La vie des communautés religieuses /, 1 octobre 1973, Octobre
8 OCTOBRE 1973 ia vie des communautés religieuses ABONNEMENTS -au Canada et aux États-Unis .$5.00 -à l’étranger par voie de surface .$6.00 -à l’étranger par voie aérienne .$9.00 La Revue est publiée tous les mois, sauf juillet et août.ADMINISTRATION La Vie des Communautés religieuses est publiée par les Franciscains de la Province Saint-Joseph au Canada.La Direction est assurée par Laurent Boisvert, o.f.m., assisté de Léonce Hamelin, o.f.m.et René Baril, o.f.m.Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles.Responsable du secrétariat : Thérèse Léger, s.s.a.On souscrit directement à la revue, sans l’intermédiaire des librairies ou des agences.Tout ce qui concerne la revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : La Vie des Communautés Religieuses 5750, boul.Rosemont Montréal H1T2H2 Canada Tél.259-6911 J.Leclercq, o.s.b.J.Lewis, s.j.M.Sauvé, s.n.j.m.La VIE des communautés religieuses Octobre 1973 Vol.31 — N° 8 Nos communautés sont-elles une transparence de l'Évangile ?.226 Nos communautés devraient aujourd’hui se poser deux questions: avons-nous un message?quel est notre auditoire?Notre message, c’est l Evangile, la Bonne Nouvelle d'amour, de justice et de paix.Notre auditoire, ce sont les pauvres, i.e.les » petits » en quête de vérité.Le célibat religieux, un drôle de témoignage.236 Ceux qui ont choisi le célibat n’ont pas à le vivre en fonction des autres, comme s’il était une forme de propagande.Ils ont à le vivre comme réponse à une vocation, en croyant que malgré les apparences il portera des fruits au niveau de la mission.Le féminisme et la Bible .242 La Bible considère la femme, non dans une optique féministe, mais dans la vision globale du salut.Jamais elle n’affirme son infériorité par rapport à l’homme.Si l’A.T.insiste sur la fonction de la femme, le N.T.met l’accent sur son être même.Les Livres NOS COMMUNAUTÉS SONT-ELLES UNE TRANSPARENCE DE L'ÉVANGILE?Ce titre énonce une question véritable et redoutable: il faut féliciter ceux qui ont eu le courage de la poser ; mais la seule condition, pour y répondre honnêtement, est cette forme de sincérité qu est l’objectivité.C’est l’un des signes de la vitalité de l’Église que son magistère l’ait clairement formulé, lors du Concile Vatican II et dans l’Exhortation pastorale de Paul VI aux religieux, dont les premiers mots indiquent le thème: « Evangelica testificatio, le témoignage évangélique.» Il revient maintenant à ceux qui sont mis en question, les religieux, de donner ou de ne pas donner cet autre signe de vitalité que sera une réponse positive.Si tel Supérieur général parle aujourd hui, avec tant d’insistance, de la nécessité de « revenir à l’Évangile » et « d’en vivre la règle sincèrement » ', n’est-ce pas 1 indice que 1 on s en était écarté, et que l’existence n’en était pas réellement imprégnée?Une enquête récente sur la religion des habitants de Rome révélait que 26,4% d’entre eux placent les religieuses en tête d’une liste de raisons qu’ils ont de considérer avec antipathie les institutions ecclésiastiques, la responsabilité d’une telle attitude retombe-t-elle uniquement sur l’ignorance ou la mauvaise volonté du quart de la population de cette ville considérée comme chrétienne, ou n’est-elle point partagée par les 20,500 religieuses qui constituent le pourcentage d’une pour trois cents romains?1 2 On comprend que des théologiens, répondant aux vœux du Concile, du Pape, et de beaucoup de religieux eux-mêmes, scrutent le Nouveau Testament afin de trouver en lui les fondements spirituels de la vie religieuse.3 1.CHARLES H.BUTTIMER, Supérieur général des Frères des Écoles Chrétiennes, Is Religious life to survive?, dans America du 3 février 1973, p.86-87.2.D’après une enquête de la Ciris, résumée par E.MASINA, Vita religiosa nella socielà che cambia, dans La Rocca, janvier 1973, p.19.3 Le livre de DAVID M.STANLEY, s.j., Faith and Religious Life: A New Testament Perspective, Paulist-Newman Press 1972, est l’un des meilleurs ouvrages parus récemment en ce domaine.226 Nos communautés ne sont pas dispensées de s’interroger de la même façon.Et la réponse que l’on est amené à apporter, quand on a vu beaucoup d’entre elles, ne peut pas être simplement affirmative ou négative.Mais elle peut développer l’interrogation en lui donnant la forme d’un examen de conscience proposé à chaque religieux, à chaque religieuse, et à chaque communauté.Il peut porter sur deux points principaux: quel est cet Évangile dont on se demande s’il transparaît dans nos existences conventuelles?Et y transparaît-il vraiment?L'Évangile Qu’entend-on par ce mot?Plusieurs défauts de méthode sont à éviter sur ce point.Il faut d’abord se méfier d’un littéralisme qui exigerait qu’on applique à la lettre certains versets des Évangiles, et que l’on juge d’après le critère qu’ils constituent, sans tenir compte ni du genre littéraire qui a déterminé et qui explique la signification de ces textes, ni des circonstances historiques, du milieu culturel et de la tradition spirituelle, qui seuls permettent de les interpréter correctement.Un autre excès serait une sorte d’idéalisme grâce auquel on projetterait, sur le passé ou le présent, une sorte de mythe ou de conception abstraite de ce qu’aurait dû être ou devrait être l’Évangile.Depuis le moyen âge, l’histoire a connu, dans plusieurs des Églises d’Occident, bien des « réveils évangéliques » de cette sorte, qui insistaient sur un aspect particulier, parfois fort extérieur, du message qu’on identifiait avec l’Évangile à ce point qu’on oubliait d’autres éléments authentiques.Il est beau que cet écueil ait été évité par le mouvement evangelical anglican du XIXe siècle et par le concile de renouveau que fut Vatican II.Si nous voulons nous en garder, nous aussi, nous devons réaliser trois conditions qu’il suffira ici d’énoncer brièvement: 1) une vie conforme à l’Évangile est affaire de conversion du cœur, de dispositions intérieures, avant d’apparaître en manifestations visibles; 2) il faut viser à vivre de tout l’Évangile, et non choisir et privilégier tels aspects, et en négliger d’autres ; 3) chaque personne et chaque groupe doit accepter des limites dans ce qu’il rend visible de l’Église; selon ce principe antique : « Non omnia possumus omnes.Nous ne pouvons pas tous tout faire », il n’est pas demandé à tous de manifester également toutes les implications pratiques de l’exigence évangélique fondamentale.Néanmoins, l’Évangile, si l’on entend bien ce mot, est un tout, et si chacun de nous est limité dans l’expression extérieure qu’il lui donne, il doit vivre de sa totalité.En quoi consiste-t-elle?Pour le savoir, on peut 227 se demander ce que Jésus et ses premiers disciples ont placé sous ce mot d'évangile, quand celui-ci fut annoncé, proclamé, prêché, avant même d’être mis par écrit dans les textes qui furent appelés les Évangiles.Or un simple regard sur une Concordance du Nouveau Testament est suffisamment éclairant: l’Évangile, conformément au sens des deux éléments dont ce terme est composé en grec, est essentiellement une «bonne nouvelle», la bonne Nouvelle par excellence, celle qui est définitive, universelle, qui peut et doit transformer l'existence de tous les hommes: la bonne Nouvelle que le règne de Dieu leur est donné en Jésus-Christ par son Esprit4.Dans l’enseignement de Jésus d'après les Synoptiques, la bonne Nouvelle est toujours celle du royaume qui avait été promis aux pères, et qui advient dans la parole que Dieu adresse maintenant aux Hommes: une parole de paix, capable de mettre fin aux divisions religieuses antérieures, et de réconcilier ceux qui l'accueillent avec Dieu et entre eux; S.Luc insiste sur le fait que cette nouvelle libératrice est annoncée aux pauvres5, c’est-à-dire à ceux qui étaient dans le besoin de ce don de Dieu.Et pour S.Paul aussi, l’Évangile est toujours une nouvelle « d'espérance », qui donne espoir en apportant « le salut » : c’est l’annonce « de la grâce de Dieu », du « nom » de Jésus devenu « Seigneur », de « la gloire du Christ », de « 1 immortalité » ; c est «la force de Dieu pour le salut de tout croyant»6; c’est une vérité qui « engendre en Jésus-Christ », parce qu’elle fait participer au mystère de sa personne, à toute sa vie, à sa mort et à sa résurrection.Elle n’est pas à mesure humaine7.L’Apocalypse ajoute que c’est là une nouvelle «éternelle», annoncée à toute la terre8.Ce n’est point seulement une vérité proclamée, c’est une réalité introduite dans le monde; un règne instauré, un salut qui pénètre et illumine toute l’existence.Il s’agit toujours d'un Sauveur, qui est là, présent, fort, agissant, apportant tous les biens qui étaient promis pour le Règne: la paix, la joie, la justice, l’Esprit Saint.Il est venu pour ces « pauvres » que sont, au sens biblique du mot, ceux qui ont faim de Dieu, ceux qui l’attendent et le désirent, ceux qui ont besoin d'espérance, en 4.On peut trouver des colonnes entières de versets du Nouveau Testament, intelligemment classés, avec leurs références, dans SOEUR JEANNE D'ARC, etc., Concordance biblique.Nouveau Testament.Paris 1970 p.26-27.Ici ne seront données que quelques références.5.Le 4,18; 7,22.6.Rom 1,16.D’autres textes sont présentés par D.MOLLAT, art.Évangile, dans Dictionnaire de spiritualité, VI, 2, Paris 1961, col.1755.7.Textes, ibid., col.1756.8.Apoc.14,6.228 particulier les « petits » et les « pécheurs ».Car le salut est d'abord un pardon : Jésus révèle qui il est en prenant l’initiative d’aller vers les pécheurs pour les remettre en paix avec lui, avec Dieu9.11 s’agit d’un amour généreux, expansif, qui vient de Dieu pour être communiqué aux hommes par l’Esprit Saint, envoyé du Père et de son Fils incarné.La teneur du message ne se comprend pleinement que si l’on n’oublie pas à qui il s’adresse : les pauvres.« L’Évangile leur est destiné.Qui sont ces pauvres»?Isaïe pensait aux conditions précaires du rétablissement des exilés à Jérusalem.Néanmoins, la pauvreté représentait déjà pour lui plus qu’une condition matérielle déficiente; elle impliquait une attitude spirituelle: la fidélité à Dieu dans la petitesse, l’indigence, la faiblesse.De même en va-t-il des « pauvres » auxquels Jésus annonce la bonne Nouvelle du règne de Dieu.Ce sont les petites gens, la foule des humbles, le « peuple de la terre », qui ne connaît pas la loi et que méprisent scribes et pharisiens.Si l’évangile leur est proclamé, s’ils en sont les destinataires attitrés, c’est que la pauvreté les préserve normalement de la suffisance ; elle les prédispose mieux que les richesses à entendre la bonne Nouvelle et à discerner la compassion divine dont elle procède.De fait, ces « pauvres » avides du pain de la parole se serrent auprès du bon Pasteur, «comme des brebis qui n’ont pas de berger».Malgré ses illusions, sa légèreté, ses infidélités, son inconstance, cette foule demeure le vrai terrain de la bonne Nouvelle messianique et le royaume y trouvera, selon l’expression de L.Cerfaux, « ses sujets-nés »10.Ainsi, la bonne Nouvelle qu’est l’Évangile de Jésus-Christ doit se manifester par une vie menée selon les Béatitudes: une existence marquée par l’union confiante avec Dieu, l’humilité, la pauvreté, la douceur, d’un mot: la charité.Tel est donc, essentiellement, cet Évangile dont nous avons à nous demander si nous en sommes la « transparence », conformément à ces pressantes paroles de Paul VI : « Chers religieux et religieuses, selon les modes que requiert l’appel de Dieu à vos familles spirituelles, il faut que vos yeux s’ouvrent tout grands sur les besoins des hommes, leurs problèmes, leurs recherches, témoignant parmi eux, dans la prière et dans l’action, de la force de la Bonne Nouvelle d’amour, de justice et de paix.L’aspiration de l’humanité à une vie plus fraternelle entre 9.Voir sur ce point, 1 admirable chapitre de J.GUILLET, Jésus devant sa vie et sa mort, Paris 1971, p.75-82.10.D.MOLLAT, art.cit., col.1749, avec références ; à la fin est cité L.CERFAUX, La voix vivante de l’Évangile au début de l’Église, Tournai-Paris 1946, p.16.229 personnes et entre nations exige avant tout une transformation des mœurs, des mentalités et des cœurs.Cette tâche, qui est celle de tout le Peuple de Dieu, est la vôtre à un titre particulier.Comment la remplir sans ce goût de l’absolu, qui est le fruit d’une certaine expérience de Dieu?C’est dire combien le véritable renouveau de la vie religieuse importe au premier chef pour la rénovation de l’Église et du monde.« Ce monde a plus que jamais besoin de voir en vous des hommes et des femmes qui ont cru à la Parole du Seigneur, à sa Résurrection et à la vie éternelle, au point d’engager leur vie terrestre pour attester la vérité de cet amour qui s’offre à tous les hommes.L’Église n’a cessé, à travers son histoire, d’être vivifiée et réjouie par tant de saints religieux et religieuses, vivants témoins, à travers la diversité de leurs vocations, d’un amour sans limite, du Seigneur Jésus.Cette grâce n’est-elle pas pour l’homme d’aujourd’hui un souffle vivifiant venu de l’infini, comme une délivrance de lui-même, dans la perspective d’une joie éternelle et absolue?Ouverts à cette joie divine, renouvelant l’affirmation des réalités de la foi, comprenant chrétiennement à leur lumière les besoins du monde, vivez généreusement les exigences de votre vocation.Le moment est venu du plus grand sérieux dans la rectification de vos consciences, s’il en est besoin, et aussi de la révision de toutes vos vies pour une plus grande fidélité.»11 Comme le dit très justement le terme employé par le Pape, l’Évangile, plutôt qu’un programme d’action précis et détaillé, apporte une mystérieuse «exigence», qui s’impose à la conscience, mais respecte la liberté quant à ses réalisations et manifestations concrètes|:.À chacun de nous, et à toutes nos communautés, de se laisser interpeller par ce mystère, en un loyal examen de conscience.La transparence Quelles réalités mystérieuses laissons-nous transparaître en nos existences et en nos communautés?À ceux qui nous regardent vivre, que permettons-nous d’entrevoir?Est-ce vraiment la personne et l’œuvre de Jésus-Christ, est-ce la charité, le salut?Sommes-nous un signe d’espérance, et pour qui, de quelle façon?Sommes-nous des messagers de joie dans l’Esprit Saint?Ici encore, gardons-nous d’un simplisme illusoire: il ne peut s’agir d’une irradiation qui soit toujours directe et immédiate, c’est-à-dire qui 11.Evangelica testificatio, n.52-53.12.Significatif est le titre de l'ouvrage de E.NEUNHÀUSSLER, Anspruch und Antwort Gottes, Dusseldorf 1962, traduit en français sous le titre Exigence de Dieu et morale chrétienne, Paris 1971.230 ne passe par aucune forme, aucune médiation.Jésus aussi a accepté celles de son temps et de son milieu, il a utilisé leurs moyens d’expression.Mais, dans notre cas, ces nécessaires médiations dissimulent-elles son message, ou le révèlent-elles?Et à qui?Comment?Ne rendent-elles point visible, quelquefois, une culture, un passé, au moins autant que l’Évangile?Certes, nous n’avons pas à témoigner d’une «culture évangélique», si l’on entend par là celle du milieu où Jésus a vécu.En nous comme en lui, le message évangélique est toujours lié à une culture, à travers laquelle il doit passer; mais il doit rester transparent.Est-ce toujours le cas?Les signes extérieurs que nous présentons aux regards, quant à notre style d’existence, nos bâtiments, notre économie, notre langage, à commencer par celui que nous employons dans la prière, permettent-ils de saisir le mystère qui motive notre célibat, notre détachement, notre vie de communauté, notre obéissance volontaire, notre volonté de charité, d’accueil et de partage, et d’annonce de l’Évangile, l’amour, enfin, qui est dans notre cœur, et la joie dont il nous emplit?Si ces signes limitent la transparence du message, auprès de qui le limitent-ils davantage?N’est-ce point, parmi ceux qui désirent Dieu, auprès de ceux qui auraient le plus grand besoin d’un langage qu’ils puissent saisir?Certes, il y a de ces affamés de Dieu parmi les riches et les gens cultivés; mais il y en a aussi, au moins autant, parmi les pauvres et les simples: la réalité du salut, qui inspire notre vie, est-elle aussi transparente pour eux qu’elle l’est pour une certaine élite qui a reçu aisance et instruction ?Il serait aisé de multiplier de telles interrogations, en les faisant porter sur chacun des points de notre vie: par exemple, notre façon d’exercer et d’accepter l’autorité, ou de pratiquer la pauvreté révèle-t-elle l’attitude de service réciproque et de détachement qu’exige l’Évangile, ou certaines formes de gouvernement et d’économie?Dans ces deux domaines, ce qui détermine les décisions est-il un critère évangélique, ou sont-ce les conceptions personnelles d’un homme, d’une femme, ou de plusieurs, qui sont marqués par une tradition historique?Se demande-t-on : « Comment référer telle conduite à l’Évangile?»13 Ceux qui nous voient se le demandent parfois: que répondent-ils, s’ils ont le sens évangélique?N’aurions-nous pas à les interroger?D’une manière générale, c'est tout l’ensemble de nos institutions qui est ainsi mis en question.Il est sans doute exagéré de dire, comme 13.Tel est le problème qu’a courageusement soulevé le P.Abbé Primat des Bénédictins, R.WEAKLAND, L'abbé dans une société démocratique, dans Collectanea Cister-ciensia, 31 (1969), p.102-108.231 je l’ai entendu, que parmi les réalités dont l’Évangile a parlé, celle dont nous témoignons le plus est le pharisaïsme.Cette boutade peut cependant recéler une part de vérité, dans la mesure où nous faisons parfois passer l’observance d’une législation — fût-ce celle des Constitutions, et même de la Règle — avant une exigence de la charité « évangélique » ; mais, puisqu’elle l’est, mieux vaut recourir plus souvent savent plus sur la Règle que sur l’Évangile.» 11 est réconfortant que plusieurs, aujourd’hui, spécialement parmi les jeunes, préfèrent entendre parler de l’Évangile que de la Règle.Non que celle-ci ne soit pas « évangélique » ; mais, puisqu’elle l’est mieux vaut recourir plus souvent à sa source.Et dans sa façon de l’être, elle reflète une manière d’interpréter les textes dont les progrès de la science biblique d’aujourd’hui nous fofvt percevoir les limites.Ne rêvons pas d’éliminer toute obscurité dans la tâche, si difficile, de rendre l’Évangile transparent.Mais ne nous résignons pas non plus à des ambiguïtés qui ne viennent pas de lui.Il y aura toujours une distance entre la conviction qui anime notre vie, et son expression, entre notre attitude intérieure et sa manifestation.Mais il doit y avoir corrélation entre elles, et la pratique ne doit pas démentir l'inspiration.Or la profession des conseils évangéliques n’a-t-elle pas été parfois concomitante avec une situation économique et juridique privilégiée, qui pouvait donner l’impression qu’on était dispensé des exigences qu’a l’Évangile pour tout fidèle?Une certaine interprétation du vœu de pauvreté n’a-t-il jamais fait apparaître les religieux comme des chrétiens qui ont toujours le droit d’accepter et ne sont jamais obligés de donner?Il y a des quartiers de Rome, et d’autres villes — surtout en Afrique et en Asie, mais également en d’autres parties du monde — où tous les édifices spacieux, construits avec des matériaux coûteux au milieu de vastes espaces verts, et équipés des installations mécaniques les plus modernes, appartiennenent à ceux et celles qui ont fait le vœu de pauvreté ou se préparent à l’émettre.Ils sont même les seuls de la zone à vivre en un tel cadre, alors que les gens ordinaires ont des habitations moins dispendieuses.Et quand on s’en étonne auprès d'eux, on constate que, bien que d’origine souvent modeste, ils ont, pour justifier ces faits, une apologétique non inspirée de l’Évangile, mais fondée sur la générosité de tel riche donateur, ou la bonne administration des biens de l’institut, ou la nécessité d’assurer des conditions favorables à l’étude, à la prière et au travail apostolique.Certes, toutes ces activités demandent des moyens, ceux qui ont rendu proverbiale, en plus d’un endroit, l’expression « être riche comme un missionnaire ».Et sans aucun doute peut-on pratiquer le détachement, à titre personnel, dans un cadre 232 opulent et une institution dont les finances sont prospères.Mais, dans ce cas, est-il plus approprié de parler, quant au message évangélique, de transparence, ou bien d’opacité?Reconnaissons sincèrement — comme l’ont fait les supérieurs de monastères d’Amérique latine rassemblés à Rio de Janeiro en 1972 14 —, que malgré des références verbales à l’Évangile et une sincère recherche personnelle chez leurs membres, nos couvents ne sont pas pour le monde — le monde réel, qui ne se réduit pas à une clientèle « select » — le signe qu’ils devraient.Il est douloureux de penser que tant d’efforts de vertu et d’amour des autres dans les individus ne produisent pas une institution qui les révèle.Et l’on comprend que certains se demandent, avec un sérieux qui mérite le respect, s’il y a un espoir fondé de restauration évangélique dans les grandes communautés.N’est-on pas en présence d’un état de fait trop lourd pour être modifié : architecture, usages, organisations hiérarchiques centralisées, poids des traditions, force de loi reconnue aux idées de ceux qui ont peur de modifier le statu quo.Si l’on était ramené, par les circonstances, à des groupes plus restrints, plus « légers », ce pourrait n’être qu’un retour à ce qui fut le cas de la plupart des monastères au moyen âge ainsi qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles l5.Encore, si cette évolution ne s’accomplissait que sous la pression des faits, n’atteindrait-elle pas la situation à sa racine.La vérité, c’est que, sincèrement, il est des religieux qui recherchent « la perfection » par des moyens qu’on leur propose comme efficaces sans avoir vérifié, d’abord, s’ils sont humainement adaptés aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, et, ensuite, s’ils sont véritablement aptes à conduire à plus de charité théologale.Il est certain que les couvents offrent des possibilités de culture religieuse, et même profane, qui sont privilégiées.Les petits groupes n’en ont pas les moyens.Mais en ceux-ci, l’Évangile n’est-il par rendu transparent d’une façon plus accessible aux pauvres de Yahvé, à ceux qui éprouvent, pour eux-mêmes et pour le monde, le besoin, l’indigence de son royaume?14.Encuentro monastico latino-americano de Rio de Janeiro.20-30 julio 1972, Conelusiones finales del encuentro, dans Cuadernos monasticos, 7 (1972), p.248: Pour vérifier dans quelle mesure la situation ici décrite était déjà celle du moyen âge, on trouvera quantité d'indications dans G.ZIMMERMANN, Ordensleben und Lebenslandard.Die Cura corporis in den Ordensvorschriften des abendlandischen Hochmittelalters, Munster Westfalen 1973.15.C’est ce qui ressort, pour le moyen âge, des études de LESTER K.LITTLE, The Size and Governance of Medieval Communities, dans Studia Gratiana, 15, Rome 1972, p.377-398, et des résultats des travaux du P.J.Dubois; voir, par exemple, son article intitulé La vie des moines dans les prieurés du moyen âge, dans Lettre de Ligugé n 133, 1969, p.10-33.' 233 Ainsi, comme l’examen du Nouveau Testament, la réflexion sur les faits nous ramène-t-elle à cette question primordiale : nos communautés rendent-elles transparente une espérance de salut?Communiquent-elles au plus grand nombre d’hommes possible la certitude que Jésus-Christ est là, agissant dans le monde par son Esprit, et que sa grâce répand la paix, la justice, la charité, avec la joie qui est leur fruit et le signe de leur présence?Annonçons-nous une réalité divine qui est toujours « nouvelle » et toujours « bonne »?L’obligation de le faire incombe à tous, qu’ils mènent une vie d’apostolat actif ou une vie de prière.Aux premiers, l'un deux.adressait récemment cette interpellation: «Quel visage donnons-nous à ces hommes qui nous voient vivre souvent si loin d’eux?Dans la mesure où nous nous sommes rendus proches et solidaires, est-ce pour y vivre dans la folie du message de la croix, le rayonnement de la Présence du Ressuscité?.Au fond, il s’agit beaucoup moins d’être des organisateurs d’œuvres, fussent-elles sécularisées (syndicat, politique.) que d’être, dans la communion au Christ pauvre, là où il vit dans ce monde, témoins de la présence de sa Résurrection »l6.Quant aux contemplatifs, leur existence n’est nullement, dans l’Église, un luxe aussi coûteux qu’improductif.«On ne le dira jamais assez: un aggiornamento du christianisme qui ignorerait le rôle de la prière et de la contemplation dans la vie de l’Église sera condamné à la stérilité.L’Église est inconcevable sans contemplatifs, tout comme la culture est inconcevable sans poètes et artistes, dont la mission est d’entretenir dans l’âme des hommes ce que G.Marcel appelle «les pouvoirs d’émerveillement ».Le rôle de la vie contemplative est de maintenir vivant dans l’Église « le goût de Dieu » et de montrer que les béatitudes évangéliques ne sont pas des projections d'un grand rêveur, mais promesses d’un Dieu fidèle.Aux contemplatifs de témoigner par l’expérience d’une vie menée sous le signe des fruits de l’Esprit amour, joie, paix, que les béatitudes peuvent devenir réalité vivante et libératrice pour ceux qui cherchent d’abord le Royaume de Dieu et sa justice »17 Mais ce témoignage d’un théologien doit être complété par ce regret d’un homme d’action, qui faisait sans doute allusion aux formes modernes de la clôture chez les moniales.Après avoir constaté, dans le monachisme, un renouveau l8, l’abbé Pierre ajoutait que, pourtant, ses membres «ne rendent plus témoignage, au cœur des masses, à la 16.Cité dans le Bulletin de l’organisation Dialogue et coopération, 1973, n.1.17.A.DONDEYNE, Comment s'articulent amour de Dieu et amour des hommes ?dans Revue théologique de Louvain, 4 (1973), p.11.18.Abbé Pierre Speaks, Londres 1957,95-96.234 splendeur de la lumière mystérieuse de l’Évangile, en plein drame humain.Car le peuple ne les voit plus vivre en communauté sous ses yeux »l9.En tout état de cause, il paraît difficile d’éluder ce dilemme: si la vie religieuse semble, de nos jours, à certains, dépourvue d’actualité, malgré les valeurs évangéliques dont elle se réclame, c’est que ces valeurs sont ou mal vécues ou mal comprises.À chacun de ceux qui mènent cette vie ou qui la voient mener, il incombe de se demander dans quelle mesure il est responsable d’une telle situation, afin d’y remédier, coûte que coûte, sans s’arrêter à des solutions faciles.L’enseignement de l’Église, l’expérience, la fidélité à un appel que nous avons reçu de Dieu maintiennent en nous cette conviction très ferme que la vie religieuse, avec le refus qu’elle implique de certaines valeurs terrestres, est aujourd’hui un témoignage pour qui cherche la vérité, une aide pour ceux qui doivent vivre en ces valeurs terrestres.Et sans doute, ce qui impressionne nos contemporains n’est-il pas seulement le « qu’ils soient un » préconisé par Jésus comme signe attirant, mais le fait de chrétiens à la fois dégagés de ce qui, habituellement, colle l’homme à la terre, et intéressés, en vertu même de la bonne Nouvelle qu’ils ont prise au sérieux et de l’amour dont elle a pénétré leur vie, à toute valeur humaine.Jean Leclercq, o.s.b Abbaye Clervaux (Luxembourg) 19.Ibid., p.175 235 LE CÉLIBAT RELIGIEUX, UN DRÔLE DE TÉMOIGNAGE Aujourd’hui, autant l’activité sexuelle, même en dehors du mariage, est montée en épingle, autant le célibat consacré a souvent mauvaise presse.On le perçoit comme incongru à un moment de l’histoire où l’on a redécouvert la beauté du corps et de ses diverses expressions; on le considère comme infidèle à l’insertion du chrétien dans le monde et dans la vie réelle d’ici-bas; on l’accuse parfois d'être une mutilation de la personne, voire une hypocrisie ou un dédain maladif de la chair.Ces dernières années, des penseurs catholiques ont cru qu il ne faut pas voir un appel à la virginité dans la fameuse affirmation de Mt 19: 12 : « Il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des cieux.» Ils l’expliquent, contre toute la Tradition, dans le sens d’une abstention de l’acte conjugal chez un homme marié.C’est bien discutable, à mon avis, surtout si l’on tient compte aussi de 1 Cor 7:8.L’exégète protestante Suzanne de Diétrich commente ainsi le passage de Mt 19: « Il est des célibats forcés.Mais le célibat peut être une vocation librement consentie, pour une consécration exclusive au service de Dieu» (Mais moi je vous dis, 1965, p.124).Les Bonnes Nouvelles Aujourd’hui, traduction publiée en 1971 par des sociétés bibliques internationales, disent en note: « D’autres ne se marient pas à cause du Royaume des cieux.» Enfin, la nouvelle Traduction œcuménique de la Bible (TOB), parue en 1972, écrit simplement en bas de page : « Certains hommes sont tellement pris par le Royaume des cieux qu'ils ne se marient pas.» Est-il vraisemblable, d’ailleurs, que Jésus, qui ne s’était pas marié, à l’encontre des habitudes de son milieu, ait demandé à certaines personnes de le suivre d’une manière spéciale, sans songer au célibat qu’il vivait en liaison avec le Royaume et en relation avec son Père?236 Le célibat comme témoignage Depuis un certain temps, bien des théologiens justifient le célibat consacré par sa valeur, non de perfection chrétienne, mais de signe ou de témoignage concernant le Règne de Dieu réalisé dès le monde présent.Vatican II est allé dans le même sens: «La profession des conseils évangéliques apparaît comme un signe.L’état religieux manifeste davantage à tous les croyants les biens célestes déjà présents en ce monde, il témoigne plus éloquemment de la vie nouvelle et éternelle acquise par la rédemption du Christ » (LG 44).Plus récemment, l’exhortation apostolique Evangelica testificatio (n.7), dont le titre est déjà significatif, affirme que les religieuses et les religieux sont bien le « signe vivant » dont parlait Lumen Gentium.Là justement se présente, pour certaines personnes consacrées, une impasse, ou tout au moins une question.On nous demande, disent-elles, à nous, religieuses et religieux, d’être, par notre célibat, des signes ou des témoins.Mais comment témoigner de ce à quoi notre époque, bien souvent, ne croit pas?Même des chrétiens récusent la virginité, ne voient rien qui la légitime.Qu’est-ce alors qu’un signe qui n’est pas perçu comme tel?À quoi rime la manifestation du Royaume sous une forme qui reflète une trahison de la réalité humaine?Des religieuses et des religieux semblent vivre leur célibat comme une erreur, une situation inadaptée, un engagement inutile, un non-sens.Du moins, on s’interroge là-dessus, ici et là, dans les communautés.Quel témoignage?Pour voir clair dans cette difficulté et pour guérir la souffrance qu’elle engendre, il faut, me semble-t-il, bien comprendre ce qu’est un témoignage.Et d’abord, il importe de distinguer entre le témoignage de la parole et celui de la vie, car il y a témoignage et témoignage.Le témoignage de la parole a été confié aux Apôtres et aux évangélisateurs qui les suivraient de génération en génération.Jésus, dans l’Évangile, applique les Écritures à sa mort et à sa résurrection qui apportent le salut, et il ajoute que cela doit être « proclamé à toutes les nations », c’est « de cela que vous êtes témoins » (Le 24 :45-48).Avant de mourir, il prie son Père pour ses disciples et « pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi» (Jn 17:20).L’Évangile doit être annoncé par la parole.Il ne s’ensuit pas que ce témoignage vaille du fait qu’il est reçu ; il vaut avant tout du simple fait qu’il est proclamé.Jésus ne parle pas parce qu’il est sûr qu’on admettra son enseignement ; il sait même que souvent on le refuse ou le saisit mal.Semblablement, Pierre 237 et Jean déclarent devant le Sanhédrin: «Nous ne pouvons pas ne pas publier ce que nous avons vu et entendu », après avoir, en tout respect de la liberté, dit clairement : « S’il est juste aux yeux de Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu, à vous d’en juger» (Ac 4: 19s).«Malheur à moi», s’écrit saint Paul, « si je n’évangélise pas!» (1 Cor 9: 16), et ailleurs il écrit : « Mais tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle ; Isaïe dit en effet : Seigneur, qui a cru à notre prédication?» (Rm 10: 16).Un évangélisa-teur ne prêche pas parce que ses auditeurs sont tous prêts à accueillir son message.Il prêche parce que le Seigneur l’y appelle: « Voici que je vous envoie», et parce qu’il abandonne à l’Esprit le succès de sa prédication, en sachant que «la Parole est vivante et efficace» (He 4: 12).Il doit, dans la mesure où c’est possible et souhaitable, s’adapter à son public, et il doit parler avec discernement, mais sans édulcorer l’Évangile de Dieu, sous prétexte de « réussir » dans sa mission.C’est, du reste, ce qu’on demande à tout témoin, au niveau terrestre aussi: comment proposer, par exemple, à Roger Garaudy d'atténuer son socialisme d’autogestion afin d’avoir l’oreille de tous?Ce qui a été dit plus haut de l’évangélisateur attitré vaut pour tout croyant qui a l’occasion d’affirmer sa foi.Dans les deux cas, on témoigne parce que la vérité l’exige, et on se garde bien de viser un succès à tout prix : la Vérité se défend et agit par elle-même (et on ne peut pas, d’ailleurs, en mesurer le fruit).L’apparente futilité du témoignage oral, qui n’est pas chose rare, a de quoi déconcerter le témoin, mais l’espérance doit garder le premier mot et le dernier.« Proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2Tm 4: 2).Jésus témoigne par sa vie Le Christ est la Parole personnelle de Dieu, le Verbe.En outre, on peut le constater dans les évangiles, il a beaucoup parlé durant sa vie publique.Il enseignait dans les synagogues, sur la route, près du lac de Génésareth, au Temple, un peu partout.« Il proclamait l’Évangile de Dieu » (Mc 1 : 14), la foule reconnaît qu’il s’exprime en « homme qui a autorité » (Mc 1: 22), elle est « en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche» (Le 4:22).Il faut remarquer, cependant, que Jésus témoigne moins par sa parole que par sa personne, ses actions, sa vie.Saint Luc commence ses Actes des Apôtres par la phrase suivante dont l’ordre des mots semble intentionnel : « Dans mon premier livre (le 3e évangile), j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné.» Au dernier chapitre de son évangile, les disciples d’Emmaüs 238 désignent Jésus comme « un prophète puissant en œuvres et en paroles » (Le 24: 19).Chez Jean, les chefs juifs accusent Jésus de blasphème à cause de ce qu’il a dit ; alors il leur déclare : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas; mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres» (Jn 10:38).Jésus est principalement témoin en étant le Fils qui réalise le dessein de Dieu ; il est le Prophète-Serviteur annoncé par Isaïe, qui «offre sa vie en expiation» et «sauve des multitudes».Il est témoin par son existence même.À cet égard, le témoignage du célibat vécu ressemble au témoignage de Jésus-Christ, bien qu’une personne consacrée puisse, à l’occasion, parler de son célibat, par exemple quand on l’interroge là-dessus.Signe par la vie La profession religieuse nous engage à un mode de vie que caractérise, entre autres, le célibat consacré.Quand ils réfléchissent sur l’état religieux, un théologien ou un concile peuvent et doivent le fonder sur des motifs inspirés par la Révélation, de sorte que les personnes consacrées sachent discerner le sens de leur célibat et aussi y trouver une inspiration.Mais autre chose est une théologie et autre chose est une disposition vivante.Un conjoint ne cherche pas à prouver son amour, ni à illustrer la théorie d’un psychologue ou d’un philosophe sur l'amour; il aime, c’est tout.Il ne s’efforce même pas, s’il est chrétien, à montrer que son lien conjugal représente l’union du Christ avec son Église; il aime de tout son cœur chrétien, c’est tout (bien qu’il puisse être éclairé et soutenu dans son amour chrétien par la position de saint Paul sur le « grand mystère » du mariage).Ainsi la réflexion théologique amène à voir le célibat consacré comme un « signe » ou un « témoignage » portant sur la présence actuelle du Seigneur ressuscité et sur la condition qui sera celle des élus dans le monde à venir, «où l’on ne prend ni femme ni mari» (Mt 22:30 et parall.).Toutefois, le témoignage par la vie diffère du témoignage par la parole.On peut devenir prêtre en vue de proclamer la Parole, d’être témoin de la Bonne Nouvelle, sans pourtant l’imposer.Par contre, on n’entre pas dans l’état religieux en vue de justifier une position théologique.On y entre simplement parce qu’on y a été appelé par le Seigneur.Le témoignage, alors, n’est pas un but, mais un résultat.Si paradoxal que cela puisse paraître, le témoignage n’a pas à être poursuivi comme une tâche qu’on s’assigne, il doit découler par lui-même du célibat bien vécu.Une personne consacrée est un signe sans le faire exprès, sans rien afficher.Ce qui fait le fond de la vie du Christ, 239 c’est « Le Père m’aime » (Jn 10: 17) et « J’aime le Père » (Jn 14: 31) ; de même, le tout de la vie d’une personne consacrée tient dans le mot prononcé un jour par le Seigneur: « Viens, suis-moi ».Tout le reste est relatif.Jésus ne s’est pas mis en frais de prouver que Dieu aime l'homme (tout en le disant, puisqu’il avait mission de prophète): il «aima jusqu’au bout », de la part du Père et pour que l’humanité vive de Dieu.De la même façon, il n’a pas disserté sur la signification de la souffrance et de la mort : il s’est offert dans sa Passion, que Dieu a transformée en Vie nouvelle.Un exemple frappant du signe ou du témoignage donnés sans parole et sans préméditation est celui du signe ou du témoignage que donne, aux yeux de Jésus, l’enfant.Pour Jésus, qui y insiste, l’enfant, parce qu’il est sans puissance ni prétention, est le type de l'être humain qui peut accueillir le message de salut, le type du croyant.C’est l’être même de l’enfant qui est signe et témoignage.L’enfant ne se propose pas d’être un signe, ni ne se fixe un témoignage à porter; il en est incapable.Et pourtant, lui seul nous dit comment entrer dans le Royaume.Il signifie par lui-même l’attitude que Dieu attend de l’homme.Mais le signe du célibat n'est pas perçu ! À cette objection, j’aurais envie de répondre: Et puis après?Jésus-Christ ne nous a pas aimés à condition que son amour soit saisi.La Vierge n’a pas donné son « fiat » pour prouver que la virginité était possible.Un auteur n’écrit pas pour démontrer que le style existe.La vocation au célibat relève de l’amour gratuit, elle n’est pas du domaine de la propagande.Ou bien, le Seigneur Jésus ne nous suffirait-il pas?Cette réponse, qui touche quand même à l’essentiel, est, j’en conviens, sommaire; elle ne tient pas suffisamment compte de ce qu’on pourrait appeler la fonction sociale du célibat consacré.Je la complète un peu.Il est pénible, bien sûr, de s’apercevoir souvent que son célibat « à cause du Royaume » n’est pas apprécié, ni même compris.On a le sentiment que la consécration religieuse n’attire personne et paraît étrange.Sur ce point, le témoignage du célibat ressemble à celui de l’évangélisation : des missionnaires, des pasteurs paroissiaux, des professeurs de catéchèse en savent quelque chose.Mais les prophètes de l’Ancien Testament n’ont pas été écoutés, la vie de Jésus fut humainement un échec, les Apôtres ont rencontré maintes entraves et ont abouti au martyre, et l’Église, si elle a connu de grands noms et de grands 240 moments, s’est pourtant heurtée bien des fois à du refus.L’opposition des hommes n’a toutefois pas arrêté ces envoyés de Dieu (le monde est sauvé, mais bien mystérieusement).On ne saurait s’attendre, en général, à autre chose pour le célibat consacré.Il faut même dire qu’il en est ainsi, partiellement, pour la foi, ou la pratique religieuse, ou la fidélité conjugale, ou l’honnêteté.Jésus n’a jamais promis aux siens la popularité, bien au contraire.D’un autre côté, est-il bien vrai que le témoignage du célibat consacré n’est pas perçu ou ne le sera jamais plus?Le domaine de la sexualité est si important et si réel que le célibat, s’il peut provoquer du blâme ou de l’ironie, peut difficilement ne pas soulever une question ; ce qui est déjà beaucoup.Allons plus loin : il semble invraisemblable qu'un célibat épanoui et aimant ne soit pas, du moins à la longue, discerné comme la révélation du monde lumineux apporté et vécu par Jésus-Christ.L’homme finit toujours par reconnaître ce qui est empreint de grandeur, de vitalité, d’absolu.En tout état de cause, le célibat religieux est à juger par la foi de la personne appelée, et non par l’impression qu’il dofine au dehors.La primauté va à la vocation qui crée un lien avec le Christ Jésus.Est-ce qu’on ne croit pas d’abord, est-ce qu’on n’aime pas d’abord, est-ce qu’on ne vit pas évangéliquement d’abord parce que le Seigneur est là et nous appelle, parce que l’impulsion intérieure de l’Esprit pousse à croire, à aimer, à vivre évangéliquement?Des voix ont décrié la foi sociologique des pays de chrétienté; céderons-nous à une conception sociologique du célibat, c’est-à-dire d’un célibat «bien vu»?Les Apôtres eux-mêmes, délégués par excellence au témoignage public de la Bonne Nouvelle, ont eu en premier lieu à rencontrer Jésus-Christ, ils ont été en premier lieu transformés par la résurrection du Christ, par ses apparitions pascales, par le don de la Pentecôte.« C’est là ce que vous voyez et entendez», dit Pierre (Ac 2:33).De même Paul a commencé par être « saisi par le Christ Jésus », et ensuite il ne s’est laissé réduire au silence par aucune opposition.Ces exemples se sont multipliés à travers l’histoire de l’Église.À partir de Jésus lui-même, qui «s’étonnait de leur manque de foi» (Mc 6:6).Je termine en me permettant d’accommoder une parole de l’Évangile au rayonnement effectif de la virginité : « Cherchez d’abord le Royaume (la consécration), et tout cela (le signe et le témoignage) vous sera donné par surcroît.» Jacques Lewis, s.j.9451 ouest, boul.Gouin Pierrefonds, Que.241 LE KMINISME ET LA BIBLE* La meilleure façon pour la femme de se définir, c’est d’être femme ; tout ce qu’elle dit en plus, ne vaut que dans la mesure où elle « est » elle-même femme et donc, à bien y penser, n’ajoute rien.De même, la meilleure façon de savoir ce que la Bible pense de la femme, c’est de lire la Bible ; tout ce qu’on en dit en plus ne vaut que dans la mesure où cela correspond exactement à l’Écriture et donc, à bien y penser, n’ajoute rien.Et pourtant on m’a demandé de parler de la femme dans la Bible et j’ai accepté.Cela rappelle Simone de Beauvoir qui explique: «J’ai longtemps hésité à écrire un livre sur la femme.Le sujet est irritant surtout pour les femmes et il n’est pas neuf.» Et pourtant, elle fait suivre cette introduction d’un livre de plus de neuf cents pages sur « Le Deuxième Sexe ».Par ailleurs, on pourra, avec justesse, se demander quel intérêt présente pour nous, femmes de 1973, religieuses de 1973, une incursion dans le monde lointain de l’Ancien et du Nouveau Testament pour y trouver une image de la femme d’il y a plus de vingt siècles.J’y vois deux pôles d’intérêt : le premier, c’est qu’une telle recherche manifeste que la condition de la femme ne peut jamais être envisagée isolément, sans référence à l’histoire: elle est toujours étroitement liée à la civilisation de telle ou telle époque, elle est toujours définie par les conditions sociales, politiques et économiques du milieu ; le second pôle d’intérêt, qui est en dépendance du premier, c’est qu’une telle recherche contribue à démystifier les images plus ou moins fausses que l’on se fait de la femme de la Bible et, corrélativement, cela peut aider à démystifier certaines conceptions modernes de la femme où de nouveaux esclavages se dissimulent sous des figures de libération.D’une façon trop commune on croit résumer la pensée biblique sur la femme en évoquant la côte d’Adam, le serpent et le péché dont parle la Genèse, le silence, le voile et la soumission dont parle saint Paul.Bien * Conférence présentée au Salon de la Femme 1973 (Mouvement des femmes chrétiennes).242 certainement, on trouve dans l’Écriture le récit de la côte « façonnée » en femme (Gen2,22), tout comme la remarque de l’Écclésiastique : « C’est par la femme que le péché a commencé » (Sir., 25,24) ; on trouve aussi les recommandations de l’Apôtre : « que les femmes soient soumises à leurs maris.» (Ephés., 5,22) ; ou « la femme doit garder le silence, en toute soumission.» (I Tim., 2,11); mais ce qu’il importe de chercher d’abord, par delà les textes, c’est le contexte.Cette entrée dans le milieu originel permet de poser les bonnes questions et donne chance de trouver les bonnes réponses.En vérité, la femme de la Bible, c’est une mosaïque d’images de la femme où chacune peut retrouver quelque chose d’elle-même : ses soucis, ses désirs, ses aspirations, ses déceptions, ses travers, ses qualités, ses héroïsmes, ses servitudes: la Bible contient un véritable « horoscope » de la femme de tous les temps.Avant de dégager certaines lignes majeures de la personnalité et de la situation de la femme dans la Bible, il m’apparaît nécessaire de faire les remarques suivantes: 1.la Bible n’est pas un manifeste « féministe » ; ce qu’elle rapporte au sujet de la femme est finalisé par un but : révéler ce qui est nécessaire au salut.Bien sûr, cela se fait à travers une histoire, des situations humaines, des réalités naturelles, mais c’est dans la perspective de l’objectif englobant du salut que ces données se déroulent sous nos yeux.Et, dans cette perspective, la correspondance au vouloir divin se coule dans le jeu des initiatives personnelles ou collectives, dans la fidélité comme dans l’audace, dans le silence d’une vie ignorée ou dans la mêlée d’une action militante.2.Dans le milieu où naît la Bible, la féminité et ses droits ne donnaient pas, comme à l’âge moderne, matière à contestation.Ainsi, tout le monde admettait sans question ni rébellion l’infériorité sociale de la femme.Aujourd’hui, les conditions sociales ont changé et l’on comprend que la femme moderne normale — et chacune pense l’être — soit choquée par maints propos de la Bible.D’ailleurs il n’a pas fallu attendre le 20e siècle pour avoir cette réaction.Du 16e siècle, par exemple, on rapporte cette exclamation suscitée par une parole de saint Paul sur la femme: « Ceci, parole de Dieu, plutôt parole du diable ! » En fait les textes de l’Ancien Testament, comme plusieurs du Nouveau, laissent une impression massivement masculine: pour inventorier la Bible, il faut prendre pour acquis et garder en mémoire ce climat masculin qui l’a marquée: les aspects majeurs de la femme biblique sont vus, jugés et écrits par des hommes.Et cela est une raison de bien 243 distinguer ce qui est proprement message biblique et ce qui ne l’est pas.En ce sens il paraît qu'en aucun endroit de la Bible, où tout manifeste indéniablement l’infériorité sociale de la femme, il n’est question d’une infériorité naturelle, congénitale.Une première image de la femme qui nous vient à l’esprit quand on parle de la Bible, c’est celle d’Ève, la femme que nous présente la Genèse.Ce mot d’Ève dessine dans nos têtes, sous les gros traits noirs des symboles et des mythes, une femme, un serpent, une pomme, une faute regrettable pour la descendance et surtout une condamnation dont on n’a pas fini de payer la note.L'idéal.Par delà ces traits dont il y aura lieu de parler, voyons l’essentiel des deux récits de la création.En Genèse II, le plus ancien récit, la femme est tirée de l’homme, d’une côte de l’homme; description mythique, cette côte ! L’essentiel du récit, c’est que la femme est créée pour rompre la solitude de l’homme, parce qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul.L’expression « il n’est pas bon » signifie que la création n’est pas achevée, que l’individu masculin n’existe pas vraiment comme humanité parce qu’il est seul, parce qu’il ne connaît en face de lui que des inférieurs, les animaux et non des égaux, des semblables.Dans le cri d’accueil lancé en reconnaissant la femme comme vis-à-vis : « À ce coup, (enfin ! hourra !) c’est l’os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appelée femme (ISSÂH) car elle fut tirée de l’homme (IS), celle-ci» {Gen., 1,23), l’homme traduit une reconnaissance extraordinaire de la valeur de la femme ; aucune idée d’infériorité dans cette exclamation, aucune note péjorative, mais un bravo enthousiaste devant l’égale, « l’issâh », de celui qui est le « is ».L’idée de complémentarité ne correspond pas exactement à ce qui est dit ici ; il y a plus, il s’agit d’une réciprocité parfaite.Les deux, l’homme et la femme, sont l’un devant l’autre, l’un pour l’autre, l’un avec l’autre, ils sont l’humanité.Dans la communion à la fois charnelle et spirituelle de la « connaissance » et de la reconnaissance, l’homme partage avec la femme sa hantise de la solitude et son goût de l’initiative, tandis que la femme communique à l’homme son sens de l’appartenance et son goût de l’existence avec l’autre et pour l’autre.Vient ensuite, dans le récit, la bénédiction de Yahvé ; la bénédiction dans la Bible traduit l’idée d’une destinée ou d’une vocation ; on 244 remarquera que cette bénédiction englobe en l’unité, l’homme et la femme : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la » (Gen., 1,28).L’homme et la femme doivent être présents et actifs ensemble dans le cadre de la famille et du foyer, mais aussi bien doivent-ils tous deux « soumettre la terre », c’est-à-dire être présents et actifs ensemble dans le cadre professionnel, technique et politique.Tous deux ont mission de soumettre la terre, de la rendre habitable pour tous; tous deux ont charge de l’histoire et de l’avenir de l’humanité.Si l’on jette un regard sur le premier récit de la création (Genèse 1), on note qu’il peut se résumer de façon analogue: la créature à l'image de Dieu, c’est l’homme et la femme ensemble; l’un et l’autre sont, en tant que personnes, à l’image de Dieu, ce qui exclut entre eux tout rapport de domination.Ce premier pan du tableau m’apparaît comme une sorte de peinture de l’idéal ; la femme vue dans le dessein de Dieu : c'est la femme comme personne, en relation de liberté, d’échange et d’amour réciproque avec l’homme, la femme en situation de responsabilité devant la création et devant le monde.et la réalité Les traits de l’image idéale vont s’estomper.et à peine sortie des mains du Créateur, la femme de la Bible est présentée comme la pécheresse, comme celle qui porte la responsabilité de tous les maux de l’humanité.Mais regardons-y de plus près ! Eve qui cède à la parole du serpent: «Vous serez comme des dieux», cède à la tentation masculine par excellence: la volonté de puissance; de fait la tentation et la faute sont communes aux deux; Milton raconte dans son Paradis perdu que le serpent gagna Ève parce qu’elle avait choisi de partager le travail : elle s’occupait des fleurs, Adam taillait les arbres.Par delà cette explication poétique, on trouvera l’indice que le péché consacre la rupture déjà accomplie, l’isolement, la division, et cela, non seulement au sein du couple, mais finalement dans l’ensemble des rapports humains.Aussi, voit-on qu’après le péché, l’homme se spécialise en quelque sorte dans la conquête du monde et la femme, dans les tâches liées à l’enfantement.Le malheur de l’homme l’atteint dans son emprise sur le monde et fait de lui un guerrier; le malheur de la femme l’atteint dans sa relation à l’homme pour en faire, en un sens, la dépendante de l’homme.Mais il reste qu’en finale le bilan est favorable à la femme ; la 245 supériorité appartient non à celui qui tue, au guerrier, mais à celle qui donne la vie, à la mère.Il est incontestable que, dans la Bible, la dialectique homme-femme est contaminée par une dialectique du type maître-esclave.En fait, ce langage où la femme est considérée unilatéralement comme la propriété de l’homme a eu sur la législation mosaïque beaucoup plus d’influence que la Genèse.On sait que « la maison », pour l’homme de l’Ancien Testament, c’est le serviteur et la servante, le bœuf et l’âne et puis la femme; la femme est estimée si elle est soumise, si elle est prévoyante et avisée pour conduire à bien les affaires de la maison, des serviteurs, des troupeaux pendant que l’homme discute avec ses amis aux portes de la ville; la femme est estimée si elle donne de beaux enfants à son mari (de préférence des garçons), si elle sert bien la gloire et le plaisir de son époux.En un mot, la femme est chose du mari et chose du clan dont elle transmet la vie.Il s’agit là d’un reflet du milieu social du Moyen-Orient qui mésestime la femme, qui l’évalue non pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle fait, notamment ce qu’elle fait comme mère: des enfants, de nombreux enfants.Mais il y a là affirmation d’une situation de fait, non déclaration de principe; il y a là expression d’une infériorité sociale, non consécration d’une infériorité essentielle.A preuve, ces éclaircies merveilleuses que toute femme aime entendre: «Trouver une femme, c’est trouver le bonheur » (Prov18,22), « Celui qui acquiert une femme a le principe de la fortune, une aide semblable à lui, une colonne d’appui» (Sir, 36,24); à preuve, ces actions marquantes et hautement louées des héroïnes dont on rappelle les exploits.Mentionnons en ce sens quelques figures de femmes de l’Ancien Testament.Des figures, des modèles ?Ici, le schéma classique me dicterait de camper devant vous la figure de l’épouse, de la mère puis de la veuve.Parce que les circonstances n’autorisent que quelques prises de vue rapides, je renonce à cette structure et je tente plutôt de montrer quelques « instantanés » de la femme dans le cadre très libre qu’annoncent les titres suivants: la mineure émancipée, l’agent politique, la belle-fille modèle et la mère innommée.1.La mineure émancipée La jeune fille juive jouit d’une liberté assez extraordinaire.Elle se promène sans voile, elle surveille les vignes, elle partage le travail de ses 246 frères aux champs, elle garde les troupeaux qu’elle dirige avec joie vers la demeure des bergers.Elle quitte souvent la maison, voire le village, pour aller puiser de l’eau à la source voisine; elle entreprend des voyages pour visiter ses amies (cf.Gen., 34,1 ; Le 1,39); elle répond avec sûreté aux hommes qui l’interpellent, etc.Cette liberté était telle que le père de famille désirait la marier au plus tôt : « Sans le savoir une fille cause à son père bien du souci ; le tracas qu’elle lui donne l’empêche de dormir; jeune, c’est la crainte qu’elle ne tarde à se marier.Vierge, si elle se laissait séduire, devenait enceinte dans la maison paternelle !.Ta fille est indocile?Surveille-la bien, qu’elle n’aille pas faire de toi la risée de tes ennemis, la fable de la ville, l’objet des commérages et te déshonorer aux yeux de tous (Sir., 42,9-11 passim).Bien sûr, cette mineure reste sous la domination du père qui décide son mariage, qui la cède au clan de l’époux moyennant le prix de la dot, qui profite de l’occasion pour augmenter ses troupeaux et pour faire fructifier son domaine : qu’on pense à Jacob qui dut offrir gratuitement sept années de service à son beau-père pour obtenir Léa, l’aînée, la fille aux yeux fades qu’il n’aimait pas, et qui consacra ensuite sept autres années de service pour obtenir la belle Rachel qu’il aimait ! Par un certain biais, cela reste un hommage à la femme ! On peut discuter du genre d’hommage.mais c’est une autre question.2.L’agent politique Bien que la femme n’ait pratiquement aucun droit, qu’elle passe de la domination du père à celle de l’époux, puis, devenue veuve, à celle du beau-frère, si elle n’a pas d’enfant, il n’en reste pas moins qu’elle est présente à toutes les époques pour influencer la vie de la nation, pour marquer des tournants aux heures graves de l’histoire, pour tramer des complots habiles jusqu’aux pieds du roi.Sous la figure de celle que je nomme « l’agent politique », on pourrait voir défiler bon nombre de femmes de l’Ancien Testament: ainsi Miriam, prophétesse qui, au moment de l’Exode, prend la tête des chœurs de danse et chante la victoire pour encourager les troupes à poursuivre la marche; ainsi Débora qui exerce à la tête du peuple la fonction de chef, de guerrière, de juge; de même encore Abigail « femme de bon sens et belle à voir » qui aura assez de présence d’esprit et d’initiative pour empêcher une bataille sanglante entre le clan de son époux et le roi David de qui elle deviendra ensuite l’épouse (I Sam., 25,1-42).Ainsi Yaël (Jug., 4-5) qui délivre le peuple d’un tyran au 247 mépris des lois de l’hospitalité: elle lui enfonce un pieu dans la tempe pendant qu’il dort chez elle ! De même Rahab, la prostituée, qui cache les espions de Josué sous les tiges de lin entassées sur la terrasse de sa maison et qui réussit à conclure avec eux un pacte qui sauvera sa maison et sa famille alors que toute la ville tombera aux mains du conquérant.On pourrait allonger la liste de celles qui ont œuvré, dans l’ombre, pour influencer la chose politique; je m’arrête à l’une d’elles que je nomme la veuve conquérante, Judith.Bien que claustrée dans ses appartements, la belle veuve active et hardie prend intérêt aux affaires de la nation et tient aux magistrats de la cité un discours assez inouï de la part d’une femme: «Allons, qui donc êtes-vous pour tenter Dieu.Vous ne comprendrez donc rien au grand jamais ! Si vous êtes incapables de scruter les profondeurs du cœur de l’homme et de démêler les raisonnements de son esprit, comment donc pourrez-vous pénétrer le Dieu qui a fait toutes ces choses.N’exigez pas de garanties envers les desseins du Seigneur notre Dieu.On ne met pas Dieu au pied du mur comme un homme, on ne lui fait pas de sommation comme à un fils de l’homme.» Éberlué de l’entendre parler ainsi, on lui donne toute autorisation de régler comme elle l’entend le problème de sa ville aux portes de laquelle siège Holopherne et son armée.On sait le reste.Usant de sa grâce, de sa féminité, de ses attraits, elle se trace un chemin jusqu’à la tente d’Holopherne et rapporte finalement aux siens la tête de l’ennemi.On peut mettre en question le caractère féminin d'un tel geste, mais il reste que Judith, la Juive, témoigne du désir de présenter la femme dans son autonomie et dans ses ressources extraordinaires pour conduire les destinées de la nation, pour assurer le salut du peuple, au moment où nul autre, à Béthulie, n’avait d’intelligence assez éclairée, d’astuce assez raffinée, ni d’arme assez forte pour accomplir cette prouesse.3.La belle-fille modèle Cette belle-fille modèle se nomme Ruth.Elle est Moabite, donc étrangère, mais facilement, sans heurt, elle est introduite dans la famille d’Israël ; devenue veuve, elle déploie une affection tendre pour sa belle-mère ; enfin, elle a l’honneur suprême, pour une Juive, d’être l’aïeule de David (Cf.Ruth 4,17-22).Elle accède à ce bien par un mariage, un mariage « mixte » (celui d’une étrangère avec un Israelite) : Booz exerce 248 pour elle le droit de goël, le droit de rachat à titre de proche parent, et il l’épouse.L’atmosphère qui entoure cette idylle est extraordinaire : tendresse réciproque de la belle-mère et de la belle-fille; ingénuité de la glaneuse qui va gagner la sympathie des moissonneurs et le cœur de Booz; privilège de l’étrangère d’entrer dans la lignée royale de David, dans la généalogie du Christ-messie.Ruth, c’est déjà un prélude de cette femme que nous présentera l’enseignement du Nouveau Testament.cette femme que le Christ voudra libérer des tabous sociaux, cette femme à qui il redonnera la figure de liberté personnelle esquissée dans la peinture du jardin de l’Éden.4.La mère innommée S’il est intéressant d’envisager la question de la femme dans l’Ancien Testament à travers des types qui sortent un peu de l’ordinaire, telles les figures de Judith ou de Ruth, il est vraiment impossible de parler de la femme biblique sans référer constamment à la mère.Cependant, la maternité n’est pas considérée uniquement comme une inéluctable nécessité imposée par la loi de l’espèce.Bien sûr, Israël est d’abord et avant tout absorbé par le souci de sa survie comme peuple; dans ces perspectives, la maternité apparaît comme un travail, une profession, un haut service de la communauté dans ce qu’elle a de plus précieux, la promesse, la venue du Messie.À travers toute la Bible, il est manifeste que la façon la plus féminine d’être-au-monde, c’est la maternité: on pourrait relever un nombre incalculable de femmes dont la Bible conserve le souvenir uniquement à cause de leurs enfants: on ignore leur nom propre, mais l’histoire et l’Écriture les célèbrent sous le nom de « mère de.» : la mère des Macchabées, la mère de l’enfant soumis au jugement de Salomon, la mère des fils de Zébédée.Mais par delà cette immédiateté de la fonction maternelle, l’essentiel du message de salut passe par l’intermédiaire de la femme, sous le signe de la femme.On sait combien nous sommes facilement enclins à penser Dieu au masculin : on oublie trop que les deux plus grands attributs de Dieu, la sagesse et l’amour, ont un visage féminin.Les prophètes ont valorisé la compassion maternelle au point de l’attribuer à Dieu même pour signifier son infinie bonté à l’égard des hommes ; chez le prophète Osée, par exemple, cette bienveillance au-delà de toute mesure est dite: rehem, qui signifie «le sein maternel».C’est ce visage féminin qui est à l’œuvre dans l’éducation ; et l’on 249 observe avec grand plaisir que devant les enfants, devant les tâches d’éducation, homme et femme sont présentés dans la Bible sous le régime de la plus stricte égalité: je ne rappelle que le commandement « Honore ton père et ta mère».C’est vite dit, mais quelle densité de signification: l’honneur, au sens biblique, c’est loin d'être une parure; c’est ce qui donne le poids d’être, la valeur personnelle.On comprend que cette perspective soit reprise telle quelle dans le Nouveau Testament dont nous parlerons quelque peu maintenant.Nouveau Testament.nouveauté radicale La nouveauté radicale que l’on décèle dans le Nouveau Testament tient bien sûr au fait dominant qui le marque : la venue de Dieu chez les hommes grâce à la Femme, Marie.Mais il y a un autre aspect de nouveauté « radicale » : tout le Nouveau Testament tendra à redonner de la femme l’image première, celle du matin de la création, celle qu’on retrouve à la racine des choses et des êtres.On assiste au rejet systématique de l’interférence des dialectiques homme-femme, maître-esclave; tout rapport de domination est dénoncé, et dès lors l’homme selon l’Évangile ne peut plus exercer à l’égard de la femme sa volonté de puissance: « ni juif, ni gentil, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme», dira saint Paul que l’on peut résumer d’un mot: «ni dominateur, ni dominée».Jésus et la femme Avant d’explorer les textes de saint Paul, il importe de considérer l’entourage féminin du Christ.La figure centrale du Nouveau Testament est la Vierge Marie: elle n’a rien d’une adepte du Women’s Lib., bien sûr, mais dans cet événement hors pair du mystère de la venue de Dieu en l’humanité, c’est elle qui joue une influence décisive; à ce moment de l’histoire, le slogan « Dieu a besoin des hommes » a retenti sous des accents inédits et trop peu « redits » : « Dieu a besoin de la femme.».Par ailleurs, on chercherait en vain dans l’Évangile des paroles du Christ au sujet de la femme; il n’a pas tenu de beaux discours, tout au plus a-t-il prononcé quelques paroles, mais il a agi à l’égard de la femme d’une façon inimitable.Seul, il était assez libre pour la libérer et il a fait surgir dans l’histoire de l’humanité le dynamisme de cette libération.On note avec intérêt que, la plupart du temps au cours des récits de sa vie, c’est au sujet de la femme qu’il bouscule les tabous sociaux: 250 — sa conversation avec la Samaritaine au puits de Jacob étonne les disciples, d’abord parce qu’il «cause)» avec une femme, mais surtout parce qu’il abolit les barrières de la haine qui séparaient Juifs et Samaritains; — son intervention en faveur de la femme adultère brise une coutume juridique qui ne punissait pratiquement que l’adultère de la femme ; — le pardon qu’il accorde à la prostituée, à la fille de joie, à qui il dit : « Va en paix », éclate comme un chant de libération pour elle à la face déconfite de ses hôtes aux mains blanches ; — la bienveillance à l’égard de Marie de Béthanie devant l’air scandalisé de Judas lui donne l’occasion de proclamer le plus grand hommage qui ait jamais été dit de quelqu’un avec une telle autorité : « En vérité je vous le dis, partout où sera proclamée la Bonne Nouvelle dans le monde entier, on redira aussi à sa mémoire ce qu’elle vient de faire! (Le 7,9); — enfin, c’est aux femmes qu’il apparaît d’abord après sa Résurrection.évidemment on pourra « blaguer » en disant qu’il était assuré ainsi que la nouvelle ferait son chemin.Plus profondément ce fait est dans la logique même des récits de la vie de Jésus et donne valeur et poids à l’estime indéniable qu’on lui a vu manifester à l’égard de la femme.On dira, en s’épuisant de regrets et en évoquant mille polémiques, qu’il n’a pas confié le sacerdoce aux femmes.Sans trancher le problème, je dirai simplement qu’il les a associées de très près à son ministère, qu’il leur a ouvert un immense champ de service à ses côtés.Qu’il n’ait pas pris position en pratique sur le problème du sacerdoce de la femme n’a rien qui doive étonner.C’est là un fait historique qui s’impose à l’attention et non un indicatif théorique qui se donne comme un absolu ; il a laissé à l’initiative de ses témoins de tous les temps de découvrir les lieux les plus sûrs et d’inventer les moyens les plus adéquats pour traduire en des modes divers la bonne nouvelle de la libération offerte à tous.En tous cas, une chose demeure certaine, si le Christ a voulu que les apôtres soient des hommes, il ne leur a pas confié la mission de promouvoir le dogme de la femme au foyer ou de la femme en second.Comme on l’a mentionné, le Christ proclame son message dans un univers défini, dans une civilisation concrète: «Il avait hérité d’un monde déjà fait », dit Péguy ; en conséquence la contamination sociologique existante à l’égard de la femme marquera encore la mentalité des écrivains néo-testamentaires.Ici l’on pense à saint Paul s’évertuant à 251 trouver une raison au port du voile par les femmes : « le mari est le chef de la femme, dit-il, toute femme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son chef » ; de tels propos ont étayé des assertions sur la femme; mais, on oublie trop alors qu’il s’agit d'une simple observation disciplinaire commandée par les circonstances.D'ailleurs, il est aisé de se rendre compte que loin de faire de ces observations une doctrine ferme, il enchaîne: « D’ailleurs, dans le Seigneur, la femme ne va pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme ».Dans sa concision, une telle parole de l’apôtre est libératrice: elle marque qu’il n’y a qu’une nature humaine, mais deux manières d’être au monde.Cela suffit bien pour nous garder de construire une théologie paulinienne de la femme sur le symbolisme de la soumission ou de l’assujettissement.Paul lui-même ne s’arrête d’ailleurs pas là : peut-être a-t-il senti la menace d’une exploitation anti-évangélique de sa mise au point disciplinaire, en tout cas il veut couper court à toute élucubration et il conclut allègrement en ces termes: «Au reste, si quelqu’un veut ergoter, tel n’est pas notre usage, ni celui des Églises de Dieu.».Propos de la fin.ou du départ Les limites de ces quelques propos obligent à choisir, c’est-à-dire à renoncer à de nombreux aperçus intéressants sur la femme.Il nous paraît bon de souligner quelques traits relatifs au célibat féminin.En consacrant cet état comme valeur humaine, le Christ pose radicalement, en droit et en fait, que la femme est une personne.Si vraiment la femme est située dans le monde comme personne, si elle se définit fondamentalement par son être et non d’abord par sa fonction, il faut que la liberté d’accepter ou de refuser la maternité soit une réalité positive ayant valeur en soi.Et cela vaut, tant dans le choix d’un état de vie que dans le concret de tout état vécu.Valoriser le célibat c’est, au terme du Nouveau Testament, abolir la conception patriarcale qui ne pense pas la femme en dehors d’un foyer, c’est offrir à toutes les femmes, mariées ou non, la possibilité effective de participer, à leur façon, à la transformation du monde, pardessus tout, c’est garantir la liberté de la femme en proclamant l’autonomie de son être et en reconnaissant sa dignité de personne à part entière et ce, dans tous les secteurs de l’activité, dans tous les ordres de la créativité, dans tous les domaines du progrès.Mais cette insertion dans l’histoire du monde n’aura chance d’être efficace pour autrui et valorisante pour la femme que si elle joue son rôle sous le mode de la féminité.Il n’est aucun état, ni aucun lieu, ni aucune forme 252 de vie, qui dispense la femme de remplir cette tâche qui l’appelle à être elle-même, qui l’oblige à conquérir et à traduire sa féminité.Le fondement de son rôle dans l’achèvement du salut requiert cette base essentielle sur laquelle va s’élever l’édifice de son engagement professionnel politique, évangélique et religieux.Et ceci me ramène à mon leitmotiv de départ : je crois que la meilleure façon pour la femme de se définir, c’est « d’être femme » ; tout ce qu’elle dit, en plus, n'ajoute guère, n’ajoute rien.Madeleine Sauvé, s.n.j.m.Faculté de théologie Université de Montréal.253 LES LIVRES ANTOINE, Louis, Le chemin, c’est la demeure.Le problème de la mission aujourd'hui (Lumière des hommes).Paris, Éd.Ouvrières, 1973; 95 pp.Dès les premières lignes de ce petit volume, au titre énigmatique, l’A.évoque l'appel de Roger Garaudy: « Rendez-nous Jésus-Christ ! ».Il se penche sur le mystère de la Parole incarnée qui se prolonge dans l’authentique vie chrétienne, laquelle consiste à « vivre Jésus-Christ ».Cet ineffable mystère comporte deux volets: «Diviniser l'humain», écrit-on, c’est toute la mystique; « Humaniser le divin », c’est toute la Mission.Tout commence par «Demeurer» d'abord avec Jésus, puis en Lui ; tout s’achève par « Allez » baptiser, c’est-à-dire diviniser, proclamer la Parole.L’Écriture sainte est citée à profusion.Les âmes simples trouveront peut-être ces exposés assez compliqués.Cette réaction prévisible, néanmoins, n’enlève pas leur valeur à Ges substantielles réflexions.BERNARD, Charles A., S.J., Vie morale et croissance dans le Christ.Rome, Éd.Pontificia Universita Gregoriana, 1973; 285 pp., 4,000 livres.Les problèmes de théologie morale font l’objet de recherches tout comme les questions doctrinales.Dès les premières lignes, l'A.écrit: « Les mutations profondes que nous observons dans la société et l’évolution des mœurs posent les questions de manière plus urgente et plus complexe.» L’Évangile, toutefois, n'est pas une donnée dépassée; il faut trouver comment il peut se concrétiser en ces nouvelles situations, comment insérer « la sève chrétienne dans le réalisme de la vie quotidienne».Le processus de sécularisation ne doit pas aboutir à un sécularisme pratique.La présente étude tente de décrire le chemin qui conduit l’homme à la plénitude de la vie morale chrétienne.Le progrès moral ne saurait se dissocier du progrès spirituel, de la transformation de chacun dans le Christ sous l'impulsion de l’Esprit.En conclusion de sa recherche, l’A.affirme : « la dynamique de la vie morale se dessine en fonction de la croissance de la vie théologale et rejoint la vie même de Dieu qui se déploie dans le mystère de la vie trinitaire ».BORDIER, Roger, Le progrès : pour qui?(Mutations — Orientations).Paris, Cas-terman, 1973; 140 pp., 90 F.L’A.prolonge, ici, d’une certaine manière, quelques-unes des réflexions qui inspirent ses écrits romanesques.Il interroge le progrès, mot-clé du monde moderne joint à ceux de liberté et de bonheur.Cet ouvrage prend l’aspect à la fois d’une analyse sociologique et d’un pamphlet.Il touche divers sujets qui font présentement question.Il constate que, aujourd’hui, il « devient difficile de vivre simplement » et qu’il y a « désarroi » chez « ceux qui voient naître un monde, qui le voient croître et en supportent, plus que d’autres, la part aliénante».Il saute aux yeux que le progrès, dans sa marche rapide, oublie derrière lui quantités d’affamés dans les pays sous-développés et aussi quantité de malcontents dans les pays prospères.Que manque-t-il donc à cette civilisation dite progressive?À la fin du volume, l’A.répond : « La recherche et la construction ininterrompue des structures collectives qui, enfin, feront adhérer l’être à la cité, l’individu à la communauté.» Quelques pages auparavant il avait relevé ce double paradoxe : « Plus nous nous rassemblons, plus nous nous séparons.Plus la communauté s’affirme, et plus elle rejette l'idée communautaire.» 254 DAGONET, Ph., O.P., Pages d'Évangile.Mulhouse, Salvator, 1973 ; 192 pp.22 F.L'avant-propos de ce volume, réédité et augmenté, commence par poser l’essentielle et toujours actuelle question : « Au bout de la solitude de chacun, y a-t-il autre chose que le désespoir?».Ces pages y donnent la réponse de la Parole de l’Évangile, laquelle «toujours vise au cœur».L’A., prédicateur à une messe télévisée depuis vingt ans, condense et commente cette réponse évangélique.Ces méditations sur un certain nombre de textes sont présentées dans un style simple, comme il sied à des homélies, à des écrits de vulgarisation.GOBRY, Yvan, La révolution évangélique.Paris, Lethielleux, 1973; 140 pp., 13.50 F.Le monde dans lequel nous vivons — entendons nos sociétés évoluées — regorge de biens économiques et culturels.Pourtant, les hommes, notamment les jeunes, clament leur insatisfaction.Que manque-t-il donc à cette civilisation de progrès scientifique, technique, culturel?L’A.répond : une révolution.Non pas violente, sanglante, mais spirituelle, une révolution qui s’opère dans le cœur même des hommes, la révolution évangélique.D’où les trois parties du livre : la révolution de Jésus, la révolution de l’Église continuatrice du Sauveur, notre révolution personnelle ou conversion du cœur.Une société ne peut vraiment changer que si l’homme se modifie par le dedans.Les autres changements désirables suivront.HARVEY, Vincent, L'homme d’espérance (Héritage et projet, 5).Montréal, Fides, 1973; 276 pp.$5.00.La disparition soudaine du Père Vincent Harvey, dominicain et directeur de la revue Maintenant, a été un choc pour ses amis.Confiants dans ses façons de traiter les problèmes contemporains, ses plus proches collaborateurs ont jugé séant de rassembler en un volume quelque vingt-cinq écrits, groupés par sujets, où s’est exprimé le théologien, désireux de « bâtir.une interprétation chrétienne du temps présent ».Le titre de ce recueil est emprunté à l’article qui termine l’ouvrage: L'homme d'espérance.De l’avis de l’A., cet homme doit sans doute posséder « un regard neuf et libre » mais aussi se souvenir que « le présent doit assumer » les valeurs réelles héritées du passé.À l’aide de plusieurs témoignages, les 44 premières pages du recueil présentent l’homme que fut le Père Vincent Harvey.LEENHARDT, Pierre, L'enfant et l'expression dramatique (Enfance — Éducation — Enseignement).Paris, Caster-man, 1973; 144 pp., 90 F.Depuis quatre ans, l’A.consacre ses efforts au théâtre pour enfants et à l’expression dramatique de l’enfant.L’objectif du livre n’est pas de tenter de faire de l’enfant un acteur.11 s’agit de «trouver dans l’expression dramatique sous toutes ses formes les moyens du plus complet et du plus harmonieux développement de l’enfant, dans la perspective d’une pédagogie rénovée».11 insiste sur les initiatives de l’école, laquelle seule peut « laisser l’espoir d’une généralisation positive et durable».L’A.souhaite donc au sein de l’école une véritable pédagogie de l’expression dramatique.Sévère pour les traditionnelles « récitations » d’enfants où l’on utilise des textes écrits en une langue inconnue d’eux, il analyse les différentes formes de l’expression dramatique éducative: jeu dramatique, marionnettes, expression libre.Sont également rapelés les grands courants qui animent aujourd’hui la recherche théâtrale en direction de l’enfance.En conclusion, l’A.sollicite non seulement l’effort de l’école, mais aussi la collaboration des parents, des artistes et des psychologues.MON1ER, Père, Jésus-Christ tel qu’il est.Mulhouse, Salvator, 1973; 216 pp., 22 F.Si l’A., Jésuite, ne nous révélait pas son âge, 84 ans, nous le classerions parmi les jeunes d’avant-garde.Il écrit avec hardiesse et en un style primesautier.En lisant son ouvrage, on pense à un brasier d'où s’élancent des flammes éparses.L’ouvrage reproduit des causeries données devant un 255 public varié où se mêlaient parfois des incroyants.Ce ne sont pas de hautes spéculations théologiques, mais plutôt des séries de réflexions sur Jésus-Christ, son message, son œuvre.L'originalité les caractérise.L'A.pourchasse le légalisme, le formalisme.Parfois, il étonne.Par là s’expliquerait peut-être l'absence d'imprimatur que vraisemblablement il ne s’est pas cru en devoir de solliciter.PAQUETTE, Mario, Les conseils presby-téraux au Québec.Montréal, Fides, 1973; 320 pp.$8.95.Le Concile Vatican II avait pour objectif de mettre l’Église à jour, afin de rendre sa mission plus efficace.La coresponsabilité des évêques unis au Pape a été mise en lumière.Une semblable coresponsabilité des prêtres d’un diocèse, unis à leur Évêque, a de même été rappelée.Ils sont « les collaborateurs attentionnés de l’Ordre épiscopal ».Un organisme doit être institué dans chaque Église particulière pour que les prêtres puissent « aider efficacement l’Évêque dans le gouvernement du diocèse ».Cet organisme a pris chez nous le nom de «Conseil presbytéral ».Il existe au Québec seize «Conseils presbytéraux ».Le présent volume étudie la nature, la composition, le fonctionnement, l’autorité, la finalité.de ces organismes.Leur constitution respective est reproduite pour treize d’entre eux.Les intéressés sauront gré à l’A.des lumières qu’il leur apporte sur un sujet de particulière importance : le gouvernement collégial de chaque Église locale.PATRIX, Georges, Design et environnement (Mutations — Orientations).Paris, Casterman, 1973; 172 pp.90 F.Comme il l’écrit lui-même, Georges Patrix passe sa vie « à construire des usines, à dessiner des machines, à créer l’environnement du travail ».Il s’est d’abord convaincu qu’il est nécessaire de travailler avec les ouvriers dans leur lieu de travail, de transformer le cadre de vie de l’industrie et les produits industriels eux-mêmes.Ce qu’il voulait entreprendre n’existait pas.Son rêve n’était plus d’être un artiste qui fait de l’art mais un compositeur de l’environnement contemporain.De cette vision est née « l’esthétique industrielle » communément appelée le « design ».Dans ce livre l'A.témoigne pour cet art nouveau.D'avant-garde, il est aussi optimisme: il travaille pour rendre à l’homme sa véritable dimension qui est celle du bonheur et de la joie de vivre dans un monde d’une infinie richesse.En fin du volume il écrit : « Nous construisons, chaque jour, notre enfer sur la terre: pollution, encombrement, laideur.C’est à chacun de choisir dans son cœur.L’urbanisme et l’architecture sont des valeurs quotidiennes.C’est le problème de tous.Il s’agit de notre cadre de vie.» ROLAND MICHEL, Marianne, L'art et la sexualité.Paris, Casterman, 1973; 220 pp.(52 illustrations), 90 F.Après des études d’histoire et d’histoire de l’Art, l’A.travaille dans une galerie de peinture ancienne tout en écrivant des articles ayant trait à l’histoire de l’art.À la première page de ce livre, elle confesse : « Lorsqu’on me demanda d’écrire un livre sur l’art et la sexualité, j’en demeurai quelque peu effrayée.Or, il ne s’agissait pas d’approvisionner les rayons des librairies d’art, ni davantage ceux des sex-shops, mais d’insérer dans une collection bien définie un livre qui.situât la vie sexuelle par rapport à un domaine qu’elle n’avait pas encore abordé : l’art.» La sexualité est, selon Freud, «une donnée immémoriale et universelle».Rien d’étonnant alors qu’elle apparaisse dans le langage de l’art sous toutes ses formes.C’est à illustrer ce fait et le polyformisme de la sexualité que cet ouvrage est consacré.Dans ses analyses, l’A.tente d’exprimer ce que lui disent certaines œuvres, surtout picturales, et ce qu’elle ressent devant elles.SULLIVAN, François A., S.J., Le mouvement pentecôtiste (Réflexion et vie).Montréal, Éd.Bellarmin, 1973; 67 pp.Cette étude, traduction d’un article paru en anglais dans la revue Gregorianum, ne manque pas d’opportunité.Malgré sa brièveté, cette brochure est complète.D’abord, 256 FA.distingue le pentecôtisme premier ou classique, le néo-pentecôtisme, le pentecôtisme catholique.Dans une seconde partie, il s’interroge sur ce dernier: implique-t-il un danger pour la foi catholique?risque-t-il de briser l’unité catholique?sa spiritualité serait-elle malsaine?sommes-nous en présence d’une œuvre de l’Esprit?Après avoir répondu à ces divers points d’interrogation, l’A.déclare ne pas prétendre « apporter à la question une réponse définitive».Néanmoins, il conclut: « 11 y a de bonnes raisons d’espérer que ce mouvement démontrera qu’il est l’œuvre de l’Esprit-Saint.» TOULAT, Jean, Hérauts de notre temps.Mulhouse, Salvator, 1973; 232 pp., 22 F.L’A.est prêtre, journaliste et écrivain.Dans ce nouveau livre, il nous révèle la pensée intime d’un certain nombre de personnalités.Il en interroge quarante-cinq, allant du savant humaniste Jean Rostand à la sympathique chanteuse grecque Nana Mouskouri.Tous possèdent quelque chose de commun : leur message.Il est émouvant d’entendre, par exemple, Jean Rostand, après avoir manifesté son émerveillement devant la nature, confier à son interlocuteur son immense angoisse métaphysique et finalement lui déclarer: «Vous avez de la chance de croire.» Quant à Nana (Joanna de son vrai nom) Mouskouri, elle nous fait part de ses nobles sentiments d’épouse et de mère.Sur la scène, elle aime chanter « l’amour, l’amitié, la douceur, la paix.les bons côtés de la vie »; elle vise à « procurer au public un moment de détente, de bonheur ».Ainsi chacun de ces «hérauts de notre temps» apporte-t-il son témoignage.En somme, tous proclament que « vivre c’est aimer ».Roman pour apprendre l’anglais.Éditions MENTOR, 6 ave.Odette, 94 — Nogent-sur-Marne, France.46 F.A moins d’être spécialement doué pour ce genre d’études, apprendre une langue étrangère demeure quelque chose d’aride.Les Éditions Mentor ont inventé une méthode destinée à rendre cet apprentissage plus attrayant.Elles invitent à lire des romans.Quatre langues sont ainsi enseignées: l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le latin.Le premier roman anglais (reçu à la revue) commence par des récits très simples.Dès la première page, le lecteur ignorant tout de l’anglais comprend, parce que chaque mot est traduit en note, chaque difficulté expliquée et même la prononciation (britannique) et l’accentuation (dans la troisième partie) sont indiquées.Méthodiquement le même mot est répété dans le cours de la narration afin qu’il puisse être mémorisé.À la fin de ce premier roman, illustré, le lecteur possède déjà un vocabulaire de 3,157 mots anglais utilisés dans des anecdotes concrètes.Deux autres romans y font suite pour perfectionner cet acquis.Cette méthode ingénieuse a exigé un labeur patient et attentif.Elle est complétée par des moyens « audio » dont deux cassettes ou une bande enregistrée par un Américain.On peut recevoir plus de détails en s’adressant à la maison éditrice.AVIS RETRAITES INTERCOMMUNAUTAIRES : 3 au 10 déc.73, « Christ est vivant » par P.Jacques Bellettre, S.J.; lOjanv.au 11 févr.74 (30 jours) Exercices spirituels, par P.Léo-Paul Bourassa, S.J.; 21 au 28 févr.74, « Pour toi, qui est Jésus-Christ?» par P.Jean-Marie Rocheleau, S.J.; 14 au 21 mars 74, «Christ est vivant» par P.Jacques Bellettre, S.J.Renseignements : Centre de Renouveau chrétien de Marie-Réparatrice, 1025 ouest, boul.Mont-Royal, Montréal 153.Tél.271-5737. la VI© des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL 410, Qué., Canada FRAIS DE RETDUR GARANTIS P DRT PAYÉ À BEAUCEVILLE COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE ENREGISTREMENT NO OSZB
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