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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La vie des communautés religieuses /, 1980-06, Collections de BAnQ.

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juin 1980 La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre BisaiIIon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Odoric Bouffard, o.f.m.Secrétariat : Rita Jacques, s.p.Bérard Charlebois, o.f.m Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression: L'Éclaireur Ltée La revue paraît dix fois par an Abonnement : de surface: $ 8.00 (32 FF) (205 FB) par avion: $10.00 (45 FF) (255 FB) Sommaire Vol.38 — Juin 1980 Élisabeth J.Lacelle, Pour un ordre humain d'alliance évangélique : devenir une femme Pierrette Chassé, o.s.u., Un témoignage Dorothy Pertuiset, Avancement de la femme et valeurs chrétiennes Le mouvement de conscientisation des femmes porte un appel à une existence plus responsable et plus digne, au service de la vie.Il se situe dans l'horizon d'une espérance évangélique commune, dont on perçoit aujourd'hui des traces.Les religieuses doivent être pour leurs consoeurs laïques des compagnes de route.Nos fondatrices ont travaillé à la promotion de la femme.Pour continuer leur oeuvre, nous avons besoin d'éveil, de dépouillement de nos sécurités, d'écoute de l'Esprit, d'encouragement mutuel, d'amour et de vérité.De cette vérité découle la joie.Si nous allions dans cette voie, ce serait la meilleure façon de rendre service à une cause qui nous tient à cœur, celle de l'avancement des femmes.L'A.présente deux images de la situation de la femme: la première part de stéréotypes développés par les hommes, la deuxième vient de l'Évangile.En terminant, elle rappelle la vocation de la femme comme fille du Père.161 Pour un ordre humain d'alliance évangélique: devenir une femme * Elisabeth J.Lacelle** Nous avons célébré hier une fête qui peut fournir un climat favorable à notre réflexion d'aujourd'hui et à sa liturgie: c'est la Chandeleur ou la fête des lumières qui marque la présentation de Jésus au temple.Comment cela?Nous avons fait mémoire d'un événement que Luc situe au début de la vie de Jésus (Le 2, 22-38).Il évoque une loi de Moïse (Lv 12, 1-8) qui touche la femme juive en tant que mère.Or, même s'il faut éviter les raccourcis simplistes quant à la condition des femmes dans le judaïsme de l'époque, et, surtout, ne pas l'interpréter uniquement à partir de nos schèmes culturels, nous devons constater que la maternité y est «le» titre d'honneur de la femme.Autrement, celle-ci n'est qu'un sujet mineur au même rang que les enfants, les aliénés, les vieillards, les esclaves.Juridiquement, elle ne dispose pas d'elle-même ; elle est la propriété du père, puis du mari.N'étant pas véritablement sujet de la loi, elle n'est pas considérée comme une personne morale : ainsi, son témoignage n'a aucune valeur publique (Dt 19, 17).Même dans le domaine cultuel, elle existe à peine.Elle peut être admise aux fêtes célébrées dans le temple si son «état de pureté», déterminé par les docteurs de la loi, le lui autorise ; * Nous présentons dans ce numéro les textes de trois conférences données à 350 religieuses, le 3 février dernier, lors d'une journée de réflexion sur l'avancement des femmes dans les conditions d'évolution actuelle.Nous remercions les organisatrices de la session et les auteurs des textes de nous avoir permis de les publier : Janine Beaudin, s.c.q., Juliette Létourneau, n.d.p.s.Jeannette Létour-neau, n.d.p.s., Élisabeth J.Lacelle, Pierrette Chassé, o.s.u.Dorothy Pertuiset.** Faculté des Arts.Ottawa.Ont.K1N 6N5 162 et cela, à partir du lieu qui lui est réservé.Elle ne remplit aucune fonction de représentation du peuple dans la louange publique1.À cette lumière on peut mieux comprendre le sens de la fameuse prière du Talmud que récitait et que récite encore le juif fidèle : «Je te remercie, ô Dieu, de ne m'avoir créé ni païen, ni femme, ni esclave.» Et on peut s'émerveiller davantage devant l'énigme de la figure féminine Sion/Jérusalem porteuse des traits et de la réalité de l'espérance d'Israël, en conjonction avec celle du Serviteur dans l'événement de la réconciliation eschatologique2.Cela est profond et important.Nous y reviendrons.Il reste que dans ce contexte socio-religieux, les enfants sont une bénédiction; on pourrait donc penser que l'expérience de la fécondité le soit aussi.Or, même ici, il nous faut constater que cette expérience féminine pourtant liée à la promesse de la «race de la femme » (Gen.3, 15) se déroule dans la conscience que le corps et le sang versé sont coupés de la sphère de Dieu3 Ainsi donc de l'accouchement et du sang répandu pour la mise au monde d'un enfant.La femme doit en être purifiée: après quarante jours s'il s'agit d'un fils; après quatre-vingts jours s'il s'agit d'une fille (Lv 12).Il lui est prescrit de se présenter au temple «à l'entrée de la tente de la rencontre» avec l'enfant et une offrande qui puisse servir «à un sacrifice pour le péché».Le prêtre fait alors sur elle un rite d'absolution qui la purifie.1.A.Jaubert, Les femmes dans l'Écriture, Suppl, à Vie chrétienne n° 219, 1979, pp.25-27.L'impureté légale et la souillure rituelle viennent d'un fond commun de la conscience humaine, mais les tabous sexuels dans le judaïsme passèrent davantage sur la femme que sur l'homme (p.26).Cf.aussi R.De Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, t.1, Paris, Cerf, 1960, pp.67-69.Pour une vue comparative des religions au Moyen-Orient, cf.M.Piettre, La condition féminine à travers les âges, Paris, éd.France-Empire, 1974, pp.33-61.2.Cf.mon article Femme en recherche de parole symbolique dans Relations, n° 448, mai 1979, pp.138-142; et le beau commentaire de P.E.Bonnard, Le second Esaie.Son disciple et leurs éditeurs, Esaie 40-66, coll.Études bibliques, Paris, Gabalda.1972.3.Cf.L.Szabo, art.Pur, dans Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1977, col.1068-1071.163 D'après le texte de Luc, Marie observe cette loi en pauvre : son sacrifice de rachat n'est pas un agneau, mais un couple de tourterelles ou deux petits pigeons (Le 1, 24; Lv 12, 8).Pourtant, l’enfant qu'elle présente afin qu'il devienne sujet de la loi est celui qui va accomplir cette loi en la dépassant en tant que l'Agneau ou le Vivant (Apoc.) pour établir un ordre humain nouveau, celui de l'alliance nouvelle.Le récit de Luc annonce déjà des traits de cette humanité nouvelle.Relevons-en trois.1) Luc rapporte avec plus ou moins de précision les circonstances de cette observance lorsqu'il témoigne qu'«ils (Joseph et Marie) devaient être purifiés», alors que seule la femme était concernée par la loi.Cela laisse supposer que la communauté des disciples n'apportait déjà plus la même rigueur ritualiste à la pratique de cette loi4.2) Plus important encore, le texte renvoie non pas à la loi mais à l'événement de «lumière» ou de «révélation » dont elle est l'occasion, et dont deux vieillards, Syméon et Anne, deviennent les témoins : le premier étant venu au temple « poussé par l'Esprit Saint », la seconde « ne s'écartant pas du temple et participant au culte nuit et jour par des jeûnes et des prières ».Ils reconnaissent dans cet enfant le libérateur d'Israël-Jérusalem (Le 2, 29-32, 38), la venue du Règne du Dieu de l'Alliance inscrite, non pas dans une histoire de la loi pour la loi, mais dans l'histoire de la promesse remontant jusqu'à celle de «la race de la femme».3) Marie et Joseph sont étonnés d'entendre que cet enfant deviendra « un signe contesté » au point de constituer la chute ou le relèvement d'Israël en dévoilant les «débats de bien des coeurs».Il sera mis à mort par la loi elle-même et Marie, représentant ici la Vivante, porteuse de « la race de la femme » dans l'intégralité de son mystère personnel, en sera transpercée comme par un glaive (Le 2, 35)5.C'est jusqu'à ce point que l'ordre humain, pourtant déjà sous la 4.Le Nouveau Testament Traduction œcuménique de ta Bible (TOB), note n, p.198.Voir aussi ce que Luc rapporte au sujet d'Anne, Ibid, notes g et h, p.199.5.Ce glaive qui traverse le cœur de Marie constitue l'unique emploi du mot rhomphai dans les synoptiques et il renvoie au glaive qui traverse la bouche du Vivant dans l’Apocalypse fcf.19, 15; 2.12.16; 1, 16) de même qu'à celui du «Restaurateur du bon droit » en Is 63, 1-3.164 mouvance de l'alliance ancienne, allait être non seulement dérangé, mais bouleversé, par l'ordre humain de l'alliance nouvelle.Il est important de noter que la tradition ecclésiale a retenu de cet événement non pas la pratique de l'observance et sa référence à l'ancienne alliance sous la loi; ni non plus son interprétation de l'être-femme comme «impur» dans son expérience de fécondité charnelle (même la coutume des relevailles n’est pas allée jusque-là); mais plutôt l'événement de «lumière» prolongeant celle de l'épiphanie et qui annonce le passage d'un monde ancien à un monde nouveau.La bénédiction des cierges est attestée à Rome depuis le VIIe siècle en liaison avec le baptême, comme sacramental de la bénédiction de Dieu en faveur de l'humanité nouvelle inaugurée dans cet enfant né de Marie, servante de Dieu et figure de l'Israël nouveau, de la Jérusalem nouvelle6.Nous pourrions donc nous arrêter ici tellement nous nous trouvons au centre de notre réflexion.Et nous le ferions si nous pouvions affirmer que l'humanité nouvelle est réalisée dans notre histoire chrétienne et humaine, dans l'église et dans tout le monde, dans nos vies communautaires et individuelles; si, par exemple, le corps et le sang livrés de la femme, que Marie représente au moins tout autant que ceux de l'homme, avaient atteint leur réalité et leur signification d'humanité nouvelle, à l'image du Premier-né Jésus Christ (Col 1, 15-23; 3, 10-11).Malheureusement, une existence quelque peu lucide nous remet continuellement devant des faits convaincants : le passage d'une humanité à l'autre est sans cesse à reprendre et à réorienter en harmonie avec l'annonce évangélique.1.Mouvement de conscientisation des femmes Le mouvement de conscientisation des femmes qui déborde un féminisme étroit et manifeste le mouvement de conscientisation humaine actuelle porte un appel, un gémissement même, pour une 6.La fête de l'Hypatante est célébrée à Jérusalem quarante jours après l'Épiphanie dès le IVe siècle, cf.R.Laurentin.Court traité sur la Vierge Marie, Paris, Lethiel-leux, 1967, p.56.165 existence plus responsable, plus participante, plus créatrice, plus digne, au service du renouvellement de la vie humaine7.Il me semble que la parole et l'action des femmes pour passer de la «féminitude» à la «féminité», comme projet et en tant que tel, constituent la dimension prophétique la plus touchante et la plus pressante de cette montée de conscience et de sa promesse pour « la race de la femme» tout entière.Bien sûr, il sagit d'un mouvement qui s'exprime par des personnes historiques, concrètes, là maintenant, avec ce que cela représente de chance, puisqu'un tel mouvement engage existentiellement; et aussi de limites, car il se présente recouvert de l'ambiguïté de la recherche humaine en quête de son authenticité.Il ne se présente donc jamais «pur», « idéal », selon nos conceptions de la «perfection».De plus, il est souvent traversé par des idéologies libérale, marxiste, ultra-radicale, qui rejettent toute signification religieuse, surtout traditionnelle.Ses paroles et ses actions sont encore souvent plus revendicatrices que directement constructrices ; ses slogans et un certain ton moralisateur peuvent véhiculer, tout autant que ceux qui les ont précédés et qu'ils dénoncent, le risque de garder la femme dans la dépendance de programmes définis, de la mentalité stéréotypique sexiste, de l'exploitation idéologique.On peut être choqué par exemple par la remarque suivante: « Mais en donnant à celles-ci (auxfemmes) comme seules ancêtres des vierges héroïques, des religieuses mystiques et des mères comme il ne s'en fait plus, cette histoire cautionnait et consacrait leur oppression réelle».D'autant plus que, tout en se rangeant derrière une telle affirmation globale, les auteurs ne proposent 7.Cf.F.D'eaubonne, Le féminisme ou la mort, Paris, éd.Pierre Horay, 1974: «.te féminisme c'est l'humanité tout entière en crise, et c'est ta mue de l'espèce: c'est véritablement le monde qui va changer de base» (p.10) «.A la condition que le féminisme, en libérant la femme, libère l'humanité tout entière, à savoir n'arrache le monde à l'homme d'aujourd'hui que pour le transmettre à l'humanité de demain » (p.11 ).166 pas une étude sérieuse de ce qu'elles considèrent par ailleurs comme un facteur socio-culturel décisif8.Mais un regard franc sur notre histoire nous permet de comprendre ces accusations, ces revendications, ce ton.Et l'attention à la situation actuelle des femmes dans l'église et dans la société nous contraint à reconnaître leur importune opportunité.Là où nous pourrions être le plus touchées sans doute c'est de constater que dans la plupart des lieux d'engagement féminin actuels, ou bien on met de côté la dimension religieuse parce qu'on la sépare de l'engagement social et politique, qu'on la nie ou la combat; ou bien parce qu'on cherche de nouvelles voies de signification spirituelle en dehors des traditions religieuses représentées par des institutions patriarcales.Avec le résultat que, à quelques exceptions près, la dimension spirituelle de l'avenir humain en est le plus souvent absente ou n'est pas développée avec la même insistance que le discours revendicateur.Mais il ne suffit pas de retenir l'arrière-goût âcre que peut laisser cette constatation.Il faut nous en laisser toucher, et reconnaître le caractère urgent de notre présence là où se déroule cette histoire de femmes : celle de notre engagement pour l'humanité nouvelle du Dieu vivant, qui veut prendre chair dans notre histoire humaine ici et maintenant.C'est alors poser la question de notre propre recherche d'existence en tant que personnes, femmes, et de ce que cela peut impliquer pour nos styles de vie, nos relations, nos institutions.Où en sommes-nous dans notre cheminement avec les femmes qui nous entourent, surtout celles qui se présentent ou que nous découvrons en attente de compagnes de route ?Cheminer fraternellement dans des circonstances concrètes, cela ne va pas de soi.C'est d'abord vivre soi-même une histoire de devenir, tout le contraire d'une installation dans un modèle «standard» de qualité humaine ou d'un acquiescement passif aux images toutes faites.Même celle de la «sainteté».Il n'y aurait pas eu de Thérèse d'Avila 8.M.Lavigne et Y.Pinard, Les femmes dans la société québécoise, Montréal, Boréal-Express, 1976, p.6; E.J.Lacelle, éd., La femme et la religion au Canada-français, coll.Femmes et religions 1, Montréal, Bellarmin, 1979.pp.20-21.167 ou de Marguerite d'Youville ou de Marie de l'Incarnation si ces femmes s'étaient coulées dans des «moules», fussent-ils de «sainteté», plutôt que de s'offrir vivantes et telles quelles à l'unique potier.On peut dire la même chose de Jésus Christ lui-même qui a été condamné à mort par la loi, considérée alors comme l'image de la sainteté de Dieu.Devenir une femme pour l'ordre humain évangélique c'est, il me semble, s'accueillir soi-même jusqu'au bout de son histoire personnelle et unique en relation avec Dieu et les siens qu'il nous donne à connaître tout au long de la vie.C'est entrer dans un processus de passage continuel et à travers tout notre être, à partir de là où nous sommes encore endormies ou « non vivantes », vers là où nous naissons à nous-mêmes, vivantes.C'est nous offrir jusqu'au bout de notre résurrection personnelle et célébrer par tout notre être, continuellement recueilli et offert, une liturgie de Pâques, un passage de l'inhumain à l'humain véritable (la Vie).Annie Leclerc, une féministe française, exprime un tel accent d'alliance avec la vie contre la mort : «Je veux être fiancée à tout ce qui enfanta et enfantera ma naissance, être fiancée à cette terre, à ces hommes, à cette humanité jusqu'au rivage de l'ultime ferveur»9.Cette terre, ces femmes et ces hommes, cette humanité du Dieu vivant de l'alliance.Comment pourrions-nous marcher avec les femmes, nos soeurs, et les hommes, nos frères, si nous-mêmes n'étions pas en route avec tout l'élan réaliste de l'espérance évangélique ?2.Horizon de l'espérance évangélique Depuis quelques années les études ne manquent pas pour tâcher de retrouver, à travers les témoignages du Nouveau Testament, des indices sur les attitudes et les intentions de Jésus relatives à la vocation des femmes dans l'ordre de l'alliance nouvelle.Que signifie pour elles leur passage en humanité nouvelle, à sa suite ?Ici comme dans les mouvements féministes en général, diverses tendances se présentent.La théologienne Rosemary 9.A.Leclerc, Épousailles, Livre de poche 5239, Paris, Grasset, 1976, p.27.168 Ruether aux États-Unis, l'exégète Annie Jaubert en France, le collectif L'autre parole au Québec, nous rejoignent sur des tons variés.Elles ont toutefois en commun de croire que Jésus Christ reste «le» lieu libérateur de l'humain dans son intégralité.Il vaut donc la peine de nous arrêter à quelques témoignages importants.S'il nous est impossible ici de suivre le parcours d'une exégèse exhaustive des textes, nous tâcherons par contre de ne pas ériger en critères absolus et sortis du contexte i'un ou l'autre constat que nous pourrons produire.Une écoute attentive de la Parole, qui s'offre à travers ces témoignages, nous mènera vers de nouvelles perspectives de révélation et guidera nos itinéraires respectifs.Coexistence fraternelle entre hommes et femmes Un des plus anciens textes de notre tradition se trouve au chapitre XI de la 1re aux Corinthiens et reprend les récits de la Cène.Il y est fait mémoire de Jésus Christ, de sa vie livrée pour les autres et de sa résurrection comme gage de renouveau pour les hommes et les femmes qui l'accueillent dans la foi.Ces hommes et ces femmes sont alors revêtus de sa vie, deviennent son image en tant que fils et filles de Dieu, co-héritiers d’une existence nouvelle, d'une coexistence nouvelle.Et cela prend des formes très concrètes.Ainsi, le repas fraternel ne peut plus être pris de la même manière.Paul réprimande ceux qui s'empiffrent alors que d'autresontfaim.Il ne craint pas de dire qu'une telle attitude est indigne de la table du Seigneur.À cette table ne peuvent prendre place que ceux qui se reconnaissent frères et soeurs en communion d'alliance nouvelle.C'est que Y énergie relationnelle, à la suite de Jésus Christ, n'est pas une énergie créatrice de rapport de domination, de concurrence ou de fusion, mais de partage, d'échange mutuel dans le respect de l'autre, quels que soient sa race, sa condition sociale, son sexe.Nous avons là, dans un des plus anciens récits de la tradition, le trait qui spécifie la relation humaine dans l'ordre nouveau de l'alliance évangélique, et que le mémorial de la Cène, la participation au corps et au sang du Seigneur, réalisent toujours plus profondément en l'annonçant.169 Paul précise davantage l'avenir qualitatif inouï de ces relations dans son ecclésiologie du Corps de Jésus Christ où tous les membres, dans leur identité personnelle, individuelle et collective, sont appelés à coexister dans le service mutuel (1 Co 12, 12ss), la paix par delà la division (Ép 2, 11-22), la réciprocité de grâce (Ép 5, 21-6, 9).Même le «non plus deux, mais une seule chair» de l'homme et de la femme unis conjugalement ne peut plus être compris en dehors de cette coexistence nouvelle fondée sur l'agapè (cf.Ép.5, 31 ; 1 Co 6, 16; Mc 10, 7; Mt 19, 5).A fortiori, la «mise en état des saints», femmes et hommes, «d'accomplir le ministère pour bâtir le Corps du Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Ép 4, 12-13).«Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature.Le monde ancien est passé, voici qu'une réalité nouvelle est là.Tout vient de Dieu, qui vous a réconciliés avec lui par le Christ et vous a confié le ministère de la réconciliation» (2 Co 5, 17-18).Cette espérance qui scande le témoignage de Paul doit être retenue comme une clef d'interprétation décisive pour l'ensemble du témoignage de la communauté apostolique.C'est, selon Annie Jaubert, une affirmation «de la suppression des rapports d'asservissement et d'aliénation» dans l'humanité nouvelle10 et de la coexistence fraternelle d'alliance dans la communion.La femme accède à la vocation de témoin Les évangélistes nous rapportent que la communauté itinérante rassemblée autour de Jésus compte des femmes et des hommes.Cela suppose que des femmes quittent leur famille pour suivre Jésus, qu'elles cheminent spirituellement comme ses disciples en partageant sa vie.Elles reçoivent l'instruction; bien plus, elles confessent la foi de la communauté ainsi qu'en témoigne Jean lorqu'il fait dire à Marthe : «Je crois que tu es le Christ, je crois que tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde» (Jn 11, 25-27).10.Cf.Le rôle des femmes dans le peuple de Dieu.Recherche de critères en référence à l'Écriture dans Écriture et pratique chrétiennes, coll.Lectio Divina n° 96, Paris, Cerf, 1978, p.59.170 Jean va jusqu'à proposer des femmes comme types de l'évangélisation.Le cas de la Samaritaine étonne toujours.Jean en fait le type de l'évangéliste auprès des samaritains et des gentils.Elle devient la messagère de la Jérusalem nouvelle où «les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (4, 23).Pourtant, Jésus avait toutes les raisons culturelles et cultuelles pour ne pas rencontrer cette femme et pour ne pas l'« envoyer «annoncer l'heure de l'alliance nouvelle, c'est-à-dire des noces définitives entre Dieu et l'humanité.L'hostilité politico-religieuse entre les juifs et les samaritains; l'inconvenance d'adresser la parole en public à une femme, étrangère, concubine.Eh bien! Jésus aime cette femme concrète et dans son histoire bien à elle.Il sait que non seulement elle peut être aimée évangéliquement dans toute sa concrétude, mais aussi qu'elle peut aimer de cet amour et le susciter.Affaire pour elle de rencontrer le vis-à-vis interpellant qui la rejoigne dans son être profond.C'est ainsi que Jésus se présente.Et pour cela, il offre d'échanger avec elle ce que l'un et l'autre peuvent s'échanger : de l'eau du puits qu'il lui mendie à l'eau de l'Esprit qu'il lui accorde en se révélant lui-même.François Mauriac écrit dans sa Vie de Jésus romancée: «Le pas des disciples retentissent déjà sur le chemin.Pour livrer le secret qu'il n'a dit à personne, Jésus choisit cette femme qui a eu cinq maris et a aujourd'hui un amant».Lui, l'Amour vivant, dévoile son nom et, dans cet événement, la femme devient un témoin de l'alliance nouvelle.11 Dans une société qui refuse de reconnaître à la femme sa capacité de témoin, Jésus l'éveille à la vocation d'annoncer publiquement à son peuple la nouvelle de l'ordre humain évangélique, qui commence avec lui.Un traitement pour le moins surprenant de la « nature » de la femme telle que définie alors par les systèmes civils et religieux.On peut opposer que Jésus ne fait pas accéder la femme à un témoignage public «officiel».C'est vrai, du moins à l'office de l'ordre institutionnel de l'époque.Mais comment 11.Voir le fin commentaire d'A.Loehr, L'année du Seigneur.Le mystère du Christ au cours de l'année liturgique, t.1.Bruges, éd.Ch.Beyaert, 1946.pp.351-358.Le Christ voit en cette femme, dans toute sa réalité concrète, l'image de l'Église.Quant aux disciples, ils s'étonnent : « Ils ne connaissent pas le mystère » (p.355).171 ne pas reconnaître que dans l'ordre humain nouveau qu'il instaure il lui accorde toute cette place dans un geste-germe qui porte une histoire de résurrection encore à venir12.La femme advient à une existence responsable Il y a un autre récit qui nous permet d'apprécier jusqu'où va l'appel de Jésus pour une existence personnelle féminine responsable.Ici encore, Jésus tranche avec les coutumes de son temps.C'est le récit de la femme adultère que l'on retrouve chez Jean au chapitre VIII.Non seulement Jésus renvoie les accusateurs de la femme à leur propre responsabilité, mais, alors qu'avec eux il s'était contenté de tracer des traits sur le sol comme plus absorbé par cela que par leur présence, devant elle il «se redressa et lui dit : "Femme, où sont-ils donc (ces scribes et ces pharisiens qui te situentface à la loi)?Personne ne t'a condamnée?''» Elle répondit: «Personne Seigneur ».Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus».Jésus la délivre du mépris de ses accusateurs savants et fidèles à la loi.En conversant avec elle, il la déclare innocente, neuve, et la renvoie à sa responsabilité pour qu'elle se garde dans la dignitéde cette situation d'alliance nouvelle.C'est le contexte de ses paroles sur le mariage, le divorce, la répudiation.La femme est alors victime d'un ordre de la loi et au nom de Dieu lui-même Jésus rappelle la co-dignité de la femme et de l'homme en évoquant le récit de Genèse 1, 27 — «à son image il le créa (Adam) ; mâle et femelle il les créa.» Du même coup, la femme devient elle aussi responsable du lien conjugal, ainsi que nous le lisons chez Marc 10, 11-12.12.D'où la légitimité d'une interrogation devant la Déclaration sur la question de l'admission des femmes au sacerdoce ministériel, Cité du Vatican, 1976.Pourquoi limiter la portée de l'espérance contenue dans ces indices alors que les indices concernant la vocation des Apôtres et leur identité sexuelle sont considérés comme contraignants?Pourtant ils comportent eux aussi des aspects limitatifs par ex.la race juive des apôtres, leur état civil varié, etc.Il ne faut pas s'étonner de la difficulté qu'éprouvent de plus en plus de femmes devant un tel raisonnement.172 Jésus fait éclater les modèles culturels C'est un des traits les plus significatifs de l'attitude de Jésus vis-à-vis de la femme: il fait éclater les modèles culturels qui l'emprisonnent au détriment de sa dignité personnelle.Nous en avons une illustration dans le cas de l'hémorrhoïsse (Mc 8, 25-35).Cette femme, qui souffre d'une perte de sang, est en situation d'impureté rituelle, sous les interdits qui la gardent éloignée de la sphère de Dieu.Or Jésus se laisse toucher par elle.Bien plus, il la guérit dans le moment même de ce toucher ! Là où le docteur de la loi aurait condamné, Jésus dépasse le tabou et la souillure légale.Même attitude envers la prostituée qui couvre ses pieds de sa chevelure et de son parfum (Mc 14, 3-9).L'amour de cette femme, qui s'est manifesté à travers une inconvenance sociale, sera néanmoins connu pour les siècles, partout où sera annoncé l'ordre nouveau de l'alliance évangélique.Elle devient messagère de la sépulture, prophète de la résurrection, ce gage de l'ordre nouveau et de l'avenir qu'il ouvre pour le corps et l'esprit humains.Mais c'est dans sa relation avec sa mère que Jésus peut nous étonner encore davantage.La rupture qu'il instaure au nom du Règne de Dieu (Mc 3, 31-35) devient une ouverture pour cette femme à vivre avec lui une histoire par delà celle de sa maternité physique et éducatrice.Chez Jean elle sera présente avec d'autres femmes et le disciple en terre de Jérusalem, à l'heure de l'événement nuptial décisif entre Dieu et l'humanité en Jésus Christ.Dans le moment même de cette heure elle participe à la régénération de l'humanité dans le mystère de Dieu 13.Loin d'être passive, inerte, la femme évangélique est active, en acte de vivre.Ainsi, Jésus ne rencontre pas des femmes enrobées dans des images ou des définitions (et même, des archétypes fixés), idéalisées ou aliénantes, mais des femmes concrètes14.Et une 13.Cf.J.McHugh, La mère de Jésus dans le Nouveau Testament, coll.Lectio Divina n° 90, Paris, Cerf, 1977.14.Voir l'article original de M.Campbell, Pour l'amorce d'une théologie du masculin, dans Échanges 131 (1977), pp.26-28.173 relation avec lui a comme point de départ un éclatement des modèles reçus, au nom de la vie qu'il suscite par sa propre existence libre.Comme nous sommes éloignées ici de la vision stéréotypée et fixiste de tant de discours théologiques I Mais nous n'avons pas fini de nous étonner.Pour se révéler lui-même en relation avec le Règne de Dieu, Jésus recourtà unefigure, la parémie (paroimia), qui est une forme de «parole mystérieuse et symbolique »15.Dans ce genre de parole, l'image ne commande plus de l'intérieur de son contenu significatif, mais elle éclate jusqu'à l'horizon du Vivant, de l'humain restauré en Jésus Christ.Ainsi, chez Jean, les «je suis» par lesquels Jésus se révèle rejoignent les autorévélations du Dieu de l'alliance (cf.Ex 3, 14; Is 52, 6).16 Or, ils reprennent la symbolique religieuse masculine et féminine: «Je suis le bon berger» (10, 11); «Je suis la vigne» (15, 1); «Je suis la lumière» (8, 12); «Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : donne-moi à boire, c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive»; «Je le suis moi qui te parle» (4, 10.26).La symbolique en passant par la personne de Jésus renaît en symbolique de la femme et de l'homme, l'un et l'autre renouvelés à l’image du premier-né du Père.Jésus réalise dans sa personne la figure d'espérance du serviteur et celle de Sion-Jérusalem ! Quel horizon d'existence humaine ! Quelle densité de sexualisation ! Et comme nous sommes loin de l'avoir scruté par delà nos vues étroites, pour apercevoir l'humain nouveau qui vient, qui nous cherche en Jésus Christ ! Cette prise de conscience peut se heurter à la constatation du rétrécissement qui s'est opéré assez tôt dans la communauté chrétienne sous la pression culturelle; et il faut l'avouer humblement, je crois aussi, sous la pression humaine se raccrochant à l'humanité ancienne.Des réserves sur la fonction évangélisatrice des femmes dans l'événement de la résurrection 15.Cf.L.Cerf aux.Recueil L.Cerfaux, //, Gembloux, 1954.p.26: «.ta paroimia, parole mystérieuse ou symbole, mode de révélation propre à la mission temporelle du Christ et qui attend la pleine lumière de la révélation en chair après la résurrection et la descente de l'Esprit».16.A.Jaubert, Approches de l'Évangile de Jean, co/l.Parole de Dieu, Paris, Seuil, 1976, le Dossier V, Le Nom divin, pp.162-167.174 apparaissent dès le niveau second de la formation des textes17.Mais cette prise de conscience devrait surtout nous éveiller à notre responsabilité dans et pour la communauté chrétienne et humaine, en solidarité avec nos soeurs et frères qui sont en recherche d'un ordre humain d'alliance évangélique.Il nous faut nous hâter au devant de l'humain nouveau promis et déjà là comme possible en Jésus Christ, avec l'audace, la lucidité et le courage de l'espérance évangélique.Car avec Jésus nous participons à une véritable « mutation » de l'humain sur la base de relations nouvelles qui fondent un nouvel ordre d'existence.C'est de cet événement que la communauté chrétienne, par nous, porte la responsabilité du témoignage pour l'humanité, en cherchant à les réaliser dans sa propre existence et en l'annonçant comme avenir là où l'humain cherche à renaître.Une histoire d'alliance avec Dieu nous appelle jusque-là, individuellement et communautairement.La Parole cherche à se faire chair en nous, femmes et hommes, dans l'intégralité de notre existence humaine, ses joies et ses détresses, pour qu'elle advienne à lavéritéde sa parole humaine.Quel programme ! Quelle puissance nous est donnée en Jésus-Christ, non pour dominer même spirituellement, mais pour contribuer à ce que passe en gloire, c'est-à-dire en vie, en densité d'être, le non-vivant en nous et en l'autre (Jn 1, 12; 17, 2).3.Traces de l'espérance évangélique Même si, à travers son histoire, de nombreuses femmes ont marqué la vie de l'Église, il faut admettre qu'elles restent absentes des lieux les plus déterminants pour son élaboration : son culte, son enseignement, sa juridiction18.La crédibilité de l'engagement 17.H.Cousin, Le prophète assassiné, Paris, éd.universitaires J.P.Delage, 1976, p.94.ci.aussi E.Fiorenza.Le rôle des femmes dans le mouvement chrétien primitif, dans Concilium n° 111, 1976, pp.13-25 fl 8-20/ 18.Un des derniers ouvrages sur le sujet: H.Rollet, La condition de la femme dans l'Église, Paris, Fayard, 1975, 338 pp.175 chrétien actuel, particulièrement dans l'histoire des femmes, passe désormais par ce fait.Je ne puis ici le discuter directement et pour lui-même.Pourtant, je tiens à souligner l'importance de ne pas le déclarer «secondaire» puisqu'il est considéré comme «prioritaire», au nom de l'authenticité du témoignage, par les femmes avec qui nous voulons cheminer.Je me rends compte aussi que cette situation de fait contribue à entretenir le scepticisme sinon l'ignorance par rapport à des traces ecclésiales d'espérance pourtant bien affirmées.J'en évoquerai deux: celle que laisse l'événement conciliaire Vatican II ; celle qu'imprime actuellement la prise de conscience oecuménique.La Constitution pastorale Plus on relit la Constitution L’Église dans le monde de ce temps, plus on découvre la densité humaine et évangélique.Elle se présente sous une double articulation: L'Église et sa vision de l'humain et du monde; Questions particulières à propos de situations humaines contemporaines.Par ses pasteurs l'Église atteste sa solidarité avec «la famille humaine tout entière, avec l'univers au sein duquel elle vit» (n.2), son désir de collaboration sincère «pour l'instauration d'une fraternité universelle» qui réponde à la convocation humaine dans son intégralité «corps et âme, cœur et conscience, pensée et volonté» (n.3).Elle reconnaît dans la condition humaine actuelle une «véritable métarmorphose sociale et culturelle», une étape de croissance et de recherche de valeurs (n.4).Et parmi les changements qu'elle discerne comme déterminants, elle signale les modèles familiaux ainsi que les nouveaux types de relations entre hommes et femmes comme lieu de redéfinition de la vie familiale (n.8).L'Église encourage donc tous les chrétiens à rechercher les voies d'un ordre humain «toujours plus au service de l'homme» et qui permette à chacun, individus et groupes, d'affirmer sa dignité et de la développer (n.9).Elle cite le cas des femmes qui revendiquent la « parité de droit et de fait avec les hommes » et invite à reconnaître 176 l'aspiration «profonde et universelle» à une vie «pleine et libre», digne, bénéficiant de l'univers (n.9).L'humain créé homme et femme selon Genèse 1, 27 est l'«expression première de la communion des personnes» (n.12) et le dialogue avec le Dieu de l'alliance passe, à la suite de Jésus Christ le co-humain par excellence, par le dialogue entre hommes et femmes.Ainsi l'église insiste sur l'importance d'assurer à l'humain, homme et femme, ce qu'il lui faut pour subvenir à lui-même: nourriture, habitat, droit de choisir, éducation.Au nom de la personne elle s'oppose au génocide, à l'avortement en remarquant, au nom de la personne aussi, que même l'adversaire ou le différent doit être rencontré de l'intérieur de son mystère personnel (n.28).Elle proclame l'égalité fondamentale contre toute discrimination en précisant celle dont la femme peut encore devenir l'objet (n.29).Enfin, au chapitre de l'activité humaine, l'Église loue «ces hommes et ces femmes qui, tout en gagnant leur vie et celle de leur famille, mènent leurs activités de manière à bien servir la société» (n.34) pour que le monde enfin se présente comme le lieu d'une réelle fraternité, contre toute pratique indue du pouvoir (n.37).Faire route avec l'humanité c'est partager ce sort terrestre, y devenir ferment d'humanité nouvelle (n.40).Toute la section sur la famille donne le ton de la coresponsabilité femme-homme-enfant dans le respect des histoires individuelles tout autant que de la communauté de vie (nos 48-52).Cet appel de l'église à témoigner de l'alliance de Dieu au cœur de l'humanité dans ses situations de fait renvoie, non pas d'abord à une condamnation ou à un refus d'écoute de la réalité et, pourcequi nous concerne, du mouvement de conscientisation des femmes, mais plutôt à une recherche de compréhension, à un engagement solidaire et même à l'initiative chaque fois que ces situations de fait sont en attente de vie et d'humain véritable.Est-ce que notre engagement actuel se laisse soulever par ce souffle de l'événement conciliaire?Est-ce l'esprit qui anime notre étude du document Pour les québécoises : égalité et indépendance ?Il est possible alors que la lucidité évangélique, pour beaucoup des situations décrites, nous amène à formuler .Pour les québécoises : liberté et assurance ! 177 Le christianisme œcuménique Mais il y a une autre trace de l'église qui, celle-là, nous relie à la recherche de tous les chrétiens.Elle apparaît dans la conscience oecuménique actuelle.Vous avez sans doute pris connaissance du document «Une affirmation commune d'espérance», issu de la réunion triennale de «Foi et Constitution», (Bangalore, août 1978).On peut y lire ceci: «Vivre dans l'espérance, c'est risquer de nouvelles formes de communauté entre les femmes et tes hommes.Cela exige une grâce et une compréhension capables de prendre les structures, les clichés et les ressentiments passés et d'en faire de nouvelles formes de vie commune, aussi bien hors de l'église que dans son sein.Nous sommes mis en demeure de découvrir, à partir de l'Écriture et de la Tradition, des manières actuelles d'exprimer la mutualité et l'égalité et, en particulier, de comprendre ce que signifie être créé à l'image de Dieu»19.Ce programme rejoint celui qui nous est proposé par Jésus Christ lui-même, comme nous l'avons déjà vu.Il est poursuivi actuellement par une étude œcuménique internationale sur la communauté des femmes et des hommes dans l'église, sous l'égide du conseil œcuménique des églises à Genève.Cestravauxdevraient aboutir à des recommandations aux églises ainsi qu'à des propositions qui seront présentées à la sixième assemblée mondiale du COE à Vancouver en 198320.Si nous regrettons l'absence des femmes dans les discussions qui les concernent au plus haut point, comme celle des ministères par exemple, il se présente ici une occasion de contribuer à corriger cette situation qui, très souvent, dans nos milieux extra-ecclésiaux, devient une cause de scandale et un contre-témoignage de la part d'une église qui se définit comme communion fraternelle et projet 19.Cf.La documentation catholique, n° 1752, t.LXXV, 19nov.1978.pp.983-988 et pour son contexte, J.M.R.Tillard, L'œcuménisme après Bangalore, ouverture ou confusion?, dans Nouvelle Revue Théologique 1/101 (1979).pp.66-79.20.On peut se procurer les documents en écrivant à La communauté des femmes et des hommes dans l'Église, B.P.66.Route de Ferney 150.CH-1211.Genève 20.SUISSE.178 d'alliance nouvelle en Jésus Christ.Voilà donc deux traces qui jalonnent l'expérience ecclésiale actuelle.Si nous les suivions aussi généreusement qu'elles s'annoncent, combien de femmes et d'hommes réaliseraient davantage leur service humain dans l'église et dans la société ! 4.Une espérance évangélique commune Mais il nous reste à nous demander s'il existe une espérance évangélique commune entre la femme contemporaine, même chrétienne, et la religieuse ?Sont-elles l'une et l'autre habitées par un monde tellement différent qu'elles ne puissent se rejoindre vraiment ?L'histoire de la vie religieuse féminine au Canada atteste que les femmes religieuses ont vécu leur engagement au cœur d'une préoccupation culturelle : œuvres de l'éducation, de la santé, d'aide aux démunis et marginalisés, d'activités pastorales.Et l'engagement pour l'éducation des femmes dans tous ces domaines, est apparu comme un objectif premier.C'est ce qui fait d'ailleurs que leur apport, depuis une vingtaine d'années surtout, est si controversé, surtout dans les milieux de culture française.Beaucoup de femmes entérinent totalement l'énoncé de Y.Pinard et M.Lavigne que j'ai déjà cité.D'autres par contre, qui ne sont pas moins féministes, lui opposent des études tout aussi convaincantes ou, tout au moins, plus «nuançantes».Leur propre engagement professionnel a permis à beaucoup de religieuses de saisir l'importance de la présence des femmes aux lieux d'élaboration de la société.C'est ainsi qu'on les retrouve aux origines des mouvements féminins de conscientisation au Canada français et au Québec21.Sensibles à la mutation humaine et ecclésiale que nous traversons vous vous interrogez à nouveau sur la réalité et le sens de votre existence comme femmes religieuses.Vous mettez en œuvre 21.M.Jean, Québécoises du 20e siècle, Montréal, éd.Quinze.1977.pp.13-26.M.Jean.Évolution des communautés religieuses de femmes au Canada de 1639 à nos jours, Montréal, Fides, 1977; Les communautés religieuses de femmes, dans E.J.Lacelle.éd.op.cit., pp.147-149.179 des projets qui portent la marque de cette interrogation.L'organisme qui vous réunit ici en est un exemple important.C'est à ce lieu de votre interrogation que je voudrais vous suggérer deux sous-interrogations : la première qui vous est sans doute venue de vos contacts avec les femmes; la seconde, de votre contact avec vous-mêmes en tant que femmes vouées publiquement, en église, au Règne de Dieu, c'est-à-dire à l'humanité recréée dans l'alliance nouvelle en Jésus Christ.Les religieuses, des compagnes de route ?J'ai remarqué que la question se pose au niveau de la pastorale familiale: comment une religieuse, et un prêtre aussi d'ailleurs, peut comprendre la situation familiale au point de devenir conseillère matrimoniale?Vous avez entendu vous-mêmes des femmes vous poser la question : comment une religieuse pourrait-elle devenir pour moi une compagne de route?Des femmes peuvent se demander en effet: comment une religieuse comprendrait-elle l'histoire que je vis dans mon corps, elle qui a dit non à ce corps (car c'est encore ce que l'on croit le plus souvent) ?Comment comprendrait-elle mes déchirements devant la question de ma responsabilité conjugale et familiale, elle qui ne vit pas la promiscuité avec un homme et les inquiétudes d'un budget insuffisant?Comment comprendrait-elle mes révoltes, elle qui est vouée à la perfection de l'obéissance?Les femmes conviendront volontiers que les religieuses peuvent leur procurer de l'aide: un habitat, des vêtements, des cours, etc.Et aussi un encouragement spirituel.Mais l'accompagnement dont elles peuvent avoir besoin pour sortir de leur isolement et de leur situation désespérante, pour réaliser leur désir d'échanger et leur droit humain à vivre leur histoire en s'échangeant comme personnes, peuvent-elles y arriver avec des religieuses?Je crois que c'est jusque-là qu'il faut porter la question de l'engagement.Et y répondre ne va pas de soi.Ce qui est en jeu n'est-ce pas la question profonde de la relation d'alliance avec l'humanité à la suite de Jésus Christ et de la qualité fraternelle de cette coexsitence humaine.Dans la deuxième partie 180 de cet entretien j'ai indiqué quelques traits de cette relation.Je voudrais reprendre ici celui de l'ordre relationnel qui spécifie l'alliance nouvelle.Nous l'avons vu, il ne s'agit pas d'un ordre hiérarchique de domination (même spirituelle), ni d'un ordre concurrentiel (même à savoir qui sera la plus généreuse), ni d'un ordre fusionnel (où l'identité disparaît et rend tout échange impossible), mais d'un ordre que j'appelle «révélationnel ».C'est un ordre où les sujets se rencontrent comme partenaires et s'offrent l'un à l'autre dans le respect du mystère personnel.Une telle relation suppose l'altérité maintenue des sujets dans une articulation de réciprocité, dont la simultanéité et l'intensité peuvent varier, mais qui est souhaitée, vers laquelle on tend, qu'on rend possible (cf.Jésus et la samaritaine).C'est le seul ordre qui permette à la parole humaine d'advenir dans une relation, le seul ordre d'alliance ou d'épousaille de l'humain, par conséquent de la véritable co-humanité.Et il est évident que c'est l'ordre relationnel qui peut le mieux favoriser l'accompagnement de l'autre.Il en va donc ici d'une première sous-interrogation que je vous suggère: Vouées au Règne de Dieu qui s'est fait chair dans un événement de «révélation» ou de «parole», est-ce là le type de relations que vous offrez et que vous favorisez dans la mise en œuvre de vos projets de compagnonnage avec les femmes?Votre mode de présence et de partage peut-il favoriser l'avènement de paroles humaines entre elles et vous ?Une telle attitude d'alliance où l'on s'échange va plus loin, comme on le voit, qu'une relation d'aide apportée à l'autre qui en a besoin.C'est pourtant celle que Jésus a eue à l'égard de tous.C'est la forme relationnelle qui spécifie l'humanité nouvelle et la dignité humaine qu'elle instaure (cf.Jésus et la femme adultère).Faire profession de vie évangélique, n'est-ce pas faire profession d'une vie relationnelle qui porte cette qualité de «révélation» ?Je vous invite à réfléchir à cette question à un moment où, dans la société comme dans l'église, la relation homme-femme se pose avec de plus en plus d'urgence; et c'est le cas pour la plupart des femmes que nous rencontrons.181 Les religieuses, quelles compagnes de route?Mais on ne peut devenir compagne de route et vivre la relation «révélationnelle» que dans la mesure où l'on existe soi-même comme sujet.Et cela implique l'intégration d'un projet d'existence.Le fait d'être religieuse spécifie le compagnonnage que l’on peut offrir, cela va de soi.Les religieuses, quelles compagnes de route?Ici encore je ne puis offrir que quelques pistes de questionnement.La première vous rejoindra là où vous professez l'obéissance à Dieu en Jésus Christ.L'histoire de l'alliance avec Dieu et avec l'humanité dans ce même mouvement, Jésus l'a vécue marquée par «l'itinérance».Ses compagnes et compagnons étaient itinérants: l'apôtre, le disciple, le témoin sont, par définition existentielle, à la suite de Jésus, des itinérants.Le «tout quitter» scande leur marche: Comme ils étaient en route, quelqu'un dit à Jésus en chemin: «Je te suivrai partout où tu iras».Jésus lui dit: «Les renards ont des terriers et lesoiseauxdu ciel des nids; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où poser la tête».Cette parole que l'on retrouve chez Luc (9, 57-58) et chez Matthieu (8,19-22) détermine l'existence nouvelle.Et c'est la réalité du Règne de Dieu qui la fonde.Le partenaire initiateur de l'alliance, le Vivant, vient dans des événements de rencontre qui prennent chair dans le temps et l'espace vécus « là où est son peuple » (2 S 7, 5-7): depuis les origines de l'alliance en passant par l'expérience des prophètes (Is 51-55) et, sans ambiguïté, dans la vie de Jésus et des premiers chrétiens à sa suite.Sa première demeure, cette présence qui qualifie toutes les autres, est dans le peuple lui-même devenu son Corps en Jésus-Christ22.Or, qu'est-ce que l'itinérance sinon cette attitude profonde de départ de l'«ancien» qui retient pour s'offrir continuellement au « nouveau » qui cherche à naître ?C'est un mode d'être et d'agir d'exil et d'exode par rapport à tout ce qui fige l’humain au point de le priver 22.Cf.Y.M.-J.Congar.Le mystère du temple, coll.Lectio Divina.n0 22, Paris, Cerf.1958.182 de son acte de vivre, même ces sécurités qui peuvent apparaître les plus «saintes», si on se fie au témoignage de Jésus.Si la Parole du Dieu de l'alliance vient ainsi vers vous par la médiation de l'église, est-ce que l’obéissance de la vie religieuse chrétienne ne doit pas en devenir toujours mieux un témoignage public, une profession, et alors une pratique?En ce temps mutationnel de notre histoire en tant que femmes, en tant qu'humains, cette attitude d'itinérance affinée et radicalisée par l'engagement religieux pourrait, on le voit, devenir un facteur vital pour l'accompagnement des femmes.Mais une telle existence itinérante implique une expérience particulière du désir ou de l'éros que j'appelle ici «l'énergie liante».L'Évangile n'invite pas à rompre pour rompre, mais pour communier mieux et davantage.Sans énergie liante comment relier, comment vivre historiquement, comment s'engager en alliance avec Dieu et avec l'humanité?L'itinérance n'est pas vagabondage.Par contre, quelle énergie liante peut soutenir une relation avec l'autre, dans son mystère personnel, quand il vient «étranger», et sous des formes parfois fascinantes, parfois repoussantes, dans le temps d'une rencontre souvent circonstancielle et passagère?Quelle énergie animait Jésus pour le rendre liant avec les lépreux, la prostituée, la samaritaine, au point que par son regard, son toucher ou sa parole, il les redonnait à eux-mêmes et à leur désir?Le Nouveau Testament traduit par «agapè» l'énergie liante de la coexistence fraternelle et de la coexistence conjugale dans l'ordre de l'alliance évangélique.Il rejoint alors la «hesed» du Dieu de l'alliance ancienne que les LXX ont traduit par «agapè»: la tendresse de Dieu qui soutient la relation d'alliance entre lui et son peuple.C'est chez Annie Jaubert que j'ai trouvé une des plus belles définitions de cette énergie liante: «l'attachement profond et paisible d'un cœur loyal»23.23.Cf.La notion d'Alliance dans le judaïsme aux abords de l'ère chrétienne, Paris, 1963.p.59.183 Une telle énergie amoureuse nie-t-elle ou annule-t-elle le désir ?À considérer le témoignage de Jésus, on peut découvrir au contraire qu'elle suscite le désir là où il semblait à tout jamais mort ou non-vivant (cf.l'hémorrhoïsse).En ce sens on peut même dire qu'elle éveille et transmue l'énergie liante érotique.Et c'est ainsi qu'elle anime le Corps de Jésus Christ dans l'histoire, le Corps de la femme et de l'homme renouvelés en lui, les gardant en disponibilité d'alliance nouvelle avec Dieu et avec l'humanité cosmique.Que l'on se souvienne de l'oreille et de la langue du Serviteur que cette énergie liante affine pour qu'il entende l'humanité la plus faible et lui proclame l'alliance; que l'on se souvienne de Sion/Jérusalem dont le ventre rendu stérile est remué de détresse (Lm 1,20) et qui, sous la poussée de cette énergie liante resurgit (Is 51, 17), explose en acclamations et vibre car, épousée dans toute sa terre, elle déborde de fils et de filles (Is 54, 1-2; 60, 17).Si c'est cela passer du corps ancien au Corps nouveau où circule l'énergie liante de l'agapè, est-ce que le célibat pour le Règne de Dieu n'est pas appelé à en témoigner d'une façon bien spéciale ?Il y puise sa signification et sa réalité existentielles (cf.Mt 19, 10-12).La religieuse qui devient oreille, yeux, bouche, poitrine, mains, etc., sensibilisés et offerts en relation d'alliance nouvelle dégage une énergie liante d'agapè qui relie pour amener à naître.Enfin, cette existence itinérante soutenue par l'énergie liante d'agapè appelle «une alliance avec la terre», spécifique elle aussi.Elle n'est possible que dans la pauvreté évangélique et elle exige une réappropriation de la terre avec ce qu'elle porte de promesse et de détresse.Les biens de cette terre doivent être partagés avec les plus démunis, dans le respect de leur mystère personnel.En ce temps d'histoire où la juste distribution des biens de la terre est une condition de survie humaine, non seulement dans les pays sous-développés mais ici chez-nous (pensons au chômage et à la pauvreté des femmes), le témoignage de cette pauvreté évangélique doit, il me semble, marquer toujours mieux votre identité de religieuses.Je vous laisse donc avec ces pistes de réflexion.Ces traits identifient l'alliance nouvelle.Il me semble qu'ils sont constituants 184 d'une identité de religieuse chrétienne.À vous d'en ajuster le questionnement, à mesure que vous vivez votre engagement avec les femmes, en alliance avec Dieu et avec l'humanité.Conclusion Nous voici au terme de notre réflexion sur: Pour un ordre humain d'alliance évangélique, devenir une femme.Nous avons pu constater que le mouvement de conscientisation des femmes porte un appel «prophétique » à la responsabilité chrétienne, à la nôtre.Si nous devons y participer d'une façon lucide et libre au nom de Jésus Christ et de l'alliance nouvelle, c'est là où l'humain véritable «demande à renaître» lucide et libre que l'appel se fait le plus pressant pour nous.D'où l'importance de vivre nous-mêmes une histoire, un devenir personne-femme, et de nous aider mutuellement dans ce projet.Avec Jésus, un processus de régénération de l'humain est entré dans l'histoire.À travers les limites de sa pratique actuelle l'église invite à contribuer à changer les situations indignes de l’humain, et la solidarité oecuménique chrétienne non seulement l'appuie mais la stimule en ce sens.En tant que religieuses vous pouvez vous poser les questions de la qualité de votre engagement pour l'alliance nouvelle, l'humanité nouvelle qui appelle à naître en ce moment, là où vous cherchez des compagnes de route et là où on vous cherche comme compagnes de route.C'est tout le sens d'une existence en alliance avec Dieu et avec l'humanité, la seule qui puisse favoriser la naissance.Ici, femme religieuse, femme chrétienne, femme contemporaine en recherche d'elle-même partagent une espérance commune : celle d'un voyage vers une existence tendue vers la vie contre toute mort.Je cite à nouveau Annie Leclerc: «C'est de là, du fond de l'obscure matrice où le pouvoir n'est pas entré que je parlerai.De là seulement où je dis oui.Là où je me suis toujours obscurément tenue, là où ça naît, où ça germe, où ça se gonfle et se dilate, là où force en moi la vie que j'épouse, là où je suis: amoureuse.Seulement amoureuse.Du jour qui se lève, de la terrequi se touche, de l'homme, de la femme, de l'enfant, des mains fécondes de mes frères, et qui parfois se serrent, de leur bouche de silence, et qui 185 enfante la colère, de leurs yeux de détresse qui seuls ont su garder aussi la ferveur; ferveur, ferveur toute-puissante, qui engloutira le pouvoir lorsqu'elle saura se dire, de part en part, infiniment.Alors, je, amoureuse, parlerai»24.Qui pourrait nier le lien entre ce désir humain de femme et le désir du Dieu de l'alliance lorsque, par le prophète, il appelle Sion/Jérusalem à l'existence : « Resurgis, resurgis, mets-toi debout Jérusalem !» (Is 51, 1 7).« Pousse des acclamations toi, stérile, qui n'enfantais plus, explose en acclamations et vibre toi qui ne mettais plus au monde; car les voici en foule, les fils de la désolée, plus nombreux que les fils de l'épousée » (Is 54, 1 -2).Ou avec le désir de Jésus Christ lorsqu'il dit de Marie-Madeleine : « En vérité je vous le déclare, partout où sera proclamé l'Évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, ce qu'elle a fait» (Mc 14, 9).Ou avec le désir de Marie lorsqu'elle répond : «Je suis la servante du Seigneur.Qu'il m'advienne selon ta Parole» et qu'en elle prend chair l'humanité nouvelle! Ou avec le nôtre, notre désir, lorsque nous «quittons tout » pour vivre l'alliance nouvelle avec Dieu et avec l'humanité.24.A.Leclerc, op.cit., p.9.186 Un témoignage Pierrette Chassé, o.s.u.* On ne m'a pas demandé une conférence, ni un exposé doctrinal ou théologique, mais bien un témoignage.C'est beaucoup plus humble et c'est la raison pour laquelle j'ai accepté.Un témoignage, mais lequel ?Cet avant-midi, j'ai été très heureuse de constater sous quel angle la question de l'avancement de la femme, de sa promotion au bon sens du mot, nous était présentée.En effet, ce qui souvent nous rend hésitantes, nous les religieuses, face à l'engagement dans le mouvement de la libération de la femme, c'est le point de vue d'un certain «féminisme» qui, sous l'étiquette du respect de la personne et de ses droits, voire de son épanouissement, va jusqu'à préconiser l'avortement, l'amour libre, etc.On n'a pas besoin d'être grand philosophe, ni théologienne, ni moraliste, pour voir la contradiction de tels propos.Chacune de nous a alors le goût de répondre : d'un tel féminisme, je n'en veux pas.Mais d'un féminisme qui aborde la question par un regard lucide sur la situation critique de la femme dans les différentes sociétés de notre temps, voire dans la société canadienne québécoise, nous ne pouvons demeurer en marge, nous y sommes impliquées et fortement concernées ; voilà bien ce que révèle notre présence ici aujourd'hui.Personnellement, j'ajouterais: pourvu qu'on sache voir où sont les vraies servitudes, qu'on ne généralise pas des situations exceptionnelles et qu'on sache, entre femmes, autocritiquer notre complicité à faire perdurer l'état de chose que l'on déplore, je veux bien m'engager dans cette ligne.S'il s'agit de promouvoir chez les femmes une saine et sainte ambition d'être de vraies femmes inspirant le respect quelles revendiquent, également * 1358, rue Montmorency.Québec.G1S 2G8 187 femmes de tête et femmes de cœur, debout, responsables, capables de s'engager et d'aller au bout de leur engagement, créatrices, données, des femmes à qui il ne répugne pas de servir, voilà un féminisme que j'épouse volontiers, je dirais même avec enthousiasme, parce que j'y reconnais ma vocation profonde d'éducatrice, selon le charisme particulier de nos fondatrices ursulines, sainte Angèle Mérici et la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation.Nos fondatrices C'est, en effet, en regard de ce qu'ont été les fondatrices des différentes communautés religieuses au Canada français que j'ai surtout réfléchi à la question proposée.Pour ne parler que de celles de ma Congrégation, que je connais le mieux, c'est en 1535 qu'Angèle Mérici fonde à Brescia, en Italie, une Compagnie de femmes, de vierges, qui se donnaient précisément pour but de travailler à la restauration de la famille par la promotion de la femme.1535, c'est loin.Et vous savez jusqu'à quel point on était encore marqué à l'époque par l'esclavage des siècles antérieurs.Pour Angèle, c'était aller hors des sentiers battus.Un siècle plus tard, en 1639, une Tourangelle, Marie de l'Incarnation, apporte au Québec une branche de cet arbre.Malgré le caractère cloîtré de son Ordre, Marie de l'Incarnation, attentive à la vie qui était en elle et qui appelait à naître, défend sa vocation missionnaire dans l'obéissance et le respect, mais aussi en toute fidélité à son appel intérieur.Aussi finit-elle par obtenir toutes permissions pour opérer la traversée de l'océan et s'en venir en pays neuf, ici.Elle était, pensons-y bien, la première femme missionnaire au monde.Audace, héroïsme, sens du risque: nos fondatrices nous en donnent l'exemple.Malgré le cloître, Marie de l'Incarnation se montre également attentive à la vie qui veut naître dans la petite colonie naissante.Il suffit de lire ses lettres, ses écrits, pour voir jusqu'à quel point Marie comprenait du dedans les indigènes et se refusait à leur importer et imposer une culture inadaptée.Elle a d'ailleurs une phrase qui nous dit assez le souci premier qu'elle avait, une phrase que j'aime bien et qui peut nous rester comme leitmotiv aujourd'hui.Elle disait à ses filles: «.conserver de l'intérieur du cloître, une oreille collée au monde et l'autre collée à l'Esprit-Saint.» Vous voyez l'image ?Voilà quel esprit 188 a assuré le succès des œuvres qu'elle a mises sur pied.On pourrait en dire autant de chacune de vos fondatrices, je le sais bien ; je vous laisse évoquer pour vous-mêmes le souvenir de ce qui vous monte présentement au cœur et à l'esprit.Besoin d'éveil Mais quel est mon témoignage pour nous aujourd'hui ?Je nous reconnaissais bien dans le portrait discret que nous a fait Élisabeth ce matin en dépeignant des attitudes de trop grande sécurité, de trop grande confiance en soi, de trop grande certitude que «nous y sommes».Sur cette question de la promotion de la femme, nous avons encore besoin de nous laisser éveiller, et une journée comme celle d'aujourd'hui y contribue merveilleusement.Si elle pouvait donner que nous devenions aussi des éveilleuses dans nos propres communautés.Il serait faux, je pense, de croire que nous n'avons pas commencé.D'un côté il nous faut être lucides sur le fait que si la cause n'avance pas vite, nous avons à en chercher honnêtement les motifs à l’intérieur de nous-mêmes, de nos cadres, de nos communautés; du côté de nos consœurs aussi, les femmes laïques, et non seulement du côté de nos confrères.Ils ont leurs torts, mais nous avons les nôtres.Pour n'en énumérer que quelques-uns, je crois que nous portons des préjugés contre nous-mêmes.Ces préjugés peuvent être trop favorables dans un certain sens, comme celui de nous croire arrivées que j'évoquais tout à l'heure, et sont alors aussi préjudiciables sinon plus que les préjugés défavorables que portent les autres sur nous.Nous pouvons entretenir aussi des préjugés défavorables sur nous-mêmes, préjudiciables eux aussi, ce sont nos complexes d'être femmes.Qui en est tout à fait exempte ?N'avons-nous pas vu dans nos communautés ce phénomène de dépendance outrée, d'un besoin jamais fini de consulter, de prendre avis du côté des hommes, comme s'ils étaient les seuls à savoir comment nous devions nous comporter.Je ne veux pas être féministe en pointe en sens inverse.Je crois qu'une saine politique est plutôt d'entrer vraiment dans un esprit, non de rivalité, mais de franche collaboration avec nos confrères, collaboration aimable 189 d'inter-échanges.Si l'on allait passer du toujours au jamais, on commettrait une égale erreur.Je vois très bien qu'il soit tantôt à propos de demander conseil à un homme en qui on a confiance, mais aussi, à égale compétence, tantôt à une femme.Et je touche ici une deuxième cause qui m'apparaît être chez nous à déceler et à reconnaître : nos jalousies féminines — ce n'est pas exclusif aux femmes d'être jalouses, il y a des hommes jaloux — mais quand on se parle entre nous, on peut bien se dire que de ce défaut nous ne sommes pas tout à fait exemptes.Que de mal avons-nous à reconnaître la personnalité des femmes qui sont là à côté de nous et à les mettre en valeur ?Pourquoi sommes-nous tant portées, lors d'une élection dans un conseil d'administration par exemple, nous les femmes, à proposer d'abord un homme?Nous révélons vraiment que nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour revaloriser la femme à nos propres yeux.Nous exercer à reconnaître la qualité d'être de nos consoeurs, à les faire valoir, à les recommander.Si nous partions d'ici décidées à cela, nous aurions fait un grand pas ! Dépouillement et écoute J'annonçais tout à l'heure que nous avions commencé à nous laisser sensibiliser à la situation de la femme dans notre société d'aujourd'hui.Oui, nous avons commencé, de différentes façons, qui plus, qui moins.Cependant si je regarde le groupe que nous formons, je suis portée à dire: nous portons encore beaucoup le poids de nos acquis, de nos « sur-revêtements », de nos sécurités ; et de tout cela nous avons besoin de nous dépouiller encore comme d'une certaine suffisance.Nous avons besoin de nous tenir à l'écoute de l'Esprit-Saint et de nous rappeler que c’est la fidélité à ses inspirations qui rend souples, légères, et qui donne le courage de jeter du lest, comme l'ont fait nos fondatrices.C'est cette fidélité qui pousse toujours davantage au large; nous avons besoin de continuer dans cette ligne.Ce qui nous est source d'encouragement, c'est que nous percevons que nous avons commencé; nous avons pris la route, comme je le disais au début, et comme c'est une route d'appauvrissement, l'important c'est maintenantd'y demeurer.190 Nous continuerons ainsi à nous délester de tout ce qui est de trop et à devenir de plus en plus agiles, plus simples, « échangeables » avec nos consoeurs, plus accueillantes à leurs échanges profonds, plus appelantes parce qu'elles sentiront qu'en nous approchant elles peuvent espérer être comprises.Oui, demeurer sur la voieque peut-être timidement nous avons prise, c'est la condition d'aller plus loin ; c'est nous y enfoncer de plus en plus sans en connaître le bout, ce qui demande la foi.C'est nous fier au Seigneur, et aller vers l'imprévisible.Nos devancières ont pris ce risque.À leur suite sachons vaincre nos instincts de sécurité qui, eux, tentent toujours de nous retenir assises.Tâche d'encouragement Nous avons aussi une tâche particulière d'encouragement à celles d'entre nous qui nous permettent aujourd'hui de dire que nous avons pris la route.Les écouter, les comprendre, leur permettre même de faire des faux pas, nous faire assez proches d'elles que nous puissions les aider à corriger les mauvais enlignements s'il s'en trouve, mais surtout ne pas brimer toute initiative.Je pense que là se situe le principal de notre rôle, je parle comme Supérieure, responsable à un titre particulier de cet encouragement.Mais nous sommes toutes responsables, à quelque niveau que ce soit.Chaque membre de la communauté a cet appui à apporter à la Sœur dans son engagement.Appui, compréhension, écoute qui donneront le goût aux autres de s'enrôler aussi et qui permettront au nombre de femmes engagées de croître sans cesse.Un point qui m'apparaît aussi capital, c'est la foique chacune de nousdoit avoir en cequ'elle fait.Là où nous sommes, quoi que nous ayons à faire, nous pouvons être des témoins, des femmes engagées qui œuvrent pour la promotion de la femme par le simple fait qu'elles tâchent de devenir elles-mêmes de plus en plus des femmes libérées au sens juste du mot, souples, agiles, dociles au souffle de l'Esprit.Cette foi nous donnera la joie d'être femmes ; ce serait d'après moi le plus éloquent des témoignages.191 Amour et vérité J'ai été frappée à la lecture de la Parole de Dieu de la liturgie de ce dimanche.Je me suis même proposée de terminer mon message par ce passage de l'Hymne à la charité de saint Paul.Vous savez bien que toute action entreprise, fut-elle celle de la promotion de la femme, si elle allait se faire sans l'amour, elle ne vaut rien.Nous serions des êtres d'amour que le tour serait joué.Mais ce n'est pas une mince affaire que de savoir aimer, et de bien aimer.Notre union au Seigneur nousy aidera et nous permettra, en faisant de nousces êtres aimants de la bonne façon, de révéler un Jésus-Christ qui soit celui qu'attendent sur leur route nos consoeurs en proie auxdrames auxquels on faisait allusion ce matin.Paul nous dit : « Frères, — nous pouvons ajouter Soeurs, — l'amour prend patience, l'amour rend service, l'amour ne jalouse pas.mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai.» Pour moi, cette simplicité d'être à laquelle nous avons fait allusion, c'est la vérité.Vérité de notre être qui nous rend bien identifiées d'abord à nous-mêmes et donc bien identifiables par les autres.De cette vérité, dit Paul, découle la joie.Si nous allions nous enfoncer dans cette voie, je crois que ce serait la meilleure façon de rendre service à une cause qui nous tient à cœur, celle de l'avancement des femmes.Le secrétariat de La Vie des Communautés Religieuses est fermé en juillet.192 Avancement de la femme et valeurs chrétiennes Dorothy Pertuiset * Le mouvement féministe s'est développé pour une bonne part, semble-t-il, en dehors des valeurs prônées par l'Église catholique.Par crainte de s'engager dans des revendications outrées, il arrive que des femmes chrétiennes restent muettes, alors qu'elles devraient réfléchir à leur engagement face à ce mouvement, à la lumière de l'Évangile, toujours d'actualité dans notre monde en constante évolution.L'union internationale des Supérieures Générales, consciente du silence quasi total des religieuses sur la question de la promotion de la femme, a décidé de mettre sur pied un groupe de travail formé de religieuses intéressées à ce sujet.Invitée à faire partie d'un comité spécial relatif au projet de l'UlSG, tout d'abord, j'aimerais vous faire pari de ma motivation à collaborer à une action positive auprès des religieuses canadiennes francophones.Par mon travail professionnel, je suis appelée à promouvoir l'égalité en emploi dans le secteur public, notamment pour lesfemmes.C'est unetâchequi a des impacts et des relations avec les questionnements actuels de notre société.Je constate que certaines conditions d'inégalité pour les femmes dans le monde du travail trouvent leurs racines dansdes attitudes socio-culturelles millénaires.Même de mon côté, j'ai dû remettre profondément en cause mes attitudes face à la vie.Mais, c'est surtout en ma qualité de laïque chrétienne que j'ai été amenée à approfondir, dans la prière et dans l'étude, tout ce qui se nomme valeurs chrétiennes par rapport à mon rôle et à mes responsabilités concernant la situation de la femme dans la société et dans l'Église.* 2997 Valmont, Ste-Foy.Qué.G1W 1Z4 193 On ne peut séparer sa vie chrétienne de sa vie de tous les jours.Il a fallu vraiment que je remette tout en question.À mon point de vue, deux images peuvent être dégagées de la situation actuelle de la femme : la première, à partir de stéréotypes développés par les hommes, mais acceptés par les femmes; la deuxième, à partir des récits de l'Évangile.Stéréotypes développés par les hommes Pour les hommes, la femme a été intellectuellement et spirituellement inférieure, impure, occasion de péché, propriété de son père et ensuite de son mari, vouée à vivre passivement en fonction des hommes, objet de leur plaisir.En un mot, c'était une non-personne, une citoyenne de deuxième catégorie.Si vous croyez que j'exagère, lisons ce que dit Jean-Jacques Rousseau dans VÉmile pour l'éducation de Sophie: «Après avoir tâché de former l'homme nature.voyons comment doit se former aussi la femme qui convient à cet homme.voulez-vous toujours être bien guidé, suivez la nature.Tout ce qui caractérise le sexe doit être respecté comme établi par elle.Ainsi toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes.Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce: voilà les devoirs des femmes de tous les temps, et ce qu'on doit leur apprendre dès leur enfance.» Avec ces stéréotypes, on ne peut s'attendre qu'à des résultats néfastes, tels: exploitation économique des femmes, pauvreté, violence, avortement.Mon but n'est pas de vous faire un exposé sur le sort économique et social de la femme, mais je crois qu'il faut nous mettre devant l'évidence de certains faits, qui sont durs, sombres, voire cruels.On trouve des femmes victimes, et j'emploie sciemment ce mot «victimes» de la pauvreté et de la violence.Sous la rubrique exploitation économique, dans le rapport de l'ONU (1979), sur l'état des femmes dans le monde, on lit: «les 194 femmes, tout en étant responsables des deux tiers des heures de travail dans le monde, ne gagnent qu'un dixième du revenu mondial».C'est incroyable.Quant à la pauvreté, le Rapport du Conseil national du bien-être social, paru en octobre 1979 et intitulé : La femme et ta pauvreté, nous livre les données suivantes : «Les familles qui dépensent 62% de leurs revenus pour se nourrir, se loger et se vêtir vivent en deçà du seuil de la pauvreté ou dans la gêne.16% de toutes les canadiennes adultes, soit une femme sur six ou 1 202 000 femmes vivent dans la pauvreté ; 1 7% d'entre elles font partie de familles monoparentales (sans nécessairement en être chefs) ; 39% vivent dans des familles à deux conjoints (ce chiffre comprend, outre les épouses, les filles adultes et les parentes) ; 40% vivent seules ou avec des étrangers, i.e.en pension.» Le Conseil souligne que les femmes seules risquent cinq fois plus que les autres de devenir pauvre; les veuves et les femmes seules déjà mariées sont les plus exposées à la pauvreté.La sécurité économique des femmes est fonction de leur dépendance par rapport à un homme.Maintenant sous le chef de la violence : C'est seulement depuis quelques années que l'on parle spécifiquement de la violence envers la femme, mais tout le monde n'est pas sans savoir qu'elle est victime du viol, de la pornographie et de divers abus physiques.Un rapport du Canadian Advisory Council on the Status of Women, publié en janvier 1980, estime qu'environ un demi-million de femmes canadiennes sont battues chaque année, non par des étrangers, mais par leurs maris.À Montréal, en 1979, quelque 1 500 femmes et enfants ont utilisé les six refuges pour femmes battues.(Il n'y a que six refuges dans cette ville, ce n'est pas assez.) En 1 978, 77% de toutes les femmes canadiennes victimes d'homicide ont été tuées par un membre de leur famille, et en 1976, la cruauté physique était citée dans 30% des pétitions pour le divorce au Canada.Par ailleurs, on estime qu'il y a de la violence physique sous une forme ou sous une autre dans 4 mariages sur 5 au Canada.Et on dit que ce n'est pas un phénomène relié nécessairement à la pauvreté ou à l'alccol, mais un phénomène plus répandu qu'on se l'imagine chez les gens professionnels et administrateurs.Et 195 puisque la valeur sous-tendant cette agression est celle de la femme soumise et propriété de l'homme, on cherche à attribuer les responsabilités de la violence à la femme elle-même plutôt qu'à l'agresseur.D'ailleurs, il est de notoriété qu'une femme violée doit presque prouver son bon caractère, si elle doit gagner devant la loi.Et comme partie de ce tableau sombre, il ne faut pas oublier le problème de l'avortement.Par exemple, d'après Statistique Canada, en 1978, il y a eu 62 290 avortements thérapeutiques au Canada, soit une augmentation de 8.2% sur l'année précédente.Au cours de l'année 1978, 1 802 canadiennes se sont fait avorter légalement aux États-Unis.Ces statistiques signifient que pour 100 naissances, il y a 17.4 avortements thérapeutiques.Image à partir de l'Évangile Et maintenant, que dit l'Évangile de la femme?Dans les récits évangéliques, on trouve les femmes présentes auprès de Jésus.Dans les paraboles du Royaume, Jésus parle des femmes autant que des hommes.Les femmes bénéficient de ses miracles, de ses guérisons, de délivrance tout comme les hommes.Nous savons que son enseignement s'adresse aussi bien aux femmes qu'aux hommes: nous pensons à la Samaritaine, à Marie de Béthanie.Jésus donne son amitié et sa considération aux femmes et aux hommes.Quel rôle n'a-t-il pas confié à la Vierge Marie dans l'Incarnation, à la Passion ! Donc Jésus n'a jamais fait de distinction entre les hommes et les femmes en tant qu'enfants de Dieu; l'exemple de son ministère d'amour a effacé les relations de supériorité et d'infériorité et il a placé les femmes avec les hommes, sur un pied d'égalité dans la vie de la grâce.Pourtant au cours des siècles, il s'est établi des caractéristiques dites propres aux femmes, aux hommes : la femme douce, patiente, paisible, aimante, humble, soumise, obéissante.Pourtant Jésus nous a tous appelés, hommes et femmes, à l'humilité, au service et à l'amour.Si l'homme est fort, courageux, intelligent, la Vierge Marie a été forte, courageuse dans sa vie.Avec d'autres femmes et Jean, elle a suivi son Fils jusqu'au pied de la croix.196 Comment apparaissent Marie et Joseph dans la Sainte Famille ?La Tradition néo-testamentaire en dit si peu sur Marie de Nazareth, qu'on a peine à se l'imaginer même dans les petites besognes de la maison.Réfléchissons un moment sur ce que devait être l'économie du temps.C'était une économie domestique: l'atelier de Joseph, Marie, Jésus, c'était bien un atelier de maison.Ils ne sortaient pas de la maison à cette époque.Dans mon esprit, le vêtement sans couture dont on nous parle dans la Passion, c'était Marie qui l'avait tissé.Et Jésus, le Fils de Dieu incarné se dégage pour nous, comme fils du charpentier, comme Jésus de Nazareth, l'un des nôtres.Nous avons beaucoup à découvrir sur Marie, fille de Sion.Dans ma prière, je lui dis : « Marie, qui es-tu ?» Je veux qu'elle me montre de plus en plus qui elle est comme femme qui a habité la terre, comme moi je l'habite aujourd'hui.De toute façon, avec un peu d'imagination, on pourrait la voir parmi les autres femmes de son village, avec les disciples et les femmes, foulant les routes de Galilée, dans cette communauté chrétienne d'hommes et de femmes.Et nous savons que Marie était bien là avec les autres.Filles du Père Avant de terminer, je voudrais vous parler de nouscommefilles du Père.J'aimerais reculer un peu dans le temps, à mon adolescence, au temps ou l'on se demande : «Que ferai-je dans la vie ?» Je me souviens que j'étais très marquée, et je le suis encore aujourd'hui, par la parabole des talents, telle que Matthieu nous la raconte dans le XXVe chapitre.Ce qui m'a toujours frappée dans cette parabole est assez bien expliqué dans le texte de la Bible de Jérusalem : « Les chrétiens sont les serviteurs auxquels leur maître Jésus laisse le soin de faire fructifier les dons reçus pour le développement de son règne et qui devront lui rendre compte de leur gestion.» Le Seigneur m'a fait don de différents talents et, très jeune, j'avais une sorte de crainte de ne pas les utiliser comme il l'aurait voulu.J'ai encore cette crainte aujourd'hui.Or, le Père n'a pas fait de distinction entre les hommes et les femmes lorsqu'il nous a prodigué ses dons naturels et spirituels.On entend souvent parler 197 dans le mouvement dit de la libération de la femme, de l'épanouissement individuel.Jusqu'à un certain point, ces femmes ont raison.Elles ont tort quand l'épanouissement qu'elles ambitionnent doit s'obtenir au détriment des autres.L'épanouissement de la femme comme celui de l'homme consiste à faire fructifier tous ses talents.Beaucoup trop de femmes ne sont même pas conscientes qu'elles ont des talents à développer.Alors, il y a gaspillage.Autrefois, la femme était éduquée surtout en fonction de sa maternité qui devait occuper la majeure partie de sa vie, mais aujourd'hui la longévité de la femme esttoute autre et excède même celle de l'homme.Dès la quarantaine, le rôle maternel est presque terminé.Il y a donc une autre fécondité à envisager, celle de produire d'autres fruits selon ses dons personnels, et cela est négligé.Il faudrait réfléchir sur ce que devrait être le cheminement de vie d'une femme.Nos constatations sur la condition féminine actuelle devraient nous amener, comme femmes chrétiennes engagées, à repenser notre situation et celle de nos soeurs à la lumière de l'Évangile.Il nous faut faire ré-évaluer par l'Église les attitudes et les enseignements sur la femme.Je dis faire ré-évaluer par l'Église; plutôt, peut-être, par nous, dans l'Église.Nous devrions examiner la nature de notre rôle de femme afin de chercher un cadre chrétien, évangélique, permettant à chacune de répondre à des questions fondamentales, telles que: Quelle est ma vocation comme fille du Père et, par le fait de mon baptême, comme membre du Christ et de son royaume?À partir de mes dons naturels et spirituels, quelle est ma vocation ?Quelle devrait être ma place et ma relation dans l'Église et dans le monde, par rapport à celle de mes frères et de mes soeurs?Comment dois-je faire fructifier mes dons pour le développement du règne de Dieu ?Comment rendrai-je compte de ma gestion au Père ?Comment dois-je agir comme femme responsable de mes sœurs pour qu'elles fassent fructifier leurs dons?Ici, je pense à tous les contacts que nous avons avec les jeunes et avec les moins jeunes.Il y a l'influence personnelle, il y a la petite parole qui, avec notre attitude, peut faire réfléchir sur le rôle de chacune dans la vie et dans le monde.198 Nous devons étudier, lire, observer les grands phénomènes de la vie autour de nous, les événements dans la vie sociale, économique, culturelle, domestique et psychologique.Il faut savoir lire les signes des temps et les interpréter, non les faire lire et interpréter pour nous par les hommes, voire par les autres femmes.Il faut le faire dans la prière.On a souligné que certaines communautés se voyaient en dehors du projet de la promotion de la femme, à cause de leur vocation contemplative.Pourtant, elles aussi ont un rôle : on sait que la prière est puissante et nous avons besoin d'elles.Il faut faire l'effort intellectuel dans la prière pour découvrir les relations entre la vie de l'Esprit et la vie matérielle.Nous avons à faire identifier, reconnaître et mettre en valeur les caractéristiques féminines, aussi bien que masculines, de la nature humaine et de la nature divine.Il faut découvrir les moyens de permettre aux femmes d'assumer un plein rôle dans l'Église et dans la société, de se réaliser pleinement comme personnes, sans se masculiniser.Il faut rester des filles de Dieu.Il faut un leadership et un engagement des femmes chrétiennes elles-mêmes, laïques et consacrées: apprendre à nous estimer nous-mêmes, laisser notre passivité pour devenir pro-actives, créatrices, devenir responsables de nos vies, assumer nos responsabilités.Il faudrait citer ici le modèle des trois Thérèse, celle d'Avila, celle de Lisieux, celle de Calcutta, trois femmes extraordinairement différentes, mais toutes objet de la grâce divine.Il faut que les femmes accompagnent les autres femmes, les écoutent parler de leur vécu, leur communiquent une grande espérance, les fassent se voir chacune comme la fille unique de Dieu.Il faut choisir de nous donner naissance à nous-mêmes.Le Seigneur veut, je crois, que nous répandions autour de nous l'idée de renaissance et de résurrection.199 Les livres Henri Derouet, évêque, Journal d'un Évêque: pour un surcroit d'espérance, Salvator-Mulhouse, 1980, 1 76 pp.Celui qui parle appartient à la génération des évêques d'après le concile, dont le genre littéraire n'est plus le mandement de carême mais l'intervention circonstanciée.Il consigne dans son journal de bord de nombreuses rencontres avec des chrétiens de tous les âges, de tous les lieux; il y relate des discussions sur le marxisme, sur la propriété foncière, sur le salariat et fournit quelques analyses sur l'enjeu de son travail.Il nous introduit dans le quotidien de son travail.Le responsable de l'Église qui est à Sées montre comment chaque jour il reçoit, ressemble, analyse, révise; en s'ouvrant aux réalités nationales et internationales, il nous convie à poursuivre avec lui l'œuvre gigantesque de christianisation.L'existence d'êtres généraux qu'il rencontre au fil des jours justifie cette espérance.Camille Brischoux, Lettres d'un curé de base à un évêque ordinaire.Seuil, 1980, 144 pp.Voici des lettres sans concession, mais non sans humour ni indignations, d'un prêtre de base; de sa paroisse de province, il proteste énergiquement contre la situation qui est faite, aujourd'hui, à lui comme à tous les prêtres qui prennent au sérieux leurs engagements dans un monde dont on ne veut pas avouer la déchristianisation.Ce qui est décrit ici, tout le jeu de l'institution est fait pour qu'on ne l'entende pas.Que l'on n'aille pas dire de ces pages qu'elles sont un pamphlet: c’est un cri de vérité.Après quarante ans de vie sacerdotale, l'heure des bilans venue, l'A.a pensé devoir dire ce qu'il a vu et vécu.Voilà qui est fait.Dans la paix.200 Accueil Jean XXIII (changements au programme 1980) Locaux disponibles Date : 13 au 23 juillet — Groupes ou hôtes isolés (maximum 40) Retraites intercommunautaires: Date .29 juillet au 4 août Animateur : P.Marie-Dominique Philippe, op.Thème: L'Évangile de Saint Jean Date : 8 au 14 août Animateur : Mgr.Paul-Émile Charbonneau Thème: La religieuse dans l'Église de l'après-Concile Date\ 11 au 17 septembre Animateur: P.Marcel Grand'maison, s.j.Accueil Jean XXIII 12 000 est, boulevard Gouin Montréal, Qué.H1C 1B8 (514) 648-3116 ou 648-6801 Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants: 5750 boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-691 1 $0.80 l'exemplaire $0.50 pour 10 exemplaires et plus la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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