La vie des communautés religieuses /, 1 février 1982, Février
des communautés religieuses des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Odoric Bouffard, o.f.m.Secrétariat : Rita Jacques, s.p.Bérard Charlebois, o.f.m.Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression: L'Éclaireur Ltée Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 La revue paraît dix fois par an Abonnement : de surface: 9,50$ (45 FF) (300 FB) par avion 13,50$ (65 FF) (425 FB) Sommaire Vol.40 — février 1982 Jean Laplace, s.j., Vie spirituelle et Eucharistie Une vie spirituelle chrétienne est nécessairement marquée par l'Eucharistie.L'A.présente d'abord les deux éléments de toute vie spirituelle : l'activité et la passivité.Il explicite ensuite le sens du don de la chair et les trois temps de la messe qui l'actualisent.Enfin il évoque la réponse de l'homme, qui est prise de conscience de la gratuité du don de Dieu, attitude de pauvreté et d'émerveillement, communion à l'œuvre de Dieu.Agnes Cunningham, s.s.c.m., La révision des Constitutions.et quoi après ?Que faire au Chapitre général suivant la révision et l'approbation des Constitutions?Ce que présente ici une Congrégation ne se veut ni un modèle ni une norme, mais une démarche pouvant inspirer d'autres instituts.William F.Hogan, c.s.c., Le partage spirituel Le partage spirituel peut révéler à chacun les voies de Dieu dans sa vie.Il favorise non seulement la prière communautaire, mais la constitution d'une communauté de prière, d'un groupe dont chaque membre porte tous les autres dans sa recherche du Seigneur. Vie spirituelle et Eucharistie Jean Laplace, s.j.* C'est d'expérience que je veux parler, de cette expérience que vous et moi, nous avons de la vie spirituelle.Comme moi, vous sentez le lien profond entre elle et l'Eucharistie.Cependant, nous gardons souvent l'impression de la construire en dehors des perspectives sacramentelles.La célébration de l'Eucharistie fait partie de nos habitudes.Mais, même fréquente, elle garde quelque chose du caractère obligatoire d'un précepte, qui nous dispense d'aller plus loin pour essayer de comprendre.Oui, comprendre, c'est notre but, et comprendre de l'intérieur comment une vie spirituelle, dès lors qu'elle est chrétienne, est nécessairement marquée par l'Eucharistie.Sans ce lien, elle demeure boiteuse ou fausse.Pour éclairer ce sujet, je voudrais d'abord vous mettre en face de la nature particulière que revêt la vie spirituelle chez les chrétiens.Alors nous contemplerons — ce sera le point le plus important — le mystère de la chair du Christ et son actualisation dans l'Eucharistie.Nous dirons enfin ce que devient notre vie spirituelle par ce don mieux compris de la chair du Christ.Si les pensées que je vous propose vous paraissent difficiles à suivre, ce n'est pas à cause de leur subtilité ou de leur profondeur intellectuelle.Je n'y fais que redire notre foi, mais j'essaie de la redire de ce point unique et central où les réalités les plus diverses: vie dans l'Esprit, chair du Seigneur, Marie et l'Église, les Sacrements, ne font plus qu'un en Celui qui les vit.Elles jaillissent toutes * 5, rue Fauveau, 92140 — Clam art, France.34 ensemble aux yeux émerveillés de celui qui a enfin compris que l'objet de la foi, ce n'est pas un corps de propositions qu'il faudrait agencer ensemble, mais l'unique et vivante personne au cœur de l’Église du Verbe Incarné.L'attention qui fait comprendre n'est pas celle de l'intelligence qui discute, mais celle du cœur qui pénètre la réalité et en vit.I.Les deux éléments de la vie spirituelle Il me semble découvrir dans toute vie spirituelle, de quelque religion qu'elle se réclame, deux éléments en apparence contraire, mais dont l'union fait précisément la solidité de cette vie, l'un d'activité, l’autre de passivité.D'un côté, il y a l'effort par lequel un homme prenant conscience de son existence, essaie d'en découvrir le sens.À cette fin, il met en œuvre toutes sortes de moyens: concentration intérieure, retrait des choses, ascèse, prière, silence, vie active et commune, recherche d'un guide.Ces traits se retrouvent chez des non-chrétiens comme chez des croyants au Christ.On dirait que nous avons affaire en eux à une des caractéristiques essentielles de l'homme, dès lors qu'il essaie de dépasser l'horizon d'une réussite de sa vie présente, mais périssable.Élargissant ce point de vue, nous pourrions évoquer toute l'aventure des hommes d'aujourd'hui qui essaient de sortir de l'immédiat de la vie, même agréable en apparence et de briser tout ce qui les enchaîne à une société de consommation, incapable de répondre aux grandes questions qui les oppressent.Effort désespéré, souvent maladroit, qui s'en va en tous sens, comportant d'immenses risques d'illusions et d'erreurs, mais répondant toujours au même dessein: unifier son être dans un dépassement de soi.Jusque dans les manifestations solitaires, nous y retrouvons tout l'homme.Tout s'y mêle, sa grandeur, ses limites, ses faiblesses, son orgueil et, de toute manière, son refus de se laisser enfermer dans le présent.D'un autre côté, chez les chrétiens, la vie spirituelle m'apparaît comme l'effort accompli par celui qui a découvert Jésus-Christ 35 pour s'ouvrir à l'action de son Esprit et se laisser transfigurer par lui.Au désir qui s'exprimait dans la recherche, a répondu la voix de Dieu: il a parlé en Jésus-Christ.À l'homme qui s'ouvre, il a dit: Viens.Ce nouvel effort n'exclut pas le premier, mais il en inverse le sens.Il ne cherche plus à construire, mais à recevoir.Plus qu'il n'appelle, il écoute, sûr qu'il est d'avoir été déjà entendu.Quelqu'un s'est présenté à lui, en qui il a reconnu la perfection de l'homme.La vie spirituelle devient l'entrée dans le mystère de Dieu qui se manifeste en Jésus: à la fois théocentrique et christocentrique.Jésus n'y est pas seulement le modèle proposé à nos efforts d'imitation, mais la vie même de Dieu communiquée et participée.Il est celui en qui nous sommes la Vigne, et sans lequel tout demeure improductif.Pour l'homme qui reconnaît ce don, l'attitude essentielle devient l’attitude du pauvre.Devant la certitude de l'amour qui se propose, l'homme se reconnaît impuissant en même temps qu'il s'émerveille de pareille invitation.Il fait l'expérience du Rien qui s'ouvre au Tout.Plus il s'abaisse, plus Dieu se livre.C'est l'attitude de la foi qui s'intériorise en pauvreté de cœur.L'homme alors ne renie pas son effort premier.Mais il reconnaît que celui-ci, quelle que soit sa perfection, n'a pas de commune mesure avec le don qui lui est fait.Il ne se compare plus ; il renonce à voir dans les autres qui suivent les mêmes chemins que lui des concurrents.En tout homme il reconnaît un frère, même s'il le voit au comble du péché, dès lors que celui-ci s'ouvre à l'amour qui s'offre.Ayant travaillé dès la première heure du jour, il ne récrimine pas de voir l'ouvrier de la dernière heure recevoir autant que lui.Il sait que tout ce qui nous arrive est gratuité pure.Tout ce que lui-même a accumulé d'oeuvres et de vertus, il le considère comme rien en égard à la connaissance qui lui est donnée de Jésus-Christ (Ph 3).En fait, les deux efforts ne cessent de s’imbriquer l'un dans l'autre, l'un tout d'activité, de perfection humaine et morale, l'autre de disponibilité, d'ouverture, de pauvreté de soi.Je ne regrette rien de mes efforts passés, de mes échecs ou de mes succès, mais c'est en Jésus-Christ seul que je trouve la perfection à laquelle j'aspirais de tout mon être.C'est ici que je rencontre, afin de combler mes 36 désirs, le mystère de la chair donnée pour la vie du monde.La vie spirituelle devient la réponse émerveillée devant le don inattendu.II.Le don de la chair Ne parlons pas de messe, pas même d'Eucharistie.C'est de la chair donnée qu'il s'agit.Ce mot est riche de sens, entre tous, pour dire ce que Jésus veut accomplir en l'homme, en se proposant à son amour.Le mot « chair» exprime clairement la réalité de notre condition terrestre.On pourrait écrire toute l'histoire de l'homme dans la chair.On y verrait comment il essaie de s'y exprimer, de s'y donner un visage, de s'y livrer lui-même.C'est dans la chair que circulent la vie, le désir de l'amour, l'élan de la création.Cependant en elle, nous mesurons notre finitude, notre fragilité, notre opacité, notre impossibilité à nous rejoindre, quand ne s'éveillent pas en elle les instincts de la haine et de la destruction.L'Écriture a tout résumé dans ce mot : la chair est comme l'herbe des champs.Elle fleurit au soleil du matin ; le soir, elle se fane et n'est plus.Le Verbe fait chair Or disons-nous, le Verbe s'est fait chair.Dieu dans la chair, rien de plus étrange, de plus contradictoire.Dieu qui est et l'homme qui n'est pas, mais qui passe.l'opposition est facile à développer.Cependant, Dieu se fait chair dans la personne de son Fils.En lui, il veut combler la distance infranchissable entre le créateur et la créature, pour que l'homme qu'il a fait dans la chair devienne vie éternelle dans l'Esprit.Comment naît-il dans la chair?Il suffit de rappeler les mots de Jean : « Il n'est pas né du sang, ni d'un vouloir de l'homme, mais de Dieu ».Dans cette chair qu'il prend dans le sein de Marie, il ne porte pas la marque de l'homme mortel, mais celle de l'Esprit immortel.Il a été conçu «par la puissance de l’Esprit».Voici donc un fils d'homme qui brise la série des générations mortelles.Dès le départ de cette divine aventure — une folie aux yeux de l'homme qui 37 raisonne — il comble en lui la distance qui sépare la chair de l'Esprit, l'homme de Dieu, le rien du tout, la créature du créateur.Naissance virginale et spirituelle qui comble à la fois et dépasse tout le désir de l'homme.Comment est-il dans la chair?Il grandit comme tous les fils des hommes.Cependant, il porte en lui, pour le guider, la force et la lumière de l'Esprit.Dans son humanité, il vit la relation qu'éter-nellement il vit dans l'Esprit avec le Père, sans cesse «tourné vers lui».C'est pourquoi dans cette chair, je puis voir le visage de la tendresse et de la miséricorde de Dieu.En le voyant dans la chair, c'est Dieu qui se dévoile à moi.Et cela, jusqu'à la pointe extrême de toute vie humaine, la mort.Vivant dans l'Esprit, il a reçu du Père le pouvoir d'aller jusqu'au bout, de donner sa vie dans la consommation de l'amour et de la reprendre, pour manifester en elle le dessein du Père qui est, non que l'homme meure, mais qu'il vive.Cette mort, les hommes la lui donnent, parce qu'ils ne veulent pas le reconnaître, jaloux de cette rédemption.Mais lui, la vivant dans l'amour au Père, il y délivre l'Esprit.Dans la chair devenue glorieuse et immortelle par la puissance de ce même Esprit qui l'a fait naître, il apparaît désormais comme libre et vivant.Il échappe dans cette chair même aux conditions de la chair mortelle.Il brise l'obstacle qui nous sépare, nous êtres de chair, du Dieu saint et immortel et qui nous interdit de communiquer les uns avec les autres, par-delà l'espace et le temps.Il entre, dit l'évangile de la résurrection, « les portes closes», symbole de cet état glorieux qui est le sien.Désormais ses ennemis peuvent le chercher.Il leur échappe.Il n'est présent qu'à ceux qui l'aiment et croient en Lui.Ainsi, dans sa chair, il devient « la vie du monde» et source de vie éternelle.Il donne sa «chair à manger».Les Juifs sont scandalisés.Il y a de quoi.Il ne leur propose rien de moins qu'un acte d'anthropophagie.Cela est «insoutenable».C'est qu'ils ignorent le secret de cette chair et l'Esprit qui est en elle : « La chair ne sert de rien ; c'est l'Esprit qui vivifie».Les aliments que nous mangeons, nous les transformons en notre substance.Mais cette chair, qui dépasse 38 toutes limites, en qui éclate la puissance de l'Esprit et en qui le Père manifeste son amour, c'est elle qui nous assimile et nous communique ce qu'elle est.Comme elle comble en Jésus la distance qui sépare l'homme de Dieu, elle la comble aussi en nous qui croyons en lui.Il nous fait vivre de sa vie même qui est la vie du Père et de l'Esprit.Eucharistie et don de la chair Si nous voulons saisir ce qui se passe quand nous célébrons l'Eucharistie, c'est au don de cette chair qu'il nous faut revenir.«Faites ceci en mémoire de moi».Chaque messe, celle d'aujourd'hui, celle de demain, est l'actualisation présente de l'œuvre accomplie dans la chair par le Verbe pour unir l'homme à Dieu dans l'Esprit.Aujourd'hui donc, dans l'Eucharistie que je célèbre, je puis retrouver les trois temps que j'ai découverts dans l'aventure du Verbe fait chair.Il y a d'abord l'Incarnation : j'écoute sa parole et je prends avec lui le pain de notre vie humaine.C'est la première partie de la messe.Il y a dans son prolongement, la Rédemption ou le sacrifice de cette chair qui peut donner la mort et remporter la victoire de la vie.C'est la consécration.Enfin, dans la dernière partie, le Christ glorifié dans sa chair répand sur les hommes de tous les temps et ceux qui sont ici réunis les dons de l'Esprit, la vie, l'amour, l'unité.C'est la communion.Ainsi, chaque fois que nous nous réunissons « pour manger ce pain et boire ce vin », c'est tout le mystère du Christ qui se déroule à nos yeux, afin que nous y entrions personnellement, «annonçant sa mort, jusqu'à ce qu'il vienne».Nous pourrions nous étendre sur chacune de ces trois parties, pour en sentir et savourer la plénitude.Qu'il suffise de les évoquer un instant.Si dans la réunion eucharistique nous ouvrons l'Écriture, ce n'est pas pour nous référer à des événements passés, c'est pour nous encourager à imiter les exemples de Jésus et nous rappeler ses paroles.Le Verbe de Dieu est désormais vivant parmi nous et II nous parle aujourd'hui par l'Écriture, tout autant qu'il le faisait 39 dans la synagogue de Nazareth.Dans les textes lus, je l'écoute parler en moi et dans l'Église, afin de me disposer à me laisser transfigurer par la force de sa parole.Je puis, continuant le déroulement de la messe, prendre le pain et le vin.Ce sont les aliments que le Christ a mangés durant sa vie mortelle, pour vivre parmi nous la réalité de son Incarnation.En lui et avec lui, ils représentent, aujourd'hui comme alors, tout ce travail accompli par les hommes pour faire ce pain et ce vin, cette vie qu'ils entretiennent par ces aliments, l'unité dont le pain et le vin sont le symbole pour nous qui les mangeons ensemble.C'est le mystère de l'Incarnation qui se continue en nous.L'Incarnation ne nous enferme pas plus dans notre vie mortelle qu'elle n'y a enfermé le Christ.Il y a, dans toute son existence et surtout dans l'heure ultime où il l'a exhalée, offert « le seul sacrifice qui soit digne du Père», celui de l'amour qui remporte la victoire sur la mort.Toute sa vie et sa mort deviennent rédemptrices, c'est-à-dire nous délivrent avec lui de tous nos ennemis : le mal, le péché, la mort.Tant de sacrifices ont été imaginés par les hommes de tous les temps et de toutes les religions.Tous ils se sont révélés inutiles, car tous ils ont laissé l'homme à la mort.Tant d'hommes ont donné leur vie pour une grande cause, mais leur sacrifice s'est terminé devant un monument aux morts.Seul le sacrifice de Jésus, parmi tant d'actes héroïques, rend tous les autres inutiles, parce que le sien seul brise les liens de la mort.Il entre glorieux dans la gloire du Père.Et c'est par lui, désormais, que tout ce qu'il peut y avoir dans nos vies de souffrance, de renoncement, de don de nous-mêmes, prend sa valeur.Accomplis dans la foi que nous avons en lui, ils nous font avec lui passer à la vie.C'est ainsi qu'au cœur de l'Eucharistie, tandis que le prêtre consacre le pain et le vin au corps et au sang du Christ, dans l'acte même par lequel celui-ci s'est offert à son Père, j'apprends à vivre et à mourir.Toute ma vie prend en lui un sens, le sens même qu'il a donné à la sienne: combler dans mon existence mortelle la distance qui sépare Dieu et l'homme, chacun de nous de celui qui nous a faits.Par la mort et la résurrection du Christ que je célèbre avec ce pain et ce vin consacrés, je deviens en lui un vivant, je passe par l'amour de la mort à la vie.40 Reste le troisième acte: la Pentecôte.La chair offerte et glorieuse de Jésus a libéré l'Esprit en toute chair.Venez, mangez.Tandis que je m'approche, c'est la vie en sa source que je mange et que je bois, l'Esprit dont la chair de Jésus est pleine et qu'il communique à ses disciples.Il n'en est pas ici comme des biens matériels.Un gâteau est apporté.Il faut le diviser pour que chacun en ait sa part, d'autant plus petite que les convives sont plus nombreux.Ici, chacun l'a tout entier et cependant une foule, pour le recevoir, ne le divise pas.C'est ici le triomphe de l'Esprit, le mystère de la totale réunion dans l'amour où chacun est d'autant plus uni aux autres qu'il est plus profondément lui-même, et où il n'est jamais tout lui-même qu'uni à tous les autres.C'est le mystère de l'union parfaite qui se réalise, le mystère des trois où chacun n'est lui-même qu'en se communiquant à l'autre, mystère de l'unité dans une parfaite distinction.C'est l'Eucharistie qui nous introduit la Trinité pour nous faire vivre de l'Église.« Comme je vis par mon Père qui est vivant, ainsi celui qui me mange vivra par moi ».La mort est vaincue, parce qu'ici il n'y a plus que l'amour qui réunit les êtres en leur source, celui par qui tout a été fait, qui est devenu lumière des hommes pour que les hommes vivent par lui.Don de la chair et condition terrestre Ce qu'il faut dire maintenant, c'est que ce don merveilleux de la chair du Christ, actualisé dans l'Eucharistie d'aujourd'hui, s'accomplit d'une manière adaptée à notre condition terrestre.Nous la disons faite sous les signes du pain et du vin, dans le sacrement, «signe sensible d'une réalité invisible».Concrètement, qu'est-ce que cela veut dire ?Pour le comprendre, j'ai envie de reprendre une jolie histoire de l'Exode, la vision de Dieu par Moïse dans la fente du rocher (Ex.33-34).Moïse est devenu le familier de Dieu : il lui parle comme un ami parle à son ami.Un jour, le désir devient trop fort en lui et il demande à Dieu : Fais-moi voir ta face.Dieu répond d'une manière embarrassée, l'embarras d'un ami qui ne peut à regret accorder à l'ami tout ce qu'il demande.Spontanément, il dit «oui».Il se reprend aussitôt : non, car nul homme ne peut voir ma face et vivre.41 Tout de même si c'était possible! Il prend une solution moyenne: demain, à l'aurore, tu viendras vers moi.Tu vois la fente dans ce rocher.Tu t'y placeras.Et moi, je passerai devant toi.Je mettrai une main devant le rocher.Ainsi, tu me verras, mais de dos seulement et en passant.Le lendemain, Moïse est fidèle au rendez-vous.Dieu passe et se nomme : Je suis le miséricordieux, et dans le cœur de Moïse, s'éveille un nouveau désir de suivre celui qui s'est ainsi révélé à lui.Cet exemple montre bien la manière dont Dieu se donne à nous dans son Verbe fait chair.C'est une présence réelle, mais pour l'instant elle est voilée, tout en étant dynamique, c'est-à-dire nous entraînant à sa suite.Image de notre condition chrétienne parmi les hommes.Nous y sommes pris entre deux réalités: d'un côté ce monde où nous vivons, de l'autre ce monde nouveau qui se donne à nous et où nous ne sommes pas encore.« Déjà, dit Jean, nous sommes enfants de Dieu ».Pas besoin de l'attendre pour plus tard; il est déjà donné.Cependant, nous l'attendons, car «ce que nous sommes n'est pas encore manifesté».De le posséder sans le voir éveille en nous un désir plus vif de l'atteindre, quand il voudra se manifester.Il nous est impossible de nous reposer dans une religion tranquille.La manière dont la chair du Verbe nous est donnée nous l'interdit.Il est vain, dès lors, de se demander comment le Christ est présent dans l'Eucharistie.Que de temps a été perdu par les chrétiens à discuter de ce point! Ils s'y sont divisés.En réalité,ce mode de présence est unique dans l'univers, c'est la présence dans les sacrements, où le Christ se donne à nous, présent par la puissance de l'Esprit qui l'a conçu et qui l'a glorifié.Ce n'est plus sa présence historique : elle n'est plus.Ce n'est pas encore la présence glorieuse: nous ne pourrions la supporter en cette vie.C'est une présence intermédiaire où, encore par la puissance de l'Esprit qui atteint d'un bout du monde à l'autre, le Christ réunit tous les siens dans sa chair pour les faire entrer dans la vie qu'il mène avec le Père.C'est le temps de l'Église.Le Christ y fait à celle dont il fait son épouse le don de sa chair afin de l'accoutumer à sa présence et de la faire passer à sa gloire, épouse resplendissante de la gloire de 42 Dieu.L'Eglise que nous sommes est en train de devenir la parfaite épouse — «une est ma colombe» — dans l'amour de l'unique époux.L'Eucharistie, comme nous disons, c'est-à-dire le don de la chair du Christ, fait l'Église qui elle-même garde l'Eucharistie.C'est le mystère d'amour qui se réalise, dont Dieu a rêvé en créant l'homme: lui donner son Verbe, afin que celui-ci, devenu notre chair, devienne l'aîné d'une multitude de frères ou, selon l'image que nous n'avons cessé d'employer, afin de donner à son Fils l'humanité comme épouse.III.La réponse de l'homme Il faut être deux pour connaître l'amour.Le don de Dieu demande de l’homme une réponse, et nous le comprenons dans l'ordre humain.C'est encore plus vrai dans l'ordre divin, vers lequel convergent tous les autres amours.C'est pourquoi Dieu a fait de l'homme un être libre, afin que dans cette liberté reçue il puisse répondre le «oui» qui l'engage à son créateur.Cette réponse du chrétien à l'invitation de Dieu: «Venez, mangez» nous fait entrer sur un terrain dangereux.La tentation est grande de faire la caricature de tant de chrétiens qui s'en vont à la messe.Caricature qui serait vraie et fausse à la fois.Il y a le chrétien résigné qui traîne à l'église son ennui et qui, sans comprendre ce qui se passe, est fidèle à ce qu'il a appris et s'en va avec le sentiment du devoir accompli.Il y a celui qui veut retrouver en chaque eucharistie les rites et les pratiques de son enfance et s'en retourne mécontent de tant d'innovations qui gênent ses habitudes.Il y a, à l'inverse, celui qui estime que l'évolution ne se fait pas assez vite, qu'il n'y a pas, dans nos célébrations, assez de vie, d'amour et de chaleur humaine.Les uns et les autres, mécontents, mais pour des motifs inverses, éprouvent l'envie de quitter une pratique qui ne leur convient pas.Caricatures qui ne sont que trop vraies, si nous voyons de l'intérieur ce qui se passe, et qui risquent cependant d'être fausses.Car qui peut pénétrer les intentions du cœur de chacun et affirmer que, sous cette mauvaise humeur, ne continue pas de briller le désir de rencontrer Dieu et de répondre à son appel ?43 En vérité, le risque chez nous tous, qui que nous soyons, est, devant les dons de Dieu, d'être comme les Juifs, que Jean nous présente au chapitre 6, de mettre la main sur les dons de Dieu plutôt que de les recevoir dans l'attitude de la foi, celle du pauvre émerveillé d'être invité à pareille fête.La vraie et essentielle réponse de l'homme est celle de la foi.« L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé».Vous, vous me cherchez parce que vous avez mangé.Dans ce don que je vous ai fait, vous ne voyez que votre avantage.L'Église devient pour nous cette grande société de consommation où chacun s'attend à trouver ce qu'il désire et, quand il ne le rencontre pas, s'en va déçu et maugréant.Il y a loin de cette Église, où chacun vit pour lui et se constitue sa religion propre, à cette Église, épouse du Christ, que Dieu réunit pour son Fils de tous les coins du monde.À tous ces hommes qui viennent de toutes parts, il ne demande pas quels sont leurs mérites.Certes, tout homme, dès qu'il s'essaie à vivre, doit s'efforcer de garder la morale et de respecter les autres.Comme dans cet effort il risque souvent de se retrouver comme l'adultère sans défense, parmi des juges qui le condamnent! Mais Dieu, au-delà de tous les comportements qui varient selon ce que chacun a reçu de l'existence, de sa famille, de la société, voit le cœur qui s'ouvre à lui.Que nous ayons réussi notre vie ou que nous devions avouer notre échec, nous sommes devant Dieu comme les invités aux noces.Ce qui réunit ceux-ci, ce n'est pas le mérite, mais la reconnaissance du Maître qui les invite.Plus j'avance dans l'existence, plus je me reconnais devant Dieu les mains vides et incapable de saisir le bien qui m'est offert.Mais cette pauvreté qui se creuse en moi avec l'âge est précisément ce qui me fait tendre de tout mon être à cet amour qui vient à moi en Jésus et nous transfigure tous.Telle est cette part d'activité — «l'œuvre de Dieu» — sans laquelle il ne peut y avoir pour le chrétien de vie spirituelle véritable.Il y prend conscience de la gratuité du don qui lui est fait ; il s'en émerveille et se laisse de plus en plus emporter par lui dans le sillage du Verbe de Dieu et de ceux qui ont cru en lui.À quelque niveau de perfection qu'il atteigne, il se trouve en compagnie d'une foule immense, tous ceux qui par tout l'univers n'ont pas mis en 44 eux-mêmes leur confiance, mais à partir de ce qu'ils sont, ont accepté d'être pris comme ils étaient, aujourd'hui même, et de croire que l'amour qui s'offre dans la chair du Seigneur est plus fort que la mort, que le péché, que la haine.Comme Marie, comme toute l'Église, ils ne cessent de dire le oui de la foi.Combien de chrétiens peuvent assister fréquemment à la messe et n'y pas trouver la source d'une vie spirituelle et d'un épanouissement intérieur ! Peut-être n'ont-ils jamais été éveillés à reconnaître le don merveilleux qui nous est fait, la chair du Verbe de vie.Ils en demeurent à une religion de devoirs et de pratiques.Ils ne connaissent pas la joie de leur foi.Ce qui est vrai de tant de chrétiens risque de l'être de nous, qui nous disons consacrés au Seigneur.Nous traînons parmi les hommes la tristesse de nos fidélités.Quelqu'un, le vivant, ne nous a pas atteints au plus profond de notre être d'homme pour nous appeler chaque jour à l'ultime et joyeuse transfiguration.N'aurions-nous pas découvert l'amour, non pas l'amour dont nous prétendons aimer Dieu et nos frères, mais l'amour qui vient à nous, qui s'est manifesté dans la chair du Verbe de vie et auquel nous avons cru ?C'est en lui et par lui seul que tout devient possible, comme en Marie qui a cru et qui dans sa foi a enfanté le Fils de Dieu.En nous comme en elle, l'incarnation se continue si nous devenons ces pauvres invités à s'asseoir en frères à la table de Dieu.Alors l'Eucharistie devient en chacun et en tous source de vie spirituelle.45 La révision des constitutions.et quoi après ?* Agnes Cunningham, s.s.c.m.** Alors qu'une après l'autre, les Congrégations arrivent au terme de la période postcapitulaire du «renouveau adapté», une question se pose fréquemment parmi religieux et religieuses: « Qu'est-ce qu'il restera à faire au prochain Chapitre général ?» J'ai tenté, ci-après, de décrire comment notre Congrégation essaie de répondre à la question alors que nous nous préparons au Chapitre général qui se tiendra à l'été 1982.Les Servantes du Saint-Cœur-de-Marie, comme tous les Instituts religieux, firent face au défi de la révision de leurs Constitutions suite à l'appel du second Concile de Vatican II.Une nouvelle période L'approbation définitive accordée à nos Constitutions révisées dites «Le code fondamental des S.S.C.M.» marque, de toute évidence, une ère nouvelle.La reconnaissance et la célébration furent rien moins que spontanées et immédiates dans la Congrégation entière.Pourtant, à peine l'événement fut-il acclaméqu'une autre question pointait: «Que ferons-nous au prochain Chapitre général?» D'une part, la question était fictive puisque, déjà, le Chapitre général 1 982 s'inscrivait comme un Chapitre d'élections.D'autre part, cependant, ce Chapitre n'aurait pas à affronter le défi des objectifs théologiques et spirituels qui avaient tant enrichi la vie de l'Institut les derniers douze ans et plus.En ce sens, il était à craindre que le dynamisme des membres subisse un effet négatif.Traduit de l'américain par Anita Byrne, s.s.c.m.** St.Mary of the Lake Seminary.Mundelein.Illinois 60060, USA 46 En juin 1 981, les membres de notre Conseil plénier terminaient une étude répartie sur une année et portant sur l'histoire de notre mission comme Congrégation dans l'Église.Ensemble, le groupe avait prié, réfléchi et partagé, essayant de discerner les caractéristiques qui semblaient émerger comme des constantes au cours des générations qui se sont succédé et des cultures qui les ont incarnées.Ces constantes nous signifiaient la fidélité des S.S.C.M.au charisme des Fondateurs et à l'esprit de l'Institut.Graduellement, il devenait clair aux membres du Conseil que le Chapitre général de 1982 devrait se présenter comme un Chapitre où les capitulantes écouteraient battre le cœur de l'Institut et prendraient le pouls de la « mission » chez chacune des Sœurs.Un nouveau dynanisme de foi dans la mission, une source nouvelle d'encouragement devraient se dégager de ce Chapitre pour inspirer et orienter l'avenir de tout l'Institut.Le Conseil plénier, avec ce grand rêve comme arrière-fond, forma une Commission précapitulaire et lui confia le mandat de prévoir un plan d'étude et d'action préparatoire au Chapitre général, centré sur le thème de la Mission.Le choix des trois membres formant la Commission fut déterminé en raison de leur compétence spécifique : une socio-psychologue, une animatrice en pastorale paroissiale, une théologienne.Ces sœurs se mirent à la tâche avec la conviction profonde que la contribution des membres de la Congrégation à l'œuvre du Chapitre général de 1982 méritait d'être tout aussi valable que le concept de ce Chapitre perçu avant tout comme pastoral.À mesure que la Commission avançait dans sa tâche, se dessinait aussi l'importance de susciter l'enthousiasme chez les Sœurs, de s'assurer le soutien et la participation de tous les groupes de l'Institut pour cette période précapitulaire.Le plan qu'on voulait élaborer et présenter au Conseil plénier devait être simple, efficace, dynamique, progressif.Un plan simple La Commission se rallia d'emblée: le projet serait annoncé et poursuivi par étapes dans le style très simple de la lettre.La première forme de littérature chrétienne appartient à celle de la 47 lettre.C'est d'ailleurs une forme de communication et de révélation de soi accessible à tout le monde.Le travail préparatoire au Chapitre se réaliserait donc par une série de lettres: des lettres portant des interpellations et des lettres rapportant des réponses aux interpellations.La première lettre devait s'adresser à toute la Congrégation et exposer le but et les objectifs du projet précapitulaire.Le calendrier à respecter et autres informations pertinentes touchant le rôle de chaque sœur, de la Communauté locale, du Chapitre des régions: autant d'éléments à incorporer dans cette première lettre.Une seconde lettre s'adresserait à chacune des soeurs de l'Institut, l'invitant à prier et à réfléchir sur sa participation spécifique à la mission de la Congrégation dans l'Église.Suite aux questions posées dans cette lettre, les membres de l'Institut seraient alors invités à rédiger une lettre traduisant leur réponse à l'intention de leur Communauté locale.On y retrouverait les réflexions amorcées par le regard personnel de chaque sœur sur son engagement à Jésus-Christ et sa participation à la «Mission».Une troisième lettre, envoyée à chaque Communauté locale, engagerait chaque groupe à partager en commun à partir des lettres-réponses des sœurs formant le groupe.On souhaite que chacune ait du goût à étudier le contenu de ces documents, puis à réfléchir, à formuler des intuitions sur la mission de son groupe dans la grande Communauté de l'Église.Chaque Communauté sera alors invitée à écrire, à son tour, une réponse de groupe aux membres du Chapitre de sa région respective, et à faire connaître comment la Communauté comprend sa mission et jusqu'où elle veut s'engager pour cette mission.À un niveau différent de l'expérience, il sera demandé au Chapitre de chacune des régions apostoliques de se rencontrer et, dans un climat propice au discernement spirituel, d'étudier, d'approfondir les éléments soumis par les Communautés locales, susceptibles de témoigner de leur façon de comprendre et de voir la mission de la Congrégation dans l'Église et dans le monde.Les 48 Chapitres des régions entreront alors dans le processus lettre-interpellation et lettre-réponse: une lettre-témoin portera au Chapitre général de 1982 les fruits de la prière, de la réflexion et du partage des capitulantes de la région.Cette lettre sera également adressée aux Communautés locales de la région et permettra aux soeurs de vérifier la qualité d'interprétation par le Chapitre des témoignages reçus de ses membres et traduits dans l'expression des divers groupes communautaires.L'interpellation personnelle et théologique La Commission précapitulaire voulait assurer à ce projet de Congrégation une dimension d'interpellation qui toucherait deux aspects : dans un premier temps, il s'agissait d'identifier un certain nombre de réalités constituant les éléments de base de notre participation à la mission.L'élément fondamental à dégager réfère à \'engagement de la personne, non à une «oeuvre», mais à la personne de Jésus-Christ.La qualité de cet engagement constitue la pierre d'assise sur laquelle repose toute mission authentique.Une seconde réalité est liée à celle de l'Église sous l'angle particulier de ce caractère unique qui marque l'insertion de l'Institut dans la mission ecclésiale.La mission de chaque sœur est fortifiée et agrandie par le fait même de son insertion dans la mission plus large de l'Institut, puis dans la grande mission de l'Église.Une troisième réalité concerne la capacité d'intégration qu'aura une personne, un groupe, pour saisir, dans un tout harmonieux, les aspects diversifiés de l'existence, et finalement arriver à l'expérience d'une vie unifiée.L'efficacité de la mission est souvent dépendante de ce degré d'intégration réalisée dans une personne ou un groupe.Quand la mission est vécue dans le don de soi et l'enthousiasme, avec authenticité et intégration, elle peut devenir contagieuse.Un dernier élément important dans l'évaluation de notre mission se réfère à la valeur du témoignage qui s'y rattache quand notre engagement est perçu comme dynamique et rayonnant.Ce témoignage en faveur du Seigneur et de son Royaume signifie une continuité dans la mission à cause d'une contribution effective à l'Église par le fait que les croyants seront sans cesse sensibilisés à la question des vocations.49 Ces divers éléments touchent la qualité de notre participation à la mission de l'Église et nous permettent d'approfondir le sens de notre engagement à Jésus-Christ et à son Royaume.Et voilà le deuxième aspect visé par la Commission.Dans chacune de ses lettres, la Commission précapitulaire a voulu faire ressortir le lien existant entre les diverses réalités auxquelles on a fait référence et leur relation à un mystère théologique particulier, différent selon le niveau concerné.À chaque sœur, on demandait de réfléchir à sa mission, à la lumière du mystère de l'Incarnation.Aux sœurs réunies comme communauté locale, on proposait de partager ensemble à la lumière du mystère de l'Église et de réfléchir sur l'expérience de la cellule vivante qu'elles sont appelées à former dans le Corps de l'Église.Aux Chapitres des régions, il revenait de porter le projet à terme dans un esprit de prière et de contemplation, à la lumière du mystère de la Trinité.L'interpellation visée à chacun de ces niveaux et exprimée par des questions pointait à la fois vers le mystère doctrinal proposé à la réflexion, et vers les éléments importants de l'expérience « mission ».Ce type de préparation exige la collaboration à tous les niveaux et suggère un dosage tant à cause des sensibilités à respecter que de la densité des sujets proposés à la réflexion.Aussi, la Commission a cru bon de déterminer certaines limites à ce travail précapitulaire.Chaque Communauté locale est invitée à consacrer au projet un minimum de dix heures, selon des modalités de son choix.La participation individuelle s'ajustera en conséquence.Les Chapitres des régions pourront se rencontrer pour une ou deux sessions, comme il leur semblera bon.Les seuls documents cités comme références sont le Code Fondamental 6e l'Institut et Evan-gelii nuntiandi.L'expérience de la mission doit être, de toute évidence, la première source de référence pour étayer le témoignage à livrer.Un calendrier est établi par la Commission et s'étend sur quatre mois.Le rythme dans les envois des quatre séries de lettres est adapté à la vie des régions apostoliques.La lettre-réponse de chacune des régions de la Congrégation doit être arrivée au bureau de la Secrétaire générale, fin de mai 1 982.50 Le but visé Notre Chapitre général aura lieu en juillet 1982 et couvrira quelque trois semaines.Deux points seulement seront retenus au programme, en plus des rapports habituels sur la vie de la Congrégation et sur la fidélité avec laquelle elle porte sa responsabilité en regard de l'administration des biens matériels.Le premier point doit se référer à l'élection de la Supérieure générale et des membres de son Conseil.Le second s'appliquera aux lettres sur la «mission» reçues des Chapitres des régions et qu'on voudra d'abord lire dans un esprit de prière avant d'en faire l'objet d'une étude approfondie.Ce sera alors que les capitulantes se trouveront au cœur de la Congrégation-en-mission, plongées dans la réalité décrite pour elles à travers ces lettres qui leur seront adressées.La Commission précapitulaire verra, à ce moment, se couronner un projet bâti avec ferveur.Toute la Congrégation: candidates, novices, sœurs professes et, d'une façon particulière, les supérieures, se sentiront unies dans un grand mouvement d'attente et d'espérance.Reviendra du Chapitre 1982, non des normes, ni des documents révisés, mais une Lettre, la finale d'une série, rédigée et envoyée par le Chapitre général, une Lettre Pastorale, source de foi dynamique et d'amour, qui parlera au cœur de chaque sœur, de chaque Communauté locale, de chaque région apostolique, qu'on reconnaîtra comme un fruit du Chapitre pastoral de 1 982.Nous ne pouvons pas, à l'heure actuelle, présumer du contenu de cette lettre.Nous souhaitons seulement qu'elle puisse parler de la mission, de notre mission personnelle, collective, ecclésiale, de telle façon que notre foi soit renouvelée, que nos énergies soient revitalisées, notre engagement confirmé, que l'intégration de tous ces éléments puisse devenir une force et notre témoignage une réalité.Nous espérons que nous nous laisserons interroger et guider de telle façon que nous soyons vraiment des agents, à notre manière, dans le grand mouvement de renouvellement continu de la face de la terre.Ce sera la conséquence de notre réponse à la présence libératrice et sanctifiante de l'Esprit, à la vertu de son action, à Lui qui fut envoyé par Jésus pour assurer la mission jusqu'à la fin des temps.51 Notre manière de répondre à une question de plus en plus familière à nos cercles religieux n'est certes pas la seule possible.C'est une façon parmi d'autres qui vont se dégager et se développer dans les prochaines années.Il se peut que la signification la plus profonde de notre réponse particulière tienne au fait qu'elle annonce une nouvelle ère de grâce et de service évangélique déjà à l'horizon de nos vies religieuses.52 Le partage spirituel William F.Hogan, c.s.c.* La vie commune fut un des sujets privilégiés lors du Concile et immédiatement après, dans le cadre du renouveau de la vie consacrée.Maints articles de revues traitent alors du développement humain chez les religieux; le marché du livre religieux est inondé d'études voulant apporter à la spiritualité et à la vie commune des religieux certaines données de la psychologie et d'autres sciences humaines.Il suffit d'un regard sur les livres spirituels publiés dans les années '60 pour déceler chez leurs auteurs l'ambition d'améliorer le climat psychologique des maisons et des institutions religieuses.Plusieurs pensent que la réponse à des problèmes cruciaux se trouve dans le remplacement d'une vie commune de type exagérément traditionnel par une communauté vivante.En même temps que les familles religieuses incitaient leurs membres à un développement plus poussé de leur personnalité, et les maisons locales à une communion fraternelle plus profonde, le renouveau liturgique attirait l'attention sur une célébration cultuelle communautaire dans la présence du Christ.Les spécialistes de la liturgie insistaient sur l'urgence pour les groupes de se transformer en vraies communautés de culte et de prière en vivant centrées sur le Christ, le point unique de ralliement.D'accord avec les documents du Concile, les théologiens admettaient les implications d'une Église-peuple-de-Dieu.D'où l'accent sur la dimension ecclésiale de la vie consacrée, sur le rapport entre un engagement vivant du consacré et la sainteté de l'Église.Toute évaluation sur une période de quinze ans concernant la vie commune des religieux est colorée, entre autres, par les * Via Framura, 85.00168 Roma.53 expériences de chacun, par la personnalité de l'analyste et le point de perspective qu'il choisit.Les évaluations qui s'en tiennent aux généralités n'ont guère d'intérêt.Ce qui est valable, c'est l'évaluation de l'individu par lui-même.Quelle est son attitude à l'égard de sa famille religieuse?celle de sa communauté locale à son égard?qu'est-ce qui en résulte dans sa vie commune concrète?Il est fort probable qu'il se trouvera devant les mêmes problèmes qu'il y a quinze ans sur le support mutuel à régler aux plans individuel et local, sur les tensions entre les engagements extérieurs du ministère et la nécessité d'une présence à ses frères.Les changements ne sont pas voyants parce que les tensions tiennent pour une part à la nature humaine et d'autre part à la vocation apostolique de la vie religieuse, au moins dans plusieurs communautés.Perception plus réaliste Les religieux voient maintenant leur famille religieuse d'une façon plus réaliste.On peut l'affirmer sans crainte.L'enthousiasme du début pour la vie commune aperçue comme une solution magique a perdu de son élan.La vie s'est chargée, ces dernières décennies, de pondérer notre vision: fluctuation du personnel, difficultés plus sensibles que les avantages reconnus.Aux passages lyriques de nos constitutions sur la joie de vivre ensemble nous pouvons opposer la réalité quotidienne avec ses plus et ses moins.Nous connaissons la faiblesse humaine, la fatigue et les heurts.Ces conditions peuvent nous empêcher de vivre parfaitement l'idéal.La communauté idéale ne se trouve que dans l'au-delà.Nous savons aussi que nous ne pouvons nous reposer sur les progrès accomplis.Nous devons rester en alerte avec des alternances d'élans et d'échecs dans une volonté ferme de nous enraciner dans le Christ.Il est facile pour une communauté locale d'atteindre un certain niveau dans les relations fraternelles et de s'en satisfaire: on s'arrête à un palier.En regardant autour de soi, on découvre que des niveaux très variés ont été atteints dans les groupes.Il n'y a pas lieu de se surprendre lorsqu'on pense à la diversité des personnalités, des circonstances et du temps où les membres d'un groupe ont 54 vécu ensemble.Parfois ce niveau peut se ramener à de bonnes relations humaines sans tension importante, mais aussi sans dimension chrétienne; d'autres fois le niveau s'élève à un partage de la vie du Christ et à une réflexion priante du groupe ; et aussi — et il ne faut pas s'en étonner —, il se trouve des situations de tensions évidentes, des communautés où la communication et la tolérance fraternelles sont au degré le plus bas.Trop souvent on peut se trouver devant une attitude défaitiste, se contentant du plus faible commun dénominateur, renonçant à atteindre un niveau supérieur et à susciter dans le groupe l'ambition d'un vivre-ensemble plus profond avec le Christ.L'expression « s'interpeller», parce qu'elle évoque l'idée de défi et de confrontation, peut agacer.D'autres gardent un mauvais souvenir de confrontations gauchement menées.Cependant il y a bien des façons de lancer des défis sans en venir à des insultes verbales.Nous avons le choix entre nous laisser interpeller ou tomber dans la stagnation.Il ne faut pas oublier non plus que la communauté ne peut avancer que par les progrès des individus.Seul et avec d'autres En fin de compte chaque individu se présente seul devant Dieu.Même si le religieux est une personne vivant en communauté et qu'il fait partie de communautés plus larges, comme l'Église universelle et locale, la congrégation sur le plan provincial et local, il n'en reste pas moins que, en tant que personne, le religieux se tient devant le Seigneur en son nom propre.La vie de prière du consacré, même influencée par les diverses communautés auxquelles il se réfère, sa vie de prière se ramène en dernière analyse à une relation personnelle avec Dieu.C'est quelque chose d'analogue à ce que dit le Seigneur par les prophètes : Jér.31,29; «En ce temps-là on ne dira plus: "Les pères ont mangé du raisin vert et ce sont les enfants qui en ont des dents rongées.» Ez.18,2; «Qu'avez-vous à répéter ce dicton, sur la terre d'Israël: "Les Pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils ont été agacées?"» 55 Le Seigneur enseigne à son peuple que c'est par sa propre faute que chacun périt, et non par suite d'une tache héréditaire.Ainsi en est-il de la vie de prière qui est du ressort de la responsabilité personnelle; on ne peut donc pas jeter le blâme sur les autres si sa prière est déficiente.L'attitude de la prière consiste essentiellement dans une sincère ouverture aux inspirations divines, dans la certitude d'être aimés de Dieu et dans une réponse personnelle à cet amour.Ce que nous disons de la prière en tant que démarche autonome s'applique au ministère et au travail pour l'avènement de la justice dans le monde.Mais personne n'est obligé de porter cette responsabilité seul parce que chaque chrétien est une personne en communauté, quelle que soit sa vocation, et la communauté est faite pour aider l'individu à réussir sa relation à Dieu.Les religieux devraient pouvoir compter sur un groupe qui les aiderait à enrichir leur vie de prière devant Dieu le Père en union avec son divin Fils et par l'opération du Saint Esprit.Le principal but de la communauté est d'aider l'individu à accomplir ses responsabilités personnelles.Et chaque individu promu de la sorte rend les autres capables d'en faire autant.Cependant une communauté ne peut apporter son encouragement spirituel que si les membres eux-mêmes s'efforcent de créer un climat spirituel dans leurs relations réciproques, s'ils recherchent le partage de Jésus-Christ plutôt que de se contenter d'un climat confortable de relations purement amicales.Souvent un individu ne peut nommer les voies par lesquelles il fait l'expérience de Dieu dans le quotidien ou la manière dont il prie, à cause d'une formation antérieure déficiente.Il arrive que Iç religieux au lieu de considérer la prière en elle-même, l'aborde sous l'angle des moyens, qu'il ignore ce qu'est l'Esprit du Christ qui prie en lui.Le partage spirituel avec les autres membres de la communauté peut lui révéler de nouveaux aspects sur lui-même et lui indiquer peut-être comment Dieu est au travail dans nos vies sans que nous le sachions.Il y a tellement de dons et de grâces que nous pouvons partager avec les autres, en particulier les chemins de la prière et les manières de s'aider les uns les autres à s'unir davantage à Dieu qui est le centre de notre être.Nous avons 56 tendance à chercher des experts en dehors de notre milieu en négligeant d'apercevoir le travail de l'Esprit dans les vies de frères et de soeurs tout proches de nous.Cependant la raison d'être de la communauté n'est-elle pas de faciliter notre marche spirituelle et le partage des dons de l'Esprit ?S.Pierre recommande aux chrétiens de son temps de mettre leurs dons au service les uns des autres (IPet.4:10); Dieu nous répète la même leçon aujourd'hui et les dons ne doivent pas se limiter à la sphère matérielle.Le partage spirituel est un service de bon aloi.Tout un apprentissage de la communication doit être mis en place avant que les individus se sentent à l'aise dans le partage spirituel; ils doivent volontiers combattre leurs peurs et leurs gênes; mais c'est à ce prix qu'une communauté s'enrichit.On invoque bien des raisons pour expliquer cette difficulté de certains groupes à partager sur le plan spirituel.La première qui est mentionnée est la formation reçue.Bien sûr on rappelle que parler de sa vie spirituelle en dehors du confessionnal ou du bureau du directeur de conscience était considéré comme un péché contre l'humilité.Mais aujourd'hui nous avons pris nos distances avec ce passé.Si notre libération n'était pas achevée, nous devrions prier le Seigneur de nous délivrer de cette prétendue spiritualité qui, en favorisant un groupe de valeurs en bloquait un autre groupe.Et quand nous prenons conscience que Dieu accorde ses dons pour que nous puissions les partager avec d'autres à qui nous révélons les dons qu'ils ont eux-mêmes reçus, les dangers de s'enorgueillir disparaissent dans l'expérience de l'amour et de la présence de Dieu.Importance du partage Si nous nous abstenons du partage sous prétexte qu'étant faibles et fragiles nous donnerions dans l'hypocrisie, nous devons nous rappeler que ces ambiguïtés font partie de notre condition humaine et sont permises pour nous tenir conscients de notre incessant besoin de rédemption et de réconciliation.Nos compagnons de partage connaissent les mêmes faiblesses qui leur rappellent l'action de Dieu dans leur vie.Notre partage n'est pas basé sur un 57 semblant de perfection, mais précisément sur notre profond besoin du Seigneur.Sommes-nous de ceux qui gardent le mauvais souvenir de confidences violées, ne nous laissons pas vaincre par la peur; on ne peut surmonter ce manque de confiance qu'en nous donnant raison d'avoir confiance.Autrement nous demeurons prisonniers du passé et nos vies et notre développement spirituel sont bloqués.On peut arguer du manque de temps pour le partage spirituel : le ministère est si exigeant et d'une telle importance ! Mais que vaut notre mission si nous ne sommes pas orientés vers la découverte du Seigneur chez les gens et vers la volonté de partager notre foi ?Paul VI dans Evangelii nuntiandi signale le partage de la foi comme une partie essentielle de l'évangélisation.L'évangélisation qui dépasse la transmission d'une doctrine implique un partage de notre expérience de la Bonne Nouvelle et s'accompagne d'un défi lancé aux autres pour une réponse incarnée dans leur vie.Bref, il est difficile de s'abstenir du partage spirituel et de garder bonne conscience.Et si le religieux doit progresser devant le Seigneur, sur le plan personnel, il a besoin de l'aide spirituelle et du défi qui viennent du partage avec ses frères concernant les expériences et les valeurs qui le font vivre.Les fruits du partage spirituel trouveront une expression dans la prière communautaire : la communauté locale y fera l'expérience d'une louange sentie, de l'action de grâces et de la demande au Seigneur comme un geste du groupe.Et la prière individuelle y trouvera son profit en devenant plus profonde et plus personnelle.Trop souvent tout ce qui existe c'est la prière communautaire.Il n'y a pas de communauté de prière, c'est-à-dire un groupe présent au Seigneur dans la conscience de ses besoins comme communauté vouée à Dieu.La période post-conciliaire est passée des dévotions traditionnelles de communauté à la liturgie des heures; mais il est arrivé que rien n'ait changé: la liturgie des heures n'a pas été l'expression de la communauté priante, louante et célébrante parce qu'elle manquait d'âme.La communauté eucharistique a bien préparé et bien choisi les chants et les textes, mais parfois tout a tourné en un pur ritualisme.Il n'y manquait qu'une chose: que 58 cette célébration soit la célébration d'un groupe dont chaque membre porte tous les autres dans sa recherche du Seigneur.Chaque communauté religieuse profiterait d'un temps de réflexion individuel et collectif sur l'importance du partage.Elle pourrait se demander si le degré actuel de communication représente l'aide spirituelle et le défi dont les membres ont besoin comme individus et comme groupe.Est-ce que le fait d'avoir vécu ensemble a favorisé chez les membres une approche de Dieu enrichissante?La psychologie nous a forcés à découvrir la beauté et l'originalité de chaque individu; elle nous a incités à prendre du temps pour l'approche de chaque être ; l'évangile appelle la communauté chrétienne au dépassement.La plupart d'entre nous, nous devrions écouter avec plus d'attention cet appel et nous y compromettre à fond, si nous voulons que notre vie corresponde à ce que nous prétendons être.59 Les livres Amédée Brunot, s.c.j., Mariam, la p'tite Arabe.Mulhouse, Salvator, 1981 ; 182 pp., 50 F (plus port).Cette biographie sera pour beaucoup une bouleversante révélation.Mariam (1846-1878) est une petite Arabe devenue carmélite sous le nom de Marie de Jésus Crucifié.Quel contraste entre cette étonnante mystique et la petite Thérèse de Lisieux.Celle-ci s'éleva en Dieu par une «petite voie», abordable, à son dire, partoute âme; celle-là, par une existence mystique pleine de prodiges.Le Cardinal Sevin alla jusqu'à dire : cette petite Orientale «est et demeurera unique dans les annales de la sainteté chrétienne ».En effet, elle fut un « miracle de la grâce de Dieu»: extases, lévitations, stigmates, transverbération, apparitions, prophéties, connaissances de secrets, bilocation, inspiration poétique sans culture préalable, voire possession diabolique de son corps, et aussi possession angélique.Lors de sa mort, un arc-en-ciel, hors des lois de la nature, apparaît au-dessus du carmel de Bethléem.À ses obsèques, fuse une expression unanime : « La sainte est morte».Pourtant, elle n'est pas encore sur les autels.La raison sans doute serait le fait de cette existence prodigieuse qui exige tant de prudence pour en juger.Plaident, cependant en sa faveur son humilité — elle s'appelait elle-même le «petit rien» — et sa débordante charité.La leçon à dégager paraît être celle-ci: Dieu ne néglige aucun moyen pour ramener à lui une humanité assaillie par l'incroyance.Gaston, Piétri, Les serviteurs de la Parole.Mulhouse, Salvator, 1980; 1 36 pp.45 F (plus port).L'auteur est un prêtre corse, jouissant d'une expérience pastorale variée.Celle-ci a provoqué chez lui de multiples réflexions.Il les présente sous la forme d'une libre méditation.Les catéchètes de notre époque — comme tous les témoins de l'Évangile, d'ailleurs — n'ont pas la tâche facile; le climat social naturaliste embrume les esprits.Toutefois, l'heure n'est pas à la démission.Dans toutes les générations retentit la conviction de S.Paul: «Annoncer l'Évangile.est une nécessité qui s'impose à moi: malheur à moi, si je n'annonce pas 60 l'Évangile (1 Co.9-1 6)».L'A.rappelle que les catéchètes sont des « envoyés», donc des prophètes de Dieu.Leur vocation consiste à dispenser, non pas des doctrines de leur cru, mais les enseignements de celui qui les a appelés; ils sont des «serviteurs de la Parole».De plus, ils ne s'acquitteront de leur tâche que s'ils sont d'abord eux-mêmes pénétrés de cette Parole, venue du Père, lequel, lors de la Transfiguration, a commandé de l'«écouter».Ces pages obligent à la réflexion, à la méditation.Marie France, Séraphine La Chance.Mulhouse, Salvator, 1981 ; 160 pp.48 F (plus port).Marie France est un auteur connu.Elle a déjà publié plusieurs petits ouvrages sous le titre « Maman avec.» Cette fois, elle nous présente une longue parabole qui pourrait figurer parmi les Fioretti de S.François.L'héroïne est une célibataire à l'esprit aussi simple que celui de Frère Juniper et, comme lui, dotée d'un cœur d'or.Ce sont les aventures de ce cœur prodigue qui constituent la trame de cette affabulation, laquelle prêche la simplicité et le détachement des biens terrestres.Séraphine meurt au cours d'une aventure ingénue, avec, aux lèvres, un radieux sourire qui témoigne de la béatitude évangélique : « Bienheureux les pauvres de cœur».Avec une naïve finesse, l'A.dédie sa parabole à Jean-Paul II; celui-ci — s'il en trouve le loisir — pourrait bien s'y amuser, surtout dans les derniers chapitres.Les cahiers du CRSR, Ouvrage collectif.Montréal, Bellarmin, 1981; 153 pp.15$ (si payé avec la commande).Le Centre de recherches en sociologie religieuse, de l'Université Laval, publie ce troisième cahier, contenant de brèves études scientifiques.Voici les titres des chapitres: Production scientifique et pratique québécoise de la sociologie de la religion; Definition of Religion and Phenomenological Approach towards a Problematic; Religion populaire et discours théologique; Israël et ses significations pour le judaïsme religieux; Glossolalie et mantra; La vision des sectes au Québec: mécanismes et résultats; Les influences idéologiques reçues par les théologiens québécois (1 940-1973) : une application de la méthode d'analyse des correspondances.Les divers auteurs de ces études sont des hommes qualifiés.Sur chaque sujet traité, plusieurs références sont ajoutées.Coloni, Marie-Jeanne.Hommes et Chrétiens dans la Société Médiévale.Coll.Cuture profane et information religieuse.Fleurus, 1981, 122 pp.Les programmes de 5e pour les jeunes étudiants français font la part belle au Moyen Âge.Les jeunes de notre époque ne sont pas sans se poser bien des questions sur ces siècles tantôt dits de chrétienté, tantôt dits d'obscurantisme.L'amalgame est facile à faire.Les thèmes : le sens de la communauté, la promotion de la raison et de l'individu, la place de la femme, la démocratisation de l'enseignement.leur paraîtront étrangement contemporains; et la représentation 61 si souvent caricaturale du pouvoir temporel de l'Église, soudain plus intelligible.Ce livre permettra aux enseignants et aux parents chrétiens d'ouvrir sur le Moyen Âge des perspectives toutes nouvelles où viendront se nourrir tant la culture que la foi des jeunes.Coloni, Marie-Jeanne.Hommes et Chrétiens dans la Société Antique.Coll.Culture profane et information religieuse.Fleurus, 1981, 129 pp.Dès la 6e les jeunes étudiants français disposent de nombreux documents sur les civilisations anciennes et des premiers siècles chrétiens.Cette abondance les amène à faire des comparaisons, à soulever des questions.Les mentalités antiques les choquent au premier abord par ce qu'ils prennent pour un discours dérisoire.La similitude littéraire entre les récits des mythes païens et le langage de la Bible risque d'affaiblir la portée de celle-ci.Il faut savoir les aider à s'informer et à former leur jugement sur ces sujets.Les enseignants chrétiens qui ont à commenter ces documents ainsi que les parents et adultes soucieux d'éduquer et de nourrir la foi de ces jeunes trouveront dans ce livre des pistes de réflexion religieuse et historique, des idées d'activités pédagogiques, des documents iconographiques souvent inédits.Brunot, Amédée, s.c.j.Nouvelles homélies pour l'année B, 2e série.Mulhouse, Salvator, 1981 ; 254 pp.65 F (plus frais de port).Assez souvent ces homéliaires sont peu inspirateurs.Celui-ci est suggestif et peut rendre service; l'A.a bien médité ses thèmes.Les trois lectures sont commentées.Un index biblique permet de retracer les passages sacrés rencontrés au cours de l'année avec les leçons qui s'en dégagent.Douze fêtes de saints sont brièvement commémorées.Les prédicateurs recourront avec profit à cet ouvrage.Couvent Saint-GHdard, Les écrits de sainte Bernadette et sa voie spirituelle, présentés par André Ravier, S.J.Paris, Lethielleux, Lourdes, Œuvre de la Grotte, 1981 ; 628 pp.La mentalité moderne réclame l'authenticité.Ce volume répond à cette exigence en ce qui a trait à la voyante de Lourdes, Bernadette Sou-birous.Il reproduit, avec une grande minutie, tous les écrits, communiqués ou intimes, de la sainte.Cet inventaire méthodique révèle sa spiritualité et nous présente en quelque sorte une autobiographie de cette petite paysanne, sans culture intellectuelle, mais très attentive à répondre aux appels de la grâce.Les fervents de Lourdes et amis de la petite voyante parcourront ces pages avec beaucoup d'intérêt, s'ils sont soucieux des détails.Un index onomastique, en plus d'une table des matières, permet de repérer facilement chaque document.62 Driot, Marcel, Pour vivre les dimanches et fêtes, année B, Mulhouse, Salvator, 1981 ; 144 pp.Ce volume n'est pas à proprement parler un homéliaire.Ce sont plutôt de brèves méditations à l'occasion des dimanches et des principales fêtes de l'année liturgique.Elles ont pour fins de préparer, prolonger, approfondir les textes de la Parole de Dieu, entendus au cours de la célébration eucharistique.Les fidèles y trouveront donc une nourriture spirituelle pour mieux célébrer ces «temps forts» de la vie chrétienne.Moine bénédictin, collaborateur à la revue Écoute, l'A.multiple les références bibliques pour appuyer ses réflexions.Les chargés d'homélies, peuvent aussi recourir à ces pages.Philippe de la Trinité, OCD, Thérèse de Lisieux, la sainte de l'enfance spirituelle.Paris, Lethielleux, 1981 ; 1 65 pp.L'A.a réfléchi sur la spiritualité de la sainte de Lisieux, pendant quarante-cinq ans.Ce livre, peu volumineux, se présente avec le sous-titre: «Une relecture des textes d'André Combes».C'est donc une analyse critique de plusieurs ouvrages de ce dernier.Il est plausible de croire que l'A.vise à promouvoir la candidature de la petite Thérèse de Lisieux comme docteur de l'Église, à l'instar de la grande Thérèse d'Avila.Toutes ses mises au point sont de nature à nous faire mieux saisir «la petite voie de l'enfance spirituelle», laquelle n'emprunte rien au quiétisme comme elle ne concède rien à la médiocrité.C'est, à sa façon, une grande voie d'amour de Dieu, et aussi du prochain, dont toute âme chrétienne doit se considérer, comme la sainte, corédemptrice.Même si l'esprit critique de l'A.lui impose certaines subtilités peu thérésiennes, l'ouvrage demeure éclairant par les précisions qu'il apporte.Monboulou, Louis, Homélies, 2e lecture.année B, Mulhouse, Salvator, 1981 ; 96 pp.36 F (plus frais de port).Les dimanches ordinaires de l'année liturgique B nous font lire trois épîtres de S.Paul, plus l'épître de S.Jacques et l'épître aux Hébreux, d'un auteur nommément inconnu.Pour notre exégète, attentif à la parole «homi-létique», les épîtres ont en quelque sorte plus d'importance que les évangiles.Antérieures en date à ceux-ci, elles «sont l'expression primordiale de (la) foi apostolique ».Comme telles, il ne faut pas les négliger.Les évangiles viennent, par leurs narrations, confirmer, illustrer la logique de leur théologie.Chaque épître est précédée de plusieurs pages d'introduction.Les commentaires sont plutôt brefs, laissant aux prédicateurs le soin de les prolonger ou de passer, selon leur choix, aux commentaires des autres lectures, notamment de la péricope évangélique.Franciscains, ouvrage collectif, Paris, Cerf, 1981 ; 244 pp.Cette année se célèbre le huit centième anniversaire de la naissance de Françoise d'Assise.De multiples 63 initiatives soulignent cette commémoration.Cette publication prend du relief; c'est un hommage collectif de toutes les institutions qui vivent du charisme de l'Assisiate.On y trouve de précieux renseignements sur le saint lui-même et sur son rayonnement, même encore à notre époque.Certains regretteront sans doute que, au chapitre des «grandes figures franciscaines» n'apparaisse qu'une brève allusion à Duns Scot.Assez récemment, 1972, Mgr Jean Rupp, pro-nonce en Irak, a écrit ; « Les franciscains ont une école théologique grandiose.Leur christologie, leur mariologie les placent au sommet de la pensée religieuse»(Héroschrétiens de l'Est, p.234).Or, c'est surtout à Duns Scot que l'on doit les brillantes thèses sur le Christ, «premier-né de toutes créatures» et sur Marie Immaculée.Quelques pages consacrées au docteur de ces thèses auraient complété celles, remarquables, accordées à saint Bonaventure.Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants: 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 1,00$ l'exemplaire 0,75$ pour 10 exemplaires et plus 64 Retraites pour l'été 1982 20 au 27 juin : 6 au 13 juillet : 1 5 au 22 juillet : 25 juil.au 1er août Gérard Therrien, c.ss.r.«Les Béatitudes, chemin de vie» Jean-Marie Côté, c.ss.r.«Les yeux fixés sur Jésus, notre Vie» Jean-Marie Côté, c.ss.r.«Montre-moi ton Visage» Gérard Therrien, c.ss.r.«Les Béatitudes, chemin de vie» Au cours de l'été 1982, le Monastère offrira quatre (4) retraites, destinées avant tout aux religieuses, mais ouvertes aussi aux religieux, prêtres, laïcs.Le Monastère 161, Principale Aylmer, Qué.J9H 3N1 (819) 684-1379 Retraite intercommunautaire Thème: La docilité à l'Esprit Saint par les Exercices spirituels de 30 jours de Saint Ignace de Loyola.Animateur : Père Jean-Marie Rocheleau, s.j.Date: 21 mai au 21 juin 1982 Inscription et renseignements: S.Gertrude Lortie, a.m.j.Tél.: (418) 228-6668 Monastère des Augustines 1500, 18e Rue St-Georges-Ouest (Beauce) Qué.G5Y 4T8 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2 la vie des communautés religieuses
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