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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1973-02, Collections de BAnQ.

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2 FÉVRIER 1973 ia vie des communautés religieuses ABONNEMENTS -au Canada et aux États-Unis .$5.00 - à l’étranger par voie de surface .$6.00 -à l’étranger par voie aérienne .$9.00 La Revue est publiée tous les mois, sauf juillet et août.ADMINISTRATION La Vie des Communautés religieuses est publiée par les Franciscains de la Province Saint-Joseph au Canada.La Direction est assurée par Laurent Boisvert, o.f.m., assisté de Léonce Hamelin, o.f.m.et René Baril, o.f.m.Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles.Responsable du secrétariat : Thérèse Léger, s.s.a.On souscrit directement à la revue, sans l’intermédiaire des librairies ou des agences.Tout ce qui concerne la revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : La Vie des Communautés Religieuses 5750, boul.Rosemont Montréal 410, Canada Tel.259-6911 La VIE des communautés religieuses Février 1973 Vol.31 —N° 2 G.Cusson, s.j.J.-M.R.Tillard, o.p.Chasteté consacrée, vie sexuelle et affective .34 La vie sexuelle et affective trouve son accomplissement normal dans des gratifications au niveau des puissances sexuelles et affectives, en contexte humain relationnel.La sublimation consiste à poursuivre cet accomplissement à un autre niveau qui a pouvoir de polarisation sur les mêmes énergies de la personne.D’après l’Évangile et le témoignage de la vie de Jésus lui-même, c’est pour le Royaume qu’on peut choisir l’état du célibat, le «célibat consacré».Pourquoi se faire religieux ?.48 Suivant que le mot « pourquoi » désigne l’objectif visé ou le point secret du mystère personnel d’où jaillit le désir d’atteindre cet objectif, la réponse variera de profondeur.Dans le second sens du «pourquoi», la vie religieuse est la confession verbale et existentielle de Jésus-Christ comme celui dans lequel Dieu lui-même répond à l’attente de l’homme, d’une façon qui fait de lui l’unique nécessaire.Rencontre avec une fraternité .55 Les livres CHASTETÉ CONSACRÉE VIE SEXUELLE ET AFFECTIVE Dans une problématique du charnel et du spirituel Il serait possible de poser le problème dont je veux parler par la seule énumération des termes qui concernent la réalité en question.En effet, un certain vocabulaire courant suffit à faire voir la complexité de cette réalité : chasteté et sexualité, intégration, refoulement et sublimation, charité, amour et vie affective, mariage et célibat consacré, psychisme, vie spirituelle et foi, milieu sociologique, relations interpersonnelles et vie religieuse communautaire.Ce sont là autant d’éléments concrets, tirés du vécu des personnes, qu’il faut respecter et avec lesquels nous devons compter si nous voulons apporter quelque lumière sur le sujet du célibat consacré : ce célibat que je voudrais replacer dans son contexte de vie humaine plus globale, psychologique et spirituelle.C’est pourquoi, au point de départ de ces réflexions, il m’apparaît important d’insister sur cette double dimension de notre existence humaine : charnelle et spirituelle.Éliminons d’abord, à ce sujet, toute forme de dualisme au sens de distinction entre deux réalités autonomes ; selon la conception biblique de l’homme, il s’agit là de deux dimensions — entre autres — de l’unique réalité que nous constituons.Nous sommes, en effet, des « êtres charnels » c’est-à-dire corruptibles, fragiles et périssables, contingents, transitoires ou « éphémères », comme dirait le Petit Prince ; et, en même temps, nous nous révélons des « êtres spirituels », libres et créateurs, participants d’une sorte de transcendance, d’immortalité — comme la pensée que nous incarnons dans le verbe.En langage contemporain, ces dimensions s’expriment en termes de rapports divers que la même et unique personne entretient avec le monde qui l’entoure ; ces rapports proviennent de structures constitutives et complémentaires dans l’être humain.La conception biblique insiste sur une troisième dimension qui caractérise l’homme tout autant que ne le fait son rapport naturel, charnel et spirituel, au monde visible : c’est le don gratuit de son être-à-Dieu.Cette troisième dimension instaure un autre rapport, une nouvelle 34 relation: celle que l’homme nourrit librement, dans la foi, à Dieu se révélant en alliance intime d’amour et de communion avec l’homme et le monde.Ce rapport nouveau peut même modifier (ou influencer) le premier rapport spontané de l’homme au reste du monde.Or, comme le célibat consacré dont nous parlerons se situe chez nous, le plus souvent, en contexte de vie religieuse, il serait incomplet, et facilement fautif, de ne pas l’examiner à la lumière de cette conception plus totale de l’être humain : charnel et spirituel au sens naturel et révélé de ce second terme.L’expérience nous enseigne toutefois qu’il est facile de pécher par les extrêmes dans ce domaine.Ne reproche-t-on pas au passé, non sans motifs, d’avoir « désincarné » la pratique de la chasteté religieuse, en négligeant un certain travail d’intégration sexuelle et psychologique nécessaire à l’harmonie du développement humain?D’autre part, il arrive déjà souvent, aujourd’hui, que ce travail d’intégration qu’il faut récupérer, plafonne vite lorsqu’il ignore (ou en fait abstraction) cet autre terme d’intégration qu’une foi vivante devrait expliciter comme élément essentiel de l’expérience et de l’existence religieuse chrétienne: la relation à Dieu.Que l’on ampute la réalité par l’une ou l’autre de ses extrémités, elle n’en boitera pas moins.La vie se situe au cœur le plus vrai de la vérité, et vice versa.Et de même que le « psychologique » se trouve à la jointure du charnel et du spirituel, de même le « surnaturel » trouvera toujours son lieu réel d’implantation au cœur du charnel-spirituel de notre être humain.Aussi, est-ce en tenant compte exactement de cette réalité unique et complexe que nous apprendrons à resituer les nombreux éléments énumérés plus haut (cf.premier paragraphe) et à respecter leurs rapports dynamiques et créateurs dans l’histoire d’un homme.Le couple « chasteté-sexualité » Le mot « chasteté » a pu prendre, selon les oreilles « culturelles » qui l’on entendu, différentes colorations : morale, spirituelle, pieuse, ascétique ou angélique.La réalité n’en reste pas moins importante.Seul l’homme qui renoncerait à avoir des comportements « humains », en matière de sexualité, pourrait se vanter de n’avoir rien à voir avec la chasteté ! Car, dans son sens le plus concret, la chasteté n’est rien d’autre, pour l’homme, que l’ordination de sa vie sexuelle.Mais cette ordination se réalise toujours en contexte psychologique et sociologique précis: c’est-à-dire selon des mécanismes et des dynamismes donnés et 35 dans un réseau de rapports entre personnes dont les situations peuvent varier indéfiniment.Si nous voulons donc retrouver le sens positif de cette ordination que signifie la chasteté, il nous faut d’abord remonter à la racine de nos activités sexuelles, jusqu’aux dynamismes premiers que manifestent les « pulsions instinctuelles ».Les pulsions sont aveugles Il en est de la pulsion sexuelle comme des autres pulsions.Qu'il s’agisse d’instinct de conservation, de défense ou d’agressivité, et de reproduction, les pulsions sont toujours, à leur état naturel, des mouvements primaires, aveugles, déclenchés par ce qui en devient normalement l’objet immédiat.Si elles peuvent aussi exister un peu à l’état pur — sorte de « mouvements continus » sans objet immédiat, où les tendances et tensions sont comme en appétit indistinct de satisfaction — il reste que c’est l’apparition de l’objet, dans les phantasmes ou dans la réalité, qui cristalise la « tendance » en mouvement pulsionnel identifié et déclenche le processus de recherche de satisfaction, de gratification.A moins d’être régularisé par d’autres mécanismes aveugles (par voie innée ou par voie de « domptage »), l’instinct engage directement Y animal à la conquête de sa gratification : il mange, dévore, tue, détruit, se reproduit, se sauve, protège, etc.Il n’en va pas de même pour Yhomme.Rejoint dans ses racines mêmes, l’homme total se trouve normalement interpellé par la vie et les appels de l’instinct: intelligence et volonté d’une part, mais aussi intuition, sensibilité, éducation et culture, mémoire « existentielle » et expérience, motivations, goûts, foi, passions et liberté.En un mot, c’est l’être humain dans son unité qui est appelé à régulariser ou ordonner les pulsions spontanées de ses instincts.Et il le fait toujours dans un contexte psychologique et culturel plus ou moins heureux, déficient, équilibré.L’ordination de l’instinct se réalise alors à des degrés divers auxquels correspondent des phénomènes qu’on nomme intégration, refoulement, renoncement subi ou consenti —, gratification, sublimation.De plus, à ce contexte psychologique qui favorise une ordination humaine plus ou moins réussie des pulsions instinctuelles, il faut ajouter l’élément « cadre de réalisation » qui situe différemment les rapports de l’homme à ses objets-sujets de polarisation.Par exemple, l’instinct d’agressivité se trouvera en position bien différente s’il se porte sur une 36 personne qui, par ailleurs, inspire ou commande le respect (un père, une mère, un supérieur.), ou sur un égal, un légitime compétiteur, ou sur un objet (matériel, animal).Le cadre sociologique — cette situation de rapports — importe beaucoup, on le verra, en matière de chasteté, d’ordination de la vie sexuelle.Certaines gratifications, en effet, s’avéreront peut-être possibles, voire faciles, tandis que d’autres seront pratiquement inaccessibles ou absolument interdites (ce qui n’empêchera nullement l’instinct d’en avoir l’appétit).De même la question des degrés ou niveaux de gratification pourra légitimement se poser.Ainsi, selon les cas, l’ordination conduira-t-elle à des réalisations bien différentes de la vie sexuelle et affective, de l’accomplissement de la personnalité.Ce sera, enfin, dans la mesure d’une ordination vraie de sa sexualité propre (dans la mesure donc d’une certaine qualité positive de sa chasteté) que l’homme apprendra à aimer: transformant par là en sujet autonome vrai, pleinement accueilli et non pour la bonne fortune de l’occasion — ce qui n’aurait été qu'objet pour l’instinct aveugle, ce mouvement spontané de captation et d’auto-satisfaction '.L'ordination de l'instinct sexuel C’est en tenant compte des deux composantes signalées, celle du fonctionnement de l’instinct (plan psychologique) et celle des rapports divers aux objets-sujets de polarisation (plan sociologique) qui affectent ce fonctionnement, que je voudrais maintenant réfléchir sur les modes possibles d’ordination de la sexualité.Ce qui m’amène, en d’autres mots, à parler des sortes de chasteté et du fonctionnement de l’instinct sexuel à l’intérieur de chaque catégorie.Je considérerai ici la chasteté — ou ordination sexuelle — du célibataire, jeune ou plus âgé, pour qui le mariage constitue une éventualité normale ; puis la chasteté conjugale et, enfin, la chasteté consacrée.Ces catégories s’éclairent de l’une à l’autre.Il est évident que dans les trois cas le point de départ est le même, c’est-à-dire que l’instinct agit d’abord, spontanément, de la même façon : il établit un contact.L’instinct sexuel éveille, sur le mode d’un certain attrait, à la présence d’une autre personne ; et cet attrait revêt un caractère spontané plus ou moins engageant, irrésistible.Mais ce mouvement « d’attirance » ne peut se maintenir au niveau aveugle et 1.Ce mouvement spontané, non réglé, saint Paul l’appelle « cupidité » ; il considère que c’est elle que l’on retrouve à «la racine de tous les maux» (1 Tim 6, 10).37 spontané où il se fait sentir, dont l’objectif serait alors la poursuite de sa gratification immédiate, captative et passionnelle.Situé en contexte humain et social, il est aussitôt rappelé à une certaine réserve.Avec cette réserve commence le travail nécessaire de l’ordination.En fonction du mariage Cette réserve peut être négative si elle n’est pas justifiée au niveau même du dynamisme de l’instinct, ou si elle se trouve commandée comme de l’extérieur, de façon plutôt moralisante, par un surmoi psychologique et sociologique.Le frein mis alors à la passion n’intègre pas le « renoncement » imposé à l’activité de l’instinct ; le mouvement spontané de ce dernier se trouve ainsi étouffé, « refoulé », ne trouvant pas d’expression valable ni de raisons-motivations entraînantes pour assumer le sacrifice de la gratification.Au contraire, dans un contexte humain plus conscient, plus respectueux de la réalité totale de l’homme, la pulsion pourra garder tout son caractère positif, et son dynamisme ne pas être refoulé ni éteint.Comment?Dans un premier temps, la pulsion ouvre une voie à l’amour, offrant la possibilité d’une démarche engageante de connaissance de plus en plus accueillante, intime, complète.Elle intègre alors — avec le goût même que suscite la passion orientée vers quelque chose de plus grand que la satisfaction immédiate — les patiences du temps qu’exigent nécessairement pour mûrir la connaissance vraie et l’amour respectueux.Alors la pulsion sexuelle, qui aurait pu se résorber dans un acte passionnel de captation ou être refoulée par un impératif non assumé, devient la base d’édification d’un amour appelé à tous les progrès, capable de toutes les grandeurs.Et ce qui n’aurait été, au terme, que satisfaction immédiate et passagère, se transforme en acte d’amour, en don et gratification réciproques, qui entraînent plus loin l’aimé et l’aimant.Si l’homme éduque son instinct dans la ligne même de son dynamisme le plus profond (celui qui l’ordonne au bien de toute la personne), son instinct l’éduquera, à son tour, à l’amour vrai qui est accueil et don.Dans la vie religieuse Ce qui vient d’être dit vaut pleinement pour la chasteté du célibataire qui évolue vers l’union conjugale en construisant une * relation amoureuse vraie, capable de maturation : dans cette relation amoureuse, les patiences sont consenties, les renoncements intégrés positivement en vue de gratifications qui dépasseront les satisfactions 38 captatives et les passions vite épuisées.Cela s’applique également au mariage réalisé où l’amour du couple doit reprendre les mêmes chemins pour évoluer, où l’instinct, pour être amour, doit retrouver les mêmes voies patientes d’humanisation (nous reviendrons plus loin sur ce point d’intégration de la sexualité dans le mariage).Mais il est assez clair qu’il n’en va pas tout à fait de la sorte quand il s’agit de « célibat consacré » où le fonctionnement de l’instinct, tout en restant le même, doit s’ordonner en vue d’autres fins, d’autres gratifications très différentes.Pourtant le point de départ reste le même.L’instinct continue, positivement, à réveiller des capacités d’amour qui doivent s’épanouir et donc évoluer vers des dépassements.Or, ces dépassements devront intégrer, non seulement des patiences, des lenteurs, des ajustements, mais jusqu’au renoncement à des formes d’accomplissement que le dynamisme même de l’amour suggère.C’est ici que le phénomène qu’on nomme « sublimation » intervient, au sujet duquel il ne faut pas se méprendre.Pour n’être pas qu’un mot ou le camouflage pieux de nos refoulements, la sublimation devra trouver des points réels d’insertion dans le dynamisme de l’instinct et, à partir de lui (n’est-il pas « instinct d’amour»?), se situer ultimement dans une ligne de plein accomplissement de l’être humain comme Dieu lui-même l’attend de nous.Qu’est-ce donc que cette sublimation?Dans quelles conditions dynamiques et affectives se réalisera-t-elle?Pour un bout de chemin, je crois que l’ordination sexuelle vécue à l’intérieur du mariage peut nous éclairer, où déjà des critères « spirituels » efficaces entrent en cause.Mais, pour la suite, pour aller jusqu’au bout, il nous faudra nous référer à des motivations, réelles et opérantes, qui, tout en s’enracinant dans notre être charnel-spirituel, nous entraînent vers l’horizon plus difficile de notre relation à Dieu, de Y expérience de Dieu.C’est là que se pose le problème de «la chasteté pour le Royaume», dont parle l’Évangile et dont Jésus lui-même a témoigné.La sublimation: sens et légitimité Théoriquement, ou en ne s’en tenant qu’au niveau des instincts en général, la sublimation ne fait pas tellement difficulté.Elle est un phénomène qui ressemble un peu à celui de l’intégration positive des renoncements que l’instinct consent dans la poursuite de sa gratification.Porté, en effet, par des motivations suffisantes, le non qui se trouve dit à la satisfaction immédiate de la pulsion ne correspond en rien à un refoulement de la pulsion ; toute l’énergie de l’instinct se relance à la 39 conquête de son objectif reporté plus loin et souvent embelli des transformations que laisse pressentir le cheminement exigé.La sublimation, qui intègre les mêmes renoncements, le fait cependant en vue d’une gratification qui ne sera plus de l’ordre même de la satisfaction de la pulsion.Les énergies instinctuelles devront être canalisées vers des réalisations d’un tout autre ordre.Il est bon de noter ici que c’est d’ordinaire la force de polarisation d’une autre structure d’être ou d’activité qui vient au-devant de l'énergie instinctuelle, s’en empare, l’utilise à sa façon au niveau plus global et diffus de toute la personne qui, en tant qu’être un, se trouve engagée à fond dans une voie signifiante de réalisation.On reconnaît, en psychologie, que la sublimation des diverses énergies instinctuelles — leur passage à un niveau de gratification autre qu’à celui de l’instinct concerné — se produit chez des personnes que captivent des intérêts majeurs et passionnés comme en suscite parfois la vie artistique, politique, scientifique, religieuse (ou mystique), sportive.En matière de sexualité, la sublimation n’est pas le lot exclusif de la vie religieuse.Les autres sphères d’activités mentionnées ont donné lieu à des cas de sublimations transitoires et permanentes.À tous ceux, enfin, que la gratification éventuelle de l’instinct paraît interdite par la vie elle-même — par exemple, dans le cas des « amours impossibles » que toute histoire humaine enregistre presque infailliblement —, la sublimation proprement dite doit être possible de quelque façon ; sinon, il faudrait tenir que le « refoulement » devient une loi naturelle et nécessaire pour le plus grand nombre des évolutions humaines.De même, trouvons-nous dans le mariage des cas de vraie sublimation : situations concrètes où l’intégration sera réelle, positive, et moins en fonction de gratifications d’ordre sexuel devenues impossibles que par suite de la vitalité de l’amour pour le conjoint et pour le foyer, de la part de la personne concernée.Par choix libre, le célibat consacré renonce à toute gratification qui soit dans la ligne directe de l’instinct sexuel et de sa pulsion.Pourtant, l’instinct et sa pulsion gardent leur fonction dynamique et positive d’ouverture et de sensibilisation de la personne aux autres — racines efficaces d’une vie affective qui continue à se déployer.L’orientation de leur dynamisme, toutefois, devra s’effectuer en apprenant à intégrer des renoncements continus, du moins quant au niveau premier d’expression des pulsions sexuelles.C’est sur ces possibilités et sur ces chances de gratification « d’un autre ordre » que se porte maintenant notre attention.40 En résumé, nous pouvons affirmer que le célibat consacré devra se relier à des raisons-motivations toujours valables et opérantes, si l’on veut intégrer efficacement les renoncements qui s’imposent dans la poursuite de gratifications, elles-mêmes valables et durables.Et cela, au point de l’emporter effectivement sur ces autres gratifications (réelles, hypothétiques ou illusoires) que la vie concrète continuera de proposer.Sublimation réelle, valable et durable, dont le fruit soit une vie affective épanouie, engagée et donnée, en matière de célibat consacré: qu’est-ce à dire?Les registres de sublimation Plus nous nous acheminons vers ces lieux « non naturels » de sublimation, non reliés directement aux dynamismes primaires de nos instincts, plus le danger nous guette de verser dans le psychologisme, la rationalisation ou l’angélisme.C’est en évitant le plus possible ces périls, et pour être fidèle à la réalité paradoxale du Royaume de l’Évangile, que je devrai recourir à un langage qui n’échappe pas au paradoxe.Ainsi, me faudra-t-il dénoncer comme « pseudosublimations » certaines sublimations plus faciles, réelles par ailleurs, mais biaisées quant à l’ordination « en fonction du Royaume ».Et j’affirmerai que la sublimation « pour le Royaume » est, de soi, durable, à caractère définitif (non transitoire), alors qu’elle reste ouverte, créatrice et sujette à tous les devenirs imaginables.Enfin, je parlerai de motivations « universelles », dont l’origine est spirituelle, révélée, et le contenu aussi concret que le monde qui m’entoure; et je dirai que ces motivations sont indispensables à une sublimation efficace du célibat pour le Royaume, qui ne néglige en rien la vie concrète et affective des personnes engagées.Car il faut bien retenir que ce ne sont pas des « idées » qui assurent la sublimation de nos instincts, mais des « réalités » que l’on apprend à connaître et à accueillir, et qui exercent sur nous leur impact créateur, leur « force de polarisation ».Or, parmi les voies de connaissance et d’accueil de ces qualités, il y a celle de la foi dont l’impact vital, relationnel et affectif, peut être tout aussi opérant.À condition toutefois que cette voie ouvre à Y expérience des réalités révélées, à celles surtout du Royaume et de Dieu.Les pseudo-sublimations Il existe, dans la vie religieuse, des sublimations qui s’avèrent efficaces pour un certain temps — quelquefois de longues années — 41 engageant les personnes à fond dans l’activité apostolique; mais qui s’écroulent parfois si soudainement qu’elles laissent tout le monde pantois.C’est que certaines sublimations, efficaces à maints égards, se transforment souvent en pièges du point de vue précis de la vie religieuse, du célibat « consacré pour le Royaume ».Ces sublimations, parfois trompeuses, sont celles qui nous viennent de Yaction et des œuvres2.Pourtant, l’action et les œuvres sont considérées comme nécessaires à l’engagement pour le service du Royaume.Jésus le dit : « Ce ne sont pas ceux qui se contentent de crier : Seigneur, Seigneur.(Mt 7, 21).Et c’est là une loi inévitable de l’économie d’incarnation dans laquelle nous évoluons, à laquelle nous tenons.Où se trouve donc cette sorte de « vice de forme » qui peut enlever à ces réalités leur valeur de sublimation quand on parle de célibat consacré pour le Royaume?On sait que l’action et les œuvres apostoliques peuvent constituer des projets valables, ayant force de polarisation réelle sur les dynamismes instinctuels, au même titre que les activités des carrières politiques, artistiques, scientifiques ou autres.Or, c’est précisément là que réside le danger: de ramener à un même niveau — et Dieu sait que notre sentiment humain et notre désir d’incarnation nous y poussent — la sublimation « pour le Royaume » et celle que commande une entreprise naturelle, fût-elle la plus élevée (artistique, philanthropique, amoureuse).La conséquence de cette identification est la suivante ; le projet apostolique immédiat, qui concrétise la réalité du Royaume, se substitue progressivement à ce dernier.De sorte que la force de polarisation vraiment efficace n’est plus celle du Royaume mais celle de l’œuvre immédiate, de l’activité concrète, du poste occupé, des réalisations à poursuivre.Que cette œuvre alors s’écroule, que l'activité apostolique, polarisatrice des énergies, doive s’interrompre (échec, maladie, déplacement, vieillesse), le monde de la sublimation lui-même se trouve ébranlé jusqu’en ses racines.Dans cette occurrence, il arrive que certaines pseudo-sublimations révèlent jusqu’à quel point elles n’étaient bâties que sur des refoulements accumulés, le plus souvent inconscients.S’il est dangereux de trop distinguer entre l’œuvre concrète et le Royaume — danger d’angélisme, de rationalisation ou de quiétisme béat —, il ne l’est pas moins, à longue échéance, d'identifier les deux au 2.Je ne mets pas au rang des pseudo-sublimations, telles qu’entendues ici, ce qui n’est en réalité que « compensations » — comme certaines amitiés-refuges et habitudes de visites-fuites, l’alcool, etc.42 point que le caractère fragile et transitoire de l’une porte atteinte au second et mine la foi qui fonde l’engagement.Seule une foi explicitée et vivante, toujours relancée, saura retrouver en tout — en ce qui se construit comme en ce qui se désagrège — la permanence du Royaume qui s’édifie sur le roc unique du Christ ressuscité ; et cette foi confiante s’engage à fond dans les détails multiples de l’immédiat, mais sans jamais s’y laisser emprisonner.Dans ce contexte, je reste convaincu que le Royaume constitue un « objet » extrêmement vivant, valable et efficace, de sublimation, et cela à un double titre : en tant que projet dont l’inspiration est inépuisable et en tant que lieu de relations capable d’intégrer et d’épanouir toute vie affective qui s’y consacre lucidement et généreusement.La foi qui se développe en amour Pour moi, la seule sublimation valable, adéquate et durable, en matière de célibat consacré, nous vient directement de la foi, de son emprise sur notre vie.La foi s’éduque et se cultive; et c’est par son explicitation vitale qu’elle libérera en nous son propre dynamisme lequel est ultimement dynamisme d’amour, d’engagement motivé, de don libérateur, de réalisation3.La foi vécue mène à l’amour, fait aimer.Explicitée et agissante, elle libère ainsi — au lieu de les refouler — nos capacités d’amour en les ordonnant à quelque chose de toujours plus grand, plus vivant et captivant, qui vaut le prix de notre vie: c’est le Royaume, qui est projet concret de Dieu et de l’homme (dans le temps) et lieu privilégié de relations, de communion (dans le temps).Or tout cela ne vaudra, évidemment, qu’à condition d’être vécu ! Si la foi est un don dans son origine et son exercice même, c’est à notre liberté qu’il revient de l’exercer fidèlement, tout comme elle peut y faire obstacle ou laisser sommeiller le talent enfoui ; c’est à nous qu’il appartient de nourrir notre foi, de lui permettre d’être agissante, d’évoluer avec ardeur, en s’ordonnant avec lucidité et générosité.La question se pose donc: comment, ordonnée au Royaume, la foi peut-elle être dans notre vie cette force de polarisation et ce dynamisme d’amour capable d’intégrer nos puissances affectives et de favoriser leur épanouissement?3.La première Épître de saint Jean est consacrée à cette dynamique des rapports entre foi et amour dans l’expérience du chrétien.43 Le Royaume: projet de Dieu et de l'homme dans le temps L’expérience spirituelle, nourrie de façon continue, ouvre au contenu de la foi, à l’accueil de la lumière que la Révélation projette sur notre existence et sur le sens de toute réalité.Et elle est « expérience vécue » dans la mesure où elle n’est pas seulement activité de l’intelligence, mais lieu d’insertion pour l’être concret et complexe que nous constituons, aux multiples structures qui y trouvent leur réalisation.Telle me semble être l’expérience libre et fondamentale du chrétien vigilant qui ne dort pas sur la foi qu’il a reçue « en dépôt », mais qui la confronte, dans son vrai contenu, avec l’existence quotidienne: expérience par laquelle il apprend à se situer, avec ses limites et ses ténèbres intérieures que la lumière dissipera ; expérience où il apprend à embrasser progressivement, à travers ses activités ordinaires, les desseins mêmes de Dieu révélés dans le Christ et son Évangile.C’est par le « pain quotidien » de son existence consciemment resituée dans cette lumière de foi - qui est celle du Christ Révélateur et Réalisateur - que le chrétien discerne et accueille l’appel du Royaume en voie patiente de réalisation : il y répond par le cœur et l’esprit de ses « passivités » comme de ses «activités».C’est pourquoi il importe tant qu’un jour, en lui, ce monde présent, qui monte en boitant vers son accomplissement, et le Royaume « déjà parmi nous » se rencontrent et se réconcilient, qu’ils coïncident de plus en plus dans leurs progrès comme dans leurs limites.Le Royaume, finalement, c’est nous, c’est le monde, c’est la société vivante, ce sont nos frères en marche vers Dieu; le chercher ailleurs, c’est rêver d’un ciel à venir que les Anges de l’Ascension ont refusé aux « hommes de Galilée » en les retournant vers le Corps total du Christ à bâtir dans l’Esprit.L’objectif spécifique d’une vie consacrée ne sera jamais le service d’une paroisse, d’un groupe, d’une œuvre, d’un territoire de mission.L’objectif spécifique d’une « existence apostolique » consacrée irrémédiablement, ce sera la prédominance, en tout, du Royaume total cru, aimé, recherché: prédominance permanente du Royaume sur des projets particuliers, alors que ces derniers sont embrassés et vécus passionnément, malgré leur caractère transitoire, dans la lumière de leur ordonnance au Royaume qui dure.Tandis qu’au plan naturel, l’inactif, l’impotent, le vieillard sont tenus pour dépassés, retirés de la circulation et, dans une certaine mesure, poids et entraves pour la société, dans le monde de la foi, dans l’optique du Royaume, ils conservent toute leur valeur d’existants .pour Dieu.Car, dans cette 44 optique, compte par-dessus tout, dès ici-bas, l’ordination intérieure qui engage chacun dans sa fidélité tenace et constructive, autant à travers ses passivités que dans l’ardeur de ses activités.Ce qui fait toute la différence, c’est la réponse libre et pleine à la volonté de Dieu, à son intention dynamique et personnalisée, qui devient la mesure de cette ordination nécessaire et efficace.La vie de foi qui se nourrit et s’actualise sans cesse, s’ouvre toujours plus, à travers tout, sur cette élaboration du Royaume qui est universel, vivant, en devenir, aussi relationnel que l’amour sur lequel il se fonde et le rapport aux personnes qui y communient.Tous les projets de l’homme peuvent avoir valeur d’incarnation, d’expression de cette vie, de cette contribution qui capitalise la vie avec ses efforts, ses souffrances, ses dons.Mais ils sont tous aussi passagers que les actes d’ordination qu’ils incarnent, tandis que demeure et croît le Royaume de Vie auquel ils sont ordonnés : Royaume de personnes qui accèdent à la Vie, Royaume d’un monde qui se bâtit en vue d’un dépassement vers la Paix, la Justice, l’Amour et la Vie.Le tout est de savoir si j’ai accepté vraiment, dans l’acte de consécration de ma vie « pour le Royaume », de livrer, de « perdre » ma vie pour cette cause unique, ou de la « garder » pour moi.Le tout est de savoir si je veux exister « pour moi » ou pour les autres et le Royaume des hommes et de Dieu .Le Royaume: un lieu de communion Ce que je viens de dire s’applique normalement à tout chrétien qui vit de sa foi; dont la foi s’épanouit en mouvement d’amour toujours plus universel dans le Christ total.C’est pourquoi l’amour que nous commande l’Évangile doit s’étendre jusqu’à nos ennemis; seules des motivations assimilées, fournies par la foi, peuvent nous mener à ce terme.Qu’en est-il alors du religieux, du prêtre, du célibataire consacré?Il en va certes de même pour lui aussi.Toutefois, sa consécration officielle et exclusive témoigne d’une option totale « pour Dieu » dans sa vie, pour le Royaume à servir par toutes ses énergies, pour l’amour sauveur de ses frères, qu’il incarne dans le service apostolique et nourrit dans la communauté fraternelle.Par ce qu’elle embrasse du projet de Dieu et de l’homme, dans le Christ, sa foi lui fournit des motivations dynamiques qui ouvrent ses puissances affectives à un amour plus large, orienté vers un don de soi total et inconditionnel.Et cette foi active l’habilite, du même coup, aux renoncements « à consentir » pour que les amours pressentis au plan des particuliers, s’élèvent — entraînant 45 même leurs objets immédiats dans leur trajectoire — vers un amour universel effectif, libre et constructeur, revêtu de cette force de polarisation intégrante que la foi nourrit, approfondit sans cesse au niveau des motivations.Si c’est dans le concret de son existence que le religieux expérimente l’impact de sa foi — contenu et exercice — ce sera dans le même concret tangible, à la jointure du charnel et du spirituel, qu’il apprendra à aimer en ordonnant ses plus vives affections à la réalisation du Royaume qui a envahi le champ de ses préoccupations, le cœur de ses désirs.En d’autres mots, s’il sait pour quoi il vit et ce que signifie ce pour quoi il vit, dans la foi, le religieux engagé totalement, tant au niveau de ses passivités qu’à celui de ses activités, est sûr de trouver non seulement à aimer et à se donner, mais de trouver par là le lieu où il intégrera, en les offrant de façon positive et épanouissante, même les amours spontanés qui continueront à surgir.Enfin, si le Royaume en lui-même offre prise à l’intégration de nos affections les plus réelles parce qu’il est un Royaume vivant, le dernier mot de cette œuvre de sublimation « pour le Royaume » nous vient de l’union personnelle à Celui qui en est le cœur palpitant, le cœur aimant.Par la foi, nous acceptons cette relation de toute existence à Dieu, source de vie et sauveur des vivants.Mais comme c’est lui-même qui crée cette relation gratuite à laquelle l’homme répond librement, Il se fait ultimement le cœur de ce Royaume que nous construisons en Lui.Ainsi, le Royaume est-il le lieu de relations, non seulement de par sa composition vivante et personnalisée, mais à cause de Celui qui l’habite au plus profond, qui s’y laisse rejoindre et aimer.« Voici que je me tiens à la porte et que je frappe.Si quelqu’un est attentif et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, moi près de lui et lui près de moi.» (Apoc 3, 20).C’est là le sommet de la Révélation : cette union intime — voire mystique — de Dieu avec l’homme, en qui II vient établir sa demeure divine.Plus que dans les autres cas, par l’obéissance de la foi, mais aussi par l’obéissance religieuse, le « consacré » est appelé à se livrer à cette intimité affectueuse déterminante de Dieu dans l’Esprit (qui « diffuse » l’amour en nous).L’emprise de la foi à laquelle il a d’abord consenti devient progressivement celle de l’Esprit: en Lui s’établit une intimité vivante, affective, comblante.qui ne tue en rien, ne rejette pas les amours et les affections enracinées dans l’instinct de l’homme (n’affecte même pas leur nature première), mais les polarise dans une vie d’union exigeante de fidélité, où elles resplendissent d’une clarté nouvelle.Les ambiguïtés ou les ambivalences ne sont jamais levées de prime abord, 46 mais le consentement toujours renouvelé à cette emprise — «joug doux et léger » — de l’Esprit sur toutes les zones de notre existence, achemine toujours vers l’Amour et vers la Vie ce matériau humain le plus humble et le plus cher à notre être vivant : nos affections spontanées, pleines de désirs, de tendresses et de dons.La foi de l’homme et la mouvance de l’Esprit leur confèrent une valeur d’éternité.Conclusion : Une option radicale pour le Royaume Le célibat consacré ne déroge pas essentiellement à la ligne d’évolution proposée à l’homme dans la dynamique de sa foi: tout homme croyant est appelé à se dépasser en Dieu par sa propre croissance à tous ses niveaux d’existence.Le célibat consacré témoigne seulement d’une option radicale pour ce dépassement et « pour le Royaume », c’est-à-dire pour la vie de l’homme à réaliser en Dieu et pour l’éternité de l’amour.À travers cet engagement radical du religieux, tout homme devrait se sentir en marche vers un Royaume accessible où la fragilité de ses expériences affectives est appelée au dépassement, et où l’homme lui-même est promis à cette permanence bienheureuse de l’amour et de la vie en plénitude.C’est l’option « pour l’éternel » et « pour Dieu » que souligne, rappelle et incarne la vie du consacré.Quant au religieux lui-même, il découvrira, dans l’explicitation de cette dynamique de foi et d’amour, la valeur grandiose des sacrifices les plus humbles qu’il consent à la réalisation du Royaume.Car cette immolation le configurera davantage à l’être sauveur du Christ qui s’est livré tout entier aux hommes, mais essentiellement à travers le Père, dans la fidélité totale aux volontés du Père, lieu premier et sublime de l’amour et de la vie.C’est Son option « pour le Père », dans l’œuvre même du salut des hommes, que d’autres hommes sont appelés à reprendre et à vivre à sa suite.À la gloire du Père, dans l’œuvre de la création et du salut à parfaire ! Gilles Cusson, s.j.Università Gregoriana Piazza della Pilotta, 4 00187, ROMA 47 POURQUOI SE FAIRE RELIGIEUX?Pourquoi un chrétien choisit-il de se faire religieux?Si le « pourquoi » entend ici désigner un but, un objectif visé, on pourra répondre de bien des façons en invoquant maintes raisons.Et il serait grave d’écarter à la légère certaines d’entre elles.Il en est qui se font religieux pour servir en toute liberté leurs frères humains (ils voient dans les vœux de religion la source d’une authentique disponibilité).D’autres le font pour être sans réserve donnés à leur Seigneur d’une façon radicale.Plusieurs veulent ainsi vivre intensément l’être-en-Église.Mais si le « pourquoi », au lieu de pointer vers le but, désigne le point secret du mystère personnel d’où jaillit le désir d’atteindre ce but, la réponse sera, nous semble-t-il, autrement plus profonde.À ce point que si elle n’a pas la profondeur dont nous parlons, la « vie religieuse » de la personne risque fort de n’être qu’une aventure superficielle, sans racines et sans nerf, qu’un beau jour la tempête entraînera à la débâcle : débâcle d’une rupture avec les engagements pris, débâcle souvent plus déplorable d’une médiocrité terne.Il faut bien remarquer que dans l’Église contemporaine la découverte de ce « pourquoi » au sens où nous l’entendons est sur beaucoup de plans plus aisée qu’elle ne l’était autrefois.L’apparition des Instituts séculiers et la mise en relief de la dimension missionnaire du laïcat permettent en effet de clarifier les motivations.Pour servir les hommes au nom de l’Évangile, voire pour consacrer intégralement sa vie à l’amour évangélique de ses frères humains il n’est plus nécessaire de se faire religieux ou religieuse.Ce qui autrefois était le cas simplement pour les hommes, ayant le choix entre le clergé diocésain ou l’entrée en communauté s’ils voulaient s’engager dans une activité pastorale, devient aujourd’hui une situation générale.Il y a encore trente ans une jeune chrétienne désireuse de se dévouer en Afrique, dans une perspective explicitement ecclésiale, n’avait guère de choix : il lui fallait prendre le voile.De nos jours elle a le choix entre plusieurs autres possibilités.Et si elle entend se consacrer au Seigneur par des vœux, il lui est possible d’aller frapper ailleurs qu’à la porte d’un noviciat.Il en 48 va de même, de plus en plus, en ce qui concerne le besoin ou le désir d’une expérience communautaire.Tout un champignonnage de communautés, de groupes, de cellules évangéliques marque aujourd’hui la vie des diverses églises, même dans les terres les plus isolées.Et il faut reconnaître que dans ces groupes la fraternité, l’entraide, la prière commune ont souvent infiniment plus de qualité et d’authenticité que dans bien des communautés religieuses en lente décomposition.« Pourquoi » alors, dans ces conditions, un chrétien lucide, s’engageant librement et sans ignorance des autres possibilités que l’Esprit lui offre dans l’Église, choisit-il de se faire « religieux », au sens habituel que nous donnons à ce terme aussi bien dans la tradition catholique romaine que dans les églises de la Réforme?Il est frappant de constater, en parcourant la littérature théologique actuelle, que plusieurs semblent gênés de donner la réponse d’une façon nette et directe.Ils préfèrent la tourner en parlant soit d’une obéissance « à un charisme impératif », soit de l’intuition « qu’il y a là un meilleur et un plus adapté » au désir profond de la personne.Mais.c’est là reculer pour mieux sauter.Car d’une part on doit se demander pourquoi ce charisme se distingue des autres et en quoi il s’en distingue, et d’autre part il faut bien en arriver à préciser en quoi le choix en question apparaît (que ce soit intuitivement ou non, peu importe) meilleur et plus adapté.Il est vrai qu’une conception trop statique de la vocation contribue à brouiller les cartes.Le jeune croyant qui se présente à la porte d’un noviciat a rarement une vision très explicite de ce qui fait le caractère spécifique du genre de vie qu’il croit alors être appelé à choisir.Ses motivations sont souvent alors très embrouillées.Nos communautés ont malheureusement été parfois trop peu attentives à aider les postulants à démêler ces motivations avant de les conduire à la profession.Et à trop tabler uniquement sur la bonne volonté, les bonnes mœurs et la générosité personnelle elles ont pour une large part contribué à une inflation du nombre des professions par rapport aux vraies vocations.Or toute inflation, même en ces domaines, conduit à la dévaluation.Il est par ailleurs évident que le visage particulier d’une communauté religieuse est fait de la coexistence de multiples traits mais que ceux-ci tiennent leur consistance de leur relation à un principe d’unité.Il faut donc assez de recul pour estimer chacun d’eux à la lumière de cette relation à l’ensemble et tout spécialement à ce principe d’unité.Dire, par exemple, que l’engagement apostolique ou le célibat sont en définitive les éléments déterminants du projet religieux revient, à notre avis, à refuser de donner et à cet engagement apostolique et à ce célibat leur vraie signification.Car la question demeure : pourquoi cet 49 engagement apostolique est-il dans le cas du projet religieux essentiellement lié à ce que l’on appelle les vœux, et pourquoi ce célibat n’est-il qu’un élément parmi d’autres aussi astreignants pour la personne?L’Écriture nous permet-elle de répondre à cette question tenace?Oui, mais à condition que nous ne cherchions pas dans les textes un contenu explicite qu’ils n’entendent pas donner.Il est en effet évident que les auteurs des écrits néo-testamentaires ne songent guère à ce que sera la vie monastique ou la vie religieuse apostolique lorsqu’ils mettent sur les lèvres de Jésus telle ou telle affirmation.Et la parole sur les eunuques en Matthieu (19:1-12) se prête elle-même à tant d’interprétations qu’il est hasardeux de ne tabler que sur elle.Mais le Nouveau Testament nous renseigne sur l’existence d’un groupe de disciples suivant Jésus dans les pérégrinations apostoliques qui remplissent les quelques années de son ministère.Comment caractériser ce groupe?Comment percevoir ses motivations?Il est éclairant de noter que dans l’Évangile tous ceux qui accueillent la parole de Jésus ne le « suivent » pas au sens littéral de l’expression.Plusieurs des figures les plus typiques des récits évangéliques semblent bien, en effet, conserver leur type ordinaire de vie et chercher là leur fidélité à sa volonté.Parmi elles Marie, sa mère, Marthe, Marie et Lazare, Nicodème, Joseph d’Arimathie, Joseph époux de Marie.Il faut en conclure que la perfection évangélique n’est pas nécessairement liée à la « suite » de Jésus, et que donc le groupe de ceux qui « suivent » Jésus ne peut se caractériser comme un noyau des « plus parfaits » au sein des disciples.De plus, bien qu’à l’occasion ils exercent, du temps de la vie terrestre de Jésus, quelque activité « ministérielle » et que le groupe des Douze semble bien se détacher dans cet ensemble, il est clair que ces disciples ne « suivent » pas Jésus surtout parce qu’ils veulent être des auxiliaires dans sa mission.Les fonctions qu’ils exercent semblent bien plutôt le corollaire d’une autre relation à sa personne, plus déterminante et plus fondamentale.Ceux qui « suivent » Jésus sont des hommes (et peut-être des femmes; cf Le 23 :49) à ce point saisis par lui-même et sa Parole qu’ils s’attachent à lui d’une façon radicale, renonçant pour cela à leur genre habituel de vie et au type courant de relations avec le monde.Les textes évangéliques sont nets sur ce point : « nous avons tout quitté et nous t’avons suivi » (Mt 19:27) et ce tout recouvre les réalités qui font le tissu de l’existence ordinaire des hommes : « maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants, champs » (Mt 19:29), et même « femme » dans la version de Luc {Le 18 :29).Il s’agit donc moins d’une imitation morale de Jésus ou d’une volonté d’obéissance à ses préceptes — bien que celles-ci soient 50 implicitement présentes — que d’une mise en situation existentielle ayant sa cause dans l’attrait exercé par sa personne.Sans pour cela la mépriser ou encore moins la condamner, et sans que cela soit le but premièrement poursuivi, on prend alors ses distances à l’endroit de la façon ordinaire de vivre non seulement la vie humaine mais même la vie de fidélité aux paroles de Jésus.L’attachement éprouvé pour celui qui « suffit » et apparaît comme « l’unique nécessaire » conduit ainsi à des ruptures.Mais le tout au plan non pas simplement d’un comportement éthique intérieur, spirituel, mais aussi au plan élémentaire de la façon dont normalement s’accomplit l’être-homme.Or, quel nom donner à cet attachement inconditionné à la personne de Jésus et à son message sinon la foi vue comme un « oui » de tout l’homme à la proposition que Dieu lui fait en son Fils?Vue dans cette lumière, la situation du groupe dont nous parlons a pour caractère essentiel d’être une confession existentielle de la foi en Jésus comme en Celui dans lequel l’homme (un homme bien concret, bien enfoncé dans le terreau de ses espérances) trouve l’axe de sa vie.Et c’est pourquoi il lui soumet toute celle-ci, radicalement, d’une façon violente, n’admettant pas de mesure.Il n’en est pas pour cela nécessairement plus parfait: une telle forme d’attachement cache ses propres tentations, dont celle d’un orgueil secret, d’une autosatisfaction pharisaïque et méprisante, et peut-être surtout d’un désir secret de puissance.L’histoire du groupe apostolique est très instructive à ce sujet, et l’épisode des fils de Zébédée (Mt 20:20-28) comme aussi celui des discussions dont Luc fait écho {Le 22 :24-27) et l’étude des mobiles poussant Judas à ses machinations nous apprennent beaucoup plus qu’on ne le pense souvent sur la « condition de disciple ».Pourtant ce groupe se distingue par une réelle foi, actualisée dans un comportement extérieur englobant les situations qui constituent l’humus de la vie humaine.C’est une expression de l’ardeur de cette foi qu’on peut voir transparaître dans la confession que Jean met dans la bouche de Simon-Pierre au moment où, le contestant, beaucoup de disciples quittent Jésus : « à qui irions-nous?Tu as les paroles de la vie éternelle ; nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu » {Jn 6:68-69).Il faut certes éviter soigneusement les concordismes tout autant que les exégèses orientées.Il nous semble toutefois que nous trouvons dans cette situation typique du groupe de ceux qui « suivent Jésus » l’attitude évangélique à laquelle le projet religieux se rattache.Les situations sont bien différentes : Jésus n’est plus physiquement présent au milieu des hommes, et il n’est plus possible de le « suivre » en l’accompagnant sur les routes de ses itinéraires apostoliques.Nous 51 sommes dans le temps pascal et l’économie de l’Esprit Saint.Le Seigneur demeure néanmoins présent aux siens dans son Esprit Saint par sa Parole (ce qu’il a dit et fait durant son ministère, mais explicité et compris par le témoignage de ceux qui l’accompagnaient), son Mémorial (qui renvoie à l’acte ultime de sa vie terrestre et à l’ordre reçu par ses disciples), la communauté de ceux qui l’accueillent.Il est donc possible de s’attacher à lui aussi radicalement que l’ont fait ceux qui « le suivaient », bien que la qualité de foi exigée par cette décision soit cette fois plus exigeante encore et que vaille ici la constatation que selon Jean Jésus fait à Thomas : « parce que tu me vois tu crois, heureux ceux qui croiront sans avoir vu » (Jn 20:29).Les sommaires des Actes des Apôtres sur la communauté primitive (Ac 2:42-47; 4:32-35; 5:12-16) semblent bien représenter une expression idéale et sans nul doute idéalisée de cet essai de transposition de la « suite de Jésus » dans la situation postpascale de l’Église.Plusieurs traits de cet attachement radical à Jésus peuvent être déjà précisés, toujours en reconnaissant la diversité des contextes sociaux et religieux et en refusant tout essai de concordisme.Le premier et le plus fondamental de ces traits est qu’on ne se limite pas à un effort spirituel et intérieur d’« imitation » du Christ.Cet effort est d’ailleurs le lot commun de tous les baptisés voulant réaliser leur vocation chrétienne et nul n’en est dispensé.Dans le cas de la « suite », même au sein de l’Église postpascale, il s’agira d’un style d’existence particulier, donc de l’entraînement de la vie d’homme dans un type spécial de relation au monde exprimant l’attachement au Christ Seigneur reconnu comme l’« unique nécessaire », suffisant à combler l’appel qui dort en tout homme.Car — comme dans le cas du petit groupe attaché à Jésus — l’intention est bien que la relation au Christ soit non seulement première (ce qui est de nouveau le lot de tout chrétien) mais envahissante.Les puissances qui font la personne doivent donc être gravées au sceau de cette « souveraineté absolue » de Jésus sur la vie.Le « tout quitter » des disciples essaiera d’être aussi radical que possible.Empressons-nous de remarquer que ce « tout » devra nécessairement, dans la pratique quotidienne, comporter des aménagements ou des adoucissements, variables selon les cultures et les contextes sociologiques.Ceci est surtout net au plan de la possession d’un minimum de biens matériels.Autrement on vire à l’illuminisme.On « vend tous ses biens, on les donne aux pauvres », mais il faut bien (si l’on refuse de se faire mendiant et si le contexte interdit qu’on ne soit que bénéficiaire d’aumônes) posséder au moins le nécessaire pour vivre, se nourrir, se former, se donner les instruments nécessaires à un témoignage suscepti- 52 ble de porter quelques fruits.La pauvreté demeure ainsi toujours à l’état de « projet » (au sens philosophique du terme) mis en échec par les circonstances mais pourtant inlassablement poursuivi.Il en va de même pour les autres composantes de la situation existentielle d’« arrachement » à la façon ordinaire de vivre.Quant à ce qu’on appelle l’engagement apostolique, il entretiendra avec cette détermination de la « suite » de Jésus une relation analogue à ce que fut celle du groupe apostolique.S’il est clair — et les études exégétiques sur la communauté apostolique sont unanimes à le reconnaître — que ceux qui se mettent à la « suite de Jésus » durant les années de son ministère ne le font pas d’abord dans le but d’être ses auxiliaires, il est également évident que leur attachement inconditionné à sa personne les conduit à être ceux qui non seulement témoignent de lui mais aussi entrent dans le dynamisme même de sa mission.C’est le mystère même de sa personne qui le veut.Mais on voit que le point d’ancrage de cette activité est pour eux la détermination d’être avec Jésus dans une relation d’attachement radical.Il en ira de même pour le projet religieux.Celui-ci sera d’ordinaire inséparable d’un engagement intégral au service de l’Évangile et de la mission.Mais cet engagement — si l’on veut que la vie ne soit pas divisée et entraînée de ce fait dans des difficultés (même psychologiques) insurmontables — devra se trouver relié à la volonté fondamentale et déterminante d’attachement radical à Jésus.Nous sommes maintenant en mesure de répondre à la question du « pourquoi » posée en tête de cette réflexion.La vie religieuse se rattache dans son intention foncière, bien qu’elle n’en soit ni le décalque exact ni la seule dérivation, à la « suite de Jésus » que l’Écriture nous présente.Il est donc clair qu’elle a pour clé de voûte ce qui constitue le cœur même du mystère de la foi : la confession non seulement verbale mais existentielle de Jésus Christ comme celui dans lequel Dieu lui-même répond à l’attente de l’homme, d’une façon qui fait de lui « l’unique nécessaire » (et non pas, il faut le préciser, le seul bien).Un chrétien se fait religieux — alors même qu’il est habité du désir de servir ainsi les hommes — fondamentalement à cause de la répercussion qu’a eue dans sa psychologie de croyant cette certitude de la place du Christ Jésus dans le destin humain.Les grandes décisions appelées par ce projet — qui sont la matière de ce que l’on appelle les vœux mais aussi d’autres démarches importantes de la vie religieuse, comme par exemple une attention soutenue à Dieu — ne sont donc pas voulues d’abord de façon négative, ni même dans une optique purement ascétique.Elles sont là pour que s’affirme positivement, dans une vie d’homme ou de femme normale, la confession de l’« unique nécessaire ».53 Ceci explique pourquoi sans la foi cette vie religieuse n’a plus de sens, et pourquoi c’est surtout dans le monde des religieux que les crises de la foi ont les effets les plus profonds.Car si Jésus n’est « peut-être pas » le Fils de Dieu, si l’Évangile n’est « peut-être pas » vrai, si Dieu n’existe « peut-être pas », si l’Église n’est « peut-être pas » la voie de Salut voulue par Dieu, pourquoi brûler ses jours et ses talents dans une vie construite précisément sur ce qui est ainsi mis en cause?Mais ceci rend compte également de la fonction privilégiée que la vie religieuse menée avec lucidité et droiture peut accomplir à l’intérieur du Peuple de Dieu.J.-M.R.Tillard, O.P.96 Empress, Ottawa 4.54 RENCONTRE AVEC UNE FRATERNITÉ 1 Q.— Les religieux s’interrogent beaucoup sur la dimension apostolique de leur vie.Dans votre Institut, quels étaient les sentiers traditionnels de votre apostolat?R.—a) A première vue, on serait tenté de ne parler que d’un seul sentier traditionnel : l’enseignement primaire (aux enfants) et secondaire (aux adolescents) en milieu scolaire.Il ne faut toutefois pas oublier que les F.I.C., du temps même de leurs cofondateurs, ont connu un éventail d’activités un peu plus large que celui qui avait Fini par nous devenir familier.Pensons seulement, par exemple, aux Frères des Antilles alphabétisant et catéchisant, sur les plantations mêmes, les esclaves adultes en voie d’affranchissement; ou encore aux Frères s’adonnant à renseignement de l’hydrographie aux marins bretons de Cancale ou d’ailleurs.Il reste que, sur l’ensemble, la fin longtemps appelée « secondaire » de la Congrégation a été conçue et vécue comme signifiant l’enseignement et l’éducation des jeunes dans l’enceinte scolaire, en étroite relation avec la paroisse.Et le service de cette Fin s’arrangeait comme il pouvait du type très uniforme d’état religieux en vigueur dans nos maisons, et qui, en fait, s’apparentait plus à celui d’un monastère qu’à celui, par exemple, d’une résidence de salésiens.Il convient d’ailleurs de dire que cette vie religieuse, à son tour, s’accommodait comme elle pouvait des exigences de notre activité professionnelle et apostolique.Il est indéniable, pourtant, qu’en dépit de manques à gagner 1.C’est une fraternité montréalaise de frères de l’Instruction chrétienne, à laquelle s’ajoutaient, pour l’échange, les frères Jacques Lemire, provincial, Michel Gravel et Yvon Poitras, membres d’une autre fraternité.Voici les noms des frères du premier groupe: Serge Aubuchon, Jacques Charron, Donald Després, Gilles Dupré, Claude Labrosse, Luc Lewis, Luc Maynard, André Parenteau, Robert Robert (aspirant).Le texte de l’échange a été rédigé par le frère André Parenteau.55 parfois graves, la construction du Royaume a, en gros, trouvé son compte dans ce siècle et demi d’activité professionnelle et apostolique des F.I.C.Parce que les choses ont été telles par le passé et, — tout compte fait, devaient être telles ou ne pouvaient guère être autrement, — il n'est pas dit qu’elles doivent en demeurer là.L’histoire s’est du reste chargée de nous arracher à notre belle sécurité et de nous remettre sur la route, en quête des nouveaux chantiers que la Providence nous promet si nous savons déchiffrer les « signes des temps ».Mais si soudaine a été la mutation de notre contexte socio-culturel depuis une bonne douzaine d’années que nous voici maintenant plongés dans une brume épaisse, n’avançant plus, pour ainsi dire, que pouce à pouce, privés de visibilité à long terme et engagés dans des conditions de vie et surtout d’activité très différentes de celles que nous avions connues.Dans la pensée de nos cofondateurs, les F.I.C.sont des « chrétiens privilégiés » appelés par Dieu à vivre ensemble et à « faire quelque chose en commun » (l’instruction chrétienne) dans la société et dans l’Église.Est-ce encore cela seulement, ou cela surtout, que l’Église et la Cité attendent de nous aujourd’hui?Q.— Discernez-vous des pistes nouvelles dans votre travail apostoli- que?R.— A cette question tous répondent affirmativement pourvu que soient respectées les conditions suivantes.La première de ces conditions est que notre mission (ou seconde fin) soit conçue comme pouvant embrasser toute action éducative, donc non seulement l’enseignement en milieu scolaire, mais aussi, par exemple, l’animation de la vie étudiante, des loisirs des jeunes, de la pastorale scolaire ou paroissiale, de la vie liturgique (pensons aux recherches musicales, verbales et chorégraphiques, de Guy de Fatto pour trouver les modes de prier et de célébrer propres à rejoindre, où ils sont, jeunes et adultes de notre temps); l’animation de maisons d’accueil ou de maisons de prière (comme celles de Béthanie à Saint-Jérôme et du P.Coutu à Montréal) ; le journalisme, les mass-media ; le travail auprès des adultes : sessions de psycho-culture ou de culture chrétienne; communauté de base; comités de citoyens; etc.La deuxième condition est que notre engagement, sans exclure des formes collectives excellentes d’engagement (comme le projet collectif d’école secondaire privée Jean-de-la-Mennais réalisé à La Prairie), fasse résolument place aux charismes personnels dûment avérés.Ce qui 56 signifie notamment que nous pouvons nous attendre à « tenir » de moins en moins d’« œuvres » collectives.Force nous est d’ailleurs de constater que les jeunes d’aujourd’hui ont perdu confiance dans les grosses organisations, quelles qu’elles soient.La plupart d’entre eux n’arrivent pas à percevoir les Congrégations religieuses autrement que comme des monuments inertes.L’un ou l’autre participant n’hésite pas à évoquer des engagements individuels débordant le cadre même très élargi de l’éducation : « Nous insérer partout où il y a des hommes au travail, pour y témoigner des valeurs chrétiennes.» (N’y a-t-il pas, par exemple, un jésuite qui, à Montréal, s’applique professionnellement à l’étude scientifique des problèmes causés par la pollution de l’atmosphère?) Quoi qu’il en soit, que personne n’aille appréhender l’éparpillement et l’« insularisation » systématiques des membres de la Congrégation en mal d’engagements apostoliques de pointe.Bien au contraire, chacun de nous insiste pour que la généreuse variété des engagements individuels légitimes puisse toujours rentrer dans une compréhensive unité F.I.C.On n’imagine d’ailleurs pas que ce sera là chose facile, l’expérience des dernières années montrant que le chemin est ici « montant et malaisé », et la tentation de l’uniformisation à tout prix toujours séduisante et renaissante.Plusieurs participants expriment le souhait que plus d’une Fraternité soit ainsi constituée que, sans préjudice des valeurs de la communauté de vie, elle puisse, en qualité d’équipe apostolique, prendre une part efficace à une action sérieuse en milieu défavorisé ou auprès d’un groupe de personnes en particulier besoin d’aide : jeunes en recherche, immigrants, etc., bref, en général, là où il y a « brebis sans bergers à l’horizon ».Certaines de ces activités pourront être entreprises et menées à titre bénévole, sauf à ne pas oublier les règles d’une élémentaire sagesse quant au nombre ou à l’importance des salaires à sacrifier en ces cas, vu les obligations qui nous lient fraternellement à nos malades, nos retraités, etc.Q.— La pluralité d’engagements individuels rend-elle encore possible la vie religieuse?R.— Il est clair que les services professionnels et apostoliques inédits qu’un nombre croissant d’entre nous seront amenés à rendre désormais autour d’eux, non seulement ne périment pas la vie religieuse, mais au contraire la requièrent plus impérieusement que jamais.57 Ce n’est pas en effet vers une situation de facilité que nous nous acheminons, et laisser s’éteindre en nous, par nonchalence, le don que le Seigneur nous a fait d’un appel privilégié serait un étrange moyen de nous disposer à être ses coopérateurs dans l’édification du Corps du Christ.Cette observation nous invite à toucher ici trois points fort importants, dont le premier concerne les exigences de la formation.La nature de la formation à un tel type d’apostolat, comme aussi au type de vie religieuse qui lui sera associé, gagnera à être étudié lucidement, et ses caractéristiques devront être précisées et appliquées avec toute la compétence pédagogique et spirituelle souhaitable.Des religieux d’autres congrégations œuvrent déjà sur des terrains difficiles et, selon toute apparence, trouvent remarquablement moyen de vivre ensemble vie religieuse et engagement apostolique.Pourquoi ne pas chercher à « surprendre le secret » du sérieux évangélique de ces instituts religieux et en faire notre profit?Il n’y a qu’à songer aux Petits Frères et Petites Sœurs de Foucauld, aux Petites Sœurs de l’Assomption, aux Petits Frères des Pauvres, aux Fils de la Charité, aux membres de la Mission Ouvrière Saints Pierre et Paul, etc.Le second point porte sur la vie en fraternité.Dans l’éventualité des engagements apostoliques évoqués plus haut, une authentique vie de foi et d’amour fraternel garde plus que jamais sa raison d’être.L’«être apostolique » véritable ne peut pousser que sur le terreau d’une vie théologale vigoureuse.On entrevoit ici la nécessité de compter de plus en plus de Fraternités assez largement autonomes dans nos districts (nous ne disons pas indépendantes de la Congrégation), vouées à la réalisation d’un projet de vie reconnu valable, et capables, en vertu de leur propre « radicalité évangélique », de se renouveler elles-mêmes, en qualité certes, mais aussi en nombre, en recevant en leur sein des membres de la jeune génération.A noter qu’il s’agit ici d’une des grandes conclusions de la toute récente Conférence internationale des Provinciaux F.E.C.Un participant fait un pas de plus et dit : « Qu’il y ait un minimum de liens formels entre eux.Qu’existent tous les modèles de Fraternité qu’on voudra, pourvu que chacun de leurs membres croie au Christ et à l’Évangile, et s’efforce d’en vivre tous les jours.Et que la quasi-absence de règles explicites oblige chacun à se sentir responsable de soi et à prendre vraiment sa vie en main.» Est-il besoin d’en faire la remarque: une telle cellule de vie évangélique n’est manifestement pas concevable, si elle est sérieuse dans son propos, sans une expression de soi au niveau d’une prière vivante.58 Quant à la pauvreté évangélique, elle consisterait en une loyale mise en commun des biens matériels, et en une attribution du surplus aux gens en besoin, compte tenu des priorités qui s’imposent en ce domaine.L’hypothèse est cependant émise selon laquelle, dans notre société d’abondance et super-technique, notre pauvreté pourrait bien consister à accepter sans aucune gêne le salaire élevé qu’on a honnêtement gagné, quitte à l’utiliser selon d’autres critères que ceux de la grande généralité des laïcs.En tout état de cause, les faits qui fondent beaucoup de nos scrupules ne seraient pas perçus, la plupart du temps, comme des contre-témoignages par les chrétiens du temporel.Peut-être nous sera-t-il possible de nous arrêter plus tard à discuter ces vues, — paradoxales de l’avis même de celui qui les exprime.Le troisième point a trait à la spiritualité proprement apostolique.Il importe que nous nous pénétrions de la spiritualité propre aux gens auprès desquels nous sommes amenés à œuvrer: personnes défavorisées, malades, anciens, prédélinquants, ouvriers, etc.Ainsi, ces gens, — soit dit avec humour, — au lieu d’admirer seulement des vertus monastiques réellement « admirables », mais aucunement « imitables », pourraient parvenir à pratiquer des vertus vraiment imitables dans leur condition de vie et de travail.Q.— Que pensez-vous du changement dans la vie religieuse apostoli- que?R.— Quiconque se veut profondément fidèle ne peut faire l’économie du changement, sous peine de trahison réelle (au moins inconsciente).Les seuls mariages réussis sont ceux qui sont vécus comme une aventure commune de deux personnes qui se sont juré d’être, tous les jours de leur vie, mutuellement fidèles.Mais, fidèles, jour après jour, selon des formes constamment à réinventer, parce que, jour après jour, les circonstances elles-mêmes de la vie se modifient.Les conditions historiques ont souvent forcé des Instituts religieux à changer profondément pour garder vivante leur fidélité à l’Esprit qui est la source du charisme propre de leur Fondateur.Vatican II, de son côté, a pressé les Instituts religieux de s’ajuster tout à la fois aux exigences de l’Évangile telles qu elles sont perçues aujourd’hui, et aux besoins nouveaux de notre temps.Ce qui ne peut manquer d’entraîner des modifications non seulement de structures ou de détails, mais aussi et surtout d’accent, de rythme, de possibilité d’adaptation et de créativité.59 Cela ne revient nullement à décréter qu’il n’y a plus de place dans notre monde pour la fidélité (bien qu’il demeure toujours strictement impossible de prononcer du dehors qui est fidèle et qui ne l'est pas).Pas question donc de canoniser l’inconstance et la fantaisie papillonne.Mais, parmi les diverses formes de vie consacrée dans l’Église, de la vie religieuse-apostolique tout au moins, il semble qu’on puisse dire que, sous peine d’extinction, jamais plus elle ne connaîtra l’espèce d’éternité solennelle des structures, de ritualisation des plus humbles détails de la vie, d'idéalisation indiscrète de l’uniformité, qui avaient fini par lui infliger les apparences d’un corps que la vie désertait de toutes parts et auquel plus guère de jeunes ne se sentaient attirés à s’intégrer.Ce qui vient d’être dit de la vie religieuse s’applique peut-être avec plus de force encore à notre engagement professionnel et apostolique.11 n’est plus réalistement possible de décider pour les cinquante années à venir que nous allons nous cantonner exclusivement dans tel ou tel type d’activité.L’idée même de « moule », de « modèle », de « structure ou de cadre purement statique de vie ou d’activité » est aussi éloignée que possible de la psychologie de nos contemporains, comme aussi des exigences du progrès de notre civilisation et de l’évangélisation.Ne sommes-nous pas en effet entrés dans « l’ère des structures en mouvement » (Louis Armand) et du « changement institutionnalisé » (chan.F.Houtart au 10e congrès annuel de la C.R.C., Ottawa, 1964)?Place donc, désormais, à une «stratégie du provisoire» (J.Grand’maison), souple et capable de perpétuels rebondissements pour répondre aux défis eux-mêmes constamment changeants de notre époque.Pour reprendre la comparaison pittoresque d’un participant parlant des engagement# professionnels et apostoliques, dorénavant, à l’image de la tortue adhérant de tout le poids de sa maison au sol et foulant consciencieusement, sans en rater un seul, chaque pouce de sa route grise, il faudra substituer celle du kangourou se déplaçant par bonds rapides et, au besoin, en tous sens, pour parer aux diverses situations qui se présentent.Il serait faux de penser que la perspective d’une fidélité à perpétuité fasse nécessairement peur aux jeunes.Ce que beaucoup d’entre eux craignent et rejettent plutôt, c’est un type statique de fidélité, qui serait synonyme de momification, d’hibernation, d’étouffement de la vitalité créatrice, de stérilisation peureuse et arbitraire des ressources d’une personnalité faite pour culminer dans la « glorieuse liberté des enfants de Dieu ».Vie religieuse et engagements professionnels et apostoliques sont en notre cas, vécus par la même personne, et il serait étonnant que le 60 sort de l’une de ces deux valeurs n’influât pas sur l’autre.Car, si l’on admet qu’il faudra nous faire à la perspective d’avoir à nous réadapter successivement, tout au long de notre vie, à l’exercice de trois, cinq ou dix engagements différents, la tentation ne sera-t-elle pas forte d’« extrapoler » le même type de mobilité dans la vie religieuse et de remplacer un engagement à vie par un premier engagement temporaire dans l’état religieux, vite chassé par un changement temporaire dans un autre état, à son tour relayé par une troisième option totalement différente, etc.?Ce danger paraît en effet réel.Mais pourquoi voudrait-on qu’il fût fatal, si l’on a vraiment souci de favoriser positivement la santé psychique et spirituelle des personnes et des Fraternités?61 LES LIVRES DECHANET, Jean, Va où ton cœur le mène (Au-delà du yoga).Paris, Desclée De Brouwer, 1972; 174 pp.L'A., bénédictin, adepte du yoga, vit maintenant dans un ermitage.Il se dépeint lui-même comme un moine « peu soucieux des sentiers battus, rebelle à tout conformisme — religieux ou intellectuel — passablement original, avide d’indépendance, .porté par nature vers l’inédit, le retour aux sources, la critique positive, la quête de l’idéal ».Tel il apparaît dans ce livre, écrit en un style haché, souvent elliptique.Pour l’A.« meubler son intelligence est une chose, éveiller son cœur, une autre ».Pour cette raison, sans doute il ne prise pas la scolastique.L’ouvrage est composé d’une suite de souvenirs et de réflexions bien personnels.Quelques passages pourront étonner les lecteurs, particulièrement les traditionnalistes.HAAG, Herbert, Trois visages de Dieu (Méditations théologiques).Trad, de l’allemand par Henri Rochais.Paris, Desclée De Brouwer, 1972; 145 pp.Dans ce volume, un exégète, professeur de théologie, rouvre la Bible et nous invite à méditer sur quelques passages importants.Dieu s’y révèle comme Créateur, comme Sauveur et comme Père.Dans la Genèse d’abord, se manifeste le Dieu tout-puissant qui crée le monde, donne la vie, fait l’homme à son image.Dans le livre de l’Exode, Dieu devient le salut de son peuple: à travers la longue marche du désert, il lui offre son alliance d’amour et de pardon.Dans l’Évangile, le Messie nous apprend à nous adresser à Dieu comme à notre Père.Cette troisième partie nous apporte un substantiel commentaire, souvent nouveau, de l’oraison dominicale.Ces exposés bibliques portent donc sur des vérités fondamentales de notre foi.HOSTIE, Raymond, Vie et mort des ordres religieux (Bibliothèque d’Études psycho-religieuses).Paris, Desclée De Brouwer, 1972; 381 pp.« Chercheur et clinicien dans le domaine des relations interpersonnelles et des phénomènes de groupe, écrit l’A., j’ai été invité par un grand nombre d’instituts religieux depuis une quinzaine d’années ».De là est née l’intéressante et assez volumineuse recherche de cette œuvre propre à éclairer le renouveau de la vie religieuse qui bouleverse présentement les habitudes et les coutumes des instituts religieux.L’interrogation capitale est la suivante : les instituts religieux vieillissent-ils?Si oui — et c’est le cas — leur vieillesse conduit-elle à la mort?Les synthèses des dernières pages répondent particulièrement à cette double question.L’A.ne refait pas l’histoire des instituts; il accepte comme point de départ les œuvres historiques déjà existantes.En tant que psychosociologue, il vise à dégager de l’histoire « toutes les données utiles en vue de découvrir comment les instituts religieux .sont nés, se sont développés et se sont éteints » ou, pour certains, ont réussi à se régénérer.La présente étude ne se présente pas comme exhaustive, elle annonce un autre ouvrage à partir des résultats obtenus par ce premier travail.À noter que cette recherche a porté sur les instituts d’hommes.Elle vaut sans doute aussi pour les instituts de femmes.MOORE, Sebastian, L'Impasse ou les silences de la théologie.Trad, par Denise de Blanchard.Paris, Desclée De Brouwer, 1972; 174 pp.62 L’A.présente lui-même son ouvrage comme suit : « J’ai écrit ce livre il y a déjà quelque temps.Il pose une question.Une question sur Jésus, sur moi-même, sur le monde où Jésus a vécu, sur le monde où je vis ».Cette question peut se résumer ainsi : « Est-il possible que Jésus ait été ce que la foi chrétienne veut qu’il soit?» C’est donc sur le problème Jésus que PA.se penche.Et cet effort à ses yeux revêt une suprême importance, car le fondement premier de la foi chrétienne, ce n’est pas l’interprétation que nous a donnée de Jésus la communauté primitive.Ce fondement, ce doit être Jésus lui-même: sa vie, sa prédication du Royaume, sa mort.Là réside en effet l'accomplissement total de la promesse du salut qui est au cœur du christianisme.Les théologiens et les biblistes analyseront cet ouvrage avec intérêt ; le problème Jésus y prend un aspect nouveau.Agenda 1973.Paris, Lethielleux, 448 pp.9,50 Frs.Cet agenda 1973, est le 84e édité par Lethielleux.En plus d’être un calepin pour inscrire à chaque jour et à chaque heure ce que l’on ne veut pas oublier : engagements, réunions, rendez-vous, etc., ce carnet contient un vade-mecum liturgique.On y trouve notamment différentes formules de prières occasionnelles et de bénédictions.Il est donc «destiné à faciliter le travail pastoral du clergé, des religieux, des religieuses et des laïcs réalisant des tâches apostoliques ».Le mariage, engagement pour la vie?(Recherches et débats, 74).Œuvre collective du Centre catholique des Intellectuels français.Paris, Desclée De Brouwer, 1971 ; 198 pp., 11.00 F.(plus frais postaux).Point de lien plus ancien, point de réalité plus universelle, point d’institution qui, en apparence, fasse moins question que l’union matrimoniale de l’homme et de la femme.Pourtant le couple conjugal se transforme lui aussi en même temps que les mœurs.Présentement, une multitude de questions s’entrecroisent à son sujet.En octobre 1970, le colloque du Centre catholique des Intellectuels français se pencha sur l’un de ces problèmes: l’engagement pour la vie des époux.Ce caractère définitif du mariage, admis par les anciens, fait maintenant question pour certains de nos contemporains.La psychanalyse, la théologie, la démographie, la sociologie, le droit, la psychologie sont ici consultés.Des représentants de ces diverses sciences livrent dans ce volume les résultats de leurs recherches.La publication comporte trois parties: le couple et son environnement, l’épanouissement des personnes et l’engagement définitif, la foi et cette union pour la vie.Cette troisième partie prend l’aspect d’une réflexion pastorale, d’une méditation théologique.L’ensemble, toutefois, ne prétend pas dépasser le niveau de la recherche.Une quatrième partie du livre, complètement indépendante des trois autres, relate un débat sur la question suivante : « Pourquoi des théologiens?» L’importance des théologiens au Concile, la conscience collective qui semble naître chez eux et l’attention que leur accordent les moyens de communication rendent opportune cette interrogation.Des rues et des hommes.Une production de l’Office de catéchèse du Québec.1-Document pour l’éducateur, 166 pp; 2-Documents pour le jeune : 6 scripto-visuels et 4 écrits.Fides, 1972.Pour document 1 : $7.50.Pour document 2 : $5.00.“L’ensemble pédagogique Des rues et des hommes constitue un instrument catéchéti-que qui applique le programme d’enseignement religieux catholique prévu pour les adolescents de 16-17 ans (Secondaire V)” (p.11).L’objectif est de “permettre à la Parole de Dieu, qui est une Parole vivante pour des hommes vivants, de rejoindre les besoins fondamentaux et les intérêts de l’adolescent” (p.11).Cet ensemble participe “à la création d’une banque de thèmes catéchétiques et d’une banque de média diversifiés pouvant susciter la créativité aussi bien des éducateurs que des jeunes de 16-17 ans” (p.13).En plus des documents présentés ici, il y aura pour chaque classe et pour chaque 63 école un ensemble de média qui accompagneront la démarche de l’élève.La collection retient quatre thèmes: a) La rencontre du mystère de Dieu ; b) L'Église dans le monde d’aujourd'hui; c) Le chrétien et l’engagement politique; d) Les grandes questions de l’existence, telles que le sens de la vie, la souffrance, le mal, la mort, etc.Pour chaque thème, on offre les perspectives théologiques et anthropologiques, une bibliographie à jour; on présente les objectifs, les prérequis, les média eux-mêmes et enfin des propositions méthodologiques.Cette présentation des thèmes est elle-même précédée d’une longue présentation du programme (p.11-50).On ne peut qu’être dans l’admiration devant ce gigantesque travail qui s'inspire des meilleurs procédés pédagogiques, des découvertes psychologiques récentes et qui s’avère très au point dans son contenu théologique et anthropologique.Cette banque devrait servir non seulement aux jeunes et à leurs éducateurs, mais à tous ceux qui sont en quête de ressourcement.Cahiers de joséphologie, vol.XX, No 2, Juillet-Décembre 1972.Oratoire Saint-Joseph, Montréal.Ce cahier contient une conférence de Dom Gérard Mercier, O.S.B., consacrée à un traité inédit (17e siècle) sur saint Joseph par Dom Romain de la Place, O.S.B.; puis une étude de 33 pp., en langue anglaise, sur le saint patriarche par Michael D.Griffin, O.C.D.De plus, l'abbé René Laurentin, spécialiste de Lourdes, rapporte quelques paroles “simples, filiales et bien senties” de Bernadette Soubirous, révélant la dévotion de celle-ci au même saint.S’y ajoutent une chronique relative au culte de saint Joseph ainsi qu’une nomenclature de textes pontificaux ayant trait à ce culte.JANSSOONE, P.Frédéric, O.F.M., Pages choisies du Serviteur de Dieu (Sélectionnées par Romain Légaré, O.F.M.).Ed.B.P.F., 890 rue St-Maurice, Trois-Rivières, 1972; 78 pp., $1.00.Cette brochure présente une sorte de vie en raccourci du Père Frédéric Janssoone (1838-1916) par les textes du serviteur de Dieu.La première partie reproduit des faits autobiographiques, îa seconde, la pratique de dévotions préférées et la leçon de quelques vertus.Homme de son temps, le Père Frédéric est aussi homme de notre temps par l’esprit qui l’animait dans ses projets apostoliques, par les valeurs humaines et évangéliques qu’il a incarnées dans ses œuvres multiples.C’est par là que nous pouvons l’imiter et même l’envier; par là, il nous offre, de nos jours, un stimulant et un exemple.Parole-dimanche, année “B”.Oeuvre collective.Montréal, Fides, 1972; 279 pp., $5.00.D’une façon générale, les fidèles, laissés à eux-mêmes, peuvent difficilement nourrir leur foi des riches et surnaturels aliments de la Bible.C’est pourtant là une nourriture que l’Église juge nécessaire à la vraie vie chrétienne.C’est surtout à la messe dominicale que les catholiques sont appelés à communier à la Parole de Dieu.Le présent volume apporte des commentaires de toutes les lectures bibliques des dimanches de l’année liturgique “B”.Une page est consacrée à chaque lecture.Cette page est divisée en trois: le contexte de la péricope, le message que celle-ci contient et, en troisième lieu, la leçon qui s’en dégage pour notre temps.C’est donc à la fois bref et substantiel.Les auteurs — Pierre Bougie, Paul-André Gi-guère, Laurent Lafontaine, Jacques Lamarche, Jean Martucci — sont tous des prêtres licenciés en Écriture sainte.Ces textes ont déjà paru dans le feuillet biblique Parole-Dimanche.Nous les retrouvons ici réunis après avoir été “revus soigneusement et corrigés par les auteurs respectifs”.Inutile de souligner l’opportunité de cette publication et son utilité.Le tourisme (Le fait, ses virtualités chrétiennes, ébauche d’une pastorale—Coll.Présence).Publication collective.Montréal, Fides, 1972 ; 211 pp., $4.00 Le tourisme est un phénomène contempo- 64 rain dont les statistiques nous révèlent l’ampleur.“En 1970 seulement, nous apprend-on, 168 millions de visiteurs ont dépensé 23.1 milliards de dollars pour des voyages dans plus de cent pays.” L’Église ne saurait ignorer ce fait social.Elle considère que les enfants de Dieu ont droit à l’assistance chrétienne partout où ils se trouvent.Le présent ouvrage, élaboré avec soin par une vingtaine d’auteurs qualifiés, déborde le domaine strictement touristique.Il s’adresse aux agents d’animation culturelle, pastorale et sociale ainsi qu’à tous les animateurs en loisir.Il intéresse également ceux qui se préoccupent des questions relatives au camping, caravaning, plein air, croisières, sans oublier les vacanciers, les villégiateurs et l’hôtellerie.Cette publication a été éditée sous la haute direction de “la pastorale du tourisme de la Conférence catholique canadienne”.Elle est complétée, en annexe, par un document dû à la plume de Mgr Emanuale Clarizio, pro-président de la Commission pontificale pour les Migrations et le tourisme.Ces dernières pages ont pour titre : “La pastorale du monde en mouvement.” BILLET, Dom Bernard, Bernadette, une vocation “comme tout le monde".Paris, Lethielieux, 144 pp., 8 F.De prime abord, nous pourrions être portés à croire que l’élection de la vie religieuse par la Voyante de Lourdes fut un fait allant tout naturellement de pair avec le phénomène mystique des apparitions.Or, les choses ne se passèrent pas ainsi.“Maintenant, je suis comme tout le monde” aimait à répéter Bernadette.Au long des huit années qui suivent les apparitions, elle n’a pour s’orienter dans la vie d’autres lumières que celles de toute âme ordinaire.Dans ce livre, peu volumineux, on trouve un récit complet et détaillé d’un patient et laborieux cheminement qui finalement conduit la jeune privilégiée chez les Sœurs de la Charité et de l’Instruction chrétienne de Nevers.Là, dans la joie, s’épanouira sa vie spirituelle.Ainsi la Voyante nous apparaît comme l’une d’entre nous, empruntant pour avancer vers Dieu les sentiers de la foi.Son exemple éclairera ceux qui cherchent leur voie et stimulera toute âme à répondre aux appels du Seigneur, lequel s’exprime par la grâce et par les événements.AVIS Retraites intercommunautaires: 1er au 8 mars, La Prière, P.Jacques Beaupré, S.J.; 27 mars au 4 avril, « Expérience personnelle de prière », P.Roger Grisé, S.J.; 6 au 8 avril, Session Rochais, 3-C, M.Martin Marier, S.S.; 27 au 29 avril, Animation spirituelle 1-C, P.Marcel Dégarié, S.M.; 3 au 11 mai, Le Christ et l’Église, P.Gérard Deschamps S.M.M.Renseignements : Maison de M.-Réparatrice, 2975 boul.Laviolette, Trois-Rivières, P.Q. la VI© des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL 410, Qué., Canada FRAIS DE RETOUR GARANTIS COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE PORT PAYÉ À BEAUCEVILLE JOM.GENERALE 665 EST SOUL* MONTREAL 357 M357-8 SND9C GOU I N ENREGISTREMENT NO DS2B
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