La vie des communautés religieuses /, 1 décembre 1965, Décembre
10 c/3 cr> a; pH bO ô3 La fraternité est dans la rencontre des autres DÉCEMBRE 1965 La VIE des communautés religieuses • Revue publiée par les RR.PP.Franciscains de la Province St-Joseph au Canada; paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, par fascicules de 32 pages; • La Direction est assurée par le R.P.Léonce (A.-M.) HAMELIN, assisté d'un groupe de professeurs au cléricat théologique de Rosemont (Montréal); • On souscrit à la revue directement, sans l'intermédiaire des librairies ni des agences.En joignant une étiquette à toute correspondance administrative, vous facilitez notre travail; • Tout ce qui concerne la Revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 5750, Boulevard Rosemont Montréal 36 — Tél.259-6911 PRIX DE L'ABONNEMENT; $2.75 (pour tout pays) Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication La VIE des communautés religieuses DÉCEMBRE 1965 vol.23, n° 10 La présente livraison de la V.C.R.vous apporte le décret conciliaire sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse.Ce décret nous paraît suffisamment important pour y consacrer plusieurs pages.Les numéros subséquents de la revue vous présenteront : d’abord un aperçu général de ce décret (livraison de (janvier ), puis un commentaire de chaque point particulier indu dans le document du Concile (livraisons de février et mars).Le Rév.Père Tillard a bien voulu se charger de ces commentaires.Nous lui en sommes très reconnaissants.Le P.Tillard est avantageusement connu de nos lecteurs pour sa valeur théologique et son attachement à la vie religieuse.Nous sommes certains que chacun d’entre vous sera content de le lire.Décret conciliaire Décret sur la rénovation et l’adap- tation de la vie religieuse.290 Une équipe La vie fraternelle.301 Suite des réflexions parues dans la livraison de novembre.Laurent Boisvert, La fraternité, rencontre des autres 306 o.f.m.Une rencontre interpersonnelle profonde est nécessaire au plan naturel pour baser une rencontre surnaturelle solide.L’autre est alors principe d’une rencontre qui ne se termine pas à lui, mais qui débouche en Dieu.Consultations .3X7 Table des matières pour l’année 1965 .320 Les disques 290 TIE RELIGIEUSE DÉCRET SUR LA RÉNOVATION ET L’ADAPTATION DE LA VIE RELIGIEUSE l.-Dans la Constitution «Lumen Gentium» le Concile a déjà montré que la recherche de la charité parfaite par les conseils évangéliques tirait son origine de la doctrine et de l’exemple du Divin Maître, et que de plus elle se présentait comme un signe éclatant du Royaume des cieux.Il se propose ici de traiter de la vie et de la discipline des Instituts dont les membres font profession de chasteté, de pauvreté et d’obéissance.Il veut également répondre à leurs besoins dans le contexte de notre époque.Il y eut, de fait, dès les premiers temps de l’Eglise, des hommes et des femmes qui décidèrent de suivre le Christ plus librement et de l’imiter plus fidèlement grâce à la pratique des conseils évangéliques.Chacun à sa manière, ils menèrent une vie vouée à Dieu, et plusieurs d’entre eux, inspirés par l’Esprit Saint, ou vécurent dans la solitude ou fondèrent des familles religieuses que l’Eglise, avec son autorité propre, accueillit volontiers et approuva.C’est ainsi que, providentiellement, se développa une admirable diversité de communautés religieuses qui contribuèrent fortement à ce que l’Eglise non seulement soit équipée pour toute œuvre bonne (cf.II Tim 3,17) et adaptée à l’œuvre du ministère en vue de la construction du Corps du Christ (cf.Eph 4,12), mais même apparaisse, ornée des dons variés de ses enfans, comme une jeune mariée parée pour son époux (Apoc 21,2) Décret conciliaire et qu’ainsi la sagesse de Dieu infinie en ressour- Perfectœ Caritatis ces (cf.Eph 3,10) se manifeste. DÉCRET CONCILIAIRE - 291 Dans une telle variété de dons, tous ceux, cependant, qui sont appelés par Dieu à la pratique des conseils évangéliques et en font fidèlement profession, se consacrent au Seigneur d’une façon spéciale : en suivant le Christ qui, vierge et pauvre (cf.Mat 8,20; Luc 9,58), a racheté et sanctifié les hommes par son obéissance jusqu’à la mort de la Croix (Phil 2,8).Poussés par la charité que l’Esprit Saint répand dans leurs cœurs (cf.Rom 5,5), ils vivent sans cesse davantage pour le Christ et l’Eglise son Corps (cf.Col 1,24).Aussi, plus ils sont ardemment unis au Christ par une telle donation d’eux-mêmes qui embrasse toute leur vie, plus florissante devient la vie de l’Eglise et plus fécond son apostolat.Pour que l’éminente valeur de la vie consacrée par la profession des conseils évangéliques et son rôle nécessaire aillent, dans les circonstances présentes, au plus grand bien de l’Eglise, le Concile a établi ce qui suit.N’y sont envisagés que les principes généraux d’une adaptation et d’une rénovation de la vie et de la discipline des Instituts religieux et — compte tenu de leur nature propre — des sociétés de vie commune sans vœux et des Instituts séculiers.Les normes particulières concernant la présentation et la mise en application convenables de ces principes devront être établies après le Concile, par l’autorité compétente.1.CRITÈRES DE RÉNOVATION 2.— La rénovation et l’adaptation de la vie religieuse comportent un incessant retour aux sources de toute vie chrétienne et à l’inspiration originelle des Instituts, en même temps qu’une adaptation de ceux-ci aux conditions nouvelles des temps.Cette rénovation doit être faite, sous l’impulsion de l’Esprit Saint et la direction de l’Eglise, selon les principes suivants : a) la norme ultime de la vie religieuse étant suivre le Christ de la façon proposée par l’Evangile, là sera pour tous les Instituts la règle suprême; b) la caractéristique propre et la fonction particulière des Instituts sont à l’avantage même de l’Eglise.Aussi faut-il fidèlement reconnaître et maintenir l’esprit et les buts particuliers des fondateurs, les saines traditions, bref, tout ce qui constitue le patrimoine de chaque Institut; c) tous les Instituts doivent prendre part à la vie de l’Eglise et, selon leur caractère propre, faire leurs et promouvoir dans la mesure de leurs forces ses entreprises et ses projets, par exemple dans le domaine biblique, liturgique, dogmatique, pastoral, œcuménique, missionnaire et social; d) les Instituts religieux doivent assurer à leurs membres une connaissance suffisante des conditions actuelles de l’humanité et 292 VIE RELIGIEUSE des besoins de l’Eglise, afin que, jugeant sagement à la lumière de la foi les caractéristiques du monde contemporain et dévorés de zèle apostolique, ils puissent plus efficacement aider les hommes; e) puisque Ja vie religieuse veut avant tout que ses membres suivent le Christ et s’unissent à Dieu par la profession des conseils évangéliques, il faut prendre en sérieuse considération le principe suivant : les meilleures adaptations aux besoins actuels n’auront d’effet que si elles sont animées par une rénovation spirituelle, et celle-ci devra toujours occuper la première place, même lorsqu’il s’agit de l’impulsion à donner aux oeuvres extérieures.3.— La façon de vivre, de prier et de travailler doit être convenablement adaptée aux conditions physiques et psychiques des religieux et, dans la mesure où le requiert le caractère de chaque Institut, aux nécessités de l’apostolat, aux exigences de la culture, aux situations sociales et économiques.Ceci vaut partout, mais spécialement pour les pays de mission.On examinera également, selon les mêmes critères, le mode de gouvernement des Instituts.En conséquence, les Constitutions, les Directoires, les Coutumiers, les livres de prière, les Cérémoniaux et tous les ouvrages du même genre seront convenablement révisés et, une fois supprimées leurs prescriptions désuètes, rendus conformes aux documents du Concile.4.— Une rénovation efficace et une adaptation adéquate ne peuvent être obtenues que moyennant la coopération de tous les membres de l’Institut.Fixer les normes de la rénovation et de l’adaptation, légiférer, permettre une expériences suffisante et prudente, sont des actes de la seule autorité compétente, spécialement des chapitres généraux, avec lorsque nécessaire, l’approbation du Saint-Siège ou de l’Ordinaire du lieu, selon que le droit le statue.Toutefois, les supérieurs ont à consulter et à écouter leurs sujets, de la façon la plus opportune, sur les points qui concernent l’Institut entier.Pour la rénovation et l’adaptation des monastères de moniales on pourra recueillir les vœux et les avis des assemblées des fédérations ou des autres réunions légitimement convoquées.Tous doivent cependant se rappeler que l’espoir d’une rénovation est à placer plus dans une consciencieuse observance de la règle et des constitutions que dans une multiplication des lois.2.PRIMAUTÉ DE LA PRIÈRE 5.-Avant tout, les membres de chaque Institut religieux se souviendront que, par la profession des conseils évangéliques, ils ont ré- DÉCRET CONCILIAIRE 293 pondu à un appel divin voulant que, non seulement morts au péché (cf.Rom 6,11) mais même renonçant au monde, ils ne vivent plus que pour Dieu seul.Ils ont, en effet, voué leur vie entière à son service, et c’est là une consécration de type spécial, profondément enracinée dans la consécration baptismale et l'exprimant avec plus de plénitude.Comme ce don d’eux-mêmes a été accepté par l’Eglise, ils doivent se sentir également dédiés au service de celle-ci.Ce service de Dieu doit stimuler et favoriser en eux l’exercice des vertus, surtout de l’humilité et de l’obéissance, de la force et de la chasteté, par lesquelles ils participent à l’anéantissement du Christ (cf.Phil 2,7-8) en même temps qu’à sa vie selon l’Esprit (cf.Rom 8,1-13).Fidèles à leur profession, abandonnant tout pour le Christ (cf.Marc 19,28), les religieux suivront donc celui-ci (cf.Mat 19,21) comme l’unique nécessaire (cf.Luc 10,42), écoutant ses paroles (cf.Luc 10,39), se souciant de tout ce qui le concerne (cf.I Cor 7,32).C’est pourquoi il faut qu’à l’amour apostolique les poussant à s’associer à l’œuvre de la Rédemption et à l’expansion du Règne de Dieu, les religieux de tout Institut, cherchant par-dessus tout Dieu et Dieu seul, joignent la contemplation dans laquelle ils s’unissent à lui par l’esprit et le cœur.6.— Ceux qui font profession des conseils évangéliques chercheront et aimeront par-dessus tout Dieu qui nous a aimés le premier (cf.I Jean 4,10), et en toutes circonstances ils s’appliqueront à entretenir leur vie cachée avec le Christ en Dieu (cf.Col 3,3) : source d’où jaillit, et de façon pressante, l’amour des autres pour le salut du monde et la construction de l’Eglise.La pratique des conseils évangéliques est elle-même animée et conduite par cette charité.Aussi, puisant aux sources authentiques de la spiritualité chrétienne, les membres des Instituts religieux s’attacheront-ils, avec un soin constant, à l’esprit d’oraison et à l’oraison elle-même.Qu’avant tout chaque jour ils aient entre les mains l’Ecriture Sainte, pour y apprendre, par la lecture et la méditation des saintes lettres, « la science éminente de Jésus-Christ » (Phil 3,8).Qu’ils célèbrent la Sainte Liturgie, surtout le saint mystère de l’Eucharistie, dans leur cœur et sur les lèvres, selon l’esprit de l’Eglise, et nourrissent leur vie spirituelle à cette fontaine inépuisable.Ainsi refaits à la table de la Loi divine et du saint autel, ils aimeront fraternellement les membres du Christ, révéreront et affectionneront en esprit filial les pasteurs, et de plus en plus vivront et penseront avec l’Eglise et se consacreront entièrement à sa mission.3 VARIÉTÉ DES INSTITUTS 7.— Si urgente que soit la nécessité d’un apostolat actif, les Instituts intégralement ordonnés à la contemplation et dont les sujets ne s’oc- 294 VIE RELIGIEUSE cupent que de Dieu dans la solitude et le silence, la prière assidue et la pénitence joyeuse, conservent toujours dans le Corps mystique du Christ où « tous les membres n’ont pas la même fonction » (Rom 12,4) la place de choix.Car ils offrent à Dieu un éminent sacrifice de louange, décorent le Peuple de Dieu d’abondants fruits de sainteté en même temps qu’ils l’entraînent par leur exemple et l’accroissent par une secrète fécondité apostolique.Ils apparaissent ainsi comme l’honneur de l’Eglise et une source jaillissante de grâces célestes.Leur mode de vie sera revu d’après les principes et les critères d’adaptation et de rénovation que nous venons de donner.On maintiendra cependant, avec un religieux respect, leur séparation du monde et les exercices propres à la vie contemplative.8.— Très nombreux sont dans l’Eglise les Instituts, cléricaux ou laïques, voués aux différentes oeuvres d’apostolat, pourvus de dons différents selon la grâce qui leur est faite : soit le service en servant, soit l’enseignement en enseignant, l’exhortation en exhortant, celui qui donne le faisant sans calcul, celui qui exerce la miséricorde en rayonnant de joie (cf.Rom 12,5-8).« Il y a diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit » (1 Cor 12,4).Dans ces Instituts l’action apostolique et le service de la bienfaisance appartiennent à la nature même de la vie religieuse, comme un saint ministère et une œuvre propre de charité que l’Eglise leur confie pour qu’ils les exercent en son nom.Toute la vie religieuse des sujets doit donc être imbue d’esprit apostolique, et toute leur action apostolique animée d’esprit religieux.Pour que ces religieux répondent avant tout à leur vocation de suivre le Christ et que ce soit le Christ lui-même qu’ils servent dans ses membres, il faut donc que leur activité apostolique procède de leur union intime avec lui.La charité envers Dieu et le prochain est ainsi entretenue.C’est pourquoi ces Instituts doivent judicieusement mettre leurs observances et leurs usages en accord avec les nécessités de l’apostolat auquel ils sont voués.La vie religieuse consacrée aux œuvres apostoliques revêtant des formes multiples, il est toutefois nécessaire que son adaptation et sa rénovation tiennent compte d’une telle diversité et que dans les divers Instituts la vie au service du Christ des religieux soit soutenue par des moyens qui leur soient propres et qui leur conviennent.9.-La vénérable institution monastique qui, tout au long des siècles, a tant mérité de l’Eglise et de la communauté humaine, doit être fidèlement conservée et apparaître de plus en plus dans son véritable esprit.L’office principal des moines est le service, tout à la fois humble et noble, de la Majesté divine, rendu soit par une consécration intégrale au culte divin dans une vie cachée, soit par la légitime prise en charge de quelque œuvre d’apostolat ou de charité chrétienne.Tout en respectant le caractère propre de leur institution, il leur faut donc rénover leurs antiques et bienfaisantes traditions et les adapter aux besoins des DÉCRET CONCILIAIRE 295 âmes, de telle sorte que les monastères soient comme des foyers d’édification pour le peuple chrétien.De même, les sociétés religieuses qui, par leur règle ou leur origine, conjuguent étroitement la vie apostolique à l’office choral et aux observances monastiques, doivent mettre leur mode de vie en harmonie avec les exigences de leur apostolat particulier, afin de conserver fidèlement leur forme propre de vie qui contribue au plus grand bien de l’Eglise.10.— La vie religieuse laïque, masculine et féminine, est un état de profession des conseils évangéliques de soi complet.Aussi, la tenant en haute estime pour son apport à la charge pastorale de l’Eglise dans l’éducation de la jeunesse, le soin des malades et les autres formes d’apostolat qu’elle accomplit, le Concile confirme ses sujets dans leur vocation et les exhorte à adapter leur vie aux conditions actuelles.Le Concile déclare que rien ne s’oppose à ce que, dans les communautés de Frères, tout en maintenant fermement leur caractère laïque, quelques sujets puissent, selon les dispositions du Chapitre général et pour subvenir aux nécessités du ministère sacerdotal dans leurs maisons, accéder aux ordres sacrés.11.—Bien qu’ils ne soient pas des Instituts religieux, les Instituts séculiers comportent une authentique et complète profession des conseils évangéliques dans le monde, reconnue par l’Eglise.Cette profession confère aux hommes et aux femmes, aux laïques et aux clercs vivant dans le monde une consécration.C’est pourquoi il faut que ceux-ci recherchent avant tout le don total d’eux-mêmes à Dieu dans la charité parfaite, et que les Instituts gardent leur note propre et spéciale, celle de séculiers, afin de pouvoir exercer efficacement et partout l’apostolat dans le monde et pour ainsi dire du monde, pour lequel ils ont été créés.Toutefois, il leur faut bien savoir qu’ils ne peuvent remplir une telle fonction que si leurs sujets sont soigneusement instruits des choses divines et humaines, afin d’être vraiment le levain du monde pour la force et la croissance du Corps du Christ.Les supérieurs doivent donc se soucier sérieusement de donner aux sujets une éducation surtout spirituelle et de poursuivre par la suite leur formation.4.VALEUR DES VOEUX 12.— Il faut voir dans la chasteté « pour le royaume des cieux » (Mat 19,12) dont les religieux font profession un don éminent de la grâce.Elle libère en effet, d’une façon singulière le cœur de l’homme (cf.I Cor 7,32-35) afin qu’il brûle davantage d’amour pour Dieu et tous les hommes.Aussi est-elle un signe spécial des réalités célestes en mê- 296 VIE RELIGIEUSE me temps qu’un moyen remarquable pour la consécration ardente des religieux au service de Dieu et aux œuvres d’apostolat.Ils signifient de cette façon, face à tous les fidèles, les noces merveilleuses instituées par Dieu et qui se révéleront pleinement à la fin des temps, dans lesquelles l’Eglise a le Christ pour son unique époux.Désireux d’être fidèles à leur profession, les religieux doivent donc croire aux paroles du Seigneur et, plaçant leur confiance dans l’aide de Dieu, ne pas présumer de leurs forces, pratiquer la mortification et la garde des sens.Qu’ils n’oublient pas non plus les moyens naturels qui favorisent la santé de l’esprit et du corps.Alors ils ne se laisseront pas ébranler par les fausses doctrines qui présentent la continence parfaite comme impossible ou nocive à l’épanouissement humain, et ils repousseront par une sorte d’instinct spirituel tout ce qui met en péril la chasteté.De plus, il faut que tous, surtout les supérieurs, se rappellent que la chasteté se garde plus sûrement là où règne entre les sujets, dans la vie commune, une vraie charité fraternelle.Puisque l’observance de la continence parfaite met en cause de façon intime les inclinations les plus profondes de la nature humaine, ceux qui aspirent à la profession de chasteté ne peuvent s’y destiner et n’y être admis qu’après une épreuve vraiment suffisante et s’ils sont dotés de la maturité psychologique et affective requise.Non seulement on les avertira des dangers guettant la chasteté, mais aussi on les formera à accepter le célibat consacré à Dieu comme un bien profitable à toute leur personne.13.-Les religieux pratiqueront soigneusement la pauvreté volontaire choisie pour suivre le Christ, dont elle est un signe aujourd’hui surtout très apprécié, et si cela est nécessaire ils l’exprimeront même sous des formes neuves.Par elle on participe à la pauvreté du Christ qui, riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous afin de nous enrichir par son dépouillement (cf.II Cor 8.9; Mat 8,20).Il ne suffit pas à la pauvreté religieuse de se soumettre aux Supérieurs pour l’usage des biens; il faut aussi que les religieux soient, de fait et en esprit, pauvres, leur trésor étant dans le ciel (cf.Mat 6,20).Chacun dans sa fonction, ils doivent se sentir liés par la loi commune du travail et, se procurant ainsi les biens nécessaires à leur subsistance et à leurs œuvres, il leur faut rejeter toute inquiétude exagérée et se confier à la Providence du Père céleste (cf.Mat 6,25).Les congrégations religieuses peuvent, dans leurs constitutions, permettre à leurs sujets de renoncer à leur patrimoine présent ou futur.Les Instituts eux-mêmes chercheront à rendre un témoignage quasi collectif de la pauvreté, compte tenu des divers lieux, et prélèveront de bon gré sur leurs biens pour subvenir aux autres besoins de l’Eglise ou au soutien des indigents que les religieux doivent tous aimer avec le cœur même du Christ (cf.Mat 19,21; 25,34-46; Jac 2,15-16; I Jean 3,17).Les provinces et les maisons des Instituts se communiqueront DÉCRET CONCILIAIRE - 297 de leurs biens temporels en sorte que celles qui sont prospères aident celles qui sont dans la gêne.Quoique les Instituts aient, selon leurs règles et leurs constitutions, le droit de posséder tout ce qui est nécessaire à leur vie temporelle et à leurs œuvres, il leur faut cependant éviter toute espèce de luxe, de gain immodéré, de cumul de biens.14.-Par la profession d’obéissance, les religieux offrent à Dieu comme sacrifice d’eux-mêmes la consécration totale de leur propre volonté, et ainsi ils s’unissent avec plus de continuité et de sûreté à la volonté divine salvifique.A l’exemple du Christ venu pour accomplir la volonté du Père (cf.Jean 4,34; 5,30; Heb 10,7; Ps 39,9) et qui « prenant la forme du Serviteur » ( Phil 2,7 ) a appris de ce qu’il souffrit l’obéissance (cf.Heb 5,8), les religieux poussés par l’Esprit Saint ste soumettent, dans la foi, aux Supérieurs représentants de Dieu et se laissent conduire par eux au service de tous leurs frères dans le Christ.Tout comme le Christ qui, à cause de sa soumission au Père, a servi ses frères et donné sa vie pour la rédemption de la multitude (cf.Mat 20,28; Jean 10,14-18).Ainsi ils sont plus étroitement liés au service de l’Eglise, et ils tâchent de parvenir à la force de l’âge qui réalise la plénitude du Christ (Eph 4,13).Les sujets doivent donc, en esprit de foi et d’amour envers la volonté de Dieu, se soumettre humblement à leurs Supérieurs, selon la règle et les constitutions, en appliquant les forces de leur intelligence et de leur volonté, les dons de la nature et ceux de la grâce, à l’exécution des préceptes et à l’accomplissement des charges qui leur sont confiées, sûrs qu’ils travaillent à l’édification du Corps du Christ selon le dessein de Dieu.Loin de diminuer la dignité de la personne humaine, l’obéissance religieuse la conduit au contraire à sa maturité en accroissant la liberté des enfants de Dieu.Quant aux supérieurs, qui auront à rendre compte des âmes qui leur sont confiées (cf.Heb 13,17), dociles à la volonté de Dieu dans l’accomplissement de leur charge, ils doivent exercer l’autorité dans un esprit de service de leurs frères, afin de leur exprimer l’amour même dont Dieu les aime.Qu’ils gouvernent donc leurs sujets comme des fils de Dieu et dans le respect de leur personne humaine, en les amenant à une soumission volontaire.De façon très spéciale qu’ils leur laissent la liberté nécessaire en ce qui regarde le sacrement de pénitence et la direction de conscience.Ils entraîneront les religieux à coopérer, par une obéissance active et responsable, dans l’exécution des charges et l’acceptation des projets.Ils les écouteront donc volontiers et inciteront leur effort commun pour le bien de l’Institut et de l’Eglise, se réservant toutefois fermement l’autorité de décréter et prescrire ce qui est à faire.Chapitres et conseils s’acquitteront avec fidélité de leur mission dans le gouvernement de l’Institut; ils exprimeront, chacun à sa ma- 298 VIE RELIGIEUSE nière, la participation et le souci de tous les sujets relativement au bien de la communauté entière.5 ÉLÉMENTS DE VIE RELIGIEUSE 15.—Nourrie par la doctrine évangélique, la Sainte Liturgie et surtout l’Eucharistie, la vie commune doit se mener avec persévérance dans la prière et la communion au même esprit (cf.Act 2,42), à l’exemple de l’Eglise primitive dans laquelle la multitude des croyants ne faisait qu’un cœur et qu’une âme (cf.Act 4,32).Membres du Christ, les religieux, liés par une affection fraternelle se préviendront d’égards mutuels (cf.Rom 12,10), se portant les fardeaux les uns des autres (cf.Gai 6,2 ).De par la charité de Dieu répandue dans les cœurs par l’Esprit Saint (cf.Rom 5,5), la communauté telle une vraie famille rassemblée au nom du Seigneur jouit en effet de la présence de celui-ci (cf.Mat 18,20).Or la charité est la plénitude de la loi (cf.Rom 13,10) et le lien de la perfection (cf.Col 3,14), et par elle nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie (cf.I Jean 3,14).Bien plus, l’unité des frères annonce la venue du Christ (cf.Jean 13,35; 17,21), et d’elle rayonne une grande puissance apostolique.Pour que le lien de la fraternité soit plus fort entre les religieux, on associera étroitement à la vie et aux œuvres de la communauté ceux que l’on nomme convers, coopérateurs ou autrement.A moins que les circonstances ne postulent le contraire, on veillera à ce que n’existe dans les Instituts féminins qu’une seule catégorie de sœurs.On ne retiendra alors comme diversité entre les personnes que celle qu’exige la diversité des œuvres auxquelles les sœurs sont désignées soit par un appel spécial de Dieu soit par une aptitude particulière.Les monastères et Instituts masculins qui ne sont pas purement laïques peuvent, en fonction de leur nature propre, accepter d’après la norme fixée par les constitutions des clercs et des laïcs sur pied d’égalité avec mêmes droits et mêmes obligations, sauf pour ce qui découle des ordres sacrés.16.— La clôture papale sera fermement maintenue pour les moniales de vie purement contemplative tout en l’adaptant — après avoir entendu l’avis des monastères eux-mêmes — aux conditions de temps et de lieux et en supprimant les usages périmés.Les autres moniales, vouées de par leur origine à des œuvres extérieures d’apostolat, seront exemptées de la clôture papale, afin qu’elles puissent mieux accomplir les tâches apostoliques qui leur sont confiées.On maintiendra cependant la clôture prévue par les Constitutions.17.— Signe de la consécration à Dieu l’habit religieux sera simple et modeste, tout à la fois pauvre et décent et de plus adapté aux exigences de l’hygiène, aux circonstances de temps et de lieux et aux besoins du ministère.On modifiera l’habit aussi bien des hommes que des femmes qui ne répond pas à ces normes. DÉCRET CONCILIAIRE - 299 6.PERMANENCE DE LA VIE RELIGIEUSE 18.- L’adaptation et la rénovation des Instituts dépendent en grande partie de la formation de leurs sujets.Aussi ne faut-il pas affecter aux œuvres d’apostolat immédiatement après le noviciat les sujets qui ne sont pas clercs et les religieuses.Leur formation religieuse et apostolique, doctrinale et technique se poursuivra au contraire de façon convenable dans des maisons qui y seront adaptées, même par l’obtention de diplômes appropriés.Cependant, pour que l’adaptation de la vie religieuse aux exigences de notre temps ne soit pas purement extérieure et pour que ceux qui doivent vaquer à un apostolat externe ne soient pas jugés inférieurs à leur tâche, on les instruira suffisamment, selon leur capacité intellectuelle et leur talent personnel, des mœurs de la vie sociale contemporaine et de ses façons de voir et de penser.La formation doit être accomplie grâce à une fusion harmonieuse de ses divers éléments, afin de contribuer à l’unité de vie des religieux.Durant leur vie entière les sujets chercheront soigneusement à parfaire cette culture spirituelle, doctrinale et technique.Les supérieurs feront de leur mieux pour leur en procurer l’occasion, les moyens et le loisir.Il revient également aux supérieurs de veiller à ce que les Directeurs, les Maîtres spirituels et les professeurs soient bien choisis et préparés avec soin.19- — Lorsqu’il est question de créer de nouveaux Instituts, il faut s’interroger sérieusement sur leur nécessité ou du moins leur grande utilité et leur possibilité d’expansion.On évitera ainsi de voir surgir imprudemment des Instituts inutiles et dénués de vigueur suffisante.Dans les jeunes églises on encouragera tout spécialement et on développera les formes de vie religieuse qui tiennent compte du tempérament, des mœurs des habitants, des coutumes et des conditions de vie locales.20.- Les Instituts doivent fidèlement conserver et accomplir leurs œuvres propres.De plus, compte tenu de l’utilité de l’Eglise universelle et des diocèses, ils les adapteront aux nécessités de temps et de lieux, en employant des moyens opportuns et même nouveaux, et en abandonnant les œuvres qui ne correspondent plus aujourd’hui à l’esprit et au vrai caractère de l’Institut.L’esprit missionnaire doit absolument être conservé dans les Instituts religieux et, selon le caractère de chacun, adapté aux conditions actuelles, afin que l’Evangile soit plus efficacement annoncé à tous les peuples.21.-Quant aux Instituts ou monastères qui, une fois consultés les ordinaires locaux compétents, ne donnent pas au Saint-Siège l’espoir sérieux de fleurir dans le futur, qu’on leur interdise de recevoir des novices à l’avenir.Si c’est possible qu’on les fusionne à un autre Institut ou à un autre monastère plus vivant, de but et d’esprit assez voisins. 300 VIE RELIGIEUSE 22.—Qu’en fonction des besoins et avec l’approbation du Saint-Siège, les Instituts et les monastères autonomes développent entre eux les fédérations s’ils appartiennent d’une certaine façon à la même famille religieuse, ou les unions s’ils ont des constitutions et des usages presque identiques et sont animés du même esprit, surtout lorsqu’ils sont trop petits, ou les associations s’ils s’occupent d’oeuvres externes identiques ou semblables.23.— Il faut encourager les conférences ou conseils de Supérieurs Majeurs érigés par le Saint-Siège, et qui peuvent aider chaque Institut à atteindre plus pleinement sa fin, contribuer à promouvoir une collaboration plus efficace pour le bien de l’Eglise, à répartir plus équitablement les ouvriers de l’Evangile dans un territoire donné, à traiter des affaires communes aux religieux, une fois établie une coordination et une coopération convenables avec les Conférences épiscopales pour l’exercice de l’apostolat.24.— Que les prêtres et les éducateurs fassent de sérieux efforts pour apporter à l’Eglise, grâce à des vocations religieuses choisies avec propos et discernement, un nouvel accroissement répondant vraiment à ses besoins.Dans la prédication courante elle-même, que l’on parle plus souvent des conseils évangéliques et de l’entrée dans l’état religieux.Que les parents en éduquant leurs enfants aux mœurs chrétiennes cultivent et protègent en leurs cœurs la vocation religieuse.II est permis aux Instituts de se faire connaître, pour susciter des vocations, et de chercher des candidats, pourvu qu’ils le fassent avec toute la prudence requise et en se conformant aux normes établies par le Saint-Siège et l’ordinaire du lieu.Leurs membres se rappelleront cependant que la meilleure recommandation de leur Institut et la plus vive invitation à entrer dans la vie religieuse est l’exemple de leur vie personnelle.* * 25.—Les Instituts pour lesquels ces normes d’adaptation et de rénovation ont été établies répondront donc avec empressement à leur vocation divine et à leur rôle dans l’Eglise pour aujourd’hui.Le Concile fait grand cas de leur genre de vie vierge, pauvre, obéissante, dont le Christ lui-même est l’exemplaire.Il met sa ferme espérance dans leurs œuvres, cachées ou visibles, si fécondes.Que tous les religieux, par l’intégrité de leur foi, leur charité pour Dieu et le prochain, leur amour de la Croix, leur espérance de la gloire future, répandent donc dans le monde entier la Bonne Nouvelle du Christ, afin que leur témoignage soit saisi par tous et que notre Père des deux soit glorifié (cf.Mat 5,16).Ainsi, avec la prière de la douce Vierge Marie Mère de Dieu, « dont la vie est pour tous une règle de vie » (S.Ambroise, De la Virginité, L.II, c.2, n.15), ils croîtront de jour en jour et porteront des fruits de salut de plus en plus abondants.* Traduction du P.Tillard, o.p.— Sous-titres de la Rédaction. VIE FRATERNELLE 301 LA VIE FRATERNELLE ( suite ) III — Les valeurs impliquées Nous -avons analysé la situation générale en en dégageant les causes et les conséquences.Précisons, parmi les valeurs qui y sont impliquées, celles qui sont à promouvoir et celles qui sont compromises : 1) Valeurs à promouvoir : -les rencontres, les échanges, le travail en équipe : ils favorisent les prises de conscience nécessaires, l’apostolat et la fraternité ; ils redonnent à la vie de charité et aux personnes leur primauté sur les structures et les cadres extérieurs.-qu’on encourage plus fortement la formation d’équipes de réflexion et de travail par centres d’intérêt (responsables de J.E.C., professeurs de religion ou de sciences, etc.).-rengagement sérieux des communautés locales dans des initiatives apostoliques dynamiques, même s’il faut prendre certains risques.-qu’on accentue le soin qu’on porte à ne pas surcharger les personnes.-le renouvellement de la conception de l’autorité dans le sens du service, de la collaboration, de la recherche commune : le supérieur et l’inférieur cherchent ensemble à découvrir et à réaliser la volonté de Dieu sur les personnes et la communauté.- qu’on continue le mouvement vers la nomination de supérieurs dynamiques, surnaturels et -apostoliques.- que les responsables locaux accentuent encore davantage le partage des responsabilités. 302 VIE RELIGIEUSE 2) Valeurs compromises : - la charité : elle est souvent brimée par le juridisme et le moralisme; elle n’est pas toujours la motivation première.- les vœux sont mal compris par un très grand nombre de personnes : au lieu d’être des visages de l’amour, ils deviennent des collections de normes juridiques négatives; très souvent ils ne sont ni pensés ni vécus dans des perspectives de service et d’apostolat.- dans bon nombre de communautés locales, la vie commune est plus ou moins sclérosée; elle est peu dynamique et sans dimension apostolique; la force de l’équipe est peu exploitée.y -le témoignage spécifiquement religieux, particulièrement celui de la vie communautaire, est fortement compromis.-la persévérance est rendue plus difficile : on ne respecte pas suffisamment la liberté des personnes; on ne favorise pas assez les initiatives créatrices des individus ; faute de responsabilités personnelles, on se désengage.- dans bien des cas, la maturité humaine et spirituelle devient une sorte de miracle.-le sens de l’Eglise et du travail d’Eglise est atrophié.- plusieurs personnes, qui ne consentent pas à la médiocrité, sont tentées de manquer à la vérité (permissions, présentation des initiatives) pour pouvoir continuer de rendre service et de vivre intensément.- dans plusieurs cas, le sens évangélique de l’autorité est à re-, trouver dans son essence et surtout dans ses exigences concrètes.3.LES SUGGESTIONS À FAIRE Au terme de notre réflexion sur la vie fraternelle dans les communautés, nous sommes amenés à suggérer les lignes d’action suivantes : - dans les maisons de formation : - présenter une spiritualité de vie active.- initier concrètement au travail d’équipe et à l’apostolat. VIE FRATERNELLE 303 - confier des responsabilités réelles et de plus en plus fortes.- pour éviter de créer un milieu de vie artificiel : - assurer une information constante, libre et sérieuse : revues, journaux, TV, cinéma, radio, conférences, visites, rencontres, forums, etc.- apprendre aux jeunes à juger chrétiennement les événements et les problèmes du monde, les livres, les films, les actions des personnes, etc.; former les jeunes à réagir chrétiennement plutôt que les isoler de la vie réelle.- maintenir des liens forts entre les jeunes en formation et les personnes déjà engagées dans l’action (témoignages, échanges, observation d’expériences, journaux d’écoles, etc.).- que les maîtres de formation gardent un contact vivant avec le milieu étudiant et les responsables de l’apostolat dans les écoles ; ils pourront ainsi garder des perspectives réalistes, suggérer des insistances justes, développer des dispositions et des attitudes pratiques et adaptées.-qu’on étudie sérieusement la personnalité du sujet admis au postulat (service de psychologie et d’orientation); qu’on vérifie particulièrement son degré d’ouverture intellectuelle, son sens social et sa possibilité de maturation spirituelle.- les Supérieurs : - que les supérieurs fassent faire par des religieux spécialisés ( psychologue, sociologue, etc .) une enquête sérieuse et complète sur le recrutement, les maisons de formation et la persévérance.-
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