La vie des communautés religieuses /, 1 octobre 1966, Octobre
© des communautés religieuses Le gouvernement des communautés religieuses en '66 OCTOBRE 1966 La VIE des communautés religieuses • Revu© publiée par les RR.PP.Franciscains de la Province St-Joseph au Canada; paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, par fascicules de 32 pages; • La Direction est assurée par le R.P.Léonce HAMELIN, assisté d'une équipe de professeurs au collège théologique franciscain de Rosemont (Montréal); • On souscrit à la revue directement, sans l'intermédiaire des librairies ni des agences.En joignant une étiquette à toute correspondance administrative, vous facilitez notre travail; • Tout ce qui concerne la Revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 5750» Boulevard Rosemont Montréal 36 — TéL 259-6911 PRIX DE L'ABONNEMENT : $2.75 (pour tout pays) Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication La VIE des communautés religieuses OCTOBRE 1966 Vol.24, no 8 Léonce Hamelin o.f.m.Assemblée annuelle des Supérieures majeures 226 Compte rendu de l’Assemblée d’après les notes fournies par le Secrétariat de la C.R.C.L’auteur donne, à l’occasion, une appréciation des conférences prononcées.Richard Bergeron o.f.m.Communauté ’66 231 Le travail d’adaptation de la communauté '66 coîisiste dans un effort de fidélité à elle-même; et cette fidélité ne peut se réaliser que par l’intégration, dans les structures de la communauté, des valeurs nouvelles qui, elles, ont donné le jour à une nouvelle spiritualité et, par conséquent, à un nouveau type de chrétien et de religieux.Motu proprio Ecclesiae Sanctae (IIe partie) 245 Règles pour l’application du décret « Perfectœ caritatis » du Concile Vatican II.Consultation 255 Les livres 226 TIE RELIGIEUSE L'ASSEMBLÉE ANNUELLE DES SUPÉRIEURES MAJEURES Léonce Hamhlin, o.l.m.Collège franciscain de Théologie, 5750, Boul.Rosemont.Montréal.Près de 250 supérieures générales et provinciales des communautés religieuses du Canada se sont réunies à l’université Saint-Paul, à Ottawa, du 23 au 26 août dernier, pour la douzième Assemblée annuelle de la Conférence religieuse canadienne.La rencontre avait pour thème principal : « le gouvernement des communautés religieuses en 1966 », étudié à la lumière des orientations du Concile et des attitudes contemporaines.Quatre assemblées régionales, tenues à travers le Canada en mai et en juin derniers, avaient déjà permis d’amorcer la réflexion sur le sujet.Quatre conférences, suivies d’échanges de vues, ont développé le thème général.Le P.Richard Bergeron, o.f.m., a parlé de « la communauté religieuse en 1966 »; cette conférence était suivie d’un colloque sur «les jeunes religieuses en 1966 ».Le P.Jean-Gabriel Ranquet, o.p., a traité de «l’exercice de l’autorité après Vatican II», et les PP.Paul-Emile Pelletier et André Renaud, o.m.i., ont mis en lumière «l’expérience du récent chapitre général des Pères Oblats » *.Plusieurs décisions ont été prises au cours des réunions.Lors de la réunion de clôture, on a procédé au choix des responsables aux quatre postes du Conseil national de Direction sujets à l’élection cette année : Mère Saint-Paul, s.g.c., a été réélue présidente pour un second triennat ; Mère Noémi-de-Montfort, f.s., est la nouvelle secrétaire ; Mère Georgette Leduc, s.g.m., est la nouvelle tré-sorière ; Mère Marie-Claire-des-Anges, s.s.a., est réélue conseillère.Les Supérieures canadiennes ont décidé de tenir leur prochaine assemblée annuelle à Toronto, du 20 au 25 août 1967, chez les Sœurs de Saint-Joseph.Cette réunion se tiendra parallèlement au grand congrès international de théologie qui étudiera le thème de Ces notes sont rédigées d’après le compte rendu officiel de la C.R.C. ASSEMBLÉE ANNUELLE 227 la «théologie du renouveau dans l’Eglise».Les religieuses pourront alors profiter de la présence des meilleurs théologiens comme conférenciers à leur propre réunion.En séance plénière, on a aussi approuvé la formation d’une association nationale des religieuses conseillères de vocations, parallèlement à celles des frères et des prêtres déjà fondées.Une commission nationale établie l’an dernier regroupe ces trois secteurs.De plus, la proposition de la tenue, à l’automne, d’un congrès national des maîtresses de formation (postulat, noviciat, juniorat) a été acceptée.Lors de cette rencontre, on étudiera la possibilité d’établir un organisme permanent pour la préparation et le recyclage de ces religieuses.Déjà, en 1965, et en 1966, ont eu lieu des sessions intensives de dix jours où ces maîtresses de formation ont approfondi leurs connaissances de la vie religieuse, de la liturgie, de la bible et du droit canon.Durant ces assises, trois sujets ont particulièrement retenu l’attention : 1 — L’Union internationale des Supérieures générales Nous savons tous la récente création, à Rome, de l’Union internationale des Supérieures générales.La Rév.Mère Saint-Paul, présidente de l’Assemblée, a bien voulu exposer les origines et les activités de cette nouvelle association.Cette Union, dit-elle, répond à l'un des vœux du décret conciliaire Perfectœ caritatis qui insiste sur l’opportunité de ces groupements pour le bien des instituts religieux et pour un meilleur service de l’Eglise.Lors de sa récente rencontre à Rome, du 18 février au 2 mars, l’Union a étudié divers aspects du décret conciliaire sur la vie religieuse.Les participantes ont pu alors soumettre une centaine de propositions à la commission post-conciliaire qui s’occupe d’établir les normes d’application de ce décret.Nous avons retranscrit plus loin, du Motu proprio Ecclesiœ Sanctee, les paragraphes concernant la vie religieuse, où sont passées certaines de ces propositions.Avec une pointe d’humour, Mère Saint-Paul rapporta un propos entendu dans les milieux romains devant ce fait nouveau qu’était cette centaine de propositions soumises.« C’est hardi, mais assez équilibré .» Nous n’en doutons nullement, car nous avons une réelle confiance dans les religieuses, particulièrement ouvertes 228 VIE RELIGIEUSE aux problèmes majeurs des communautés ; elles sont, comme l’Eglise entière, totalement aux écoutes de l’Esprit.Nous avons foi que l’Union réalisera sûrement son but qui est « la collaboration fraternelle et efficace des supérieures générales de toute l’Eglise, en vue d’une mise en commun de leur expérience, d’une étude des problèmes actuels de la vie religieuse et d’une coopération bienveillante des instituts à des réalisations d’intérêt général ».Avec nos lecteurs, nous souhaitons que Mère Saint-Paul vienne bientôt exposer dans ces pages l’esprit qui préside aux assemblées de l’Union internationale des Supérieures générales.2 — L’autorité clans les communautés religieuses C’est au R.P.Jean-Gabriel Ranquet, o.p., que revenait de traiter de l’exercice de l’autorité après Vatican II.Le conférencier dit d’abord que l’effort de réflexion et de renouveau qui accompagne le récent- Concile doit nous trouver remplis de paisible et joyeuse espérance.Il ne faut pas esquiver les questions qui se posent, sinon ces questions pourriraient en nous et nous pourriraient.Parmi ces questions, une des plus brûlantes pour des supérieures majeures, générales ou provinciales, est l’exercice de l’autorité.Comment, après Vatican II, exercer l’autorité dans nos communautés religieuses ?Il n’y a pas de recettes toutes faites, mais le conférencier soumet quelques idées-forces sans lesquelles rien ne pourra se faire.Une autorité plus évangélique.— Dans l’Eglise, l’autorité a un tout autre style (parce qu’elle a une tout autre portée) que dans la société temporelle.C’est ce qu’affirme nettement le Seigneur dans l’évangile : « Pour vous, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert» (Le 22, 26).Celui qui détient l’autorité est comme le sacrement vivant du Christ-Chef.Or, le Christ s’est mis à notre tête comme le Serviteur.Au soir de la Cène, il lave les pieds de ses apôtres et leur explique, comme le rapporte l’évangéliste saint Jean, que c’est ainsi qu’ils devront exercer le pouvoir inouï qu’il va leur donner, en faisant d’eux ses apôtres.Certes, l’autorité de la supérieure religieuse n’est pas du tout celle du prêtre ou de l’évêque, mais son autorité ne peut que s’exercer comme celle du Christ : l’humble service fait de pauvreté d’âme, de transparence à Jésus-Christ.En même temps, le Révérend Père A SSEMBL ÉE ANNUELLE 229 Ranquet souligne la nécessité pour la supérieure d’être magnanime.Service n’est pas asservissement.Elle doit aussi avoir l’humilité de la dernière place, elle rend à ses sœurs le service de les gouverner.En tout cela, elle doit rendre présent le Ghrist Serviteur et Seigneur.Alors, son autorité aura un bon goût d’évangile.Une autorité qui favorise la maturité humaine.— L’adolescence et la sénescence peuvent menacer nos communautés : l’adolescence qui se traduit par l’agressivité, l’anarchie, la présomption, le mal du siècle; la sénescence qui se traduit par le durcissement, une fixation sur une pseudo-fidélité et qui laisse échapper la grâce du siècle, celle qui s’est exprimée dans le Concile.Là contre, la supérieure religieuse doit tout faire pour favoriser la maturité humaine de ses religieuses : une maturité du regard par une formation biblique, doctrinale, spirituelle, et le développement de la lucidité ; une maturité du cœur en stimulant l’oblativité, l’amour qui donne, et non l’amour qui prend, et en développant l’espérance; une maturité de l’action, dont les exigences s’appellent compétence, efficacité, réalisme et collaboration.Une autorité qui aide à une vraie liberté chrétienne.— N’oublions pas que le Vendredi saint de l’obéissance ne consiste pas à supprimer la décision du sujet, mais à introduire dans la décision du sujet l’amour crucifiant de Jésus-Christ.Si on tue la liberté, on tue l’amour.La liberté de nos sœurs, il ne s’agit pas de la massacrer mais de la consacrer ; de lui donner un régime pascal, qui doit aboutir à la mise en place de l’être nouveau.Ce qui veut dire qu’il ne faut pas commencer par parler mais par écouter, pour discerner ce que Dieu veut du sujet et de la communauté qui nous sont confiés.Ce qui veut dire qu’il ne faut pas redouter les différences d’opinion, mais voir en elles des complémentarités et non des oppositions.Ce qui veut dire qu’il faut donner dans les charges et les emplois des religieuses certaines marges d’indétermination, pour favoriser la créativité.Exposées par un conférencier de très grande expérience, ces paroles avaient de quoi émouvoir l’auditoire.Mais quelle que soit l’importance des idées-force émises, nous restons un peu sur notre appétit.11 est certain que l’autorité doit être évangélique, qu’elle doit favoriser la maturité humaine, qu’elle doit aider à une vraie liberté chrétienne, mais nous n’avons pas l’impression que ces idées se greffent sur une conception très profonde de l’autorité. 230 VIE RELIGIEUSE On dirait plutôt que ce sont là des concessions faites gracieusement par les supérieures pour assurer une obéissance plus facile.Nous aurions aimé que, dans les circonstances, le Révérend Père Ranquet exposât aux supérieures son sujet d’une façon plus approfondie.3 — La communauté religieuse en 1966 Ce sujet est de taille, car il ne s’agit pas seulement de décrire une situation de fait, mais d’établir des prospectives pour l’avenir.Et nous croyons que le Père Bergeron s’est fort honorablement tiré de sa tâche.« La tâche de la communauté religieuse en 1966 est un travail d’adaptation qui consiste dans un effort de fidélité à elle-même.Cette fidélité ne peut se réaliser que par l’intégration, dans les structures de la communauté, des valeurs nouvelles qui ont donné le jour à une spiritualité nouvelle et, par conséquent, à un nouveau type de chrétien et de religieux.» D’aucunes ont sans doute trouvé que le conférencier employait des termes très forts pour canaliser son idée.Il faut comprendre son procédé par mode de paradoxes.Les expressions qu’il utilise ne sont pas toujours à prendre au pied de la lettre mais doivent être interprétées dans un ensemble.Le Père Bergeron a bien voulu reprendre pour nos lecteurs les idées émises dans sa conférence.Nous les publions dans la présente livraison.Somme toute, cette assemblée générale des Supérieures majeures marque des points importants d’adaptation.Nous espérons que des fruits concrets suivront à brève échéance. COMMUNAUTÉ '66 231 COMMUNAUTÉ '66 Richard Bergeron, o.f.m.Collège franciscain de Théologie 5750, Boni.Rosemont.Montréal.Cet article ne se propose pas de décrire la forme que doit revêtir la communauté religieuse en 1966.Il ne s’agit pas non plus de présenter le portrait d’une communauté-modèle qui serait totalement adaptée à toutes les exigences de notre temps et qui en assumerait toutes les richesses.Ce serait jouer au prophète, au faux prophète, car il n’y a pas de communauté-type dont il faudrait reproduire l’exemplaire à l’infini.La communauté de demain sera une réalité polymorphe aux mille visages.Mon propos est plus modeste.Je voudrais traiter ici du travail que la communauté, nos communautés, doit accomplir en 1966 en vue du renouvellement qui s’impose à elle, si elle ne veut pas être condamnée à vivoter ou à mourir lentement dans un monde qui naît.1.Communauté et adaptation Comme point de départ, je poserai l’affirmation suivante : la tâche que la communauté '66 doit réaliser est un travail d’adaptation.Cette affirmation est une banalité ; elle enfonce une porte ouverte, je le sais.Tout le monde parle d’adaptation.Il faut s’adapter, se mettre à la page, suivre le courant, être dans le vent.Le véritable travail d’adaptation de la communauté '66 ne consiste pas à trouver des structures qui copient ou imitent celles du monde dans lequel nous vivons.S’adapter ne signifie pas devenir comme les autres, adopter les modes de penser et d’agir de tout le monde.L’adaptation n’a rien à voir avec ce mimétisme ridicule qui consiste à se mettre à la remorque des dernières nouveautés.L’adaptation n’est pas un effort d’identification au monde environnant par l’adoption de ses schèmes de pensée et de ses principes d’action.Une telle adaptation par imitation serait en définitive une sécularisation. 232 VIE RELIGIEUSE Le véritable travail d’adaptation de la communauté '66 ne consiste pas non plus à la doter de structures qui conviennent au milieu ambiant et à l’époque où nous vivons.Il ne s’agit plus, cette fois, d’une adaptation par imitation mais par complémentarité.Cette conception de l’adaptation propose de créer des structures qui, tout en étant différentes de celles du monde, lui conviendraient, un peu à la façon dont le style d’une maison s’adapte au paysage, en ce sens qu’ils se complètent et s’harmonisent bien.Le véritable travail d’adaptation ne consiste pas davantage à créer des structures plus aptes à favoriser l’œuvre que l’on veut réaliser.Ce travail d’adaptation partirait de la fonction, de la tâche que la communauté se propose d’accomplir.Cette fois, c’est le point de vue de l’efficacité qui prédomine.Sera adapté, ce qui rend possible un meilleur rendement.Cette tentation de l’adaptation selon le critère de l’efficacité est peut-être celle qui nous menace le plus, dévorés que nous sommes par le zèle de la maison de Dieu et de l’établissement du Royaume h Ces trois formes d’adaptation ne peuvent être que vouées à l’échec parce qu’elles partent toutes trois d’une référence à une donnée extérieure.Dans le premier cas, elle part d’un modèle auquel on se conforme (adaptation par imitation) ; dans le second, elle part d’un contexte auquel on veut s’intégrer (adaptation par complémentarité) ; dans le troisième cas, elle part d’une tâche que l’on veut réaliser (adaptation à base d’efficacité).Dans ces trois perspectives, c’est toujours en fonction d’une donnée extérieure que se fait l’adaptation, qu’elle est appréciée et jugée.Et l’être qui s’adapte est alors considéré en fait comme une réalité secondaire, dépendante et sans originalité propre.Ces trois formes d’adaptation impliquent un acte de sujétion à une chose extérieure à soi et conçue pratiquement comme plus grande que soi.L’adaptation paraît alors comme un acte de démission, d’aliénation de son être propre; et cela, d’autant plus que la réalité extérieure est en perpétuelle évolution autour de nous et qu’elle se transforme sans nous.Certes il y a des éléments valables dans les trois perspectives dont on vient de parler.Et tout travail d’adaptation doit les intégrer dans son effort, car il est évident que l’on ne peut s’adapter valablement sans une certaine référence à une donnée extérieure.(1) Cf.C.Bisaillon, L’adaptation et ses conditions, dans Lu vie des Communautés religieuses, 23 (1965) 35-46. COMMUNAUTÉ '66 233 Penser le contraire, ce serait tout simplement se fermer irrémédiablement sur soi et s’isoler sous une carapace hermétique qui finirait par étouffer tout germe de vie.Néanmoins, ces éléments restent tou jours très secondaires et ils n’influenceront que les formes concrètes d’adaptation.Jamais ils n’en seront les principes directeurs ou régulateurs; jamais ils n’en seront le point de départ ni la raison dernière.La seule adaptation véritable est celle qui se fait en référence non à une donnée extérieure, mais à l’être personnel que je suis.L’adaptation n’est pas la conformité à une norme extérieure, mais la conformité à mon être le plus profond.L’adaptation véritable est fidélité à soi-même.Il y a une fausse fidélité qui est destructrice, parce qu’elle enferme l’homme sur lui-même et le sclérose; cette fausse fidélité consiste à être attachée soit à certains principes adoptés une fois pour toutes, soit à une certaine image mommifiée que je me suis faite de moi-même, soit à une certaine idée que les gens se sont faite de moi.Cette fidélité, écrit Gabriel Marcel, tendait « à se réduire à un accord orgueilleusement maintenu entre moi et certaines expressions, certaines idées, certaines manières d’être auxquelles j’ai accolé l’étiquette miennes»2.Une telle fidélité serait en définitive une véritable aliénation.La vraie fidélité est tout le contraire de cette mort par asphyxie.Elle apparaît comme une réponse « à un certain appel intérieur qui m’enjoint de ne pas m’hypnotiser sur ce que j’ai fait, mais au contraire de m’en dégager, c’est-à-dire de continuer à vivre, par conséquent de me renouveler » 3.Cet appel est un impératif qui découle de l’exigence de ma propre personne et de ma propre existence.C’est un appel à une découverte continuelle et à une continuelle progression.L’homme peut refuser cet affrontement toujours nouveau avec lui-même et le monde, et s’enfermer dans un réseau de gestes mécaniques et de réactions stéréotypées qui le protège contre l’inconnu, c’est-à-dire contre la vie.Mais s’il refuse d’être demain tel que demain le sollicite, il aura le sentiment d’avoir été infidèle à lui-même.La fidélité, on le voit, est une donnée essentiellement dynamique.«Etre fidèle à soi-même signifiera qu’il faut sans cesse cher- (2) Homo Viator, Paris, 1944, p.181.(3) id„ p.179. 234 VIE RELIGIEUSE cher au-delà de ce que l'on a été et travailler à se faire autre et mieux que ce que l’on est.C ’est là la raison unique et profonde qui m’oblige à me transformer, à m’adapter.Le reste n’est que prétexte d’adaptation et non pas source d’adaptation.Ce n’est pas parce que les temps ont changé, parce que le monde s’est modernisé, parce que le Pape ou mes supérieurs le demandent que je dois m’adapter, mais parce que je dois être fidèle à moi-même » 4.C’est pour ne pas me trahir comme homme, comme chrétien et comme religieux que je dois sans cesse me remettre en question et sans cesse devenir un homme nouveau, un chrétien nouveau, un religieux nouveau.Cela ne se réalisera que si je ne suis pas refermé sur moi même ; mais suppose que le « je » soit ouvert au « nous » de la communauté; car il est évident que le «je» ne peut s’accomplir et se valoriser s’il se sépare d’autrui.Autrui, c’est-à-dire l’homme que je rencontre accidentellement et surtout celui avec qui j’entretiens des rapports continuels, est le moyen ou l’objet du mouvement par lequel la personne se valorise.Je ne peux pas me vouloir sans vouloir autrui et vice versa.« Il y a, écrit Mgr Nédoncelle, réciprocité des consciences.Elles sont l’une pour l’autre bien mieux qu’une cause occasionnelle de leur développement.Car nous nous associons un être par une sorte de suture spirituelle.M.Le Senne a employé pour exprimer cette solidarité et cette inflence mutuelle l’image des ‘frères siamois’.Nous ne nous constituons plus seuls; en étant fidèle à nous-mêmes, nous le sommes aussi d’emblée à un autre être que le nôtre » 5.Cela montre bien que tout ce que l’on a dit de l’individu vaut également pour la communauté des hommes qui la composent.Pour la communauté comme pour l’individu, la seule réforme valable ne peut être que fidélité à son être profond.S’il en est ainsi, si la fidélité est une donnée dynamique, il faut dire que le baptisé ne peut être fidèle aujourd’hui à son être chrétien que s’il se nourrit des valeurs que l’Eglise et le monde lui proposent aujourd’hui6.Ce serait une source d’infidélité à son (4) C.Bisaillon, art.cit., p.40.(5) M.Nédonchlle.De la fidélité, Paris, 1953, p.62.(6) La fidélité suppose toujours la foi en une valeur.Mgr Nédoncelle a bien étudié ce rapport de la fidélité à la valeur.Il a montré que ce rapport « ne peut se réduire à la proximité matérielle » et qu’il « n’est pas toujours réductible à un rapport d’imitation ».D’après lui, le vrai rapport de la fidélité à la valeur, c’est « le service que le sujet offre à la valeur », c’est-à-dire l’offrande ou le don de son activité.Ce don implique que « la COMMUNAUTÉ '66 235 être chrétien que de refuser de suivre la marche de l’Eglise et du monde à mesure qu’elle progresse, et de se river avec entêtement à des notions passées et souvent dépassées.La vraie fidélité du religieux consistera donc à devenir sans cesse un homme nouveau.Au niveau de l’individu, s’adapter veut dire : assumer les valeurs nouvelles dans sa vie personnelle.Au niveau de la communauté s’adapter signifie intégrer ces valeurs nouvelles dans ses propres structures.L’adaptation étant fidélité profonde, le véritable travail de réforme de la communauté ’66, devra se faire à partir de ce qui s’adapte, c’est-à-dire à partir de la communauté et de ses membres.Ce travail consistera à s’ouvrir aux valeurs nouvelles et à les intégrer dans la structure de la communauté, ou mieux à faire jaillir des structures nouvelles à partir des valeurs nouvelles.Puisque l’adaptation est principalement une exigence de fidélité à soi-même, c’est donc à partir de ce que l’on est profondément qu’elle doit se faire.Et on ne peut être sans devenir soi-même ; et on ne peut devenir soi-même sans un travail de digestion ontologique, c’est-à-dire sans l’assimilation des valeurs qui nous entourent.C’est dire que le système d’une communauté resterait inadapté, si la structure nouvelle qu’on pourrait lui donner découlait d’une donnée extérieure et non d’une exigence interne de fidélité authentique, qui suppose toujours l’intégration des valeurs nouvelles.La question qui se pose alors est la suivante : quelles sont ces valeurs et où peut-on les découvrir ?Disons d’abord que les valeurs auxquelles je fais allusion sont celles qui ont été dégagées graduellement depuis près d’un demi-siècle, grâce aux recherches conjuguées de l’exégèse scientifique, de la liturgie, de la patristique, de l’œcuménisme, de la psychologie et de la sociologie religieuse, ainsi que de la réflexion philosophique et théologique.Ces recherches ont permis une compréhension renouvelée du mystère du Christ et de l’Eglise, ainsi que de l’attitude religieuse de l’homme en face de Dieu.Ces recherches ont mis en relief un certain nombre de valeurs dont les générations précédentes ont été plutôt inconscientes ou, en tous cas, sur lesquelles elles n’ont sûrement pas vécu.Et ces valeurs viennent d’être directement ou indirectement sanctionnées par l’autorité du Concile Vatican II.valeur est liée à l’être ».Le sujet traite la valeur comme un être vivant avec lequel il peut entrer en communion; si bien qu’être «fidèle à une valeur, c’est, dans la pratique, être fidèle à un être» (op.rit., pp.15-23). 236 VIE RELIGIEUSE Il ne saurait être question ici de dégager toutes ces valeurs nouvelles.Ce doit être la tâche première de la communauté ’66.Cette découverte des valeurs sera le résultat d’une fréquentation assidue des travaux des spécialistes et surtout des textes du concile.C’est à la suite d’une longue réflexion sur ces textes — et non à la suite de la lecture rapide comme on en peut faire au réfectoire — que la communauté ’66 découvrira les valeurs qu’il lui faut intégrer dans ses nouvelles structures, si elle veut que son adaptation soit valable.Voilà la grande tâche qui attend la communauté ’66.On a déjà perdu trop de temps dans des discussions interminables sur des détails de lingerie.Au lieu d’épuiser ses forces dans ces discussions secondaires, il serait plus urgent d’entreprendre un travail de découverte des valeurs que l’Eglise nous propose aujourd’hui.Il est évident que l’homme d’aujourd’hui — surtout le jeune — ne va pas à Dieu de la même façon que celui d’hier.Cela certes est dû à la transformation de sa mentalité et de sa psychologie, ainsi que de ses façons de penser et de sentir 7.Cela est dû surtout au fait que les valeurs nouvelles déterminent chez lui une vision de Dieu, du Christ, de l’Eglise et du salut qui conditionne nécessairement son attitude religieuse en face de Dieu, c’est-à-dire qui donne le jour à une nouvelle spiritualité.2.Une spiritualité nouvelle Spiritualité nouvelle ! Voilà un bien gros mot, et prétentieux ! Qu’on me comprenne bien.Il n’y aura jamais dans l’Eglise qu’une seule spiritualité : la spiritualité chrétienne.Cette unique spiritualité s’est exprimée au cours de l’histoire sous des formes différentes.C’est ainsi que l’on parle de spiritualités bénédictine, franciscaine, ignatienne.Notre époque assiste à la genèse d’une nouvelle forme de spiritualité.C’est en ce sens uniquement que l’on peut parler de spiritualité nouvelle.Disons, entre parenthèses, 21.Afin que les religieux participent plus intérieurement et avec plus de fruit au mystère de l’Eucharistie et à la prière publique de l’Eglise, et que toute leur vie spirituelle soit plus abondamment nourrie, l’on accordera plus de place à l’oraison mentale qu’à la multiplicité des prières vocales, tout en conservant les exercices de piété communément en usage dans l’Eglise et en veillant à ce que les membres de l’Institut soient formés avec soin dans les voies de la vie spirituelle.3.La mortification (P.C.5-12) 22.Les religieux ont, plus que les autres fidèles, à s’adonner à la pratique de la pénitence et de la mortification.Les observances pénitentielles propres à leurs Instituts seront, s’il y a lieu, révisées, en sorte qu’ils puissent effectivement les pratiquer, compte tenu des traditions de l’Orient et de l’Occident, ainsi que des conditions actuelles, et en adoptant aussi des formes nouvelles de pénitence en rapport avec le mode de vie d’aujourd’hui. 250 VIE RELIGIEUSE 4.La pauvreté ( P.C., 13 ) 23.Les Instituts, notamment par leurs chapitres généraux, développeront avec soin et d’une manière concrète l’esprit et la pratique de la pauvreté dans le sens du numéro 13 du décret Perfectæ caritatis, même en cherchant et appliquant, selon leur caractère propre, des formes nouvelles qui rendent aujourd’hui plus effectifs la pratique et le témoignage de la pauvreté.24.Il appartient aux Instituts à vœux simples de décider en chapitre général s’il convient d’introduire dans les constitutions la renonciation aux biens patrimoniaux présents ou à venir et, dans l’affirmative, si cette renonciation est obligatoire ou facultative et à quel moment elle doit être faite, c’est-à-dire avant la profession perpétuelle ou quelques années après.5.La vie commune ( P.C., 15 ) 25.La vie commune, si importante pour que les religieux établissent entre eux des rapports fraternels comme une famille unie dans le Christ, sera, dans les Instituts voués à l’apostolat, développée par tous les moyens dans un sens conforme à leur vocation propre.26.Dans ces Instituts, le règlement journalier ne peut souvent être identique dans toutes les maisons, ni parfois pour tous les membres dans la même maison.Mais il sera toujours établi de manière qu’en dehors du temps consacré aux occupations spirituelles et au travail les religieux aient des moments à leur propre disposition et qu’une part convenable soit faite à la détente.27.Les chapitres généraux et les synaxes rechercheront comment les religieux appelés convers, coadjuteurs, ou autrement désignés, obtiendront graduellement, pour des actes déterminés de la communauté et dans les élections, la voix active et même, pour certaines charges, la voix passive.Ils seront ainsi en réalité associés étroitement à la vie et aux œuvres de la communauté, et les prêtres pourront vaquer plus librement à leurs propres ministères.28.Dans les monastères où l’on sera arrivé à n’avoir qu’une classe de moniales, les constitutions définiront les obligations chorales en tenant compte des diversités que crée pour les personnes la variété des tâches et des vocations.29.Les Sœurs attachées au service extérieur du monastère, appelées oblates ou d’un autre nom, seront régies par des statuts MOTü PROPRIO 251 spéciaux, qui tiendront compte et de leur vocation non exclusivement contemplative, et des exigences de la vocation des moniales avec lesquelles elles vivent conjointement sans être elles-mêmes des moniales.La supérieure du monastère a le grave devoir d’avoir soin d’elles, de leur donner une formation religieuse adaptée, de les traiter avec une vraie charité et de favoriser entre elles et la communauté des moniales des liens fraternels.6.La clôture des moniales ( P.O.1 fi ) 30.La clôture papale des monastères doit être considérée comme une institution ascétique singulièrement cohérente avec la vocation propre des moniales : elle est en effet le signe, la protection et la forme particulièrement de leur retrait du monde.Dans le même esprit, les moniales de rite oriental observeront leur propre clôture.31.Cette clôture sera adaptée de telle sorte que soit toujours maintenue une séparation matérielle avec l’extérieur.Chaque famille religieuse, selon son propre esprit, pourra dans ses constitutions établir et préciser les règles particulières de cette séparation matérielle.32.La clôture mineure est supprimée.Les moniales qui s’adonnent constitutionnellement à des œuvres extérieures définiront dans leurs constitutions leur propre clôture.Celles qui, bien que contemplatives par état, ont assumé des œuvres extérieures devront, après un temps suffisant laissé à leurs délibérations, soit conserver la clôture papale et abandonner les œuvres extérieures, soit retenir celles-ci et définir dans ce cas leur propre clôture dans les constitutions, leur qualité de moniales restant sauve.7.La formation des religieux ( P.C!„ 18) 33.La formation des sujets, dès le noviciat, ne sera pas organisée de la même manière dans tous les Instituts, mais on tiendra compte du caractère propre de chacun.Dans sa révision et son adaptation, on fera place à des expériences suffisantes et prudentes.34.Les prescriptions du décret Optatam totius (sur la formation sacerdotale) seront fidèlement observées, avec les adaptations 252 TIE RELIGIEUSE convenables que requiert le caractère de chaque Institut, dans le programme de la formation des clercs religieux.35.La formation à poursuivre après le noviciat, d’une manière adaptée à chaque Institut, est absolument indispensable à nière adaptée à chaque institut, est absolument indispensable à tous les religieux, même contemplatifs.Pour les Frères des congrégations laïques et les Sœurs d’instituts consacrés à l’apostolat, elle se prolongera généralement pendant toute la durée des vœux temporaires, comme cela existe déjà dans plusieurs instituts, sous le nom de juniorat, de scolasticat ou une autre formule de même genre.36.Cette formation sera donnée dans des maisons qui s’y prêtent; et pour qu’elle ne soit pas purement théorique, on y adjoindra, en vue d’un apprentissage, l’exercice d’activités et de charges en rapport avec le caractère et les conditions propres à chaque congrégation, de telle sorte que les sujets s’insèrent progressivement dans la vie qu’ils auront à mener par la suite.37.Lorsque des Instituts ne peuvent, chacun pour son compte, fournir une suffisante formation doctrinale ou technique, il sera loisible d’y pourvoir par la collaboration fraternelle de plusieurs congrégations, en sauvegardant toujours la formation propre à chacune.Cette collaboration peut admettre des formes et des degrés divers : leçons ou cours communs, prêts de professeurs et même groupement de ceux-ci et contribution à une école commune fréquentée par les membres de plusieurs Instituts.Les Instituts dotés des moyens nécessaires prêteront volontiers leur concours aux autres.38.Après des expériences opportunes, il appartiendra à chaque Institut de rédiger son propre règlement adapté de la formation de ses membres.8.L’union et la suppression des Instituts (P.C., 21-22) 39.L’instauration d’une union de quelque nature qu’elle soit entre des Instituts suppose une préparation adéquate, spirituelle, psychologique et juridique, selon l’esprit du décret Perfectæ cari-tatis.A cette fin, il sera souvent opportun qu’un assistant, approuvé par l’autorité compétente, aide ces Instituts.40.Dans ces cas et ces circonstances, il faudra considérer le bien de l’Eglise, mais cependant tenir compte du caractère propre de chaque Institut et de la liberté de chacun de ses membres.41.Parmi les critères qui peuvent, après évaluation de toutes les données, intervenir pour se former un jugement sur la suppres- MOTE PROPRIO 253 sion d’un institut ou d’un monastère, l’on retiendra surtout et simultanément ceux-ci : le petit nombre des religieux comparé aux années de son existence, le manque de candidats depuis plusieurs années, l’âge avancé de la plupart de ses membres.S’il faut en venir à la suppression, l’on pourvoira à son agrégation, « si possible à un autre Institut, ou monastère plus florissant, dont le but et l’esprit, ne sont pas trop différents» (Perfectce caritatis, n° 21).Chaque religieux sera auparavant consulté et tout doit se faire dans la charité.9.Les Conférences ou Unions de supérieurs et supérieures majeurs ( P.C., 23 ) 42.Il sera fait en sorte que l’Union des supérieurs généraux et l’Union des supérieures générales puissent être entendues et consultées par l’intermédiaire d’un Conseil constitué auprès de la Sacrée Congrégation des religieux.43.Il importe extrêmement que les Conférences ou Unions nationales des supérieurs et des supérieures majeurs collaborent dans la confiance et le respect avec les Conférences épiscopales (cf.décr.Christus Do minus, n° 35, 5; Ad.gentes divinitus, n° 33).Aussi est-il souhaitable que les questions intéressant les deux parties soient traitées par des Commissions mixtes d’évêques et de supérieurs ou de supérieures majeurs.CONCLUSION 44.Les présentes normes, valables pour les religieux de l’Eglise universelle, laissent intactes les lois générales de l’Eglise, soit de l’Eglise latine, soit des Eglises orientales, ainsi que lois propres des Instituts religieux, sauf quand elles les modifient explicitement ou implicitement.Nous sommes heureux de vous présenter le texte du Motu proprio « Ecclesiœ Sanctce », contenant les règles pour Vapplication du décret « Perfectce caritatis » du Concile Vatican II; nous vous Coffrons dans la traduction établie par les soins de la, Congrégation des religieux à Vintention des Supérieurs généraux.Elle doit 254 VIE RELIGIEUSE remplacer la première traduction publiée hâtivement par l’« Osser-vatore Romano » qui, de Vaveu même de ce journal, comportait des inexactitudes sérieuses.Notre intention, au cours de Vannée, est de vous présenter une courte réflexion théologique sur les principaux sujets abordés dans le texte, et cela dès le mois prochain.Nous parlons de réflexion théologique et non simplement de commentaire.Le commentaire peut apporter une lumière, la réflexion théologique veut approfondir davantage les valeurs surnaturelles de la vie consacrée.La théologie de la vie religieuse est en voie de progrès, d’abord parce que des théologiens éminents se sont appliqués, en ces dernières années surtout, à Vétude de ces valeurs du Royaume, aussi parce que les religieux eux-mêmes sont de plus en plus ouverts à ces données essentielles.Le simple commentaire risquerait encore d’arrêter l’élan.Le Concile a marqué un point de départ mais n’a pas voulu fixer la doctrine une fois pour toutes.Il importe de poursuivre la réflexion, de profiter toujours davantage du souffle de l’Esprit.Plusieurs théologiens canadiens nous ont déjà promis leur appui; nous les remercions à l’avance de leur fraternelle collaboration.Soyez clés nôtres.MISE AU POINT Des imprécisions se sont glissées dans un article que nous publiions en mai 1966, sous le titre : Des Frères deviendront prêtres.En comparant les Clercs de Sainte-Croix et les Clercs de Saint-Viateur avec les Frères Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, nous faisions erreur.Ces communautés sont totalement différentes : dans les deux premières, il y a collaboration entre Pères et Frères sur le plan même de l’enseignement; dans la troisième, les Pères sont au service spirituel des Frères.Nous nous excusons de notre méprise, et nous espérons que les religieux de ces deux instituts ne nous en garderont pas rancune ! Nous les remercions grandement de nous avoir signalé nos imprécisions.N.D.L.R. CONSULTATION 255 CONSULTATION Nous trouvons dans quantité de revues et de journal un nombre incalculable d’articles sur la vie religieuse.Je vous avoue que ces écrits disparates et contradictoires, à la longue me dépriment.J’en arrive à douter de ma vocation et de la valeur de la vie consacrée.Pourqitoi, subitement, tant d’intérêt et de critiques autour de la vie religieuse ?Il est difficile de porter un jugement global sur cette abondante littérature.A priori, il serait injuste de tout condamner.Plusieurs de ces articles ont été écrits avec une bonne volonté évidente, mais leurs auteurs n’ont pas toujours eu les renseignements suffisants pour écrire avec justesse; on dirait aussi que le ton n’a pas toujours été dosé en prévision des lecteurs éventuels.On devrait savoir que la majorité des laïcs n’ont pas toutes les connaissances voulues pour prendre parti dans le tournoi, et il est presque inévitable que la tournure pamphlétaire, dans un journal populaire, ne cause plus de mal que de bien.Le religieux qui écrivait dans Le Devoir du 5 avril dernier affirmait qu’il avait simplement voulu provoquer une saine réaction.Nous comprenons qu’une vigoureuse gifle dans la figure, reçue dans un moment de crise hystérique, peut avoir un bon effet, mais c’est tout de même y aller un peu fort que de croire nos communautés en état d’hystérie.Ont-elles tellement besoin, actuellement, d’être ramenées au réel ?Elles sont bien éveillées aux problèmes que leur pose leur vie consacrée, face à l’évolution contemporaine.Si les supérieurs, comme les sujets, sont souvent désemparés, c’est précisément à cause de leur perception lucide des problèmes et non en raison de leur assoupissement collectif.A vouloir toujours frapper dans le même sens, par une condamnation unilatérale des coutumes passées, on provoque le doute, le découragement et, souvent, l’infidélité.Qu’on essaie donc maintenant de suggérer des solutions.Mais pour cela il faut du temps, de la maturation.Les solutions se découvrent dans le calme, l’attention portée au souffle de l'Esprit-Saint.C’est de cette façon qu’a évolué le Concile.Si les hauts cris ont été jetés au moment des débats préliminaires, les décrets ont dégagé des principes que le Motu proprio Ecclesiae Sanctae essaie maintenant de faire passer dans des réalisations concrètes.Les communauté religieuses, comme l’Eglise, pleines de confiance, s’attachent à découvrir le dessein de Dieu dans l’évolution actuelle des temps.La parole de Dieu continue de se faire entendre aux foules contemporaines; nous n’en sommes plus à la conception d’un dépôt de vérités, possédées une fois pour toute, qu’il suffit de précieusement garder.Les Instituts à tour de rôle aèrent leurs Constitutions, avec cette évidence qu’ils auront à recom- 256 VIE RELIGIEUSE mencer, une fois leur travail terminé.Sur cette terre en révolution, nous ne parviendrons pas — comme on l’a peut-être cru dans le passé — à nous établir en permanence.Nous sommes en perpétuel état de recherche.Ne nous affolons donc pas de cette multitude d’écrits.Réjouissons-nous, au contraire, de constater que la vie religieuse suscite encore tant d’intérêt et que ceux qui la critiquent prouvent par là même leur conviction de ses valeurs profondes.Lisons cette littérature, si l’on veut; triturons-la à notre tour pour en découvrir le stimulant bienfaisant qui nous forcera peut-être à réfléchir, et sûrement à ne pas nous enliser dans une bonne petite vie bourgeoise sous prétexte que nous nous sommes données à Dieu au jour de notre profession religieuse.On dit qu’il faudrait des religieux compétents pour dirimer les doutes, pour répondre aux accusations, pour dire enfin une bonne fois ce qu’est la vie religieuse.Ça ne ferait sûrement pas de tort, et ceux là auraient beaucoup à faire.Mais le danger, c’est que les réponses tournent à l’apologie, et l’apologie n’a pas bonne presse de nos jours.La presse à sensation, comme le courrier du cœur, est à la mode; la photo d’une religieuse avec un bâton de baseball en mains bouleversera plus de gens que celle d’une religieuse à son prie-Dieu, même si, en fin de compte, les deux sont au service de l’humanité en pérégrination vers le Père.Que toute la littérature actuelle nous porte donc à approfondir les valeurs de notre vie religieuse.Nous serons ainsi, avec l’Eglise, en état de recherche du Royaume.Et c’est l’essentiel ! Léonce Hameljn, o.f.m., Directeur NECROLOGIE LES FRERES DE SAINTE CROIX : Fr Urgel Tetrault, Fr Yves Bazinet, Fr Laurentin Ques-nel, Fr Ludovic Valois.— LES FRERES DES ECOLES CHRETIENNES : Fr Philip Alexander (Georges Dussault.— LES FRERES MARISTES : Fr Lorenzo Paul Thibaudeau.— LES FRANCISCAINS : P.Martin (Joseph Dietrich).P.Hubert (Clovis Perron).— LES SOEURS DES SS.NN.DE JESUS ET DE MARIE : Sr Mary Joanna (Augusta Harnett, Sr M.Léopold de Jésus (Laurette Archambault).Sr Stanislas de M.(Emélie Provost), Sr Dolorès de M.(Lucienne Beaudry).— LES SOEURS DE LA CHARITE DE MONTREAL : Sr Eva Beaupré-Lapierre, Sr Ste-Germaine (M.A.Berthiaume, Sr M.Louise Pelland (Florestine), Sr Delvina Bélanger.— LES SOEURS DE STE ANNE : Sr M.Anne Agnès (Agnès Lauzon), Sr M.Mathilde du S.C.(Justine Beaulieu), Sr M.Crescence (Fabiola A.Bourbonnais).— LES SOEURS DE LA PROVIDENCE : Sr Alexis de la Croix (Anna Bastien), Sr M.Justa (Amédéla Montfils).— LES SOEURS DE MARIE REPARATRICE : Sr M.de la Bse Antoinette (Blanche Ferland), — LES SOEURS DE LA CHARITE DE S.LOUIS : Sr M.de Liguori (Thérèse Latulippe).— LES SOEURS DE LA CHARITE DE S.HYACINTHE: Sr Sophie (Régina Beauchemin).— LES SOEURS DU BON CONSEIL : Sr Ste Lise (Géraldine Munger).— LES PETITES SOEURS DE LA STE FAMILLE : Sr S.Jean de Dieu (Marguerite Desroches).— LES SOEURS MISS.DE L’I.C.: Sr M.de Ste Gertrude (M.Louise Boulanger). LES LIVRES Donum Dei.N.11 : Appel de tous à la sainteté et vocations religieuses.Assemblées plénières de 1965.Recensement des Religieuses du Canada.Conférence Religieuse Canadienne, Ottawa 1966.390pp.Le présent cahier de la Conférence Religieuse Canadienne offre les textes des conférences données aux Assemblées pléniaires de 1965.Il présente ensuite une section de « documents », comprenant les deux chapitres de la Constitution sur l’Eglise qui ont spécialement inspiré les Assemblées de l’année, ainsi que deux études, dont l’une du T.R.P.Anas-tase-du-T.S.Rosaire, o.c.d., et du R.P.Bernard Besret, s.o.cist., parus respectivement dans Vocation religieuse et Monde moderne et Les Religieux aujourd’hui et demain.Le cahier se termine avec le Recensement des Religieuses du Canada.Il nous tardait de prendre directement contact avec les textes qui ont inspiré et nourri les rencontres des Supérieurs majeurs à l’été 1965.Nous regrettons seulement qu’ils soient parus si tard; comment ces textes peuvent-ils aider à poursuivre le travail amorcé, au moment où les Supérieurs majeurs sont pris par un nouveau thème de préoccupation?Pour notre part, nous aurons occasions de revenir sur ces textes.Les documents de Vatican II sur les religieux trouvaient logiquement leur place en appendice du cahier, d’autant plus que les conférences avaient été rédigées entre la troisième et la quatrième session du Concile, au moment où venait d’être promulguée la Constitution dogmatique sur l’Eglise, mais où manquaient encore beaucoup de décrets dont celui de la rénovation adaptée de la vie religieuse.Quant aux conférences des PP.Anastase-du-T.S.Rosaire et Bernard Besret, nous nous de- mandons ce qu’elles viennent faire là.Le Recensement des Religieuses du Canada indiquera sûrement une voie d’avenir pour un centre national de vocations et pour une pastorale d’ensemble à l’échelle de la nation.Mais sa nature et son importance, ainsi que l’interprétation subséquente qu’en ont donnée M.Marc-A.Lessard et le P.Jean-Paul Mont-miny, o.p., auraient mérité la publication dans un cahier spécial.Nous avons l’impression que le Secrétariat de la C.R.C.a voulu faire quelque chose d’imposant par son nombre de pages.Pourtant ! Les premiers textes ont déjà une importance en eux-mêmes; ils valent par la doctrine qu’ils nous présentent.Le Recensement des Religieuses est une œuvre colossale qui servira à éclairer le problème des vocations pour des années à venir.Utilisons l’un et l’autre; ils constituent une richesse.Da Câmara, Louis Gonçalves, Mémorial 1555.Traduit et présenté par Roger Tandonnet, s.j., Coll.Chris-tus, n.20 - textes.Desclée de Brouwer 1966.288pp.$6.35 A Rome, en 1555, un des jeunes compagnons d’Ignace de Loyola, le Portugais Louis Gonçalves de Camara, note jour après jour le sujet de ses entretiens avec le Fondateur de l’ordre naissant: telle est la matière qui constitue ce Mémorial dont le P.Tandonnet procure aujourd’hui la première édition française.Par sa date, précisément l’année qui précède la mort du Fondateur, par la personnalité de son auteur, par les circonstances de sa composition et par les faits qu’il relate, ce texte prend immédiatement place à côté du Journal Spirituel de l’Autobiogra- phie ou des Lettres.Plus que ces autres documents peut-être, il permet de mieux connaître Ignace de Loyola: ce qui se révèle ici, en effet, est quelque chose de spontané, d’immédiat, quelque chose du visage humain de saint Ignace.Haring, B., Zarncke, L., Hansemann, G., Pédagogie de la confession.Problèmes et solutions.Coll.Pastorale.Edit.Salvator, Mulhouse 1966.140pp.Tous les prêtres du ministère, tous les aumôniers, tous les catéchistes sont actuellement en face du grave problème de mettre à la portée des fidèles le sacrement de la miséricorde divine.La préparation à la première confession, l’utilisation régulière du sacrement de Pénitence, la formation de la conscience exigent, en raison de la mentalité moderne, de révolution du milieu, et des distractions nombreuses, une intervention attentive de tous ceux qui ont charge d’âmes.Dans l’esprit de Vatican II, les auteurs mettent au service de leurs lecteurs des renseignements précieux, fruits d’une longue et vaste expérience.Si les sacrements sont faits pour les hommes, c’est certainement le sacrement de Pénitence qui a le plus besoin d’être rehaussé dans l’estime de l’homme moderne et d’être présenté d’une façon neuve et réconfortante à tous les chrétiens, en les habituant, dès leur jeune âge, à voir dans la confession une des marques les plus attachantes de l’amour de Dieu pour les créatures.Maertens, Thierry et Jean Frisque, Guide de l’Assemblée chrétienne.T.IV: du 1er au 14e dimanche après la Pentecôte.Edit.Caster-man, Paris 1966.232pp.La Constitution sur la liturgie, promulguée au Concile en décembre 1963, demande aux prêtres d’attacher une grande importance à la préparation de l’homélie et du commentaire, et elle rappelle à tous les chrétiens la valeur des textes liturgiques pour l’alimentation et l’approfondissement de leur vie de foi.C’est pour aider les uns et les autres qu’a été conçu ce Guide (en 5 tomes).En particu- lier, ceux qui utilisent le nouveau Missel de l’Assemblée chrétienne y trouveront un instrument de travail indispensable.Par la richesse et l’unité de la démarche qu’il propose, le Guide de l’Assemblée chrétienne aidera prêtres et laïcs à découvrir toujours plus à quel point la célébration de l’Eucharistie doit être au centre de toute la vie chrétienne et missionnaire.Une équipe de Fils de la Charité, L’équipe sacerdotale.Coll.Recherches pastorales, n.19.Edit.Fleu-rus, Paris 1966.216pp.La « recherche pastorale », si urgente et si complexe pour l’évangélisation du monde, aujourd’hui, ne se limite pas au domaine des techniques apostoliques.Il n’y a pas de pastorale sans pasteur.On s’interroge beaucoup actuellement sur le prêtre, sur la réalité de son sacerdoce, sa raison d’être, son style de vie, sa mission apostolique.La présente brochure veut décrire l’un des aspects majeurs d’une vie sacerdotale qui se veut pastorale: L’EQUIPE.Travail de religieux Fils de la Charité, certes; mais la caractéristique originale de leur ministère est que ces religieux partagent en tous les points, là où ils sont envoyés, les perspectives pastorales, les difficultés et les joies des prêtres diocésains.Plus « témoignage » que « théorie », cette brochure révèle le dynamisme d’un sacerdoce qui s’exprime en équipe et s’appuie sur elle.Le découvrir est une grâce qui n’échappera pas au lecteur attentif.Le Nouveau Testament: les quatre Evangiles.Traduction du chanoine Osty et de M.J.Trinquet.Ed.Salvator, Mulhouse 1965.470 pp.Cette traduction du chanoine Osty, déjà reconnue comme excellente, a été reprise avec l’aide de M.Trinquet.Elle a été complètement remaniée.Le texte est précédé d’une introduction et accompagné de notes plus nombreuses qu’auparavant.On a voulu utiliser de gros caractères, ce qui rend la lecture plus facile et plus attrayante.Des cartes de Palestine complètent cette très belle édition.
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