéquats.II — un souci de formation d’hommes d’actions lucides et profondément engagés dans les structures d’un monde en révolution.¦ili- une préoccupation d’initier les étudiants à la situation économique du monde et une invention des moyens permettant le contact vrai avec les pauvres de leur milieu.Les mouvements apostoliques, en général, par le souci qu’ils donnent de l’autre disposent à ce contact, une orientation professionnelle des jeunes qui ne soit pas faite uniquement en fonction du goût et du gain, mais en fonction des besoins du monde.b) dans la cité : I une prise de conscience de la responsabilité économique de notre pays à l’égard des pays en voie de développement.un souci de la part des laïcs présents dans les structures économiques, politiques et sociales, d’y inclure un esprit de justice et de pauvreté. UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETE.295 III — face à l’exploitation des biens, une action des chré- tiens non en fonction du gain mais en considération des besoins vitaux de leur milieu et du monde.IV — une préoccupation non seulement pour les pauvres dans l’extrême misère, mais aussi pour tous les déshérités quels qu’ils soient et de quoi que ce soit.V — une utilisation par les mouvements d’Action catholique dans un avenir prochain, de la pauvreté comme programme d’alimentation spirituelle des militants.Pour les religieux 1 — Un témoignage particulièrement perceptible par nos contempo- rains de la pauvreté évangélique dont les religieux sont constitués les témoins du fait même de leur profession publique de pau-vreté.2 -_.Un témoignage non seulement individuel mais surtout collectif.L’aspect collectif à ce plan est le plus visible et le plus éloquent.De plus, l’usage “dépendant” des biens ne s’identifie pas avec pauvreté réelle.3 —.a la lumière de cette exigence, le règlement entre les structures institutionnelles et le témoignage de pauvreté en tenant compte des deux voeux énoncés ci-dessus.Entendu cependant que la solution, tout en tenant compte le plus possible de l’idéal évangélique, doit satisfaire les exigences du bien commun.Une déclaration commune de bonne volonté, en ces circonstances, faciliterait des solutions éventuelles.4 _La disponibilité à étudier le problème des taxes et des autres privilèges d'ordre financier.5 — Une formation des jeunes religieux à la pauvreté selon la double ligne d’une fidélité profonde à l’Evangile et de l’ouverture aux besoins du monde des pauvres, ce qui suppose la possibilité de contacts avec les pauvres.6 —.Une prise en charge du grave problème de la pauvreté par les autorités majeures des communautés religieuses et une étude de ce problème avec toute l’objectivité désirable.Au besoin, les 296 UNE RENCONTRE SUR LE THÈME DE LA PAUVRETÉ.qualités pour situer leur problème de la pauvreté dans le contexte total de l’Eglise.7 Dans 1 immédiat, une recherche d’une témoignage concret de pauvreté, spécialement dans le domaine de la construction où cet élément doit entrer en ligne de compte en même temps que l’efficacité et avant l’économie.8 — La possibilité pour certains religieux non-prêtres de travailler en usine comme signe de pauvreté et d’identification aux classes laborieuses et comme moyen de subsistance pour la communauté.9 — L’encouragement, voire même une invitation positive à des ex- périences particulières de pauvreté par quelques membres, surtout dans les communautés religieuses qui, par leur vocation, ont un témoignage plus spécifique à apporter dans ce domaine.C — Pour le Clergé diocésain : 1 Une prise de conscience que d’une part, la pauvreté évangélique n’est pas réservée aux seuls religieux, mais constitue une exigence essentielle de la vocation chrétienne et que, d’autre part, le témoignage d’une pauvreté effective est d’autant plus exigé qu’on est plus directement et plus officiellement engagé au service du Christ et de l’Eglise.2 — Dans les grands séminaires une formation doctrinale biblique et patristique en même temps que vitale (existentielle) à la pauvreté évangélique.3 L’extension aux futurs prêtres de tous les diocèses d'expériences déjà tentées en certains endroits, lesquelles permettent des contacts fréquents avec les pauvres pendant l’année académique et du travail en milieu ouvrier durant les vacances.4 Une adoption d’un style de vie plus simple (habitation, alimentation, loisirs, voyages, etc.) qui permettra au clergé de proclamer en toute sincérité les exigences évangéliques en matière de pauvreté et de détachement.5 'Un souci constant chez les pasteurs d’éveiller les chrétiens et les communautés qui leur sont confiés au sens de leurs responsabilités face aux pauvres de leur milieu et du tiers-monde. à votre service 16.__Nous aimerions avoir des renseignements et des directives prati- ques en ce qui concerne l’usage du magnétophone et les enregistrements sur bande sonore.Est-il permis d’enregistrer une conférence sans la permission explicite du conférencier?Dans quelle mesure pouvons-nous utiliser et transcrire les disques et les bandes sonores qui nous sont prêtés ?Nous avons résumé, dans cette consultation, les différentes lettres qui nous ont été adressées concernant l’enregistrement sonore.Le sujet es d’importance, si nous considérons l’usage de plus en plus multiplie du magnetophone et l’utilisation, dans un avenir prochain, du magnétoscope.Ces enregistrements rendent sûrement un immense service et il est sage de savoir les utiliser pourvu que ça ne devienne pas une maladie de tout enregistrer et -de tout conserver.Nous devons admettre qu’il n’y aurait pas d’injustice à enregistrer une causerie donnée à la communauté par un conférencier de passage, soit pour son usage particulier, dans le but d’approfondir davantage le sujet soit pour le profit de religieux ou religieuses qui ne peuvent assister à la conference en temps opportun.Autrement dit, un usage domestique de 1 enregistrement ne léseïït en rien la vertu de justice.On peut croire que le conférencier s'adressant à une maison religieuse, désire que tous les membres de la communauté en profitent.Il en serait autrement — et la chose paraît-il s’est rencontrée — si l’enregistrement devait servir à une publication ultérieure sous quelque forme que ce soit et destinée au grand public.Le dommage réel cause au conférencier en ces circonstances constitue une^ véritable injustice.L conférencier seul a le droit de profiter des fruits, réels ou apparents, de ses talents.Mais la délicatesse et la charité vont plus loin que la stricte justice.Ce serait un manque sérieux d’équité que de procéder à 1 enregistremen d’une conférence sans l’autorisation préalable du conférencier à moins de présomption contraire, fondée sur la façon dont le conférencier a accepte dans le passé.Encore ici on comprend les raisons qui militent en faveui de cette façon de voir.Le conférencier, mis en confiance par son auditoire, neut se permettre bien des dires, des confidences qu’il ne voudrait pas entendre répéter à l’extérieur de ce cénacle intellectuel.De toute evidence une atmosphère se crée dans la salle, et cette atmosphere donne aux termes employés un sens qu’ils n’auraient pas hors de ce cadre.Or tiès souvent cS enregistrements constituent un réel danger d’indiscrétion, sans compter que le texte de la conférence n’est pas toujours au point pour 1 împressio .?cTnournous basons sur des expériences maintes fois répétées; combien de fois nous avons entendu le déplaisir de conférenciers de marque, sachant que leur causerie avait été enregistrée à leur insu.Soyons délicats sur ce sujet; si les paroles du conférencier nous paraissent dignes de l’enregistrement, qu’on ait la simplicité de le lui signa .lorsque 'autorisation a été démandée, il est a présumer qu’elle ne couvre que le cas mentionné, à moins d indication spéciale.Nous nous permettons d’ajouter quelques remarques opportunes.Les conférences se multiplient en notre pays, particulièrement dans les grands centres urbains.Il n’est malheureusement pas possible a tous les religieux d’assister à ces profitables entretiens spirituels.Pour obvier à cette impossibilité, des maisons d’éditions ont pris l’initiative de publier des conference 298 À VOTRE SERVICE sur disques, ou sur bandes sonores.Très souvent on trouvera sur ces reproductions une note demandant de ne pas les retranscrire.On le comprend! 1 est assez dispendieux d’endisquer ces conférences et de permettre à ces entretiens spirituels de circuler dans les communautés (parfois sous forme e bandes sonores en location).S’autoriser occasionnellement une transcription, pour un usage personnel, ne constitue pas une injustice.Mais l’enregistrer dans le but de favoriser toutes les maisons de la communauté sans avoir a payer les frais de location, ou pour n’avoir pas à se procurer plu-sieurs disques, voilà l’injustice.D’ailleurs les religieux seront les premiers a, souitnr de ce procédé, apparamment économique, parce que les centres d editions, faute de revenus suffisants, ne pourront continuer d’assurer ce Encore une fois, essayons de cultiver une grande délicatesse de conscience.La vertu de justice est une vertu certes, et une vertu qui doit être à la base de toute vie religieuse; elle trouve un champ très vaste d’applications.is au_
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