La vie des communautés religieuses /, 1 avril 1977, Avril
4 AVRIL 1977 la VI© des communautés religieuses lavle des communautés religieuses publiée par les Franciscains de la Province Saint-joseph du Canada Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m., René Baril, o.f.m., Pierre Bisaillon, o.f.m., Laurent Boisvert, o.f.m., Odoric Bouffard, o.f.m.Responsable du secrétariat : Rita Jacques, s.p.Rédaction et administration : LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 5750, boulevard Rosemont Montréal HIT 2H2 Canada Téléphone : 259-6911 La revue paraît dix fois l'an Abonnement : surface : $ 7.00 par avion : $10.00 Impression : Imprimerie L'Éclaireur Ltée, Beauceville, P.Q.Courrier de la deuxième classe — Enregistrement n° 0828 M.A.Santaner, o.fm.Cap.Gilles Bourdeau, o.f.m.Anita Byrne, s.s.c.m.la VÎe des communautés religieuses Avril 1977 Vol.35 — No 4 Vie religieuse chrétienne et devenir humain.98 Le «devenir humain», c’est l’avancée du monde des hommes vers l’être-Dieu.S’exprimer, communier, s’organiser sont des besoins fondamentaux de l’homme; les méconnaître bloquerait l’avancée de son «devenir humain».La vie religieuse aide l’Église à être peuple prophétique où toute voix s'exprime, peuple sacerdotal où tout est mis en commun, peuple royal où tout vouloir trouve son champ d’expression libre.L'avenir de la vie religieuse au Québec .110 A u lieu de parler de l’avenir de la vie religieuse, ne vaudrait-il pas mieux parler des vies religieuses diverses dont les chances d’avenir sont différentes?Nombreuses sont les vies religieuses qui ont besoin d’être réformées, évangélisées.Pour évaluer les chances d’avenir de ces vies religieuses, l’A.apporte surtout deux critères: l’adoration et la pauvreté.Une expérience de consultation.123 Selon la méthode utilisée, la consultation peut être frustrante et infructueuse, libératrice et efficace.L’A.relate ici une expérience de consultation qui a produit d’excellents résultats.Les livres VIE RELIGIEUSE CHRÉTIENNE ET DEVENIR HUMAIN Parler d’un «devenir humain», c’est dire que l’homme tend vers un terme: l’homme doit devenir quelque chose.Quoi?Pour des chrétiens, la réponse à cette question est énoncée dès les premières pages de la Genèse.Dieu a dit: «Faisons l’homme à notre image et comme notre ressemblance».Ce texte peut se lire de deux manières.On peut y voir le récit d’un événement du passé.Dans ce cas, Dieu a pris de l’argile, il a soufflé dessus et «il y a eu l’homme».Mais on peut aussi lire ce texte comme décrivant quelque chose en train de se faire.Dans ce cas, l’homme n’est pas encore achevé; l’homme n’existera pleinement achevé que lorsque le monde des hommes aura atteint en plénitude l’image et ressemblance avec Dieu à laquelle il est appelé.Le texte de la Genèse nous invite lui-même à cette seconde lecture lorsqu’il place la création de l’homme sur la fin du sixième jour.Le septième jour n’est pas encore arrivé.Ce septième jour, c’est l’éternité, le repos que Dieu prendra avec l’homme lorsque l’homme, œuvre de Dieu, sera pleinement achevé.Une telle lecture nous met donc dans la perspective d’une œuvre que Dieu est en train d’accomplir.Cette œuvre consiste à faire monter, émerger et surgir de la matière créée une humanité qui participe de l’être et de la vie du Dieu incréé.L’homme doit devenir Dieu.Le «devenir humain» c’est l’avancée du monde des hommes vers l’être-Dieu.Tel est le dessein de Dieu sur l’homme.Nous vivons ce «devenir humain».Nous en sommes responsables avec l’ensemble des autres hommes.Comment une vie religieuse chrétienne pourrait-elle se désintéresser d’un «devenir humain» dans lequel est en jeu l’œuvre de Dieu? 1.Quand on regarde la vie des hommes Si le «devenir humain» est d’accéder à l’image et ressemblance avec Dieu, il faut que dès le départ existe en l’homme un certain rapport à cette image et ressemblance.Au profond de l’homme La pratique la plus courante pour établir ce rapport consiste à scruter les «aspirations» de l’homme.Les hommes aspirent au bonheur, à l’amour, à la justice etc.On parlera alors de «pierres d’attente»: au cœur de l’homme, ces «pierres d’attente» établissent un rapport pour l’avancée vers l’être-Dieu.Il reste cependant que les aspirations des hommes portent sur quelque chose d’extérieur à l’homme.L’idée que les hommes peuvent se faire de Dieu à partir de leurs aspirations à l’amour, à la justice, au bonheur etc, risque fort d’être l’idée que ces hommes se font du bonheur, de la justice et de l’amour selon les conditions de vie qui sont les leurs.Pour bien établir le rapport entre ce que sont les hommes et l’image et ressemblance avec Dieu, nous ne nous appuierons donc pas sur des aspirations où l’homme vise des choses extérieures à lui-même.Nous essaierons de rejoindre l’homme en des besoins fondamentaux qui fassent corps avec lui-même: le besoin de s’exprimer, de communier et de s’organiser.S’exprimer L’être humain a besoin de s’exprimer.Impossible à l’être humain d’exister comme être humain s’il ne fait pas sortir du profond de lui-même ce qu’il est en son identité propre, depuis l’identité qui lui vient de ses chromosomes et l’identité qui lui vient de son environnement, jusqu’à l’identité qui s’est façonnée en lui à travers les relations que la vie lui donne à vivre et à travers l’emploi d’une langue qu’il a reçue et qu’il élabore pour sa part.Tel est le besoin de s’exprimer.C’est un besoin fondamental pour l’homme.Ce besoin est tellement fondamental que l’être humain privé des moyens de s’exprimer peut en mourir, même en disposant des moyens de vivre en bonne santé.Les enfants-loups ne dépassent pas 18-20 ans parce qu’ils n’ont pas acquis les moyens de s’exprimer qui font l’homme.Un peuple qu’on empêche de s’exprimer dans sa langue en meurt s’il ne puise pas en lui-même le sur- saut d’énergie lui faisant risquer la vie pour sauvegarder son droit à parler le langage qui est le sien.Un être humain ne saurait être humain qu’en sa véritable identité.Communier L’être humain a aussi besoin de communier.Pour exister comme être humain, il faut vivre avec d’autres un rapport de partage.Accueillir et être accueilli, permet à l’être humain de se réaliser par la réciprocité où l’on entre avec un autre et avec d’autres.C’est encore là un besoin fondamental pour l’être humain.Un enfant, qu’on enfermerait sous verre dans une cabine où il disposerait de tout le nécessaire pour vivre biologiquement mais en ne voyant jamais un visage se pencher sur lui et se réjouir de ses sourires, n’apprendrait même pas à sourire.Il ne se connaîtrait pas lui-même comme capable de donner autant que de recevoir.Il en mourrait.De même un adulte qui ne fait que donner se déshumanise; et l’adulte qui ne fait que recevoir se déshumanise tout autant.Pour se réaliser comme être humain, il faut communier, c’est-à-dire manger ensemble quelque chose qu’on a soi-même «produit» et qu’on partage avec d’autres qui partagent avec nous ce qu’ils ont «produit».Toute croissance de l’être humain est en dépendance de cette réciprocité.S’organiser Un troisième besoin est celui de s’organiser.En fait, le verbe «s’organiser» ne traduit que très imparfaitement le besoin dont il s’agit ici.Mais c’est le plus proche du sens à donner au besoin qui se manifeste chez les hommes lorsqu’ils se structurent dans leur être personnel comme individus affirmant leur personnalité propre, ou lorsqu’ils se structurent dans leur existence collective comme groupes se donnant les institutions.S’organiser est la condition indispensable pour que l’être humain accède à la liberté en devenant à lui-même source de ses propres décisions.Derrière le verbe «s’organiser», il faut retrouver toutes les démarches et les luttes par lesquelles l’homme se structure intérieurement comme individu en cohérence avec lui-même pour accéder à un vouloir qui vienne de tout lui-même; et de même les démarches et les luttes par lesquelles les membres d’un groupe humain se structurent en des organisations et institutions pour accéder comme groupe cohérent à un vouloir unitaire qui soit le vouloir de tout le groupe et de chacun des membres du groupe.Quand l’individu prend ainsi des décisions qui sont vraiment le vouloir de tout son être et 100 quand un groupe prend des décisions qui sont le vouloir de tout le groupe, et cela en toutes les questions qui les concernent comme individu ou comme groupe, il y a «homme» parce qu’il y a véritable liberté.Trois composantes S’exprimer, communier, s’organiser ne sont donc pas de simples aspirations de l’homme.Ce sont, au sens qu’on vient d’expliquer, des besoins fondamentaux ou, plus exactement encore, des «composantes» essentielles de l’être-homme.L’homme, pour devenir homme, doit se développer et grandir simultanément sur chacun des trois axes indiqués par ces composantes.L’homme doit grandir dans l’approfondissement de son identité propre en exprimant ce qu’il est et rien d’autre que ce qu’il est; l’homme doit grandir dans et par la réciprocité en partageant avec d’autres ce qu’il a et, plus encore, tout ce qu’il est; l’homme doit grandir en liberté par les démarches où il s’organise en vue de décisions qui soient vraiment les siennes, comme individu ou comme groupe.Il y a là trois exigences.Elles correspondent aux trois domaines que comporte le champ de l’anthropologie: le domaine culturel qui suppose qu’individus et groupes tendent à donner une expression authentique de ce qu’ils sont; le domaine économique où individus et groupes échangent ce par quoi la vie se sustente et s’accroît; le domaine politique où individus et groupes s’organisent pour exercer un vouloir unitaire dans lequel l’ensemble des vouloirs soit harmonisé.Il ne sera pas inutile de souligner le caractère fondamental des exigences qu’entrainent ces trois composantes.Il ne s’agit pas ici d’exigences extérieures à l’homme.Ce sont des conditions pour qu’il y ait homme.S’il n’y a pas expression de soi, il n’y a pas d’homme: on a des termites organisés ou des consommateurs comblés.S’il n’y a pas de communion, il n’y a pas d’homme: on a des termites organisés ou des parleurs solitaires.S’il n’y a pas d’organisation, il n’y a pas d’homme: on a des parleurs solitaires et peut-être même pas de consommateurs.Expression, communion et organisation sont des traits qui apparaissent simultanément et qui sont simultanément nécessaires.Il s’agit là d’exigences constitutives de l’être-homme.Méconnaître une ou plusieurs de ces exigences ne peut que bloquer l’avancée des hommes dans leur «devenir humain».2.Quand on regarde la vie de Dieu Si le «devenir humain», au témoignage des Écritures, est une 101 avancée du monde des hommes vers l’image et ressemblance avec Dieu, il n’est pas inintéressant de scruter ce que Dieu nous a dit au sujet de lui-même pour y discerner au moins un peu ce que l’homme est appelé à devenir.Le triple visage La révélation que Dieu nous a faite en Jésus-Christ au sujet de lui-même nous fait discerner un triple visage dans le mystère de Dieu.Déjà à travers son œuvre créée, Dieu se manifestait comme Parole, qui fait ce qu’elle dit.Mais en Jésus-Christ, Dieu offre le visage dans lequel il se dit en sa pleine identité: le Verbe qui sort de Dieu est véritablement l’identité de Dieu, qui s’y exprime non plus seulement en une œuvre extérieure à lui-même mais en son propre Fils qui le dit.En Jésus-Christ, Dieu se dit en une Parole qui est toujours neuve en étant toujours la même unique Parole qui sort de lui.«Je suis ce que je dis» (Jn 8, 25).Mais par Jésus-Christ, Dieu se manifeste aussi comme un visage de réciprocité dans un partage de lui-même qui est une communion entre le Père et le Fils.Le Fils peut dire au Père: «Tout ce qui est à toi est à moi, et tout ce qui est à moi est à toi» (Jn 16, 13-15 et 17, 10).Cette possession en indivis de tout le mystère de vie par le Père et par le Fils nous donne les traits du visage de Dieu qu’est l’Esprit.Or, par delà cette révélation du visage du Fils et du visage de l’Esprit, Dieu peut se manifester à nous comme source de ses propres décisions et structure de son être, principe de lui-même et de tout son vouloir, sans pour cela prendre les traits d’un monarque autocrate.Il est le visage de liberté que Jésus appelle «Père», non au sens où nos parents sont nos pères mais en un sens unique, impossible à comprendre en dehors de la relation au Verbe et à l’Esprit.Dit par le Verbe dans l’Esprit, le mot Père désigne Dieu se manifestant comme le visage de la liberté absolue.Sur nos visages d’hommes Tel est donc le mystère de la vie de Dieu tel que Dieu lui-même nous l’a fait connaître, à travers ce que son Fils nous a dit au sujet des relations qui se vivent en lui.Triple visage de l’unique Dieu vivant qui s’est révélé en Jésus-Christ, les personnes divines disent à l’homme et aux hommes, ce que l’homme est appelé à devenir.En tant qu’hommes et en tant que groupe humain, nous sommes ainsi fondés à dire que nous accédons à la vérité plénière de l’être- 102 homme dans la mesure où s’élaborent en nous les traits de ce triple visage discerné dans le mystère de l’unique Dieu.Le «devenir humain» est de tendre vers la ressemblance à Dieu en tant que Dieu est parfaite expression de lui-même en son Fils qui est son identité propre, totale communion à lui-même en son Esprit qui est réciprocité parfaite, source de ses propres décisions et de son être en tant que Père qui est plénitude de liberté.Les avancées vers cette image et ressemblance peuvent se repérer sur des visages d’hommes (individus et groupes), partout où des humains s’expriment selon leur véritable identité, partagent en réciprocité ce qu’ils sont ou détiennent, s’organisent selon des structures permettant à tous l’accès à un maximum de liberté.Le plus important ici est que ces trois aspects de l’avancée à effectuer soient toujours poursuivis indissociablement.En l’homme Jésus-Christ Mais un tel homme n’est pas seulement un homme à-venir.Cet homme existe déjà.On a vu son visage en l’homme Jésus-Christ.Tout homme qu’il est, Jésus-Christ nous présente indissociablement les trois aspects du mystère de Dieu.Il exprime d’abord le mystère de Dieu dont il est l’identité parfaite comme Verbe sorti du Père (cf Jn 12, 49-50).Mais il est l’homme qui, sous la conduite de l’Esprit, se donne en nourriture aux hommes dans une réciprocité où lui-même s’accroît de ceux qu’il nourrit.Et il ne fait rien en cela qui ne soit en plein accord avec le vouloir du Père et ne monte du plus profond de lui-même dans une liberté qui culmine en l’acte où il se dessaisit de sa vie (cf Jn 10, 18).L’homme à-venir, image et ressemblance parfaite de Dieu, existe déjà en Jésus-Christ remis debout après sa mort.Cet homme à venir, il s’agit de faire qu’il existe en tout homme et dans le groupe humain pris en son entier.Ce sont là deux plans indissociables eux aussi.Impossible d’avancer vers la réalisation de cet homme à venir pour qui se désintéresse de l’avancée que tous les autres hommes doivent faire vers ce terme.Le devenir humain apparaît ainsi comme l’avancée vers un terme à poursuivre par les hommes en œuvrant de toutes leurs énergies d’hommes simultanément selon les trois exigences fondamentales de liberté, de réciprocité et d’identité auxquelles il est fait droit dans la mesure où l’homme s’exprime, communie et peut s’organiser.L’avènement de l’homme exige l’avancée sur ces trois axes.C’est là une 103 œuvre difficile.Cette œuvre est en effet d’abord l’œuvre de Dieu.3.L'appel à «faire» l'œuvre de Dieu Tout l’évangile, surtout en saint Jean, est un appel que Jésus-Christ nous adresse pour que nous «œuvrions à l’œuvre de Dieu» comme il y a œuvré lui-même (Jn 4, 34; 5, 19-36; 6, 27-29).Pas un dosage mais une relation Il importe d’être bien conscient que la réalisation de cette œuvre de Dieu ne consiste pas à additionner le fait de s’exprimer (identité), le fait de partager (réciprocité) et le fait de s’organiser (liberté).Expression, communion et organisation ne sont pas trois ingrédients qu’on additionne dans un flacon.L’homme à venir ne sortira pas d’une telle mixture, même si on secoue très fort le flacon pour assurer un meilleur mélange.Dieu n’est pas un simple dosage d’expression, de communion et d’organisation: il est vie.C’est la relation entre les trois besoins de s’exprimer, de communier et de s’organiser pour être libre qui est constitutive de l’homme comme image et ressemblance de Dieu.Mais l’addition des réponses données à chacun de ces trois besoins pris séparément ne fait pas exister cet homme.Cet homme existe en prenant en charge concrètement dans la vie à vivre les problèmes que lui posent trois besoins à satisfaire simultanément, alors que la satisfaction de l’un des trois devient très vite renonciation ou impossibilité de satisfaire les deux autres.«Ce qui est impossible à l’homme.Dès leurs premières pages, les Écritures montrent combien l’homme est maladroit en cette prise en charge.Adam et la femme, optant pour l’arbre du savoir, représentent l’homme en besoin de s’affirmer en son identité.Mais chacun s’affirme au prix de cette «désorganisation» (désagrégation) du réel qu’entraîne le fait de vouloir être «comme des dieux» c’est-à-dire «dieu chacun pour soi».Ils brisent le vouloir unitaire où se formulait leur liberté par l’acte même où ils mangent le fruit dans un partage qui n’est pas communion en réciprocité, puisqu’il les conduit ensuite à se condamner (Gn 3, 1-12).Abel et Caïn, les deux frères, représentent l’homme dans les rapports de réciprocité où les hommes se font mutuellement les uns les autres en grandissant ensemble.Mais Caïn entend n’avoir pas à répon- 104 dre de son frère: «Suis-je le gardien de mon frère?» Le choix de mettre sa liberté au-dessus de tout ruine la réciprocité fraternelle et fait que Caïn est même altéré en son identité d’homme.(Gn 4, 1-12).Dans le récit de Babel, l’Écriture montre des hommes qui s’organisent; mais ils le font en assujettissant la réalisation de leur unité à la réalisation d’un «projet» extérieur à eux-mêmes.En cela, ils traitent comme secondaire la réciprocité à vivre dans leurs rapports mutuels et ils méconnaissent l’importance de l’identité propre à chacun d’entre eux.Mais les identités propres, se manifestant sous la forme de langues différentes, qui jaillissent comme une expression incoercible, mettent fin par elles-mêmes à l’œuvre entreprise (Gn 11, 1-9).est possible à Dieu».Ces trois récits mettent en lumière les causes de l’échec de l’homme dans la prise en charge de lui-même pour son propre avènement comme image et ressemblance de Dieu.Cet échec ne vient pas de ce que l’homme aurait visé vers des choses mauvaises.En chacune de ces tentatives, l’homme a voulu satisfaire quelque chose qui est à la racine de l’être-homme comme le soin fondamental: liberté, identité, réciprocité.Mais chaque fois, il s’est contenté de viser à satisfaire l’un des trois besoins en méconnaissant ou en «trafiquant» l’un des deux autres.Il n’est pas spontané à l’homme de s’exprimer selon son identité propre assujettie aux exigences de la communion en réciprocité dans le souci que l’affirmation des identités propres ou la communion en réciprocité n’entravent l’avancée vers un vouloir unitaire où se réalise la liberté.Pour accéder à cette réalisation de lui-même, il faut que l’homme soit constamment tourné vers le visage de Dieu qui est simultanément Fils, Esprit et Père, identité, réciprocité et liberté.Les Écritures nous montrent comment l’intervention de Dieu, à partir du chapitre douze de la Genèse, vise à faire que l’homme, petit à petit, se tourne vers ce vrai visage sur lequel brillent les traits de ce qu’il doit lui-même devenir.L’homme qui se «convertit» à Dieu voit effectivement les traits de ce vrai visage apparaître sur le visage de l’homme Jésus-Christ (cf 2 Co 16, 18).En Jésus-Christ Car Jésus-Christ présente effectivement aux hommes le visage d’une humanité en qui les trois besoins fondamentaux de l’homme sont pleinement et simultanément satisfaits.Ceux qui se tournent vers 105 lui sont refaits à l’image et ressemblance avec Dieu (cf Jn 3, 14-15 et 19, 37).D’abord, le Christ refait les hommes à l’image et ressemblance de Dieu en les mettant tous en mesure de s’exprimer selon leur véritable identité.C’est le sens des miracles où Jésus fait parler les muets et tous ceux qui n’ont pas droit à la parole; c’est le contenu de toutes les attitudes à travers lesquelles Jésus conduit les hommes à être vrais.En second lieu, le Christ refait les hommes à l’image et ressemblance de Dieu en les réintroduisant dans la réciprocité par laquelle ils peuvent se donner les uns aux autres de grandir.C’est le sens des miracles de transformation de l’eau en vin et de multiplication des pains; c’est le contenu de l’Eucharistie dans laquelle s’instaure la réciprocité parfaite où ceux qui se nourrissent du Christ deviennent ensemble le Corps qui est leur nourriture.En troisième lieu, le Christ refait les hommes à l’image et ressemblance de Dieu en les restructurant en un Tout organique («organisation») où leur liberté puisse se déployer dans l’avancée vers un vouloir unitaire qui soit de plus en plus le vouloir de l’unique Père.C’est le sens de Y institution des douze.L’humanité dispersée est refaite Une sans qu’aucune de ses composantes soit laissée de côté.Les douze attestent que dans le Christ tous les humains sont un unique peuple comme Israël était un unique peuple par la mise ensemble des douze tribus.L’intervention du Christ dans l’histoire des hommes est le prix à payer que Dieu n’hésite pas à mettre dans la balance pour que cette balance penche dans le sens du devenir de l’homme.Cette intervention atteint et provoque les hommes dans l’axe de chacun des trois besoins fondamentaux que nous avons reconnus comme étant les composantes du devenir humain.C’est à partir de cette prise de conscience que l’on peut aborder avec sérieux le rapport entre la vie religieuse chrétienne et le «devenir humain».4.La vie religieuse chrétienne dans son rapport au «devenir humain» La question posée ici n’est pas nouvelle.De tous temps, dans la vie religieuse chrétienne, on y a répondu.Les œuvres entreprises par les différentes congrégations religieuses (de l’éducation des enfants au soin des vieillards, en passant par les services de type religieux) s’inscrivent dans l’aventure des hommes comme autant de réponses à des 106 besoins d’hommes, souvent très en avance sur ce qui se faisait au même moment pour «servir l’homme».En cela, comme on l’a justement fait remarquer, la vie religieuse chrétienne a souvent réédité les miracles du Christ «qui a passé en faisant le bien» (Ac 10, 38).Mais en ces temps où, presque partout, les hommes ont mis au point les moyens de résoudre leurs problèmes d’hommes, la vie religieuse chrétienne ne devrait-elle pas se vivre encore davantage au plus vrai de ce qu’elle est dans son rapport au «devenir humain»?Peut-être le temps est-il venu, pour la vie religieuse chrétienne, d’être moins le prolongement des miracles faits par le Christ en faveur des hommes, que le prolongement des «signes» faits aux hommes par le Christ à travers ces miracles comme à travers les gestes, attitudes et paroles que les évangiles nous ont retransmis (cf Jn 6, 26).En mission d’Église Rappelons-nous donc d’abord ici que tous les «signes» faits aux hommes par le Christ en vue de remettre les hommes sur la trajectoire de leur «devenir humain» se résument et se condensent en ce signe unique qu’est son Église.À la suite du Christ qui rejoint les hommes et les provoque sur les trois composantes de leur existence d’hommes, l’Église se doit d’être «signe» parmi les hommes dans les trois domaines de leur existence où ces trois composantes se déploient.L’Église est «signe» de l’homme à venir si elle est simultanément un «lieu» où toutes les identités propres sont en mesure de s’exprimer, où tout ce qui est matière à partage est échangé dans une démarche de réciprocité, où toute décision à prendre est envisagée comme devant promouvoir la liberté en tous dans la recherche d’un vouloir unitaire qui soit le vouloir de tous.La culture, l’économie et la politique ont à être vécues dans l’Église pour qu’elle soit le peuple prophétique, sacerdotal et royal qu’elle est appelée à être au sein du monde des hommes comme signe de ce que ce monde des hommes est appelé à devenir tout entier.C’est sa mission d’Église en qui la mission du Christ doit être continuée.Pour que le monde soit sauvé C’est dire l’importance que prend, pour le devenir humain, l’accomplissement d’une mission que le Christ a remplie pour sa part et que ceux qui croient au Christ doivent remplir à sa suite.Le problème du devenir humain est au cœur de l’existence de l’Église comme rassemblement de ceux qui ont cru en Jésus-Christ, 107 envoyé dans le monde par le Père, non pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé (Jn 3, 17).Il est capital pour le salut du monde que l’Église soit ce que le Christ l’a voulue: à son image et ressemblance d’homme en qui ont brillé les traits du triple visage de Dieu.Cela demande que dans l’Église les trois démarches d’expression, de communion et d’organisation soient effectuées au service des identités propres, de la réciprocité entre tous et de la liberté à faire grandir en tous.Hors de ce triple champ simultanément occupé, l’Église est menacée de n’être plus le signe qu’elle doit être.Le monde se perd.L’homme continue d’être soit «Adam et la femme» cherchant chacun de son côté et pour son propre compte l’avancée à réaliser, soit Caïn estimant n’avoir pas à répondre de son frère, soit un homme se cantonnant comme à Babel sur des choses à faire, au lieu de mettre au premier plan de sa préoccupation ce qu’il fait de l’être qu’il est lui-même.Une vie religieuse chrétienne La place de la vie religieuse chrétienne au sein de l’Église prend alors son importance comme rappel que l’Église s’adresse à elle-même, par certains de ses membres, du «signe» qu’elle doit être dans le monde des hommes, pour que le «devenir humain» soit constamment ramené sur la seule trajectoire où il lui soit possible de s’accomplir.Ce n’est pas pour rien que la vie religieuse chrétienne s’est systématisée de très bonne heure sur trois axes qui, par la suite, ont été matérialisés en quelque sorte par les trois vœux.Le vœu de chasteté atteste qu’on attend, chacun, la parfaite et totale réalisation de soi en son identité propre de la relation à Jésus-Christ, Verbe de Dieu, s’exprimant à nous prioritairement dans les frères ou sœurs qu’il donne.Le vœu de pauvreté fait choisir la communion totale avec autrui par la volonté de partager les biens possédés en indivis, dans une démarche de réciprocité vitale où l’Esprit de Dieu rend possible la mise ensemble non seulement de ce qu’on a mais aussi de ce qu’on est.Le vœu d’obéissance engage à des actes et attitudes par lesquels peut s’organiser une existence ensemble, selon un vouloir unitaire assurant au maximum la liberté de tous, parce que ce vouloir ne sera pas le vouloir de l’un des membres du groupe ou d’une majorité dans le groupe mais, autant que possible, le vouloir du Père de Jésus-Christ recherché par tous.Dans le «devenir de tous» Ce n’est pas la pratique des trois vœux, pris séparément, qui fait 108 de la communauté religieuse ou de chacun de ses membres le «signe» dont l’Église a besoin pour être stimulée à être le «signe» qu’elle doit être parmi les hommes.Si on les isole les uns des autres, les vœux deviennent simplement l’engagement de faire ou de ne pas faire certaines choses.Si on les prend ensemble, comme étant les composantes d’une vie à vivre, les vœux restent la meilleure systématisation possible d’une vie ensemble où l’affirmation nécessaire des identités propres ne rend pas impossible l’instauration d’un vouloir unitaire parce qu’elle se fait sous la conduite de l’Esprit qui est réciprocité.Une telle vie religieuse, parce qu’elle est chrétienne, est au service de la mission de l’Église; et, à travers l’Église, elle est au service du «devenir humain».Elle contribue à ce que l’Église se veuille elle-même comme peuple prophétique où toute voix s’exprime, peuple sacerdotal où tout est mis en commun, peuple royal où tout vouloir trouve son champ exact d’expansion libre.Peuple de prophètes, de prêtres et de rois.Cette formule, bien que maladroite, dit quelque chose toutefois de ce que l’homme doit être et de ce qu’il devient au fur et à mesure que ,se précise en lui l’image et ressemblance au Dieu Vivant qui est Verbe, Esprit et Père.Contribuer à cette avancée n’est pas de peu d’importance quand on s’interroge sur le rapport entre la vie religieuse chrétienne et le «devenir humain».Marie-Abdon Santaner, o.f.m.Cap.23 rue Jean de Beauvais, 75005 Paris {France) 109 L'AVENIR DE LA VIE RELIGIEUSE AU QUÉBEC Les changements des dernières décennies, dans la société québécoise et occidentale, modifient considérablement les potentiels d’avenir de la vie religieuse et des instituts divers qui s’inscrivent dans cette forme de vie évangélique et sociale.Des réflexions1 et des événements plus récents soulignent fortement la nécessité de reprendre quelques pistes de recherche concernant le futur et l’avenir de la vie religieuse au Québec et, à partir de cette situation particulière et précise, dans le monde.Depuis Vatican II et les années fébriles de la «révolution tranquille», les facteurs internes les plus importants dans l’évolution des communautés ont été le vieillissement progressif et irréversible, la raréfaction des entrées ainsi que les départs massifs de membres ayant déjà un cheminement de plusieurs années et une vitalité évidente.Ces facteurs n’ont épargné personne.Durant ces mêmes années tous les groupes religieux ont réalisé des bonds spectaculaires dans les efforts d’application du renouveau de la vie religieuse décrété par Vatican II: une théologie nouvelle s’est lentement imposée, des structures modifiées d’autorité et d’administration sont en place, plusieurs communautés ont dû convertir leurs tâches et leurs insertions sociales et ecclésiales, des unités de vie communautaire ont transformé passablement les styles concrets d’existence quotidienne de prière, de travail et d’approfondissement, ici et là quelques éclaireurs ont entrevu modestement de nouvelles terres et de nouvelles promesses.En beaucoup de cas, ces changements internes et ces expériences 1.Je veux partager avec d’autres sur ce thème de l’avenir et de l’espérance dans la vie religieuse au Québec.Ma méditation était en route lorsque plusieurs textes ont été publiés à ce sujet.110 nouvelles d’insertion sociale et ecclésiale se sont vécus dramatiquement mais avec une rare qualité d’adhésion chez plusieurs religieux.Il y a partout des résistances réelles mais elles sont sourdes et larvées; elles relèvent souvent de la confusion et du désarroi, voire d’une insécurité fondamentale dont on retrouve des parallèles troublants en d’autres milieux sociaux.Est-il possible, après tant d’expériences et dans un tel contexte, de parler de l’avenir de la vie religieuse?Sans tomber dans le désespoir ou la présomption ni jouer au visionnaire ou au prophète, j’aimerais livrer ici quelques aspects de ma méditation sur cette question hasardeuse que je ne puis détacher de mon propre destin, encore moins de mon combat.1.De l’avenir de la vie religieuse aux avenirs des vies religieuses.Une première ambiguïté est à dissiper dès le départ: l’avenir de la vie religieuse n’existe pas! Nous avons une façon de parler de la vie religieuse qui est lointaine, abstraite, théorique et finalement trop générale et simplificatrice.L’importance attachée à une interprétation nouvelle de la vie religieuse «en soi» a majoré, depuis quelques années, un discours transcendant et unificateur sur les structures et les critères essentiels de cette forme de vie évangélique.Par un besoin acceptable de compréhension logique, un tel discours se prononce sur les fondements évangéliques de la consécration religieuse et rassemble sous un même toit (être) des formes de vie dont l’existence concrète est multiple et plus que diversifiée.Une telle théologie crée de grandes ambiguïtés lorsqu’on veut aborder l’avenir de la vie religieuse: ironiquement, il est possible d’affirmer que, durant les crises des religieux et de leurs instituts, la vie religieuse, dans sa théologie et son discours, ne s’est jamais mieux portée.Le fait et le problème de l’avenir de la vie religieuse se situent ailleurs et obligent de reconnaître, dès le départ, qu’il n’y a pas une vie religieuse mais des vies religieuses dont les chances d’avenir sont fort différentes.En effet, l’héritage et le projet des communautés monastiques diffèrent largement de congrégations vouées à l’enseignement ou à des services hospitaliers et de bien-être; des communautés cléricales n’ont pas la même situation que des ordres mendiants; les communautés religieuses à vie commune ne sont pas dans les mêmes rapports d’avenir que des instituts séculiers récents; l’avenir des communautés masculines et féminines comporte des différences majeures; il faut distinguer aussi entre les groupes «importés» et les fondations autochtones; il en va ainsi pour des groupes à vocation régionale et d’autres plus internationaux.La pluralité des charismes, des modèles et des contextes socio-historiques des vies religieuses, montre bien que c’est fausser la perspective que de parler de l’avenir de la vie religieuse; il faut envisager des vies religieuses diverses avec leurs futurs et leurs avenirs.Je dis bien leurs avenirs car l’avenir n’existe pas davantage.Si nous imaginions l’aventure de l’avenir comme une course à relais, il est évident que chaque «équipe religieuse» n’arrive pas à la ligne de départ avec la même fiche technique de possibilités et de chances de succès et, surtout, chaque équipe ne se présente pas avec la même volonté ni les mêmes intentions quant à la course et à son issue.Chaque équipe a une vision différente du terrain et des règles du jeu.Il est clair aussi que le fait de restreindre nos considérations et la «course» à la piste du Québec, à l’Église d’ici et aux structures sociales connues, posent des limites qui sont souvent débordées par les faits, les personnes et les groupes.C’est pour cela qu’il faut songer ici aux avenirs des vies religieuses et corriger, dorénavant, nos réflexions en ce sens et notre langage.Un autre aspect importe ici et il est malheureusement négligé dans ce genre de réflexion: y a-t-il un avenir de la personne religieuse consacrée au Québec?devenir moine ou religieux représente-t-il un avenir pour les hommes et les femmes d’ici, entre autres les plus jeunes?Cette interrogation rejoint l’affirmation entendue l’autre jour: «il n’y a pas d’avenir là-dedans; c’est pas un avenir pour un jeune.» Les préoccupations institutionnelles, sociales et politiques, représentent des acquis considérables mais risquent de perpétuer certaines aliénations; il arrive souvent que des réponses sont données sur l’avenir de telle forme de vie religieuse sans même envisager un seul instant les personnes qui supportent, pour le meilleur et le pire, cette forme de vie; que serait la vie monastique sans des moines et la vie franciscaine sans des franciscains?Nous sommes tellement viciés par des perspectives institutionnelles et essentialistes qu’il faut toujours lutter pour ramener la personne concrète et vivante à la surface afin qu’elle ne soit pas «calée» et noyée par la cause et l’idéologie.Un tel intérêt pour la personne concrète et située n’est pas plus romantique que personnaliste, il est factuel; il correspond à beaucoup de situations humaines qui ont leur poids et leur importance dans ces réflexions.Ce passage de l’avenir de la vie religieuse aux avenirs des vies religieuses constitue un déplacement majeur de la problématique habituelle; il ne rend pas impossible les prévisions et la réflexion sur des 112 lendemains, il situe tous ces efforts dans leur complexité et oblige de critiquer les marchands et les consommateurs de prévisions faciles et générales et de fustiger, avec vigueur, une génération de bavards qui, ne voyant rien, se permet de tout prévoir.2.Une question de reboisement: l’avenir est aux jeunes.quand ils seront vieux! Un aspect important des crises et des conflits vécus dans les diverses vies religieuses, c’est le rapport superposé de civilisations diverses à travers des générations différentes et inégales, par leur force et leur nombre.La plupart des groupes religieux québécois sont engagés dans un processus irréversible de vieillissement; des forces vives qui auraient pu assurer un âge moyen rassurant et un équilibre global ont quitté et les jeunes, malgré tous les efforts renouvelés des pastorales vocationnelles, fréquentent d’autres lieux de vie évangélique et d’insertion socio-politique.Malgré les jongleries de certains qui voient au loin des foules frapper aux portes des monastères, il est évident que des signes tangibles et immédiats d’entrée massive de jeunes n’existent pas.Ceci n’empêche pas de se préoccuper du rôle que peuvent jouer les rares jeunes qui sont dans cette forme de vie.Il y a deux aspects en cause: les jeunes qui sont engagés dans les groupes religieux et la dimension culturelle de la situation.Les jeunes religieux sont une minorité; ils le savent mais beaucoup parmi ceux qui les précèdent l’ignorent pratiquement.Contrairement à ce que certains laissent croire et veulent dire, la plupart de ces jeunes adultes se sentent habituellement en difficulté dans les grands empires des vies religieuses; ils arrivent au moment où le mortier cède de toute part et voient bien que plusieurs aimeraient les utiliser pour endiguer la débâcle au lieu de les aider à être fidèles à cette recherche du Royaume pour lequel ils veulent tout quitter et tout vivre.Ils ont vraiment l’impression qu’on a trop demandé à leur jeunesse et qu’on a malheureusement confondu renouveau et jeunesse sociologique, comme si Sara ne pouvait plus donner la vie en dépit de son âge avancé (Heb.11, 11).Beaucoup de jeunes religieux sont en situation de malaise, moins à cause du rapport possiblement conflictuel entre jeunes ou vieux, qu’à partir de l’incohérence systématisée entre l’appel à une pauvreté évangélique et pérégrinale et la participation à une organisation conduisant, de plus en plus, à la sécurité et à l’abondance.Les jeunes ne contestent pas les «vieux», au contraire ils sont souvent en solidarité avec eux; ils contestent cependant le mur de sécurité qui s’élargit et 113 rassemble toute une génération de religieux qui n’a jamais saisi qu’elle a cessé d’être mobile et «évangéliquement jeune», qui s’accroche à des lambeaux de pouvoir et agite des guenilles trépassées pour effrayer les événements et le présent, qui détermine largement les orientations concrètes et historiques de leurs groupes en référence à une civilisation en voie de disparition.Ce sont des sensibilités et des interprétations de la vie évangélique et religieuse qui s’affrontent, s’ignorent, se refusent ou se marginalisent.Beaucoup de jeunes religieux actuels ont trouvé un lieu précaire d’itinérance et d’habitation en participant à des projets nouveaux dont ils perçoivent assez consciemment la fragilité, le provisoire, le relatif et la contradiction.Ils sont, en général, marginaux et vivent dans un certain maquis spirituel; s’ils n’occupent plus le château, ils n’en fréquentent pas moins les dépendances et les forêts.Plusieurs sont des résistants dont la passivité, à l’égard d’une partie du système, ne doit pas cacher la violence de vie: si David s’approche de Goliath sans armure cela ne préjuge en rien de la fin du combat car il y a encore beaucoup de puissance cachée dans une petite fronde et une petite roche! Des personnes rappellent, régulièrement, que l’avenir est aux jeunes.mais les jeunes savent bien que l’avenir leur appartiendra quand ils seront vieux, et quel avenir?Lorsqu’ils auront raison, lorsque la vie leur aura donné raison, il leur faudra cette sagesse et ce courage pour reconnaître qu’il se fait déjà tard et qu’il est plus que temps de passer le flambeau à d’autres, à moins que ceux-ci ne soient à courir plus loin avec force et vigueur, il leur faudra accepter que l’avenir ne leur appartient pas: Moïse ne verra pas la Terre Promise.C’est en ce sens que j’envisage les rajeunissements de beaucoup de groupes religieux.Plusieurs formes de vie ne pourront être rajeunies et réparées, elles ne pourront être que recréées radicalement car il s’agit de culture nouvelle.Il y aura encore chez les jeunes religieux de nouveaux départs.Contrairement à plusieurs sorties connues et cataloguées, les prochains départs correspondront à des migrations de l’intérieur, à des affirmations intuitives et tâtonnantes des projets en marche poussés à bout; ces départs seront ceux des fondations et des réformes, car il est évident que les vies religieuses, même renouvelées, ont un besoin urgent d’être réformées et, les réformes, d’être évangélisées.Des départs nouveaux ne pourront qu’advenir, tellement il est possible à plusieurs de vivre dans un institut à contre-vie religieuse, à contre- 114 évangile et à contre-culture nouvelle.Autant la vie religieuse fut longtemps considérée comme un devoir, autant maintenant on pourrait dire qu’elle est en train de devenir un droit fondamental dont plusieurs sont aliénés: le droit à la vie religieuse.évangélique! Si l’on doit parler d’entrées, j’aimerais souligner que toute une partie de la solution appartient à des vocations collectives et culturelles, à des vocations portées en solidarité.Il ne s’agit pas d’accueillir des jeunes «à la pièce» mais de les laisser accueillir ce qui existe «à la pièce».J’ai en tête la réforme de l’Ordre de saint Benoît par Bernard de Clairveaux.Quand ce jeune homme se présente à Cîteaux, il n’a pas une vocation uniquement individuelle, il y vient en tribu et amène avec lui une trentaine de jeunes de sa parenté et de son âge, de sa région et de son époque, de sa sensibilité et de sa culture.Ils «envahissent» littéralement le monastère et c’est après trois ans, seulement, en 1115, que Bernard et une partie de sa bande sont à la tête d’une autre abbaye et que commence cette folle aventure des fondations et de la restauration de l’esprit de saint Benoît.Voilà une vocation collective et culturelle; l’histoire des vies religieuses nous en rappelle une quantité suggestive.Je ne vois pas comment des communautés religieuses traditionnelles pourront demeurer, dans le présent et être de l’aventure de l’avenir, si elles ne sont pas envahies et arraisonnées par une foule de jeunes au milieu desquels il y aura sûrement quelques figures prophétiques qui n’identifieront pas leur âge à la jeunesse de l’Esprit et de l’Église.Il s’agit ici qu’une époque «fasse son temps» et lutte avec le monde, n’ayant en main, que l’Évangile et une folle authenticité.Dans les vies religieuses comme ailleurs, les générations et les civilisations ne se suivent pas toujours, elles se bousculent souvent! 3.On a besoin des religieux mais on ne désire pas l’avenir que représente la pluralité des vies religieuses.Au moment où l’Église et Vatican II rappellent, à grands cris, la valeur et le témoignage des vies religieuses, il arrive parfois que, dans certaines églises locales et davantage dans la société, les religieux soient voulus et utilisés comme une main d’œuvre disponible, facile et malléable.Partout où les religieux interviennent et travaillent, ils sont habituellement appréciés et jugés nécessaires.Il n’en va pas autant pour leur projet de vie qui apparaît à plusieurs, même des chrétiens, comme inutile.Plusieurs personnes ne comprennent pas aisément comment et pourquoi des projets comme le mariage et la vie religieuse peuvent être des avenirs pour l’Église et la société: on se demande si les projets des vies religieuses sont un avenir 115 valable dans la construction de ce monde nouveau, annoncé et réalisé en Christ, et dans une société qui se bâtit sans le Christ.Les bras des religieux, oui, le sens de leur vie, oui et non! Nous touchons là à un nœud vital de la question.Le destin et le drame des religieux et des vies religieuses sont liés irrémédiablement à l’avenir du Dieu de Jésus-Christ dans le monde et notre société québécoise toute proche.Au moment où tant de personnes et de groupes n’ont plus besoin de Dieu, de sacré, de spirituel et de transcendant, et encore moins d’un Dieu proche et incarné dans le Christ, il est évident que des personnes, articulant volontairement et totalement leur existence sur Dieu et le Dieu de Jésus-Christ, ne sont pas plus nécessaires et désirées que leur Dieu: «.mes oppresseurs m’insultent en me redisant tout le jour: Où est-il ton Dieu?» (Ps 41, 11).Les religieux sont emportés par la même vague qui supprime ou ignore Dieu et son besoin dans la société.Il y a là un enjeu et une épreuve de taille.Plusieurs religieux pourraient découvrir, au sein de cet exil, leur véritable vocation et un engagement plus contestataire et radical car Dieu et eux-mêmes ne sont pas dans l’ordre du besoin mais dans l’ordre du gratuit, de la grâce: Dieu et eux-mêmes ne sont pas nécessaires mais désirables et inutiles.L’expérience de la foi est de cet ordre.L’expérience propre aux diverses vies religieuses relève aussi du gratuit et de l’inutile, du don miséricordieux de Dieu en Jésus-Christ pour lequel aucun d’entre nous n’a fait quoi que ce soit de valable, obligeant Dieu et ses dons.Il y a quelque chose dans l’existence des religieux qui prend racine dans ce gratuit et ne saurait être renié ou évacué.Nous avançons vers des âges où les religieux, à cause et malgré leur compétence et leur bonne volonté, se rendront inutiles à force de vouloir être utiles et productifs, voire adaptés, normalisés et domestiqués; aux religieux «juste à point», se substituera une génération de religieux voués à l’Évangile et à Dieu en Jésus-Christ, sans raison et sans limite, parfaitement utiles dans leur inutilité et leur gratuité.Les besoins de servir seront permanents, c’est le sens donné à ces services qui doit être clair et, parfois, capable de résistance.Il ne s’agit pas de remettre en cause la portée sociale et universelle des vies religieuses; il s’agit de pousser jusqu’au bout la logique intérieure d’une vie évangélique vécue socialement.Le projet de la vie religieuse comporte, dans ses fondements même et dans sa dynamique, dans sa fin et son espérance, le projet radical d’une cité nouvelle, dont les modèles actuels ne sont que des figures précaires et fort discutables.116 Tout projet authentique de vie évangélique et religieuse comporte une critique du pouvoir, de l’avoir et du valoir, et propose des voies fondamentales de libération pour les religieux et la société; les vies religieuses font espérer et réaliser, en ce monde et avec ce monde, un autre monde.Il y a toujours des trahisons possibles du projet fondamental de la vie religieuse et de son sens: à force d’œuvrer dans le relatif et le provisoire, à force d’absolutiser le fini et le partiel, plusieurs d’entre nous en arrivent à «éterniser» «ce qui doit passer» et y coller: «elle passe la figure de ce monde».La trahison collective des religieux et des formes de vie religieuse porte sur la perte graduelle du lien viscéral entre ces vies et le Dieu de Jésus-Christ; c’est pourquoi l’évangélisation des religieux et des vies religieuses demeure toujours une tâche essentielle et prioritaire.N’avons-nous pas opté pour des veaux d’or et des substituts en ce temps d’impatience et d’ennui, en ce temps où Dieu se fait attendre et semble ne pas vouloir dire et donner davantage qu’il n’a déjà dit et donné en Jésus-Christ?Le «bel âge» sera encore celui où, inutiles, des religieux et des vies religieuses trouveront dans la société, l’Évangile et eux-mêmes, le pouvoir et le courage de contester des figures de la culture et de la société qui ne méritent pas tant d’adulations ou de silence.4.L’avenir en quête de fous, d’adorateurs et de pauvres.Quelques jeunes parlaient récemment de leurs intérêts et de leurs tentations à l’égard de la «vie religieuse»: «La vie religieuse nous intéresserait mais le problème, c’est que ceux qui y sont engagés présentement ne prient plus et sont riches; certains qui détiennent l’autorité abusent de leur pouvoir.» Au-delà de la vérification minutieuse du bien-fondé de l’observation, qui est loin d’être nouvelle, il est quand même fascinant que ces jeunes, dans cette remarque, touchent du doigt, instinctivement et à travers leurs désirs, des intentions majeures de la vie religieuse.À moins de mentir, ne faut-il pas avouer que le jugement comporte une certaine vérité que des renouveaux récents n’ont pas encore complètement modifiée.Cette remarque recoupe les conclusions d’une étude sociologique sur les aspirations fondamentales des jeunes dans leur expérience religieuse à partir des années 1960.L’enquête rapporte que les jeunes des années ‘60 auraient voulu devenir, en même temps, l’abbé Pierre et un Trappiste.Je ne vois guère de modifications dans l'intentionnalité profonde des aspirations religieuses actuelles de plusieurs jeunes; ils désirent, ardemment et toujours, être ravis par Dieu et servir les plus 117 démunis: adoration et pauvreté de partage et de lutte.S’il fallait parler de critères de discernement des avenirs des vies religieuses et de leur construction, ne doit-on pas privilégier des valeurs plutôt que des modèles de vie?L’adoration et la pauvreté de service seront au carrefour des décisions importantes engageant les avenirs des religieux et des instituts.N’est-ce pas là une fidélité aux intentions même de Perfectae caritatis?La vie religieuse évangélique y est proposée comme une voie privilégiée de l’unique charité libératrice donnée aux hommes par le Christ, dans l’Évangile et l’Église.Il ne s’agit pas là d’une lecture théorique et lointaine de l’avenir; une telle perspective est déjà supportée par l’ensemble des projets nouveaux où la dimension communautaire retrouvée insiste, en fait, sur la prière et la solidarité socio-politique.Ces deux sensibilités sont souvent vécues de façon exclusive, elles n’en soulignent pas moins, qu’à long terme, mysticisme et militantisme, amour de Dieu et libération des hommes, demeureront des ingrédients inséparables et indéniables des vies religieuses présentes et à venir.Nous retrouvons là un radicalisme de l’expérience de la foi, foi ecclésiale et personnelle au Christ.Ne suppose-t-on pas trop facilement acquise et intégrée l’expérience spirituelle et évangélique?De même, ne suppose-t-on pas trop facilement que celui qui semble prêt à donner sa vie pour Dieu est prêt à la donner pour des hommes?un prochain direct, inévitable et concret?La forte scolarisation de plusieurs d’entre nous ne conduit-elle pas à éloigner sans cesse le «prochain» et les «prochains» au profit des idéologies et des structures?Quelles sont nos vraies solidarités humaines, sociales, politiques, économiques et culturelles?Avec et pour qui sommes-nous prêts à mourir et vivre?Plusieurs d’entre nous ne doivent-ils pas avouer qu’ils n’ont plus d’intérêt pour des avenirs concrets et immédiats, des causes et des fins ainsi que des moyens pour les réaliser?Plusieurs d’entre nous ne doivent-ils pas avouer qu’ils veulent «se sauver» de l’aventure humaine sans trop de compromission et de cicatrices?À ces hommes blasés et raisonnables, sans passion ni blessure, l’avenir a toujours préféré une race de fous, de passionnés et de blessés, qui peut parler de ses erreurs sans, par ailleurs, constater un échec.Le célibat et la fraternité ne peuvent être pour tous et, forcément, pour les jeunes générations des voies sûres d’avenir et d’équilibre que s’ils impliquent une très grande Passion.À force d’être raisonnable, on cesse d'être sage; à force d’être timide, on cesse d’être fort et prudent.N’y a-t-il pas une violence qui continue de s’emparer de notre civi- 118 lisation où le choix radical qui s’offre à nous ce n’est plus d’être un bon ou un mauvais religieux mais bel et bien de devenir et demeurer un meilleur ou un pire humain, tellement l’affrontement entre le bien et le mal se radicalise partout et aussi dans les profondeurs du coeur.L’avenir appartient déjà à ces fous de Dieu et de l’humanité (je ne dis pas obsédés.), profondément convaincus de l’amour fidèle et miséricordieux de Dieu, intensément itinérants, en quête d’une charité inventive et adoratrice car «la foi opère par la charité».« L’amour fou de Dieu» ne peut engendrer qu’une génération de fous de Dieu, du Christ et de l’Évangile, de toute l’humanité pour laquelle le Christ est mort et ressuscité.L’accomplissement affectif ne peut se réaliser évangéliquement que si nous participons à une grande Passion, joyeuse, dramatique et accomplissante; c’est là que plusieurs pourront trouver la lucidité et le courage de critiquer les courants qui proposent le bonheur et la réalisation de soi dans le plaisir seulement.C’est là que plusieurs jeunes se sentent instinctivement coincés dans des instituts actuels: à la place d’une grande charité, plusieurs groupes semblent proposer de «petites actions» et de «petites causes» avec des moyens démesurés; ils entrent dans un univers où tout est fait et si bien organisé.L’avenir n’est-il pas du côté d’un certain chaos, là où une certaine création et une vraie participation sont encore possibles et urgentes?où tout n’est pas étouffé par les revendications et les assurances d’une super-sécurité qui a si peu à voir avec la condition d’un pèlerin ?Plusieurs anciens des vies religieuses n’ont pas compris et accueilli le malaise et l’admiration des jeunes pour leur passé et leur présent; ces derniers sont fascinés par le fait qu’avec si peu de moyens des aînés ont tant fait et créé: si la pauvreté et un certain dénûment pouvaient conduire à une telle créativité et à une fécondité authentique pourquoi s’enliser, maintenant, dans la super-sécurité et un monde de réserves et d’abondance qui cachent le coeur profond, éloignent le prochain et ignorent la vie éternelle?Dans un monde où les biens matériels sont sécurisants et endormants, plusieurs sombrent dans une sécurité maladive et vivent pratiquement le ciel sur la terre, oubliant leur condition d’étrangers et de pèlerins, alors que d’autres, des pauvres et des jeunes, voudraient bien n’avoir rien mais aimer suffisamment la terre pour la transformer et la conduire au ciel.Les premiers, plus proches de la mort, prostituent et trafiquent la vie éternelle et leur vie dans des idoles muettes et de fausses sécurités, les seconds, plus proches de la vie, jouent avec la mort, prêts à tout faire sauter pour qu’apparaissent «des cieux nou- 119 veaux et une terre nouvelle».Ce qui juge les uns et les autres, c’est un grand amour déçu et vierge; le dilemne pratique n’en est pas moins sérieux et vital.5.Faire la route et refaire les panneaux de signalisation.Dans plusieurs Chapitres religieux des dernières années, on a parlé de «chapitres de la dernière chance» où justement il fallait prendre le «tournant à temps»; on suppose toujours, avec une telle image, que la route empruntée jusque-là est bonne et qu’il s’agit d’aller plus loin, avec une vitesse raisonnable.Or, qu’arrive-t-il lorsqu’on cesse de croire que la route parcourue jusque-là est la bonne?Il y a là une question d’avenir qui est radicale et qui concerne les personnes et les collectivités religieuses.Pourquoi devons-nous absolument penser nos avenirs comme une ligne droite et continue?N’est-ce pas une illusion d’imaginer que le tracé de la route est à réaliser et à suivre?et si la route n’existait plus?et si des obstacles imprévus obligeaient à revoir les plans?si le chemin emprunté depuis une quinzaine d’années comportait aussi des culs-de-sac?si la pratique de la dernière décennie amenait à penser qu’il faut, non revenir en arrière ni faire un détour, mais opter pour un saut radical?J'émets de telles hypothèses car elles brisent le mythe, si entretenu et justifié, qu’il ne s’agit pour nous que de continuer «tout droit»; il faut revoir nos panneaux de signalisation.Nous sommes confrontés au dilemne de ces hommes devant à la fois créer ce qui n’existe pas et nommer ensuite, explorer d’abord et faire les cartes après, étudier le terrain et faire la route plus tard.Nous avons à choisir depuis toujours et il n’y a là rien de neuf, entre deux attitudes fondamentales qui indiquent deux types de fidélité et d’itinéraire: créer ou expliquer, vivre d’exigences ou mourir de constatations.Pour le moment, nous sommes encore trop submergés par les explications, les excuses, les nuances et les précisions; à défaut d’expériences, les colloques et les discours prolifèrent; autant les constatations s'accumulent, se complètent et se précisent, autant les énergies s’étouffent.Les problèmes ont remplacé les mystères! Si l’avenir appartient aux fous, je crois surtout qu’il appartient aux saints car, comme le formulait si bien Louis Lavelle, «un saint c’est un homme qui voit une solution là où d’autres ne voient que des problèmes».En ce sens, j’estime qu’il faudrait mettre un embargo sur un certain nombre de méthodes de réflexion portant sur nos vécus divers afin d’accentuer, pendant un certain temps, la part de l’expérience et de la création, la part de l’instinct surnaturel refoulé sous le déluge des «théories religieuses».À force d’analyser tout ce que nous 120 pensons et faisons, nous décomposons la vie et la détruisons en son germe; l’amour de la vie doit nous conduire à des attitudes plus dansantes et festives: «Je ne veux plus travailler à être conscient de la fête mais fêter.» écrivait récemment Louis de La Bouillerie.2 Quelles sont nos options?créer notre vie et espérer, à travers des projets simples et concrets, ou nous expliquer pourquoi il en est ainsi, il en fut ainsi et il en sera ainsi dans les siècles des siècles?Des anciens, et je suis d’accord avec eux, ont toujours privilégié la sainteté de vie et l’expérience, les discours après et comme des aides.Conclusion: L’avenir est à Dieu.Notre incapacité de nous approprier, un tant soit peu, l’avenir nous oblige à refaire l’expérience de la créature et de la pauvreté fondamentale propre à la condition humaine: «La réception de l’avenir est la marque de la créature, la limite qui nous sépare de la condition de l’absolu suprême.L’avenir est à la fois remède et mal.Nous marchons dans la nuit; nous savons qu’il y a un but et surtout une lumière pour y aller, mais nous ne pouvons pas la prendre dans nos mains.Être obligé de rattraper le passé par l’avenir et accepter l’avenir sans pouvoir le devancer, comme des enfants reçoivent la nourriture.»3 Cette même vérité nous confronte à l’espérance véritable dont le Christ ressuscité se veut le témoin parfait.Malgré toutes les prévisions, le futur et l’avenir nous échappent au moment où nous croyons les tenir et pouvoir en user.Cela ne condamne et n’empêche pas les efforts de prévision et de calcul mais oblige à les situer dans un cadre moins étroit où le risque et l’inédit peuvent être encore accueillis et servis.Si nous analysons les prévisions successives avancées, ces dernières années, pour décrire le futur et l’avenir des vies religieuses, les résultats s’avèrent assez minces et la part de neuf fort restreinte: on a habituellement projeté sur «demain» ce qui aurait dû être fait immédiatement.L’avenir est moins le lieu de l’invention et de la prophétie que l’entrepôt camouflé des démissions et des retards.Si nous prenons au sérieux, notre incapacité de nommer le véritable avenir et de prévoir les futurs personnels et collectifs, ne sommes-nous pas ramenés à constater que l’avenir est encore un des seuls biens 2.Louis de La Bouillerie, Je vous écris au pluriel, Paris, Ed.Chalet, 1976, p.76.3.Maurice Nédoncelle, La réciprocité des consciences, Aubier 1942, p.118.11 écrit plus loin: «La seule façon d’être total dans l’avenir, ce n’est pas de le parcourir comme un chemin tout fait, ce n'est pas de le prévoir, mais de l’innover entièrement, c'est-à-dire de le créer.» (p.124) 121 que nous ne pouvons maîtriser et posséder?Je ne dis pas que nous ne le posséderons jamais; j’ai de bonnes raisons de croire que cette maîtrise totale nous échappera encore longtemps: l’avenir est un don de Dieu.Nous demeurerons toujours limités dans nos prévisions du futur et toujours pauvres quant à l’avenir.L’avenir nous rappelle notre condition de pauvres, d’itinérants et de pèlerins en quête d’une cité et d’une patrie, de chercheurs d’espérance.Ne nous faudra-t-il pas nous remettre à l’apprentissage de l’avenir, dans le Christ et par l’espérance?redevenir des catéchumènes de l’espérance et, ce faisant, refaire en nous les forces vives d’un amour ardent avec le Dieu de Jésus-Christ et les hommes?Une telle espérance n’est pas sans angoisse ni frayeur; elle comporte, dès le départ, une intensité dramatique qui sélectionne les siens et les soumet à dure épreuve (cf.He 11-12, 4); elle promet tout et semble peu donner dans l’immédiat.Rares sont les hommes et les femmes qui peuvent vivre d’une telle promesse jusqu’au bout «sans défaillir par lassitude «de leurs âmes».Au carrefour des données et des exigences, à l’heure des échéances et des décisions, l’avenir n’appartient à personne, il est dans la main de Dieu et «seuls les violents le ravissent».Gilles Bourdeau, o.f.m.C.P.336, Lachute, Qué.J8H 3X5 122 UNE EXPÉRIENCE DE CONSULTATION Dans notre Congrégation, les obédiences missionnaires en pays étrangers relèvent de la supérieure générale.J’avais jusqu’à date utilisé le bulletin d’information publié par notre secrétariat général pour exposer les besoins de nos régions apostoliques à l’étranger et inviter les Sœurs qui se reconnaissaient aptes à y répondre à me faire connaître leur nom.Les résultats de la consultation selon cette méthode me parurent frustrants autant pour moi que pour les Sœurs qui m’exprimaient leur disponibilité.Dans trop de cas et pour des raisons très variées, l’offre n’était pas ajustée à la demande.J’avais l’impression pénible de refuser, sans plus, un cadeau d’une valeur indicible pour la personne qui me l’offrait et de le lui retourner en disant: «Impossible d’accepter».Par ailleurs, l’occasion d’une obédience missionnaire m’apparaît un moment privilégié pour une Congrégation, parce que susceptible de l’interpeller sur des valeurs fondamentales comme: la foi, le sens de la mission, l’interdépendance de nos fidélités, la coresponsabilité dans un service d’Église.La responsable de l’animation spirituelle doit en être consciente et prendre les moyens pour en cueillir tous les fruits.D’entente avec nos supérieures provinciales canadiennes, j’ai tenté un autre type de consultation qui m’a permis de vivre une expérience unique de communication dans la foi et le discernement spirituel.J’avais à identifier trois Sœurs qui accepteraient de se rendre disponibles: une pour Cuba et deux pour l’Argentine.J’ai d’abord dressé une liste de vingt noms correspondant à des personnes que je croyais aptes à assumer les services que j’avais à proposer.Cette liste fut 123 ensuite réduite à quinze après vérification avec les supérieures provinciales.Deux lettres furent rédigées: l’une à l’intention des candidates présumées pour Cuba, l’autre pour celles de l’Argentine.Adressée à chacune des quinze Sœurs concernées, cette lettre l’invitait à considérer l’éventualité d’un mandat à l’étranger, décrivait le type de service offert, indiquait certains critères importants pour fonder son discernement, soulignait la confiance des supérieures exprimée par cette demande.Chacune de ces Sœurs devait se sentir libre de confronter l’appel qui lui parvenait par la médiation de l’autorité avec l’appel profond de sa conscience à la lumière de sa vocation personnelle et communautaire.Notre Congrégation n’étant pas une Congrégation dite «missionnaire» au sens spécifique, chacune doit vérifier en cours de route l’appel à la Mission lointaine qui n’est pas nécessairement partie intégrante de son premier engagement dans la Congrégation.En conséquence, chacune était invitée à accueillir le projet, à prier, à réfléchir, à consulter, à échanger avec son groupe communautaire, puis à me faire connaître en toute paix et liberté avant la date-limite fixée, sa réponse, positive ou négative, que je m’engageais à respecter comme l’expression de sa fidélité face au plan de Dieu sur elle.Dans l’intervalle, je crois que j’ai vécu au rythme de ces Sœurs.Plusieurs ont pris un rendez-vous avec moi pour faire éclairer certains aspects de la question, verbaliser leur surprise, leur hésitation ou leurs peurs.Aucune ne cherchait une réponse toute faite venant à l’extérieur d’elle-même.J’ai compris combien les Sœurs sont sensibles à une interpellation motivée, appuyée sur l’idéal évangélique, quand elles perçoivent que la vérité profonde de leur être est respectée et qu’on fait foi à leur potentiel de générosité.Les réponses formulées par écrit, étayées des raisons motivant une acceptation ou une non-acceptation, se sont réparties comme suit: huit sur quinze ont exprimé une disponibilité immédiate.Des sept autres, quatre ne se reconnaissaient pas l’appel «missionnaire», deux présentaient des obstacles majeurs quant à la santé, une se sentait retenue par une situation temporaire empêchant un départ immédiat.Toutes ont fait preuve d’une maturité dans la foi et dans l’obéissance qui témoigne d’une expérience spirituelle de qualité.Peut-être surgit de nouveau l’objection: «Si huit Sœurs se rendent disponibles à un appel et que trois seulement reçoivent un mandat de 124 service, les autres ne se sentiront-elles pas jugées «non-dignes» de la Mission?Personnellement, je ne sens pas le malaise éprouvé dans les situations rattachées à la première forme de consultation.Ici, au point de départ, il y a des liens de confiance d’acquis.On sait clairement qu’on est une des quinze «invitées», que les offres non retenues, cette fois, seront enregistrées en vue des obédiences missionnaires futures.On comprend mieux aussi, à partir de cette expérience partagée avec toute la Congrégation, qu’aujourd’hui, les besoins exprimés par nos régions apostoliques exigent des réponses faites sur mesure.Fait significatif: plusieurs ont noté que, même si elles ne devaient pas partir au loin, l’invitation qu’elles ont reçue aura changé quelque chose dans leur vie et se traduira par «un plus» dans la Mission.L’invitation ainsi adressée à mes Sœurs m’est devenue une interpellation personnelle.Spontanément, je me suis rappelé les paroles de Mère Thérèse de Calcutta citées par un de ses biographes: «Quand on demande tout aux êtres, ils donnent tout et plus encore; quand on leur demande peu, ils ne donnent rien.» Si les Sœurs ne vont pas au bout de leur don, peut-être faut-il que les supérieures, d’abord, en cherchent le pourquoi.Anita Byrne, s.s.c.m.4565 ave Miller Montréal, Que.H3W 2E4 125 LES LIVRES DUMAIS, M., Le langage de l'é- vangélisation.L’annonce missionnaire en milieu juif (Actes 13, 16-41).(Coll.Recherches, 16) Tournai-Montréal, Desclée & Cie, Bellarmin, 1976 ; 400 pp.Dans la profonde crise culturelle où nous vivons, il devient difficile d’exprimer le langage de la foi chrétienne en des termes qui soient significatifs pour nos contemporains, — difficile aussi de préciser les critères théologiques qui doivent régir cette nécessaire adaptation.Comment doit-elle se faire?Jusqu’où doit-elle aller?Pour mieux voir clair dans ces questions ardues, l’A.a entrepris l’étude du discours-type que Paul adresse aux Juifs d’Antioche de Pisidie, d’après les Actes (13, 16-39); étude qu’il espère compléter éventuellement par une autre portant sur le discours-type du même Paul aux Païens d’Athènes, d’après les Actes (17, 22-31).Il s’agit sans conteste d’une recherche exemplaire, menée suivant toutes les exigences de l’exégèse et de l’herméneutique actuelles, et qui a valu à son auteur un doctorat en théologie (Institut catholique de Paris).Nul doute que ce travail, — qui s’adresse surtout aux spécialistes, — peut fournir un solide point de départ à la réflexion de ceux qui se préoccupent de renouveler la mission chrétienne et qui s’interrogent sur la « communication de la foi » dans nos milieux marqués par de profonds changements culturels.Cette recherche de qualité par l’un des nôtres fait honneur à l’Université St-Paul (Ottawa), où l’A.enseigne présentement le Nouveau Testament.LAURENCEAU, J., O.P., Parlez-nous de Marie, homélies bibliques.Mulhouse, Salvator (A.C.D.L., 8700 pl.Ray Lawson, ville d’Anjou, P.Q.), 1976; 196 pp.La mentalité moderne réclame l’authenticité.La dévotion à Marie n’échappe pas à cette exigence.Fait-elle vraiment partie de la théologie chrétienne ou est-elle un ajout étranger à la révélation et issu d’un besoin du sentiment?Voilà une question que peuvent se poser nos esprits habitués au doute systématique et à la critique.Ces homélies bibliques consacrées à Marie répondent à cette question.Elles démontrent que le culte marial prend sa source dans les Saintes Écritures, interprétées par la longue tradition de l’Église jusqu’à l’enseignement du récent Concile.L’Ancien Testament et le Nouveau concordent pour nous révéler la femme prédestinée que fut la mère du Sauveur.Prédicateurs, catéchètes, animateurs de groupes ou simples fidèles trouveront dans ces pages de substantielles méditations.Une table alphabétique renvoie aux thèmes abordés.On peut y apprendre comment lire la Bible.LECLERC, Éloi, Le chant des sources (Présence de saint François, 28), Éditions franciscaines, Paris, 1975; 96 pp.Les fervents de saint François doivent déjà plusieurs livres au talent d’Éloi Leclerc; Sagesse d’un Pauvre, Exil et tendresse, en particulier une analyse rigoureusement menée sur Le Cantique des créatures ou les symboles de l’union.Le chant des sources libéré de tout appareil scientifique, reprend pour un auditoire plus vaste et dans le registre poétique, la méditation du Cantique du soleil.L’A.met en lumière les conditions pénibles dans lesquelles le Cantique a pris forme : François souffre en son âme et en son corps et il va bientôt mourir.Il est si malade des yeux qu’il doit vivre à l’abri de toute lumière.C’est dans la hutte aménagée par Sœur Claire au fond du jardin de St-Damien que va mûrir et éclater la louange au Très-Haut pour toutes les créatures.«Jamais pareille rencontre ne s’était produite entre la croix et le soleil.C’était le chant de l’homme réconcilié, sauvé.» (p.16) ROUSSEAU, Louis, La prédication à Montréal de 1800 à 1830 (Héritage et projet, 16).Montréal, Fides, 1976; 271 pp., $9.00.L’ouvrage porte comme sous-titre « approche religiologique ».Que signifie ce néolo- 126 gisme?Décomposé, on peut le traduire par la science de la religion.La substance du volume indique qu’il s’agit d'une observation et d’une analyse scientifiques des faits religieux — envisagés plutôt comme facteurs de culture — tout comme la sociologie l’est des faits sociaux.Le titre spécifie sur quel fait a porté la recherche: la prédication montréalaise au début du siècle dernier.Nous sommes d’abord renseignés sur les prédicateurs, en l’occurrence : Les Sulpiciens, surtout du séminaire.Le reste du volume est consacré à l’analyse du contenu de la prédication sous ses différentes formes.Cet enseignement religieux, inspiré de la spiritualité française, est pour ainsi dire et très schématiquement inséré entre deux points majeurs : la justice divine qui inspire la crainte et l’infinie bonté du Dieu créateur et sauveur qui suscite l’admiration.La Bible à laquelle on se réfère, selon l’ordre du temporal, reçoit de la part de l’A.le nom de « Grand Récit ».Par rapport au monde ambiant, le chrétien est exhorté à le fuir.Cette attitude d’éloignement aura des répercussions sur le comportement — devenant négatif — à l’égard de l’économique, de la politique et du social.Soucieux de faire œuvre de science, l’A.s’exprime souvent en un langage ésotérique.La matière maintenant extraite de la poussière du temps demanderait, à son propre avis, une étude encore plus complète à la lumière de disciplines diverses.VOLANT, Éric, Le jeu des affranchis, confrontation Marcuse-Moltmann (Héritage et projet, 18).Montréal, Fides, 1976; 368 pp., $10.00.Herbert Marcuse, israélite freudiste et marxiste, Jurgen Moltmann, pasteur luthérien, pensent que l’on ne possède pas une juste conception de l’homme.Il faudrait le percevoir non pas comme un être dont la vie entière « se déroule sous le signe de la lutte pour l’existence et de la nécessité» (homo faber), mais plutôt «marquée par la gratuité et la liberté.ordonnée vers la joie et la jouissance» (homo lu-dens).Cette conception de l’homme comme ludique est « subversive », écrit l’A.« elle veut enlever les contraintes du devoir et de l’obligation et les remplacer par la cordialité et la beauté .elle essaie d’anticiper les vertus primordiales du Royaume : la joie et la liberté ».Elle vise donc à faire apparaître sur terre des « affranchis ».Marcuse s’exprime en philosophe et Motmann, en théologien.L’A.confronte les deux systèmes de pensées, lesquels comportent des convergences et aussi des divergences.Sympathique à cette façon de concevoir l’homme sous le signe du «jeu », l’A.estime que l’objet de sa recherche « peut présenter un certain intérêt tant au point de vue socio-culturel qu’au plan philosophique et théologique».Encore faudrait-il disposer d’une « notion précise du jeu ».Si la perception globale de l’homme comme homo ludens peut nous laisser plus ou moins sceptiques, surtout en se référant à Yhomo sapiens (le sage), la civilisation de loisirs qui s’amorce, avec sa promotion des sports peut y trouver des lumières pour s’orienter vers un perfectionnement de l’homme.LACAN, Marc-François, Homélies pour l'année B, dimanches et fêtes.Mulhouse, Salvator, 1975; 288 pp., 39 F L’A., moine bénédictin, nous livre dans une introduction sa conception de l’homélie.Le rôle de celle-ci est de « faire le pont entre la Parole et l’Eucharistie, de faire écouter la Parole de telle sorte que l’auditeur ait faim de l’Eucharistie ».Elle n’est ni un sermon doctrinal, ni un commentaire professoral, ni une leçon de catéchisme.Même si l’homélie peut emprunter à ces formes d’enseignement, elle doit provoquer un dialogue entre Dieu et les auditeurs de la Parole.Au nom de celle-ci, l’homélie pose des questions auxquelles il faut répondre dans la vie concrète, et grâce aux secours de l’Eucharistie.Les textes que l’A.propose ne sont pas des « homélies toutes faites.achevées».Ils ne doivent servir que d’« instrument pour préparer une homélie ».Ces textes n’ont probablement pas été prononcés de l’ambon.Tels quels ils demeurent plutôt froids.Ils ont besoin de passer par le cœur de celui qui voudrait les utiliser.Ils doivent dont être médités pour en tirer une parole personnelle et adaptée aux besoins des auditeurs concernés.Ce recueil d’homélies, rédigées par un homme versé dans les Saintes Écritures, 127 rendra donc service mais ne dispensent pas d’une réflexion personnelle.MICHEL, Robert, Vivre dans l’Esprit: Marie de l’Incarnation.Montréal, Bellarmin, 1976; 337 pp., $11.50 (Par la poste: $12.00).L’A est professeur de théologie spirituelle à l’Université Saint-Paul, à Ottawa, et aussi animateur de retraites et de sessions.Il est donc théoricien et praticien.Depuis 1965, il s’est penché sur la merveilleuse figure de la grande « mystique missionnaire», Marie de l’Incarnation, appelée par Bossuet « La Thérèse du nouveau monde ».Si nous la connaissons un peu comme personnage historique, probablement peu la connaissent comme maîtresse de vie spirituelle.Cette âme a pourtant beaucoup d’enseignements à nous communiquer.Ce livre nous les transmet bien coordonnés et d’une façon simple et nette.C’est le fruit d’une intense réflexion sur d’innombrables textes.En un siècle aussi matérialiste, affairé, convulsé, que le nôtre, il ne peut qu’être profitable de prendre contact avec une âme équilibrée, vivant pleinement sa foi et favorisée de grâces particulières, dans l’intimité et la paix de celui qui est « la voie, la vérité et la vie».On le sait, les efforts d’adaptation de la vie religieuse au monde moderne cachent un piège: se laisser pénétrer par l’esprit de ce monde alors qu’il faut le pénétrer à la façon d’une levure.C’est le message central de ce livre : une femme active et de son temps s’est laissée envahir à fond par l’esprit du Seigneur.L’on peut souhaiter que cette analyse sérieuse de la spiritualité de Marie de l’Incarnation déclenche un courant de piété pour obtenir que cette religieuse toute donnée à Dieu et au prochain connaisse bientôt la gloire des autels.Si toutes nos communautés religieuses entraient dans un tel mouvement ! THIVOLLIER, Pierre, Jésus, bandes dessinées sur l’Évangile.Montréal, Éd.Cheminements (3934 est, Jarry, Montréal, H1Z 2H1), 1976; 120 pp., $4.00 (broché), $5.00 (cartonné).On sait, dans notre civilisation de l’image, l'engoûment des enfants, même des adul- tes, pour les bandes dessinées.Le Père Thivollier, auteur connu, a eu l’heureuse idée de raconter l’histoire de Jésus sous cette forme populaire.L’illustration en quatre couleurs est réalisée par P.Rousseau.Les dialogues traduisent les contenus évangéliques en un langage familier, même inventé.Déplorons l’élimination des anges dans les scènes où l’Évangile les fait intervenir.La profession de foi de Paul VI, au sujet de la création, nomme explicitement « les choses invisibles comme les purs esprits qu’on nomme aussi les anges ».C’est l’enseignement traditionnel de l’Église, à l’encontre d’une certaine hypothèse exégétique téméraire.Normalement, cette publication devrait connaître un grand succès.Elle peut devenir une incitation à lire les textes mêmes des Évangiles.HEGY, Pierre, L'Autorité dans le catholicisme contemporain, du Syllabus à Vatican II (Théologie historique, 30).Paris, Beauchesne, 1975.« Depuis le Concile de Trente, l’objet propre de la théologie a consisté à définir la Vérité et à condamner les erreurs sous le nom d’hérésie.Depuis (Vatican II, par contre) l’objet de la théologie est l’homme avec ses grandeurs et ses misères » (p.11).La révolution reste pourtant « incomplète ».« Le Concile Vatican II a touché tous les domaines de la vie religieuse, excepté à l’organisation ecclésiastique du pouvoir » (p.15).C’est dans cette problématique que l’A.tente d’analyser un concept de l’autorité.Il termine son étude en montrant que seule la position de Hans Küng sur l’infaillibilité est conforme à l’esprit moderne.En dépit d’affirmations très discutables, l’A.n’en arrive pas moins au modèle évangélique de l’autorité : que celui qui veut commander se fasse serviteur (Luc 22, 24-27).« L’autorité dans l’Église catholique doit être pour l’Église, c’est-à-dire pour le “peuple” (de Dieu) et non pas pour la grandeur de l’Église, le prestige de la religion, ou plus simplement pour des raisons administratives » (pp.296-297).Même si elle s’adresse à un « public élargi », la publication de cette thèse de doctorat demande, pour une lecture profitable, des connaissances théologiques sûres; l’influence marxiste y est manifeste.128 AVIS RETRAITES 1977: 26 avril - 3 mai: P.Maurice Gingras, s.j.— 4 - 11 mai: Abbé Paul Lapierre — 17-24 mai: P.Benoît Pruche, o.p.— 25 mai - 1 juin: P.Réal Hogue, smm.— 2 - 9 juin: P.Jacques Beaupré, s.j.— 14-21 juin: P.Maurice Gingras, s.j.— 21 - 28 juin: P.Gérard Therrien, c.ss.r.— 3-10 juillet: P.Yvon Daigneault, s.s.s.— 10-17 juillet: P.Bernard Trémel, o.p.— 17-24 juillet: P.Bernard Trémel, o.p.— 24-31 juillet: P.Bernard Trémel, o.p.— 31 juillet - 7 août: Abbé Paul Lapierre — 7-14 août : P.Bernard Trémel, o.p.— 12 sept.- 13 oct.: RETRAITE de 30 jours: P.Jean-Marie Rocheleau, s.j.— 13 - 20 oct.: P.Guy Fortin, s.s.s.— 27 oct.- 3 nov.: Abbé Paul Lapierre — 3 - 10 nov.: P.Jean Malo, s.s.s.— 15 - 22 nov.: P.Lucien Roy, s.j.— 30 nov.- 7 déc.: P.Yvon Filippini, o.m.i.— 26-31 déc.: P.Jean Malo, s.s.s.— RENSEIGNEMENTS: Maison Rivier, 999, Conseil SHERBROOKE, Qué.JIG 1 M1 Tél.569-9306.Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants: — 5750 boulevard Rosemont, Montréal.Tél.: 259-6911.— $0.70 l'exemplaire; $0.50 pour dix exemplaires et plus.Est également disponible en tiré-à-part l'article de Laurent Boisvert, o.f.m.L'homme, un pauvre devant Dieu, à $0.35 l'exemplaire. la vie des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL HIT 2H2 Que., Canada FRAIS DE RETOUR GARANTIS PORT PAYÉ À QUÉBEC COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE ENREGISTREMENT NO 0828
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