La vie des communautés religieuses /, 1 octobre 1975, Octobre
8 OCTOBRE 1975 la VI© des communautés religieuses Abonnement annuel : Tous les pays : $6.00 Par avion $9.00 Chaque numéro de l’année en cours $0.60 Publication : tous les mois, sauf juillet et août.ADMINISTRATION La Vie des Communautés religieuses est publiée par les Franciscains de la Province Saint-Joseph au Canada.La Direction est assurée par Laurent Boisvert, o.f.m., assisté de René Baril, O.f.m.Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles.Responsable du secrétariat: Rita Jacques, s.p.On souscrit directement à la revue, sans l’intermédiaire des librairies ou des agences.Tout ce qui concerne la revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : La Vie des Communautés Religieuses 5750, boul.Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Téi.259-6911 La VIE des communautés religieuses OCTOBRE 1975 Vol.33 — N° 8 René Voillaume, Sur la vie religieuse dans le monde d'aujourd'hui .242 Une réforme de la vie religieuse est une illusion, si elle n’est pas le fruit d’un renouveau de la vie de foi et des relations d’intimité de chaque personne avec le Christ Dieu.D’où, pour chaque communauté, l’urgence de favoriser l’épanouissement de la contemplation chez ses membres et de les acheminer vers cette intimité avec le Christ.Le motif dernier de la vie religieuse est une totale gratuité d’humble amour du Christ et de service des hommes.Le témoignage est une conséquence non recherchée pour elle-même.Simon Légasse, L'exercice de l'autorité d'après le o.f.m.Cap.Nouveau Testament.254 Dans le Nouveau Testament, l’autorité est perçue comme une fonction de service: le service de l’action de Dieu, par Jésus-Christ, pour le profit des hommes.Ce service est, selon l’Évangile, la vraie grandeur.D’où l’exclusion des titres honorifiques et des égards particuliers qu’ils traduisent.Comme Jésus, pourtant Maître et Seigneur, assure le service de ses disciples, ainsi les disciples ne doivent nourrir d’autre ambition que d’être livrés, corps et âme, au service de leurs frères.Alfred Ducharme, La dynamique de la foi.267 s.j.La foi commence quand, l’évidence de Dieu étant disparue, la certitude de son amour persiste.La foi est la certitude de l’invisible.Si elle a besoin d’être nourrie et s’accompagne souvent du doute, elle donne un sens à l’événement et s’accomplit dans le rassemblement et la communion.Les livres SUR LA VIE RELIGIEUSE DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI Dans une vie religieuse, c’est tout de même le destin d’un homme ou d’une femme qui est mis en jeu et cela définitivement par des engagements qui vont jusqu’à la mort.En elle retentit, avec une force particulière, le bouleversement essentiel apporté à la destinée humaine par l’Incarnation du Verbe.La vie religieuse a ses racines dans la révélation du Dieu d’amour, Trinité invisible, et elle est, dans la multiplicité de ses formes, un don vivant de l’Esprit à l’Église.Dans la mesure où une telle vie se réfère à l’univers éternel et invisible dans lequel nous introduit la foi, elle ne saurait être mise en cause, ni remplacée, ni réinventée au niveau d’une recherche purement rationnelle.Cependant, toute vie religieuse, en son développement historique et en ses réalisations existentielles, reste une vie pleinement humaine et comme telle soumise aux lois qui la régissent, tant au niveau de la psychologie qu’à celui des relations interpersonnelles au sein d’une communauté.En ses réalisations concrètes et personnalisées la vie religieuse est donc sujette, comme toute vie humaine, à des déviations; elle peut être paralysée par les routines et le fixisme.Elle peut donc aussi être redressée, renouvelée, approfondie.Une vie chrétienne consacrée, tout en demeurant une en son unité humaine, a comme deux visages; l’un tourné vers la Vérité suprême révélée en Jésus-Christ, l’autre demeurant pleinement soumis à toutes les exigences de la condition de l’homme, à ses capacités de progrès comme aussi à ses limites et faiblesses.Foi et vie religieuse Être consacré au Christ en tant qu’il est la voie, la vérité et la vie, parce qu’on a été appelé par Lui à Le suivre de plus près, de telle sorte que tout, dans nos pensées, nos projets, nos intentions, nos actes et nos 242 engagements soit animé du dedans par la sagesse évangélique, accepter d'être indissolublement lié à l'Église et à sa mission apostolique que le Christ poursuit en elle, tout cela exige que nous ayons sur Dieu, sur la personne de Jésus et sa mission, des convictions de foi qui soient claires et lumineuses parce que le Christ est Lumière, qui soient fermes et assurées parce que le Christ est le Premier-né d’entre les morts et que nous nous sommes livrés, en Lui et à travers sa parole, à la Vérité suprême.Or la foi est actuellement l’objet de recherches telles que parfois on n'arrive plus à savoir ce qu’elle est exactement, ni ce qu’elle apporte à l'homme, ni même si elle est encore source de certitudes au niveau du savoir et dans sa lumière propre.À propos de ces remises en cause, certains parleront d’épuration et d’approfondissement, tandis que d’autres y percevront une crise grave mettant en cause la spécificité chrétienne.Les affrontements métaphysiques sont partout sous-jacents alors même qu’on refuse de le reconnaître, puisqu’on ne craint pas d’affirmer que les questions posées au niveau métaphysique, non seulement sont sans réponse, mais ne peuvent même pas être reçues comme de vraies questions.Un tel aveu d’ignorance ou d'impuissance en face de questions dont dépend le sens même de la vie, n’empêche pas que ces questions restent obscurément posées.Quoi qu’il en soit, nous sommes acculés à aller au fond des questions posées sous peine de n'être plus capables de donner un sens plénier à notre vie ou d’assumer notre destin de chrétiens et de consacrés.On ne saurait regretter d’être mis en face d'une exigence aussi radicale car elle a pour conséquence de nous obliger à un choix lui aussi radical.Par son visage humain, la vie religieuse ne saurait échapper aux lois qui régissent la condition humaine, cela est bien évident.La tentation de résoudre à ce seul niveau les difficultés et les problèmes posés par la vie religieuse, et de remplacer — suivant l’expression de Paul VI — la théologie par l’anthropologie, cette tentation dis-je est d’autant plus forte que notre siècle est marqué par le développement remarquable des sciences ayant l'homme pour objet et par un manque d’aptitude, presque radical, à concevoir qu’il puisse exister une autre réalité que matérielle, au point que la question de l’existence d’êtres non matériels, d'esprits subsistants, ne saurait plus être soulevée.Cette incapacité est le résultat de tout un conditionnement de l’intelligence humaine.Ce n’est certes pas la prise de conscience de ces caractéristiques de notre temps qui manque aux chrétiens, ni même aux religieux.Mais peut-être leur manque-t-il de savoir prendre suffisamment de hauteur pour situer à 243 leur vraie place ces aspects de la recherche humaine et ceux d’une civilisation qui ne peut comporter, comme d’ailleurs toute civilisation, qu’une vision partielle, limitée et relative de l’ensemble du réel.Or l’univers invisible, spirituel et divin dans lequel le Christ nous introduit par la foi, fait lui aussi partie du monde réel.Quelle que soit la complexité de mieux en mieux perçue de l’acte de foi, celui-ci est vidé de son sens s’il ne comporte une connaissance, un savoir, qui soit en nous comme une participation, une communion à la connaissance que le Christ a de son Père, ainsi qu’à la vision de l'homme et de sa destinée qui découle de cette connaissance; mais l’acte de foi et son contenu sont trop souvent et quasi exclusivement soumis de nos jours à l’investigation des sciences humaines et de la raison non croyante.Sans nous en rendre compte, nous courons le risque de nous laisser interpeller et enfermer, en tant même que croyant, dans un univers de l’homme clos sur lui-même.Une telle conception de la foi a pour conséquence de dissoudre insidieusement la substance de l’Évangile.En effet, lorsque la raison n’accepte de ne voir que l’homme dans le Christ, l'Évangile ne peut plus être compris que comme une sagesse humaine.Aussi grand et vénérable qu’il soit, Jésus comme homme ne peut plus m’intéresser si je ne reconnais pas en Lui, personnellement incarné, le Dieu qui m’a créé et qui me sauve par la Croix.Nous avons trop souvent tendance à croire que notre époque est unique alors que, face au mystère de Dieu qui fait irruption en leur histoire, les hommes ont toujours été portés à ressentir le même scandale et à succomber aux mêmes erreurs.Un certain protestantisme libéral du siècle dernier ne situait-il pas l’essence du christianisme dans son message spirituel et ne considérait-il pas comme une trahison toute tentative d'élaborer les données de l’Évangile en termes métaphysiques?Il fallait donc revenir à un christianisme sans dogmes, à un Jésus maître éminent de morale et qui ne fût que cela.Or une telle attitude est aujourd’hui encore celle, plus ou moins consciente, de nombreux chrétiens.Quand on parle de vie évangélique, ne parle-t-on pas avant tout d’un comportement moral, d’une exigence de justice, de charité et de pauvreté dont on perçoit la pressante nécessité pour libérer les sociétés humaines de l'oppression, de l’injustice et de la violence?Mais précisément sur ce plan, je ne pense pas que l’Évangile, réduit à une sagesse humaine, fasse preuve de tellement de nouveauté ! Non, le message spirituel du christianisme, en son originalité propre, ne se réduit pas au texte de nos évangiles reçus, lus, et médités indépendamment de la personne de Jésus confessée comme Dieu, 244 indépendamment du mystère de sa souffrance et de sa mort rédemptrice sur la croix, indépendamment de sa résurrection et de sa vie dans l’Église.Il est remarquable que durant ces dernières années ce ne sont pas la voix ni les enseignements de l’Église qui ont présenté à la masse des hommes la personnalité du Christ, mais bien la grande presse, le cinéma et des spectacles comme ceux de «Jésus Superstar» et de « Godspel ».C’est un Jésus qui incarne les misères, la souffrance et les contestations des hommes et spécialement des opprimés.De ce Christ on n’a plus de respect humain.Il répond obscurément aux aspirations des hommes, à leur rêve d’instaurer une cité terrestre idéale.Il peut être entendu et annexé par toutes les idéologies généreuses.Ce prophète persécuté, ce pauvre, victime de l’injustice des installés, se trouve ainsi placé sur le même rang que Bouddha et les Sages de l’Inde, et il laisse finalement l’homme sans réponse, face à la question de son origine et à celle de sa destinée éternelle.Il fut un temps où le christianisme apparaissait tout centré sur le Christ connu, adoré, prié, servi, alors même que le peuple chrétien ne fréquentait guère le texte de la Bible ni même du Nouveau Testament ! Maintenant, tout le monde connaît l’Évangile tandis qu’on semble avoir perdu de vue la personnalité divine de Jésus Fils de Dieu.C’est ainsi qu’on en vient à tout confondre en affirmant trop facilement que des non-croyants peuvent mener une vie plus évangélique que des croyants parce qu'on réduit le message du Christ à un appel à la justice et à la charité universelle.Il y a certes là une équivoque sur la signification du mot « évangélique ».De même, on aurait parfois tendance à opposer une conception de la foi dite « essentialiste », caractérisée par une adhésion à une doctrine définie, conception de la foi, plus « existentielle », qui serait surtout une attitude d’engagement dans la conformité de vie au message évangélique reçu comme définissant un comportement, une éthique de l’homme, en vue de sa libération.C’est là quelque peu simplifier la réalité même s’il est vrai que l’accent peut être mis davantage sur tel ou tel aspect de la vie de foi.Mais on ne peut séparer une éthique évangélique de la confession de la divinité de Jésus, ni la pratique d’une vie conforme à une sagesse extraite de l’Évangile, de la contemplation du visage du Christ dans la Gloire du Père.Réforme de la vie religieuse C’est pourquoi, je n’hésite pas à le dire, une réforme de la vie religieuse au niveau des moeurs, des règles, des rapports 245 communautaires et des structures de gouvernement, peut être une illusion et entraîner plus ou moins consciemment vers une sécularisation pratique, si cette réforme n’est pas accompagnée, ou plus exactement si elle n’est pas le fruit d’un renouveau de la vie de foi et des relations d'intimité que chaque personne consacrée doit avoir avec le Christ Dieu.Car là est l’essentiel de la vie religieuse.À ne situer celle-ci qu’au niveau d’un comportement dit évangélique, même avec la profession d’un célibat généreusement vécu, d’une pauvreté sociologique et de partage avec les pauvres, et d'une obéissance générale aux exigences d’une vocation librement acceptée, on en arriverait à constater qu’un tel comportement évangélique pourrait, à la rigueur, être vécu sans référence à la foi au Christ Dieu.Sans la contemplation habituelle du visage de Dieu, la transformation —j'allais dire la transfiguration — de l'homme baptisé dans le Christ ne saurait s’accomplir.Cependant dans le dessein de Dieu, c’est bien à une telle transfiguration que l’homme est destiné, et celle-ci suppose une illumination de l’intelligence par la foi.On ne voit pas bien comment l’homme croyant pourrait donner une coopération libre à la réalisation d’un tel destin sans un minimum de connaissance de son Dieu et d’éclairement sur « l’économie » de l’oeuvre de rédemption.La volonté ne peut s’orienter librement sinon à la lumière de l'intelligence.L’homme est tout de même fait pour se diriger suivant ce qu’il sait, suivant ce qu’il connaît et ce qu'il voit ! Le Chrétien, et à plus forte raison le religieux consacré, ne saurait donc se passer d'un savoir sur Dieu, ni de cette lumière d’ordre surnaturel qui jaillit en son coeur et en son esprit, savoir et lumière qui ne peuvent lui être que gratuitement donnés par Dieu dans la révélation de sa Parole qui est Dieu même.Il n'est pas de vie évangélique au seul niveau d’une éthique et d’un comportement humain si généreux soit-il.Toute vie conforme à l'Évangile exige le sens de la Vérité et d’une vérité révélée — ne craignons pas ce mot — que la foi seule peut engendrer en nous.Car il s’agit de la vérité de Dieu, celle que le Christ nous a courageusement livrée, car II est mort pour y avoir été fidèle : « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité ».J’ai bien peur que parfois, en notre temps, certains de ses disciples ne soient tentés de lui faire la réponse de Pilate : « qu'est-ce que la vérité?», ou de prendre pour vérité uniquement ce que le monde affirme attendre de nous.Croire en un Dieu pur esprit, transcendant au monde, infiniment personnel, affirmer croire à l’existence de créatures spirituelles et à l’immortalité de la personne humaine en son principe spirituel qu’est l’âme, c'est en fait, la plupart du temps, entrer en contradiction avec la 246 culture moderne.La vie religieuse, inconcevable en dehors de la foi au monde spirituel, peut donc, suivant les cas, être perçue comme un témoignage attendu ou comme une contradiction irrecevable.La profession religieuse dans la chasteté, la séparation du monde et la consécration exclusive aux choses du Royaume de Dieu — dont le contenu concret est parfois si difficile à définir — n’est concevable que dans la perspective d’une vie éternelle et de son attente.Le Concile nous l’a rappelé.Ne craignons pas d’expliciter consciemment cette foi et l’espérance qui en découle, comme la principale raison de notre vocation religieuse.Nous n’en serons que mieux préparés à répondre aux requêtes des hommes.C’est alors que plusieurs questions se posent d’une manière précise et qui exigeraient d’être à nouveau approfondies pour engendrer des convictions.Je ne puis qu’en énumérer quelques-unes.Intimité d'amour Il y a en particulier celle des rapports interpersonnels d’amour et d’intimité susceptibles de s’établir entre chaque religieux ou religieuse et Jésus-Christ.Ce n’est pas une fausse question que de se demander si cette intimité d’amour avec le Christ telle que l’ont vécue Thérèse d’Avila et Thérèse de l’Enfant Jésus est toujours valable.Une vie consacrée à une prière instante de louange et d’intercession, en particulier chez les contemplatifs, est-elle ou non un facteur qui contribue à changer le monde, à modifier le cours de l’histoire et à faire avancer le Royaume de Dieu dans les coeurs?Ou bien cette vie de prière ne serait-elle qu’illusion et subjectivisme?Sans une conviction de foi pleinement éclairée, pleinement justifiée sur ces réalités, toute vie religieuse, surtout contemplative, se révélerait dépourvue de sens.Il serait vain alors d’essayer de justifier de telles formes de vie par le témoignage rendu, ou par une quelconque utilité sociologique, ou même encore par des activités de service inspirées par la charité.Témoignage, service d’Église, sont des fruits, des effets seconds d’une vie consacrée qui a comme telle et en elle-même sa pleine signification.S’il n’en était pas ainsi, mieux vaudrait sortir du cloître! Il en est de même pour d’autres exigences, purement gratuites, de la consécration religieuse, comme le fait d’embrasser un état de chasteté consacrée dans le célibat.Il fut un temps où, au sein d’une société chrétienne et dans l’ambiance d’une mentalité plus sensible aux valeurs du sacré, ces formes de vie s’exprimaient à travers des représentations imaginatives ou conceptuelles, à travers des types de dévotions et des sentiments qui 247 se révéleraient de nos jours comme irrecevables ou totalement anachroniques.Ce qui ne veut pas dire que ces formes de spiritualité n'aient pas été en leur temps parfaitement authentiques.Ayons assez de réalisme et d'humilité pour nous dire que la manière dont nous exprimons aujourd'hui ces mêmes valeurs sera sans doute jugée périmée et anachronique avant dix ou vingt ans ! Si on ajoute à cela l’influence de la tendance actuelle à mettre l’accent sur le collectif, le communautaire, alors il ne faut pas s’étonner que se produise un décalage du centre de gravité de la vie religieuse vers la consécration au service des hommes, vers ce qu’on appelle des engagements, quelle qu’en soit la nature, caritative ou politique.Et cependant, les hommes ont plus que jamais soif de sortir de leur solitude, de celle du monde, pour aller à la rencontre de Dieu.Plus une communauté religieuse sera capable de favoriser l'épanouissement de la contemplation chez ses membres et de les acheminer vers une véritable intimité avec le Christ, plus cette communauté sera authentiquement ecclésiale.Renoncement et service 11 fut un temps où le renoncement au monde impliqué par la consécration religieuse se traduisait dans une perspective purement eschatologique, ce qui n’empêchait pas la charité de s’épancher en des oeuvres de miséricorde ou d'apostolat, souvent admirablement adaptées aux besoins du temps.Le sentiment de la précarité du monde était profondément ressenti.On l’avait quitté, ce monde.On attendait la consommation de la profession religieuse et son épanouissement final dans la vision béatifique du Bien-Aimé.On ne devait plus se préoccuper du monde, on l’avait dépassé, on avait comme devancé le renoncement total que la mort devait un jour réaliser nécessairement.De nos jours, le service du monde a tendance à devenir premier, au point qu'il devient parfois difficile de donner un contenu concret à une attitude de renoncement au monde.On en arrive, pratiquement, à ne plus tenir compte de ce renoncement.On veut tout posséder de ce qui est beau et bien, tout embrasser en même temps, et les valeurs humaines de ce monde et celles du Royaume de Dieu présent et à venir.D’où une grande difficulté à concevoir la nécessité d’une ascèse et à en déterminer les éléments.L’évolution en ce sens est trop récente pour qu’on puisse dissiper toutes les ambiguïtés et les illusions qui accompagnent immanquablement ce service du monde.Comment le comprendre, ce service: service de charité authentique?Rendre présentes au sein des activités du monde les valeurs spécifiques de la vie religieuse?Dans 248 cette voie aussi un discernement s’impose et il n’est pas toujours aisé ! Il faut en tout cas y apporter de grandes exigences de vérité et de pureté d'intention.La mise en oeuvre d’un nouveau type d’ascèse apparaît alors indispensable à toute vie chrétienne, ascèse dont on n’a pas encore bien pris conscience de ce qu’elle pourrait être.Enfin, il reste à déterminer s’il est vrai que la consécration religieuse puisse s’accompagner de n’importe quel type d’activité au service des hommes, y compris celles considérées jusqu’ici comme relevant de la compétence propre des laïcs, et de déterminer le contenu de cette consécration plus exclusive aux choses du Royaume dont Vatican II nous a rappelé que telle était la mission des religieux dans le monde et dans l’Église.L'essentiel de la vie religieuse Face aux requêtes du monde, et en pleine connaissance de la mentalité et des besoins de l’homme d’aujourd’hui, il nous faut donc rester fidèles à l’essentiel constitutif de la vie religieuse.Or à travers l’expérience vivante et séculaire de l’Église ainsi qu’à travers ses enseignements, la vie religieuse nous apparaît avant tout comme une imitation du Christ, ou plus exactement comme une communion avec Lui, allant jusqu’à partager la forme de vie humaine et terrestre dans laquelle le Fils de Dieu a réalisé et parfaitement exprimé sa mission.Certes, tout chrétien doit être imitateur du Christ.Mais tout chrétien n’est pas appelé à partager la mission du Christ au point de vivre comme Il a vécu: chaste, pauvre et dans une vie entièrement et exclusivement livrée, jusqu’à la mort sur la croix, en obéissance à son Père, à l’établissement du Royaume.Il s’agit là d’un grand mystère, c’est-à-dire d’une réalité inexprimable et impossible à définir en sa totalité.Si la personne du plus petit des hommes contient un mystère que Dieu seul peut comprendre, à plus forte raison la personne de Jésus est-elle admirablement incompréhensible et indescriptible.Nous en discutons trop souvent à la légère et n’en retenons que quelques aspects.L’Évangile nous livre certaines paroles du Christ, quelques-uns de ses faits et gestes, en particulier l’histoire de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection.Nos vies consacrées ont toutes été marquées par une approche du Christ, par un attouchement du Christ, par une communion à sa vie.Malgré nos imperfections, nos infidélités et nos maladresses, nous portons déjà en nous quelque chose de Lui.Entre le Christ, non seulement tel qu’il a vécu durant sa vie terrestre, mais tel qu’il est maintenant, et chacun de nous, il y a le témoignage des Apôtres tel que l’Évangile nous le transmet, témoignage dont le contenu — 249 suivant la promesse même que Jésus nous en a faite — doit être transfiguré, éclairé, vivifié par l’Esprit.Les mots si clairs, si simples de l'Évangile sont alors chargés d’une densité inépuisable de vérité.C’est ainsi que, dans l’Église, le Christ connu et aimé peut être suivi par ceux qu'il a appelés, car 11 peut être connu et aimé au-delà de ce que l'intelligence est capable de saisir et d’exprimer à travers des mots humains.C’est sans doute un moyen nécessaire que le processus d'abstraction et de généralisation auquel non seulement les théologiens, mais nous-mêmes sommes amenés à recourir pour définir et expliquer le réel.C’est ainsi qu’on a été amené à définir la vie religieuse par la profession de la chasteté, de la pauvreté, de l’obéissance.Et nous voilà devant des abstractions qui prêtent à discussion : la chasteté, état de célibat consacré, ses conditions, ses avantages, sa signification humaine, sociale?De même, on discutera — et Dieu sait si on ne s’en prive pas ! — sur les exigences de la pauvreté, sa forme, ses styles, ses conséquences sociologiques.Les Constitutions sont appelées — et c’est évidemment nécessaire — à régler toutes ces questions.Mais tout cela, et on néglige trop souvent de le rappeler, doit devenir vie et amour dans le coeur du religieux.Ce à quoi Jésus m’a appelé, ce que je dois vouloir, c’est partager son mode de vie, sa manière d’être chaste, pauvre, obéissant, non seulement par imitation, mais dans un état de communion réelle avec Lui, état mystérieux qui est possible parce que le Christ est Dieu.« Ce n'est pas moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi », dira Paul.Évangile et vie religieuse Il est vrai, certains le soulignent, que l’on trouve peu de chose dans les enseignements de Jésus, tels qu’ils sont rapportés dans le texte des Évangiles, en ce qui concerne une vie de célibat.Tout juste une petite phrase qu’on peut interpréter de différentes manières ! Mais nous avons un fait, qui est la vie de Jésus, Jésus lui-même chaste.De même en ce qui concerne la pauvreté.Lorsque Jésus dit : « Va et vends ce que tu as, puis viens, suis-moi », il est clair que cet appel au dépouillement est, de la part de Jésus, une invitation à être comme Lui qui n’avait pas où reposer sa tête, libre de tout encombrement, en vue du Royaume et afin d’être tout entier aux affaires du Père.Nous ne trouvons pas le terme même de pauvreté, ce mot abstrait, dans l’Évangile.Mais nous y trouvons des pauvres: le Christ pauvre, des pauvres proclamés bienheureux, des pauvres auxquels la Bonne Nouvelle est annoncée.De même pour l’obéissance: et sur ce point l’Évangile est plus éloquent 250 encore et plus absolu ! Pas une fois sans doute Jésus n’a parlé directement de l’obéissance, mais II en vit sans cesse! Depuis l’âge de douze ans jusqu’au dernier soupir sur la croix, cette obéissance à son Père a été sa nourriture quotidienne, le moyen suprême de sa mission.Elle est constitutive pourrions-nous dire, non seulement de sa mission, mais de son être.Il est tout obéissant.Je vous renvoie à l’Évangile! Que nous faut-il de plus?Ne parlons donc pas de chasteté, de pauvreté, d’obéissance, comme de qualités, d’attitudes indépendantes de la vie du Christ.Mais, bien plutôt, prenons conscience que nous sommes appelés à continuer la forme de vie menée par le Christ lorsqu’il était sur terre, en communion à sa propre vie, à sa mission, à tout ce qu’il est.Nous serons alors chastes, pauvres et obéissants comme lui et avec lui.Non pas simplement des célibataires, mais des femmes et des hommes en lesquels le Christ continue à vivre chaste.Non pas embrassant n’importe quelle forme de pauvreté, mais laissant le Christ pauvre vivre en nous.De même, que notre obéissance soit participation à l’état permanent d’obéissance du Christ.Cette obéissance du Christ est le point culminant de l’Évangile car on peut vraiment dire que Jésus a été chaste et pauvre parce que cet état de vie était le plus propre à traduire et à réaliser sa mission de sauveur en obéissance aux desseins du Père.Jésus a été pauvre et chaste, parce qu’obéissant.« Celui qui a des oreilles qu’il entende », nous dirait peut-être Jésus à ce sujet ! Telle est la grandeur de l’état religieux, même lorsqu’il est bien pauvrement et misérablement réalisé.Communion au mystère de Jésus S’efforcer de mener une vie de célibat honnête et dévoué, s’efforcer d’être matériellement pauvre et détaché et même d’aimer les pauvres en partageant leur condition, s’efforcer d’obéir loyalement à la communauté, au bien commun et à des responsables, cela ne suffit pas pour être religieux.Tout cela d’autres hommes peuvent le faire et effectivement le font.Même en dehors de toute référence au Christ, il en est qui, pour se consacrer à des tâches humanitaires importantes, sont capables de vivre ainsi dans le célibat, la pauvreté et dans la discipline d’une loyale soumission aux exigences d’une équipe.Il faut que ces attitudes soient en nous communion au mystère vivant du Christ.Alors, ces attitudes ne sont plus de simples états humains, mais toutes éclairées du dedans par la vérité du Verbe et animées par l’unité de l’amour, elles sont le reflet extérieur du Christ vivant en nous et elles le manifestent au-dehors.Un tel état ne peut être atteint que dans le secret intime de la 251 contemplation du Christ Sauveur, obéissant à son Père, pauvre et chaste.Tel est le fondement de l’état religieux.11 atteint la vie en son unité foncière.C’est pourquoi le fait de la consécration religieuse affecte toute la personne et toutes ses activités.Rien ne l’exprime particulièrement dans une vie, mais tout doit l’exprimer.Telle est la raison aussi pour laquelle la consécration religieuse entraîne une consécration à l’Église, comme le Christ était consacré à son Père.La consécration religieuse, comme le rappelle Vatican II, entraîne participation à la mission de Jésus poursuivie par l'Église.Tout se tient.Refaites l’unité de ces trois exigences de la vie religieuse en les retrouvant indissolublement liées dans le Christ.Elles sont en effet inséparables: être chaste, pauvre, obéissant, sont trois aspects du mystère de la vie de Jésus.Dans la mesure où nous les vivons authentiquement, nous nous mettons dans la meilleure situation humaine qui soit, pour apprendre à aimer comme le Christ a aimé.Il convient enfin de nous souvenir que l’état de vie et la mission du Christ sont inséparables du mystère de la croix.J’emploie encore à dessein ce mot de mystère, car l’agonie et la mort du Christ sont bien autre chose, dans le dessein de Dieu et l'histoire du salut, que la mort d’un innocent injustement condamné ! Chacun de nous est concerné par cette agonie et cette mort qui dominent toutes nos pauvres vies humaines jusqu’à la fin des temps.Car la mort demeure la mort, même lorsqu'elle est envisagée comme un passage vers la résurrection et la Vie.Ce n'est pas le lieu de traiter de cette question ici pour elle-même, mais je voulais simplement rappeler que la configuration au Christ, motif ultime de notre consécration religieuse, nous rend participants à un titre plus particulier de la mort du Christ.Une fois de plus je me permets de vous renvoyer à Saint Paul.Conclusion Au terme de ces réflexions quelque peu décousues — ce dont je m'excuse —j'espère avoir mis en relief ce en quoi consiste le spécifique de toute vie religieuse.Tout renouveau, surtout dans les congrégations comportant des oeuvres ou des engagements importants, suppose donc une prise de conscience de ce spécifique, en sachant le distinguer des diverses activités qui marquent souvent profondément la vie de certaines communautés.— Distinguer ne veut cependant pas dire séparer ou désunir : Vatican II ne nous rappelle-t-il pas que dans ces instituts « à la nature même de la vie religieuse appartient l’action apostolique et 252 bienfaisante.C’est pourquoi toute la vie religieuse de leurs membres doit être pénétrée d’esprit apostolique et toute l’action apostolique doit être animée par l’esprit religieux » (Perfectae Caritatis, n° 8) —.Mais le fait même de s'associer communautairement pour se consacrer à une oeuvre, si apostolique soit-elle, ne constitue pas pour autant la vie religieuse.Il est important de se le rappeler sans cesse.La conclusion sera celle-ci: dans la situation actuelle de la vie religieuse et du monde, il est indispensable de mettre l’accent sur l’attention habituelle de l’esprit et du coeur au mystère du Christ; ce qui ne peut être que le fruit d’une prière contemplative entretenue par des temps d’oraison suffisamment fréquents et prolongés, et par la constante fréquentation de la Parole de Dieu dans l’Écriture.Ne parlez pas trop de témoignage et de prophétisme ! Ce n’est pas le motif de votre vie consacrée ni son but premier.Le témoignage ne saurait en être qu'une conséquence non recherchée pour elle-même.Nous ne sommes sans doute pas meilleurs que les autres.Le seul témoignage dont le Christ nous a chargés, c’est précisément celui de la foi.De cela, oui, nous devons témoigner.Je crains parfois qu’après avoir répudié un certain « triomphalisme » —je n’ai jamais aimé ce mot bien simplificateur et souvent injuste, mais on l'emploie — nous ne retombions dans un autre, en croyant trop facilement que notre vie consacrée doive éclater comme un signe aux yeux des hommes et en nous étonnant parfois qu’il n’en soit pas ainsi ! Nous n’en sommes pas là ! Le motif dernier de nos vies est une totale gratuité d’humble amour du Christ et de service de nos frères.Ne prétendons pas savoir mieux aimer que les autres hommes.Sachons accepter d’oeuvrer humblement et en silence.Encore une fois ce qui doit nous distinguer, c’est la persévérance lucide et courageuse de notre foi en Jésus-Christ et en son Église.Fr.René Voillaume 22 rue du Tapis Vert 13 — Marseille I.253 L'EXERCICE DE L'AUTORITÉ D'APRÈS LE NOUVEAU TESTAMENT Qui n'hésiterait à parler d’autorité aujourd’hui?Tandis que le monde occidental est composé en majorité d’états à structure démocratique, les chrétiens eux-mêmes répugnent de plus en plus à concevoir la société Église sous la forme d’une dictature spirituelle, où l’art de vivre selon le Christ est défini par une hiérarchie pyramidale dont le pouvoir « se justifie par ce qu’il fait »(').La difficulté s’accroît si celui qui veut traiter ce sujet interroge la Bible: quelle autorité, quel intérêt même lui accorder lorsqu’il s’agit de nourrir l’existence chrétienne contemporaine?« Pourquoi, chrétien du XXe siècle, m’est-il nécessaire de référer ma foi à une parole dite ou écrite des siècles auparavant?Plus encore, une parole énigmatique dans bien des cas et qui ne se rend déchiffrable que par un énorme travail historique qui ne fait que l’éloigner de moi.?»(2).Au biblisme naïf et boulimique succède aujourd’hui une contestation qui embrasse et l’Écriture et ceux dont on a trop attendu qu’ils l’expliquent de façon absolue et définitive: la caste malheureuse des exégètes (3).Il n’est pas de mon propos d’entreprendre une apologie de ces derniers ni du but qu’ils ont poursuivi jusqu’ici.Les pages qui vont suivre sont cependant fondées sur la conviction qu’au-delà d’une « lettre » meurtrière (cf.2 Cor.3,6) ou, pour le moins, stérilisante, un faisceau de lignes essentielles se dégage des premiers textes chrétiens qui, en dépit de certaines négations fracassantes, ne laisse pas de préoccuper les plus vifs défenseurs des droits du présent.Comment (') J.L.McKenzie, Authority and Power in the New Testament, dans Catholic Biblical Quarterly, 26 (1964), pp.413-422 (416).O J.Audinet, La table de l'Écriture: Bible et catéchèse des adultes, dans Concilium n° 70, 1971, pp.121-130 (127).(3) Cf.F.Refoulé, L'exégèse en question, dans Le Supplément, n° 111, 1974, pp 391-423.254 expliquer autrement qu’animés de l’énergie du désespoir, ils ne cessent d’en appeler à « Jésus » et à « l’Évangile » pour appuyer leurs thèses et leurs entreprises?Point toujours, il faut le dire, à bon escient ni sans une joyeuse récupération de textes qui, tout en ne livrant qu’une partie de leurs secrets, répugnent à produire un sens que les lois les plus universelles du langage refusent de communique^4).Serait-ce qu’on redoute le choc désagréable d’une parole qui, cette fois, conteste le lecteur, parce qu’elle l’ôte à son univers, à ses habitudes de pensée et de vie?Cette « étrangeté du texte », non rassurante, n’est-elle pas cependant salutaire et purificatrice, du fait qu’elle nous livre Jésus et les apôtres dans leur irréductibilité à nos aspirations actuelles?N’avons-nous pas intérêt à ce que Jésus soit pour nous « l’homme différent »(5)?Par bonheur, il arrive qu’on fasse, à la lecture du texte scripturaire une expérience autre que celle du dépaysement total.En interrogeant le Nouveau Testament sur le thème de l’autorité, bon nombre de chrétiens du XXe siècle reçoivent une réponse en grande partie conforme à leurs désirs, contresignant de la sorte la légitimité de ces derniers.Néanmoins, on aurait tort de mesurer la conception néotestamentaire de l’autorité dans l’Église à l’aune des structures et des goûts actuels.Écoutons plutôt, le plus objectivement possible, le discours qui, par delà le temps, nous parvient des communautés apostoliques.Une fonction subalterne au service de la communauté Comme l’a bien noté J.Delorme(6), «un fait s’impose: le vocabulaire reçu pour désigner en général les autorités constituées de la société politique ou religieuse ne s’applique jamais aux ministres de l’Église dans le Nouveau Testament ».Pourquoi cela?C’est que tous ceux qui exerçaient alors une responsabilité au sein des communautés chrétiennes n’avaient, au fond, pas conscience de disposer d’une véritable « autorité » : le mot grec correspondant, exousia, recouvre essentiellement un privilège du Christ Seigneur(7).Sans doute est-il (4) « De projections sur le bon père Marx, on peut déjà en faire pas mal, mais sur Jésus-Christ, c'est effrayant ! Le fond des coeurs sort devant cela », note M.Bellet, dans M.Bellet etc., Crise du biblisme, chance de la Bible, Paris, éd.de l’Épi, 1973, p.67.O Th.Snoy, ibid., pp.51-52.(h) Dans l’ouvrage collectif Le ministère et les ministères dans le Nouveau Testament, Paris, éd.du Seuil, 1974, p.317.O Mt.7,29; 9,6 par.; 28,18; Mc 1,22.27; 11, 28-33; Le 4,36; Jn 5,27; 17,2.255 employé à l’occasion lorsqu’il s’agit des apôtres(8), mais cela a lieu de telle façon qu’on n’hésite pas sur la qualité du pouvoir ainsi énoncé: c’est toujours un « don », une délégation, mieux, une mission confiée par grâce, qui échoit au mandaté et qu’il n’exerce que sous le contrôle permanent de son chef divin.Cette caractéristique se fait encore plus claire quand les écrits apostoliques font appel à d’autres termes pour désigner les responsables: ils sont les « serviteurs (hypêretês) du Christ et les intendants (oikonomos) des mystères de Dieu » (1 Cor.4,1).Paul voit dans son propre apostolat un « service » (diakonia) de la communauté (2 Cor.4,1; 5,18), car, précise-t-il, « ce n’est pas que de nous-mêmes nous ayons qualité pour revendiquer quoi que ce soit comme venant de nous.Non, c’est Dieu qui nous a donné qualité, qui nous a qualifiés pour être serviteurs (diakonos) d’une alliance nouvelle.En effet, ce n’est pas nous que nous proclamons, mais le Christ Jésus, notre Seigneur.Nous ne sommes, nous, que vos esclaves (doulos), à cause de Jésus.Nous sommes donc en ambassade pour le Christ » (2 Cor.3,5-6; 4,5; 5,20).La conception qui s’exprime ainsi ne ressemble en rien à l’attitude démissionnaire de l’employé qui refuse toute initiative et, le risque ou le reproche intervenant, renvoie à son patron.Paul n’était pas homme à fuir les responsabilités et il revendique le droit d’être entendu.Mais il n’emploie ni le langage ni les façons du despote, faisant toujours appel à ses interlocuteurs, engageant la communauté elle-même dans ce qu’il réalise.Ainsi, lors de la condamnation de l’incestueux, c’est « au nom de notre Seigneur Jésus Christ, vous tous réunis et moi au milieu de vous » qu’est prononcée la sentence d’excommunication (1 Cor.5,4-5).De même, lors des pénibles incidents de Corinthe, la communauté tout entière est mise à contribution pour restaurer la paix entre Paul et son offenseur (2 Cor.2,5-11).Non, Paul ne veut pas «dominer» (2 Cor.1,24), mais il adopte au contraire le ton de l’exhortation: « Nous vous supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu! » (2 Cor.5,20).Bien qu’il ait pu prescrire, il préfère demander (Philm.8-9).Son « droit » (exousia) d’apôtre étant sauf, il y renonce, sur ce point ou sur d’autres: libre de se faire entretenir par les fidèles, il s’astreint à un travail rémunérateur, « pour ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du C) Mt.10,1 par.; Mc 3,15; Le 10,19; 2 Cor.10,8; 13,10.En Apoc.2,26-28, l’« autorité » est assurée à tout chrétien fidèle, en vue du gouvernement des nations.Dans la parabole de l’homme qui part en voyage (Mc 13,34), l’« autorité » ne vise pas les chefs d'églises mais tous les chrétiens (cf.v.37).256 Christ » (1 Cor.9,4-18; 2 Thess.3,8-9).Comment, à plus forte raison, pareille conduite ne se serait-elle pas imposée à ceux qui ont la charge directe des églises?Certes, les « anciens » (presbytres), les « guides » (higoumènes), qui, à l’imitation des communautés juives en dehors de Palestine, administraient alors les mêmes églises, ou encore les « surveillants » (épiscopes) individuels qui présidaient à leur destinée, étaient investis d’une réelle autorité: « Obéissez à vos guides et soyez-leur dociles! » (Heb.13,17; cf.1 Thess.5,12; 1 Cor.16,16).Mais à cette autorité, reconnue dans la foi, correspondent des devoirs, qui n’ont rien de commun avec l’arbitraire du tyran.La conduite des ministres n’est pas définie comme un commandement mais comme un dévoûment plein d’attention et de charité, à l’image du berger qui prend soin de son troupeau (Act.20,28-29; 1 Pi.5,2-3).La « présidence » qui leur revient n’est point un pouvoir apte à donner des ordres, mais elle est celle du père à l’égard de ses enfants et « présider », en l’occurrence, ne signifie rien d’autre que « prendre soin » (1 Tim.3,4-5; cf.3,12; 5,8.17).De ce parcours rapide une conclusion se dégage: d’après le Nouveau Testament, l’autorité des ministres de l’Église « ne cherche pas sa justification ou son inspiration dans les modèles sociaux, politiques ou religieux, de l’époque.Sa légitimité se tire du service, précisément, qu’il s’agit d’assurer: le service de l’action de Dieu par Jésus Christ pour le profit des hommes »(9).La vraie grandeur Rédigés sous la forme d’une « vie de Jésus », les évangiles ne nous révèlent qu’avec parcimonie la situation des communautés dont ils émanent et auxquelles ils étaient destinés.Toutefois, ce n’est pas par hasard que figure dans l’enseignement de Jésus un appel à fuir l’orgueil et l’esprit de domination.Message en acte, grâce à la scène symbolique de l’enfant au milieu des disciples (Mc 9,33-37 par.): la petitesse de l’enfant devient le type de l’humilité communautaire, l’image physique de ce que doit vivre le fidèle sur le plan moral.Tout fidèle, bien sûr('°), mais plus spécialement ceux qui se trouvent investis d’une charge à l’égard de leurs frères.D’après Mc et Le (9,46-48), la question qui se O J.Delorme, op.cit., p.323.('") Tel est le sens qui paraît se dégager de la scène dans la refonte opérée par Matthieu (18,1-4): cf.S.Lêgasse, dans Le ministère et les ministères dans le Nouveau Testament, p.198.257 pose aux disciples est de savoir qui d’entre eux est « le plus grand », c’est-à-dire qui l’emporte en prééminence et en pouvoir.Le cas n’est pas gratuit et l’on devine à l’arrière-plan des réalités bien humaines.Comme il ressort d’autres témoignages de l’Église primitive, il devait y avoir — comment n’y en aurait-il pas eu?— des gens qui, au sein des communautés, s’occupaient déjà de politique ecclésiastique et, une fois arrivés à leurs fins, jouaient les grands seigneurs.L’Épître aux Philippiens le laisse entendre en recommandant aux fidèles de ne rien faire « par esprit de parti » ni de concéder à la « vaine gloire », mais au contraire de faire en sorte que « chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi » (2,3).À la fin du Ier siècle, le schisme de Corinthe est motivé par la jalousie qui a pénétré cette église, dont certains membres ont suivi « dans l’arrogance et l’agitation les instigateurs d’une détestable rivalité »(").Vers les années 140-150, le bon Hermas, frère de l’évêque de Rome Pie Ier, critique l’ambition et la course aux charges qui sévissaient dans la communauté de cette ville: certains de ses membres, recommandables par ailleurs, étaient atteints de «jalousie pour des questions de priorité et d’honneur ».Or, ajoute Hermas, « dans les commandements, il n’est question ni de priorité ni d’honneur, mais de patience et d’humilité pour l’homme »(12).C’est qu'on avait oublié la leçon de Jésus « Si quelqu’un veut être le premier, il devra se faire le dernier de tous » (Mc 9,34).De nouveau apparaît le non-alignement de l’autorité dans l’Église sur un modèle quelconque de la société civile: « Enfants et domestiques ne détiennent pas le pouvoir dans la société séculière.»(13), et il ne viendrait pas davantage à l’esprit d’un homme sensé qu’on pût se calquer sur ces types pour diriger un état.Jésus et les évangélistes en ont bien conscience.Mais c’est Luc qui a su le mieux mettre en lumière le paradoxe d’une telle doctrine.Dans l’entretien de la dernière cène (22,24-27), qui double chez lui le dialogue (") Épître de Clément de Rome, 14,1.P2) Similitude 8,7,4.6.Le même auteur n’est pas doux pour les responsables: « C’est à vous maintenant que je m’adresse, chefs de l’Église, et vous qui occupez les premières places ! Ne ressemblez pas aux empoisonneurs: ceux-ci portent leurs drogues dans des boîtes; et vous, c’est dans vos coeurs que vous portez votre poison et votre venin » (Vision 3,9,7).On apprend aussi que des diacres cupides « ont dérobé le bien des veuves et des orphelins et se sont enrichis dans les fonctions qu’ils avaient reçues pour subvenir aux besoins des autres » (Similitude 9,26,2).(”) J L.McKenzie, art.cit., p.418.258 sur « le plus grand » (9,46-48), il nous situe en plein dans le cadre des assemblées de l’Église primitive, en particulier dans celui des célébrations eucharistiques.Or, celui qui « préside » à ces réunions a le devoir de se comporter à l’opposé des chefs de ce monde.Ceux-ci n’ont, pour s’excuser de leurs abus de pouvoir (la conduite des potentats absolus de l’époque justifie cette allusion sévère), que la consolation extorquée de se faire appeler « bienfaiteurs »(14).À l’inverse, les chefs de l’Église doivent servir, c’est-à-dire s’abaisser jusqu’à assurer le service.C’est là beaucoup plus qu’une simple « humilité » vécue dans les honneurs et l’art de « se faire servir », humilité qui risque de n’être que mentale, voire imaginaire ou purement verbale.Cette attitude consiste, en réalité, à passer à l’action, à pratiquer le service des tables et les autres emplois que les grands de ce monde confient à valets et domestiques.Un enseignement analogue nous est transmis par Mathieu.Dans sa communauté, les seuls, apparemment, à posséder quelque autorité étaient les catéchistes.Mais que ceux-ci prennent garde à ne pas exploiter leur position pour s’élever au-dessus des autres.D’abord, en matière de doctrine, ils n’ont rien qui leur soit propre et dont ils puissent tirer avantage: «un de ces moindres commandements», sans rien retrancher à la volonté du Christ, voilà ce qu’ils doivent enseigner (5,19).Mais, outre cet appel à la modestie en regard du contenu de l’enseignement, Matthieu formule une invitation similaire qui, cette fois, touche à la fonction elle-même.Peut-être les « docteurs » de la communauté avaient-ils tendance à imiter leurs homologues juifs, en s’isolant de manière à former une caste, en revendiquant aussi privilèges et honneurs.En tout cas, l’Évangile est formel: pas de titres honorifiques ! « Ne vous faites pas appeler Rabbi », ni « Père », ni « Maître » (Mt 23,8-10).Donc ne revendiquez rien de ce que ces titres traduisent: une prééminence doublée d’égards particuliers.Pourquoi?Non point par convenance sociale ou goût du jour.Mais, d’abord, parce que tous les membres de l’Église sont égaux, du fait que tous, même les enseignants, sont instruits par Dieu et le Christ (23,8; cf.1 Cor.4,7).Puis, en vertu de la règle générale de la vie chrétienne, qu’exprime l’aphorisme: « Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé » (23,12).(I4) De fait, ce titre (euergetês, Evergète) fut porté par plusieurs monarques de l'époque hellénistique.259 Le Fils de l'homme est venu pour servir Jésus, dans l’Évangile, fait plus que rappeler les responsables à leur devoir, il invoque son propre exemple.La leçon déjà recueillie en Le 22,24-27 s’achève par ces mots : « Quel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert?N’est-ce pas celui qui est à table?Eh bien ! moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! » (22,47b).Jésus, à la dernière cène, se conduit non comme le maître ou le père de famille auprès duquel s’empressent ses esclaves ou ses fils pour le servir, mais il se place lui-même dans cette dernière catégorie, en assurant le service de ses disciples.Ainsi, sur le point de les quitter, Jésus évoque l’heure des retrouvailles, renvoyant à la parabole des serviteurs qui attendent le retour de leur maître (Le 12,35-40).Curieuse est l’attitude décrite dans ce passage: le maître qui trouve ses serviteurs à veiller « se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira » (12,37).Jamais un maître de maison ne s’est comporté de sorte.Et Jésus le sait quand, dans une autre comparaison (Le 17,7-8), Il expose la conduite normale en la circonstance.Ici, par contre, c’est « le monde à l’envers »: lors de son ultime et définitive rencontre avec ses disciples, Jésus, tout « Seigneur » qu’il est, entend jouer le même rôle subalterne qu’au cours des repas qu’il prenait avec eux durant sa vie terrestre.Image sans nul doute, mais hautement significative: l’amour du Christ pour les siens ne se départira pas de l’humble condescendance qui la caractérise dès ici-bas.Au lecteur de l’Évangile de tirer les conséquences et applications de cette règle vivante: « que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune et celui qui gouverne comme celui qui sert » (Le 22,26).La scène du lavement des pieds n’enseigne pas autre chose, lorsqu’elle nous montre Jésus, lui le « Maître » et le « Seigneur », accomplissant envers les siens une tâche d’esclave, puis déclarant: « Je vous ai donné l’exemple, pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous » (Jn 13, 12-15).Mais n’oublions pas que tout cela se déroule à la veille de la Passion, dont la clé est donnée par l’évangéliste dans son introduction solennelle au récit (13,1): le lavement des pieds est le symbole annonciateur de la Passion : Jésus, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » — et aussi « totalement ».L’humiliation volontaire qui va suivre illustre le plus grand acte d’amour, celui qui consiste à « donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13).Tel est le «service» que Jésus accepte de rendre à l’humanité.260 C’est encore ce même « service » qui est mis en lumière à la fin d’une composition tout orientée vers le redressement d’abus parmi les chrétiens (Mc 10,35-45 par.), mais qui succède à la troisième annonce de la Passion.Aux rêves de gloire des fils de Zébédée s’oppose l’obligation d’une conduite identique à celle que Jésus, d’après Luc, définit lors de la dernière cène : « Vous savez, dit Jésus, que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations leur commandent en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir : il ne doit pas en être ainsi parmi vous.» (Mc 10, 42-43).Encore le non-conformisme, et encore la règle vivante; mais, cette fois, sans la moindre équivoque.Le « service », pour Jésus, ne consiste pas seulement à répartir la nourriture entre ses disciples ou à leur laver les pieds; en réalité, c’est le don suprême qu’exprime ce vocabulaire: en ce qui concerne Jésus, «servir», «se faire l’esclave de tous », c’est l’équivalent de « donner sa vie en rançon pour la multitude ».Si le « Fils de l’homme lui-même »(15) va jusque là dans la manifestation de son amour pour les hommes, comment ses disciples oseraient-ils nourrir d’autre ambition que d’être livrés, corps et âme, au service de leurs frères?La tentation de la « gloire » Messie et Fils de Dieu, Jésus n’en a pas moins trahi les vues constantes de ses contemporains sur la destinée du libérateur d’Israël.Le récit des tentations au désert (Mt.4,1-11 par.Le 4,1-13) a pour but d’en rendre compte.Les pseudo-messies de l’époque annonçaient des prodiges spectaculaires.Ce sont également ces prodiges que Satan sollicite de Jésus.Et Jésus refuse, non parce que de tels actes échapperaient à son pouvoir, mais parce qu’il sait que sa vocation est autre, que Dieu a prévu pour lui une carrière d’humilité et de souffrance.Sa volonté ne fait qu’une avec celle de Dieu, sa « nourriture » est celle qui s'impose à tout homme, lequel « ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt.4,4 par.; cf.Jn 4,34).La leçon qui se dégage de cet épisode dramatique est encore plus claire si l’on s’inspire de l’Évangile de Matthieu dans son ensemble.Les tentations suivent le baptême et ne font qu’un avec lui.Or, le dialogue de Jésus avec Jean-Baptiste, que Matthieu (3,14-15) est seul à rapporter, fait ressortir un aspect essentiel à la vocation de Fils de Dieu : il s’agit, pour Jésus, d’« accomplir toute justice », en d’autres termes, de pratiquer une obéissance totale envers Dieu qui lui dicte son plan.Or, (l5) Comparer l'expression avec Jn 13,14: « Si moi.le Seigneur et le Maître.» 261 celui-ci inclut non seulement la soumission du supérieur à l’inférieur, comme lors du baptême au Jourdain, mais une carrière réellement imprévisible pour la mentalité du temps.Plus qu’un refus de la gloire, c’est, dans le cas présent, l’acceptation de l’opprobre qui s’impose.Le lien de l’épisode des tentations avec la Passion ne fait aucun doute.Le renvoi de Satan (Mt.4,10) est formulé dans les mêmes termes que la réprimande de Pierre qui, à Césarée de Philippe, écarte la perspective de la Passion (16,23): c’est que Satan, comme Pierre, ose contrevenir à l’ordre divin sous l’influence d’une notion pervertie du Fils de Dieu (cf.16,16).Plus loin, le Diable prête sa voix aux passants du Calvaire pour provoquer Jésus et l’amener à faire valoir sa dignité en descendant de la croix (27,43).Les anges — ainsi l’affirme le tentateur — viendraient au secours du Fils de Dieu s’il se risquait dans l’abîme (4,6); mais Jésus refuse, comme il refusera, à Gethsémani, de déclancher en sa faveur une intervention massive de l’armée céleste (26,52-53).Ainsi, Jésus est le Fils accompli: surmontant toute tentation inverse, il réalise, sans la moindre restriction, le programme qui lui est tracé: « il faut » — tel est le dessein de Dieu énoncé dans les Écritures — qu’il souffre et qu’il meure (Mt.16,21 par.), « service » suprême pour le salut du monde.L'autorité dans l'Église Si telle est la leçon qu’on recueille dans les évangiles, une question vient à l’esprit: comment l’Église a-t-elle pu l’oublier au point d’en prendre parfois le contre-pied?Le drame est en effet qu’au lieu de rompre avec les échantillons fournis par la société civile, elle s’y est conformée, bien plus, elle leur est restée fidèle alors que les états perdaient en autocratie et simplifiaient les démonstrations extérieures de leur pouvoir.Est-ce un hasard si le début du discours antipharisien du premier évangile (Mt.23,1-12) ne figurait, parmi les lectures de l’année liturgique selon l’ancien cursus, que dans une obscure férié de carême?Il y avait assurément de quoi éprouver un malaise dans une Église entourant de « gloire et d’honneur » ses prélats, les asseyant sur un « trône » et leur donnant de l’« Éminence » ou de l’« Excellence Révérendissime» ! La «chaire de Moïse», dans la synagogue, est bien modeste en comparaison, comme il est clair qu’aucun rabbin n’a revendiqué ni reçu les égards triomphants qu’acceptaient, il y a peu de temps encore, nos évêques.Certes, il n’a pas manqué parmi les prélats d’hommes pauvres de coeur et de fortune, entièrement dévoués à leur troupeau.Mais que de risque et, disons-le, quelle trahison à se calquer 262 sur une cour impériale ou à transposer l’étiquette d’une monarchie absolue ! Ces formes extérieures n’étaient que la surface d’une autorité non moins absolue, si consciente de ses droits qu’il lui arrivait souvent d’émettre ses décrets sans même soupçonner qu’ils étaient, de fait, psychologiquement ou culturellement, inapplicables, donc privés de ce qui constitue l’unique valeur d’une loi : l’utilité de ceux auxquels elle est destinée.Une telle sécurité fait depuis longtemps défaut aux maîtres du pouvoir temporel, qui, dans les états modernes, sont constamment menacés de destitution par leurs adversaires politiques ou la voix du peuple.Par contre, l’Église, jusqu’à ces dernières années, n’avait guère évolué et conservait un type de pouvoir qu’elle tenait de son lointain compagnonnage avec les princes de la Renaissance.Mais va-t-on aujourd’hui troquer ce mimétisme suranné pour un autre plus actuel?S’il en était ainsi, le reproche d’alignement sur les institutions civiles garderait sa légitimité.Une démocratie dans laquelle les candidats au pouvoir cherchent à gagner les suffrages menace, on le sait d’expérience, la société d’être mise en état de service, voire de servitude: la manipulation, le «viol des foules» figurent, hélas! au triste palmarès de nos campagnes électorales.Faut-il par ailleurs que les responsables de l’Église usent, pour se maintenir en place, d’un jeu psychologique où le respect de tous s’avère chose difficile?De nouveau, une conformité pure et simple aux fluctuations des formules politiques aurait pour effet une trahison de l’Évangile.Car, tout d’abord, l’Église se sait gouvernée par Celui qui est plus grand, plus sage, meilleur qu’elle: «vous n’avez qu’un seul guide, le Christ» (Mt.23,10).Être investi d’autorité, c’est, dans l’Église, avant tout dépendre d’un pouvoir et d’une sagesse dont la mesure déborde infiniment les « vases d’argile » (2 Cor.4,7) qui président, sur terre, aux destinées chrétiennes.Ici, l’autorité vient assurément d’en-haut et soustrait son dépositaire, même élu par sa communauté, aux méandres d’une complaisance aussi nécessaire au chef civil que les porteurs du pavois aux souverains francs.Mais, parce qu’il est essentiellement un subalterne et, par lui-même, un incompétent, le ministre de l’Église ne peut céder à la moindre tentation d’arbitraire: son initiative n’est possible et n’a de sens qu’en fonction d’une délégation où le but à poursuivre est livré avec le droit d’agir.Un droit, mais qui s’accompagne d’un devoir.La « technique du salut » n’est plus à inventer : son inspirateur est l’amour et la forme que celui-ci prend pour se manifester est l’abaissement jusqu’à la similitude : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16), 263 devenue « chair » (Jn 1,14), l’un de nous, « forme d’esclave.jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Phil.2,7-8).Tel est le « service » vécu par Jésus, auquel toute autorité ecclésiale est tenue de se conformer, aimant ceux qui lui sont confiés « dans la tendresse du Christ Jésus » (Phil.1,8), calquant son exercice sur celui dont il est écrit : « Il ne disputera pas, ne criera pas, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques; le roseau froissé, il ne l’achèvera pas, et la mèche fumante, il ne l’éteindra pas » (Mt.12,19-20 = Is.42,2-3).L'autorité dans la vie religieuse On l’a vu, la règle du christianisme, quel que soit son « style », ne peut être que l’amour, à la façon de Jésus.L’amour, et non un rapport de commandement et d’obéissance.« L’amour est la qualité par laquelle le chrétien authentique est testé et jugé, écrit J.L.McKenzie(16); aucune autre qualité n’est ici déterminante à moins d’être une fonction de l’amour.Quand je lis dans une revue ecclésiastique une lettre dans laquelle son auteur réaffirme, comme étant traditionnelle, sa conviction que l’obéissance est LA VOIE (sic), je ne peux m’empêcher de me dire que ce père n’a pas lu le Nouveau Testament depuis un certain temps.» On pourrait poursuivre en citant plusieurs extraits de littérature monastique, où le charisme hiérarchique n’est pas loin de s’apparenter à une réincarnation du Verbe ou, mieux, c’est la première personne de la Trinité qui se manifeste, sans restriction ni bavures possibles, en un homme à l’égard duquel toute désobéissance prend l’allure d’un sacrilège(17).Ce type de rapports, où l’on n’a fait que transposer dans la vie religieuse la poiestas patrisfamilias, la puissance du père de famille, du droit romain, a, il faut bien le dire, fort à faire pour cadrer avec les consignes que le Nouveau Testament adresse aux dirigeants des communautés chrétiennes.Quand il n’arrive pas qu’on utilise certains ("’) Art.cit., p.417.P7) D'après Dom Wolter, fondateur de la Congrégation de Beuron (1825-1890), «la paternité monastique de l'Abbé appartient à l’ordre des charismes de l'Église et provient, comme tout don favorable et tout présent parfait, d’en-haut, du Père des lumières, en qui il n’est pas de changement ni aucune ombre d’altération » (Jac.1,17) (cité dans Théologie de la vie monastique d'après quelques grands moines de l'époque moderne et contemporaine, Ligugé, 1961, p.132).264 passages de l’Écriture en limitant l’application aux supérieurs, alors qu’il est assez clair qu’ils concernent l’Église tout entière(18).À l’inverse, nul mieux que saint Bonaventure n’a su trouver dans la Bible les textes-clés qui tracent la seule conduite possible en pareille situation : « Que (le prélat religieux) soit humble en ses manières.Que son attitude manifeste qu’il n’a pas de soi des sentiments superbes; qu’il n’affecte point de dominer sur les autres, mais qu’il craint son élévation; qu'il préférerait être dans la dépendance et obéir; qu’il juge meilleurs que lui ceux auxquels il commande; qu’il se réputé leur serviteur plutôt que leur maître.Car telle est la règle édictée par leur commun Seigneur : Que le plus grand parmi vous devienne comme le plus jeune; et celui qui gouverne comme celui qui sert.Car moi, au milieu de vous, ne suis-je pas comme celui qui sert?(Le 22,27).Le Sage autrefois avait dit: Ils t’ont établi Roi?.Ne t’en fais pas accroire.Mais sois au milieu d’eux comme l’un d’entre eux » (Sir.32,1 )(19).Tout supérieur religieux apprend à ses dépens, ce qu’il en coûte de traiter ses « sujets » comme n’ayant d’autre droit que celui d’être commandés.Mais il aurait tort de ne se laisser guider, dans l’accomplissement de sa charge, que par le souci pratique de s’éviter les morsures de la rébellion, ouverte ou larvée.Que cherche-t-il ?La paix de sa conscience?Dangereux sentier qui fait que le supérieur agit pour lui-même, sous le couvert d’une défense de la Règle.S’il poursuivait avant tout le bien de tous et de chacun, quitte à se dépouiller par instant de la conscience satisfaite d’avoir appliqué une législation?« Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2,27 par.).Il est permis de gloser: le responsable religieux n’est pas constitué en vue de la Règle, mais pour les hommes qui lui sont confiés, leur paix et leur bonheur.Si l’on ne conseille pas de reléguer livres et théories dans le même musée que les accoutrements de naguère, il n’est sans doute pas faux de penser qu’aux temps difficiles où nous vivons, « une forme de gouvernement très empirique, collant aux faits et faisant au maximum (l!i) « Les Supérieurs sont le sacrement de l’autorité de Dieu, Qui vous écoute, m’écoute; qui vous méprise, me méprise », lit-on sous la plume de Dom Romain Banquet (cf.Dom D.Martin.La doctrine monastique de Dom Romain Banquet, Éditions d’En-Calcat, 1943, p.47).Cette application, banale du reste, dérive d’une lecture précontionnée d’un texte (Le 10,16) qui, en réalité, vise la prédication de l’Évangile aux païens.C") Les six ailes du Séraphin.Traité des vertus nécessaires aux supérieurs.Traduction nouvelle, introduction et notes du R.P.Valentin Breton, Paris, Ed.Franciscaines, 1951, pp.95-96.265 l’économie des considérations théoriques.paraît la plus appropriée si l’on ne veut pas provoquer continuellement des affrontements doctrinaux et (si l’on veut) permettre une coopération de tous dans le respect des différences »(20).Est-ce tellement loin de l’attitude que l'Évangile appelle « service » et qui réalise, on le sait, l’unité demandée par le Christ?Simon Légasse, O.F.M.Cap.33 Ave.Jean Rieux 31500 Toulouse France.(20) O.du Roy, Moines aujourd’hui.Une expérience de réforme institutionnelle, Paris, éd.de l'Épi, 1972, p.49.266 LA DYNAMIQUE DE LA FOI Expérience spirituelle et foi Je crois au soleil les jours de pluie, quand il est absent.Mais ce qui fonde ma foi, c’est le fait qu’il s’est déjà imposé à mon regard par son éclat.L’éclat, la splendeur de Dieu, c’est son amour.Vivre une expérience spirituelle, c’est accueillir l’amour de Dieu.L’expérience que je traverse me rend conscient de cet amour qui se dépose sur moi.Je reçois, en quelque sorte, Dieu.Je n’ai pas alors la foi en Dieu ; je le « vois », je sens, je sais sa présence en moi.La foi commence quand, l’évidence de Dieu disparue, la certitude de son amour persiste dans le moment actuel même à travers des événements qui semblent le contredire.Les Pères grecs définissent la foi «La certitude de l’invisible»1.La foi et l’espérance, comme l’amour de Dieu, sont des dons gratuits de sa bonté.La certitude de cet amour présent en moi, c’est la foi et la certitude que cet amour est fidèle éternellement, c’est l’espérance.« L’amour seul est digne de foi » écrit, avec raison, Urs von Balthazar2.Nourrir sa foi La prière de contemplation et l’attention portée à son expérience spirituelle sont toutes deux indispensables au progrès de la foi.La contemplation est une rencontre privilégiée de l’amour de Dieu.Dans la contemplation, en effet, toute la personne est ouverte à Dieu ; elle l’écoute, elle se laisse « porter » par l’Esprit.La conscience d’un 1.Cf.: Hé 11,1-2 et note dans la TOB, page 689.2.Urs von Balthazar, L’amour seul est digne de foi, (foi vivante) Paris, Aubier, 1966; 198 pp.267 besoin fondamental de Dieu et l’ouverture au Dieu tout-puissant et bon, au Dieu Père, sont des dispositions nécessaires pour que Dieu soit accueilli en vérité.La vie des grands spirituels nous le rappelle.Ces dispositions sont d’ailleurs la conscience du lien fondamental qui nous rattache à Dieu: le lien de la création.Ce lien est une dépendance actuelle et totale de Dieu, Père de tout bien.La contemplation est souvent le lieu où le cœur rencontre Dieu dans la vérité; c’est un nouveau départ pour la foi.L’attention habituelle à sa vie spirituelle est le souvenir de Dieu porté à travers les événements ; c’est la foi en acte au cœur de sa vie.Ce souvenir cependant est plus que le rappel d’un événement ; c’est tout un cheminement passé qui impose une direction à sa marche.C’est une pression de sa vie écoulée qui pousse à une rencontre plus profonde de Dieu ; c’est la certitude que l’amour passé de Dieu invite, à travers les événements, à une intimité plus grande.Tout amour véritable exige de se parfaire dans une rencontre plus étroite.Le croyant baigne dans l’amour de Dieu et est porté par cet amour comme le nageur se sent porté par l’eau qui l’enveloppe de toutes parts.Le doute et la dynamique de la foi Le doute n’est pas un obstacle à la foi ; il peut même, en un sens, en devenir « le moteur ».Si je suis attentif à mon expérience de Dieu, le doute ne portera pas habituellement sur l’existence de Dieu.L’expérience que j’ai de Lui est un fait que je porte en moi.Elle est une certitude.Ce n’est pas là que frappe le doute.Il naît plutôt d’un fait inconciliable avec le Dieu que j’ai rencontré.Quand le doute se lève, il ne faut pas rejeter Dieu, — ce serait contredire mon expérience et me détruire.— Mais chercher comment le fait qui provoque le doute s’accorde avec Dieu.Le mal existe, la souffrance existe ; comment cela est-il compatible avec le Dieu de bonté que j’ai expérimenté?La science prétend tout expliquer; comment le dynamisme du progrès, de l’évolution, celui de la liberté humaine sont-ils conciliables avec le Dieu Créateur et Rédempteur que j’ai découvert?Un chrétien de 1975 ne saurait vivre de la seule foi du charbonnier.La réflexion théologique que provoque le doute est une nécessité pour lui.Il ne s’agit pas d’appliquer artificiellement un sens aux événements, aux choses et aux faits.Une fonction de la réflexion théologique, c’est de découvrir le sens inhérent aux choses qui les rattache à Dieu.Cela n’est pas livré d’emblée à l’homme.C’est le terme d’une réflexion prolongée, 268 de la prière intérieure, d’une étude de l’Écriture Sainte et parfois d’une longue souffrance.Le « intellectum ama valde» d’Augustin est plus actuel que jamais.Le doute pratique Le doute porte souvent sur un événement ou une situation qui m’engage personnellement.C’est le doute pratique.Celui qui s’attaque à la signification donnée à sa vie et cherche à arracher de sa foi un champ d’activité.Dans le milieu culturel rural, toute la vie se situait dans une globalité qui lui conférait un sens chrétien.Le rôle de l’éducateur, du médecin, de l’artisan ou du prêtre avait une signification non équivoque.Le milieu culturel lui-même leur donnait un sens imprégné de foi ; il offrait aussi une assiette solide à des valeurs précises.La « révolution culturelle », qui accompagne l’urbanisation, la sécularisation, la mécanisation du travail, qui morcelle les gestes et les coupe de toute finalité, remet tout en cause.La nouvelle culture ne donne un sens précis ni aux multiples rôles des hommes dans la société, ni au travail de l’ouvrier.Même des valeurs qui allaient de soi sont bousculées.Tout cela engendre le doute.Comment rattacher à Dieu une vie tirée à gauche et à droite par des cultures qui croient se suffire à elles-mêmes?Comment trouver une signification à son rôle dans la société, un sens à son travail ?Comment définir des valeurs qui méritent de s’imposer à toute une vie?La réflexion théologique doit porter aussi sur nos engagements humains et sur le déroulement de la vie quotidienne dans un univers culturel nouveau.Le Père Teilhard de Chardin, pour qui le doute était un élément douloureux mais dynamique de foi écrivait : « La foi progresse dans nos esprits en tissant autour d’elle un réseau cohérent de pensées et d’action.Mais ce réseau ne monte et ne tient finalement que sous l’influence organisatrice de la foi initiale ».Il ajoutait : « croire, c’est développer un acte de synthèse dont l’origine première est insaisissable »3.Il y a une expérience élémentaire de foi autour de laquelle s’organisent des actes de foi successifs qui sont des dépassements d’un doute.La foi comme sens de l'événement On a beaucoup parlé des « signes des temps ».Il ne faut pas voir dans tout événement : socialisation, décolonisation, famine ou tremble- 3.Pierre Teilhard de Chardin, s.j.Comment je crois, Oeuvres T.10, Paris, Seuil, 1969, pp.118-152.269 ment de terre, un signe de Dieu.Les options sociales sont le résultat de choix humains libres; les catastrophes proviennent souvent d’évolutions géologiques ou écologiques normales.Les choix libres des hommes manifestent des aspirations ou des besoins non satisfaits.Mais tout cela n’est pas l’affirmation d’une volonté expresse de Dieu, n’est pas un « signe de Dieu ».Percevoir les besoins ou les aspirations des hommes permet d’être « de son temps » et aussi de mieux orienter son travail.Mais c’est l’homme dans sa liberté éclairée par sa foi qui « nomme les événements » et leur donne un sens.L’événement réclame une réflexion, il est — selon son importance — une responsabilité, une invitation à ma capacité créatrice de débloquer une impasse, de transformer un échec.La vie qui baigne dans la foi porte à l’action, une action qui veut marquer l’orientation des événements et les re-situer dans la perspective globale du dessein de Dieu sur le monde et sur les hommes.La foi et la communauté La foi est don de « pentecôte » et la pentecôte est rassemblement.L’Esprit qui intériorise en nous la Parole, qui rend vivante notre foi, est donné en Église.« Là où est l’Esprit, là est l’Église ; là où est l’Église, là est l’Esprit» dit un adage des Pères.L’Esprit est amour et amour dit relations de personnes.L’amour s’accomplit dans le rassemblement et la communion.« La foi, écrit le Père Rahner, suppose la communauté ou la crée ».Beaucoup de chrétiens peuvent en témoigner, qui ont trouvé une foi vivante, dans le partage d’une communauté de base, d’un groupe de prière, ou d’une véritable communauté religieuse.La foi n’est pas seulement la transmission de concepts ou d’idées sur Dieu mais bien l’expérience d’une rencontre personnelle de Dieu.Or Dieu se révèle par les hommes.« Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »4.Si nous situons cette affirmation du Christ, rapportée par Mathieu, dans son contexte, il est évident que « réunis » dit plus que le rapprochement physique du côte à côte.Ce mot évoque une communion profonde de personnes associées à l’Église5.C’est dans l’expérience de la communion, — celle de l’Eucharistie, bien sûr, — mais aussi celle de toutes les cellules de l’Église animées par la charité du Christ que Dieu se révèle.La vie de foi naît et se développe 4.Cf.: Mt 18/20.5.Cf.Mt 18/19 et 18/17 (voir aussi TOB p.94 note 4) 270 dans une communauté ecclésiale restreinte mais animée par le grand souffle de l’Esprit qui est la vie de l’Église.Il y a plus ; la foi dynamique, celle qui cherche à s’enrichir au-delà des doutes, doit elle aussi s’appuyer sur une communauté.La complexité des situations, le réseau des multiples disciplines scientifiques, le pluralisme philosophique et théologique apportent des questions si nombreuses que la recherche et la réflexion théologiques ne peuvent cheminer solitaires et espérer déboucher en pleine clarté.Seul un groupe communautaire en communion profonde permet d’espérer un progrès.La communauté est nécessaire, de nos jours, pour tout approfondissement significatif de la foi, de l’espérance et de la charité.La communauté religieuse offre normalement un milieu de partage favorable.Souvent aussi des religieux s’inséreront dans une « communauté de base » ou un groupe de partage qui suppléera aux insuffisances d’une communauté trop homogène.La communauté religieuse, en effet, ne permet pas toujours de rejoindre les multiples facettes d’un obstacle qui obscurcit la foi.Un groupe mixte, hétérogène sera plus apte à le faire.Certains groupes incluent même des non-croyants sincèrement en recherche du sens de la vie.Des communautés de foi qui débordent le cadre de la communauté religieuse se révèlent souvent indispensables au progrès de la foi chez une personne vraiment engagée.Conclusion L’expérience de Dieu me met en contact avec un amour qui « s’impose » à moi ; la foi porte cet amour à travers les événements et l’espérance sait cet amour indéfectible.La foi est don gratuit.Cette foi cependant porte avec elle une exigence, une responsabilité pour le croyant.Si j’ai la certitude de l’amour de Dieu, cette certitude envahira et animera ma pensée et ma vie.Je ne tolérerai pas qu’un doute vienne entraver son progrès.Tout doute me commande de chercher au-delà de lui-même la route qui permettra à l’amour de progresser et à l’intimité avec Dieu de se fortifier.Ce cheminement de foi est difficile.La communauté en fait une aventure ecclésiale forte de la promesse du Christ d'être avec nous jusqu’à la fin des siècles.Alfred Ducharme, s.j.B.P.231 Ziguinchor, Senegal.271 RETRAITES 1975-1976 N.B.: On trouvera le thème de chaque retraite à la suite de la liste.8 novembre - 14 novembre (12h00) (6jours): P.Jean-Paul Dallaire, s.j.(1975) 26 décembre (17 h00) - 31 décembre (12 h00) (5 jours): P.Jean-Paul Dallaire, sj.(1975) 6 janvier - 6 février a.m.(30 jours) : P.Roland Lachance, s j.18 janvier - 24 janvier (15 h 00) (6 jours) : P.Maurice Gingras, s.j.15 février-21 février(15h00)(6jours): P.Roland Fortin, s.j.14 mars-21 mars(12h00)(7jours): P.Jean-Paul Dallaire, s.j.3 avril - 9 avril (15 h 00) (6 jours) : P.Roland Fortin, s.j.9 avril - 18 avril a.m.(8 jours): P.Léo Pigeon, s.j.26 avril (10 h 00) - 30 avril (12 h 00) (5 jours) : P.Roland Lachance, s.j.(Sacerdotale) 10 mai (10 h 00) - 14 mai (12 h 00) (5 jours) : P.Roland Lachance, s.j.(Sacerdotale) 14 mai - 14 juin a.m.(30 jours) : P.Roger Cantin, s.j.(Sacerdotale) 16 mai - 22 mai (15 h 00) (6 jours) : P.Maurice Gingras, s.j.22 mai - 28 mai (15 h 00) (6 jours) : Fr.Desmond Matthews, s.j.(langue anglaise) 22 mai - 29 mai (12 h00) (7 jours): P.Léo Pigeon, s.j.23 mai - 23 juin a.m.(30 jours) : P.Roland Lachance, s.j.6 juin - 12 juin (15 hOO) (6 jours) : P.Roland Fortin, s.j.20 juin - 26 juin (15 h 00) (6 jours) : P.Maurice Gingras, s.j.27 juin — 3 juillet (15 h 00) (6 jours) : P.Roland Fortin, s.j.4 juillet - 10 juillet (15 h 00) (6 jours) : Fr.Desmond Matthews, s.j.(langue anglaise) 7 juillet - 7 août a.m.(30 jours) : P.Jean Laramée, s.j.9 juillet - 18 juillet ( 12 h 00) (8 jours) : P.Jean-Paul Dallaire, s.j.11 juillet - 11 août a.m.(30 jours) : P.Roger Cantin, s.j.18 juillet - 24 juillet (15 h 00) (6 jours) : P.Maurice Gingras, s.j.24 juillet - 31 juillet (12 h 00) (7 jours) : P.Léo Pigeon, s.j.1 août - 7 août (15 h 00) (6 jours) : P.Édouard Hamel, s.j.1 août - 7 août (15 h00) (6 jours): P.Roland Lachance, s.j.(Frères Éducateurs, Hospitaliers.) 15 août - 21 août (15 h 00) (6 jours) : P.Roland Fortin, s.j.21 août - 27 août (15 h 00) (6 jours) : P.Roger Cantin, s.j.19 septembre-26septembre(12h00)(6jours): P.Jean-Paul Dallaire, s.j.6 octobre - 6 novembre a.m.(30 jours) : P.Jean Laramée, s.j.10 octobre - 16 octobre ( 15 h00) (6jours): P.Roland Fortin, s.j.7 novembre - 8 décembre a.m.(30 jours) : P.Roger Cantin, s.j.7 novembre - 13 novembre (15 h 00) (6 jours) : P.Maurice Gingras, s.j.26 décembre (17 h 00)- 31 décembre (12 h 00) (5 jours) : P.Roland Lachance, s.j.SESSIONS SPIRITUELLES : 16 janvier - 18 janvier (15 h00) (2 jours): P.Roger Cantin, s.j.« Discernement spirituel personnel » 30 janvier - 1er février (15 h00) (2 jours): P.Roger Cantin, s.j.« Discernement spirituel communautaire » Ces sessions ne comportent pas d’ateliers, mais seulement des exposés, suivis de questions, si on le désire.En outre, si la session sur le discernement personnel peut être prise séparément, on comprendra qu’il faudra avoir suivi la première pour s’inscrire à la seconde.272 THÈMES : P.Roger Cantin, s.j.: «L’amour miséricordieux de Dieu rendu visible dans le Christ vivant parmi nous.Une lecture de l’Évangile ».P.Jean-Paul Dallaire, s.j.: « L’Esprit et Marie dans notre Salut ».P.Roland Fortin, s.j.: «Ma vocation personnelle dans la Rédemption du monde aujourd’hui ».P.Maurice Gingras, s.j.: «Être à l’écoute de l’Esprit pour rejoindre l’essentiel: la Communion avec Dieu ».P.Léo Pigeon, s.j.: « Libres dans le Christ ».P.Roland Lachance, s.j.Retraites sacerdotales: «L’Église et la Mission pastorale à partir de l’Évangile de Jean ».- Retraite du 1-7 août : « Expérience de foi à travers l’Écriture».- Retraite du 26-31 déc.: «Pain de vie et espérance chrétienne».Les retraites et les sessions commencent le soir à 20 h 00, et se terminent tel qu’indiqué plus haut.On insiste pour que tous soient présents à la première rencontre et que personne ne parte avant la dernière.Si on prévoit être dans l’impossibilité de suivre ainsi toute la retraite, on suggère de faire plutôt une retraite privément.Nous avons une vingtaine de retraites enregistrées sur cassettes que nous mettons à la disposition des retraitants.Nous recevons aussi des prêtres, religieux, religieuses, laïcs seuls et couples mariés pour des retraites individuelles.On s’inscrit en écrivant ou téléphonant au Responsable des retraites.Lieu : Maison des Jésuites, C.P.130, Saint-Jérôme, Qué.J7Z 5T8 Tél.: (514) 438-3593.AVIS RETRAITES INTERCOMMUNAUTAIRES, 1975: 26-31 déc., abbé Gérard Marier; 1976 : 17-24 fév., P.Vincent Therrien, i.v.d.; 3-10 mars, P.Gaston Beaudet, o.p.; 16-23 mars, P.Albert Roy, s.j.; 25 mars-l" avril, P.Roland Ostiguy, o.m.i.; 10-17 avril, P.J.-Marie Dionne, o.p.; 27 av.-4 mai, P.Vincent Therrien, i.v.d.; 11-18 mai, P.Fernand Bédard, s.j.; 20-27 mai, P.Benoît Pruche, o.p.; 27 mai-3 juin, P.Germain Côté, i.v.d.; 8-15 juin, P.Guy Fortin, s.s.s.; 16-23 juin, abbé Paul Lapierre; 25 juin—2juil., P.Gaston Beaudet, o.p.; 6-13 juil., P.Jean Galot, s.j.; 13-20juil., P.Jean Galot, s.j.; 20—27 juil., P.Vincent Therrien, i.v.d.; 27 juil.—3 août, P.Théo.Rey-Mermet, c.ss.r.; 5-12 août, P.Théo.R.-Mermet, c.ss.r.; 12—19 août, P.J.-Marie Rocheleau, s.j.; 19-26 août, P.Benoît Pruche, o.p.; 26 août-2 sept., P.Bernard Trémal, o.p.; 13 sept.-14 oct., P.Rocheleau, s.j.; 19-26 oct., Mgr.Paul-Émile Charbonneau ; 16—23 nov., P.J.-Marie Rocheleau, s.j.; 1-8 déc., Mgr.Paul-Émile Charbonneau; 26-31 déc., Yvon Daigneault, s.s.s.SESSIONS: P.R.H.(Rochais) Relation à Dieu: lre partie: 31 oct.-1-2 nov.1975.2e partie: 5-6-7 mars 1976, Yolande Allard, f.c.s.c.j.- Affectivité: 14-20déc.1975, Colette Bergeron, f.c.s.c.j.- Personnalité A : 12-18 janv.- Affectivité: 15-21 mars.Relation à Dieu: 4-10 avril.Personnalité A: 10-16 mai, Cécile Grenier, p.m.Renseignements : Hélène St-Germain, p.m., Maison Rivier, 999 rue Conseil, Sherbrooke, Qué.JIG 1M1 - Tél.: 569-9306. la VI© des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL HIT 2H2 Que., Canada FRAIS DE RETOUR GARANTIS PORT PAYÉ À BEAUCEVILLE COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE ENREGISTREMENT NO OB2S
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